Voici le chapitre 5, avec beaucoup de retard j'en suis désolée. Je suis en terminale et j'ai ENORMEMENT de travail (bon en fait j'en ai beaucoup ET je suit pas mal de fanfic, ce qui réduit mon temps d'écriture, mais c'est un choix que j'assume). Mais je vous ai pondu un TRES GROS chapitre, le plus gros depuis le début et de loin !

J'aimerai vraiment avoir votre avis sur ce chapitre pour lequel j'ai du faire beaucoup de recherche. D'autant que j'ai très peu de review (ce que je comprends car cette histoire n'est pas...trépidante !) et que donc mon style et les erreurs que je fais ne risque pas d'évoluer sans remarque... à vrai dire je suis même prête à accepter des insultes pourvues qu'elles aient raison d'être (je dois être un peu maso sur les bords...non mais des insultes gentilles, hein ?). J'ai d'autres projets de fic en cours (bien que je ne m'étendrai pas dessus avant d'avoir fini celle ci ça n'empêche pas les idées de tourner dans ma tête!) qui correspondront plus à un profil ''grand public'' si je puis dire, car il y aura, tenez vous bien, de l'ACTION ! Et oui je suis capable d'imaginer des scènes d'actions sans trois kilos de description !

Bonne lecture !

Chapitre 5 : Voyages

Décembre 1982, village d'Aïnoumal, Sénégal. 13h30

Rémus Lupin sort de la cheminée dans une bourrasque de flammes vertes. D'un pas souple, presque animal, il se dirige vers le comptoir du bar sorcier ko jant (=le soleil) et salue le propriétaire. Il a de larges cernes suite à son excursion de plusieurs jours dans la forêt proche du village où il réside. Le nouveau travail que lui a confié le célèbre Magizoologiste, Newt Scamander, consiste à retrouver la trace d'un étrange serpent bleu électrique qu'a entraperçu un moldu. Celui-ci a d'ailleurs du être oublietter par les autorités magiques sénégalaises. Il racontait à quiconque voulait bien l'écouter qu'il avait vu un serpent géant parcouru d'éclairs bleus, et son histoire commençait à avoir un retentissement national. Il était même passé à la télévision officielle dans le « témoignage étrange du mois ».

Newt avait été très intéressé par la découverte d'un nouveau type de serpent magique, et avait dépêché sur place son meilleur chasseur. Rémus a commencé a travaillé pour lui en septembre 1982 et s'est déjà démarqué par son sérieux et son efficacité exemplaire. Il est chargé de parcourir le monde en cherchant de nouvelles créatures magiques et d'en ramener des spécimens à son employeur qui les examine en détail et les répertorie soigneusement dans ses livres.

Quand Albus lui a proposé i mois de travailler pour un vieil ami passionné par les créatures magiques, il ne s'attendait pas à rencontrer l'auteur de Vie et Habitat des Animaux Fantastiques. Pourtant il aurait du s'en douter, car c'est bien le Directeur qui a rédigé le prologue du livre à succès, connu de tous les sorciers d'Europe. De ce que Newt a bien voulu lui raconter, celui-ci a été l'élève de Dumbledore pendant sa scolarité à Poudlard, et a lié une forte amitié avec l'homme. Plus tard, il a gardé le contact avec son ancien professeur de métamorphose par lettre, et l'a aidé dans ses recherches sur les propriétés du sang de dragon, en lui fournissant des échantillons. Une forte confiance a perduré entre les deux hommes, et Newt a immédiatement engagé Rémus car il était l'envoyé d'Albus.

Sortant de ses pensées, Rémus s'assoit au côté de Diagher. Accoudée au bar, la jeune sénégalaise lui sourit, dévoilant des dents qui ne paraissent que plus blanches par contraste avec sa peau noire. Il l'a rencontrée le jour de son arrivée, et depuis elle s'est auto-proclamée son amie. Elle est très sarcastique et n'a pas sa langue dans sa poche.

« Je vois que tu n'as toujours pas appris à être à l'heure. Cela va faire quinze minutes que je t'attends. Tu sais on a pas tous la chance de faire un métier de paresseux comme le tien. Pfff, explorateur...plutôt glandeur professionnel oui !» C'est toujours comme ça avec elle : jamais de « bonjour » ni de « comment vas-tu ». Elle juge ces politesses hypocrites.

