CHAPITRE 7 : Le Maître des Potions
Compte tenu des évènements, les enfants se retrouvèrent inévitablement à traîner plus ou moins ensemble le reste de la journée. Ce n'était pas vraiment ce que Drago pouvait qualifier d'idéal, car il n'avait jamais entendu parler des Abercrombie et redoutait qu'il ne s'agisse de Moldus et que le Gryffondor ne lui apporte plus d'ennuis encore. Il réfléchissait à toute allure, cherchant un moyen, désespérément, pour regagner ses lettres de noblesse auprès des Serpentards avant que tous ne décident de le laisser tomber. Son ascendance ne le sauverait pas s'il décidait de traîner avec des Gryffondors, et la présence même de Potter à côté de lui ne risquait pas de jouer en sa faveur – à moins bien sûr qu'il ne parvienne à le rallier à la cause des Sangs-Purs. Mais comment ? Et puis, il y avait Edmund. Edmund, que son nom de famille mettait au-dessus des autres élèves, mais qui n'avait pas ce que l'on pouvait appeler un comportement exemplaire à l'égard des Nés-Moldus et des Traîtres à leur sang. C'était là quelque chose que le blond n'avait jamais compris, mais lui en faire la remarque était inutile. Edmund ne voyait pas le monde tel qu'il l'était, mais au travers d'un regard utopiste et naïf, qui lui donnait une vision faussée. Combien de fois Drago avait-il failli révéler l'existence de son cousin en voulant questionner son père ? Il ne saurait les compter, mais cela l'avait convaincu de l'inutilité de sa démarche. Il ne se souciait plus, à présent, de la raison qui faisait penser Edmund ainsi, mais il faisait avec. Leur situation était déjà trop complexe pour qu'il faille encore plus y ajouter des problèmes.
Et pourtant, c'était ce que Jasper et Edmund étaient en train de faire, en discutant gentiment avec Abercrombie. Comment pouvaient-ils lui faire ça ? Il les rejoignit et écarta son cousin d'un geste, pour se trouver face au Gryffondor.
« Tu es un Né-Moldu, n'est-ce pas ? »
Il était à bout de nerf et l'idée de faire des phrases à rallonge un peu mieux tournées l'horripilait.
« Dray ! » protesta aussitôt Jasper, mais Drago n'y prêta aucune attention. Il fixait Abercrombie avec intensité.
Et le garçon, impassible, resta silencieux un moment, avant de finalement demander, d'un ton léger :
« Pourquoi ? Ça a de l'importance ? »
Drago s'abstint de répondre, tant cette question lui apparaissait d'une telle stupidité. Comme si formuler une telle pensée n'était pas déjà une preuve de stupidité en soit, d'ailleurs…
Mais il avait l'information qu'il voulait. Pour répondre cela, Abercrombie n'était pas un Sang-Pur. Ce qui signifiait qu'il lui fallait mettre le plus de distance possible entre lui et ce Gryffondor, avant que les Serpentards ne le mettent dans le même sac que lui. Et il fallait également qu'il attire Jasper le plus loin possible de lui, sinon son jumeau se trouverait lui aussi étiqueté « Traître à son sang ».
Il empoigna son frère avec brusquerie et le tira vers lui, surprenant tout le monde.
« On a assez traîné mon nom dans la boue pour l'année » gronda-t-il en dardant ses yeux gris, furieux, sur son cousin, Potter et le Gryffondor. « Je refuse d'être associé à des Nés-Moldus ou des Traîtres à leur sang une minute de plus ! » Il resserra sa poigne sur le bras de Jasper. « Et il est hors de question que Jasper le soit davantage qu'à présent. Ne dis rien, Edmund ! » le devança-t-il. « Tu n'as aucune idée de ce que l'on va devoir faire pour réussir à regagner l'estime des autres ! Ni de ce que va penser Père ! »
Il darda sur Edmund un regard furieux.
« Soit tu laisses ce Sang de Bourbe, soit tu te débrouilles sans moi ! »
Durant un instant, Harry crut qu'Edmund allait protester, crier après cousin que son résonnement était totalement idiot, son attitude disproportionnée, mais au contraire, le garçon se tut. C'était exactement comme s'il comptait éviter à tout prix un conflit, et si Harry trouvait cela parfaitement compréhensible, il avait un peu de mal à réaliser ce que cela signifiait vraiment. Edmund n'allait pas se battre. En fait, il se contenta de se rapprocher d'Euan, affirmant mieux que d'une autre manière sa position.
Ce simple mouvement fit pâlir de rage Drago, qui se tourna alors vers Harry. Le Survivant eut la désagréable impression que le blond ne pouvait être plus furieux.
« Et toi Potter ? Tu choisis quoi ? »
Harry adressa un regard embarrassé à Jasper, qui ne parvenait pas à se défaire de la poigne de son frère, et il sentit peser sur lui, dans le même temps, les regards d'Edmund et Euan. Il se sentait un peu mal, mais il ne pouvait non plus laisser filer sa seule chance de s'intégrer un tant soit peu aux Gryffondors.
« Désolé Malefoy, mais je ne vois pas ce que les origines moldues d'Euan ont comme importance. »
Le regard de Drago se durcit encore et Harry se sentit plus mal, à être fixé de cette façon. Mais cela ne changerait rien à son choix : Euan leur avait prêté main-forte, il ne voyait pas très bien pour quelle raison il se détournerait à présent du Gryffondor.
Pendant un instant aucun des enfants ne bougea, et la tension, presque palpable, les mit tous profondément mal à l'aise. Puis Drago resserra sa poigne sur son frère et se détourna des trois autres.
