Hello !
Voici le 3ème et dernier chapitre de "Addiction"... Je remercie tous les lecteurs, et en particulier cheapXsmile, Caramelise, Bigoudis, Kalea chan, Caella, F'sS, Neyma94 et Elayna Black pour leurs reviews sur le chapitre 2.
Sinon, que pensez vous de la fic' en général ? La fin ne vous déçoit pas & correspond à vos attentes ? Les personnages, aussi bien principals que secondaires ? Des remarques, critiques, suggestions ?
Le titre de ce chapitre est extrait d'un magnifique poème de Rimbaud, il y a une référence à Mme Bovary de Flaubert et une autre au groupe Police (3). Ce chapitre est le plus long des 3...
Je vous remercie une fois encore de lire cette mini-fic' que j'ai vraiment adoré écrire ! Et j'arrête de parler, et vous laisse à ce dernier chapitre où tout va se résoudre... ou pas.
Enjoy ! ;)
III/ On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.
On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans. Alina lut rapidement le vers de ce poème de Rimbaud. Elle l'avait découvert, il y avait un an, juste un an. Le jour de ses dix-sept ans, justement. Simple poème conservé dans ce recueil offert par son frère. Simple auteur moldu qui avait su l'émouvoir. Simple artiste qu'elle admirait toujours autant. On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans… En ce jour de janvier, un an auparavant, Alina avait failli pleurer en le lisant. Elle se croyait trop sérieuse, trop coincée, pas assez enjouée et pas assez amusante. Un an après, dix-huit ans. Bientôt, elle quitterait Poudlard. Encore cinq mois. Cinq petits mois. Cinq longs mois. Elle ne savait si elle devait se réjouir ou pleurer à cette idée. Alors elle ne faisait rien. Elle laissait couler.
Assise contre le saule, elle s'était fait un trou dans la neige pour ne pas mouiller sa cape. Et elle lisait à voix basse les différents poèmes de son recueil. On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans… Elle en avait dix-huit désormais. Dix-huit à partir de ce jour, à partir de cet instant à lire ce poème. Oh que non elle n'avait pas été sérieuse. Elle s'était laissée prendre au piège de la jeunesse, du Carpe Diem, des tentations et des interdits. Bravant tout ce qu'on lui défendait de faire, elle ne faisait rien de ce qu'on attendait d'elle. Juste ce qu'elle-même attendait d'elle. Et maintenant, un sourire mélancolique aux lèvres, elle remuait les lèvres. Sa bouche prononçait les mots sacrés qu'elle vénérait, mais aucun son ne franchissait la barrière du trou d'herbe dans un univers blanc. On ne voyait qu'elle, dans le parc. Elle, jeune fille pâle aux cheveux noirs dans son uniforme noir, adossée à un arbre sans feuilles. Elle, silhouette noire dans la neige qui lisait silencieusement, une bouffée de buée se formant à chacun de ses souffles.
On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans… Jamais Rimbaud n'avait eu autant raison. Elle n'avait pas été sérieuse. Elle aurait été une brave petite élève bien sérieuse, elle aurait envoyé balader Sirius Black. Elle aurait refusé ce petit manège. Elle ne serait pas en train de fumer. Elle ne serait pas en train de se noyer. Mais aucun élève de cette école n'était sérieux. Aucune fille pouvait prétendre ne jamais avoir connu le lit de Black, sauf Lily. Mais Lily Evans, désormais, connaissait celui de Potter. Aucun garçon pouvait prétendre ne pas connaître tous les secrets d'une fille, même Rogue. Aucun. Il n'y avait personne de sérieux dans cette école, aucune personne sage et pure. Aucun ange descendu sur Terre, précurseur de l'Apocalypse une fois que Dieu serait mis au courant de la décadence de sa soi-disant meilleure créature. En admettant qu'il existe, bien entendu. On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans… Mais à dix-huit ? L'était-on plus ?
Alina regarda sa cigarette qui fumait seule, et l'écrasa dans la neige. Oui. Elle ne retomberait pas dans le piège doucereux et douloureux de Black. La jeune Gryffondor sortit son briquet de sa poche, et alluma une autre cigarette. Non. Elle n'arrêterait pas sa seule drogue qui lui restait pour autant. Elle avait dix-huit ans, elle passait ses ASPIC dans quatre ou cinq mois. Elle était plus que majeure, libre de décider de ses actes et de ses choix. Mais le sérieux total attendrait… Elle ne voulait pas devenir comme MacGonagall, aigrie d'elle-même avec son chignon toujours parfait. Elle ne voulait pas devenir comme son père, avec unique préoccupation son travail et l'argent, au point d'oublier l'anniversaire de sa propre fille. Elle voulait être ce qu'elle serait, libre et indépendante, amusée et amusante, responsable et désinvolte. Elle voulait se foutre du monde et de ses règles qui ne lui convenaient pas, et entrer dans la société pour ne pas finir à la morgue trop tôt. Elle ne voulait pas devenir un de ces petits toutous du ministère et des Aurors, mais elle ne voulait pas devenir un Mangemort ou une Anarchiste pour autant. Elle savait qu'il y avait d'énormes problèmes dans la société, mais détruire ce monde ne servirait à rien pour les résoudre. Elle avait dix-huit ans, et comme tous les jeunes de cet âge, elle voulait changer le monde. On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans… Mais à dix-huit, c'était une autre forme de non-sérieux qui prenait le dessus. Celui du non-sérieux de la société.
