Bonjour tout le monde !

Bon, j'ai bien compris que le manque d'action commençait sérieusement à vous peser et, comme dirait De Gaulle, "je vous ai compris !" Vous vouliez de l'action ? Vous allez en avoir, sacrebleu ! Je précise tout de même que les scènes de bagarre et d'action sont loin d'être mon point fort, comme vous avez pu le constater. Pourquoi écrire une histoire sur un jeu de combat alors ? Car les relations entre les personnages et leur psychologie m'intéressent énormément, surtout chez Tekken.

J'espère sincèrement que ce chapitre vous plaira, car non seulement j'ai adoré l'écrire, mais surtout c'est le plus long que j'ai jamais écrit (13 000 mots, quelle fierté !) Encore merci pour votre soutien et vos encouragements.

Très bonne lecture !


Chapitre VI

THE IMPERIAL THUNDEROUS JADE DRAGON


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Le temps semblait s'être arrêté.

Xiaoyu survola du regard les soldats qui les tenaient en joue et constata qu'ils étaient une bonne vingtaine. Son esprit évalua instantanément leurs possibilités de s'en sortir indemnes : Asuka était encore trop faible pour se battre et elle-même était loin d'avoir ses capacités d'antan. Ne restait que Hwoarang, mais il ne faisait pas le poids face à vingt soldats lourdement armés.

Anna avait dû deviner à quoi elle pensait, car elle éclata de rire.

« N'y pense même pas, ma chérie, dit-elle d'une voix faussement affectueuse. Kazuya a beau vous vouloir en vie, s'il faut vous tirer une balle dans la jambe pour que vous coopériez, je le ferai sans hésiter. Et maintenant, levez-vous !

Ils obéirent sans mot dire et Xiaoyu adressa un regard désolé à Asuka. Elle n'aurait jamais dû l'entraîner dans cette galère. Hwoarang l'avait pourtant prévenue et elle ne l'avait pas pris au sérieux. Dieu qu'elle s'en mordait les doigts à présent…

- Qu'est-ce que tu tiens dans ta main ?

Elle se figea et jeta un bref regard paniqué à ses amis, alors qu'Anna lui arrachait le papier d'un geste vif et le parcourait rapidement des yeux.

- Je ne comprends rien à votre langue de sauvages ! Qu'est-ce qu'il y a de marqué sur cette feuille ?

- C'est ma liste de courses, répondit Hwoarang avec un sourire narquois. Préservatifs, lubrifiants, menottes... De quoi passer une soirée inoubliable, ajouta-t-il en lui adressant un clin d'œil.

Anna s'avança vers lui en souriant et lui déboita l'épaule si rapidement qu'il se retrouva à genoux au sol en criant de douleur. Asuka poussa une exclamation d'horreur et Xiaoyu se retint pour ne pas sauter à la gorge de la femme, sachant que cela ne ferait qu'empirer leur situation déjà précaire.

- Hwoarang, commença sa tortionnaire d'un ton désinvolte. Nous nous sommes affrontés lors du dernier tournoi et, bien que tu aies gagné, je te conseille de ne pas me sous-estimer. Kazuya m'avait donné pour ordre de te laisser gagner et rien ne me ferait plus plaisir que de pouvoir enfin rabattre ton horripilant petit caquet.

Il resta silencieux, la respiration pantelante, toujours maintenu à genoux et elle appuya un peu plus sur son bras déjà malmené.

- Est-ce que j'ai été assez claire ?

- Limpide, grogna-t-il en serrant les dents.

- Parfait ! sourit-elle en le relâchant et en se tournant vers Xiaoyu. Maintenant, réponds à ma question : qu'est-ce qu'il y a de marqué sur ce papier ?

La jeune femme déglutit et jeta un bref regard à Hwoarang, qui secoua imperceptiblement la tête.

- Je… Je ne sais pas, on vient tout juste de le trouver…

Anna la gifla violemment et elle fut projetée à terre, le souffle court et la joue cuisante.

- Tu me prends pour une idiote ? cracha-t-elle en l'attrapant par les cheveux pour lui faire face. Je sais que vous êtes en contact avec Lars Alexandersson ! C'est lui qui vous a permis d'arriver jusqu'ici ! Ce sale rat se terre en espérant pouvoir nous échapper, mais ce n'est qu'une question de temps avant que sa minable petite organisation ne disparaisse ! Alors, je repose ma question et cette fois, ajouta-t-elle en sortant un long poignard d'un des pans de sa robe, tu ferais mieux de tourner ta langue sept fois dans ta bouche si tu veux la garder intacte !

La peur se répandit à une vitesse fulgurante dans les veines de Xiaoyu, alors qu'Anna pressait la lame froide contre sa joue et elle s'efforça de réfléchir rapidement. Le point positif était qu'elle en avait après Lars et pensait sans doute que le papier était un message de sa part. Mais n'importe lequel des soldats pouvait le lire et découvrir que ce n'était pas le cas…

- Attendez ! s'exclama Asuka, les faisant se retourner vers elle. C'est Lars qui nous a donné rendez-vous ici ! Il devait nous aider à quitter le pays !

- Tiens donc ! Et où est-ce qu'il se trouve ?

- Je… je ne sais pas, vous êtes arrivés cinq minutes après nous…

- Et ce papier ? insista Anna.

- Xiaoyu vous a dit la vérité, on l'a trouvé dans cette boîte, mais c'est incompréhensible !

Anna la fixa de son regard froid durant ce qui sembla une éternité à Xiaoyu, et elle eut l'impression que quelque chose était en train de se produire en cet instant entre les deux femmes. Asuka paraissait incroyablement calme malgré son bluff et, en la regardant, la jeune femme sentit que son angoisse s'atténuait peu à peu.

- Nous allons vérifier, finit par dire Anna. Toi ! aboya-t-elle en pointant un soldat du doigt. Viens ici et lis-moi ce qu'il y a d'écrit !

L'homme obéit.

- "Dans le port aux parfums, le royal dragon de jade éclatant saura trouver la clé pour retrouver la droiture du vent soufflant…" On dirait un drôle de poème, madame, commenta-t-il en haussant les épaules.

- Vraiment ? grinça la femme. Un poème incompréhensible dans une vieille boîte rouillée, pile à l'endroit où Alexandersson vous a donné rendez-vous ? Et vous voulez me faire croire que c'est une coïncidence ?

Les trois amis restèrent silencieux, ne sachant plus quoi inventer.

- Très bien, soupira Anna, il semblerait que je doive passer aux choses désagréables pour avoir les réponses que je cherche. Et quand je dis « désagréables », je parle pour vous. Après tout, ajouta-t-elle avec un rictus sadique, Kazuya ne m'a pas explicitement précisé de vous ramener avec tous vos membres…

Le soldat qui avait lu le poème s'effondra soudainement avec un cri étouffé, faisant sursauter tout le monde. Puis un tir de sniper retentit, alors qu'un second soldat tombait à son tour.

- À couvert ! hurla un des hommes en se jetant à terre. Sniper à trois heures !

Des échanges de tirs éclatèrent et Asuka se jeta au sol près de ses amis et les plaqua contre elle pour les protéger. Anna s'était réfugiée contre le tronc du vieux saule et chargeait un revolver, tandis que le sniper embusqué continuait de mitrailler les soldats exposés.

- Je savais bien que c'était l'endroit idéal pour un coup fourré ! cria Hwoarang à travers les cris et les tirs qui faisaient rage autour d'eux.

- Il faut qu'on regagne la forêt ! s'exclama Xiaoyu en rampant aussi vite qu'elle le pouvait, le cœur battant la chamade.

- Madame ! C'est Nina Williams ! beugla un soldat à l'adresse d'Anna, en désignant la silhouette sombre perchée sur une branche.

Cette dernière poussa un cri de rage et brandit une grenade qu'elle dégoupilla avec les dents d'un geste vif, avant de l'envoyer en direction des bois. L'explosion détruit les arbres dont les débris vinrent joncher la clairière et Xiaoyu se recroquevilla instinctivement sur elle-même, les oreilles sifflantes sous les acouphènes. Quand elle se redressa quelques minutes plus tard, seul le silence régnait. Les soldats avaient tous été décimés et leurs corps étaient éparpillés aux quatre coins de la clairière. Pour la première fois de sa vie, la jeune femme ressentit de la gratitude pour Nina, en dépit du carnage qui l'entourait.

Cette dernière, l'arcade sourcilière en sang et les cheveux en bataille, était aux prises avec Anna dans une lutte féroce. Xiaoyu ne put s'empêcher de les admirer, tant elles lui rappelaient des félins, mortellement rapides et agiles.

- Attention ! cria Asuka.

Xiaoyu se tourna d'un bloc pour voir un soldat qui s'approchait en boîtant, son arme braquée sur elle, en lui hurlant de se lever. Rapide comme l'éclair, Hwoarang, toujours à terre, lui décocha un coup de pied dans les genoux, le faisant s'écrouler en criant. Le coup de feu partit tout seul et la jeune femme cria lorsque la balle lui érafla la cuisse, déchirant son pantalon. Asuka se précipita vers elle tandis que leur ami bourrait le soldat de coups de poings rageurs de son bras valide.

- Xiao ! Ta jambe !

- Ça ira, grogna cette dernière. La balle n'a fait que me frôler…

- Mais tu pisses le sang ! Attends, dit-elle en déchirant un pan de son tee-shirt et en le nouant autour de la cuisse de son amie.

Tandis qu'Asuka s'affairait, Xiaoyu reporta son attention sur les deux sœurs qui luttaient au sol. Anna avait coincé la tête de Nina entre ses cuisses et était en train de l'étouffer lentement, tandis que cette dernière tentait désespérément de se dégager. La jeune Chinoise sentit ses entrailles se nouer en songeant que si leur seule alliée se faisait éliminer, ils étaient fichus. Fort heureusement, dans un effort surhumain, Nina envoya ses jambes en arrière et le bout pointu de sa botte vint cogner contre le visage d'Anna qui la relâcha avec un grognement, le nez en sang. Luttant pour retrouver son souffle, la plus âgée se jeta sur l'autre et lui fit une clé de bras, pesant de tout son poids sur elle.

Anna résista tant que possible et fit passer sa sœur par-dessus son épaule sans lâcher son bras, inversant leur position. De son autre main, elle tentait d'attraper son poignard et, au moment où elle s'en saisissait, Nina lui asséna un coup de tête surpuissant. Le nez déjà malmené de la cadette craqua dans un bruit sinistre et elle hurla de douleur. Nina en profita pour se dégager, visiblement épuisée par leur combat.

