Retirant sa lame d'un coups sec, le mort-vivant regarda celui qui fut autrefois le plus puissant des rois tomber en cendre sous ses yeux. La dernière chose qu'il vit briller dans ces yeux fut une lueur de gratitude, avant que les prunelles ne se dispersent en poussière grisâtre, de même que l'espadon désormais dépouillé de son feu auparavant éblouissant. Il ne restait plus rien de Gwen, le seigneur des Cendres, si ce n'est son âme. Une flamme claire et haute, d'une puissance sans pareille. La tenant dans sa main durant un bref instant, avec un soupçon de respect, puis la rangea dans son sac sans fond. Son regard tomba alors sur les braises. La première flamme, celle qui fut source de toute vie. Il se sentait si las…. L'épée planté dans le tas d'os lui semblait d'un attrait irrésistible. Avec une démarche d'automate, il s'accroupit devant son lieu de repos, posant l'espadon et le bouclier qu'il avait obtenu du grand chevalier Artorias, de même que la superbe armure qu'il portait à présent. Un hommage, le plus grand sans doute, qu'il put faire à l'encontre de celui dont il avait du abréger les souffrances, corrompu par l'abysse. Repenser à cela accrut encore la sensation de lassitude, et il plaça sa paume sur la poignée de l'épée. Aussitôt, il sentit que quelque chose clochait. Le feu ne partit pas, comme habituellement, de la base de l'arme. La flamme avait commencé à dévorer sa main. La surprise anesthésiant la douleur, il vit sa paume, son bras se faire envahir par une chaleur plus grande que toute celles qu'il avait connu, avant de se répandre sur tout son corps, inondant la caverne d'un immense brasier qui surgissait de lui. Avec un éclair de lucidité, il se rappela les propos de Frampt, d'une véracité cruelle.

« Vous êtes celui destiné à succéder au seigneur Gwen. »

Ainsi c'était cela… Non pas succéder en tant que roi. Mais en tant que combustible pour la première flamme, pour alimenter l'âge du Feu et repousser encore un peu les ténèbres. Une rupture se fit soudain dans son esprit. Comme un barrage trop longtemps contenu, les souvenirs se déversèrent en lui. Il avait déjà fait cela. Maintes fois. Et autant de fois il avait tourné le dos au feu pour commencer un âge de Ténèbres. Tout ce qu'il faisait n'avait aucun sens. Il allait une fois de plus tout oublier, revenir en arrière dans le temps, retourner dans cet asile, s'en réchapper, retrouver Kaathe et Frampt, et quoi qu'il fassse, il finirait par l'un ou l'autre de ces choix. L'acceptation fit place à un autre sentiment, une colère d'une chaleur aussi puissante que celle du feu qui s'attaquait à sa chair, et dont la souffrance engendrée commençait à fendiller son esprit pourtant pratiquement inaltérable. Il devait briser ce cycle infernal. Il ne serait plus le pion d'une force supérieure quelconque ! Arrachant de son sac sa pierre d'invocation, il l'enfonça violemment dans le sol, et, avec une vitesse décuplée par la douleur, grava son signe doré. Un pari fou, sans précédent. Alors que l'incendie s'acharnait à engloutir les derniers vestiges de sa raison, il se força à rester conscient. Comme il l'avais toujours fait, comme il continuerait toujours à le faire, il garda espoir. Avec un peu de chance, son appel à l'aide serait découvert… Avec un peu de chance…. Avec un peu de chance….

Les cendres d'Andrasté. Une relique mythique, pour le moins. Mais une relique bien réelle. Un petit groupe se tenait devant l'urne contenant les restes de la grande prophétesse, après avoir lutté avec ardeur contre un culte fanatique et passé nombre d'épreuves mystiques. Le Garde des Ombres à leur tête, un Elfe aux cheveux noir de haute stature revêtu d'une massive armure d'argent, se pencha vers l'Urne dorée, un air pensif sur son visage tatoué de motifs serpentins.