Alina inspira l'air frais. Une bouffée d'air frais, simplement. Et elle s'aperçut que, plombée par l'odeur et le goût de la cigarette, ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas accompli un acte aussi simple. Un sourire enfantin se plaignit sur ses lèvres, sourire qui contrastait avec son âge et le poème sur les pages ouvertes de l'ouvrage de poche moldu qu'elle tenait sur ces genoux. Sourire enfantin qu'elle n'arborait plus car son innocence pré-Poudlard l'avait quittée depuis longtemps. Bien avant que Sirius Black vienne saccager sa vie, bien avant que la question de sérieux, de non-sérieux, de société et de règles fasse son apparition dans la vie d'Alina. Mais ce sourire ne resta pas longtemps. Encore moins longtemps qu'elle ne l'aurait cru. Mais il s'effaça implacablement, irrévocablement quand elle vit une silhouette sortir du château et se diriger de toute évidence vers elle. Elle soupira, et de sa bouche s'échappa un nuage de vapeur d'eau qui s'effaça rapidement dans l'air gelé de janvier.
La dernière fois, c'était Remus Lupin, le parfait préfet égoïste. Mais là… La silhouette se rapprochait, mais le soleil éblouissait trop Alina pour qu'elle ne reconnaisse son visage tout de suite. Une fois que la personne fut assez proche, elle laissa échapper un hoquet de stupeur. C'était Peter Pettigrow, la cinquième roue du carrosse depuis l'arrivée d'Evans. Peter Pettigrow, celui qui faisait tâche dans le quatuor. Pettigrow le discret, Pettigrow l'efffacé, Pettigrow le nul. Pettigrow que personne ne connaissait mais dont tout le monde médisait. Stupides préjugés d'élèves débiles.
Alina lui sourit aussi aimablement que possible, mais tout ce qui apparut sur ses lèvres fut un rictus moqueur. Elle n'en comprit pas la raison, mais Peter ne s'en offusqua pas. Il s'assit contre l'arbre, dans un endroit restreint du trou d'herbe dans la neige épaisse, et sortit de sa poche une boité rectangulaire en métal. Non pas une boîte à cigarette, mais une boîte à bonbons. Il en prit un silencieusement, et en proposa un à Alina qui accepta poliment. Une petite bille rose, rose comme la St Valentin, rose comme l'amour, rose comme les roses du jardin de sa mère. Elle l'introduisit entre ses lèvres, et tout en savourant le goût sucré et chimique du bonbon, elle détailla Pettigrow. Elle ne l'avait jamais vraiment observé, son attention étant toujours concentrée sur Black, Potter et Lupin. Plus souvent Black qu'autre chose, d'ailleurs. Peter était petit et assez rondouillard. Son visage lunaire encadré de cheveux blonds qui retombaient en dessous de ses oreilles paraissait timide. Il semblait hésitant, mais dans les yeux bleus clairs du jeune homme, Alina crut déceler une personnalité bien plus forte et une intelligence marquée. Et à travers cette simple impression qui ne dura même pas un dixième de seconde, elle comprit. Elle s'appuya encore plus sur le tronc de l'arbre dénudé, et prit une bouffée de nicotine qui allait lui empoisonner les poumons. Elle comprenait enfin la raison de la présence de Pettigrow dans le groupe si fermé des Maraudeurs. Il n'y était pas seulement parce qu'il partageait leur dortoir, mais aussi parce qu'il était unique, à sa manière. Alina sourit, heureuse de savoir quelque chose que les autres élèves ne sauraient pas à leur sortie de Poudlard. Peter avala une autre bille colorée, jaune cette fois, et se mit à parler :
-Je sais ce qui te lie à Sirius.
Sa voix était plaisante. Une voix entre l'homme et l'enfant, une voix grave mais où perçait la candeur et la pudeur. La timidité aussi. Alina le regarda d'un air intrigué, et le laissa continuer sans l'interrompre. Elle se rendit compte que sa rupture avec Black lui avait donné un sens de l'écoute et de la politesse plus développé qu'avant. Souriant à cette pensée, elle prêta tout de même attention aux paroles du Gryffondor de son année qu'elle ne connaissait pourtant pas.
-Pas seulement vos parties de jambes en l'air, comme le dit si distinguement Pamela Wickets, ironisa-t-il, mais aussi… Vos rencontres dans les salles vides.
-Comme Potter et Lupin. Lupin m'a déjà exposé son point de vue comme quoi je suis pas très bonne pour l'épanouissement de son cher ami.
Pettigrow sembla rire. Ses épaules s'agitèrent un instant, mais il reprit rapidement son sérieux.
-Je sais qu'il est venu te voir… Il était très content de lui-même quand il en parlait avec James. Mais ne lui en veut pas… Sirius et James sont tout ce qu'il a.
Alina nota avec surprise qu'il ne s'incluait pas dans le groupe. Mais elle n'eut pas le temps d'approfondir le sujet.
-Non, ce n'est pas de ça que je voulais te parler… Mais plutôt du niveau psychologique et sentimental. Pas seulement du niveau physique et de vos activités remplies d'hormones qui ferraient rougir un élève de la première à la cinquième année. Je sais que tu es amoureuse de Sirius, lâcha-t-il en regardant Alina droit dans les yeux.
La jeune fille faillit s'étouffer avec sa cigarette. Elle pensait, non, elle savait qu'elle avait été discrète ! Elle écrasa son mégot dans la neige, dispensant ainsi Peter de l'odeur, et écouta avec attention la suite.