La douleur avait décuplé les forces d'Anna qui chargea sa sœur, son poignard brandi fendant l'air, mais cette dernière l'esquiva de justesse et lui envoya un coup de pied retourné dans les côtes. Grognant de douleur, la plus jeune attrapa sa jambe au vol et la projeta contre le vieux saule. La tête de Nina heurta violemment le tronc et elle resta sonnée quelques secondes, juste assez pour que sa sœur s'approche d'un pas titubant et ne s'apprête à lui trancher la gorge.

Sans réfléchir, Xiaoyu attrapa une grosse pierre et la lança dans sa direction. Touchée à la tête, Anna poussa un cri, chancela et se tourna vers la jeune femme, écumante de rage, les yeux exorbités. Son visage en sang et la haine qui se lisait clairement dans son regard la glacèrent de peur.

- Toi ! grogna-t-elle. Dès que j'en aurais fini avec elle, je te jure que tu…

Elle ne finit pas sa phrase car Nina avait profité de la diversion pour la frapper avec une précision chirurgicale au niveau de la tempe, la faisant s'évanouir instantanément. Personne ne bougea durant quelques minutes, comme s'ils redoutaient de la voir se relever à tout instant en hurlant, mais elle était bel et bien hors d'état de nuire pour le moment. Nina était assise contre l'arbre et respirait avec difficulté, essuyant le sang qui coulait le long de son visage.

Les trois amis se relevèrent prudemment, scrutant les alentours avec inquiétude. Et si d'autres soldats allaient surgir ? Ils devaient partir au plus vite.

- Merci, dit Xiaoyu en s'approchant de Nina. Vous nous avez sauvé la mise…

- Ça, tu peux le dire ! cracha la blonde en lui jetant un regard peu amène. Comment est-ce que vous avez réussi à vous faire prendre par surprise par une vingtaine de soldats ? Vous êtes des combattants ou des campeurs du dimanche ?

Xiaoyu retint la réplique bien sentie qui lui brûlait les lèvres, en songeant qu'elle n'avait pas tort. Ils s'étaient fait avoir comme des bleus et elle avait risqué sa vie pour les aider.

- C'est vrai, on a été stupides, admit-elle dans un effort d'apaisement. Mais on a besoin de votre aide. On doit absolument aller à Hong-Kong !

Nina éclata d'un rire moqueur, entrecoupé de quintes de toux.

- Hong-Kong ! Rien que ça ! C'est à pratiquement deux mille kilomètres de distance !

- Je sais, plaida Xiaoyu, mais c'est très important ! On doit trouver Lei Wulong pour…

- Non, Xiao ! l'interrompit Asuka.

La blonde cessa de rire et fixa la plus jeune d'un regard froid.

- Si vous tenez à ce que je vous aide, vous feriez mieux de ne rien me cacher !

- Elle a raison, Asuka, renchérit Xiaoyu, et puis elle nous a déjà aidé plusieurs fois. Écoutez, reprit-elle en ramassant le poème, ce papier qu'Anna cherchait à déchiffrer contient un message qui affirme que Jun Kazama est toujours vivante.

Nina resta silencieuse, les sourcils froncés, clairement dubitative.

- Je sais qu'elle est sensée avoir été tuée il y a bientôt sept ans, mais il faut nous croire. Tous les indices que l'on suit depuis des jours nous ont conduits ici et je doute que ce soit un hasard.

- Eh bien, finit par répondre Nina en se levant péniblement, ce ne serait pas la première fois que quelqu'un réapparaîtrait d'entre les morts. À commencer par Kazuya et Heihachi…

Elle prit le poignard et le revolver d'Anna et les glissa dans sa ceinture, avant de menotter les bras de sa sœur évanouie autour du saule. Levant les yeux en direction du soleil, elle réfléchit l'espace de quelques instants.

- Il va être bientôt une heure de l'après-midi, finit-elle par dire en se tournant vers les trois amis. Ma très chère sœur et sa garde rapprochée sont arrivées en hélicoptère, ce qui va nous être utile et vous permettre de gagner du temps. Si tout va bien, nous arriverons à Hong-Kong avant dix heures du soir. Il n'y a pas de temps à perdre ! »

Elle prit la direction opposée de celle par laquelle ils étaient arrivés plus tôt et s'enfonça dans les bois, les trois jeunes gens sur ses talons. Xiaoyu se tourna une dernière fois pour observer avec une fascination morbide la scène macabre devant ses yeux et se dit que son malaise et son pressentiment avaient été justes.

Cet endroit était bel et bien maudit.

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Xiaoyu se réveilla lentement, la tête lourde et bourdonnante, se demandant où elle se trouvait.

Le bruit de l'hélicoptère lui rafraîchit la mémoire et elle se redressa difficilement sur son siège, les jambes ankylosées. Sa cuisse la faisait souffrir, là où la balle perdue l'avait touchée. Asuka avait désinfecté et bandé la plaie grâce au kit de secours qui se trouvait dans l'appareil. Quant à Hwoarang, Nina lui avait remit l'épaule en place d'un geste sec, le faisant hurler dans le bâillon qu'il avait mordu en prévision. Ils avaient partagé les quelques provisions qu'ils leur restaient, puis ils s'étaient ensuite installés sur les sièges de l'immense hélicoptère vide et avaient tenté de prendre un peu de repos.

Ses deux amis somnolaient toujours paisiblement, l'un près de l'autre, la tête d'Asuka posée sur l'épaule du jeune homme. Xiaoyu tourna la tête et jeta un regard vers le cockpit où se trouvait Nina. Elle détacha sa ceinture et fit quelques pas, tentant de chasser les fourmillements désagréables qui parcouraient ses jambes, jusqu'à rejoindre la pilote. Cette dernière ne dit rien, alors que la jeune femme s'installait près d'elle et observait le ciel qui se teintait de violet.

« Vous n'êtes pas fatiguée ? lui demanda-t-elle finalement.

Nina ne répondit pas et Xiaoyu ne put retenir un soupir. Elle avait beau essayer de faire des efforts, elle sentait bien que l'autre femme ne la supportait pas. Et elle avait beau chercher, elle ne comprenait pas pourquoi elle la haïssait à ce point.

- Quand vous êtes venue nous prévenir chez mon grand-père, vous avez dit que j'étais une nuisance à vos yeux. Et pourtant, c'est la deuxième fois que vous m'aidez. Alors… J'aimerais bien comprendre…

Sa compagne resta silencieuse. De longues minutes s'écoulèrent et, voyant qu'elle ne lui répondrait pas, Xiaoyu se leva.

- Laissez tomber… marmonna-t-elle avec amertume.

- Tu es effectivement une nuisance, finit par répondre Nina d'une voix rocailleuse. Impulsive, immature et incroyablement naïve. Toujours en train de te fourrer dans des situations impossibles...

Le cœur lourd, la jeune femme fixait son aînée sans rien dire.

- Mais, comme je te l'ai déjà dit, Jin n'était pas de cet avis. Je pense qu'il arrivait à voir au-delà de tes défauts, ce dont j'étais incapable jusqu'à présent.

- Est-ce que… c'est Jin qui vous a demandé de m'aider ?

- Pas vraiment. Disons qu'il m'a fait promettre de garder un œil sur toi.

- Il avait vraiment prévu de mourir alors ?

- Tu veux une réponse honnête ?

- Ce n'est pas ce que vous faites d'habitude ? Être d'une honnêteté brute de décoffrage ?

Nina eut un reniflement amusé.

- Jin avait en effet prévu de se sacrifier. Cependant, je ne pense pas me tromper en affirmant qu'il gardait un infime espoir de s'en sortir. Et que tu en étais très certainement la cause.

Xiaoyu garda le silence, s'efforçant de réprimer la tristesse qui montait en elle.

- Est-ce que vous savez qui l'a enlevé ?

- Non.

- Vous n'avez pas une petite idée ?

Elle renifla à nouveau.

- N'importe qui pourrait avoir fait le coup. Dans quel but, c'est la question que je me pose. Pourquoi l'enlever alors qu'il n'a plus rien ? La Zaibatsu est à présent entre les mains de Kazuya. Si ce n'est pas pour l'argent, alors c'est par vengeance. Le monde entier en a après lui, après le chaos qu'il a engendré.

- Vous l'avez côtoyé de près pendant des mois… Est-ce que, avec toutes ces guerres qu'il a provoquées et tous ces morts, vous pensez qu'il était devenu… mauvais ?

- Mauvais ? Non. J'ai travaillé pour des gens que le pouvoir a fini par transformer complètement et qui sont devenus de véritables monstres. Mais pas Jin. Je n'ai jamais vu quelqu'un qui se détestait autant que lui. Il était constamment en train de lutter contre ce qu'il était en train de devenir, même s'il savait qu'il menait un combat perdu d'avance…

Elles demeurèrent silencieuses durant un long moment et Xiaoyu comprit qu'elle ne dirait plus rien sur ce sujet.

- Vous savez, reprit-t-elle d'un ton plus jovial, votre fils est vraiment sympa ! Il a des goûts vestimentaires assez douteux, mais sinon il est gentil. Quand il m'a dit que vous étiez sa mère, je ne l'ai pas cru ! Vous faites tellement jeune !

L'atmosphère autour d'elle changea instantanément et la jeune femme se demanda si elle n'avait pas fait une bévue. Nina avait repris son masque froid et distant et sa posture était redevenue tendue.

- Retourne t'asseoir, dit-elle d'une voix coupante. On ne va pas tarder à arriver.

Ainsi congédiée, Xiaoyu obéit sans vraiment comprendre quelle mouche avait piqué son aînée. Alors qu'elle rattachait sa ceinture, Hwoarang ouvrit un œil.

- On est arrivés ? grommela-t-il d'une voix enrouée.

- Bientôt.

- Comment ça va se passer, une fois qu'on approchera de la ville ? Je ne suis pas spécialiste en droit international, mais je suis quasiment sûr qu'on est pas sensés piquer des hélicoptères militaires et franchir des espaces aériens sans autorisation.

- J'ai contacté Lei pendant que tu ronflais comme un bienheureux. Il va se débrouiller avec Interpol et le ministère de l'intérieur hongkongais pour nous obtenir une dérogation et une autorisation de séjour exceptionnelles.

