Disclaimer : Yamane-sensei est la créatrice des personnages et de l'univers que j'emprunte ici. Je ne gagne pas d'argent, je ne reçois aucun salaire pour la présente histoire.

Merci pour vos reviews, elles m'ont réellement fait plaisir. Voir des petits mots dans ma boîte mail me réchauffe toujours le coeur. ^^


Retrouvailles


Akihito se concentra sur son reflet, se remémorant son discours de la soirée, tout en se demandant combien de ses proches seraient présents pour assister à son retour triomphal au Japon. Enfin triomphal. Rentrée remarquée surtout. Il avait annoncé à un quotidien américain qu'il reviendrait sous peu dans son pays d'origine, la nouvelle avait rapidement fait le tour des journaux américains et outre-Pacifique, on attendait avec impatience sa venue. C'était étourdissant en un sens, il n'était pas habitué à recevoir ce genre d'honneur dans son propre pays du tout, où on l'avait surtout vu comme une gêne au commencement, comme un petit journaleux qui n'irait pas très loin, qui resterait à sa place tout le long de sa carrière. On ne lui avait pas beaucoup accordé d'attention, se demandant comment quelqu'un pouvait être aussi à côté de ses pompes. Et encore, c'était la version courtoise que certains lui sortaient de temps à autre, pour ne pas dire tout le temps.

Qu'il avait changé depuis ! Maintenant il était reconnu dans son métier ! Sa profession ! Quel changement ! Et tout ça grâce à son travail acharné, et il fallait bien le dire, les membres de la commission qui organisait le trix Pulitzer. On avait braqué ses projecteurs face à lui pendant une soirée entière, que ce soit ceux de la presse locale, des grands quotidiens, voire de la télévision, tout le monde n'avait eu d'yeux que pour lui. C'était vraiment exaltant ! Il comprenait ce qu'était d'être dans les chaussures d'Asami. Cependant, il en éprouvait une certaine gêne, comment allait-il pouvoir se promener tranquillement dans les rues de Tokyo sans qu'on le reconnaisse, lui la fierté locale ? Il prendrait peut-être l'habitude de sortir le soir, pour être tranquille. En plus, enquêter dans ces conditions allait être vraiment, mais alors vraiment délicat. Un journaliste aspirait au calme, bien qu'il veuille voir son nom afficher sur la une du journal pour lequel il travaillait. Encore un paradoxe.

Et pourtant, c'était ce qu'il avait une fois déclaré à Asami, qu'il serait un grand reporter un jour, reconnu par tous, et il avait réussi. Mais il se rendait que toute réussite avait son prix, il avait sacrifié dix ans de sa vie, de son bonheur, de son temps libre, de son amour, pour acquérir une telle renommée. C'était une vie horrible que de respirer uniquement pour son travail en définitive, mais en même temps, il vivait, se mouvait, se construisait autour de cette existence, il l'embrassait au final. Il se souvenait que dix ans auparavant, alors qu'il vivait sous le même toit qu'Asami, il leur arrivait de ne pas se voir pendant des jours avant d'avoir un peu de temps à se consacrer à l'un et à l'autre. Il se rappelait qu'il s'était demandé à plusieurs reprises à quoi bon vivre sous le même toit si c'était pour ne pas au moins se voir pendant cinq minutes. Il ne comprenait pas pourquoi l'homme lui avait offert un exemplaire de ses clés si c'était pour rentrer si tard la nuit. Ca n'avait pas de sens. A l'époque.

- Quel bel idiot j'ai été alors, pensa le jeune homme.

Il vérifia une dernière fois sa tenue dans la glace, depuis quand était-il aussi coquet ? Depuis quand prenait-il autant soin de son apparence, à part pour ses enquêtes ? Depuis quand ? Depuis son prix ? Depuis quand ? La soudaine renommée le rendait-il un peu arrogant ? Un peu prétentieux ? Ou alors c'était le résultat d'un malaise. Il ne l'avait plus revu depuis dix ans du tout. Craignait-il de décevoir à ce point ?

