« Mon bon vieux Steve, dans quel pétrin t'es tu encore fourré ? »

Là était effectivement toute la question. Planté devant la porte de son appartement, sa nouvelle protégée endormie dans ses bras, l'homme connu sous le nom de Captain America ne pu s'empêcher de laisser échapper un léger soupire. Précautionneusement, il dégagea un de ses bras pour aller saisir ses clés dans la poche arrière de son pantalon, ouvrant la porte d'un geste vif. Il traversa rapidement l'espace silencieux qui lui servait de domicile et entra dans sa chambre. Avec une infinie délicatesse, comme par peur de la briser, le super soldat déposa la famélique jeune femme enveloppée dans son blouson sur le lit. Il rabbatit la couverture sur elle, veillant à ce qu'elle ne risque pas d'avoir froid. La simple sensation du poids de l'épais tissu à carreaux sur son corps malmené fit très légèrement réagir la demoiselle, faisant se figer le captain dans l'instant. Il ne pu s'empêcher de retenir son souffle, scrutant son visage, inquiet à l'idée de l'avoir blessée d'une quelconque manière. Mais il n'en était rien. Elle retomba dans un immobilisme total, seul le subtil mouvement de sa respiration trahissant la vie parcourant péniblement son être.

Steve se redressa lentement et quitta la pièce à pas de loups, refermant en partie la porte derrière lui afin d'offrir un peu de calme à sa protégée sans pour autant perdre totalement le contact. Finalement, le blond se laisser lourdement tomber contre le mur adjacent, balayant de son regard azur son salon, quelque peu perdu. Il laissa échapper un profond soupire tout en passant une main dans ses cheveux courts.

Voilà. Elle était en lieu sur. Son objectif était atteint.

Et maintenant ?

« Maintenant, Steve, maintenant il faut que tu réfléchisses un peu, sur le plus long terme. Parce que c'est bien joli d'avoir joué les preux chevaliers, mais sans plan tu vas droit dans le mur… Et le Shield ne va certainement pas tardé… »

Le Shield… Effectivement, après son coup d'éclat, il aurait été étonnant qu'ils le laissent tranquille. Il leur avait dérobé un de leurs pions, et cela, sans grande discrétion. Plutôt en fanfare d'ailleurs. Mais qu'est ce qu'il lui était passé par la tête ! Quand il l'avait vue, prisonnière dans cette pièce aux allures d'hôpital, attachée à un lit et sédatée par voie intraveineuse, son sang n'avait fait qu'un tour. Le Shield se vantait de l'avoir sauvée d'Hydra, une réussite d'après Fury. Cependant ils la traitaient exactement de la même manière. Il n'avait simplement pas pu la laisser endurer cela une minute de plus…

Et moins d'une heure plus tard, voilà où ils en étaient. Elle, endormie… droguée, plutôt, dans sa chambre. Et lui, adossé à son mur, en train d'essayer de deviner combien d'hommes Fury allait lui envoyer pour la récupérer. Son immeuble était habité par des civils, de ce fait le maitre du Shield ne pouvait pas se permettre de faire trop de dégâts au risque d'attirer l'attention. Hélas, avec lui, on pouvait s'attendre à tout.

D'un coup, la sonnette de la porte retentit, faisant sursauter le captain. Il se tourna vers l'entrée, incrédule. Il s'attendait à tout, sauf à ça. Steve se pencha pour jeter un coup d'œil dans sa chambre, constatant que la jeune femme n'avait pas été réveillée par le bruit strident. Il se dirigea ensuite vers le seuil de son appartement, saisissant au passage son bouclier, prêt à en découdre si cela s'avérait nécessaire. Le temps qu'il parvienne à la porte, la sonnette fut actionnée 4 fois supplémentaires, ce qui agaça légèrement le blond et l'inquiéta quelque peu quant à l'identité de la personne se trouvant de l'autre coté du panneau de bois. En effet, il voyait mal Fury appuyer frénétiquement sur ce satané bouton. Par contre, il connaissait une personne dont la personnalité collerait parfaitement avec ce comportement exaspérant. Durant le cinquième, sixième et septième coup de sonnette, Steve jeta un rapide coup d'œil dans le judas, couvrant sans plus de surprise l'agent Romanof sur son pallier. Immédiatement, il ferma les yeux, fronçant les sourcils en posant son front contre le bois froid de la porte. Elle. Fury l'avait envoyée, elle. Miséricorde.