-Ce n'était pas très dur à deviner. Enfin, pour moi. Sachant grâce à Remus et James tes rencontres régulières avec Sirius, et connaissant ta fierté et ton orgueil pour les avoir souvent vu… Plus ton espèce de déprime depuis que vous avez rompu, et ton addiction de plus en plus forte à cette saleté de cigarette… Il ne fallait pas être un Serdaigle pour le comprendre. Après, les autres sont trop occupés pour regarder avec attention le comportement des gens et en déduire leur personnalité et leurs sentiments…
Alina rougit. Elle faisait partie de ces gens trop occupés, elle en était consciente et Pettigrow aussi. Il lui adressa d'ailleurs un sourire moqueur, mais elle rétorqua avec une désinvolture feinte :
-Oui, et alors ? je suis amoureuse de Sirius, tu as raison. Mais ça change quoi ?
Peter sembla encore rire intérieurement, et il avala une bille violette cette fois. Il prit bien le temps de la savourer, avant de continuer :
-Donc, tu l'aimes. Tu es même carrément dingue de lui… Mais pas seulement pour son physique. Autrement, tu l'aurais laissé tomber bien avant. Il y en a d'autres, des mecs canons dans Poudlard. Rien que Remus, par exemple. Et beaucoup te regardent, parce que tu es belle et que tu les intrigues. Tu es beaucoup plus regardée et estimée que Wickets, tu sais ? Tu aurais aimé Sirius seulement pour son physique, tu serais passée à autre chose depuis longtemps. Et j'en ai conclu que tu es la meilleure chose qui pourrait arriver à Sirius depuis qu'il s'est barré de chez lui il y a deux ans. Et depuis qu'il est né, à part son amitié avec James, Remus et moi, peut-être.
La meilleure chose… Il hallucinait ! Alina le regardait avec des yeux ronds. Elle reprit rapidement contenance, son habitude qu'elle avait depuis bientôt sept ans aidant, et rétorqua :
-Quand bien même j'accepterais de retomber dans ses bras… Dans un couple, il y a deux personnes ! Et pour que Sirius soit heureux, il faudrait qu'il soit autant dingue de moi que je le suis de lui ! Ce qui est impossible, s'il est utile de le préciser.
Peter sourit mystérieusement, et murmura :
-Je ne crois pas…
Il se leva souplement, et s'éloigna en gobant une autre bille, verte celle-ci. En s'éloignant d'un pas rapide car glacé par le froid, il lança :
-Oh fait, joyeux anniversaire Alina White !
Alina le regarda s'éloigner. Elle remarqua sa démarche enfantine, son sourire qu'elle ne voyait pas mais qu'elle devinait, sa cape qu'il resserrait autour de ses épaules à cause du froid. Elle remarqua ses cheveux blonds sur lesquels on ne voyait pas la neige qui s'était mise à tomber, elle remarqua son corps grassouillet qui ne lui importait plus. Elle venait de découvrir en Peter Pettigrow le plus estimable des Maraudeurs, après Sirius. Elle venait de briser le mythe Lupin-Potter-sont-les-meilleurs pour se créer une estime infinie vers ce petit bout de Gryffondor. Alina s'étira comme un chat, et son regard tomba par hasard sur le sol d'herbe aplatie, là où Peter s'était assis. Et là où trônait désormais un bout de papier glacé. Alina s'en empara, et le déplia. Sur un côté, elle pouvait voir un bout d'une roue de moto, sûrement noire. Un bout d'une lettre E calligraphiée comme un tag dépassait sur la droite. Alina le retourna, intriguée, et resta muette et immobile. Sur le papier glacé d'un calendrier déchirer, il y avait la date d'aujourd'hui. Et en dessous, écrit d'une écriture presque illisible et totalement masculine :'Anniversaire d'Alina'. À l'encre noire, sans fioriture ni ajout. Écriture qu'elle reconnaîtrait entre mille pour l'avoir souvent regardé quand elle ramassait les devoirs dans le cours de potion ou de sortilèges. L'écriture de Sirius Black.
Peter Pettigrow était mignon. Mignon dans le sens enfantin, mignon dans le sens chou. Il n'était pas mignon comme l'était Sirius ou Lupin, ou encore Potter. Il était mignon pour l'instant. Dans quelques années, s'il restait ainsi, il ne serait plus mignon. Mais ses qualités intérieures étaient immenses, songea Alina. Perspicace, décidé, loyal, discret. Aucune fierté, une modestie infinie. Un franc-parler, aussi. Tous ces petits aspects de lui qui faisaient, aux yeux de la Gryffondor, tout son être. Tout son charme, peut-être. Désormais, quand elle le croisait, elle lui adressait un sourire sincère. Un vrai sourire, un avec les yeux aussi. Personne dans le château n'avait compris pourquoi Alina White, l'orgueilleuse et insensible Alina White, souriait désormais ainsi à Peter Pettigrow des Maraudeurs, celui dont personne ne parlait. Personne ne comprenait, personne ne devinait, personne ne savait. Mais Peter, lui, avait les yeux qui pétillaient à chaque fois qu'il recevait un de ces cadeaux spéciaux, et il s'expliquait à Lupin, Potter et Black par un haussement des épaules. C'était leur secret. Alina souriait, il souriait, ils se comprenaient.