- Jamais je n'aurais rêvé ne serait-ce que de poser les yeux sur l'Urne aux Cendres Sacrées… Je… Je n'ai pas de mots pour m'exprimer… Murmura Leliana avec une profonde révérence.

- Je ne pensais pas que quiconque puisse réussir à retrouver le lieu du dernier repos d'Andrasté… Mais ici… Elle est ici. Acheva Alistair, saisi par le respect.

- Je suis impressionnée. Vraiment. Ironisa Morrigan à contrepoint de deux précédents, s'attirant un regard noir de la barde.

Le Garde des Ombres préleva une poignée de cendre, et les plaça dans une petite bourse qu'il accrocha à sa ceinture. Il avait récupéré ce qu'il fallait pour soigner le Iarl Aemon. Il pouvait maintenant partir. Son regard fut cependant attiré par autre chose. Tout absorbé par la contemplation des cendres, il ne l'avait pas remarqué au premier regard. Une marque dorée. Situé légèrement à gauche de l'Urne, une série de rune gravées, scintillant d'une douce lumière jaune.

- Attendez… Le héla Alistair, qui venait de suivre le regard de son chef. Je suis persuadé que ceci n'était pas présent il y a quelques instants encore. »

N'écoutant pas l'avertissement de son compagnon, l'elfe effleura la marque. Une vison s'imposa brutalement dans son esprit : Un homme aux cheveux et aux yeux de feu revêtu d'une armure argent abîmée, un espadon lumineux et une immense bouclier en main. Sans bien avoir conscience de ce qu'il faisait, il appela cet être à lui. De toute ses forces.

Une puissante attraction commença à distordre mon âme. J'étais invoqué. J'allais m'en sortir. Mais pourtant, je ne venais pas. Pourquoi ? Répétais-je en mon for intérieur alors que le feu noircissait consumait ma chair. Pourquoi, pourquoi, pourquoi…. La Première Flamme. Le Kiln retenait son combustible. L'évidence s'imposa alors. Il lui fallait un substitut. À tâtons, je pris dans ma boîte sans fond la dernière chose que j'y avais déposé. L'âme de Gwen. Le plus puissant rejeton du Feu primordial. Avec un craquement, celui de l'os qui s'effritait sous la chaleur, je jette la lumière dans le feu. Une explosion infernale, une attraction terrible. Tout sombra dans les ténèbres.

Le sommeil est une chose à laquelle on perd très vite goût en Lordran. L'unique forme de repos alloué à celui qui ne désirait pas mourir était une veille près d'un feu, assez légère pour en sortir dès que le feu s'éteignait. Dès qu'un Spectre Sombre vous envahissait. Par conséquent, je crus me réveiller de l'habituelle mort, mais la lucidité qui éclairait mon esprit me rassura sur le fait que j'étais encore humain. Le Feu. J'avais réussi à échapper aux flammes. On m'avait invoqué. Le soulagement monta avec une puissance inattendue, et j'ouvris les yeux. Un choc incroyable, plus violent que tout ce que j'aurais pu imaginer. Les étoiles. Pour la première fois depuis un temps impossible à imaginer, je revoyais la lumière des étoiles. Le scintillement des diamants nocturnes, dans un ciel d'un bleu profond. Une seconde chose me frappa, ce fut que je n'avais plus mon armure sur moi. J'étais habillé d'une tunique et d'un pantalon de tissu, tout deux étonnamment propre. Mon équipement, je le vis en regardant discrètement à ma droite, bien empilé et rangé. Je n'étais donc pas tombé entre des mains inamicales, apparemment. Mais ou étais-je donc ? Nulle part en Lordran, la lumière des étoiles ne brillait. Je tournait légèrement la tête, et vit une jeune femme aux cheveux roux, assise à mes côtés, qui réagit au moment même ou je bougeais. Humaine, ce qui me détendit légèrement.

« Ne bougez pas. Me dit-elle avec gentillesse. Vous guérissez tout juste de très graves brûlures, et avez de la chance de ne pas être mort. Le Créateur doit veiller sur vous.

