Chapitre 8:

Rencontres improbables

Barett Hill

Je viens d'acheter un bateau au port. Il est vert, rouillé, mais il est plutôt grand. Il fait l'affaire considéré le court voyage que je m'apprête à faire. Mais je ne partirai pas les mains vides. Je prends les réserves que Colin et Stacy avait préparés ainsi que le reste de leur équipement, pour précaution. J'embarque le tout dans le bateau avant d'aller dire mes salutation à Allen. Il est assis à un bar, buvant une sorte de bière.

-Bon, Allen, c'est ici que l'on se sépare, dis-je, essayant d'avoir l'air émotionnel.

Mais je ne le suis pas. Il a abandonné mes amis. Ça ne se pardonne pas. Il me serre la main après avoir avalé sa gorgée d'alcool.

-Je viendrai porter des fleurs sur ta tombe, dit-il, un sourire en coin. Si on retrouve ton corps.

Je lâche sa main immédiatement et je retourne à mon bateau. J'installe tout ce que je peux à l'arrière de mon yacht, encore furieux. J'essaie de me concentrer sur mes amis. Et si ils n'étaient pas en vie? et si Allen avait raison? Il n'y a qu'une manière de le savoir...

Rudy Birshall

Je me réveille en sursaut, la tête tournante. Je...je croyais être morte. Je tâte mon corps: je porte toujours mon uniforme de secouriste. Mon corps est intact, sans blessures. Mais...qu'est-ce qui s'est passé? Où est Barett, Stacy, Colin? Je me lève de mon lit et je regarde autour de moi. Je suis dans une grande pièce circulaire qui possède de larges vitres sur un côté. Mais ces vitres, elles donnent sur l'océan.

Je fléchis un peu en apercevant la profondeur à laquelle nous sommes. La surface semble être à des mètres et des mètres plus haut. Je regarde alors autour de moi pour voir si une sortie est possible. Je dois rejoindre le paquebot. J'aperçois une porte au fond sur laquelle il est écrit «Sortie». Je tente de l'ouvrir mais elle semble être bloquée de l'autre côté.

Soudain, j'entends un rugissement. Je regarde à travers la baie vitrée et j'aperçois une immense créature. Elle nage dans l'eau, gobant d'autres poissons, battant ses nageoires. Elle possède des dents acérées et une mâchoire puissante. Elle possède aussi un très long coup et quatre nageoires, en plus d'avoir une peau recouverte d'écaille. Ça ne ressemble à rien que j'ai vu auparavant. En fait, ci, je me souviens avoir vu une créature comme cela mais...mais c'était dans mes livres sur les dinosaures?!

Je colle mon visage à la vitre, examinant l'extérieur comme une gamine. Une créature préhistorique? Ici? Mais...mais c'est incroyable! Elle...elle se nomme comment déjà? Ah oui, c'est un plésiosaure! Elle passe près de la baie vitrée, créant de grosses vagues sur les vitres. Je remarque alors que même une partie du plafond est couvert de vitres. Ce verre doit être très épais, car, sinon, la pression aurait déjà détruit ces fenêtres.

Soudain, la porte par laquelle j'essayais de sortir s'ouvre lentement et une figure encapuchonnée rentre dans la pièce. Elle porte une sorte de veste à capuche bleue qu'elle a couvert de feuilles et de boue. Elle porte de petits pantalons bruns et n'a aucune chaussure sur ses pieds. Je regarde son visage, son nez retroussé, sa peau bronzée, ces yeux bleus et ces cheveux noirs, brillant à la lumière bleue filtrée par la baie vitrée. Il n'y a aucun doute, c'est Bethany Greenbriar, l'une des trois jeunes qui ont disparus sur cette île.

Barett Hill

La mer est plutôt calme autour de moi, si l'on ignore toutes les vagues que produit mon bateau. Cela fait à peu près trente minutes que je conduis le bateau et je n'ai toujours aucune vue de l'île. Je saisis la bouteille d'eau à mon côté et j'en prends une gorgée. C'est étrange comment la mer est aussi grande mais que je devrais avoir peur de manquer d'eau à boire.

J'aperçois l'île à l'horizon. Je tourne la barre légèrement pour mieux me diriger. J'entre dans la brume légère qui entoure à des kilomètres Isla Fuego, la voilant de presque tout regard extérieur. J'approche de la rive alors je mets mon sac sur mon dos. La plage est plutôt loin mais mon bateau s'arrête quand même. Qu'est-ce que c'est encore? Je regarde dans l'eau, qui est sombrement noire, cachant tout ce qu'elle contient.

Je descends par une échelle de mon véhicule, l'abandonnant où il est, et je tombe pour toucher le sol, qui a dû bloquer mon véhicule. Je vais devoir continuer le court trajet à pieds. L'eau me monte jusqu'au torse. Je sens les algues me frotter les jambes. Soudain, ma jambe glisse sur une ente et je suis submergé. J'ai dû marcher dans un creux. La noirceur m'envahit autour de moi et je plonge dans la noirceur.

Rudy Birshall

-Bethany Greenbriar? je demande à la jeune fille.

Elle enlève sa capuche et révèle sa longue chevelure qui descende jusqu'à sa taille.

-Oui...c'est moi, dit-elle avant de s'approcher de la baie vitrée. Mais vous, qui êtes vous?