« On a pas tous le porte-monnaie de papa pour nous sauver du chômage! Je suis désolé mais je crois que mes parents ont décidé de ne pas m'entretenir contrairement à toi! Que veux tu, on n'est pas tous des Vieira ! » Elle a été adoptée très jeune par la famille Vieira, une des familles les plus puissantes d'Afrique, aussi bien du côté magique que du côté sorcier. Elle est extrêmement fière de sa famille, pire qu'un Malfoy.

Rémus ne comprend pas bien pourquoi elle s'intéresse à lui. Il n'est qu'un Anglais perdu dans un petit village et à la recherche d'un serpent étrange. Il apprécie cependant sa présence et son aide. Elle a convaincu le propriétaire du motel miteux où il loge de faire un rabais sur le prix de sa chambre, et lui a appris quantité de sorts de détection de créatures qui lui sont très utiles dans sa quête. Et puis elle donne de bons conseils. Concernant Sirius.

Il ne lui a pas tout raconté bien sur. Elle pense juste qu'il est en deuil, ce qui est presque le cas. Et il semble qu'elle a une expérience assez importante sur la façon de consoler quelqu'un dans sa situation. Parfois il s'interroge sur la personne qu'elle a pu perdre pour devenir si mature, mais la plupart du temps, il la laisse payer l'alcool et l'écoute parler. Ses conseils ne sont pas gentils, ils sont utiles, même s'ils font mal parfois.

« Si tu étais un Vieira je te tuerai immédiatement. Je n'autoriserai pas qu'un anglais, blanc qui plus est, viennent entacher notre arbre généalogique ! Et je ne suis pas au chômage, j'ai simplement pris...quelques années sabbatiques ! ». En Afrique, Rémus a découvert une nouvelle forme de racisme. Les familles étant très étendues et liées, il n'y a pas discrimination entre moldus, sorciers et né-moldus. Par contre les Noirs ne voient pas d'un bon œil les Blancs qui passent dans leurs villages. Il les considèrent comme des néo-colonisateurs. Heureusement, Diagher n'est pas ainsi, elle accepte tout le monde.

La conversation continue, mélange de pics et de moqueries. Rémus se détend peu à peu. Sa nouvelle amie arrive facilement à lui faire oublier son passé. Il vit au jour le jour, ne prévoit rien, et laisse à Newt les choix des pays où celui-ci l'envoie. Le dépaysement lui fait du bien. Bouger, rencontrer de nouvelles personnes, l'a plus aidé ces quatre derniers mois que l'année d'isolement à Londres.

Le seul bémol de son travail : les pleines lunes sont difficiles et l'épuisent. Il n'y a plus personne pour le soutenir, et il est obligé de s'enfermer pour éviter de tuer, blesser, ou pire transformer quelqu'un. Trois jours au lit sont nécessaires pour qu'il retrouve ses capacités naturelles.

« - Hé ! Tu m'écoutes Rémus ?! Je te disais que j'avais pensé à un nom pour ton gros serpent, enfin, si tu réussis un jour à l'attraper ! » dit Diagher d'un ton ironique. « Quand je pense au temps que j'ai passé à t'enseigner de nouveaux sorts, et au bout de trois jours tu ne l'as toujours pas trouvé ! Tu devais être un très mauvais élève à … Poudlard, c'est ça ? Quel nom étrange ! Vous, les anglais, vous ne faites rien comme tout le monde !

-J'étais au contraire un très bon élève, ne t'en déplaise ! Et si tu avais déjà quitté ton petit village de pacotille, tu ne trouverai pas le nom ''Poudlard'' étrange, c'est simplement anglais ! D'ailleurs tu ferai bien de te mettre à l'anglais, les sorts de traductions c'est bien gentil, mais si un jour tu perds ta baguette... »

-Perdre ma baguette ? C'est ça le niveau d'un sorcier en Angleterre ? Je me disais aussi... Un gosse d'un an a réussi à battre le plus grrrrand mage noir anglais depuis des siècles, ça doit refléter le niveau de base de votre magie ! Alors vos oublis de baguette ne devrait pas m'étonner autant ! »

Rémus se raidit aussitôt, les souvenirs de Harry, James, Lily, Peter et Si... non, Black le submergeant, et reste quelques temps les yeux dans le vague. Diagher ne manque rien de la réaction exagérée de son compagnon de boisson, et ajoute à une liste de sujets à ne pas aborder, qui s'allonge de jour en jour, la dernière guerre de l'Angleterre magique.