- Arrête de te tourmenter ! Ca ne servira à rien du tout !

Il secoua sa chevelure blonde pour chasser ses idées sombres de la tête, ce soir serait sa soirée, comme l'avaient décidé plusieurs grands journalistes du Japon, qui seraient également présents pour accueillir le seul prix Pulitzer de leur pays. Et ça signifiait beaucoup à leurs yeux, qu'on pouvait décrocher ce prix, ça pousserait beaucoup de jeunes gens à entamer des études en journalisme et à lire à nouveau les journaux. De plus, Takaba Akihito n'était pas désagréable au regard, il plairait très certainement aux filles des quatre coins du pays. Sa beauté physique serait un bel atout pour eux. Ils devaient se frotter les mains en coulisses.

- Monsieur, votre voiture est arrivée.

La journaliste se tourna vers le steward :

- Je vous remercie.

La steward s'inclina, tout en laissant la porte ouverte à Akihito, qui passa le pas de la porte très rapidement, il se dirigea vers l'ascenseur en compagnie du steward, tandis que le garçon d'ascenseur prenait la suite, puis un autre steward mena le journaliste à sa voiture. Tout était parfaitement organisé pensait Akihito, tout avait été prévu et conçu pour lui au cours de cette soirée qu'il n'avait pas organisée, mais par obligation il s'y rendrait. Par obligation. On avait invité sa famille et ses amis les plus proches pour cette célébration pour mieux l'amadouer, il n'avait pas pu refuser. Il se serait fait passer pour un goujat et un enfant ingrat. De plus, par une heureuse coïncidence ou pas, voire un coup du destin, il se trouvait que l'hôtel où il devait se rendre pour l'occasion appartenait à Asami. Apparemment, il serait présent au cours de la soirée.

Akihito posa le pied sur la moquette de la voiture, et s'assit confortablement, malgré sa nervosité, son angoisse à l'idée de retrouver ses proches, et certaines des figures qu'il avait rencontré au cours de ses dix années d'errance hors du Japon. Parce que pour lui ses séjours s'apparentaient plus à des errances qu'à un profond désir de changer. Malheureusement, on interprétait beaucoup dans la presse, et il était bien placé pour le savoir. Il avait certes voulu changer d'air, changer de pays, voir autre chose, mais qu'on ne dise pas que c'était pour prendre du galon. Mais alors là pas du tout. Il avait voulu faire payer le prix fort à l'industrie du sexe, et il avait réussi à porter quelques coups durs ici et là, sans plus. Tout ça... ne correspondait au final qu'à ses propres objectifs, pas à une envie de gloire. Mais si ça l'aidait à avoir la reconnaissance de ses confrères, alors oui, il était ravi.

On lui ouvrit la porte sur ses pensées noires, et il jeta un coup d'oeil aux environs, il n'avait jamais autant désiré être ailleurs qu'en cet endroit, à dîner dans un restaurant quelque part à manger des ramens ou des rouleaux de printemps.

- Monsieur ? On vous attend.

Akihito inspira un grand coup, pendant qu'on poussait la porte pour lui, lui qui n'était pas habitué aux honneurs hésita une seconde avant de pénétrer dans le bâtiment luxueux. Et oui, seuls quelques invités triés sur le volet pourraient écouter son discours dans cette salle, il aurait préféré manger en compagnie de sa famille, prendre un ou deux verres de sake dans un bar avec ses vieux amis, marcher dans un parc, visiter un musée plutôt que d'être là, dans cet endroit.

- Merci.

Il se faisait l'impression d'être Asami sauf que lui n'aurait jamais remercié la personne qui lui tenait la porte du tout, tellement habitué au pouvoir et à ce que les autres courbent leur échine pour lui, juste pour lui. Il n'était pas comme ça, il aspirait à la liberté, et à l'aventure. Heureusement, on prit sa gentillesse pour de la pure et simple courtoisie.

- Par ici.

