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Sur la corde raide by Cissyaliza

TV » Numb3rs Rated: M, French, Hurt/Comfort & Angst, Don E. & Charlie E., Words: 47k+, Favs: 4, Follows: 5, Published: 1-28-12 Updated: 3-21-12
59 Chapter 16: Chapitre 16: Un entretien à coeur ouvert

Chapitre 16 : Un entretien à cœur ouvert

Don s'étira doucement et gémit : une douleur fulgurante traversait son côté.

- Don… ca va ? Attends, j'appelle l'infirmière.

Il ouvrit les yeux pour voir Charlie assis sur le bord de son lit, sa main sur la sienne, ses yeux inquiets rivés sur lui tandis que son autre main se tendait vers le bouton d'appel. Aussitôt les événements lui revinrent en mémoire… Il s'aperçut que le soleil inondait la chambre : c'était déjà le matin.

- Vous avez sonné ?

L'infirmière se tenait à la porte.

- Oui, mon frère souffre. Est-ce que vous pouvez lui donner quelque chose ? s'enquit Charlie.

- Vous avez mal agent Eppes ? demanda la jeune femme en entrant dans la chambre.

« Bien sûr qu'il a mal espèce de conne ! se retint de clamer Charlie, furieux qu'elle ne semble pas tenir compte de son avis. Qu'est-ce que tu crois ? On lui a tiré une balle dans le flanc ! »

La main de Don sur la sienne l'empêcha de laisser fuser la remarque acerbe qui lui montait aux lèvres. Il comprit que son frère savait ce qui lui traversait la tête et lui demandait, par son geste, de ne pas réagir.

- Un peu…, répondait Don dans le même temps tout en lui adressant un regard d'avertissement.

Charlie le fusilla des yeux. S'il avouait souffrir « un peu », ça voulait sans doute dire qu'il endurait un vrai supplice.

- Vous pouvez lui donner quelque chose ? répéta-t-il.

L'infirmière était en train de consulter le dossier médical de Don et le mathématicien piaffait littéralement sur place. Comment pouvait-elle le laisser ainsi sans agir ? Pourtant sa raison lui disait qu'elle ne faisait que son travail et qu'elle le faisait très correctement en vérifiant les prescriptions du médecin, l'heure de la dernière injection d'antalgiques et la quantité de produit reçue par Don avant de décider ce qu'elle devait lui administrer. Une surdose de médicaments n'arrangerait pas son état.

S'étant assurée que le laps de temps minimal entre chaque administration de calmants avait été respecté, elle injecta une nouvelle dose dans le fil de la perfusion après avoir pris les constantes de son patient. Puis elle pris congé, remerciée du bout des lèvres par Charlie qui restait focalisé sur son frère, heureux de voir son visage se détendre.

- Le médecin fait sa visite dans une demi-heure, précisa-t-elle en quittant la pièce. Vous penserez à lui dire si la douleur persiste surtout.

« Ben non ! Bien sûr ! Il est trop bête pour penser à ca ! » fulmina Charlie à cette information qui lui semblait bien inutile. Quelle absurdité de dire à quelqu'un de penser à faire savoir qu'il souffre !

- Tu n'as pas été très aimable, lui reprocha Don lorsque la porte fut refermée.

- Elle m'énerve, se contenta de grommeler Charlie en reportant son attention sur son frère.

Son visage était détendu et il semblait moins pâle.

- Tu vas bien ? demanda-t-il, se reprochant in-petto l'absurdité de sa question.

- Mais oui… ça va… Arrête de t'en faire. Et toi, ça va ?

Il regarda son frère comme s'il avait perdu la tête.

- Moi ? Je te signale que c'est sur toi qu'on a tiré. Pas sur moi !

- Mais tout ça a dû quand même te secouer pas mal, objecta Don. Je te connais frangin.

- Non… Tant que toi tu vas bien…

Le silence s'établit un instant entre eux.

- Pourquoi tu es là ? finit par demander Don.

- Comment ça ?

- Pourquoi est-ce qu'ils t'ont gardé ? Tu es blessé ?

L'inquiétude s'entendait dans le ton de la question. Charlie s'aperçut alors que son frère ne pouvait pas savoir la raison de son hospitalisation. Il avait perdu conscience au moment où il avait fait sa crise de panique. La rougeur envahit instantanément ses joues : comment expliquer à son aîné qui avait reçu une balle en le protégeant, qu'il avait été hospitalisé pour avoir perdu son sang froid comme un gamin apeuré ?

- Charlie… qu'est-ce qui s'est passé ? insista Don.