La jeune fille opère rapidement un virage à 180 degrés pour tenter de faire oublier sa bourde. « Bref, concernant ton gros reptile, j'avais pensé à le nommer Lurida. Cela signifie lumière bleue en latin - je sais que tous ces chercheurs adorent les noms latins – et j'ai pensé que c'était très approprié pour un serpent qui irradie littéralement de lumière bleue à un mètre à la ronde ! »

Oui, cette fille est vraiment ce dont il a besoin pour réussir à surmonter son passé, songe le jeune loup garou en lui souriant avec malice et une fausse condescendance. Ce nom n'est vraiment pas original, et il s'empresse de le lui faire remarquer, ce qui occasionne une nouvelle joute verbale. Rémus a un pincement au cœur en réalisant que son comportement et ses paroles le feraient presque passer pour un Serpentard. Est-il toujours un Maraudeur ?

… … …

Juin 1984, île de Rinca, Indonésie, trois heure de l'après-midi

« Je vais devoir garder le bandage combien de temps ?» demande Rémus en fronçant ses sourcils d'inquiétude. Son escale en Indonésie sera peut-être plus longue que prévue.

« Votre bras gauche est brûlé au deuxième degré. Les baumes de ma grand-mère ne devrait pas tarder à faire effet, votre bras sera réutilisable dans dix jours minimums, et vous ne garderez normalement pas de cicatrice. Vous n'avez pas mal ? » s'étonne le jeune homme qui lui fait face.

Un ricanement bref et amer s'échappe de la gorge de l'ancien préfet. « Il y a des douleurs bien pires. Ne vous en faites pas. » Rémus dévisage en silence l'adolescent qui l'a sauvé. Il est brun, sa peau chocolat brille au soleil, et son regard est d'un vert étonnant...presque comme celui des yeux de Lily...ou de ceux d' Harry. La même innocente joie de vivre y transparaît. Il porte un sarong traditionnel - qui est maintenant en partie déchiré - et est torse nu à cause de la chaleur.

« Je m'appelle Agung (=meilleur) » dit-il en rougissant sous l'inspection que lui fait subir le loup-garou. Celui-ci se morigène aussitôt. Sa condition l'enjoint à rechercher un compagnon de vie, mais il ne doit pas sauter sur tout ce qui bouge, surtout sur un garçon qui semble à peine majeur. Et puis, il est trop dangereux, mieux vaut rester seul que mettre en danger ceux qui le côtoient. La place du loup n'est pas au milieu de moutons naïfs et innocents, comme semble être son sauveur. Il n'est pas digne de vivre au coté d'humains, et ne mérite que l'isolement que Rémus s'impose à lui-même.

« Rémus » finit-il par se présenter. « Je te remercie de m'avoir sauver. Sans toi, je doute d'avoir pu m'en tirer avec une blessure aussi légère. Connais-tu l'espèce du Varan qui m'a attaqué ? Je n'en avais jamais vu de tel avant. Ses yeux étaient étranges...ils redirigeaient les rayons du soleil en attaques brûlantes.

- Il s'agit d'une espèce qui ne vit que sur cette île de l'archipel. Ses pupilles réfléchissent la lumière pour se défendre de ses agresseurs. Peu de personne sont capables de le distinguer de son cousin de Komodo. Vous êtes un spécialiste ? Je ne vous ais jamais vu pourtant... Vous venez d'arriver peut-être ? »

Rémus ne peut pas expliquer à un moldu que l'aura magique de ce varan est bien différente de celle, presque inexistante, du dragon du Komodo, ce qui lui a permis de distinguer les deux cousins. Alors, il lui raconte, vaguement honteux de son presque-mensonge, qu'il travaille pour un zoologiste anglais, et qu'il est spécialisé dans les créatures dangereuses.

« Vous parler très bien ma langue pour un anglais. » lui fait remarquer avec un sourire séducteur le jeune homme. Rémus se retient difficilement de lui indiquer qu'il utilise un sort de traduction instantané -comme à chaque fois qu'il part à l'étranger- et qu'il n'a aucun mérite. A la place, il se contente de le remercier et l'interroge sur sa présence sur l'île, tout en essayant d'ignorer son attitude un peu aguicheuse.

Une main sur la hanche, la tête légèrement inclinée vers l'arrière pour le regarder dans les yeux, celui qu'il prenait il y a quelques minutes encore pour un adolescent naïf s'est mis en chasse. Et Rémus, aussi étonnant que cela puisse paraître, est devenue la proie.