« Parfait » dit-il d'un ton tranchant, en s'éloignant la tête haute, sans laisser à Jasper l'opportunité de protester.
Impuissant, Harry regarda le Poufsouffle se laisser entraîner dans le couloir sans grande résistance, et il songea qu'il venait sans nul doute de mettre les pieds dans quelque chose qui le dépassait. Cette histoire de Sang-Pur et de Nés-Moldus, sans oublier les Traîtres à leur Sang, était bien trop complexe pour qu'il parvienne à la comprendre avec autant de facilité que ses camarades, surtout compte tenu du peu d'informations qu'on lui avait donné. Il soupira intérieurement et se tourna vers les deux autres. Il craignait qu'Edmund ne soit vraiment déçu de l'attitude de son cousin, mais au contraire il paraissait relativement calme.
« Ne t'en fais pas » dit-il à l'adresse du Survivant qui le regardait avec étonnement. « Dray est comme ça depuis toujours. La seule chose qui l'empêche d'être totalement endoctriné, c'est Jasper. On aura de leurs nouvelles à la fin de la semaine au plus tard, j'en mets ma main à couper. »
Harry préféra ne pas lui dire ce qu'il en pensait, et en profita pour se tourner vers Euan. Le garçon, plus petit que lui d'une bonne demi tête, lui adressa un bref sourire un peu embarrassé.
« Je ne suis pas sûr que je fasse du bien à vos relations » dit-il d'un ton prudent. « Je vais peut-être vous laissez, ça me paraît mieux. »
« Non, attends ! » s'exclama brusquement Harry, paniqué.
Depuis la veille tout le monde le regardait de travers. Jusqu'à présent, Euan était le seul Gryffondor à ne pas avoir agi de la sorte.
« C'est pas grave, ça » poursuivit Harry en jetant un regard bref à Edmund. « Honnêtement, il n'y a pas mort d'hommes. »
« En revanche, on te doit une fière chandelle pour toute à l'heure » compléta le jeune Rogue en adressant une sorte de petite révérence au Gryffondor. « Sans toi on aurait été dans de beaux draps, crois-moi. »
Euan accepta les remerciements d'un hochement de tête, mais conserva une attitude un peu raide. Le silence s'installa, inconfortable, mais fort heureusement Edmund le rompit avec un entrain retrouvé.
« Bon ! C'est pas le tout, mais j'ai un élève récalcitrant à aller récupérer, moi ! Vous venez ? »
Puis, sans leur laisser le temps de répondre, le garçon s'éloigna à grandes enjambées. Harry et Euan échangèrent un regard incertain avant de rejoindre leur camarade.
Harry Potter.
A Serpentard.
Il fallait l'admettre, ce n'était pas quelque chose que Dumbledore avait envisagé.
Enfin si, bien sûr, une fois, il y a longtemps. Puis la question avait été écartée car c'était trop énorme, trop… difficile à envisager. Harry ne pouvait pas, ne devait pas atterrir à Serpentard. Non que le vieux mage détestât à ce point cette Maison, mais pour le bon ordre des choses, il était important que les enfants, et lui à plus fortes raisons, soient élevés dans de bonnes conditions, là où il avait été défini de longue date qu'ils seraient le plus à l'aise. Or, si le Survivant se voyait expédié chez les serpents, toute la réussite du plan pouvait être compromise. Il fallait le sortir de là au plus tôt, de cela Dumbledore était sûr et certain.
Mais comment, aussi ? Comment convaincre le Choixpeau de re-répartir Harry ? Et comment réussir à passer outre cette première – et théoriquement unique – répartition, qui constituait un pacte magique d'une grande puissance ?
Albus Dumbledore se massa le nez, pensif. Tout cela allait demander du temps, et de la réflexion. Sans compter que ce n'était malheureusement pas le seul imprévu auquel il lui fallait faire face dans l'instant. Des disparitions suspectes de mages défenseurs de Moldus le laissaient perplexe, d'autant qu'elles se faisaient plus fréquentes, et plus proches. Et puis, il y avait ce bruit, encore non certifié, qui disait que Lord Voldemort avait quitté l'Albanie. Et enfin, le Ministère, dont les agissements devenaient clairement préoccupants ces dernières semaines. Non, il ne pouvait pas dire qu'il était en train de vivre sa plus sereine rentrée.
Et puis, il fallait ménager les susceptibilités de chacun. Les membres de l'Ordre, selon les risques qu'ils encouraient, ne se comportaient pas toujours avec le plus grand respect les uns envers les autres. Le seul à qui ils obéissaient tous sans discuter – ou si peu, dans quelques rares cas – c'était lui, Dumbledore, leur maître, leur guide. Un rôle qu'il avait recherché durant la première guerre, et que les évènements l'amenait à continuer d'endosser. Dire qu'il s'en accommodait très bien aurait été en deçà de la vérité. En réalité, il aimait cela, même si c'était souvent épuisant. Mais chaque métier à ses inconvénients, et il lui fallait faire avec, c'était inévitable.
Il soupira avec lassitude, se leva et contourna son bureau pour marcher jusqu'à la mappemonde d'or qui trônait dans un coin de son bureau. Voyons voir…
Il étudia les différentes contrées durant quelques minutes avant de prendre une décision. Il allait rédiger une lettre à l'adresse du Cerfus, le chef des centaures de la tribu-reine albanienne, dans laquelle il lui demanderait de sillonner ses terres avec la plus grande vigilance ses terres, à la recherche du spectre de Voldemort. Les pisteurs de Cerfus étaient les plus doués, de vraies pointures. Si eux ne le trouvaient pas, alors cela signifierait qu'il n'était plus en Albanie. Et cela voudrait dire qu'il faudrait se préparer au pire.