Alors à mots hésitants, Charlie raconta l'arrivée à l'hôpital, cette impression de traverser une brume de sons, de lumières qui le blessaient. Cette quasi certitude de ne survivre que par sa main sur celle du corps inerte qu'on transportait à travers les couloirs et l'horrible sensation de se noyer qu'il avait ressentie lorsqu'on avait tenté de l'arracher à cette main. Il se souvenait d'avoir hurlé, de s'être débattu comme un forcené, puis plus rien, le noir, le néant, le calme.

Lorsqu'il eut terminé son récit, il coula un regard honteux vers son frère s'attendant à lire dans ses yeux la moquerie ou pire, la déception devant sa lâcheté. Mais il ne lut dans les prunelles brunes posées sur lui qu'une immense compassion et beaucoup d'amour.

- Oh Charlie ! soupira Don. Ca ne valait pas la peine de te mettre dans des états pareils. Tu vois que je vais bien.

- Mais tu as failli être tué à cause de moi Donnie… Comment voulais-tu que je réagisse ? se défendit le mathématicien, les larmes aux yeux.

- Pas à cause de toi frangin, objecta aussitôt Don. A cause d'Ackerman. Tu n'y es pour rien et j'aimerais que tu te le tiennes pour dit une fois pour toute d'accord ?

- D'accord…, abdiqua Charlie, mais sur un ton si peu convaincu que Don fut sûr que tôt ou tard il leur faudrait avoir de nouveau cette conversation.

Il y eut un instant de silence, puis Charlie reprit, d'une voix quasi-inaudible :

- Je te demande pardon Don…

- Charlie ! Je viens de te dire que tu n'y étais pour rien ! s'exclama l'aîné. Alors tu n'as pas à t'excuser.

- Non… Je m'excuse pour ce que je t'ai dit, il y a deux jours. Tu sais que je ne le pensais pas… Je voulais juste t'écarter de moi, éviter que tu me poses des questions parce que je savais qu'alors je ne pourrais pas faire autrement que de te parler, et j'avais bien trop peur de ce qui pourrait se passer à ce moment-là.

- Oui. Lorsque j'ai su ce qui s'était passé je l'ai bien compris… Pourtant…

Don s'interrompit, comme s'il craignait de blesser son petit frère. Mais des phrases résonnaient encore dans sa tête, des phrases qu'il aurait du mal à oublier : Tu te sers de moi, tu m'utilises comme un super ordinateur et c'est tout ! Quoi que je ressente, quoi qu'il arrive en dehors, tout ce que tu veux ce sont des résultats, et rien d'autre… Assez d'être ton petit chien fidèle Assez de juste te servir de faire valoir ! Je voudrais, une fois, une seule fois, avoir le choix tu comprends ? A cause de toi je suis passé à côté d'opportunités fantastiques dans mon domaine ! A cause des enquêtes du F.B.I. j'ai négligé ma propre carrière. Parce que tant que je suis dans TES dossiers, ma théorie de l'émergence cognitive n'avance pas ! C'est fini Don ! J'arrête de te servir de larbin.

- Quoi ? Donnie… parle-moi.

- Ces mots que tu m'as dit Charlie… Est-ce qu'il n'y avait pas une part de vérité au fond ? Est-ce que tu ne te sens pas frustré parfois de devoir travailler sur mes cas alors que tu as tant d'autres opportunités qui s'ouvrent à toi ?

Charlie sentit le danger, il se rendit compte de la blessure qu'il avait ouverte dans le cœur de son frère et il sut qu'il devait au plus vite colmater la brèche avant qu'elle ne creuse entre eux une barrière.

- Non… Enfin… Parfois c'est vrai que c'est un peu agaçant. Lorsque tu m'apportes tes dossiers et que je suis sur un raisonnement… Mais je n'ai jamais aucun regret Donnie, tu m'entends, jamais. J'adore travailler avec toi !

- Je crois t'avoir déjà entendu dire ça une fois, sourit Don.

Mais ses yeux restaient préoccupés, le sourire n'y était pas monté et Charlie comprit qu'il n'était pas complètement convaincu.

- Don… Tu sais bien que si vraiment ça me pesait je te le dirais.

- J'aimerais le croire petit frère mais… Tu sais, ces mots que tu as choisis. Ils ont frappé juste là où ça fait mal et ça ce ne peut pas être une coïncidence. Peut-être qu'ils reflétaient inconsciemment ton véritable sentiment face à notre collaboration.

