Disclaimer : absolument rien ne m'appartient, ceci est la traduction de la fanfic 'A Rose Among the Briars' de Mercury Gray, j'ai simplement reçu son autorisation de traduire sa fic selon certaines conditions. Je vous invite fortement à aller lire la version originale si vous vous débrouillez en anglais, elle est enregistrée dans mes histoires favorites ;)

Résumé : Contraint par son père d'accepter un mariage de convenance, Boromir du Gondor doit reconsidérer sa vision de la vie conjugale et des femmes de manière générale, tandis que sa promise essaye de faire face à ses propres dilemmes. Boromir/OC. Traduction.


Le lys a une tige douce,

qui ne blessera jamais votre main

mais la rose au-dessus de sa ronce,

est la dame de la contrée.

Il y a de la douceur dans un pommier,

et du profit chez le maïs

mais la dame de toute beauté,

est une rose au-dessus d'une épine.

Lorsque avec de la mousse et du miel,

elle pointe de sa ronce courbée,

et déploie à moitié son cœur éclatant,

elle change la face du monde.

La Rose – Christina Rossetti

Chapitre 1

Aucun homme tenant un tant soit peu à la vie n'aurait osé utiliser la phrase « pris au dépourvu » pour décrire Boromir, fils de Denethor, Capitaine-Héritier de Gondor et Grand Gardien de la Tour Blanche. Même le fait de suggérer qu'un homme tel que lui, qui avait dédié sa vie entière au service de la Tour et aux choses de la guerre, puisse être pris au dépourvu était à la fois une insulte envers lui et envers la Cité qu'il servait. Mais Faramir aurait pu s'aventurer à utiliser une telle expression, juste cette fois-ci, pour décrire l'air de confusion totale qu'affichait son frère tandis que la dernière missive de leur père était lue à voix haute devant lui.

« Il désire quoi ? » demanda Boromir, à moitié exaspéré et totalement en colère.

Faramir parcourut la lettre pour retrouver le passage approprié, l'ayant perdu de vue pour regarder son frère et jauger sa réaction.

« L'Intendant désire … que le Grand Gardien revienne en ces lieux avec la vitesse et la diligence requises pour … discuter d'affaires d'état de la plus haute importance … ainsi que de son engagement imminent » répéta-t-il, levant la tête vers son frère, à la recherche du moindre indice suggérant de jeter cette lettre au loin et de chercher un endroit où se cacher de sa colère non-négligeable.

« Mon engagement imminent ? » répéta le fils aîné de Denethor.

« Oui, il me semble avoir déjà lu cette phrase deux fois à présent », s'aventura Faramir, s'attirant un regard noir de la part de son frère.

« J'espère que notre père a prévu de me dire quand il fut décidé que je devais me fiancer, car vraiment, il ne m'a jamais parlé de cette joyeuse proposition ! » rugit Boromir, abattant son poing sur son bureau parsemé de documents, faisant s'élever légèrement l'amas de cartes, de rapports d'éclaireurs et de listes de fournitures, certains morceaux rétifs tombant au sol à cause du souffle d'air dégagé. « Je n'ai pas le temps pour de telles frivolités, Faramir ! Peut-être que Père devient un peu moins éclairé de notre situation ici à Osgiliath, pour qu'il se mette à penser que je dispose d'assez de temps pour rentrer et jouer à l'amant avec quelque noble dame. »

« Peut-être que Père devient de plus en plus concerné par ton éternel célibat et désire un petit-enfant pour assurer la continuité de sa lignée. » suggéra légèrement son frère. « Il parle de tes fiançailles, pour moi cela signifie que le calendrier d'une telle chose n'est pas encore décidé. Mais, » Faramir s'interrompit, levant un doigt pour empêcher la critique de son frère, « il désire également ton retour suite à son ordre, ce qui je pense signifie qu'il n'a pas encore décidé le quand, mais plutôt le qui, et qu'il souhaite que tu la rencontres instamment. »

« Il m'avait semblé que l'amour ne se pliait pas à un programme » répondit âcrement le Capitaine-Héritier, soulevant juste l'esquisse d'un sourire sur le visage de son frère.