Le créateur ? Au vu du respect qu'elle a mis dans ce mot, ce doit être le possesseur d'une âme de seigneur. Gwen peut-être ? Jamais je n'ai cependant jamais entendu un des porteurs des âmes de seigneurs être appelé ainsi. Je me redresse sur mes coudes, et regarde autour de moi. Je suis… Dans une clairière, avec un feu, et plusieurs tentes de tissu. Trois personnes sont réunis près d'un feu, avec un chien. Je sens une sorte… De connexion pour l'un d'eux. Ce doit être celui qui m'a invoqué.

- Comment vous sentez vous ?

La question me prend au dépourvu. Personne ne se préoccupait de l'état d'un autre à Lordran, c'était un règle d'or. A moins d'être un des Garde de la Princesse, un de ceux offrant assistance au nom de la princesse Gwenevere, ou bien un Chevalier Solaire... Je remue les lèvres, et finit par parvenir à articuler péniblement. J'ai… Si peu parlé depuis longtemps. C'est devenu un effort.

- J… Je v.. Vais bien.

- Ne vous poussez pas trop. Vous avez dormis pendant une journée entière, le temps qu'on vous amène au camps.

Une journée ? Un… cycle… de jour et de nuit ? Maintenant c'est certain, je ne suis plus à Lordran… Mais où alors suis-je ? Je me rends compte alors qu'elle m'a posé une question. Mon nom… Je lui réponds, avec plus d'aisance cette fois.

- Je… suis Sirion, Che... Chevalier solaire.

- Solaire ? Que signifie….

Un bruit de pas. Deux personnes s'approchent. Je me relève complètement, et sent que mes membres ont gardé leur force. Parfait. Deux hommes se tiennent en face de moi. Le premier, en retrait, porte une armure de plate et de cuir, une épée longue et un bouclier rond dans son dos. Ses cheveux brun-roux court et sa barbe à peine esquissée n'attirent pas mon regard, davantage ses yeux. Il ne semble pas être le chef, et je reporte mon attention vers celui qui m'a invoqué. La massive armure d'argent qu'il porte me rappela celle des chevalier d'Anor Londo, et la comparaison me parut vite pertinente : Il semble non seulement sûr de lui, mais la lueur de détermination dans ses yeux vert ne me rappelle que trop celle de ceux qui n'ont rien à perdre. Bien que légèrement plus petit que celui qui l'accompagnait, il était de toute évidence le chef. Je me raidis légèrement. Il va falloir être très, très prudent avec lui.

- Qui es tu ? Demanda t-il d'une voix plutôt froide.

- Sirion, Chevalier Solaire. Je vous remercie de m'avoir… sauvé, en répondant à ma marque.

- Votre marque ? Ce symbole doré sur le sol ?

- Oui. Grâce à elle j'ai pu échapper à la mort. À présent, j'ai une dette envers vous. Puis je savoir qui vous êtes ? Insista Sirion,

- Je suis Thorn, Garde des Ombres.

Garde des Ombres ? A la manière dont il le prononce, il doit s'agir d'un serment auquel il appartient. La ressemblance avec le nom de Spectre Sombre m'incite à la méfiance.

- Si vous êtes un chevalier, au service de quel seigneur êtes vous ? Interrompit l'homme eux cheveux brun, visiblement peu à l'aise.

- Je n'ai pas de maître. Je ne réponds qu'à mes frères et sœurs Chevaliers Solaires. Tranchais-je fermement.

- Chevalier solaire ? Je n'ai jamais entendu parler d'un tel ordre en Férelden. Rajouta encore le même.

Férelden ? Ce doit être le nom de cette terre. Puisque je ne suis pas en Lordran, les serments que je connais n'ont sans doute pas cours. Si ils ne connaissent même pas les Chevaliers Solaires…. Alors je suis loin, très loin de Lordran. C'est… Un sentiment étrange que cela éveille en moi.