Le bout de papier glacé qu'elle avait découvert était toujours sur sa table de nuit, servant de marque-page à un livre commencé. Il connaissait la date de son anniversaire… Alina doutait même que Laura la connaisse. Non, elle était de mauvaise foi : son amie lui avait souhaité son anniversaire, cette année. Mais Sirius Black… Qu'il la connaisse l'intriguait. Que savait-il d'autre sur elle ? Alina ne pouvait croire que cela signifiait qu'il s'était intéressé à elle, qu'elle n'était pas rien pour lui. Elle ne voulait pas espérer une telle chose, elle ne voulait pas se prendre pour un oiseau et partir voler le plus haut possible. Elle ne voulait pas, au final, revenir brusquement sur Terre, perdre ses ailes. La chute serrait trop dure pour elle. Elle ne voulait pas croire dans cet espoir qui pourrait l'amener au septième ciel. Car, comme le disait son frère, après le septième ciel, il y a le plafond. Et Alina ne voulait surtout pas se prendre le plafond en pleine face, et ne jamais se remettre du choc. Elle ne voulait surtout pas.
Elle n'était qu'une petite conne, en fin de compte. Une petite conne qui non contente d'être tombée amoureuse de Black, ne parvenait pas à l'oublier. Une petite conne qui fumait, se rebellait tout en restant dans les rangs. Une petite conne orgueilleuse et seule, qui oubliait toute fierté quand Black la regardait. Une petite conne incapable de s'assumer sous le regard bleu électrique de son directeur. Une petite conne qui ne foutait plus rien, s'estimant assez douée pour réussir sans travailler. Une petite conne qui savait qu'elle avait tort, mais qui s'en foutait. Une petite conne bourrée d'illusions qui disparaissaient les unes après les autres. Une petite conne qui se surestimait en sous-estimant les autres. Une petite conne qui voyait des gens remonter dans son estime pour des simples mots. Une petite conne trop belle et trop froide pour pouvoir en être fière. Une petite conne amoureuse de dix-huit ans qui voulait mourir à 30 ans d'une overdose. Une petite conne incapable de se taire, qui disait ce qu'elle pensait quand on le lui demandait. Une petite conne qui, durant une révolution, serait chef de file. Une petite conne qui se ferrait abattre dès la première manifestation, dès la première opération. Une petite conne qui resterait dans les mémoires comme posthume, une petite conne qui se foutait du monde et de ses règles mais qui s'y pliait quand même pour qu'on lui foute la paix. Une petite conne incapable de se satisfaire de ce qu'elle pouvait avoir, une petite conne qui ne remarquait même pas l'estime et l'admiration qu'on pouvait lui porter. Une petite conne qui traversait la vie, les gens, les lieus et les temps avec une arrogance non dissimulée. Une petite conne qui n'était qu'une fille, qu'une femme totalement perdue, totalement amoureuse.
Mais le mal vient des femmes, c'est écrit dans la Bible. Alors elle était le mal, elle l'assumait. D'une beauté froide et dissimulée, d'un regard rageur et presque violent, elle observait et vivait le monde. Elle n'appelait pas à la luxure comme tant d'autres, mais à l'admiration et à la rébellion. Alina White n'était qu'une petite conne, emmerdeuse et empêcheuse de tourner rond. Elle passait, on s'écartait. Elle parlait, on se taisait. Elle partait, on en parlait. Elle n'était pas là, on réfléchissait. Petite conne qui s'imposait, petite conne qui influait. Amoureuse d'un des seuls garçons qui la repousserait, elle se détruisait de jour en jour intérieurement, toujours plus profond, toujours plus irrémédiablement. Amoureuse d'un des seuls mecs qui n'était pas fasciné par elle, elle se laissait pourrir de l'intérieur. Amoureuse d'un d'une des seules personnes avec qui elle pourrait réellement avoir une relation sincère, elle se dévalorisait elle-même, sans même besoin des paroles acerbes de Wickets pour l'y aider. Et personne ne le voyait, tellement elle tenait bien à son rôle. Petite conne trop fière pour admettre ses faiblesses, trop conne pour comprendre qu'elle courrait à sa perte.
Alina White était de ces filles qu'on ne peut s'empêcher de regarder quand elle passe dans un couloir. Une de ses filles qui avaient un style particulier. Clope au bec, vêtements lâches et tenue négligée, la classe l'habitait d'une façon discrète mais présente. Alina était une de ses filles que les autres filles admiraient et enviaient pour s'assumer autant. Une de ses filles qui avaient un regard glacé et une arrogance à toute épreuve. Une de ses filles qui ne se laissaient pas marcher sur les pieds. Une de ses filles nées la tête haute, supportant la douleur en silence. Les filles l'admiraient, et les garçons aussi. Ils l'admiraient, ils auraient voulu l'aimer. Ils auraient pu, si elle était d'accord. Ils avaient envie de découvrir quel oiseau elle était, petit oisillon à protéger contre tout, grand aigle libre et solitaire. Ils avaient envie de découvrir quelle lionne l'habitait, et quelle rage pouvait l'emporter quand on faisait du mal à un être cher. Tous l'admiraient, tous l'observaient, tous, en secret, rêvaient d'elle et d'être à ses côtés. Mais presque aucun ne s'apercevait qu'une relation entre eux n'aboutirait jamais à rien, car le simple fait d'une admiration rendait tout ça impossible. L'admiration à sens unique qu'elle provoquait sans s'en rendre compte condamnait l'une après l'autre les relations qu'elle aurait pu avoir. Mais Alina White, l'orgueilleuse Alina White, ne s'en rendait pas compte. Elle ne les aimait pas. Elle ne les admirait pas. Elle ne les remarquait pas. Le seul qui comptait, c'était Black. Et c'était l'un de seuls à ne pas l'admirer en secret. C'était l'un des seuls à résister à ce charme qu'elle distillait si discrètement et si irrémédiablement. Cependant, aucun des garçons ne l'oublierait. Elle resterait dans leur mémoire comme un souvenir, un fantôme, une silhouette d'une fille qui les avait impressionnés. Une fille libre et sans maître, avec la classe comme armure et la froideur comme bouclier. Ils auraient voulu la connaître sans ces protections, mais ils ne pouvaient pas. Et inconsciemment, ils savaient, au fond d'eux-mêmes, que c'était mieux. Ils ne voulaient pas perdre cette illusion de force et d'indépendance. Il y a des choses, des rêves, des idées qu'il vaut mieux garder. La réalité ferait trop mal.