Akihito ne fit aucun commentaire, et réussit à taire toutes les pensées négatives qui lui pourrissaient déjà la soirée, dégoûté parce qu'on lui imposait déjà une ligne de conduite. Il était un grand, alors tout le monde prendrait en main sa destinée. Le seul dans tout le lot à vraiment respecter tout ça était Asami, et uniquement lui, les autres ne verraient pas d'un bon oeil ses envies du tout. Fort heureusement, personne d'autre que les stewards qui devaient l'accompagner jusqu'à la salle de conférences, pas un de ces clowns en costume ! Il n'aurait pas vraiment apprécié. Se laisser conduire de la sorte lui rappelait les trop nombreuses fois où il avait été pris pour cible par les adversaires d'Asami, et où on l'avait mené, un pistolet dans le dos, dans une cellule crasseuse à souhait.

- Nous vous laissons ici, monsieur, on vous attend.

La salle de conférences enfin, Akihito en était presque soulagé. Presque. Maintenant, il lui faudrait affronter tous ces regards pointés dans a direction, comme à New York, il lui faudrait énoncer son discours de remerciements, comme à New York, accuser le coup des projecteurs, comme à New York. Non, il avait déjà vécu cette situation, il pourrait à nouveau faire face, sans la moindre peur, quoique, peur, ses mains étaient déjà sacrément moites pour quelqu'un qui prétendait ne pas connaître la peur du tout, qui prétendait pouvoir retenir ses larmes dans les pires situations... Bref. Rien de bien méchant. Et puis, pourquoi ne pas profiter d'une soirée comme celle-ci, ça faisait longtemps qu'il n'avait plus remis les pieds au Japon, histoire de chasser un ou deux criminels. Un sourire naquit sur ses lèvres, un sourire téméraire.

- Mes amis, me voici, murmura-t-il tout bas.

On appela son nom, et Akihito apparut aussitôt sur la scène, sous une salve d'applaudissements. Il s'inclina devant la foule, dont les sourires étaient plus que faux pour certains, d'autres étaient franchement curieux, d'autres chercheraient à tirer profit de lui, ce qu'il ne permettrait pas vraiment, d'autres étaient clairement contre sa présence, d'autres, comme ses connaissances étaient tout simplement ravis de le revoir. L'Américaine qu'il avait sauvée était également présente en compagnie de ses parents, tout sourire. Il lui adressa un très discret clin d'oeil auquel elle répondit aussitôt, il était vraiment ravi d'avoir trouvé une amie comme elle.

Akihito posa ses deux mains sur le pupitre et énonça son discours de remerciements, tout le monde y passa, l'organisation, ses collaborateurs, ses collègues, ses amis, sa famille, ses connaissances, et surtout la personne qui recevait cet événement, Asami Ryûichi. Si sa voix trembla au moment de prononcer ce nom, il n'en laissa rien transparaître, au contraire, il tint bon toute la durée de son discours, et s'inclina une dernière fois devant ses invités.

- Je répondrai à toutes vos questions au cours de la réception organisée dans le hall attenant à cette salle, termina Akihito.

Il saisit l'expression outrée de Mitarai qui aurait bien voulu avoir l'exclusivité de son interview, mais il passerait au-dessus, il était là pour s'amuser un peu, souffler, reprendre goût au Japon, renouer avec ses racines. Peu importait ce que Mitarai pensait de lui. Un foule de gens affamés et impatients se rendit dans une salle voisine pour y prendre quelques toasts, une coupe de champagne, discuter entre connaissances, voir le beau monde, discuter d'affaires en tous genres, bref, les politiques étaient aussi de la partie. Ils ne manqueraient pour rien au monde une occasion pour se montrer plus beaux que les autres. Et surtout, ils voulaient être sûrs que le prix Pulitzer soient dans leurs petits papiers pour usage futur, comme les élections.

- Takaba, commença un journaliste pour un grand quotidien japonais.

Et une longue intereview débuta au cours de laquelle Akihito narra ses aventures aux quatre coins du monde, tout en se doutant que plusieurs personnes étaient pendues à ses lèvres, absorbant son discours comme un breuvage divin, voire d'autres prenaient des notes, des journalistes profitant de l'occasion, certains prenaient des photos, d'autres le regardaient calmement, patiemment. C'étaient ceux-là qu'Akihito voulaient surtout revoir pas les autres. Même si c'était grisant d'être reconnu par ses propres confrères.