-Mon nom est Rudy Birshall, je suis une secouriste qui a été envoyée sur l'île pour te trouver toi et tes amis. Est-ce qu'ils sont avec toi?

Elle fixe l'océan sombre. Ses yeux semblent perdus, tristes peut-être. Je ne suis pas une psychologue.

-On a été séparés. Cette île est immense...cela fait à peu près deux semaines que je les cherche, dit-elle.

-Je suis désolé de l'entendre...je réponds simplement. Mais...qu'est-ce qui s'est passé? Comment m'as tu sauvé? dis-je en m'assoyant sur le lit.

-Tu as été attaquée par la créature que tu vois là: le plésiosaure. C'est un dinosaure. Il remonte de longtemps, elle dit. Tu es tombée dans l'eau, il est venu pour te dévorer mais, il faut croire que tu a eu de la chance, il a mordu la boîte que tu tenais. Tu à dériver un peu et j'ai nager à ta rescousse.

-Merci beaucoup. Où est passée la boîte noire maintenant? je demande.

-Elle est tombée encore plus bas, dans l'épave d'un sous-marin. Je n'ai pas pris la peine d'aller la chercher. Il nous faudrait des combinaisons de plongée profonde, mais je n'en ait pas.

Cette boîte noire est essentielle à notre mission...mais tient-elle encore? Ne devrions nous pas retourner au bateau et aller chercher l'armée? Ils ont l'artillerie pour tuer cette bête, ce dinosaure. Mais en même temps, elle est la preuve d'une avancée technologique. Peut-être est-elle l'unique spécimen d'un dinosaure vivant de nos jours! Nous ne devons pas la tuer, mais nous avons besoin de cette boîte noire.

-Avez-vous rencontré mes coéquipiers? dis-je.

Elle réfléchit un moment.

-Le bateau par lequel vous êtes arrivés est parti. Comme le reste de votre équipe d'ailleurs. Ils vous ont abandonné.

Barett Hill

Je remonte à la surface, effrayée. Dans cette eau, il n'y avait ni poisson, ni végétation, seulement de la noirceur. La brume n'aide pas à camoufler la terreur que produit cette île. Je rejoins la plage, épuisé. Je ne vois même plus mon bateau tant la brume devient épaisse. Je ne sais même pas si je suis à l'endroit où nous sommes arrivés pour la première fois, ni si je suis sur le bon côté de l'île.

J'avance vers la jungle pour tenter de reconnaître un arbre, une plante ou une roche. Mais rien, rien ne me revient. Je sors ma boussole pour voir dans quelle direction est le nord. Apparemment, je suis au sud du premier lieu où nous avons accosté. Je commence à longer la jungle, foulant le sable en direction de mon objectif. La brume est tellement épaisse, je ne vois presque pas ma main lorsque je tends le bras.

Soudain, j'entends des respirations autour de moi. Elles semblent venir de toutes les directions, comme un vent durant une tempête. Des bouffées d'air se mêlent aux sons étrangers à mesure que j'avance. Mon sang se glace dans mes veines. La sueur coulant sur mon front se gèle. Les températures sur cette île varient très rapidement. J'enfile ma veste à capuchons que j'ai amené pour me tenir au chaud.

J'arrive soudain à un endroit où une grande rivière traverse la plage pour rejoindre la mer. Elle est trop forte pour que je la traverse. Les voix s'intensifient. Je marche le long de la rivière, pénétrant la jungle, suivant les bruits inconnus. Un vent fort me fouette les cheveux. Je sors mon canif, sentant des mouvements autour de moi. Mes poils se lèvent sous la terreur.

J'arrive au bout du chemin, devant un grand mur de verre. Il donne sur quelque chose mais je ne sais pas quoi. Il est grand, immense. Il se perds dans la brume. Je plisse les yeux pour mieux voir à travers à mesure que les respirations changent de tonalité. Suis-je en train de devenir fou? Le brouillard se disperse un peu, me donnant une meilleure vue sur l'autre côté de cette barrière. Je vois des mouvements. Très précis, saccadés.

Le soleil perce à travers les nuages gris. Les voix se dispersent. Les sons que j'entendais ne devaient être que le résultat d'une petite crise de folie du à la claustrophobie que me cause la brume. J'ai maintenant une bonne vision sur ce qui m'empêchait d'avancer. Devant moi, un immense dôme de vitre, placé en plein milieu de la rivière et posé sur une falaise devant moi. Il s'étends même dans la forêt.

À l'intérieur, les mouvements se trouvent des maîtres, des créatures. Je peux maintenant bien apercevoir ce qui semble être des oiseaux, de grands oiseaux. je ne peux apercevoir que leurs grandes ailes. Je sers mon canif dans ma poche droite. J'avance encore plus contre le mur de la verrière et je peux maintenant donner une apparence complète aux bêtes à l'intérieur.

Elles ont un bec long, rouge et sombre, des dents acérées, pointues comme des couteaux, des plumes bourgognes et un dos couvert de fourrure noire. L'une d'elle me tourne le dos, cachant ces yeux. Elles a la taille d'une girafe, peut-être même plus. Ces ailes sont incroyablement grandes. Ma respiration se tourne en halètement. La peur me saisit. Mais qu'est-ce que c'est?

Elle tourne alors sa tête, révélant des yeux terrifiants, perçants, blancs et vides. Je recules d'un pas devant cette terreur. Cette île n'est pas ce que l'on pense...