Chapitre 41
Comme chaque jour, Jack avait passé la nuit au chevet de Sam. Il veillait sur elle sous le regard attendri d'Oréline qui s'occupait de la militaire avec beaucoup de soin et de douceur. La jeune femme s'amusait du comportement de l'homme dans la pièce, veillant à ce que personne d'autre qu'elle ne puisse faire les examens à Sam. Si par malheur, un autre soigneur se présentait, il était automatiquement rabrouer par Jack, et Oréline se trouvait à devoir gérer le personnel qui en avait marre de se faire aboyer dessus par Jack.
Oréline avait également remarqué l'attachement de Jack pour sa patiente, mais aussi la pudeur qu'il mettait dans chacun de ses gestes. Elle se demandait même pourquoi il se comportait ainsi.
– J'ai terminé, le prévint-elle en posant sa main sur celle de sa patiente.
– Déjà ?
– Oui. Je pense que vous devriez rester près d'elle aujourd'hui.
– Pourquoi ?
– Les derniers examens montrent une activité plus importante.
– Elle va se réveiller aujourd'hui.
– Oui, je pense que c'est imminent maintenant.
– Merci, répondit Jack en se rapprochant de Sam.
Oréline le laissa et sortit de la chambre. Elle fut percutée par Timéo qui entrait au même moment.
– Pardon Oréline.
– Bonjour bonhomme, dit-elle en lui passant la main dans les cheveux.
– Je peux voir Sam ?
– Oui.
– Excusez-le, intervint Louis qui venait de rattraper le petit garçon.
– Pas de soucis.
Louis laissa passer Oréline et entra dans la pièce. Il vit que Timéo se trouvait déjà auprès de son amie, alors que Jack se levait pour venir lui parler. Louis vit alors ce qu'il n'avait pas vu depuis la capture de Sam, un fin sourire sur ses lèvres et cet éclat dans les yeux de son ami.
– Alors, comme va la belle au bois dormant aujourd'hui ?
– Si jamais elle entend ça, tu risque gros Louis ! ria Jack.
– Ouais enfin en ce moment c'est Jacob qui me fait le plus peur ! répondit Ferreti sans réfléchir.
– Oh oh, alors ça se précise avec Alicia, se moqua Jack.
– Oh ça va, hein, répliqua Louis en s'asseyant sur une chaise.
Jack vit son ami préoccupé, ce qui le fit sourire de plus belle. Il connaissait assez la vie de Ferreti pour savoir qu'elle n'avait pas été douce avec lui non plus. Le divorce avec sa femme s'était finit en bataille rangée. Elle lui avait menée la vie tellement difficile à cette période qu'il avait finit par tout accepter et s'était retrouvé sans rien. Heureusement pour lui, l'armée avait ses avantages. Logé, nourrit et blanchit. Et Jack était content que son ami trouve un peu de réconfort dans les bras de cette jeune femme.
– Ne fait pas cette tête.
– J'aimerai bien t'y voir.
– Qu'est ce que tu veux dire ?
– Imagine te faire surprendre par Jacob chez Sam au petit matin !
– Oh ! répondit seulement Jack en comprenant la situation.
– Ouais. Alors, comment va-t-elle ce matin ? demanda Louis voulant changer de sujet.
– D'après Oréline, ce serait pour aujourd'hui.
– C'est super, dit Louis.
Tous deux restèrent silencieux un moment, regardant Timéo près de Sam. Celui-ci avait la même routine depuis sa première visite. En effet, il commençait toujours par lui faire un bisou et ensuite, il descendait du lit et s'asseyait sur la chaise, sa petite main dans celle inerte de Sam et il se mettait alors à chanter une sorte de berceuse.
Jacob savait ce qu'était Timéo, mais le voir réagir ainsi face à lui, le peinait. Voir la terreur d'un si jeune enfant était toujours difficile à supporter.
Alicia lui tendit une tasse chaude et l'invita à s'installer dans le salon. Jacob prit place sur un fauteuil alors que la jeune femme se mettait face à lui, sur un canapé.
– Je suis désolée pour Timéo, commença Alicia.
– Ce n'est rien, lui assura Jacob en souriant.
– Cette dernière capture l'a bouleversé plus que les autres, expliqua Alicia visiblement inquiète pour son fils.
– Il y en a eu beaucoup ?
– Deux avant celle-ci. Toutes par ce chien de Ba'al, cracha Alicia.
– Mais il est en sécurité ici, essaya de la calmer Jacob.
– Pour combien de temps. Il sera en sécurité uniquement quand Ba'al sera mort. Heureusement maman est arrivée à temps.
– Oui.
Alicia était inquiète, ça Jacob pouvait le lire sur son visage. Il profita qu'elle s'était perdue dans ses pensées pour la regarder encore une fois. Détailler ses traits, voir ses ressemblances avec Ely, Sam et Mark.
– Alors pourquoi es-tu là ? demanda Alicia après un long silence.
– A cause d'une discussion avec ta mère.
– Elle n'aurait pas du te forcer à venir me voir. Je comprends que tu ne veuilles pas de moi.
– Non, elle ne m'a pas forcé.
– Pourquoi ce changement alors ? demanda Alicia en regardant son père dans les yeux.
– Elle s'inquiète pour toi et elle m'en a parlé.
– Pourquoi s'inquiète-t-elle ? Je vais bien, mentit la jeune femme en se levant.
– Ton histoire avec Louis.
– Je n'ai pas d'histoire avec Louis !