« Ma grand-mère habite ici, dans une vieille Tongkonan (=maison traditionnelle des Toraja, peuple d'Indonésie) isolée dans les collines. J'y viens toutes les semaines pour lui apporter des provisions. Vous avez eu de la chance que je passe par là, on dirait »dit d'un ton joueur le garçon. « Si vous avez besoin d'un logement, je peux peut-être vous héberger quelques temps... Ce n'est pas le grand luxe chez moi, mais si on se serre, on peut tenir à deux. »

Rémus hésite légèrement, mais il ne peut guère transplaner avec un bras blessé, au risque de le perdre définitivement en route. Il n'a jamais été doué pour le transplanage. Ensuite, il n'a toujours pas capturé un spécimen de cet étrange varan, il est donc obligé de rester quelques temps dans les îles avant de pouvoir repartir vers la Chine, sa prochaine destination.

« J'accepte ta proposition » souffle Rémus avec un petit sourire moitié soulagé, moitié inquiet de la suite des événements. Le jeune garçon le guide immédiatement vers une petite barque de pêcheur accotée à la berge. Bientôt, la frêle embarcation avance doucement sur la mer de Java dans le doux ronronnement du moteur. Les deux passagers restent silencieux pendant le trajet. Rémus observe avec émerveillement non feint le paysage, et Agung se concentre sur la navigation.

Le petit bateau s'arrête de nouveau après une demie heure de trajet, et le jeune natif fait signe à Rémus de descendre. Ils sont arrivés dans un village non loin du port de Loh Liang. Des maisons sur pilotis sont alignées pour former l'allée principale du hameau. Les deux compagnons avancent sous le regard curieux des habitants, et Agung fait rapidement la présentation des lieux. Ils sont vite arrêtés par un vieil homme à l'aspect sage et réfléchi. L'adolescent s'incline en signe de respect pour l'ancien, le loup garou ne tarde pas à l'imiter civilement pour ne contrarier personne. L'homme semble apprécier la révérence qu'on lui adresse et accepte finalement la présence de Rémus pour quelques nuits, pourvu qu'il aide les villageois dans leurs travaux le matin. Agung paraît soulagé de la décision et l'entraîne rapidement vers une minuscule bicoque en bois brut.

Une fois à l'intérieur, les deux acolytes s'installent sur le sol recouvert de larges nattes. Après un long silence gênant, la conversation reprend peu à peu. Agung parle de sa vie, de sa famille et de ses amis, de son métier - il est très fier d'être le meilleur pêcheur de sa communauté. Son père l'a fiancé il y a un mois à une jeune fille d'un village voisin, il n'est pas très heureux de se marier si jeune - tout juste 18 ans - mais c'est la coutume ici. Et puis, il doit obéir à son père. Rémus s'efforce de ne profiter d'aucune des ouvertures vers une hypothétique liaison entre eux que lui présente son jeune camarade. Il n'est pas prêt à se lancer dans une aventure de quelques nuits sans lien émotionnel, Sirius est encore trop présent dans son esprit et il aurait l'impression de le trahir - l'ironie est bien présente dans son esprit à cette pensée qu'il ne contrôle pas. De plus, l'adolescent est beaucoup trop innocent et gentil - beaucoup trop parfait et normal - pour supporter la partie sombre du loup. Sirius, lui, l'aidait à maintenir sa partie lumineuse à la surface, il était particulièrement doué pour ça, peut-être parce qu'il possédait lui-même sa propre part d'obscurité - à laquelle il avait malheureusement succombé. Mais Rémus ne permettra pas que cela lui arrive, il se battra contre ses instincts jusqu'à la mort, en mémoire de ses défunts amis et de son presque-neveu. Par conséquent, Agung n'est pas pour lui.

Le jeune garçon finit par abandonner avec une moue déçue sa tentative ratée de flirt, il est l'heure de se coucher. Les nattes se transforment à la surprise de Rémus en lits plutôt confortables, bien qu'un peu fermes. Les deux voisins ne tardent pas à s'endormir après une journée riche en émotions et en découvertes.

Les jours suivants, l'explorateur les partage entre le village et des expéditions dans une partie de l'archipel, avec celui qu'il considère maintenant comme un véritable ami. Bientôt, il a capturé plusieurs espèces de varan en se cachant d'Agung - ce qui n'a pas été facile - et son bras est totalement guéri. Il n'a plus d'excuse pour retarder son départ. Les adieux sont rapides, Rémus salue quelques villageois avec lesquels il a sympathisé, ainsi que le chef du village, puis il serre son ami dans ses bras. Ils savent qu'ils ne se reverront pas.