- Rien que ça !

- À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle…

- On est toujours sous le coup d'un mandat de recherche. Qu'est-ce qui nous dit qu'ils ne vont pas nous remettre à Kazuya ?

- Kazuya est toujours considéré comme un criminel dans plusieurs pays. Ce n'est pas parce qu'il a le Japon à sa botte que le reste du monde pense pareil. Bien sûr, on n'est pas à l'abri d'une nouvelle embuscade, mais au moins on aura la protection de Lei.

- Si tu le dis… soupira le jeune homme. Tu as parlé avec notre aimable et gracieuse pilote ?

- Plus ou moins… Lorsque je lui ai parlé de Steve, elle s'est fermé comme une huître et m'a virée du cockpit !

- Pas étonnant, commenta laconiquement son compagnon en examinant ses ongles. Ils ne se sont jamais parlé.

- Quoi ?

- Bah… Tu ne t'es jamais demandé pourquoi il s'appelait Fox et pas Williams ?

- Je n'y ai jamais réfléchi, non.

- Eh bien il a été adopté. Il a découvert il y à peine un an que Nina était sa mère biologique. Tu imagines le choc ?

- Je ne savais pas… Le pauvre, murmura-t-elle sans pouvoir s'empêcher de regarder en direction du cockpit. Du coup, j'espère que l'ambiance ne sera pas trop tendue ce soir…

- Pourquoi tu dis ça ?

- Parce que Steve est justement à Hong-Kong ! J'ai essayé d'aborder le sujet pour la prévenir, mais elle m'a éjectée avant, soupira-t-elle.

- Mais qu'est-ce qu'il fout à Hong-Kong ?!

- Il travaille avec Lei sur une affaire liée à la Zaibatsu. Tu as entendu parler de l'explosion qui a eu il y a quelques mois dans un de leurs laboratoires de recherche ?

- L'incendie criminel ?

- C'est ça. Eh bien c'est Steve qui en est à l'origine.

- Tu te fous de moi ?! Le Steve Fox tout gentil qu'on connaît aurait fait exploser un labo de la Zaibatsu ?

- C'est pour ça qu'il s'est réfugié à Hong-Kong. Lei ne m'a pas tout raconté mais, apparemment, ils travaillent sur un très, très gros dossier. Beaucoup de personnes sont incriminées, dont Kazuya et Heihachi.

- Eh ben merde alors, tu m'étonnes que l'ambiance risque d'être tendue… »

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En effet, songea Xiaoyu quelques heures plus tard, l'ambiance est plus que tendue…

Lei, Nina, Steve, Hwoarang, Asuka et elle-même étaient assis autour d'une table ronde dans une des salles d'interrogatoire de l'agence Interpol. Lei avait estimé qu'ils n'étaient pas à l'abri d'une éventuelle attaque de la part de Kazuya et que les locaux de l'agence étaient suffisamment sécurisés pour assurer leur protection à tous. Il avait fait livrer des plats à emporter d'un traiteur local et chacun picorait en silence, sans pouvoir se résoudre à briser le silence pesant qui s'éternisait.

Steve fixait Nina d'un regard plein d'espoir, alors que cette dernière agissait comme s'il n'existait pas. C'était à la fois très gênant et triste à voir, et Xiaoyu se sentait mal pour son ami. Elle n'avait même pas osé aborder la raison pour laquelle ils étaient venus trouver Lei. Ce dernier lançait de petites blagues avec sa bonne humeur légendaire pour tenter de détendre l'atmosphère, mais finit par perdre patience au bout d'une demi-heure.

« Miss Williams, commença-t-il d'une voix coupante. Cessons de perdre du temps inutilement, voulez-vous ? Steve et moi-même avons des questions à vous poser et il semblerait que ce soit le moment parfait pour que vous y répondiez.

La concernée déglutit sa bouchée de riz sauté, leva lentement les yeux de son assiette et fixa Lei d'un regard polaire.

- Ne vous méprenez pas, répondit-elle d'une voix méprisante. Je ne suis pas là pour discuter avec vous ! J'ai simplement accompagné ces trois imbéciles jusqu'ici sains et saufs et je compte repartir aussitôt !

- Je vais être plus clair, rétorqua Lei d'une voix glaciale que Xiaoyu ne lui avait jamais entendue et qui lui fit froid dans le dos. Interpol travaille en étroite collaboration avec Monsieur Fox ici présent sur une affaire d'une extrême gravité concernant la Mishima Zaibatsu. Nous les soupçonnons de concevoir des êtres humains par le biais de procédés in vitro, et ceci à des fins d'expérimentations génétiques complètement illégales. Nous les soupçonnons également d'être l'un des acteurs principaux du trafic d'organes en Asie.

Ses paroles provoquèrent un grand silence. Xiaoyu n'en croyait pas ses oreilles et échangea un regard incrédule avec Hwoarang et Asuka, doutant d'avoir bien entendu. De toute évidence, Lei n'avait pas menti quand il avait parlé d'un très très gros dossier. Seule Nina ne semblait pas perturbée par les révélations du policier.

- Et donc ? lança-telle d'une voix ennuyée.

- Et donc, répliqua son vis-à-vis, en s'efforçant de contenir son agacement, vos liens passés avec la Zaibatsu font de vous témoin essentiel pour cette affaire !

Elle eut un petit rire moqueur.

- Quoi que je puisse vous révéler, cela n'aurait aucun poids devant un tribunal. Vous oubliez que je gagne ma vie en tant que tueuse à gages !

- Nous avons besoin de réponses à nos questions, Miss Williams, pas que vous témoigniez devant un jury. Nous devons absolument savoir si nos accusations sont fondées avant de nous lancer dans une enquête de cette envergure.

- Si mes souvenirs sont bons, vous avez infiltré le deuxième tournoi du Tekken pour enquêter sur les manipulations génétiques que Kazuya Mishima expérimentait sur des espèces animales protégées, n'est-ce pas ?

- Eh bien, oui, c'est vrai, répondit Lei, surpris par sa question.

- Et est-ce que vous avez réussi à prouver son implication dans cette affaire ?

- L'enquête a été abandonnée lorsque la Zaibatsu a annoncé sa mort à la fin du tournoi mais…

- Et qu'est-ce qui vous fait croire que vous réussirez à faire tomber la Zaibatsu cette fois-ci ? J'admire votre persévérance, mais je crois que vous avez affaire à un ennemi bien trop puissant pour vous. J'ai pu constater de visu le pouvoir de cette organisation, ainsi que les moyens colossaux dont elle dispose pour protéger ses intérêts. Vous ne faites clairement pas le poids.

- Que voulez-vous, sourit Lei en haussant les épaules, je suis un éternel optimiste ! Dites-nous juste ce que vous savez, Miss Williams, s'il vous plaît.

Nina le fixa sans mot dire pendant un long moment, puis elle grimaça et croisa ses jambes.

- Qu'est-ce que vous souhaitez savoir au juste ?

- Parlez-moi de vos liens avec la Zaibatsu.

- J'ai été engagée lors du deuxième tournoi pour éliminer Kazuya. Il avait lui-même fait appel aux services de ma sœur Anna pour assurer sa protection, ce que j'ignorais. Malheureusement pour moi, j'ai été appréhendée avant de pouvoir mener à bien ma mission, dit-elle avec un rictus de dérision. Afin de me faire disparaître, Kazuya m'a livrée au docteur Bosconovitch, pour lui servir de cobaye.

- Bosconovitch ? s'exclama Xiaoyu, sans pouvoir se retenir.

- Il avait été lui-même kidnappé par Kazuya pour travailler sur plusieurs de ses projets, précisa Nina en jetant un regard peu amène à la jeune Chinoise. Quant à moi, j'ai été utilisée pour tester sa machine à cryogéniser.

- Vous avez donc été… cryogénisée ? demanda Lei d'une voix dubitative.

- Pendant quinze ans, répondit-elle d'une voix imperturbable. Et apparemment, ajouta-t-elle en désignant Steve d'un geste du menton, ils ne se sont pas contentés de me faire dormir.

Il y eut un silence inconfortable avant que Lei ne reprenne son interrogatoire.

- Que s'est-t-il passé lorsque vous vous êtes réveillée ?

- J'étais amnésique. Je ne sais pas pourquoi, ni comment et je n'ai trouvé aucune explication dans les rapports de Bosconovitch.

- Vous avez eu accès aux rapports ? s'exclama Lei avec incrédulité.

- Lorsque je travaillais pour Jin Kazama, il a accepté de m'aider à obtenir des précisions sur les expérimentations qui ont été faites lors de mon sommeil. Notamment le fait que mon groupe sanguin avait changé ou bien que j'avais été inséminée artificiellement et que j'avais un enfant sans le savoir.

Un autre silence s'installa alors que Steve s'agitait nerveusement.

- Et, est-ce que vous avez découvert si la Zaibatsu avait d'autres cobayes ? Et si elle a effectué d'autres expérimentations ?

- Ma sœur Anna a été cryogénisée en même temps que moi. Cependant, il s'agisse là d'un souhait réfléchi de sa part, contrairement à moi qui n'ait pas eu le choix.

- Pourquoi diable est-ce qu'elle s'est faite cryogénisée ? s'exclama Hwoarang.

- Il faudra lui poser la question si vous la croisez, répondit-elle en haussant les épaules. Quant aux autres projets mis en place, j'ai réussi à mettre la main sur un rapport inachevé d'une des scientifiques de la Zaibatsu, Emma Kliesen, concernant les expérimentations visant à fusionner les génomes humains et diaboliques. Malheureusement, ce rapport a été dérobé lors d'une délocalisation des laboratoires.

- Dérobé par qui ?

- Eh bien, il y a dix ans, Emma Kliesen a quitté la Zaibatsu pour rejoindre la G Corporation. Elle est décédée il y a quelques mois et certains parlent de meurtre. Sa fille cherche à faire condamner les responsables de sa mort et s'est d'ailleurs inscrite au dernier tournoi du Tekken. Je suis quasiment sûre que c'est elle qui a volé ce rapport.

- Comment s'appelle-t-elle ?

- Elle s'est inscrite sous le nom de Leo Kliesen, mais son vrai prénom est Eleonor. Elle a dix-neuf ans et elle étudie la spéléologie dans un établissement privé à Munich, en Allemagne. Vous aurez sans doute plus de chances d'avoir des réponses en la contactant.

