Prologue

Cerisiers pluvieux

La pluie écrasante me trempait jusqu'aux os. Je courrais sans réellement chercher le chemin exact pour rentrer chez moi, je n'étais à l'affut que d'un abri où me réfugier le temps que la météo se calme. Les pavés mouillés tentaient de me faire perdre l'équilibre à chaque instant. Le manteau au dessus de ma tête ne me protégeait en rien, je savais que mes mèches blondes commençaient déjà à se rebeller au sommet de mon crâne, et pour mon plus grand mécontentement, à se friser. Je hurlais après Ninomiya-chan, la jolie présentatrice-météo que je prenais la peine de regarder chaque soir en pariant sur quelle coiffure elle allait arborer. J'avais même eu la chance de la rencontrer ; sa poitrine était plus grosse derrière que devant l'écran.

Je passais dans une grande allée, traversant un parc que je ne connaissais même pas ; m'étais-je perdu à ce point-là ? Les commerces semblaient déjà être fermés à une heure aussi avancée de la soirée, le ciel coulait dans des teintes violettes, bientôt bleues. Je n'y voyais pas grand-chose, l'eau tombait bien plus intensément en arrivant au bout du chemin bordé de bancs bétonnés, de poubelles remplies et de cerisiers morts. J'espérais aussi que ma mère n'essayait pas de me contacter, mon portable n'avait plus de batterie, j'avais trop utilisé internet durant la journée.

Puis, comme un miracle, un petit auvent tôlé apparu à ma gauche, je m'y réfugiais instantanément en me fracassant presque contre le fond de celui-ci. Y demeurait d'ailleurs une carte du lieu en fond, à laquelle je ne m'attardais pas franchement, trop occupé à essorer ma veste en m'accroupissant, soupirant de désespoir. Je me grattais la tête en fourrageant mes cheveux, me rapprochais doucement de la limite safe, pour explorer le ciel de mes yeux, à la recherche d'une quelconque amélioration. Qui ne vint malheureusement pas.

Ce fut après la quatrième tentative de sortir de cette prison froide et lugubre que j'abandonnai en m'asseyant à même le sol en ronchonnant, maudissant tout ce que je pouvais. Je pressais mes mains entre elles, les frottais, puis à mes épaules, dans une vaine tentative de me réchauffer. Je grelottais et pour ne pas aider, le chaud-froid que j'avais subit durant la sortie de l'entraînement intensif du collège me fit éternuer ; j'allais probablement être malade. J'enfoui mon visage dans mes bras, contre mes genoux remontés au maximum, une petite boule tremblante, moi, le mannequin.

Une soudaine chaleur me sorti de ma torpeur, je me redressais, surprit, pour constater que mes épaules étaient recouvertes d'une petite veste. Pourtant, je n'avais entendu personne s'approcher, et j'étais bien seul actuellement. A mes pieds, un long parapluie noir trônait comme une offrande. Je me levais vivement, me lançant sous la pluie diluvienne, mais elle était trop épaisse pour que je puisse distinguer une silhouette, maintenant, à bien plusieurs mètres de moi.

Dépité, je retournais dans ma petite grotte en agrippant le vêtement d'un bleu puissant avec une délicatesse qui m'était rare. J'étirais les pans des manches pour mieux cerner les inscriptions. Elle faisait parti d'un uniforme de sport, ressemblait étrangement à ceux de basket aussi. Au dos, marqué fièrement « Kaijô ». Sur l'étiquette, le nom au marqueur était à moitié effacé, seul prônait un « K ». Le parapluie à la main, je pris soudainement conscience que plus qu'un simple acte de bonté, cette personne, ce garçon, d'après la taille, venait de m'offrir l'un de ses trésors. Je ne savais pas comment je pouvais le deviner, mais j'en avais l'intime conviction.

Veste victorieuse sur le dos et protecteur noir déployé au dessus de la tête, je repris ma route en sens inverse pour rentrer à la maison, me jurant de remettre ces affaires à son propriétaire en mains propres, lorsque je serais assez digne pour les lui rendre. Lorsque je serais assez fort pour gagner son respect, comme un joueur, comme un homme. Qui qu'il soit, je voulais le connaître et devenir quelqu'un sur qui il pourrait compter.