Prochaine destination : la Chine ! Tente de se remotiver Rémus.

… … …

Janvier 1986, lieu inconnu, Toundra, Russie, -45°C, horaire inconnu

La forêt enneigée s'étale à perte de vue. Solennelle. Gigantesque espace de liberté et de vies rares et fragiles. Un homme y avance lentement, ses jambes s'enfonçant jusqu'à mi cuisse dans la poudreuse. Il est plutôt trapu, et enveloppé d'épaisses couches de vêtements recouverts de charmes de chaleur et d'isolation thermique. Les animaux qui croisent son chemin se hâtent de l'éviter, effrayés autant par son statut d'humain que par l'odeur de prédateur - de dominant - qui règne dans son sillage. Arrivé dans une clairière entourée de bouleaux fins et droits, l'homme s'arrête, secoue la neige qui s'est accrochée à ses vêtements, et pose son sac à terre. Il est temps de monter le campement, la nuit approche rapidement.

La tente installée solidement dans le sol gelé, le jeune adulte s'empresse d'y entrer et de se débarrasser du surplus de vêtements. L'intérieur, doucement éclairé et chauffé, est constitué d'un lit de camp, d'un coin cuisine et salle de bain, d'un espace réservé spécifiquement à l'enfermement de bêtes sauvages, et d'une pièce fortifiée. Le propriétaire, Rémus Lupin, a de larges cernes sous les yeux et des cheveux châtains qui commencent à grisonnés malgré son jeune âge, son visage est barré de trois cicatrices anciennes et parallèles. Il grommelle contre l'absence de bois sec dans la région qui l'oblige à puiser dans son stock alors qu'il est en pleine forêt. Peu à peu, les flammes envahissent le poêle et nimbent la tente d'une douce couleur mordorée. Celle-ci conserve la chaleur à l'intérieur durant ses journées de trajet, mais Rémus allume un feu tous les soirs : les craquements du bois sec qui se consume et l'odeur entêtante qui en résulte le bercent et l'aident à faire des nuits complètes.

Cette nuit est particulière, il s'agit de la pleine lune. Le jeune homme espère que les journées passées au grand air et l'atmosphère calme de la tente lui permettront de contrôler le loup un minimum - il n'a pas envie de détruire son seul lieu d'habitation. La bête s'agite déjà et Rémus se hâte de s'enfermer à double tour dans la pièce aux parois renforcées d'acier. Cette salle réservée à ses transformations lui évite de reprendre conscience dans des endroits inconnus - parfois dangereux - et de perdre du temps à retrouver son chemin jusqu'à sa tente après chaque pleine lune. Il s'allonge sur ce qui reste d'un vieux matelas et attend, la malédiction agira bien assez tôt.

Le lendemain, Rémus se réveille en sursaut, il sent la présence d'un humain dans son abri. Il prend d'abord le temps de récupérer sa baguette, caché dans un renfoncement magique près du matelas, puis se dirige, entièrement nu à cause de la métamorphose de la nuit, vers la porte. Des vêtements propres l'attendent à la sortie de la pièce ce qui fait froncé les sourcils au jeune homme. Il ne se rappelle pas en avoir préparé la veille. L'intrus a-t-il fouillé dans ses affaires ?

Habillé, il entre dans le salon pour découvrir un vieil homme aux longs cheveux bleus assis dans son meilleur fauteuil et prenant le thé. De fines volutes de fumée s'échappent des deux tasses posées sur la table basse. À son entrée, le vieillard relève la tête et le fixe d'un regard clair.

« -Assieds toi Rémus, je t'attendais.

-Puis-je savoir qui vous êtes ? Et que vous faites chez moi ? De quel droit êtes vous entré? » S'énerve Rémus tout en restant debout. Il est hors de question qu'il obéisse à cet étranger.

« -Mère-Nature envoie des signes que ses enfants ne comprennent pas toujours. Elle m'a mené à toi pour t'aider. Je suis Ioann, je t'apprendrai à passer outre ta malédiction et à te protéger. » déclare le mage russe avec confiance, son visage parfaitement calme et neutre face à l'énervement manifeste de son interlocuteur.

Le loup-garou sert convulsivement ses poings, une veine bat à un rythme effrénée dans son cou.

« -Je ne sais pas qui vous à laisser penser que j'étais disposé à croire n'importe quels charlatans me promettant d'anéantir une malédiction qui est irréversible, mais il vous a clairement induit en erreur. Pour ce qui est de la protection, j'estime avoir un répertoire de sorts suffisant pour vous obliger à partir. Je vous prierai donc de sortir de chez moi immédiatement. » Réussit-il à dire entre ses lèvres serrées.