Elle avait dix-huit ans. Dix-huit petites années à son actif, et elle avait déjà l'impression d'avoir trop vécu. Alina soupira, passa la main dans ses cheveux pour les repousser vers l'arrière et ainsi dégager ses yeux, et lissa une fois de plus du bout des doigts la couverture du nouveau recueil de poème que son frère venait de lui envoyer. Un cadeau parmi tant d'autre. Il était si généreux, trop généreux pour son unique petite sœur. La jeune femme saisit l'ouvrage par la tranche, le déposa délicatement dans son sac. Elle ne négligea aucune protection pour ne pas risquer de l'abîmer, et partit rapidement vers son cours d'Enchantement. Une fois de plus, elle était en retard.
Alina entra dans la salle, calmement. Elle n'était pas essoufflée car elle n'avait pas couru. Elle se moquait d'arriver en retard, et plus que tout elle tenait à sa dignité et à sa fierté. Arriver totalement épuisée serait mauvais pour son image, elle en était consciente. Elle y apportait beaucoup trop d'importance, elle le savait. Mais elle n'arrivait pas à se défaire de cette vieille habitude. Le regard des autres était devenu beaucoup trop important à ses yeux. Alina referma rapidement la porte de la salle derrière elle, et chercha sa place du regard. Elle s'apprêtait à la rejoindre discrètement, suivie des yeux par toute la classe, quand la voix monocorde et ennuyeuse du professeur O'Connor l'interrompit :
-Oh, Miss White, vous tombez bien… Allez donc à la place de cher Lupin. Lui et Black bavardent un peu trop pour pouvoir accomplir convenablement le sort de Patronus que vous allez exercer dans quelques minutes.
Alina soupira, et obéit sans rechigner. Elle n'avait pas le choix, elle le savait. Elle soutint même le regard noir de Lupin, et adressa un léger sourire à Peter, qui la regardait avec des yeux pétillants, assis à côté d'un Potter passablement agacé. Alina s'installa en silence, et le cours reprit. Le Patronus. Elle ouvrit son manuel d'un geste brusque à la bonne page, et parcourut du regard les différents paragraphes. Elle savait déjà l'utilité d'un tel sortilège, ainsi que les nécessités pour le jeter. Un souvenir heureux. Quand O'Connor annonça la pratique d'un ton joyeux, elle referma son manuel brusquement. Elle était pourtant bonne en Sortilège d'ordinaire, mais là… Elle allait les étonner. Elle était incapable de faire un Patronus, elle le savait pertinemment. Et pas faute d'avoir essayer. Par paire, ils devaient s'entraîner. l'un jetait le sort, l'autre corrigeait. D'un geste négligent, elle laissa Sirius commencer. Et sans étonnement, ce crac en Sortilège et en Métamorphose réussit du premier coup à faire sortir un filet blanc de sa baguette. O'Connor, évidemment, accourut, tout joyeux, et félicita dûment Sirius pour ce sortilège presque parfait. Le reste viendrait avec la pratique, disait-il. Alina soupira, et se leva. Elle dressa sa baguette devant elle, et lança d'une voix claire :
-Spero Patronus !
Mais rien ne se passa. Une étincelle blanche surgit pendant une demi-seconde, mais elle vit bien dans le regard du professeur que ce n'était clairement pas ce qu'il attendait. Il soupira, et lui dit d'une voix découragée :
-Miss, pensez à un souvenir heureux… Un vrai souvenir heureux.
Il s'éloigna encourager Lily, qui au bout de son troisième effort, venait de faire surgir un mince filet argenté. Sirius le regarda partir, et se pencha vers Alina pour lui murmurer :
-Pense à nos séances de baise…
-Un souvenir heureux, Black.
Alina se redressa, et chercha dans le fin fond de sa mémoire. Elle n'avait rien depuis qu'elle était entrée à Poudlard, rien d'assez fort. Alors elle chercha plus loin. Elle fouilla toute son enfance, et finit par s'exclamer :
-Spero Patronus !
Un filet argenté s'échappa alors de la pointe tendue de sa baguette, et bondit sur Black. Il sursauta, et s'éloigna de quelques pas en arrière en glapissant. Alina rit légèrement, alors que la brume argentée s'évanouissait dans l'air. Tout heureux, O'Connor revint vers elle.
-Miss, vous voyez que vous y arrivez ! Mes sept ans d'enseignements auront fini par porter leurs fruits ! Bravo ! Certes, ce n'est pas parfait, mais c'est mieux que ce que j'espérais de votre part.
Alina se déconnecta des paroles ennuyeuses de son professeur qui s'auto-élogeait. Elle s'en moquait bien. Elle avait réussi, pour une fois. Elle finirait bien par y arriver. Une fois O'Connor partit en sautillant, Black se pencha vers elle et lui dit :
-Alors, t'as pensé à quoi ? Moi, bien sûr ?
-Et les chevilles, Black, ça va ?
-Non, sérieusement.