- Encore une question, Takaba, quels sont vos projets futurs ?

Le jeune homme sourit doucement :

- Je vais travailler pour un quotidien dont le siège se trouve à Tokyo, à Shinjuku, et je prendrais les rênes de la section investigation, la catégorie crimes. Ce sera avec un immense honneur que je remplirai cette tâche.

Plusieurs autres reporters se pressèrent tout contre lui pour obtenir d'autres informations, qu'Akihito donna plus ou moins gracieusement, sachant que les quotidiens se feraient un immense plaisir de décortiquer le moindre de ses mots, la moindre tournure de phrase, le moindre propos. Non, il en savait assez pour ne pas révéler absolument tout ce qu'il avait fait au cours de ces années. Personne ne devait savoir. Personne.

Quand il put enfin prendre un bon bol d'air frais, le jeune journaliste se tourna vers les petits fours, réalisant à quel point il était lui-même aussi affamé que ses convives. Qui aurait cru qu'être le centre de l'attention de toute une foule serait aussi épuisant ? Asami, grand habitué de ce genre de soirées, lui avait dit un jour qu'il ne tiendrait pas la distance à ses côtés, en plaisantant bien sûr, ne voulant pas que son jeune amant soit propulsé au devant de la scène, courant suffisamment de risques comme cela.

- Akihito, que c'est bon de te revoir...

Sa mère, son parfum au jasmin l'enveloppa de suite, son étreinte, comme il regrettait de ne plus la voir, en raison de disputes qui opposaient son père et sa mère. Ses parents étaient divorcés, son père avait obtenu la garde, partageant avec lui sa passion pour les photos, mais un aspect négatif de cette séparation était qu'Akihito avait perdu une part de lui-même. Se sentant profondément mal, il avait commencé à jouer les bagarreurs, les voyous, il avait même volé une voiture une fois. Si ce n'était pour le vieux Yama, comme il l'appelait affectueusement, il aurait été envoyé directement en prison.

- Viens me voir, mon chéri, tu me manques.

Akihito se pencha à son oreille :

- Toi aussi, tu m'as manquée, ça fait trop longtemps.

S'il n'avait pas été en face de tous ces gens, il en aurait versé quelques larmes, mais il se contint. Il se défit de son embrassade avec douceur, et il contempla le visage doux de sa mère, des cheveux blond cendré, comme les siens, et des yeux d'un bleu pur, qu'il avait aussi hérité. Son regard reflétait la gentillesse incarnée, cependant teintée de tristesse, certainement à cause de leurs retrouvailles. Un homme se positionna derrière elle, son compagnon, qui posa une main affectueuse sur l'épaule de sa compagne, le toisant de sa hauteur, le regardant avec dédain. Jaloux que cet enfant soit le premier-né de cette femme, et de ne pouvoir concevoir d'enfant du tout. Mais, comme son fils, elle ne se laissa pas démonter, il avait hérité de son tempérament obstiné, elle l'étreignit un dernière fois en murmurant ces mots à l'oreille :

- Viens me voir, mon chéri, viens me voir.

Et elle se détourna de lui, sans doute pour cacher ses larmes, Akihito éprouva beaucoup de compassion pour sa mère, cet homme ne la méritait pas. Il ne l'aimait que pour son visage, et ce qu'elle pouvait offrir au lit.

- Oui, maman, je vais voir si je peux.

La vieille femme ne prit pas le temps de revoir le visage de son fils, son compagnon l'emmenait déjà vers la sortie. Akihito éprouva de la haine à l'égard de cet homme qui se croyait tout permis à propos d'elle, la considérant comme une possession, un joujou plus qu'une amante.

- Salut vieux frère, entonna une voix masculine.