« L'amour suivra un programme avec Père, il n'y a aucun doute là-dessus. Il le commandera et l'obtiendra, peu importe le désir des deux parties concernées, » jugea Faramir, « et quoi qu'il arrive, cette union aura lieu, que l'amour décide de s'y mêler ou non. »

Son frère rit sèchement, et retourna à sa paperasse, mettant de côté la lettre et son contenu laissés sans réponse.


Mais Boromir du Gondor n'était pas le seul à se lever tôt ce matin-là pour lire des lettres provenant de loin. En bas des cimes pointues de l'Ered Nimrais (1), presque un demi-monde plus loin, où l'Ombre était encore une pensée distante, et où les préoccupations de la Terre du Milieu n'occupaient pas encore pleinement les esprits, une autre personne recevait une autre lettre pleine de nouvelles indésirables.

Dans un château près de la mer, bien moins grand que la Tour de Garde dans toute sa splendeur d'albâtre, la femme de chambre Maireth d'Anfalas s'affairait à préparer un plateau petit-déjeuner pour sa maîtresse, la dame du château, fredonnant tandis qu'elle ouvrait grand la porte, faisant s'éveiller la jeune femme allongée dans son lit.

« Debout ma dame, le soleil est levé et il est temps pour les petites dames de se lever également. » annonça-t-elle, prête à réveiller la bosse ensommeillée cachée sous les couvertures dans le large lit à baldaquins.

« J'aimerais que tu arrêtes de m'appeler 'petite', Maireth, je suis plus grande que toi de deux têtes depuis des années » répondit malicieusement une voix de jeune femme depuis un siège près de la fenêtre, grande ouverte pour permettre à la lumière matinale méridionale d'entrer le plus possible.

Maireth sursauta lorsque la voix de sa maîtresse provint de la chaise, réalisant que l'amas de couvertures qu'elle avait prit pour sa maîtresse était tout simplement un amas de couvertures. Elle secoua la tête et se mit à faire le lit, déposant le petit-déjeuner qu'elle portait sur un bureau.

« Vous ne devriez pas m'effrayer de la sorte, Rhoswen, je ne suis plus aussi jeune qu'avant. Et vous ne devriez pas être réveillée aussi tôt, l'aube n'est passée que de deux heures, et ... » elle parcourut avec expertise les draps du lit « ces draps sont froids comme si personne n'avait dormi dedans. »

« Je devais répondre à du courrier, et je ne pense pas avoir le temps pour cela plus tard » expliqua la jeune femme, souriant devant le regard peu subtil de mécontentement de sa domestique alors qu'elle la regardait, et se tourna vers ses lettres. « Et le feu a besoin d'être entretenu. » ajouta-t-elle, comme si un problème tel que le feu pouvait repousser sa raison assez futile de susciter aussi tôt le mécontentement de Maireth.

Mais cette nouvelle ne fit que froncer les sourcils de cette dernière plus intensément. « Sulwen aurait du s'occuper de cela ! Je ne manquerai pas de donner une tape à cette jeune fille la prochaine fois que je la verrai ! »

« Le seul crime de Sulwen tient du fait que nous manquions de serviteurs à table hier soir et qu'elle ait été requise jusque tard dans la soirée. Elle n'est pas habituée à dormir aussi peu. Elle est déjà venue présenter ses excuses, Maireth, que j'ai acceptées de bonne grâce. La faute n'est pas si grave. »

Maireth se renfrogna, et continua son chemin en grommelant à propos du manque de main d'œuvre et du fait qu'il y avait beaucoup à faire dans le château. Rhoswen retourna son attention vers les lettres et secoua la tête. Elle lut dans le silence de la fraîche matinée jusqu'à ce que la porte s'ouvre à nouveau, faisant place à une servante plutôt débraillée et fatiguée, sa livrée bleu-gris froissée comme si on avait dormi dedans.

« Je vous demande pardon, ma dame, Maireth me renvoie à nouveau pour m'occuper de votre feu. » dit-elle aussi silencieusement qu'elle pouvait, traînant pratiquement derrière elle un lourd seau métallique contenant du bois.