-Pourquoi, ça t'intéresse ? rétorqua Alina, coupante.
-Oui.
Elle sentit derrière eux Lupin se raidir, devant eux, Potter s'immobiliser. Elle sourit, et s'avança lentement vers Black. A seulement une dizaine de centimètres de lui, elle s'arrêta, et souffla :
-Mais tu vois, j'ai pas envie de te le dire.
Elle se détourna, et se rassit à sa place, souriante. Victorieuse. Et elle garda le silence pendant tout le reste du cours, songeant à ce souvenir si merveilleux qu'elle avait retrouvé. Elle. Son frère. Elle, blessée. Son frère, inquiet. Elle dans ses bras. Lui à genoux. Elle, 6 ans. Lui, 9. Il la serrait contre son cœur, elle souriait malgré le sang qui s'écoulait de son poignet. Simple étreinte sous la neige qui tombait. Simple promesse tue dans l'univers blanc du jardin familial. Simple amour fraternel qui traverserait tout. Pas de mots, seulement un geste, un acte et le silence. Ce en quoi on peut vraiment avoir confiance. Alina sourit, et se pencha vers son parchemin pour s'avancer sur son devoir de Potions. Elle voulait éviter tant que possible de prendre du retard. Ce soir, elle avait une lettre à écrire. Une lettre pour son frère. Elle devait le remercier.
La botanique. Quelle matière horrible, songea Alina en se frayant un chemin dans la neige de février. Aujourd'hui, ils devraient s'occuper de filets du diable. Elle le savait, le professeur en avait parlé au cours précédent. Et comme d'ordinaire, elle s'attendait à se faire bouffer par cette espèce de tapis velu en pot. Magnifique. Au lieu de mourir d'une overdose à 30 ans, elle mourrait assassinée par une plante à 18 ans. Alina se demanda qui viendrait à son enterrement. Pas grand monde, sûrement… Elle soupira, et continua à avancer, suivant le flot d'élèves. Elle s'arrêta net, tout d'un coup, en voyant qui était juste devant elle. Les Maraudeurs. Elle s'écarta du chemin, et laissa passer un groupe d'élèves de Serdaigle, avant de continuer à avancer lentement.
Elle était conne. Pour se sauver, pour ne plus succomber à la tentation, elle avait décidé de l'éviter. Elle avait voulu croire à une époque que le meilleure moyen de faire disparaître une tentation, c'était d'y succomber. Ou qu'il fallait la vivre avant qu'elle ne parte. Mais rien ne faisait, Sirius Black restait sa tentation. Elle ne voulait que l'embrasser, le prendre dans ses bras, le toucher, le respirer. Elle voulait vivre à travers lui, elle voulait vivre pour lui. Elle ne pouvait pas se battre contre cette volonté, elle n'était pas assez éduquée. Elle voulait suivre ses désirs, elle en était prisonnière. Rebelle pour être libre, mais prisonnière d'elle-même… Quel destin idiot. Alors elle l'évitait, elle l'évitait. En cours, elle se mettait au premier rang, elle ne mangeait pas en même temps que lui, elle faisait des détours dans les couloirs. Simplement pour l'éviter, simplement pour ne pas lui parler, simplement pour ne pas le voir. Elle ne voulait pas, ne pouvait pas. C'était sa cure de désintox', qu'elle doutait de réussir un jour. Mais elle essayait, c'était son objectif. Elle voulait l'oublier, passer à autre chose, aimer quelqu'un d'autre. Elle voulait que cette tentation passe enfin, disparaisse. Elle y avait assez succombé, mais rien n'y faisait. Alors elle l'évitait, sans cesse.
En continuant d'avance, Alina sortit une clope de son sac et un briquet. Elle l'alluma d'un geste machinal, et la fumée grise voleta dans l'air froid et gelé de février. La St Valentin approchait à grands pas, et elle en était déprimée. Elle haïssait cette fête, depuis toujours. Et surtout depuis qu'elle aimait Sirius. A toutes les St Valentin, il recevait des dizaines de lettres, de boîtes de chocolat, de déclaration d'amour. Et à chaque 14 février, il désignait une fille, toujours plus belle, pour sortir avec lui. Et un, deux, trois jours après, la fille était larguée, oubliée dans les bras d'une autre. Mais en attendant, le temps qu'il restait avec elle, ils respiraient le romantisme. C'était l'air du temps, songeait Alina cyniquement, en allumant une énième clope.
La cigarette finit par s'éteindre, doucement, et Alina lâcha son mégot dans la neige. Elle entra dans la serre, et automatiquement, s'installa à l'opposé des Maraudeurs. Depuis ce cours de Défense contre les Forces du Mal, elle ne les regardait même plus. Alors étudier près d'eux… Elle regarda avec scepticisme son filet du Diable, et soupira. Encore un cours qu'elle allait détester.