- Je ne viens pas de Férelden. Expliquais-je. J'ignorais même que cette terre exista, avant que vous ne mentionnez son nom. Je viens de Lordran, une terre qui doit se situer au-delà de l'océan.

- Vous me dites que vous venez au-delà de l'océan ? Vous vous fichez de….

- Assez Alistair ! L'interrompit Thorn avec autorité.

- Je… Oui, d'accord. Grommela le dénommé Alistair. Mais je persiste à penser que son discours est trop incroyable pour être vrai.

Le Garde des Ombres se retourne vers Alistair et commence à le rabattre. Je remarque soudain que ses oreilles sont pointues alors qu'il se déplace. Serait-il inhumain ?

- Vous dites que vous viendriez d'un autre continent. Là-bas, ont-ils connaissance du Créateur ? M'interrogea la jeune femme rousse, qui semblait accorder une très grande importance à ce sujet.

- Le seul créateur de ma connaissance est un géant qui a forgé mes meilleurs armes. Répliquais-je avec une fausse inattention, pour tester sa réaction.

- Hahahaha, quelle bonne plaisanterie ! Non, je parle du Créateur, celui ayant créé le monde et tout ce qui y vit.

Oh ? Un dieu ayant créé le monde ? D'après ce que je savais, le monde n'était qu'un brouillard de sable et de pierre informe, avant que les Seigneurs n'anéantissent les dragons et ne forment un monde ou l'homme et les dieux pouvait vivre. Je commençais à avoir confirmation que celui dont elle parlait n'était pas un des Seigneurs. Ce devait être une divinité locale.

- J'ignore complètement qui est ce « Créateur ». Jamais je n'ai entendu parler d'un tel dieu. Répondis-je avec fermeté pour lui signifier que j'étais sérieux.

- Co-Comment est ce possible ? Balbutia t-elle, confuse. La lumière du Créateur ne serait donc t-elle pas parvenu jusque là ?

- L'ambition de la Chantrie, vous voulez plutôt dire. Intervint une voix féminine narquoise.

Je me retourne avec une vivacité féline, et fait face à une autre jeune femme, celle-ci à la chevelure aile de corbeau et aux yeux jaune pâles, un bâton dans le dos. Il émane d'elle une beauté prédatrice, une sensualité dangereuse dont elle savait de toute évidence jouer.

- Morrigan, vos insultes envers la Chantrie son inopportunes.

- Au contraire, elle énoncent une vérité que vous refusez de voir. Rétorqua celle appelée Morrigan. Ce n'est pas vous qui m'intéressez, Leliana, mais cet homme.

- Et qu'es qu'une magicienne telle que vous peut voir en moi qui puisse l'intéresser ? Osais-je avec prudence.

- Beaucoup de choses, notamment la manière dont vous êtes apparu subitement, dans un lieu isolé de tout, et si je dois vous en croire à partir d'un autre continent. Si il n'y a pas de magie derrière cela, je veux bien devenir Chantriste.

Un silence de mort s'abattit sur le camps. Les regards du Garde des Ombres et son suivant, ainsi que des jeunes femmes étaient tous tournés vers moi. Je serre les dents, puis décide de dire la vérité, du moins en partie. Mieux vaut ne pas me mettre à dos mon invocateur, car je doute de pouvoir revenir sans dommage dans le brasier de la Première Flamme. Je me dirige vers la sacoche contenant mes affaires, et en retire la stéatite blanche.

- Ceci, fis-je en montrant la pierre, est un artefact qui me permet de placer une signature particulière sur le sol. Des reflets de cette marque apparaîtront ailleurs, et celui qui la touche peut m'invoquer à ses côtés, quel que soit la distance. Les Chevaliers Solaires l'utilisent pour arriver en renfort à un de leurs frères, ou à quiconque cherche de l'aide.

- Par-Pardon ? Vous plaisantez j'espère ! Vous affirmez que ce morceau de roche possède un pouvoir supérieur à celui d'un Cercle de mage ? S'étrangla Alistair.