Le vieux mage secoua la tête, comme pour en chasser les sombres pensées, et retourna à son bureau pour y prendre un long morceau de parchemin sillonné d'étranges rainures argentées, comme une feuille d'arbre cristallisée par le froid mordant de l'hiver. Il prit une plume d'un rouge flamboyant et entreprit de rédiger la missive.
Harry, Edmund et Euan ne trouvèrent pas le fameux Loan, que le jeune Rogue était supposé ramener à Dumbledore pour lui rappeler que sécher le premier cours de l'année n'était pas recommandé, et ils finirent par rejoindre leur classe en cours de Sortilèges. Plus ou moins consciemment, ils s'installèrent à la même table, alors que Drago, dans un désir d'indépendance manifeste, alla s'asseoir à l'opposé de la salle. Alors qu'il prenait place, Harry entendit les murmures croître autour de lui. Il eut alors la confirmation que la grande loi des établissements scolaires s'appliquait ici au centuple : leur mésaventure avec la Pousse de Lave semblait avoir fait le tour des Première Année, sinon plus, en à peine une heure.
Les regards plus ou moins agressifs des Serpentards le mirent mal à l'aise durant l'intégralité du cours, mais les Gryffondors ne furent pas en reste. Parmi eux, Harry remarqua que Ron Weasley était particulièrement actif et parlait avec animation à deux autres garçons de son dortoir. Cela lui procura un infime pincement au cœur sans qu'il parvienne à en comprendre la raison. Ils se connaissaient à peine ! Mais le Poudlard Express était encore tout proche, et Harry avait le sentiment que Ron et lui auraient pu sympathiser, que cela aurait pu être… il ne savait pas. C'était comme le brusque éloignement de Drago, cela le laissait perplexe, et les regards brefs qu'il échangeait avec Jasper lorsque les autres regardaient le professeur lui donnaient encore davantage le sentiment d'une sorte… d'alignement. Comme si le Poufsouffle (1) et lui-même étaient sur la même longueur d'ondes. Ce qui lui paraissait assez étrange.
Les murmures le suivirent et le hantèrent toute la journée, et le soir venu, il lui fallut toute sa volonté pour faire abstraction des regards hostiles ou clairement moqueurs de ses condisciples. Il se sentait mal, très clairement. Comme une bête de foire dont on suivait les moindres mouvements. Et il n'en était qu'au premier jour ! C'est épuisé et assez tourmenté qu'il trouva le sommeil après s'être retourné dans son lit pendant plus d'une heure.
Le reste de la semaine lui apparut comme une épreuve étrange et difficilement surmontable. Il ne comprit pas comment il fit pour passer la semaine sans trop d'encombres, tant les murmures se faisaient sur son passage et les regards insistants. Enfin le week-end arriva, et avec lui le vendredi matin, avec lui le premier cours de Potions, domaine de Severus Rogue, le père d'Edmund. Celui-ci paraissait anormalement tendu, comme si l'idée d'assister au cours le terrorisait. Et peut-être était-ce vraiment le cas, après tout…
C'est sans mot dire qu'il fit signe à Harry de le suivre dans un dédale de couloirs plus sombres les uns que les autres, et qui s'enfonçaient profondément sous le château. Après quelques mètres dans l'escalier, Harry entendit quelqu'un presser le pas pour les rejoindre et il vit Euan entrer dans son champ de vision. Le jeune Potter lui adressa un sourire auquel l'autre répondit avec une certaine bonne humeur. Malgré les évènements de la semaine, Harry se sentait plus léger en la présence du Gryffondor. Contrairement aux autres de la Maison des rouge et or, il paraissait vouloir devenir ami avec lui, et cette simple constatation le faisait sourire.
Les trois enfants se rendirent au cachot numéro 3 et s'installèrent paresseusement devant, en attente des autres élèves. Seul Edmund paraissait sur les nerfs. Harry s'apprêtait d'ailleurs à lui en demander la raison lorsqu'une jeune fille aux cheveux auburn déboula au pas de course dans le couloir et s'immobilisa dans un dérapage à peine contrôlé devant Edmund. Celui-ci avait à peine lever les yeux vers elle lorsqu'elle lui fourra un bout de papier dans les mains.
« De la part de tante Minerva. »
L'instant d'après, elle avait repris sa course folle et disparue en prenant un couloir adjacent. Etonnés, Harry et Euan se tournèrent vers leur camarade qui scrutait à présent le morceau de parchemin avec un demi-sourire, visiblement amusé. En se penchant un peu le Survivant pu voir qu'il s'agissait d'un rappel détaillé du règlement intérieur de l'école.
« Pourquoi… » commença Harry en relevant la tête, mais Edmund le devança.
« Minerva avait assuré qu'elle me détaillerait absolument tous les aspects du règlement un jour et m'obligerait à les apprendre par cœur, sous prétexte que j'ai tendance à en 'oublier'. »
« Quand tu dis Minerva… » s'enquit lentement Euan, incertain de ce qu'il devait comprendre.