« Maireth aurais du te laisser tranquille, le feu se porte bien, » répondit Rhoswen, cachant à moitié son exaspération, se détournant de sa lettre pour regarder la jeune fille déposer une bûche dans le feu avec une lourde paire de pinces. « Laisse le reste, il ne fait pas si froid que cela. »

Elle jeta un coup d'œil économe à l'âtre et son esprit se rappela la colonne dans les comptes de la maison où les notes pour ce genre de choses étaient estimées. Il ne fait pas assez froid pour que je sois imprudente avec le bois, pensa-t-elle, c'est tellement cher. Et Père louant une maison dans la cité n'a pas non plus été clément envers nos coffres.

« Ma dame va attraper la mort en restant assise ici dans sa chemise de nuit ! » dit scrupuleusement Sulwen, mais fit néanmoins ce qui lui était demandé et s'éloigna du feu, le laissant petit mais crépitant joyeusement. Elle la regarda comme si elle savait qu'elle devait prendre congé mais souhaitait quand même rester, et attrapa un chiffon dépassant de sa poche comme si elle voulait depuis le début épousseter les quelques meubles de la pièce.

« Qui vous écrit, ma dame ? » demanda-t-elle tandis que son chiffon parcourait la surface polie d'un fauteuil en bois flotté, appuyant les bords du chiffon le long des nombreux coins et recoins du fauteuil.

« Oh, celle-ci provient de mon père, » répondit Rhoswen. « Il m'écrit depuis Minas Tirith. Tu vois à quel point le dos est devenu infecte ? » lui demanda-t-elle, levant la lettre pour que Sulwen puisse voir que la page extérieure de la lettre portait de nombreuses empreintes de pouces sales.

« Et il se porte bien, le Seigneur Golasgil ? » continua Sulwen.

Si Rhoswen trouvait cette conversation étrange, elle n'en fit pas mention. Peut-être que comme sa servante, elle cherchait seulement quelqu'un à qui parler.

« Cette lettre date d'il y a trois semaines, j'ose espérer qu'il se porte toujours aussi bien. Il écrit – a écrit – que tout va bien et qu'il est heureux à Minas Tirith, et que son audience avec le Seigneur Intendant a été très chaleureuse. Il dit aussi qu'il est confiant et que ses affaires avec ce dernier devraient se dérouler comme il l'avait prévu. » Rhoswen posa sur le côté la première lettre et ramassa la suivante.

« Celle-ci est la suivante, elle date seulement d'il y a deux semaines ! Elles ont du se distancer l'une et l'autre sur la route ! »

Sulwen acquiesça et retourna à son dépoussiérage jusqu'à ce que Rhoswen inspire vivement, comme si quelque chose dans la lettre l'effrayait.

« Ma dame ? Quelque chose vous préoccupe ? De mauvaises nouvelles de Minas Tirith ? »

Pendant quelques instants la dame demeura silencieuse. « Non » répondit Rhoswen, sa voix asséchée. « Non, seulement la meilleure nouvelle qui puisse être, » ajouta-t-elle, bien qu'elle n'en paraisse pas très convaincue. « Je vais me marier, » dit-elle finalement, se levant de sa chaise pour s'approcher de la fenêtre, regardant la mer par-delà les murs du château. L'idée semblait la faire souffrir.

« Ma dame, c'est merveilleux ! » répondit joyeusement Sulwen, espérant secrètement que son propre père se hâte et la laisse se marier. « Est-ce un Seigneur de l'Est ? Ou alors un des hommes du Rohan. Peut-être allez-vous participer à un traité et partir vivre chez les Rohirrim ! Oh, ma dame, cela serait merveilleux, et ils pourraient écrire des chansons sur vous ! »

A la fenêtre, Rhoswen sourit tristement, heureuse que Sulwen ne puisse la voir pleurer. Parfois le bonheur simple de la servante était une bénédiction.

« Il ne dit pas à qui je dois être mariée, seulement que je dois me rendre à la cité pour rencontrer … mon promis, et prendre conseil avec mon père. »

Un toussotement sévère s'éleva de la porte, et les deux jeunes femmes se tournèrent pour faire face à Maireth, la vieille femme de chambre lançant un regard désapprobateur à la jeune servante se tenant devant l'âtre.

« Sulwen, tu as du travail qui t'attend ailleurs. Occupe-t-en, et laisse la dame à ses affaires, » dit-elle sèchement.

Sulwen baissa la tête, rangeant son chiffon, et quitta rapidement la pièce, n'osant pas croiser le regard de Maireth.