- Je le ferai, assura Lei en notant les informations sur un calepin. Y'a-t-il autre chose que vous puissiez nous dire ?

- J'ai bien peur d'avoir fait le tour de ce que je sais. J'ai eu beau être le bras droit de Jin Kazama, j'étais essentiellement chargée de sa protection et la recherche scientifique n'était pas le pôle auquel j'avais librement accès.

- Très bien, soupira le policier en passant une main sur son visage. Je vous remercie pour votre collaboration, Miss Williams. Vous pouvez partir.

Elle hocha sèchement la tête et se leva. Steve tressaillit comme s'il avait été frappé.

- Attendez ! s'exclama-t-il. Je… J'ai des questions moi aussi !

- Je n'ai rien d'autre à te dire, répliqua-t-elle.

- Je vous en prie, ça fait des années que j'essayais de vous retrouver, je n'en aurais pas pour longtemps ! plaida-t-il.

Il avait l'air tellement désespéré que Xiaoyu sentit son cœur se serrer.

- S'il vous plait Nina, ajouta-t-elle, sans pouvoir s'en empêcher. On peut même sortir et vous laisser seuls, si vous êtes plus à l'aise comme ça.

Elle su qu'elle avait visé juste quand leur garde du corps improvisée releva le menton, une lueur de colère outragée dans les yeux.

- À l'aise ? grinça-t-elle en la fusillant du regard. Tu me prends pour une petite chose fragile, gamine ? Rien ne me dérange ! Je n'ai rien à cacher ! Pose-moi tes satanées questions, aboya-t-elle à Steve. Et qu'on en finisse !

Ce dernier sursauta mais masqua rapidement sa surprise.

- Je… Quand est-ce que vous avez appris mon existence ?

- Lors du quatrième tournoi.

- Mais… comment ?

- La Mafia qui m'avait engagée pour t'assassiner m'a fourni des informations qu'une de leurs taupes avait dérobées à la Zaibatsu.

- Non, je veux dire… Comment se fait-il que vous ignoriez mon existence ?

- Eh bien, lorsque l'on est plongé dans un sommeil artificiel pendant quinze ans, on perd un peu la notion des choses qui nous entourent, répondit-elle d'une voix suintante de sarcasme.

Steve paraissait désemparé et elle poussa un soupir exaspéré.

- Tu veux les détails, gamin ? Si j'en juge par l'absence de marques sur mon corps, tu n'es certainement pas né de manière naturelle. Quand à l'insémination, il semblerait que le choix se soit porté pour la fécondation in-vitro, même s'il est possible que ce vieux fou d'Abel ait préféré la méthode à l'ancienne et ne m'ait violée… Lui ou un autre, après tout, quelle différence ?

- Abel ? intervint Lei, alors que Steve avait pâli. C'est lui qui a mené ces expérimentations sur vous ? Pourtant vous avez mentionné le docteur Bosconovitch…

- Si j'en juge sur ce que j'ai appris, c'est Heihachi qui a repris le contrôle de la Zaibatsu à la fin du tournoi et, avec lui, le docteur Abel a repris la direction du service de recherche génétique. J'en déduis donc que ta naissance est de son fait, car Bosconovitch n'était intéressé que par son projet de cryogénisation.

- Tu… Vous… balbutia Steve. Vous savez qui est mon père ?

- Aucune idée, répondit Nina avec froideur. Ça pourrait être n'importe qui. Le but de la Zaibatsu était simplement d'avoir un autre cobaye à disposition pour ses expérimentations, je me trompe ?

Le jeune homme détourna le regard et plaqua sa main sur la cicatrice qui ornait son bras.

- D'autres questions ?

- Comme vous faites pour être aussi détachée ? s'exclama-t-il finalement avec incompréhension. C'est comme si tout ça ne vous touchait absolument pas !

- Lorsque je me suis réveillée de mon sommeil artificiel, commença-t-elle, j'avais perdu la mémoire. Quand mes souvenirs sont revenus, j'ai dû m'adapter à ce qui m'entourait, car en quinze ans, les choses avaient énormément changé. Par la suite, j'ai appris que j'avais été utilisée comme un vulgaire incubateur et que j'avais un fils quelque part dans la nature. Je ne t'ai pas désiré, reprit-elle en le fixant d'un regard perçant. Tu as été créé à mon insu et tu as été confié à des gens qui t'ont adopté et qui t'ont élevé convenablement, n'est-ce pas ? Alors qu'est-ce que tu veux de moi ? Que je t'aime ? Que je sois proche de toi ? Ça n'arrivera jamais. Le seul lien qui nous unit est celui du sang, rien de plus. Nous ne sommes rien l'un pour l'autre, et c'est très bien comme ça.

Elle se leva et se dirigea vers la porte.

- Merci pour le repas, ajouta-t-elle avant de quitter la pièce.

Un silence incroyablement pesant s'abattit après son départ et chacun évita soigneusement de regarder Steve. Ce dernier finit par se lever à son tour et sortit sans mot dire. Lei poussa un profond soupir et passa une main fatiguée sur son visage marqué.

- Eh bien, maintenant, les choses sont claires, murmura-t-il. Mes amis, il se fait tard, dit-il en avisant la pendule murale qui indiquait bientôt minuit. Je propose que l'on se retrouve demain matin à tête reposée pour continuer ce que l'on a commencé.

Xiaoyu estima qu'il avait l'air suffisamment épuisé pour lui balancer la nouvelle concernant Jun Kazama et acquiesça. Lei les conduisit jusqu'à l'ascenseur qui menait au sous-sol.

- Nous avons quelques chambres que nous réservons aux personnes dont nous assurons la protection rapprochée. Vous allez dormir ici pour le moment et nous aviserons demain matin, expliqua-t-il en les conduisant jusqu'à une porte blindée.

Il introduisit une carte dans un lecteur qui servait de serrure, puis apposa son index sur une surface parcourue par un faisceau laser rouge. La porte s'ouvrit de l'intérieur, révélant une grande pièce blanche au mobilier sommaire.

- Il y a une chambre et un canapé-lit dans le salon, ainsi qu'une salle de bains. D'ailleurs, Xiaoyu, vous avez une trousse de secours pour soigner votre cuisse. Je viendrai vous chercher demain matin à huit heures. Vous avez mon numéro, si jamais il se passait quoi que ce soit pendant la nuit, lui rappela-t-il, alors que les trois amis pénétraient à l'intérieur de la pièce, déposaient leurs sacs dans l'entrée et ôtaient leurs chaussures. Et une fois fermée, cette porte ne s'ouvrira que de l'extérieur.

- Merci pour tout Wulong-san, répondit Xiaoyu en lui souriant.

- Passez une bonne nuit, à demain.

La porte se referma derrière lui et Asuka se précipita dans la salle de bains en s'écriant :

- Première à la douche !

Les deux autres la regardèrent sans réagir. Hwoarang alla dans la chambre tandis que Xiaoyu s'effondrait sur le canapé, la main crispée sur sa cuisse. Le jeune homme revint dans le salon et déplaça la table basse qui se trouvait devant son amie.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Je vais mettre le matelas à côté du canapé, pour que l'on reste groupés.

- Tu as peur qu'on se fasse attaquer ?

- Non, mais on n'est jamais trop prudent.

- Hum, ce n'est pas une mauvaise idée, mais je te préviens, je ne vais pas pouvoir rester éveillée longtemps.

- Moi non plus, je te rassure. Quelle journée, mes aïeux ! soupira-t-il en se laissant tomber près de Xiaoyu.

- Tu m'étonnes… grimaça-t-elle en serrant sa cuisse blessée.

- Écoute Xiao, commença-t-il d'une voix moins forte en jetant un coup d'œil vers la porte de la salle de bains. Je pense qu'il faut qu'Asuka reparte au plus vite chez elle. Ce n'était pas prévu qu'elle nous suive dans un autre pays et puis surtout, elle est mineure ! Il y a trop de risques !

- Je suis bien d'accord avec toi, soupira son amie. Mais la connaissant, elle refusera net de nous laisser.

- Mais on ne lui laissera pas le choix, siffla-t-il avec colère. Si Nina ne nous avait pas sauvé la mise, qui sait ce qui aurait pu lui arriver ?

- Comment on s'y prend alors ?

- On en parlera à Lei en catimini dès qu'on pourra. Je pense qu'il comprendra la situation…

La porte de la salle de bains s'ouvrit et Asuka en émergea, vêtue d'un pyjama jaune, et ils se turent.

- Bah alors, vous êtes bien silenci… Wouah ! Super ! s'exclama-t-elle en avisant le lit improvisé dans le salon. C'est pyjama party ce soir ?

- Ouais, c'est ça ! rétorqua Hwoarang avec sarcasme. J'ai une tête à faire des pyjama parties ?

- T'as surtout une tête à claques, oui !

Xiaoyu ne put s'empêcher de pouffer, ce qui lui valut un regard courroucé de la part du jeune homme.

- Ha ha, très drôle, au moins je ne suis pas fan d'Hello Kitty !

- Euh… Je ne vois pas trop le rapport, répliqua la plus jeune en croisant les bras.

- Vraiment ? demanda-t-il en brandissant une culotte à l'effigie du célèbre personnage. Et ça, c'est quoi ?

- Haaaaaaaa ! hurla-t-elle en se jetant sur lui. Rends-moi ça, sale pervers !

- Bah alors ? Faut assumer ses addictions !

- On me l'a offerte pour mon anniversaire !

- Oh l'excuse pourrie !

- Rends-la moi ! »

.

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.

« Oh mon dieu ! s'exclama Xiaoyu avec une joie enfantine. Des dousha bao ! Ça fait des années que je n'en ai pas mangé !

Attablés dans le grand réfectoire bondé de l'agence, les trois amis regardaient Lei déballer des sacs remplis de dim sum fumants qu'il avait ramené pour le petit déjeuner. Après des jours de cavale, Xiaoyu était plus qu'heureuse de se retrouver entourée de gens et de pouvoir enfin relâcher sa garde. Qui plus est, elle était ravie de pouvoir goûter à nouveau de la cuisine familière. Les divers baozi, la soupe de nouilles et le congee que leur hôte leur avait servi étaient délicieux et chacun dévora son petit-déjeuner dans un agréable silence pendant une bonne demi-heure. Il était prévu que Steve les rejoigne plus tard dans la journée car, d'après Lei, il avait passé la nuit à essayer d'entrer en contact avec Leo Kliesen et était apparemment sur une piste prometteuse.