« Je parle de Minerva McGonagall » confirma le Serpentard au teint pâle en rangeant le morceau de parchemin dans son sac. « Et oui, la furie que tu viens voir passer est sa nièce. Wyra Anastasia McGonagall, connue de tous ici pour ses multiples bonnes idées qui font rugir les professeurs. Hagrid pourrait t'en raconter, des anecdotes : il a passé la moitié des dix dernières années à lui courir après pour éviter qu'elle ne fasse trop de bêtises. »
Il regarda un instant l'endroit où le mur paraissait l'avoir aspiré, l'air songeur. Mais avant qu'Harry n'ait pu s'enquérir de ce à quoi il pensait, Severus Rogue surgit de l'autre côté du couloir, et le garçon réalisa avec un temps de retard que cela faisait déjà une bonne minute que plusieurs élèves étaient venus s'agglutiner dans le couloir sombre.
Le Maître des Potions passa devant eux en sifflant d'une voix glaciale :
« Rentrez en classe. En silence ! »
C'était à peine plus qu'un murmure, mais il fut parfaitement audible et aucun élève ne se risqua à émettre à nouveau le moindre son. Le professeur ne paraissait pas être de ces enseignants qui laissaient le temps à leurs élèves de s'installer avant d'exiger une certaine dose de concentration, et Harry eut la désagréable impression que le cours ne risquait pas de bien se passer. En entrant, il remarqua Drago, assis au premier rang à gauche. Le blond ne lui avait pour ainsi dire plus adressé la parole depuis qu'il lui avait dit se moquer de cette histoire de sang pur, et depuis presque quatre jours il s'asseyait au milieu des autres élèves de Serpentards de Première Année en tentant de se mêler aux autres. Il insultait copieusement les Gryffondors et les Traîtres à leur Sang et affirmait à qui voulait l'entendre que le Choixpeau n'était qu'un bout de feutre rabougri et sénile à qui il n'était plus possible de se fier, puisqu'il avait réussi à envoyer le célèbre Harry Potter à Serpentard et un Malefoy à Poufsouffle. Certains s'étaient laissés convaincre par cette approche nouvelle de la Répartition de Jasper, mais ils étaient peu nombreux et globalement les serpents avaient à l'encontre du jeune Poufsouffle un certain mépris teinté de curiosité.
Edmund désigna trois places au deuxième rang à droite, contre le mur, et Harry acquiesça en silence. Il constata avec bonheur qu'Euan les rejoignit et c'est avec un peu moins d'appréhension qu'il commença à sortir ses affaires. Il se sentait presque calme lorsque Rogue s'avança devant son bureau. Il y avait quelque chose de menaçant en lui, et il ne faisait aucun doute qu'il ne devait pas avoir souvent de chahut dans sa classe.
« Il n'y aura aucune baguette magique dans ce cours » annonça-t-il d'entrée de jeu. « Aucune incantation idiote que vos balbutiements pitoyables ne feraient qu'aggraver. Ici, je n'attends rien de vous. Ceux qui seront ne seraient-ce que capables de savoir convenablement gérer le feu de leur chaudron feront déjà sensation parmi vous. Je pourrai vous faire concocter des potions capables d'ensorceler l'âme d'un sorcier et de la faire prisonnière dans un flacon. Je pourrais vous apprendre à fabriquer la mort, également, et à dompter l'essence d'un homme. Mais pour cela il faudrait bien sûr que vous soyez autre chose de malheureuses amibes échouées dans ma classe et que vous puissiez utiliser ce don si précieux dont certains d'entre vous sont peut-être miraculeusement pourvus et que l'on appelle un cerveau. »
Sa tirade s'accompagna d'un long silence interloqué. Harry se tourna vers Edmund, les yeux ronds. Le garçon au teint pâle affichait un petit sourire moqueur et s'étira paresseusement, pas impressionné pour deux sous.
« C'est tout Sev, ça. Une entrée en matière comme on en fait plus. »
Harry trouvait cela plutôt impressionnant et il se demanda un instant ce que le professeur allait bien pouvoir exiger d'eux, après une telle annonce. L'homme balayait les rangs de ses yeux noirs comme la nuit, et soudain le garçon vit ceux-ci s'immobiliser sur un groupe de garçons de Gryffondors. En se penchant un peu, Harry vit que Rogue dardait son regard sur Ron.
« Mr Weasley. Pouvez-vous me donner les propriétés de l'aconit, je vous prie ? »
Le ton était doucereux, et Harry comprit immédiatement que cela n'était pas bon signe. De l'autre côté de la salle Ron bredouilla une réponse inintelligible qui fit ricaner la plupart des Serpentards, parmi lesquels Drago. Edmund et lui-même s'abstinrent, mais ils furent les seuls.
« Je retire un point à Gryffondor pour cette édifiante démonstration du sérieux que vous accordez à vos cours de Potions, Mr Weasley » annonça Rogue d'un ton impassible.
Il passa à un autre élève de Gryffondor, auprès de qui il s'enquit des mutations de la Casopé de Belladone, une plante dont Harry n'avait même jamais entendu parler. Il priait intérieurement pour que cette humiliation publique se limite aux Gryffondors, tant l'idée d'être ridiculisé devant la classe lui était insupportable. Il avait déjà eu une semaine difficile, son Directeur de Maison ne pouvait tout de même pas y ajouter cela, non ? Mais, tout occupé qu'il était à prier intérieurement, il ne pu néanmoins manquer l'approche lente mais bien réelle de Rogue vers sa table, et sentit rapidement que sa position de Serpentard ne le sauverait pas. Il avait déjà cru comprendre auprès d'Edmund que son père ne l'appréciait pas beaucoup…
« Mr Potter ! » fit soudain Rogue, faussement surpris, en s'arrêtant devant sa table. « Notre nouvelle célébrité… Voyons voir si vous êtes en possession ne serait-ce que d'un millième des capacités que l'on vous prête. Où iriez-vous si je vous demandais d'aller me chercher un bézoard ? »
A part lui, Edmund ne put retenir un infime sourire. Il s'en doutait. Il savait que cela se passerait mal, depuis le début, mais il était plus que satisfait d'avoir pu doubler son père sur ce terrain. Cela faisait plusieurs jours qu'il avait suggéré à Harry de relire avec attention son manuel de Potions, puisqu'il ne faisait aucun doute à ses yeux que Severus interrogerait les élèves et qu'Harry serait l'une de ses victimes.