Rhoswen soupira. « Je suppose que tu as tout entendu. » dit-elle simplement, se retournant vers la fenêtre.

« J'ai pris soin de vous depuis que vous êtes assez grande pour tenir dans le creux d'un seul bras. Vous ne pourriez me dissimuler une conversation même si vous le souhaitiez, » déclara Maireth. « Pourquoi cette nouvelle vous vexe-t-elle tant ? »

« Je n'ai aucun désir de quitter Anfalas et la mer, » répondit la dame. « J'ai toujours souhaité épouser un homme d'un fief côtier, dont je connaisse les coutumes et les habitants. »

« Vous avez un devoir, ma dame, » rappela Maireth. « Envers votre père, et votre maison. »

« Oh, j'ai toujours su qu'elle était mon devoir, » affirma Rhoswen. « J'espérais seulement qu'il ne m'entraînerai pas si loin des endroits que j'aime. Ils n'ont aucune vue de la mer, à l'Est. Je ne sentirai pas le vent salé là-bas, ni n'entendrai les mouettes. »

« Lors d'un mariage, vous laissez votre enfance derrière vous. Mieux vaut laisser également les lieux de votre enfance. Vous allez vous rendre à Minas Tirith, la Cité des Rois, la Splendeur Méridionale ! » dit fermement la femme de chambre, essayant de son mieux d'être convaincante.

Mais il semblait que Rhoswen ne puisse être convaincue.

« Le Gondor n'a plus de Roi depuis une éternité, Maireth. Je me rends dans une cité en guerre, où on me dit que personne ne connaît la joie. »

« Dans ce cas apportez la vôtre, ma dame, et éclairez les endroits sombres, » conseilla la vieille femme. « Peut-être trouverez-vous du réconfort en votre mari. On dit que le sang de Númenor est plus fort là-bas, les hommes plus grands et beaux à regarder. »

Rhoswen acquiesça, murmurant son approbation. « J'ai fini mes lettres, » annonça-t-elle, s'éloignant de la fenêtre. « Fais venir un page, et envoie-le à mon frère pour lui dire que la Dame sa sœur désire lui parler. Et dis-lui aussi d'amener une carte, » ajouta-t-elle tristement. « Il me faut préparer mon voyage vers la Tour de Garde ».


Boromir regarda tendrement les murs blancs et clairs de la Maison du Roi et de la Tour d'Ecthelion, une part de lui heureuse d'être de retour, même si c'était pour une affaire aussi malheureuse que celle-ci. Un jour tout ceci sera mien, pensa-t-il, montant les épaisses marches blanches menant à l'intérieur de la Maison du Roi. A moi et à ma famille, ajouta-t-il sombrement, n'oublions pas la raison pour laquelle je suis ici.

Les couloirs de la Maison du Roi étaient silencieux, les pas des serviteurs produisant seulement un doux balayage à la surface des sols en marbre. Les lourdes bottes de Boromir, si bien pensées pour grimper jusqu'aux remparts et défoncer le corps d'orques envahisseurs, sonnaient lourdement dans ce silence. Si personne ne savait encore que le Capitaine-Héritier revenait de Osgiliath, cela ne resterait pas le cas très longtemps.

Il s'apprêtait à toquer à la lourde porte s'ouvrant sur le côté de la salle lorsque quelqu'un derrière lui racla sa gorge. « Mon Seigneur Boromir, je vois que vous nous revenez vivant et entier, » dit une voix soyeuse, cultivée par-derrière Boromir dans la salle.

« Ma Dame Serawen, » répondit-il.

S'éloignant de la porte en reconnaissant la voix de la fille du Gardien des Clés, il fit tourner les lourds talons de ses bottes pour faire face à la belle courtisane (2) lui ayant adressé la parole.

« La rumeur m'ayant été parvenue suggère que vous nous revenez pour célébrer une heureuse nouvelle, » dit la dame, gardant un ton suffisamment mystérieux pour l'intriguer sur ce qu'elle avait à lui dire, une compétence bien à elle que Boromir n'avait jamais vue reproduite ailleurs. « Des fiançailles, disent certains. »

« Avez-vous des espions dans la Maison de Denethor pour que nos secrets et plans vous soient connus ? » demanda Boromir, ne pouvant s'empêcher de sourire légèrement face à l'air satisfait et acerbe de Serawen.