Autour d'eux, les agents parlaient bruyamment, s'esclaffaient et mangeaient dans un vacarme assourdissant mais bienvenu. Seul Lei avait l'air de souffrir du bruit.

- C'est comme ça tous les matins ? demanda Asuka avec un sourire compatissant.

- Hélas, soupira théâtralement le policier. C'est pour ça que je ne déjeune jamais ici, sinon je débute ma journée avec une migraine insupportable !

- Au moins l'ambiance est… agréable, remarqua Hwoarang en lorgnant deux jolies jeunes femmes.

- Ne vous laissez pas tromper, une fois que la pause est finie, on pourrait entendre une mouche voler. En parlant de fin de pause, ajouta-t-il en se levant, puisque vous avez terminé, nous allons aller dans mon bureau.

Ils débarrassèrent rapidement leur table et suivirent Lei jusqu'à l'ascenseur. Les agents qu'ils croisaient le saluaient toujours respectueusement et ils comprirent rapidement qu'il était très connu au sein de l'agence. Son bureau se situait dans les étages supérieurs et était à la fois très grand et très désordonné.

- Ah oui, excusez le désordre, dit-il alors que ses joues rosissaient d'embarras. Euh, nous allons plutôt prendre le bureau d'à côté, mon collègue est en déplacement à l'étranger et il est un peu plus ordonné que moi...

Une fois installés autour d'une table de travail, il les regarda sérieusement.

- Expliquez-moi tout.

Xiaoyu s'empressa de lui raconter tout ce qui leur était arrivé depuis qu'ils avaient quitté Tôkyô. Il eut l'air choqué en apprenant la mort de Jinrei et lui présenta ses condoléances. La rencontre avec les Kazama l'intéressa particulièrement, notamment la dernière entrevue de Jun et son frère. Lorsqu'elle en vint à leur escapade à Yakushima, elle tira de sa poche le message trouvé sous le saule et le lui tendit. Il l'étudia quelques instants en fronçant les sourcils et pâlit brusquement lorsqu'il en comprit le sens. Il les regarda avec des yeux écarquillés, la bouche entrouverte.

- Ce n'est pas possible, souffla-t-il. Elle est sensée être morte depuis des années !

- Comment est-ce que vous expliquez ce message alors ? demanda doucement Asuka. On l'a trouvé pile à l'endroit indiqué sur la photo que Maître Wang avait donné à Xiao !

- Je… je ne sais pas… avoua-t-il en secouant la tête. Vous croyez que c'est elle qui a laissé ce message ?

- Est-ce que vous savez si c'est son écriture ?

- Je ne saurais pas vous dire… Cela fait si longtemps…

- Vous étiez très ami avec elle, n'est-ce pas ? Vous n'avez rien reçu de sa part après sa mort ? Ou même avant ? N'importe quoi, une lettre, une photo…

Il réfléchit quelques instants et s'éclipsa dans son bureau. Ils l'entendirent fourrager avec animation puis revenir avec une boîte en carton qu'il posa sur la table devant lui. Elle contenait plusieurs lettres dont les enveloppes avaient quelque peu jauni avec le temps.

- La dernière lettre que Jun m'ait envoyée datait de 2001, juste quelques semaines avant sa disparition, dit-il en sortant la lettre et en la dépliant pour la parcourir. Je vais vous la lire et on verra bien si vous trouvez quelque chose qui m'aurait échappé.

« Cher ami,

J'espère que cette lettre te trouvera en bonne santé. Il s'est écoulé quelques années depuis notre dernière correspondance et pourtant j'ai l'impression que le temps est passé à une vitesse folle.

Jin va bientôt avoir quinze ans et il grandit tellement vite que j'ai bien du mal à m'y faire. Il me semble que c'était hier qu'il tenait tout juste dans mes bras ! J'aimerais tellement que tu puisses le rencontrer, je suis sûre que tu l'adorerais ! C'est un merveilleux garçon, très intelligent et gentil, mais il a toutefois une fâcheuse tendance à m'en faire voir de toutes les couleurs ! Rien de grave, rassure-toi, juste le genre de bêtises qui rendrait n'importe quelle mère folle.

Je vais te raconter la dernière en date, histoire que tu saches un peu à quoi ressemble ton filleul : nous attendions son bulletin de notes de fin de trimestre et je m'étonnais de ne pas l'avoir encore reçu. Imagine ma surprise quand la mère d'un de ses camarades d'école m'apprend qu'ils l'ont eu depuis au moins deux semaines ! Quand je lui en ai parlé, il est devenu tout rouge et a fini par m'avouer qu'il avait fait le pied de grue tous les matins à l'aube pour rencontrer le facteur et qu'il avait fini par intercepter la lettre et l'avait cachée sous son matelas ! Et tout ça pour quoi ? Car il avait eu 22.285 en littérature ! Ses autres résultats étaient très bien, mais à cause de cette malheureuse note, il a décidé de se lever à cinq heures du matin pendant une semaine et patienter dans le froid pour que je ne m'en rende pas compte.

J'en ris maintenant, mais sur le coup, je t'avoue que j'étais à la fois déçue qu'il me mente, et coupable qu'il se mette une telle pression sur les épaules. Il était tellement honteux d'avoir agit ainsi qu'il s'est rattrapé de façon brillante et qu'au trimestre suivant, il a réussi à décrocher une note de 114.158 ! Tu te rends compte ? Enfin, je te raconte ça mais je sais que tu étais un cancre lorsque tu étais au collège, alors je doute que tu comprennes mon désarroi !

Mais assez parlé de Jin et moi ! Comment vas-tu mon ami ? Je pense souvent à toi et à nos aventures, et ta présence me manque. Je sais que la mort de Bryan t'a beaucoup affecté et je m'en suis voulue de ne pas avoir été présente pour toi, comme tu l'as été par le passé pour moi. J'ai su par la presse que tu avais eu des soucis dans ton travail et j'espère que tout s'est arrangé pour toi. J'aimerais beaucoup pouvoir te revoir et que tu me racontes tout ce qui t'est arrivé devant un bol de wonton mee, comme par le passé !

Il y a tellement de choses que j'aimerais te raconter moi aussi, beaucoup de facteurs m'en empêchent malheureusement. Je sais malgré tout que tu es capable de comprendre beaucoup, sans que j'aie besoin de te parler. Ma grand-mère m'a souvent dit que derrière les paroles les plus banales peut se cacher une signification tout autre, et je me rends compte qu'elle avait raison. Et si tu finis par comprendre pourquoi je t'écris après toutes ces années, alors tu sauras que je t'ai laissé quelque chose à l'endroit prévu à cet effet, en attendant que tu le récupères. Le numéro vingt-et-un devrait t'aiguiller…

Je dois te laisser à présent, mais il ne tient qu'à toi que l'on se retrouve très prochainement.

Amitiés,

Jun Kazama. »

Il posa la lettre et les regarda attentivement.

- Eh bien ? Des idées ?

- Pas vraiment, répondit Hwoarang en se grattant la tête.

- Qui est Bryan ? demanda Xiaoyu d'une petite voix.

Lei ferma les yeux et soupira.

- C'était mon ancien partenaire. Bryan Fury.

Il y eut un blanc durant quelques secondes…

- Bryan Fury ?!

- Votre partenaire ?!

- Mais comment ? s'exclama Xiaoyu. Vous m'aviez dit que c'était un policier corrompu ! Comment a-t-il pu être votre partenaire ?

- Je ne l'ai appris que bien plus tard, quelques semaines après sa mort… Enfin… Sa pseudo-mort… Vous m'avez compris… Les journaux en ont fait leurs choux gras pendant des semaines ! Vous imaginez le scandale : un policier international corrompu, lié à la Mafia et dont le partenaire travaillait pour Interpol ! Du coup, j'ai été soupçonné à mon tour et l'agence a dû prendre des mesures pour calmer le jeu. Je peux le comprendre maintenant, mais à l'époque, j'ai très mal réagi et ça n'a fait qu'empirer les choses. Il y a eu une longue enquête interne, j'ai été suspendu brièvement le temps qu'ils prouvent mon innocence et j'ai finalement été réintégré au bout de six mois.

- Six mois !

- J'étais vraiment au plus mal. Heureusement, ma famille m'a soutenu de manière formidable…

Il avait l'air de revivre en pensées cette période difficile de sa vie car ses yeux étaient tristes et Asuka s'empressa de changer de sujet.

- Je peux regarder la lettre ? demanda-t-elle.

Lei la fit glisser vers elle et elle la lut avec attention, de même que Xiaoyu.

- Eh bien, à première vue on dirait une lettre normale, même si la fin est un peu… cryptique.

- On dirait qu'elle essaye de faire passer un message avec sa lettre, renchérit son amie. Quand elle dit : "derrière les paroles les plus banales peut se cacher une signification tout autre", je comprends ça comme un conseil de sa part, pour déchiffrer ce qu'elle a écrit.

Lei se gratta le menton, puis fouilla en soupirant dans la boîte.

- Il y en aura peut-être une autre un peu moins incompréhensible… Elle avait vraiment le don de parler en énigmes ! Qu'est-ce que ça pouvait m'énerver ! pesta-t-il. »

Cependant, au bout d'une bonne heure, force était de constater qu'ils n'avaient pas avancé d'un iota et étaient très loin d'un possible indice.

Lei avait épluché toutes les lettres qu'il avait reçues, ainsi que les deux jeunes femmes, mais en vain. Ils devaient s'incliner : soit Jun Kazama était trop forte pour eux, soit ils étaient justes trop stupides. Hwoarang, qui commençait sérieusement à s'impatienter, prit la première lettre qu'ils avaient lue.

« Mais ça ne sert à rien, protesta Asuka, tu ne sais pas lire le japonais !

- Pas grave, je peux quand même regarder ! Y'a un truc que j'avais trouvé bizarre avec cette histoire de notes…

- Ses notes ?

- Je n'ai pas fait de longues études, mais je suis quasiment sûr que je n'ai jamais vu quelqu'un avoir 22.285 à un examen ! Et encore moins 114.158 !

- Et pourquoi pas ? Ça peut arriver t'avoir plus de 100 si tu as des points bonus ou bien des options qui…

- Non, c'est pas ça… C'est la façon dont elles sont écrites. Regardez ! Normalement, il n'y que deux décimales, je me trompe ?