- C'est la première chose sensée qui sort de votre bouche Alistair, j'en suis impressionnée. Persifla Morrigan.

- Oh, vous… »

Alistair s'interrompit brutalement. Un regard s'échangea entre lui et Thorn, lourd de sous-entendus. La tension devint soudain lourde de menaces, et je compris qu'une menace devait approcher. « Engeance ! » Prévint Alistair en dégainant son épée et son bouclier, tandis que le Garde des Ombres saisissait son espadon, la jeune femme nommée Leliana un arc et la magicienne son bâton. Sans prendre le temps de réfléchir, je me ruais sur mon équipement, revêtant avec une vitesse trahissant une longue expérience l'armure, les gantelets et les jambières. J'allais saisir le casque lorsqu'une flèche siffla à mes oreilles. Le feu illumina alors les créatures qui approchaient, une meute de monstres comme je n'en avais jamais vu, et le temps sembla ralentir à l'extrême alors que mon instinct de combattant analysait le champs de bataille. Il y en avait clairement de deux types différentes, l'une plus courte et trapue que l'autre, mais tous avaient la peau crayeuse, pas de lèvres, des crocs aiguisés et des yeux irradiant la malveillance. Ils étaient dix-sept. Six archers, dix combattants, un plus massif équipé de plaque qui devait être le chef. Un des archers ennemis est déjà sur le sol, une flèche en travers du crâne, un autre se transforme soudain en statue de glace sous mes yeux, et le Garde des Ombres s'avance à leur rencontre avec son compagnon, armes brandies, rejoint par… Un troisième homme. Je l'avais vu près du feu, mais il n'était pas venu avec les autres. Très grand, il était équipé de maille et d'un massif espadon, il avait la peau sombre et des muscles puissants. Plaçant le casque sur ma tête, je récupère le bouclier d'Artorias et son espadon, puis me concentre sur le chef, qui rugissait vers le ciel pour encourager ses troupes qui engageaient le combat avec les trois hommes.

Je charge. droit sur lui, et plusieurs monstres se dressent sur ma route. Le premier monstre qui s'approche de moi, masse levée, se prend mon bouclier dressé tel un mur. J'entends distinctement ses os craquer alors que je rejette sur le côté pour frapper un autre d'un puissant coups de taille, un des trapus. Mon espadon pulvérise littéralement son bouclier, le bras qui le tient, avant de continuer sa course pour le décapiter. La tête ensanglantée n'avait pas roulé sur le sol que je parais un coups de cimeterre d'un autre avec ma lame. La légèreté du coups me surpris, et je le repoussa aisément avant de le transpercer, inondant mon arme de sang pourris. Était-ce là toute leur force ? Le suivant n'eut même pas le temps de crier : Je lui brisa le genou avec le pied avant de lui démolir le crâne d'un unique coups de pommeau, inondant mon gantelet de débris de cervelles et de fluides. La voie vers le chef de meute fut soudain libre. Il me chargeait avec un rictus malsain, les eux mains serrées sur une masse de guerre de grossière facture. J'attendis le dernier moment, puis me jeta au sol. Ma roulade le prit complètement au dépourvu, et je tranchais sont jarret en me relevant, avant de faire tournoyer l'épée par la garde et de lui enfoncer dans la tête. Sans même un râle, il cessa de vivre. Dégageant ma lame, je la fis tournoyer pour enlever le sang avant de l'accrocher dans mon dos du même geste. Le combat était déjà terminé. Apparemment, mon invocateur et ses alliés n'étaient pas mauvais. Une bonne chose, puisque désormais mon sort était lié au leur.