« Rogers ! Je sais que tu es là, y a ton taco en bas ! Ouvre cette porte ! » S'exclama-t-elle d'un ton autoritaire, délaissant la sonnette pour mieux tambouriner directement à la porte, produisant un raffut abominable.

Elle allait finir par réveiller la jeune femme malgré tous les sédatifs qui lui courraient dans les veines ! D'un geste brusque, la légende vivante ouvrit sa porte, le bouclier au poing, toisant la veuve noire avec fermeté. Cette dernière lui offrit un regard chargé de sarcasmes, piquant au vif le blond.

« Tu comptes me frapper immédiatement ou tu vas d'abord me laisser entrer ? » Lacha-t-elle au bout de quelques secondes de lourd silence.

« Je t'avouerai que je ne sais pas encore, Romanoff. Je suis étonné que Fury t'es envoyée, toi. »

« Steve, laisse-moi entrer. » dit elle simplement en croisant ses bras sur son ventre.

Ce dernier ne bougea pas d'un pouce, cherchant en vain à comprendre les motivations de la rousse. Tout ça était arrivé par sa faute, au fond. Que voulait-elle réellement ?

« Tu me laisses entrer ou pas ? » finit-elle par s'impatienter devant le silence de son interlocuteur.

« Qu'es-tu venu faire ici ? » répliqua Steve sèchement.

« Discuter, Steve. Discuter. Tu as mis un sacré désordre je te signale. »

« La faute à qui ? » se contenta-t-il de répondre, se remémorant leur conversation d'il y avait de cela seulement quelques heures, origine de toute cette situation.

Natasha laissa échapper un profond soupire.

« Steve, je ne vais pas te supplier. Laisse. Moi. Entrer. Je ne vais pas partir avec elle sur le dos. »

L'intéressé réfléchit quelques instants supplémentaires, estimant les risques encourus par sa protégée s'il laissait entrer l'agent lui faisant face. Romanoff ne partirait de toute façon pas avant d'avoir obtenu ce qu'elle désirait, il ne la connaissait que trop bien. Le tout allait être de ne pas la laisser s'approcher de sa chambre… Toujours aussi tendu, Rogers fit un pas de coté, laissant ainsi un passage pour la rousse qui s'y engouffra sans attendre un instant. Steve lui emboita le pas et l'observa scruter l'appartement, visiblement à la recherche de la jeune femme. Quand la rousse fit mine de se diriger vers sa chambre, il s'interposa immédiatement entre elle et la porte, lui lançant un regard noir sans équivoque. Natasha soupira à nouveau, faisant rouler ses yeux.

« Je ne vais pas la manger. » l'informa-t-elle ironiquement.

« Je ne veux pas que tu l'approches. Je ne comprends toujours pas ce que tu veux de moi… ou d'elle. »

« Je ne vois pas ce que tu veux dire… » Murmura-t-elle en faisant demi tour, allant s'assoir dans le canapé en cuir du salon attenant.

Steve secoua doucement la tête, jetant un regard par-dessus son épaule avant de rejoindre la veuve noire, reposant son bouclier contre le mur, toujours, cependant, à portée de main.

« Tu vois parfaitement ce que je veux dire. C'est toi qui m'as parlé d'elle. Toi qui as tout fait pour que je vois ce que le Shield lui faisait. Tu savais pertinemment ce qui allait se passer ensuite, n'est ce pas ? »

La veuve noire resta silencieuse une poignée de secondes, le regard perdu dans le vide, jouant avec une de ses mèches de cheveux couleur feu.