Les filles jetèrent à nouveau un coup d'œil à la lettre, les sourcils froncés.

- C'est vrai que c'est bizarre, commenta Asuka. Tu as déjà eu ce genre de notes à l'université, Xiao ?

- Non, jamais. C'est même rare qu'ils mettent deux décimales, en général ils préfèrent arrondir…

Elles regardèrent à nouveau et échangèrent un regard.

- Tu crois que ces chiffres ont une signification ?

- Ça se pourrait bien… Wulong-san ! lança Xiaoyu, le réveillant du demi-sommeil dans lequel il était plongé. Est-ce que les chiffres sur cette lettre vous disent quelque chose ?

Le policier bailla largement et prit la lettre à son tour.

- C'est peut-être une date qui renverrait à un évènement passé ? tenta Asuka.

- Hummm… Non, ça ne me rappelle rien du tout…

- Ou alors la date de naissance d'une connaissance commune, non ?

- Non plus, soupira-t-il en se frottant les yeux et en se levant. Écoutez, je vais chercher la liste de tous les participants du Tekken depuis la mise en place du tournoi. Il y a peut-être un lien… Continuez de chercher en attendant, je serai de retour dans dix minutes…

- On peut utiliser l'ordinateur ? demanda Hwoarang.

- Oui, bien sûr. Tenez, je vais vous donner mon identifiant et mon mot de passe, ajouta-t-il en griffonnant sur un bloc-notes. C'est une connexion sécurisée, alors n'allez pas faire du téléchargement illégal ou des choses de ce genre ! J'ai une réputation à préserver !

- Promis ! sourit le jeune homme en s'installant derrière l'écran.

- Tu as une idée en tête ? demanda Xiaoyu en le voyant pianoter sur le clavier.

- Peut-être bien… Mais j'ai besoin d'Internet pour vérifier ma théorie…

- On va bien finir par trouver, les rassura Asuka. Après tout, on a bien réussi à décrypter son poème !

- Oui mais là ce n'est pas pareil ! Elle a été volontairement évasive ! Vous croyez qu'elle avait quelqu'un sur ses traces ou alors c'est juste qu'elle ne voulait pas être retrouvée trop facilement ?

- Peut-être les deux, répondit Hwoarang, le regard fixé sur l'ordinateur. Si on y réfléchit bien, après avoir été attaquée par un monstre comme Ogre, c'est normal qu'elle se soit cachée. Mais, par contre, c'est bizarre qu'elle n'ait pas tenté de contacter son fils…

Xiaoyu resta silencieuse. L'histoire racontée par Jun Kazama dans sa lettre l'avait beaucoup touchée, car elle avait retrouvé dans sa description un peu du Jin qu'elle avait connu et apprécié. Si leur théorie s'avérait exacte et qu'elle était effectivement vivante, les choses allaient prendre un tournant radical.

- Regardez ça les filles, souffla Hwoarang.

Intriguées, elles se levèrent pour venir jeter un œil à l'écran.

- Quand je rentre chaque nombre séparément, je n'ai aucun résultat intéressant, expliqua-t-il. Par contre… Si je tape les deux sur Google… Regardez ce que ça me donne…

Un point rouge apparut sur Google Maps et il zooma jusqu'à faire apparaître le nom...

- La gare de Hong-Kong ?!

- Exact ! Ce sont des coordonnées géographiques, voilà pourquoi elles me semblaient bizarres !

- C'est génial ! s'exclama Asuka. On sait où on doit aller !

- Oui mais on ne sait pas quoi chercher, lui rappela Xiaoyu. On a qu'une partie des indications…

- Relis-moi la lettre, s'il te plait, lui demanda Hwoarang.

Elle s'exécuta de bonne grâce avant qu'il ne la stoppe un peu plus tard.

- Attends ! Qu'est-ce que c'est, le wanton mee ?

- C'est une sorte de soupe de nouilles avec des raviolis, c'est plutôt pas mal...

Lei revint sur ces entrefaites avec un classeur et fut accueilli par des exclamations de joie.

- On a trouvé une partie du message ! s'écria Asuka.

- Hey ! C'est moi qui ai trouvé ! protesta le jeune homme.

- Ce sont des coordonnées qui indiquent la gare de Hong-Kong ! poursuivit-elle en l'ignorant complètement.

- Vraiment ? s'exclama le policier en allant voir l'écran de lui-même. Beau travail les enfants ! Est-ce que vous avez trouvé d'autres indices ?

- Justement, le coupa Hwoarang. Jun parle de manger des wanton mee avec vous, "comme par le passé". Est-ce que vous vous rappelez quand c'est arrivé ?

- Seigneur, soupira Lei, ça remonte à plus de vingt ans ! Ma mémoire n'est plus ce qu'elle était…

- On ne trouve pas de wanton mee partout, ajouta Xiaoyu. Je sais que c'est populaire à Canton et à Hong-Kong, et je crois qu'on en mange aussi en Thaïlande.

- Si elle indique la gare de Hong-Kong, c'est qu'elle est déjà venue ici, non ?

- Eh bien, oui, il y a très longtemps… C'était juste après le deuxième tournoi, elle était rentrée directement avec moi sans rentrer chez sa famille. Elle n'est restée que quelques jours et… Attendez un peu… Je me rappelle ! C'était le jour où elle devait rentrer au Japon. Elle avait laissé ses bagages à la gare de Hong-Kong pour que l'on passe la journée tranquillement et on avait effectivement mangé un wanton mee dans un bouiboui pas très loin ! D'ailleurs, ajouta-t-il avec une grimace, ça l'avait rendue malade et son estomac ne l'avait pas supporté. Ça confirme donc l'endroit, mais après, je ne vois pas…

- "Et si tu finis par comprendre pourquoi je t'écris après toutes ces années, alors tu sauras que je t'ai laissé quelque chose à l'endroit prévu à cet effet, en attendant que tu le récupères. Le numéro vingt-et-un devrait t'aiguiller…", relut Asuka. Le numéro vingt-et-un, c'est quoi ?

- Aucune idée… avoua Lei.

- Attendez, le coupa Xiaoyu. Si je traduis cette phrase, ça donnerait ça : si on comprend pourquoi elle écrit cette lettre, alors on saura ce qu'elle a laissé… Et puisqu'elle écrit cette lettre pour nous dire d'aller à la gare de Hong-Kong… mais où est-ce qu'elle aurait pu laisser ce fameux quelque chose ?

- Dans le restaurant où ils sont allés ? proposa Asuka.

- Non, je ne crois pas… Elle parle de quelque chose qu'elle a laissé à un endroit prévu à cet effet…

- Un endroit où on peut laisser des trucs ? Comme les objets trouvés ? tenta Hwoarang.

- Quel est l'endroit qui se trouve dans une gare, et où on peut laisser des objets en attendant de les récupérer plus tard ?

- Le dépôt de bagages… souffla Lei. Elle a laissé quelque chose dans le casier qu'elle a utilisé il y a plus de vingt ans…

- Ce n'est pas possible ! Quelqu'un a bien dû le trouver depuis ce temps ! protesta le jeune homme.

- Ce n'est peut-être pas un objet, répliqua Xiaoyu. Peut-être que c'est une autre énigme ? Un message ?

- D'accord, mais si ça se trouve, les anciens casiers ont été remplacés depuis le temps !

- Il faut que j'aille vérifier ! s'exclama le policier en bondissant sur ses jambes. Vous restez ici le temps que je revienne ! Je n'en aurais pas pour longtemps ! »

Et il disparut en moins de temps qu'il n'en fallait pour dire "ouf"...

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Sur les terres de l'oiseau de feu

Celle qui est comme Dieu

Détient le trésor si précieux

Qui sera la réponse des cieux…

« Je crois que Jun se fout clairement de notre gueule, là ! grommela Lei en se prenant la tête entre les mains.

Il était revenu triomphant après un peu plus de deux heures d'absence avec une minuscule clé contre laquelle était enroulée un papier. Il avait été plié de manière à prendre le moins de place possible et le tout avait été caché dans un des coins supérieurs du casier vingt-et-un, de sorte qu'il était impossible de les trouver si on ne savait pas qu'ils étaient là. Malheureusement, la lecture de la nouvelle énigme avait refroidi leurs ardeurs et terni leurs sourires.

- Ne soyez pas défaitiste, Wulong-san, le rassura Asuka. Nous allons bien finir par trouver !

- Mais oui, renchérit Xiaoyu en prenant le papier ainsi qu'une feuille et un crayon. Nous allons faire comme pour la première énigme : remplacer les indices par leur signification… Déjà, on peut affirmer que "l'oiseau de feu" ça désigne le phénix, vous êtes d'accord ?

Ils hochèrent tous la tête.

- Bien. Ça nous donne donc : "Sur les terres du phénix", pour la première phrase. Il faut donc savoir d'où viennent les phénix ?

- Ce sont des oiseaux légendaires, répondit distraitement Lei, en feuilletant le classeur qu'il avait apporté avant son départ. Il y a toute une mythologie qui s'est construite autour d'eux, notamment chez nous les Asiatiques.

- Il serait soi-disant originaire d'Afrique de l'Est, renchérit Hwoarang, les yeux fixés sur l'écran d'ordinateur. Et il faisait partie des créatures vénérées par les Égyptiens et par d'autres peuples antiques. Par contre, son origine est largement débattue, donc je ne pense pas qu'on puisse trouver un endroit précis à lui attribuer…

- Zafina aurait sans doute pu nous renseigner, marmonna Xiaoyu en mordillant son crayon.

- Et il n'y a aucun rapport avec Paul Phoenix ? demanda Asuka.

Tout le monde se tourna vers elle avec des yeux ronds.

- On ne sait jamais, se défendit-elle. "Sur les terres du phénix", c'est vague ! Elle voulait peut-être parler de l'endroit d'où vient Paul !

- Jun n'avait aucun lien avec Paul Phoenix, répondit Lei en se replongeant dans sa lecture. Ça me paraît très peu probable…

- Mais il y a bien une ville qui s'appelle comme ça, non ? insista la plus jeune.

- Exact ! répondit Hwoarang, qui ne quittait pas son ordinateur. C'est la capitale de l'état d'Arizona, aux États-Unis !

- Ah ! Vous voyez bien qu'il y a un lien !

- Mais Paul Phoenix ne vient justement pas de Phoenix, rétorqua Lei. Il vient de San Francisco, en Californie.

- Zut !