Elle aurait voulu crier, mais sa fierté l'en empêchait. Comme toutes les filles, elle aurait dû avoir peur et le montrer, mais elle ne l'avait pas fait. Bien sûr, elle avait eu peur en voyant les tentacules foncer sur elle et attraper son poignet, mais elle n'avait rien dit, à peine frémit. Foutue fierté, foutues règles qu'elle s'imposait. Aucune émotion de faiblesse, c'était une évidence pour elle depuis plusieurs années. Et pourtant, à cet instant, elle aurait aimé être normale, comme Lily ou Laura, et crier. Juste pour que cette plante la lâche. Mais elle ne faisait rien, elle ne bougeait pas, appliquant sans le savoir ce qu'il fallait faire si on était pris dans un Filet du Diable. Elle ne le savait pas car elle n'avait jamais lu son manuel de Botanique. Mais de toute façon, même immobile, la plante ne la lâchait pas. Elle la serrait de plus en plus fort, et Alina sentait la douleur envahir sa main et le sang la quitter. Elle se mordit la lèvre pour ne pas pleurer, pour ne pas gémir, pour ne pas montrer qu'elle avait mal. Elle aurait voulu être normale et avoir une amie à côté d'elle en train de l'aider ou d'appeler à l'aide, elle aurait voulu être n'importe qui pour voir un Maraudeur dragueur bondir à son secours pour espérer l'avoir dans son lit le soir. Mais elle n'était pas n'importe qui, personne n'est n'importe qui.
Une flamme bleue apparut soudain et baigna la plante verte et velue dans une lueur factice. Immédiatement, le Filet la relâcha et retourna bien sagement dans son pot. Alina n'avait jamais eu de chance en botanique, les plantes l'agressaient, mais celle-ci avait bien failli lui faire perdre l'usage de sa main. Elle tourna légèrement son poignet, et se retourna pour remercier son sauveur. Son regard se perdit dans les perles grises qui la fixaient, et elle murmura :
-Black…
Lui. Encore lui. Pourquoi lui ? Il venait, d'un sort, d'un geste, de mettre à bas toutes ses résolutions, toute sa volonté. Il venait de détruire son illusion de rédemption et de faire revenir cette tentation mortelle. Alina en aurait pleuré. Mais elle ne le fit pas. Elle lâcha du bout des lèvres un "Merci" et s'éloigna rapidement de Black, et de la plante par la même occasion. Dès que la cloche sonna la fin du cours, elle était dehors. Déjà loin. Elle ne se retourna pas pour voir Black la contempler s'éloigner, elle ne se retourna pas pour le voir secouer la tête avec regrets, elle ne se retourna pas pour le voir balancer un morceau de pot très loin, elle ne se retourna pas pour le voir la regarder avec déception. Elle ne se retourna pas car c'était contraire à ce qu'elle s'imposait, car ça aurait été le signe d'une rechute.
C'était exactement ce qu'était Black. Une maladie dont on ne peut se débarrasser, un virus qu'on ne découvre que trop tard. On le subit, on pense guérir, on retombe. On ne peut s'en débarrasser, il n'y pas d'antibiotiques. Même Pomfresh est inefficace. Il faut vivre avec et l'oublier, il partira bien un jour… Ou pas. Alina en avait assez d'attendre une libération, une guérison miraculeuse. Elle en avait assez d'attendre d'être libre, qu'on lui ouvre les grilles de sa prison et qu'elle puisse voler par elle-même et découvrir le monde, et d'autres prisons plus douces et plus belles.
Et pourtant, elle savait qu'elle serait heureuse et qu'elle accepterait tout seulement pour qu'il la regarde, qu'il l'écoute, qu'il lui parle, qu'il l'aime et qu'il l'embrasse. Elle donnerait tout pour lui, elle abandonnerait tout s'il le lui demandait, elle laisserait tout derrière elle simplement pour l'avoir à ses côtés. Oui, Alina était éperdument et follement amoureuse de Sirius Black. A son plus grand malheur. Et malgré elle, elle savait que rien ne serait capable d'arrêter ça. C'est un amour qui arrive peu et sans prévenir, qui quand il est partagé peut être magnifique ou destructeur, qui tue quand il est à sens unique. C'est un amour rare et souvent envié, alors qu'il n'a aucune raison. On le vit comme une maladie ou une folie, il conduit à des choses impossibles ou inimaginables. Alina était à plaindre ou à envier, mais elle s'en foutait. Jeans-Converse-T-shirt, cigarette à la main et air hautain sur le visage, cheveux noirs lâchés dans son dos et yeux brûlants, elle évoluait dans son monde, souriant à Peter, se moquant de Lupin et Potter, évitant Black, Alina White se foutait de l'avis des autres. Ils n'avaient aucun impact sur elle, car il n'était rien à ses yeux.
-Alina !
Elle ne se retourna pas, et accéléra le pas. Elle ne devait pas, ne voulait pas. Elle avançait vite, trop vite pour que ça paraisse naturel, croisant les autres élèves sans s'en rendre compte, les bousculant sans s'excuser. Elle ne courrait pas, mais presque.
-White !
Non, non, non. Il fallait qu'il arrête de la suivre, de lui parler, de l'appeler. Elle inspira une bouffée de sa cigarette, la recracha dans la figure d'un premier année dégoûté, et accéléra encore. Le Grand Hall était proche, très proche. Elle l'atteignit avant qu'il ne l'appelle encore une fois, mais n'arriva pas à la porte.
-ALINA WHITE, BORDEL !
Elle ne s'arrêta pas. Elle passa la porte du Grand Hall, et se mit à courir, dévalant les quelques marches qui étaient devant elle. Le parc s'étendait devant ses yeux, elle courrait, elle courrait. Espérant naïvement qu'elle réussirait à lui échapper, qu'il la laisserait s'éloigner, reportant cette conversation à plus tard.
-Putain, tu fais chier.
Elle entendit ces mots trop tard, elle était déjà au sol. Il avait sauté sur elle, la plaquant contre l'herbe humide sans faire attention, voulant seulement la stopper. La cigarette s'échappa de ses doigts fins et roula sur le sol à quelques centimètres de sa main ouverte. Rageuse, énervée, elle se dégagea de sous Sirius et se releva. Ses yeux noirs fulminaient et son visage avait perdu son masque habituel de froideur. Il se releva aussi, et la fixa, énervé.
