Cellule 423

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Rémus

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Cellule 423. C'est Sa cellule.

Matricule 390. C'est Son matricule.

Je suis devant Sa porte.

Mes pensées ne sont que regrets, colère et dégoût. Je fixe le petit soupirail qui laisse passer un carré de lumière dans Sa cellule. Derrière, je distingue une vague forme sombre allongée à même le sol.

Sirius. Un ami, un amant. Un traître, un assassin. Le Sinistros.

Un auror se tient prêt derrière moi, au cas-ou. Le ministère est très méfiant ces temps-ci, et le jeune homme est autant chargé de veiller sur moi que de me surveiller. Vu la façon dont il renifle, il ne doit pas apprécier les loups garous. Ce n'est pas comme si quiconque ces temps ci les appréciait. Nous sommes trop...dangereux pour la communauté magique.

La porte s'ouvre. La forme au sol ne bouge pas. Cela fait une semaine qu'il est là, et il est déjà presque mort. Selon moi, il ne résistera pas aux mois venteux qui s'annoncent.

Les visites ne sont autorisées qu'une fois tous les trois mois, c'est donc, selon mes estimations, la dernière fois que je le vois. J'essaye de me convaincre que de toute façon, je ne comptais pas revenir. Mais je me mens à moi-même. Je l'aime toujours et j'en ai honte. Il a tué James, Lily et Peter, il a détruit la vie de son filleul...ce n'est pas lui qui tenait la baguette mais c'est tout comme : il a trahit.

Il était leur ami. Il était un maraudeur. Il avait mon amour. Alors pourquoi, pour qui ? Un malheureux sorcier noir ? Un type qui prônait des idées qu'il avait renié avec sa famille ? C'est tellement absurde !

Mais les faits sont là, il n'y a aucun doute. James, Lily et Peter, ainsi que plusieurs Moldus, sont morts. Et un Sirius riant, et criant vengeance pour ce fichu mage noir, est apparut en première page des journaux.

Je m'avance doucement dans la cellule. C'est sinistre et froid, la présence des détraqueurs entache les vieilles pierres. Le vent siffle en continu et l'odeur de la mer désoriente mon odorat canin.

Un léger gémissement échappe au presque-cadavre. La mort est prête.

Pourtant, il trouve la force de se relever et de me regarder, il sourit.

« Lunard... »

Je le fixe sans répondre, ce n'est plus mon Siri qui est devant moi, mais un vulgaire mangemort. Ce n'est qu'un membre de la ''si pure'' famille des Black. Le fait qu'il résiste aux détraqueurs en parlant, me prouve une nouvelle fois son allégeance. Seul un fou psychopathe est capable de sourire et de parler à Azkaban. Et pourtant je ne bouge pas, et demande la seule chose qui m'intéresse réellement, celle pour laquelle je me suis persuadé de venir le voir.

« Pourquoi ? »

Il y a tant de douleur dans cette simple question. Je le vois aussitôt perdre son sourire, remplacé par un air de profonde tristesse. Il me regarde fixement, semblant hésiter sur la façon de répondre. Sa tête se baisse comme s'il avait honte. Il semble prendre une décision et relève la tête fièrement. Une étincelle de défis passe dans ses yeux fatigués. Je me prend à espérer, et si...

Mais il prend bientôt une attitude hautaine, pleine de condescendance, un vrai petit Black ! Sa voix résonne, pleine de mépris, entre les murs épais soudain silencieux de la prison.

« C'était mon devoir, le devoir d'un Black. Les autres n'ont que peu d'importance, seul compte le Seigneur des Ténèbres et Sa gloire. Maintenant laisse moi, et ne reviens pas, hybride!»

Je reste abasourdi. A-t-il vraiment dit ça ?M'a-t-il vraiment appelé de cette façon ? Lui qui prenait toujours ma défense contre les extrémistes sang pur et leurs propos racistes ? Mais après tout, il a fait assassiner son meilleur ami de sang froid. A quoi devrais-je m'attendre ?

Il se recouche par terre sans rien ajouter. Je le regarde se recroqueviller sur la pierre froide du cachot. Peut-être résistera-t-il quelques mois de plus à la mort finalement, mais cela ne m'apporte aucun réconfort, au contraire. Pour moi, Sirius est déjà mort.

Je sors. La porte de la cellule numéro 423 claque derrière moi. L'auror me raccompagne rapidement au petit ponton de bois qui sert de liaison avec le continent.

Je reste seul.

J'ai froid.