Avec une petite inspiration, Harry se lança :
« D… dans l'estomac d'une chèvre, monsieur. »
Severus Rogue darda sur lui un regard d'ébène dans laquelle il crut déceler une lueur de danger, et Harry ressentit alors, comme le jour de la rentrée, une douleur au niveau de sa cicatrice. C'était moins prononcé néanmoins, moins brûlant. Se retenant difficilement de porter une main à son front, Harry parvint à soutenir le regard de son professeur alors que celui-ci enchaînait.
« Et à quoi sert un bézoard, monsieur Potter ? »
« Euh… » balbutia Harry, le feu aux joues de se trouver être le centre d'attention de toute la classe. « C'est un antidote puissant, n'est-ce pas ? »
Rogue ne dit rien, se contentant d'observer impassible le garçon. Il reprit néanmoins d'un ton aux accents veloutés qui firent lever la tête à Edmund.
« A ce que je vois, vous avez étudié vos livres durant l'été. Voyons voir si la célébrité vous est montée à la tête, voulez-vous ? Je vous donne une demi-heure pour me constituer un somnifère suffisant pour faire dormir un insomniaque durant une journée entière. »
Edmund ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais son père ne lui en laissa pas le temps.
« Et vous autres, je vous demanderais d'ouvrir vos livres à la page 16 et de préparer la potion contre les furoncles qui y est inscrite. »
Harry se sentait très mal, mais, incapable de faire le moindre geste de protestation, il entreprit de chercher frénétiquement la potion que le Maître des Cachots venait de lui demander de préparer, mais il était tétanisé. Une fois que Rogue se fut éloigné de leur table, Edmund se pencha vers lui.
« Il te teste. »
« Je veux bien, mais je fais comment, moi ? » demanda le jeune Survivant, au bord de la panique. « Je n'ai aucune idée de comment ça se prépare, ça ! »
« Page 273 » dit alors Euan d'un ton mécanique. « C'est le chapitre sur les potions de Sommeil. »
Harry et Edmund levèrent les yeux vers lui, surpris. Le Gryffondor, légèrement mal à l'aise d'être dévisagé de la sorte, rougit et haussa les épaules en marmonnant :
« J'ai pas réussi à dormir l'autre soir, alors j'ai feuilleté le bouquin. »
« Merci » souffla Harry en tournant la page 271.
Bon, il n'était pas sauvé, mais en tout cas, il était un peu mieux parti pour survivre à ce premier cours de Potions. C'est sur cette pensée peut-être un peu trop optimiste qu'il entama la potion, en cherchant désespérément à ignorer les regards fréquents que les élèves lui accordaient, ainsi que celui, impénétrable mais persistant, de Rogue.
Durant plus d'une heure, les enfants se trouvèrent penchés au-dessus de leur chaudron, à exécuter avec application les instructions de leur manuel. Enfin, application… Harry sursauta la première fois que l'un des Gryffondors – Neville Longdubat, à première vue – fit exploser sa potion, projeta des éclaboussures rosâtres dans toutes la pièce. Chacun des malheureux élèves touchés fit une brusque poussée de furoncles et après avoir retiré vingt points à la Maison Gryffondor, Rogue fit boire à chacun des enfants concernés un antidote de son cru.
Bien que la tête penaude de Neville lui fît pitié, Harry était plutôt rassuré car pendant que le Maître des Cachots s'acharnait sur le garçon au visage lunaire, il semblait l'avoir oublié et cela lui convenait parfaitement. Néanmoins, lorsqu'il fallut que Rogue passe finalement devant son chaudron, Harry en avait des sueurs froides. Il avait clairement vu dans les yeux de l'homme que celui-ci le détestait, et semblait le regarder comme on regarde une expérience. C'était quelque chose de nouveau et de très désagréable, presque pire que ce que les Dursley avaient pu lui faire au cours de s dernières années. Savoir que l'on n'a aucune importance aux yeux des gens lui apparaissait comme plus facile à supporter que d'être regardé comme un rat de laboratoire. En même temps, il se sentait relativement à l'aise ici, puisqu'il retrouvait les bases de son existence : quelqu'un qui le détestait et voulait sans doute le lui faire savoir de manière explicite.
« A ce stade de la préparation votre potion devrait être jaune, Potter » annonça Rogue d'un ton doucereux qui fit se redresser Edmund sur sa chaise, Harry le vit du coin de l'œil. « Est-elle jaune ? »
« Non, monsieur » balbutia Harry en jetant un regard anxieux à sa mixture vaguement verdâtre, qui émettait d'énormes bulles.
« C'est une potion très complexe pour un Première Année » intervint soudain Edmund, parfaitement audible par toute la classe.
Autour de lui les enfants abandonnèrent temporairement leur préparation pour lever les yeux vers la confrontation. Car, bien droit sur son siège, le visage levé vers son père, c'était bien la confrontation que cherchait Edmund. Il voulait attirer Severus sur un terrain qui d'ordinaire était le sien, mais sur lequel il ne pourrait pas opérer facilement aujourd'hui.