- Par contre, poursuivit-il, soudain très intéressé par sa lecture, c'est Michelle Chang qui est originaire d'Arizona.

- La mère de Julia ?

- Tout à fait. Et, contrairement à Paul, elle avait un lien avec Jun, puisqu'elles étaient amies.

- Attendez, le coupa Xiaoyu. L'énigme dit : « celle qui est comme Dieu ». Et Michelle n'a rien d'une divinité !

- C'est juste, admit le policier. Bien que, dans mon souvenir, elle avait la beauté et la grâce de la déesse de la lune, Ch'ang O !

Les filles gloussèrent, et même Hwoarang eut un sourire amusé.

- Quel poète vous faites, Wulong-san, rit Xiaoyu. Mais malheureusement ça ne nous aide pas. "Celle qui est comme Dieu", qu'est-ce que ça peut vouloir dire ?

- Peut-être que c'est de Julia dont il s'agit ? proposa Asuka.

- Mais on en revient au même problème ! Julia n'est pas comme Dieu non plus !

Lei poussa un grognement exaspéré et se prit la tête entre les mains.

- Je te hais, Jun, marmonna-t-il. Où que tu sois, je te hais !

À cet instant, Hwoarang poussa un juron, faisant tourner les trois têtes dans sa direction.

- Tu as trouvé quelque chose ? demanda Lei.

- Écoutez, c'est dingue ! J'ai juste tapé la phrase dans la barre de recherche en rajoutant "Michelle Chang" et je suis tombé sur une interview qu'elle a donnée il y a quelques années à un journal local, à propos de la réserve indienne dont elle fait partie…

- Et en quoi une interview va nous aider ? l'interrompit Asuka.

- Écoutez ça : « À première vue, il est difficile de deviner que Michelle Chang est amérindienne, et encore moins qu'elle vit au sein de la réserve San Xavier, près de Tuscon, en Arizona. Bien que sa mère soit amérindienne, son père était hongkongais, et cet héritage métisse la différencie dès l'enfance de la plupart de ses camarades. Même son prénom, Michelle, dénote au sein de la communauté indienne : d'origine hébraïque, il signifie "qui est comme Dieu". Cependant, dès lors qu'elle se met à parler des Tohono O'odham, on sent la fierté et l'affection qu'elle ressent pour son peuple… »

Tout le monde se regarda.

- Ça colle, murmura Xiaoyu en portant une main à sa bouche. Tout colle !

- Mais pas la partie qui parle du trésor, intervint Lei.

- Mais si ! Justement ! Hwoarang, l'interpela Xiaoyu. Est-ce que tu te souviens de la fois où Julia est venue nous parler, pendant le dernier tournoi ? On était dans le lobby de l'hôtel Mishima.

- Oui, je me souviens qu'elle était en mode panique totale.

- Tu te rappelles quand elle nous a dit que Heihachi et Kazuya convoitaient un trésor qui appartenait à sa famille ? Un pendentif qui permettait de contrôler Ogre ?

- Je m'en rappelle très bien…

- Alors quoi ? intervint Asuka. Il faut qu'on aille trouver Michelle Chang aux États-Unis ? C'est ça l'énigme ?

- On dirait bien…

- Mais dans ce cas-là, pourquoi faire des énigmes comme ça ? Pourquoi ne pas avoir laissé un message qui disait tout simplement : « allez voir Lei Wulong pour récupérer la clé et ensuite, allez voir Michelle Chang » ?

- Et tu imagines comment ça se serait terminé hier, si Anna était tombée sur ce message, plutôt que sur l'énigme ? On a eu de la chance que le soldat qui l'a lue ne l'ait pas complètement comprise !

- C'est vrai, admit-elle avec une grimace. Mais ça nous fait perdre un temps considérable !

- Essayez de voir ça comme une sorte de road-trip, lança Lei, sa bonne humeur habituelle enfin retrouvée. En attendant, voilà ce que je vous propose : vous allez redescendre à la cafétéria pour manger un morceau, pendant que j'essaye de vous arranger un vol pour les États-Unis.

- Wulong-san, commença Xiaoyu. Nous ne pouvons plus utiliser nos faux passeports pour voyager…

- J'y ai pensé, rassurez-vous. Nous allons vous en fabriquer de nouveaux et prévenir notre ambassade aux États-Unis que vous êtes des agents en mission d'infiltration. Cela devrait vous donner un peu plus de liberté de mouvement. Mais pour l'heure, à table ! »

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Le soleil se couchait lentement, teintant le ciel de reflets orangés.

Xiaoyu, Hwoarang et Asuka suivaient Lei à travers les couloirs de l'aéroport de Hong-Kong où un jet privé les attendait. Le policier les avait prévenus que voyager ainsi serait plus sûr, car les hommes de Kazuya pouvaient se mêler aux passagers d'un avion standard sans être repérés. Là, ils seraient seuls à bord du jet.

Après avoir passé plusieurs barrières de sécurité et s'être expliqué avec différents agents, Lei les conduisit sur le tarmac, en direction d'un grand hangar situé à l'écart du bâtiment principal.

« Le jet dans lequel vous allez voyager est très souvent utilisé pour nos missions d'infiltration. Normalement, il y a deux pilotes ainsi qu'un steward, mais étant donné l'urgence de la situation, vous n'aurez qu'un pilote. Et rassurez-vous, ajouta-t-il en avisant leurs regards soudain inquiets, c'est l'un des meilleurs.

Ils pénétrèrent dans le hangar où les attendait un homme portant un pantalon noir et une chemise blanche, assis sur l'escalier menant au jet. Il était de taille moyenne et avait des cheveux noirs coupés courts. Sa physionomie était bienveillante et il s'inclina profondément devant Lei.

- Je vous présente Monsieur Fa Luo, il sera votre pilote. Fa, je vous présente Ling Xiaoyu, Hwoarang et Kazama Asuka. Ils sont tous les trois combattants et ont participé au tournoi du Tekken. Je crois d'ailleurs qu'ils connaissent bien la fille de votre cousine.

L'homme s'inclina et leur sourit.

- C'est un plaisir de faire votre connaissance. Je vais monter vos bagages et nous décollerons dès que vous serez prêts à partir, dit-il en saisissant leurs sacs à dos et en disparaissant dans le jet.

- Monsieur Fa est un de nos collaborateurs, précisa Lei. Il est totalement fiable et il sera en liaison avec moi, si jamais vous avez besoin d'aide. Il vous conduira jusqu'à la réserve où vivent les Chang. Ainsi, j'aurai la certitude que vous serez arrivés sains et saufs à bon port.

- Euh… Vous avez parlé de la fille de sa cousine, mais je ne vois pas à qui vous faisiez allusion, intervint Xiaoyu, confuse.

- Je parlais de Julia. Fa est le cousin de Michelle Chang.

- Quoi ? Mais comment ?

- Vous vous rappelez de cet article que Hwoarang a trouvé sur Michelle et qui disait que son père était hongkongais ? Eh bien, Fa est le neveu de feu Monsieur Chang. Quand ce dernier a été assassiné par les hommes de main de Heihachi, il n'avait que dix ans et se trouvait avec lui dans la voiture qui a été mitraillée en pleine rue. Il en a miraculeusement réchappé et a ensuite rejoint la police quelques années plus tard. Il travaille depuis des années pour faire condamner Heihachi. Vous ne trouverez personne qui soit susceptible de vous aider autant que lui.

- C'est affreux, murmura Asuka. Tous ces assassinats, toutes ces machinations… Comment se fait-il qu'aucun des Mishima n'ait réussi à être condamné depuis toutes ces années ? Ce ne sont pourtant pas les preuves qui manquent !

- Je sais bien, soupira Lei, malheureusement, comme Nina l'a dit hier, nous avons affaire à une organisation tentaculaire, liée à la Mafia et à de nombreuses organisations criminelles. Et encore, nous ne savons pas tout, je suis persuadé que…

Un coup de feu éclata soudainement, faisant sursauter tout le monde, et Lei s'effondra au sol avec un cri déchirant.

- Wulong-san !

Xiaoyu et Asuka le rattrapèrent avant qu'il ne heurte le sol et l'allongèrent avec précaution malgré leur panique. La balle avait traversé son épaule droite et le sang s'écoulait abondamment de la plaie, formant rapidement une petite flaque. Asuka retira rapidement l'écharpe qu'elle portait et la noua fermement autour de sa blessure, lui arrachant un gémissement de douleur. Hwoarang regardait autour de lui avec angoisse et se figea en voyant trois hommes armés s'approcher de lui.

C'est pas possible ! Comment ils ont fait pour nous retrouver aussi vite ? songea-t-il avec anxiété.

Il se mit en position de combat, bien qu'il sache qu'il ne ferait pas le poids contre eux. Du coin de l'œil, il vit le pilote de l'avion dans l'embrasure de la porte de l'appareil qui s'apprêtait à sortir pour aider Lei, mais il l'en dissuada d'un signe de la tête.

- Cachez-vous ! siffla-t-il en mettant toute l'urgence qu'il pouvait dans sa voix. Et appelez la police !

Fa se figea brièvement et obéit sans demander son reste. Hwoarang se mit à réfléchir aussi vite que la situation le lui permettait. Il leur fallait absolument gagner du temps car Nina n'était plus là pour les sortir de ce pétrin cette fois. Les trois intrus portaient tous l'uniforme de la Tekken Forces, mais celui du milieu n'avait pas de casque et il jura intérieurement en reconnaissant Bruce Irvin, tout en reculant pour faire bouclier si jamais la situation devait dégénérer. Et elle allait forcément dégénérer, s'il en croyait les rumeurs qu'il avait entendues sur le sadisme d'Irvin.

Merde ! jura-t-il à nouveau. Pourvu que le pilote ne se fasse pas remarquer…

Xiaoyu s'était agenouillée derrière Lei et l'avait redressé en posant sa tête sur ses genoux. Le policier était toujours conscient mais son teint était devenu d'une pâleur alarmante et son front luisait de sueur. Il se retenait visiblement de ne pas s'évanouir sous la douleur.

- Salut, Wulong, ça fait longtemps ! lança Bruce avec un sourire narquois en s'arrêtant à quelques pas du petit groupe. Eh bien quoi ? On ne se lève même pas pour saluer un vieil ami ?

Un vieil ami ? Xiaoyu échangea un regard angoissé avec Asuka et reporta son attention sur Lei. En reconnaissant son ennemi, les yeux de ce dernier lancèrent des éclairs et il tenta de se redresser.