« -Je ne t'ai pas promis de détruire ton loup, Rémus, mais de t'aider à vivre avec lui, c'est très différent » réplique le vieil homme d'un ton paternaliste et légèrement condescendant. « Et tu ne réussira pas à me faire quitter cette pièce si je ne le veux pas » continue-t-il sans aucun doute dans la voix.

« - Très bien, si vous voulez rester vous pouvez. Cependant j'aurai fini de démonter le campement dans une demi-heure, je vous conseille de quitter la tente d'ici-là pour éviter de vous faire...ballotter dans tous les sens pendant le trajet » riposte le jeune homme avec un rictus colérique. Il ne laisse pas au sorcier plus âgé le temps de répondre et sort d'un pas vif à l'air libre.

Une fois à l'extérieur il ramasse un peu de neige qu'il fait fondre grâce à un feu magique dans un gobelet et boit une longue rasade d'eau fraîche. La pureté de la boisson le calme d'un coup. L'influence du loup qui perdurait depuis la nuit est partie, et il se rend maintenant compte qu'il tremble de froid, il est sorti sans même enfiler un de ses nombreux manteaux.

Il rentre précipitamment dans son abri pour chercher de quoi se couvrir, son désir le plus profond n'est pas de mourir d'hypothermie dans une forêt perdu de la Taïga. A l'intérieur, le vieil homme n'a pas bougé, il semble l'attendre, les deux tasses de thé refroidissent sur la table devant lui, dans l'espérance d'être bues. Malgré lui, Rémus sent la colère revenir.

« -Vous êtes toujours là ? Je croyais pourtant avoir été clair. » dit-il d'un ton exaspéré.

« -Je t'accompagnerai sur ta route à partir de maintenant, si tu ne peux pas rester avec moi le temps de mon enseignement, je t'accompagnerai pour te le prodiguer » annonce le russe imperturbable.

« -Mais bon sang ! Je n'en veux pas de vos leçons ! Laisser moi tranquille, je ne vous ai rien demandé, restez ici et laissez moi partir seul. Oubliez votre ''mission'', je n'ai pas besoin de votre aide » s'énerve Rémus en abattant un poing serré sur la table. Les deux tasses vacillent et un peu de thé coule sur la nappe. La pleine lune est encore trop proche pour que le loup-garou contrôle son tempérament comme il le fait d'habitude.

« -Ce que veut Mère-Nature, elle l'obtient. Je suis bien trop insignifiant pour l'ignorer alors qu'elle m'a transmis un ordre aussi clair. Je dois veiller sur toi. » s'explique celui que Rémus considère comme un fou désormais.

Le jeune homme a beau protester, le russe est décidé à ne pas le quitter. Après le départ du campement, il tente de transplaner pour abandonner son homologue dans la clairière, mais celui-ci le rejoint très rapidement à son grand étonnement. ''Peut-être aura-t-il quelques choses à m'apprendre finalement'' songe-t-il avec admiration.

Le sourire en coin de son auto-proclamé compagnon de route lui signifie que sa fascination pour le tour dont il vient d'être témoin est clairement lisible sur son visage. Rémus grogne de mécontentement et avance rapidement dans la neige, espérant de nouveau semer le vieillard, cette fois ci en utilisant la vigueur de sa jeunesse. Malheureusement pour lui, le russe est en très bonne forme physique et n'a aucun mal à le suivre malgré la vitesse élevé de marche que le loup-garou a adopté. Celui-ci se résigne finalement.

Des heures passent. Silencieusement, les deux hommes avancent en un rythme efficace et synchrone. Rémus scanne le paysage d'un œil vif, il tente de repérer une espèce magique que Scamander lui a spécifiquement demandé de ramener, un renard argenté, surnommé ainsi pour sa fourrure d'un gris bleuté. L'animal est capable de survivre jusqu'à la température de -80°, mais le magizoologiste est surtout intrigué par sa capacité à former un bouclier magique de protection pour faire face à ses prédateurs. Son étude pourrait peut-être apporté de nouvelles connaissances dans la protection instinctive des êtres pourvus de magie.

Le soir, lorsqu'ils montent le camp, Ioann questionne Rémus sur ce qu'il a semblé chercher toute la journée. Il éclate de rire quand le jeune homme lui explique le but de ses investigations.