– Ce n'est pas ce que j'ai vu ce matin, se moqua gentiment Jacob en suivant du regard Alicia.
– Je ne vois pas en quoi ça te regarde, s'emporta-t-elle en se tournant rapidement vers Jacob.
Jacob se leva et sourit face au comportement de sa fille. Il fit quelques pas vers elle avant d'être arrêté par un geste d'Alicia. Il se stoppa net et mit ses mains dans ses poches.
– Elle a juste peur que tu t'attaches alors qu'il va devoir repartir, et puis il y a la différence d'âge entre vous deux.
– Je m'en contre fiche, riposta-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine. Pourquoi être venu aujourd'hui ?
– Parce que quand elle me parlait de tout ça, de ses inquiétudes, j'ai éclaté de rire.
– Je ne comprends pas, dit Alicia en voyant le sourire de Jacob s'élargir.
– Elle non plus, alors je me suis expliqué. Je lui ai dis que nos filles avait un goût prononcé pour les hommes murs, comme leur mère.
– Je… tu…, bafouilla la jeune femme, le regard embué.
– Oui, j'ai bien dit nos filles. C'est venu tout seul.
Alicia ne dit rien et passa la main sur son visage pour en chasser les larmes. Elle respira profondément afin de reprendre le dessus. Jacob la laissa faire avant de reprendre la parole.
– Je comprends que pour toi, cette situation soit dure et je ne sais pas vraiment ce que tu attends de moi.
– Je veux juste te connaitre, rien de plus.
Jacob fit quelque pas et regarda par la fenêtre sans vraiment voir ce qu'il se passait à l'extérieur. Il avait le regard perdu dans le vide.
– Je n'ai jamais été un très bon père pour mes enfants. Mark et Sam ont souvent dû se débrouiller seuls parce qu'à la mort de leur mère, j'ai choisi de travailler pour oublier. J'ai longtemps été fâché avec eux d'ailleurs. Et comme je suis têtu, lorsque j'ai failli mourir, je ne voulais pas qu'il me voit ainsi, avoua-t-il.
– Tu ne voulais pas leur infliger ça ?
– Non, je voulais les protéger, je pense. Mais voilà, Sam a été plus tenace que moi et elle m'a offert une chance.
– La tok'ra ?
– Oui. Depuis ce jour, je me suis rapproché de mes deux enfants et de mes petits enfants.
– Je comprends. Je ne te demande pas de te conduire en père, je sais qu'il est trop tard pour ça.
– Tu penses que c'est trop tard, pas moi. J'aimerai vraiment te connaitre et savoir comment tu as vécu ta vie. J'aimerai, je crois, faire partie de ta vie.
– Jusqu'à ton départ ?
Jacob soupira. Il n'avait pas réfléchi à la suite encore, et pourtant il allait devoir se décider. Pour lui, rejoindre les tok'ra était, il le savait impossible à cause de sa disparition et des différences d'opinions que lui et Selmak avaient avec le reste du conseil. Et puis, il y avait Selmak qui allait mal, il pouvait le sentir en lui. Il devait économiser ses forces pour tenir encore.
– Parce que tu vas partir, n'est ce pas. Quand Samantha se réveillera ?
– Je ne peux pas te répondre, je suis désolé, s'excusa Jacob.
Il vit alors la jeune femme se refermer en essayant de cacher sa tristesse, mais il avait eu le temps de le voir et il s'en voulu de lui faire du mal.
Alicia lui expliqua qu'elle devait mettre fin à leur entrevue car plusieurs rendez-vous l'attendait pour remettre leur monde sur pieds. Jacob comprit la manœuvre d'Alicia, mais il se retira après avoir néanmoins posé ses lèvres sur le front d'Alicia pour la première fois.
Dans la chambre de Sam, Timéo et Louis étaient partis depuis une dizaine de minute. Jack était resté debout, regardant par la fenêtre. Il pouvait voir d'où il était, Louis et Daniel qui s'étaient retrouvés et qui discutaient avec des habitants de ce monde. Il arrêta sa surveillance en entendant derrière lui un gémissement. Il se précipita vers le lit et s'assit dessus en prenant dans sa main gauche celle de Sam, alors que sa main droite se plaça sur son front, caressant la peau de la jeune femme qui émettait des sons, signe qu'elle se réveillait.
– Allez Sam, réveillez-vous, lui murmura-t-il pour l'encourager.
Après de nombreux essais infructueux, Jack voulut se lever pour faire appeler Oréline, mais il stoppa tous mouvements en voyant pour la première fois depuis une éternité les yeux bleus de Sam. Celle-ci semblait complètement perdue et il se pencha un peu plus pour lui parler.
– Chut, calmez-vous. Je suis là, Sam. Vous êtes en sécurité.
– A… essaya de parler Sam, mais sans succès.
– Chut, ne parlez pas. Vous avez été longtemps endormie. C'est fini maintenant. On vous a retrouvée.
Jack vit alors le regard de la militaire se voiler et des larmes tomber sur l'oreiller. Au début silencieuses, ses larmes furent peu à peu accompagnées par des plaintes et des sanglots. Devant tant de tristesse et de mal-être de la part de Sam, Jack ne tint pas longtemps. Il s'empressa de la relever et la plaqua contre lui, la tête enfouie dans son cou, caressant doucement son dos, essayant de l'apaiser en silence alors qu'elle s'accrochait à lui avec le peu de force qu'elle avait.

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