« Mon père est le Gardien des Clés, il est de mon devoir de savoir ce qu'il se passe dans la Maison qu'il garde, » répondit simplement la dame. « C'est donc vrai. Et je gage que l'on ne vous a pas encore dévoilé son nom, » dit-elle, observant son visage et y trouvant rapidement les réponses qu'elle y cherchait. « Quel dommage. Si cela avait été le cas, j'aurai pu vous parler d'elle. »

« N'êtes-vous pas vous-même fiancée, Dame Serawen ? » demanda Boromir, sa voix légèrement brusque, afin de lui faire comprendre qu'il ne se passerait rien avec elle.

Son intention d'épouser le Capitaine-Héritier n'était pas récente, et lui, ainsi que chaque homme de la cité, en était conscient. Cela n'aurait pas été un mauvais parti, car elle était d'une grande beauté et lui renommé, et il l'avait certainement suffisamment désirée quand il était le temps pour ce genre de choses.

Elle était magnifique, et reconnue comme telle par beaucoup gracieuse et aux traits fins, avec une dense chevelure de la couleur du premier miel de la saison quand le soleil l'éclairait. Mais sa beauté dissimulait un autre aspect de sa personnalité bien moins agréable. Elle était une créature politique, d'abord et avant tout, une femme élevée au milieu des conseillers de l'Intendant, tout à fait à l'aise parmi les complots et les intrigues. Bien qu'elle ait souvent prétendu l'aimer, quelque chose dans le cœur de Boromir se glaçait lorsqu'elle parlait de telles choses. La partie magistrale en lui, impitoyable et froide, se ravissait de la façon dont elle commandait silencieusement les hommes et les femmes l'entourant, mais jamais il ne pouvait envisager de l'épouser. Je plains l'homme qui s'attache lui-même cette chaîne, il ne sera jamais son propre maître après avoir emmené ça dans son lit, songea Boromir. Il garda une attitude impassible, l'observant simplement, se demandant ce qu'elle allait répondre.

Serawen balaya ses mots avec un regard dédaigneux.

« Il est le maître de quelque petit endroit, Pinnath Gelin, ou quelque autre fief près de la mer. J'ose espérer ne pas avoir à y vivre une fois mariés. »

C'est un signe de sa propre fierté et ambition qu'elle dédaigne aussi facilement nos provinces, nota Boromir.

« Non, je lui ferai m'acheter une maison, ici dans la cité, pour me divertir. Loin de ses manières de provincial et à l'abri dans les bras de la cité. » Elle se rapprocha de lui, s'élevant sur ses pieds et s'appuyant d'une légère pression sur son bras pour approcher ses lèvres de son oreille, proche et séductrice. « Peut-être, mon seigneur, lorsque vous serez marié, réaliserez-vous que vous avez besoin d'une maîtresse en plus d'une femme, » suggéra-t-elle doucement, son souffle si chaud contre sa peau que Boromir pensa qu'elle allait l'embrasser au milieu du couloir.

« Vous auriez dû vous nommer Corunwen, ma dame, vous êtes bien trop rusée pour porter un tel prénom. » (3) répondit Boromir, essayant de maintenir le niveau de sa voix. Cela faisait des mois qu'il n'avait pas connu le toucher d'une femme.

Elle rit faiblement, le faisant frissonner. « Réfléchissez-y, » dit-elle, redescendant de son perchoir en entendant des bruits de pas les rejoignant dans la salle.

« Ma Dame Serawen. » La voix de Faramir résonna sévèrement dans le corridor, étrangement forte en comparaison du murmure que Boromir venait de saisir. Il avait évidemment fini de s'occuper des chevaux à l'écurie, et était venu rejoindre son frère pour écouter ce que leur père avait à dire.

« Mon Seigneur Faramir, » répondit Serawen, faisant une légère révérence au plus jeune fils de Denethor dans son style bien à elle.

Boromir fut impressionné l'espace d'un instant par la vitesse avec laquelle elle avait réussi à se déplacer si loin de lui en si peu de temps, on aurait pu difficilement croire qu'elle était en train de suggérer des choses déplacées à l'oreille du Capitaine-Héritier quelques minutes plus tôt.