Charlie gardait le silence, les yeux emplis d'appréhension. Est-ce qu'après tout ce qu'il venait de traverser il allait subir une épreuve supplémentaire, devoir renoncer à travailler avec son aîné, le regarder à nouveau s'éloigner de lui, repartir dans son monde tandis que lui serait aspiré dans le sien, voir jour après jour se creuser de nouveau le fossé entre eux jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus jamais se rejoindre ?

- Peut-être que tu as choisi ces mots-là parce que tu savais qu'ils m'obligeraient à voir la vérité en face. Parce que je ne veux pas me servir de toi Charlie, jamais ! Je veux ce qu'il y a de meilleur pour toi et…

- Mais ce qu'il y a de meilleur pour moi c'est d'être à tes côtés Don. Je t'en prie ! Oui tu as raison… J'ai choisi ces mots en sachant qu'ils allaient te faire mal. Je me souvient de ta réaction lors de l'affaire Bonnie Parker, lorsque tu m'as fait promettre de te le dire si un jour j'avais le sentiment que mon travail avec toi m'empêchait d'avancer vers autre chose. C'était le meilleur moyen de t'éloigner : te rejeter impitoyablement, te conforter dans tes craintes. Crois-tu que j'ai oublié ce que tu as dit dans le cabinet du Dr Bradford ?

- De quoi tu parles ?

- Tu as dis que quand tu travaillais avec moi tu avais l'impression de m'utiliser, de te servir de moi et que tu détestais cela. Lorsque tu veux soulever un poids trop lourd pour toi tu utilises un levier. Et j'ai choisi ce sentiments que tu avais comme levier.

- Drôlement efficace alors, sourit Don.

Mais cette fois-ci Charlie ne manqua pas de voir que le sourire était monté à son regard et il comprit qu'il était en train de gagner la partie. Etait-ce parce qu'il était réellement convaincant ou parce que son frère ne demandait qu'à se laisser convaincre ? Parce qu'il ne voulait pas se passer de sa collaboration ? Non qu'il veuille l'exploiter contrairement à ce que le mathématicien lui avait jeté au visage, mais simplement parce qu'il aimait l'avoir à ses côtés, discuter avec lui des cas ardus qui se présentaient à sa sagacité, débattre pied à pied de ses théories et lui accorder la place qu'il méritait dans son équipe.

- Donnie… Tu m'as demandé de ne pas me sentir coupable de ce qui s'était passé.

- Oui, tu n'y es pour rien Charlie. Tu es une victime.

- Alors en échange, moi je te demande de croire qu'il n'y avait pas un mot de vrai dans ce que je t'ai dit.

- Charlie… Tu sais que parfois les mots nous échappent de manière inconsciente.

- Peut-être. Mais les miens n'étaient dictés que par l'urgence de la situation. Bien sûr que je ne les avais pas prémédités. Mais s'ils sont sortis ainsi ce n'était que dans le but de te rejeter impitoyablement pour t'ôter toute envie de revenir, pas parce qu'ils reflétaient la moindre parcelle de vérité… Tu dois me croire Don. Jamais je ne me lasserai de travailler avec toi mais cependant, si ça arrivait, alors je te le dirai franchement.

Don plongea son regard dans celui de son frère, semblant vouloir le sonder jusqu'à l'âme. Un sourire, franc cette fois-ci, apparut de nouveau sur ses lèvres :

- Dis donc frangin… depuis quand tu as un diplôme en psychologie toi ?

- Idiot ! rigola Charlie en envoyant une bourrade à son frère.

Aussitôt il s'affola :

- Oh mon Dieu… Donnie… je suis désolé… je n'ai pas réfléchi ! Je te t'ai pas fait mal ?

Don avait un peu pâli mais sa voix était ferme lorsqu'il répondit :

- C'est ça ton problème Charlie…

- Quoi ?

- Tu réfléchis trop quand tu ne devrais pas, et pas assez quand tu le devrais !

Les protestations de Charlie moururent sur ses lèvres en voyant le regard moqueur que son frère attachait sur lui. Il se contenta de lui serrer la main un peu plus fort, dans une étreinte où il faisait passer toute l'affection qu'il ressentait pour lui.

Sans un mot Don lui rendit son étreinte et les deux frères restèrent ainsi plusieurs minutes, les yeux dans les yeux, à se parler en silence, dissipant les dernières zones de malentendu qui aurait pu subsister entre eux.

FIN


Voilà... C'est terminé pour cet épisode. Merci à tous ceux qui l'ont lu, particulièrement à AmbreOnyx, Anon5, Lily, Praemonitus, Rhyn et Yumi-Chan dont les commentaires étaient très encourageants.


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