Mars 1810. Une jeune femme aux yeux marron et aux cheveux châtains errait dans les allées d'un cimetière parisien, suivie de sa cousine, une jolie brune aux yeux bleus perçants. Les deux demoiselles semblaient chercher une tombe sans parvenir à la retrouver.

« Olympe ! Tu es sûre que c'est dans cette allée ?

- Mais oui, Caroline ! Je suis venue plusieurs fois avec Papa et mon grand-père, quand j'étais petite.

- C'était il y a longtemps !

- Entre temps, j'y suis retournée avec Tantine !

- Si tu le dis...

- Ah, ça y est ! »

La jeune femme se précipita vers une modeste tombe cachée par des feuilles mortes qu'elle repoussa pour laisser apparaître le nom gravé dans la pierre.

« Olympe Mazurier, née du Puget, 1770-1790...

- Vingt ans, c'est bien jeune pour mourir...

- C'est pile l'âge que j'ai aujourd'hui, cousine. Quand je pense que, d'une certaine façon, c'est moi qui ai tué ma mère...

- Cesse de te dire ça ! Tu vas te rendre malheureuse pour rien... Ce n'est nullement de ta faute. Le médecin de Maman a dit que c'était une crise d'écl... D'écl... Oh, ce nom, il est impossible à retenir !

- D'éclampsie ?

- Oui, voilà, c'est ça. Autrement dit, tu n'y es pour rien...

- Peut-être... Il n'empêche que je m'en veux quand même. Tu vois, c'est étrange. Je n'ai jamais connu ma mère, pourtant je me suis toujours sentie proche d'elle...

- Tonton Ronan ne cessait de t'en parler, forcément...

- Et mon grand-père, aussi. Tous les ans, pour mon anniversaire, je venais avec Papa déposer une fleur sur sa tombe. Et quand Papa est mort... j'y suis retournée avec grand-père et Tantine. »

La demoiselle essuya une larme en mettant une rose sur la pierre. Se relevant, elle déposa un baiser sur le plat de sa main et toucha la tombe, comme pour embrasser sa mère.

« C'est quand même triste que Papa ne soit pas enterré ici... Et comme il a été exécuté avec Tonton Camille et Tonton Georges, on ne saura jamais où ils ont mis son corps. J'aimerais tellement le retrouver... Mais, tu vois, Caroline, la seule chose que je trouve positive, dans tout ceci, c'est que depuis la mort de Papa, je sais qu'il a retrouvé Maman. Et que, là-haut, ils sont enfin ensemble et heureux... »

Avant de partir, elle fit le même geste sur les sépultures d'André et Marie du Puget, ses grands-parents, puis repartit vers la sortie, bras-dessus bras-dessous avec sa cousine.

« Petite Olympe ! Caroline ! Vous en avez mis du temps !

- Pardon, Tantine ! lança la jeune fille en déposant un baiser sur la joue de Solène. Mais ne m'appelle plus Petit Olympe, je te l'ai déjà dit ! Olympe tout court, ou Olympe-Antoinette, je préfère !

- Olympe tout court, alors ! Tu sais parfaitement ce que je pense de ta marraine...

- Et le respect des morts, alors !

- Tête de mule ! Bon, parlons d'autre chose... Allez, rentrons. Je t'ai préparé ton gâteau préféré pour ton anniversaire, Olympe. Et Caroline a une surprise pour toi ! »

Le petit groupe s'éloigna du cimetière. La jeune fille se tenait collée contre sa tante en souriant, tandis que sa cousine ouvrait la marche.