« Harry ne pouvait pas la réussir dans le délai imparti » reprit Edmund sans se départir de son calme olympien. « Vous le saviez parfaitement » ajouta-t-il en accentuant lourdement le pluriel respectueux qu'il se devait d'appliquer en cours.
Pendant une fraction de seconde, Rogue sembla sur le point de dire quelque chose à son fils, puis il se ravisa soudain et se tourna une nouvelle fois vers Harry.
« Pour cette prestation que je qualifierais de médiocre, vous aurez une retenue mardi prochain dans cette même salle, après les cours. Est-ce clair, Potter ? »
Harry déglutit, baissa les yeux et finit par hocher la tête. Il vit qu'à côté de lui Edmund paraissait révolté mais Rogue le fit taire d'un regard. Quand l'adulte eût enfin délaissé leur rang pour aller rabaisser Ronald Weasley et complimenter la potion de Drago, Harry se pencha vers son camarade de Serpentard.
« Merci. »
« Tu parles » ricana Edmund avec agacement. « Je réglerais ça plus tard, et t'auras peut-être même pas à te rendre à cette retenue stupide. »
Mais Harry n'y croyait pas vraiment. C'était un peu trop gros pour lui, et il songea qu'il n'avait plus qu'à prié pour que Rogue l'oublie et s'intéresse à un autre de ses élèves. Une chose qui lui paraissait relever du miracle, car lorsqu'il leva les yeux vers le bureau, le regard sombre et impénétrable de l'homme était rivé sur lui.
Enfin, la cloche sonna, libératrice. Harry rangea ses affaires précipitamment, n'en pouvant plus de sentir le regard noir perpétuellement rivé sur lui, et gagna la porte dans les premiers, Euan sur les talons. Un peu en retrait, Edmund eut le temps d'entendre prononcer son nom. Et la voix doucereuse de son père n'était pas de celle à laquelle il est prudent de dire non.
Harry le vit faire demi-tour et s'avancer vers le bureau de Rogue, alors que la salle se désertait. Bientôt il ne resta que les deux Rogue de part et d'autres du bureau et le Survivant, planté devant la porte de la salle avec l'héritier Abercrombie. Bien que le professeur parlât à voix basse, Harry crut capter quelques brides. Apparemment, l'adulte n'appréciait pas beaucoup la défiance dont son fils faisait preuve en contestant ses décisions d'enseignant. Harry n'entendit pas tout, mais la vivacité d'Edmund ne lui échappa pas, de même que sa mine renfrognée lorsqu'il revint vers eux.
« Venez » dit-il sèchement en les dépassants. « On a mieux à faire. »
Il les poussa pratiquement dans le couloir, avant de les entraîner dans l'escalier.
« Qu'est-ce que s'est passé ? » risqua Harry après quelques mètres.
« Rien » lâcha Edmund avec humeur. « Si ce n'est que Sev joue aux abrutis. Je crois qu'on n'a pas fini de rigoler, il vaudrait mieux que tu fasses attention. Désolé pour ta retenue. »
« C'est rien » assura le Survivant alors qu'ils atteignaient la cour intérieure.
Euan, qui marchait avec une légère avance, se décida à s'asseoir sous le saule pleureur qui bordait le couloir ouvert sur la cour. Sans tergiverser, les deux Serpentards le rejoignirent. Assis à l'ombre de l'arbre vénérable, ils entamèrent une discussion sur tout et rien. Euan, plongé dans un livre de métamorphose, les deux autres en train de discuter Quidditch, il fallut un moment à Harry avant de réaliser que le manuel que lisait le jeune lion était marqué comme de niveau Cinquième Année.
« Euh… Euan ? » s'enquit Harry, incertain, faisant lever les yeux du plus petit. « Ton bouquin… il n'est pas un peu trop avancé ? »
Le Gryffondor haussa les épaules avec une moue légèrement amusée.
« Je suis plutôt bon pour la métamorphose » admit-il sans fierté apparente, comme une simple constatation. « Mon père me l'apprend depuis des années, et j'ai une certaine avance. Je connais pas mal de sorts, mais je n'ai pas encore eu l'occasion de tout tester en pratique. » Il rougit légèrement devant l'air impressionné des deux autres et replongea le nez dans son livre. « Arrêtez de me regarder comme ça, ce n'est pas non plus exceptionnel. Je suis incapable de comprendre quelque chose aux Sortilèges. »
Mais Edmund ne semblait pas accepter de le laisser s'en tirer à si bon compte.
« Tu as plutôt l'air d'avoir un niveau standard en Sortilèges. Mais un niveau pareil en Métamorphoses… Je crois qu'à part Wyra, personne n'a jamais eu une telle avance. Et elle, elle a une excuse potable. Honnêtement, tu as en Métamorphoses le même niveau que j'ai en Potions. Et ce n'est pas un rien. »
Euan paraissait à présent particulièrement mal à l'aise, et Harry finit par détourner la conversation vers Hagrid, qui l'avait invité à passer en fin d'après-midi. Le Gryffondor lui adressa un furtif regard de remerciement, que le jeune Potter ne manqua pas.
C'était une étrange manière de dialoguer, réalisa Harry en poursuivant sa conversation. Jusqu'alors, il n'avait que rarement eut l'occasion de parler sans mot, et ce mode de communication le laissait encore un peu surpris, de par son efficacité. Il avait du mal à réaliser que Jasper, Euan et lui semblaient être à ce point sur la même longueur d'ondes, et il se questionnait encore, régulièrement, sur la raison de cela. Comment, alors qu'ils ne se connaissaient que depuis une semaine et encore, pouvaient-ils en être déjà à ce point de communication non verbale ? C'était troublant.