« -Tu es au bon endroit. Mais tu ne réussira pas à en capturer un sans de bons sorts de détections pour le trouver d'abord. Ce sont les rois du camouflage, leur magie les protège.

-Je connais un assez bon nombre de sortilèges de localisation mais aucun n'a fonctionné parfaitement, je sais juste que je peux en trouver plusieurs dans un rayon de cent kilomètres autour de nous » avoue le loup-garou avec un sourire gêné.

« -Je pourrai t'apprendre, si tu le désires, des sorts pour les repérer. Je connais un certain nombre de sorts utiles, tant en protection ou en attaque qu'en détection » propose le vieillard.

Rémus se contente de hocher la tête en guise de réponse, si Ioann le suit pendant sa quête en Russie, autant utiliser sa présence pour apprendre de nouveaux sorts inconnus des Européens. L'instinct du loup lui chuchote qu'il n'a pas le choix, que l'homme est plus fort que lui et qu'il doit se plier à l'autorité du nouveau venu s'il veut pouvoir partir d'ici en un seul morceau. Pour une fois, le jeune anglais ne résiste pas à son intuition, il n'a rien à perdre plus de famille, plus d'ami, plus d'amant. Et l'étrange homme excentrique aux cheveux bleus qui lui fait face ne semble pas lui vouloir de mal. De plus, cela fait longtemps qu'il n'a pas eu de compagnie durant un de ses voyages, les conversations avec un autre être humain lui manquent.

Les jours passent. Au bout de quatre, Rémus et son nouveau mentor réussissent à capturer un renard argenté cinq de plus sont nécessaires pour qu'Ioann enseigne à son protégé tous les sorts blancs qu'il connaît pour se défendre, attaquer ou détecter des animaux magiques. Leur première véritable dispute arrive le dixième jour après leur rencontre tumultueuse. Le mage russe décide de montrer un sort noir de défense basique au loup-garou et la démonstration du tutela primus (=protection élémentaire), un bouclier violet en forme de losange, qui renvoie les sorts qu'il intercepte avec une force par deux fois supérieure au niveau initial, détruit la faible relation de confiance qui s'était formée entre le maître et son élève.

Rémus accuse aussitôt le vieillard de vouloir l'ancrer dans les ténèbres, plus profondément encore qu'il n'y est déjà. Ioann tente d'expliquer son point de vue, sans succès. Selon lui la population sorcière anglaise est malade, traumatisée par les deux mages noirs qui se sont succédés dans un intervalle de temps très court, elle refuse de voir la magie noire comme autre chose qu'un danger. Elle nie les biens-faits d'une magie qui n'a reçu le surnom de noire que pour l'utilisation de sang dans ses rituels, une magie qui est approuvée par Mère-Nature. Rémus refuse de croire ce que lui raconte le vieil excentrique, il part dans un long discours sur la magie blanche, Dumbledore et Voldemort. Quand il arrête enfin son laïus, essoufflé, il remarque le départ du russe. Celui-ci a sorti la tente du sac, l'a monté un peu plus loin, puis a préparé un thé qu'il est en train de boire. Rémus rougit, à la fois d'embarras et de colère face à l'apparente indifférence de son compagnon de route.

« -Si tu ne veux pas apprendre la magie noire, si tu veux l'affronter, il faut que tu la connaisse. La connaissance de tes ennemis t'apportera un grand pouvoir sur eux. Vous, anglais, enseignez, dans leur jeunesse, aux mages noirs, la magie blanche. Ils la connaissent, elle et ses faiblesses, mais vous vous ne savez rien sur la magie que vous combattez avec tant d'ardeur. C'est stupide. Grossier. Je ne sais pas qui t'as mis l'idée contraire en tête, mais si Dumbledore réussissait si bien à s'opposer à Voldemort, c'est parce qu'il connaît - si ce n'est utilise - la magie noire.

- Je ne vous laisserai pas insulter Albus Dumbledore devant moi » rugit le loup-garou. « C'est un homme bon, qui se bat contre les ténèbres depuis des années. C'est un homme qui a fait plus de sacrifices pendant la dernière guerre que vous n'en avez fait dans toutes votre longue vie.