Colère contre rage, noir contre gris, fille contre garçon, cigarette contre sexe, arrogance contre fierté, silence contre silence. Combat interne, combat de regards, combat éclair et marquant.
Et après, le tonnerre.
-Quoi ? C'est bon, t'es content, tu vas pouvoir me faire chier! Tu fais chier, Sirius, tu le sais ? C'est fini, alors arrête ! Je suis rien pour toi, rien ! Alors s'il te plait, fous moi la paix. Je te laisse une minute, et après, dégage ! Va-y, parle, j'ai pas toute ma vie à t'accorder.
Plus petite que lui, elle levait le menton pour plonger son regard noir dans ses yeux gris d'orage, elle semblait trop jeune et trop vieille à la fois, elle lui paraissait comme intouchable et pourtant si désirable. Il la fixait, elle, Alina White, qu'il connaissait si bien et si mal, qu'il fascinait et qu'il passionnait.
-Pourtant, je t'accorderai la mienne.
Elle resta interdite. Etonnée. Totalement stupéfaite. Elle n'y croyait pas, à ces belles phrases, à ces beaux mots, à ces promesses lâchées trop vites et à ces désirs partis trop rapidement. Elle n'était pas une nouvelle Mme Bovary, elle ne voulait pas croire au Prince Charmant. Il ne l'enlèverait jamais, elle le savait. Il était peut-être digne de Rodolphe, mais elle ne voulait pas devenir une nouvelle Emma. Elle se sentait trop bien en Alina comme ça. Alors elle se refusa de croire les mots, les regards, les sourires qu'il tentait de lui faire passer. Elle refusa de voir l'espoir des prunelles noires de Sirius et son absence de réaction quand la pluie commença à tomber. Pluie de mars qui les baignait, les entourait. Elle était trempée, mais ne le croyait pas. Il acceptait la pluie pour elle, elle n'était rien à ses yeux, simples gouttes d'eau qui coulaient et qui sècheraient et qui s'oublieraient. Alina, elle, était tout. Responsable de larmes qui coulaient, séchaient mais ne s'oubliaient pas, elle était une perle qui roulait, ne s'arrêtait jamais et poursuivait sa voie. Il aurait aimé être une huître pour la protéger et qu'elle lui appartienne, mais il savait que ce n'était pas sa destinée ou même sa volonté à elle. Non, Alina ne remarquait rien. Insensibilisée aux mots qui ne sont que des paroles qui s'envolent au gré du vent et de la brise, elle ne pouvait pas lui faire confiance.
Mais quand il l'embrassa, elle s'abandonna.
C'était doux et amoureux, tendre et romantique. Un couple sous la pluie, à peine enlacé, juste deux lèvres sur deux autres, juste des yeux fermés pour mieux apprécier, juste le bruit de l'eau qui coule et qui coule sans s'arrêter, à l'égal du temps qui défilait sans attendre. Il avait passé trois mois, quatre peut-être, encore plus si c'était possible à s'éviter et à se chercher. Avant ça, ils en avaient passé une éternité à se retrouver sans se laisser aller, à ne pas se parler de peur d'être déçu. Mais là, ils profitaient des quelques secondes de paix, de tranquillité, de quiétude et de perfection qu'on leur offrait. Sans penser, sans espérer, sans attendre autre chose.
Alina sourit de toutes ses dents, et écrasa sa cigarette à peine terminée dans un cendrier rouge et or. Elle se leva souplement du vieux canapé sur lequel elle s'était affalée, et lissa son vieux Tee-Shirt de Police, un autre groupe moldu, sans cesser de sourire. Sirius apparut dans l'embrasure de l'escalier en colimaçon de son dortoir, et la rejoignit en souriant. Il l'embrassa doucement, rapidement, tendrement sur les lèvres, et la conduisit vers le trou du portrait. Pamela attendait derrière, parfaite avec sa chevelure trop blonde sur sa peau trop bronzée, enjolivée avec son maquillage trop parfait assortit à ses vêtements magnifiques et courts. Parfaite beauté de fantasme, parfaite Aphrodite et tentatrice, elle regarda Sirius passer devant elle sans lui adresser un regard. Alina lui décocha un sourire amusé, et s'éloigna sans un regard en arrière. Fière et arrogante, elle se coula contre Sirius qui la blottit contre elle. Juste avant de pénétrer dans le Grande Salle, il s'arrêta et la serra contre lui, ses mains dans les poches arrières du jeans d'Alina.
-Je ne veux rien te promettre de peur d'être un parjure. Je ne te parlerai pas d'avenir parce qu'il n'est pas sûr, ni de projets bancals, ni d'espoirs impossibles. Je suis pas un mec parfait, t'attends pas une St Valentin romantique, à un anniversaire incroyable ou à une bague à 1000 gallions pour Noël. Je ne te garantie pas qu'on n'aura que des hauts et jamais des bas, je serai souvent jaloux sans t'autoriser à faire de même. Nan, Alina, je suis pas un mec parfait, je suis pas un mec fidèle, mais t'es la seule que j'aime.
Elle le regarda, et se mit sur la pointe des pieds. Elle détailla les traits parfaits de son visage, sa peau marmoréenne, ses yeux gris orage et sa désinvolture naturelle. Elle aspira toute la beauté, la quiétude, l'inquiétude et l'amour qu'il dégageait sans en laisser une miette, et sourit.
-C'est suffisant, dit-elle avant de l'embrasser doucement.

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