« Vous venez avec moi ? » finit-il par demander après quelques minutes.
Il venait d'apercevoir les ombres qui s'étiraient dans la cour intérieure, et un coup d'œil à sa montre lui apprit qu'Hagrid l'attendait dans une dizaine de minutes.
« Eh, pourquoi pas ? » fit Edmund en jouant avec un brin d'herbe. « Tu viens, Abercrombie ? »
Le Gryffondor parut un peu désarçonné, comme s'il était entendu pour lui qu'en dehors des heures de cours, il ne risquait pas de traîner avec les deux Serpentards.
« Vous voulez vraiment que je vienne ? »
« Evidemment » sourit Harry, qui se sentait mieux à l'idée de ne pas être le plus mal à l'aise. « Hagrid m'a dit que je pouvais venir avec des amis. »
Bon, ce n'était pas exactement comme ça que le garde-chasse avait formulé la chose dans sa lettre du matin même, mais bon, c'était ce qu'il en ressortait.
« Ok » finit par accepter le lionceau.
Il était presque cinq heures lorsqu'ils prirent le chemin de la cabane d'Hagrid. Le fait que le géant les ait invités illuminait un peu la journée passablement longue, mais Harry devait reconnaître qu'il n'était pas au bout de ses surprises. En effet, à quelques mètres de la cabane se tenait l'adolescente aperçue le matin même dans le couloir des cachots, la fameuse nièce du professeur McGonagall.
« Yo, Première Année ! Alors ? On a survécu au cours de Sevy la chauve-souris ? »
« Apparemment » répondit Edmund en arrivant à sa hauteur. « Il a déployé des trésors de diplomatie, comme toujours. »
« C'est Sevy, que veux-tu ! » s'exclama la jeune fille d'un air faussement dramatique. Puis son regard se porta sur les deux autres garçons et elle leur adressa un même sourire chaleureux. « Bienvenue à vous, petits nouveaux ! J'espère que vous vous plaisez parmi nous. »
« C'est plutôt cool » sourit Euan en tendant la main à l'adolescente qui la serra avec énergie. « Euan Abercrombie. »
« Wyra McGonagall, dite la super sorcière en chef » répondit la jeune fille du tac au tac. « Et toi t'es Super Potty, notre héros national, pas vrai ? » ajouta-t-elle en se tournant vers le jeune Potter. « Ravie de te rencontrer, même si je suis un peu déçue, je te voyais plus grand, et plus menaçant. Genre avec des yeux rouges qui lancent des éclairs. »
Interdit, Harry lui serra la main, ne sachant pas s'il devait être inquiet ou amusé. Secouant la tête avec un sourire, Edmund l'écarta de sa délurée d'amie pour l'entraîner vers la cabane.
« Toi aussi tu viens voir Hagrid ? » s'informa-t-il.
« Si on veut » éluda Wyra, l'air soudain plus grave. « Y a un truc que je veux vérifier. » Elle darda un bref regard sur les deux autres, qui se trouvaient légèrement en arrière, comme pour leur signifier qu'ils étaient de trop. « Pour faire court » reprit-elle à voix basse, à tel point qu'Harry l'entendit à peine, « y a un truc qui pue les problèmes, quelque chose de violent, et Hagrid a peut-être une info. Tu le connais, s'il sait quelque chose on finira forcément par le savoir. »
Edmund hocha la tête avec raideur, Harry le vit à sa nuque et à ses épaules, comme si ce dont Wyra parlait était quelque chose de très grave, quelque chose d'une grande importance aussi. Il ne put s'empêcher de se demander de quoi il s'agissait, mais s'abstint de poser sa question à voix haute. Il avait la très nette impression que ces deux-là se connaissaient suffisamment pour avoir en commun certains secrets, et l'idée d'en être exclu lui paraissait logique.
Ils poussèrent la porte de la cabane et aussitôt Hagrid les fit entrer avec une bonne humeur communicative et une voix tonitruante.
« Ah ! Voilà la fine fleur de Poudlard, la nouvelle génération ! Alors, comment ça s'est passé la première semaine ? »
« Plutôt bien » répondit Edmund avec un sourire. « Et vous alors ? Pas mal, cette rentrée ? »
« Excellente, tu veux dire ! » s'exclama Hagrid en les faisant s'asseoir d'un geste amical qui les propulsa tous les quatre contre la table et les tabourets. « Avec ces autorisations qu'a eu Dumbledore… J'ai cru comprendre que vous aviez fait connaissance avec notre nouvelle mascotte. Alors, que pensez-vous de notre Pousse de Lave ? N'est-elle pas magnifique ? »
« Euh… » hésita très clairement Harry.
Magnifique ? Ce n'était pas vraiment le terme auquel il aurait pensé en premier, mais après tout… vu sous un certain angle… pourquoi pas… Non, non, décidément non, il ne pouvait pas voir cette chose autrement que comme la plante qui avait failli le transformer en steak bien cuit. Un mot cependant dans la tirade du géant retint son attention, mais il n'eut pas le temps d'en faire la remarque.
« Les autorisations ? » s'enquit Wyra d'un ton prudent. « Elles concernent quoi, les autres ? » Elle fronça les sourcils en regardant la pile conséquente de livres qui s'entassait derrière le canapé défoncé. « Pas les Chimères, quand même ? »
Edmund lui adressa un regard inquiet qui n'échappa pas à Harry, bien qu'il se demandât fortement ce que pouvait être une Chimère. Devant la cheminée, occupé à remuer le contenu de sa marmite, Hagrid balaya la question d'un geste qui manqua assommer Euan et partit d'un grand rire.