« Je souhaitais bonne chance à votre frère et le félicitait pour son retour sain et sauf. »

« Vous devriez plutôt lui accorder vos vœux en priant pour la cité, » la pria froidement Faramir, rivant ses yeux dans les siens. « Ils feront plus de bien de cette manière. »

Serawen acquiesça, un air ignoblement obséquieux sur le visage, alors qu'elle faisait une nouvelle révérence avant de partir.

« Dis-moi que tu n'as pas écouté ce serpent, » dit silencieusement mais fermement Faramir, alors que Serawen franchissait un tournant et disparaissait de leur vue.

« Tu l'appelles serpent ? » demanda Boromir, intrigué par la raison ayant ainsi énervé son frère.

« Elle sème la haine et crache du poison. Chaque mensonge et rumeur qu'elle fabrique et répand n'a qu'un seul but, un seul objectif, le pouvoir. Elle te blessera si cela aidera sa progression, et je crois sincèrement qu'elle vendrait son âme à Sauron si cela pouvait lui permettre de porter une couronne, » se renfrogna Faramir. « Même si elle était faite de fer et sertie de têtes de mort. Prends garde à elle, mon frère. Elle est maléfique. »

« La plupart des femmes le sont, » répondit cyniquement Boromir tandis que les portes de la salle s'ouvraient devant eux et que leurs noms étaient annoncés.

Faramir renifla « Et Père se demande pourquoi tu n'as jamais choisi de te marier, » murmura-t-il, suivant son frère dans le silence austère de la salle de marbre noir et blanc.

Leur père était assis à la table du conseil avec ses conseillers, mais il se leva lorsque Boromir s'approcha, s'éloignant de la table, les bras grand ouverts.

« Mon fils est de retour ! » dit joyeusement Denethor, attirant son fils dans une forte accolade, claquant ses bras dans son dos. « Nous avons cependant des capitaines faisant passer leurs devoirs avant leur propre bonheur ! Le conseil est terminé pour ce matin, » dit-il nonchalamment en direction du reste de la table, permettant au reste des seigneurs rassemblés de se lever et de prendre congé. « Mon fils et moi devons discuter de choses importantes. »

« Père, j'ai également ramené Fara ... » commença Boromir, mais sa voix s'estompa lorsqu'il vit le regard que jeta son père à son frère. Les yeux de Denethor s'assombrirent, et un air renfrogné apparut sur son visage.

« Je vois donc que tu as jugé bon de revenir également, » dit dédaigneusement l'Intendant, son front empêchant Faramir de s'approcher plus près. Le plus jeune frère resta en retrait derrière son aîné, son attitude se voulant subordonnée tandis que son frère lui servait de bouclier si la colère de Denethor venait à éclater. Et cette dernière s'était vue renforcée ces derniers mois, les deux frères étant bien en peine de l'expliquer.

« Qui commande si mes deux fils sont ici ? »

« Fuithon dirige la garnison de Osgiliath et Madril celle en Ithilien, » le renseigna Faramir. « Notre absence de un ou deux jours ne causera aucun mal. Ce sont deux commandants compétents, et les hommes leurs font confiance. »

Denethor se renfrogna davantage, mais au moins il ne dit plus rien à propos de Faramir.

« Ton frère aura certainement besoin de se reposer une fois notre discussion terminée, » répondit-il, détournant le regard de son plus jeune fils. « Va faire en sorte que vos chambres soient prêtes. »

Faramir échangea un regard avec son frère, s'inclinant en quittant la pièce, partant aussi silencieusement et respectueusement qu'il était entré. Denethor ne lui prêta pas attention, se tournant entièrement vers son aîné, l'Intendant se rasseyant sur son siège, disposant ses robes autour des accoudoirs du simulacre de trône.