- Excuse-moi si je ne me lève pas, cracha-t-il d'une voix qui ressemblait à un grondement. Mais une espèce de lâche m'a tiré dans le dos !

Le sourire de Bruce disparu instantanément et ses yeux s'assombrirent sous la colère.

- C'est moi que tu traites de lâche, Wulong ? gronda-t-il en braquant son revolver sur lui. Tu préfèrerais que je te tire une balle entre les deux yeux et que je te regarde mourir ?

- J'aurais plutôt préféré que tu m'affrontes comme un vrai combattant… Mais ça fait longtemps que tu n'en es plus un…

Une veine palpita dangereusement le long du cou de Bruce, mais il se contint et sourit à nouveau en baissant son arme.

- Je vois ce que tu essayes de faire. Tu veux me pousser à bout, comme au bon vieux temps. Mais j'ai appris à me canaliser, Wulong. Tes petites provocations sont sans effet sur moi ! Mais je te pardonne. D'ailleurs, en signe de pardon, je vais abréger tes souffrances…

Il braqua à nouveau son revolver sur Lei mais Xiaoyu surgit devant lui, les bras écartés.

- Non ! s'écria-t-elle.

- Tu ferais mieux de te pousser si tu ne veux pas que j'abîme ton joli petit visage, poupée !

- Si on vous suit sans résistance, commença Xiaoyu en s'efforçant de calmer ses tremblements, est-ce que vous laisserez Wulong-san en vie ?

Le regard de Bruce vint rencontrer le sien et elle frissonna sous sa froideur.

- Je ne crois pas que vous soyez en position de négocier ! rétorqua-t-il avec sarcasme, alors que ses deux soldats chargeaient leurs armes.

Le bruit fit sursauter Asuka et Xiaoyu inspira profondément, serrant les poings.

- Au contraire, répliqua-t-elle avec une assurance qu'elle était loin de ressentir. Vous ne vous êtes pas demandé comment nous avions réussi à échapper à Anna et ses soldats ? Pourtant ils étaient bien plus nombreux que vous.

- Vous avez eu de la chance, c'est tout ! cracha Bruce avec une grimace mauvaise.

- De la chance ? Vraiment ?

Ils s'affrontèrent du regard durant ce qui sembla une éternité, puis il détourna les yeux pour jauger l'état du policier.

- Très bien, finit-t-il par dire en baissant son arme. Je m'engage à ne pas le tuer, il n'en a plus pour longtemps de toute façon...

- Donnez-moi votre parole !

- Je te donne ma parole que je ne le tuerai pas.

- Ne l'écoute pas, Xiao ! s'exclama Lei. Il n'a pas de parole…

- Silence ! rugit Bruce. Contrairement à ce que ce vieux débris pense, j'ai encore assez d'honneur pour ne pas attaquer un homme à terre, surtout dans un état aussi misérable que le tien, Wulong !

A sa grande surprise, le policier éclata d'un rire moqueur, entrecoupé de crises de toux.

- De l'honneur ? répéta-t-il avec incrédulité. Tu es le toutou de Kazuya Mishima ! Tu n'as pas d'honneur !

- Le toutou ? répéta Bruce avec hargne. Je suis son lieutenant, celui en qui il a le plus confiance !

- Tu fais preuve d'une incroyable loyauté envers un homme qui n'a pas hésité à tenter de te tuer ! Je ne sais pas si c'est d'une noblesse admirable ou bien d'une stupidité sans bornes…

- J'ai compris que tu essayais de me pousser à bout, vieux débris ! Mais tes élucubrations commencent à devenir lassantes !

- Des élucubrations ? Tu as pourtant failli mourir après le deuxième Tekken, je me trompe ? J'ai toujours trouvé ça assez étrange, d'ailleurs… Qu'après que je t'aie arrêté, l'avion qui te ramenait à Hong-Kong pour y être jugé se soit crashé au milieu de l'océan… Les médias ont parlé d'un accident, mais tu ne t'es jamais demandé si la cause était toute autre ?

Bruce le regarda avec confusion, les sourcils froncés.

- Arrête de m'embrouiller avec tes histoires !

- Kazuya avait sans doute peur que tu révèles tout ce dont tu avais été témoin pendant son mandat à la Zaibatsu, en échange d'une réduction de peine… poursuivit le policier. Et quoi de plus simple que d'éliminer le problème à la source, surtout quand on en a les moyens ?

Les paroles de Lei l'avaient curieusement ébranlé, et Xiaoyu pouvait presque voir les rouages de son cerveau tourner à toute vitesse. Elle ne savait pas si le policier bluffait, mais il était vraiment convainquant.

- Si ce que tu dis est vrai, alors pourquoi est-ce que Kazuya ne m'a pas tué en apprenant que j'étais en vie ?

- Pourquoi faire, puisque tu étais prêt à travailler de nouveau pour lui ? Tu ne savais pas qu'il avait tenté de se débarrasser de toi et il pouvait non seulement te garder sous la main mais aussi te contrôler plus facilement… Tu sais pourtant mieux que quiconque comment fonctionne Kazuya…

Les deux soldats qui accompagnaient Bruce commencèrent à s'impatienter en voyant leur chef soudainement indécis.

- Capitaine, nous avons pour mission de ramener ces trois-là au QG, dit l'un d'en eux d'une voix ferme.

- Je sais ce que j'ai à faire, soldat ! aboya Bruce, avant de retourner son attention sur Lei, dont l'état s'aggravait de minute en minute. Tu vas venir avec nous, Wulong. Nous allons ainsi régler nos affaires une fois pour toute !

- Capitaine, renchérit le deuxième soldat, dont la voix trembante trahissait son incertitude. Il s'agit d'un agent d'Interpol, nous ne pouvons pas prendre le risque de…

- POLICE ! hurlèrent plusieurs voix, les faisant sursauter. Lâchez vos armes ! »

Bruce et ses hommes se retournèrent d'un bloc et ouvrirent le feu sur les policiers qui s'étaient faufilés silencieusement à l'intérieur du hangar. Hwoarang se baissa pour protéger ses amis, alors que les balles ricochaient sur les murs de tôle. Xiaoyu attrapa Lei par les pans de sa veste et le tira sous l'avion, tandis que le Coréen lui tenait les jambes. L'un des soldats s'en aperçut et braqua son arme vers eux en leur hurlant de ne plus bouger.

C'est alors que Fa Luo, qui jusque là s'était fait oublier, surgit en brandissant un extincteur et le vida sur le soldat. Ce dernier recula en criant, désorienté par l'opaque nuage blanchâtre, et se mit à tirer à l'aveuglette. Voyant qu'ils risquaient de se faire toucher par une balle perdue, le pilote prit la bonbonne à deux mains et la lança de toutes ses forces. Elle toucha le soldat à la tête et il s'effondra avec un cri.

L'extincteur roula jusqu'aux pieds du deuxième soldat qui mitraillait sans relâche les policiers. Hwoarang saisit l'occasion et, d'un geste vif, il attrapa le revolver que Lei portait à sa ceinture et visa l'extincteur.

À cet instant précis, Bruce, qui se trouvait non loin, tourna la tête et ses yeux s'écarquillèrent sous la panique. Il se jeta sur le côté au moment précis où Hwoarang appuyait sur la gâchette, faisant exploser la bonbonne dans un bruit assourdissant, provoquant une épaisse fumée toxique.

Lorsqu'elle se dissipa, les deux soldats étaient inconscients, ainsi que plusieurs policiers qui s'étaient trouvés trop près de l'explosion. Bruce était quant à lui introuvable.

Lei fut rapidement pris en charge par les secouristes et soigné à même le tarmac, tant il avait perdu de sang. Fa avait joint Interpol et leur expliquait par téléphone l'attaque qui s'était produite. Les trois amis se tenaient non loin de lui, encore secoués par ce qui venait de se passer. La nuit commençait à tomber et la température baissait de plus en plus. On leur donna des couvertures de survie et du thé chaud et ils s'installèrent à l'écart.

Steve finit par apparaître, l'air affolé, et se précipita dans leur direction.

« J'ai fais aussi vite que possible ! s'exclama-t-il en tentant de retrouver son souffle. Comment va Lei ?

- Il a reçu une balle dans l'épaule et il a perdu beaucoup de sang. Mais, apparemment, il va s'en tirer, répondit Xiaoyu.

- C'est Kazuya qui a fait le coup ?

Elle hocha la tête.

- Il a envoyé Bruce Irvin avec deux soldats. Je ne sais même pas comment ils ont fait pour entrer sur le territoire…

- Sans doute sous de fausses identités, répondit Hwoarang.

Steve serra les dents et ses yeux angoissés se posèrent sur les médecins qui s'activaient sur Lei.

- Il nous a dit que tu essayais d'entrer en contact avec Leo Kliesen, reprit Xiaoyu pour tenter de détourer son attention. Comment ça s'est passé ?

- Je suis passé par son école de spéléologie pour la joindre et je l'ai eu au téléphone pendant deux heures au moins. Elle a rassemblé des dizaines de rapports, de courriers et de photos qui liaient sa mère à la Mishima Zaibatsu. Elle m'a même scanné le rapport volé dont ma mè… dont Nina parlait…

- Et qu'est-ce que tu as découvert ? demanda Hwoarang en baissant la voix.

Steve regarda autour de lui avec appréhension avant de répondre.

- J'ai découvert énormément de choses. Entre les meurtres, les expérimentations illégales, les kidnappings et tout le reste, il y a assez pour causer pas mal de tort à la Zaibatsu, si jamais tout ça venait à se savoir ! Et surtout, il y a de quoi condamner les Mishima à passer le reste de leurs jours en prison !

- Mais ce sont d'excellentes nouvelles ! s'exclama Xiaoyu.

- Par vraiment, non, rétorqua-t-il en passant une main dans ses cheveux.

- Quoi ? Mais pourquoi ?

Steve eut un petit rire et elle remarqua avec un pincement au cœur la lueur de désespoir dans ses yeux clairs.

- Parce que j'ai aussi appris que Kazuya Mishima était mon père… »

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Dim sum : ensemble de petits mets (ravioles, bouchées vapeur, soupes sucrées, pâtisseries…)

Congee : bouillie de riz

Baozi : petits pains fourrés et cuits à la vapeur

Dousha bao : baozi fouré à la purée de haricots rouges sucrée