« Non, non, rassure-toi ! Mais avec un peu de chance, nous pourrons trouver une compagne à Alfie d'ici Noël ! »
« Quoi ? » s'exclama Wyra, soudain nettement plus souriante. « Mais c'est génial ! Depuis le temps que je dis qu'il a besoin de compagnie c'pauvre Alf ! »
« Oui, c'est ce que j'ai dis à Dumbledore moi aussi » sourit Hagrid en posant une théière de la taille d'une glacière familiale sur la table. « Du sucre ? »
Les enfants passèrent le reste de l'après-midi auprès du garde-chasse, dans une ambiance détendue qui leur permis à tous de souffler un peu après les longues heures passées enfermés dans des salles de cours. Néanmoins, Harry garda un œil sur Edmund et Wyra, en attente d'un signe qui lui dirait si oui ou non ils avaient obtenu le fameux renseignement que la Troisième Année était venue chercher. A son contact, le jeune Serpentard n'avait pas tardé à réaliser qu'elle faisait sans doute partie des perturbateurs de l'école, car elle était totalement cinglée. Elle paraissait ne même pas être capable de l'appeler par son prénom, ou même son nom. Au contraire, la jeune fille lui avait attribué toute la fin d'après-midi des surnoms idiots et délurés, allant du « Seigneur Survivant » au « Tueur de Mangemorts », en passant par un certain « Top-Potter » qui paraissait avoir un certain succès.
« Je trouve que ça te va bien » avait-elle-même dit sur le pas de la porte, alors qu'elle s'apprêtait à filer.
Harry n'avait pas eu le temps de la contredire qu'elle avait déjà tourné les talons et se dirigeait vers le château à grandes enjambées. Il était trop surpris pour la rappeler, mais ce n'était pas la seule raison. L'autre, autrement plus importante, était l'exclamation qu'Euan n'avait pas pu retenir en prenant l'exemplaire de LaGazetteduSorcier qui traînait négligemment sur un meuble.
« Quoi ? » s'exclama Edmund en le rejoignant, alors qu'Harry se tournait vers eux, surpris.
« Il y a eu un cambriolage à Gringott's » expliqua le Gryffondor en tendant le journal au jeune Rogue. « Regarde. »
Mais Edmund n'eut pas le temps d'attraper le journal qu'Hagrid, surprenant tout le monde, s'en empara et le fourra sans la moindre précaution dans une poche de sa veste.
« Ce n'est pas des lectures d'enfants » assura-t-il d'un ton bourru. « Pas la peine de vous en soucier. Filez plutôt faire vos devoirs avant d'oublier, j'ai des choses à faire. »
Et sur ces mots, il les poussa presque dehors. Abasourdis, les garçons se retrouvèrent dans le parc sans avoir tout compris, et échangèrent un regard ahuri. L'instant d'après, Wyra bondissait de derrière l'appentis qui se trouvait sur le côté de la cabane, faisant sursauter Harry et Euan. Edmund, lui, ne paraissait pas plus surpris que cela.
« Il sait » affirma-t-il à l'adresse de son amie. « T'avais raison. »
« De quoi vous parlez ? » s'enquit Harry, qui ne trouvait finalement pas très agréable d'être tenu à ce point à l'écart de la conversation. « Je sais que c'est entre vous, mais je suis un peu perdu et… »
Edmund et Wyra échangèrent un bref regard avant que la jeune fille ne lâche finalement, d'un ton sans appel :
« Oublie. »
Information sur l'histoire :
- (1) Dans ma fic, certains cours sont communs aux quatre Maisons. En raison d'un assez grand nombre d'élèves, ce n'est pas le cas de tous, mais les Professeurs ont jugé intéressant de faire étudier les élèves ensemble durant certaines heures : celles de Botanique, de Sortilèges et d'Histoire de la Magie. Pour que le nombre d'enfants dans chaque classe ne soit pas trop élevé, les enfants d'une même Maison et d'une même année sont scindés en deux groupes. Ce qui fait donc huit groupes de Première Année, répartis en deux classes comportant chacune des éléments de chaque Maison. Ainsi, Harry et les autres pourront aussi bien être ensemble dans un cours et séparés dans un autre.
- Oui, un peu bizarre comme fin, je sais. Mais je voyais mal Wyra et Edmund, tous deux habitués à un milieu de complots et de compromis très tendus, se confier à deux nouveaux venus comme Harry et Euan. Mais pas d'inquiétude, les petits Première Année vont bientôt se trouver eux-aussi mêlés aux affaires qui occupent pour le moment leurs deux aînés.
- L'attitude de Severus va évoluer lentement au fil des chapitres, mais il ne sera pas tout gentil avec Harry du jour au lendemain, ça c'est du garanti.
- Oui, je maintiens le niveau théorique d'Euan en Métamorphoses, ainsi que celui d'Edmund et bientôt de Wyra. Ces deux derniers sont personnellement liés aux enseignants, donc ils ont beaucoup étudiés et atteint un niveau plus qu'honorable. Quant à Euan, il s'agit tout simplement d'un jeune génie. Avant que l'on ne me fasse remarquer qu'Harry risque de paraître bien faible à côté d'eux, je signale qu'il vient tout juste d'arriver dans le monde magique et n'a de ce fait pas bénéficié de la même possibilité d'avance. En revanche, vous allez voir qu'il ne va pas tarder à montrer lui aussi un certain nombre de qualités peu négligeables.

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