Alistair n'avait pas peur de tant de choses. L'idée d'affronter un mage du sang, ou bien de se retrouver en tête à tête avec l'Archidémon. Se révéler un couard aux yeux de tous était l'une de ses plus grandes peurs. Il n'avait d'ailleurs, pour l'instant, jamais craint une personne seule. Mais celui qui se tenait en face d'eux, ce Sirion, lui inspirait à présent une angoisse diffuse, un malaise profond. Nul à sa connaissance ne pouvait manier à la fois un bouclier aussi massif et un espadon aussi aisément, personne ne pouvait les employer avec une désinvolture et une efficacité aussi brutale. Il regarda les engeances étalées à ses pieds. Cinq. Il avait tué cinq engeances sans aucune difficulté, dans le temps ou, à trois, ils en avaient défait six, alors qu'ils étaient des guerriers aguerris eux-même. Ça n'était… Tout simplement pas humain.

« Dites moi… Tout les… « chevaliers solaires » sont-ils aussi doués que vous ? Parce que, continua t-il en s'efforçant de prendre le ton de la plaisanterie, si c'est le cas, nous pourrions faire venir votre ordre et attendre que vous ayez nettoyé l'enclin, pendant que nous prendrions un repos bien mérité.

- Non. Je suis… Unique en mon genre.

Alistair frissonna. Le ton employé n'était ni l'orgueil, ni même une quelconque fierté. Juste une amère constatation. Le personnage lui paraissait plus nébuleux d'instant en instant, et lorsque celui-ci repris la parole, Alistair n'en revint pas.

- Quelles étaient ces créatures ?

- Par le Créateur, comment pouvez vous ignorer ce que sont les engeances ? Vous nous prenez pour des idiots ? S'indigna Alistair.

- S'il n'a jamais entendu parler non plus du Créateur, alors il se pourrait bien qu'il dise la vérité. Intervint Leliana, plus calme que son compagnon. Il est possible que par delà l'océan soient des terres que nous n'avons encore jamais vu.

Alistair se maudit intérieurement d'être encore celui qui énonçait les stupidités. Cet homme devant eux était une anomalie à tout ce qui existait. Ce n'était pas sa faute ! Il décida de faire comme si tout était normal, et commença à expliquer pour faire oublier sa maladresse.

- Les engeances vivent sous la surface de Thedas. On les dit nées des péchés des premiers hommes, après qu'ils aient voulus s'aventurer dans le domaine du Créateur. Quand ces créatures retrouvent l'un de leurs chefs, un Archidémon, elles remontent à la surface pour semer la dévastation au cours de ce qu'on appelle un Enclin. Les Gardes des Ombres, dont Thorn et moi faisons partit, sommes ceux qui combattent l'engeance. Je suppose que c'est assez clair ? Ajouta t-il d'un ton un peu cassant.

Sirion le toisa avec un regard perçant, manquant le faire reculer d'un pas, puis se tourna vers Thorn.

- Puis-je vous accompagner dans cette quête ? Demanda l'étranger à ce dernier. Je vous dois la vie, et je pense que mon aide vous sera plus qu'utile.

- Attendez, vous comptez vous joindre à nous comme ça ? Nous ne savons qu'a peine qui vous êtes ! Protesta Alistair.

- Toute aide est bonne à prendre. Sirion, vous êtes le bienvenu à nos côtés. Déclara Thorn, avec un regard à Alistair signifiant qu'il avait pris sa décision.

- Nous pourrions en profiter pour renvoyer Alistair, si ce n'est le rôle de bouffon qui deviendrait ainsi vacant. Intervint Morrigan avec une précision assassine.

- Vous n'avez qu'a retourner chez votre mère, si sa présence vous déplaît tant. » Répliqua Leliana, prenant la défense du Garde.

C'est… étrange. Nouveau, même. Je n'ai jamais eu vraiment le temps ou la possibilité de discuter longuement avec qui que ce soit, Solaire excepté, et voir ces gens parler entre eux le plus naturellement du monde me remuait étrangement. Je sent cependant poindre une certaine lassitude à les entendre jacasser sans trêve. Le silence est reposant, même si solitaire.

« Sont-ils toujours aussi agités ? Demandais-je au chef ce cette bruyante compagnie.

Le Garde des ombres me dévisagea pendant quelque seconde, puis un léger sourire fleurit sur ses lèvres.

- On peut dire ça…. »