« Alors, que penses-tu de notre plan, mon fils ? Je suis satisfait que mes négociations se soient déroulées telles que je l'espérais. »

« Père, c'est de la folie ! » répondit brutalement Boromir, peu importuné par le fait qu'un domestique puisse l'entendre. « S'il faut marier quelqu'un, que ce soit Faramir. Je n'ai pas le temps pour cela. »

« Faramir est-il mon aîné ? » demanda sèchement Denethor. « Faramir est-il mon héritier ? Laisse-le s'occuper de tes devoirs pour que tu puisses trouver le temps. Et tout est déjà décidé et arrangé. Elle est très belle, ta promise, et sera bien pour toi, je pense. Son père me dit que c'est une jeune fille docile. Venant des provinces, je ne vais pas t'ennuyer avec ce genre de détails. »

« Jeune fille, père ? » demanda Boromir, n'appréciant pas le sens de ces deux mots. « Dites-moi que vous n'êtes pas allé voler un berceau pour trouver cette future épouse. »

« Dix-neuf ans, pas si jeune que cela, » répondit légèrement Denethor, chassant au loin l'inquiétude de son fils. « Je pensais que peut-être plus jeune encore serait mieux, n'oublions pas le but de cette union. Sa mère a donné le jour à quatre jeunes et forts garçons, de robustes bonhommes, de toute évidence, et ils ont moins de vieux sang que nous ! »

C'est donc bien un nouvel héritier qu'il désire, pensa Boromir. « Et pourquoi une telle femme ne pouvait-elle pas être trouvée parmi les nobles de la cité ? Pourquoi doit-elle venir ici ? » poursuivit-il, essayant de deviner ce que son père manigançait.

« Y a-t-il des dames de la Cité prêtes à suivre leur mari ? » demanda Denethor en riant sinistrement à sa propre blague. « Mieux vaille qu'elle provienne des provinces extérieures, où elles sont encore élevées obéissantes et dociles. Si elle donne peu de résultats, cela sera plus facile de la renvoyer, » suggéra-t-il à son fils, chaque note de sa voix parlant de choses avec lesquelles Boromir n'avait pas envie d'être mêlé.

« Pourquoi maintenant, Père ? N'avons-nous pas de problèmes plus urgents que mon mariage ? » dit-il en essayant de ramener son père vers des inquiétudes qu'il pouvait comprendre.

Denethor tourna un regard sombre vers son fils. « Tu ne rajeunis pas mon fils, moi non plus, et l'Ennemi devient plus fort. C'est simplement une mesure de précaution envers ma lignée, ta lignée. Un enfant pourrait être éloigné, promettant de revenir, comme Valandil avec Isildur … » répondit Denethor, sa voix s'estompant, perdu dans ses pensées, et durant un instant son regard semblait suggérer à Boromir que l'Intendant se voyait comme le roi, un autre Elendil, se battant pour la préservation de son territoire. « Allons, allons, cela ne sera pas si difficile, » rétorqua-t-il brusquement, remarquant évidemment le manque d'enthousiasme de son fils pour son plan. « Depuis quand est-il devenu compliqué de chauffer le lit d'une dame ? » demanda-t-il sèchement.

Ne voyant pas d'autre alternative, Boromir acquiesça simplement. Satisfait, Denethor retourna à sa table, faisant résonner un petit gong d'argent, demandant qu'on lui apporte son repas.

« Resteras-tu pour le déjeuner, ou as-tu d'autres choses plus importantes à voir avec ton frère ? » demanda-t-il, observant les serviteurs s'avancer avec les plateaux couverts, dévoilant à leur maître les délices cachés à l'intérieur. L'estomac de Boromir lui rappela que tout ce qu'il avait mangé en guise de petit-déjeuner étaient quelques simples biscuits et un peu de vin, et voir tant de plats fins l'énerva, en pensant aux garnisons en Ithilien ayant le droit à du cheval salé et des pommes flétries pour leur déjeuner.

« Je dois retourner à Osgiliath dès que je le peux, comme Faramir l'a déjà dit. Je dînerai dans mes quartiers … et repartirai au matin, » dit-il résolument.

Denethor regarda tendrement son aîné puis retourna à son repas, assurant à Boromir qu'il pouvait prendre congé.

« Je ne suis pas Isildur, » marmonna Boromir, la référence de son père au destin tragique du roi d'Arnor résonnant de façon inquiétante dans son esprit. « Et mon fils ne sera pas un Rôdeur. »


(1) montagnes délimitant le Gondor, encore nommées Montagnes Blanches.

(2) ne pas oublier que le sens étymologique de courtisane veut dire 'dame de la cour' ;)

(3) en Sindarin, 'Corunwen' signifie 'jeune femme rusée'