-Je n'en doute pas, calme toi. Ton ancien directeur est quelqu'un de remarquable, j'en conviens. Ce n'était pas une insulte, ses capacités doivent être impressionnantes s'il n'est capable que du quart des actions dont j'ai entendu parler. Mais tu dois comprendre qu'en chaque être réside une part d'obscurité, plus ou moins prononcée, une part animale...comme toi avec ton loup. Si tu veux lutter contre des créatures des ténèbres, tu dois comprendre leur manière de fonctionner, tu dois infiltrer leur système comme un poison particulièrement lent. Ces connaissances sur tes adversaires t'aideront à prévoir leurs réactions et possibilités. Je ne t'obligerai pas à jeter des sorts noirs, mais j'aimerais que tu les connaisses et que tu saches comment y faire face. »

Rémus se mure dans le silence pendant deux longues journées. Deux longues journées de réflexion et de tergiversations entre ce qu'on lui avait expliqué des années auparavant et ce que lui proposait celui qu'il considérait encore comme un mentor malgré la dispute. Le treizième jour après leur rencontre, il hoche simplement la tête vers Ioann quand il se lève. Il accepte son enseignement.

Une semaine passe dans un froid polaire, puis deux. Cela fait un mois que l'ancien Griffondor est en Russie. Il songe de plus en plus souvent à son futur départ. Il n'a étrangement pas envie de quitter cette terre et celui qui est devenu un ami au fil du temps. Le vieux russe a finit de lui enseigner tout ce qu'il sait. Sa capacité et sa rapidité à apprendre des sorts a énormément évoluée depuis Poudlard, maintenant il est capable de découvrir et de maîtriser plusieurs dizaines de sorts par jour. C'est apparemment due à sa maturité magique qu'il a acquis tardivement, il comprend mieux comment James et Sirius ont pu avoir d'aussi bons résultats à leurs ASPICs en travaillant aussi peu pendant l'année : ils sont arrivés à leur maturité magique très tôt.

Le soir du vingt-huitième jour après leur rencontre, alors qu'ils sont tous les deux dans des fauteuils face au poêle, Rémus explique au vieil homme qu'il va devoir repartir en Angleterre. Il n'a déjà que trop tardé, Scamander ne doit pas être content, il attend son renard depuis longtemps.

« -Tu n'as donc pas envie de suivre mon dernier enseignement ? » demande Ioann d'un voix curieuse.

« -Vous m'avez dit vous même que vous n'aviez plus aucun sort à m'apprendre. » s'étonne Rémus.

« - Aucun sort, ça oui. Mais tu oublies la promesse que je t'ai faite le premier jour. Je vais t'aider à contrôler ton loup. La pleine lune arrive demain, je t'enseignerai la voie que Mère-Nature a tracé pour toi.

- Ne vous fatiguez pas, c'est inutile et nous le savons tous les deux. Je vous ai pardonné ce serment impossible il y a longtemps, ne le faites pas remonter à la surface maintenant.

- Ce n'était pas une promesse en l'air.

- Très bien » se résigne le loup-garou qui ne veut pas provoquer une dispute alors qu'il se rapproche de plus en plus de la date de son départ « donner moi votre recette magique ». Il ricane un peu de la formule qu'il a utilisé, puis fixe son interlocuteur.

« -Il faut que tu t'acceptes comme tu es, Rémus. Il faut que tu acceptes le loup qui vit en toi, que tu fusionne avec lui. Le loup...

- Vous êtes fou » le coupe brusquement le jeune homme. « Vous ne savez pas ce que c'est quand Il est là, quand Il envahit mes pensées. Vous ne savez pas de quoi Il est capable, vous ne l'avez pas vu. Si je lui laisse le contrôle total, même en-dehors des pleines lunes, je deviendrai une bête sauvage. Comme Greyback, et je refuse de finir comme lui, plus loup que homme. Je garderai le peu de contrôle que je possède sur ce monstre, la question ne se pose même pas.

- Rémus, tu ne dois pas...

- Arrêtez de me dire ce que je dois et ne dois pas faire. Vous n'êtes pas moi, vous ne savez pas ce que c'est que d'être moi, de voir les gens qui savent ou qui ont deviné ce que je suis me regarder avec crainte ou horreur. Je partirai demain et vous ne vous opposerez pas à cette décision cette fois si, c'est un non ferme et définitif. Je ne reviendrai pas dessus, peu importe vos petites machinations pour me convaincre. » Il fait une pause pour reprendre son souffle. « Je vous souhaite une bonne nuit, je partirai demain de bonne heure. »

Cette nuit là, Rémus rêve de Sirius. Cela ne lui est pas arrivé depuis longtemps, presque six mois, il se croyait guéri mais ce n'est manifestement pas le cas.

« -Tu es le plus humain des loups-garous, Rémus, n'en doute jamais. Je t'aime. ».