« Tout ça, c'était ce que tu voulais. » insista le Captain America.

« Tu regrettes ? » Finit simplement par susurrer la veuve noire, toujours focalisée sur l'espace vide lui faisant face.

« Je… » Commença le blond, quelque peu déstabilisé par la question. « Comment ? »

«Tu… regrettes de l'avoir sortie de là ? »

« Non, je… »

La rousse braqua brusquement son regard vers lui, armée d'une intensité vibrante qu'il ne lui connaissait pas, le prenant de court.

« Tu aurais préféré la laisser là bas ? La laisser entre leurs mains, comme poupée à leur merci, un cobaye… c'est ça que tu aurais préféré, Captain ?»

« Bien sur que non ! » Se défendit-il, insulté par la simple supposition qu'il aurait pu ne pas agir après l'avoir vue ainsi. « Se n'est pas la question, Natasha ! Jamais je n'aurai pu la laisser, jamais ! Je ne regrette pas ce que j'ai fait – s'emporta-il – et si le Shield veut la récupérer, il faudra qu'ils me passent sur le corps ! Elle ne leur appartient pas. Je la protègerais, que se soit du Shield, d'Hydra ou de quiconque voudra l'asservir une nouvelle fois !»

Le silence retomba lourdement entre les deux interlocuteurs à la fin de cette tirade qui laissa Steve électrisé par un pic d'adrénaline parcourant tout son corps. Romanoff, elle, le scrutait, le détaillant dans son emportement, comme pour tenter de voir l'envergure de sa sincérité. Finalement, un sourire mutin se dessina sur ses lèvres pulpeuses et une vive lueur naquit au sein de ses prunelles. Elle se releva en un bond félin, s'approchant du super soldat une nouvelle fois déconcerté par sa réaction inattendue. La rousse vint se planter devant lui et posa une main sur sa puissante épaule.

« Tout est au mieux alors, Rogers. Occupe toi bien d'elle. »

Sans laisser à l'intéressé le temps de dire quoi que se fut, la veuve noire tourna les talons et se dirigea vers l'entrée d'une démarche vive et dansante.

« Natas… » Tenta Steve, avant de se faire couper par cette dernière qui ne semblait plus l'écouter.

« Et ne t'en fais pas, je me charge du Shield. Je repasse dans pas longtemps, hésite pas à m'appeler si tu as besoin d'aide ! A la revoyure, Steve ! »

Et elle disparut du champ de vision du blond, claquant la porte derrière elle. Steve demeura interdit quelques instants, ne saisissant pas tout à fait les évènements qui venaient d'avoir lieu. C'était toujours ainsi avec Natasha, il avait l'impression qu'elle avait toujours une dizaine de coups d'avance sur lui et jouait sur une quantité abracadabrante de tableaux dont elle seule connaissait l'existence.

Lentement, Captain America se laissa choir sur son canapé, passant une main sur sa nuque, quelque peu déboussolé. Il était plus qu'évident que, pour des raisons qui lui échappaient complètement, Natasha avait voulu qu'il libère la jeune femme dont il s'était à l'instant porté garant. Cependant, même si leur rencontre avait été orchestrée de toute pièce par la rousse, sa décision de la protéger était sienne et entièrement sienne.

C'était de la folie en y réfléchissant bien. Il ne connaissait rien d'elle, de ce qu'elle avait enduré ou de ce dont elle était capable, mis à part les quelques détails donnés par Natasha et Fury.

Steve se releva, s'approchant du seuil de sa chambre. Doucement, il entre ouvrit un peu plus la porte, scrutant la silhouette de sa protégée toujours captive des bras de Morphée. Tellement fragile, perdue au beau milieu d'un échiquier où deux groupes se disputent l'équilibre du monde sans se soucier de sacrifier des vies humaines.

Incontestablement, jamais il n'aurait pu la laisser là bas…

« Dors tranquille, je te protègerai… Tu n'as plus rien à craindre à présent, tu as ma parole… »