Kô et Takato se tenaient côte à côté, avec leurs épouses, toutes deux aussi jolie que l'autre. La première portait un tailleur élégant, qui convenait aux circonstances, un lys à la boutonnière de sa veste, tandis que l'autre portait une jupe tailleur avec un cardigan assorti à la couleur de ses yeux. Akihito leur fit la bise à l'une et à l'autre.

- Ca fait plaisir de vous revoir, j'ai l'impression que ça fait une éternité qu'on ne s'est pas vus, sourit gauchement Akihito.

Kô et Takato se dévisagèrent avant de conclure que c'était définitivement le même Akihito qui les avait quittés, sans d'autres explications qu'un reportage à l'étranger, une opportunité qu'il ne pouvait pas manquer, mais ils n'étaient pas dupes, Akihito leur était apparu plus blessé que jamis, plus brisé que jamais, ils avaient alors su qu'il ne serait plus jamais le même, et qu'il avait pourchassé ceux qui l'avaient rendu aussi fragile. La course-poursuite avait dû faire des étincelles connaissant le tempérament du jeune journaliste et ami. La preuve, il revenait au pays, lauréat d'un prix que tous les journalistes au monde tueraient pour avoir. Ils avaient suivi la piste de ses articles sur internet, dans plusieurs langues, en russe, en français, et en anglais.

- Nous pas tellement, tu sais, les journalistes ne sont pas discrets que ça.

Notant le regard interloqué du jeune homme, les deux amis sourirent :

- On a lu tes articles, ils sont excellents.

Akihito sourit franchement cette fois-ci :

- Merci, vous savez quoi, on devrait prendre un verre un de ces quatre, comme au bon vieux temps.

Les amis approuvèrent et ils prirent congé de lui. Akihito se sentait beaucoup mieux après avoir revu ses proches qui ne lui en voulait pas du tout d'avoir quitté le pays sans aucune explication réellement valable. Il avait vu le visage pensif de Kô et l'expression perplexe de Takatô dans la cuisine de ce dernier, c'étaient la soirée des adieux, un simple dîner entre amis, sans aucune autre personne. Ca avait été cool à l'époque, mais maintenant, il se rendait vraiment compte de la distance qu'il avait provoquée entre lui et les autres. Sans donner d'autres signes de vie que ses articles sur le net ou la presse papier. Il vida un autre verre de champagne en causant avec l'épouse d'un homme politique très en vue au Japon, qui brigait le poste de maire de Tokyo. Akihito lui souhaitait bien du courage, Asami, avec ses relations, pouvait très facilement mettre en péril ses relations avec les autres membres du Parlement, la presse, la police, et les sujets de l'Empereur.

- Figurez-vous que mon époux...

On y était, les gens qui voulaient le mettre dans leur poche, pensant bien faire, pensant bien le manipuler, mais il était trop tard pour cela. Certes, il était journaliste, mais sa spécialité était la criminologie, pas la politique, de plus, qu'espérait vraiment cette personne de lui, à part un article aguicheur ? Vraiment ? Ridicule.

- Je pense que votre époux s'en sortira plus que bien, selon les derniers sondages...

Et la discussion fut longue, aux yeux du jeune journaliste du moins, pas de la femme qui paraissait insatiable quant à son mari, s'effaçant littéralement derrière lui, tellement qu'elle en devait transparente. Il avait vu des femmes d'hommes politiques dans le monde, et au Japon, mais c'était certainement la pire de toutes : une véritable sangsue. Il trouva enfin un moyen de s'en sortir en apercevant Kuroda Shinji à qui il fit un léger signe de la main, par chance il comprit aussitôt. L'homme prit une coupe de champagne, et s'avança vers lui, curieux, et souriant. Le petit protégé d'Asami lui avait quand même pas mal manqué : son retour signifiait que les choses allaient devenir très intéressantes. Vraiment très intéressantes. Que cherchait-il du Japon réellement ? Que voulait-il ? Tout le monde lui avait posé ces questions au cours de la soirée, mais personne, sauf ceux qui avaient observé Akihito de près, ne pouvait vraiment deviner de quoi il en retournerait.

- Takaba Akihito, il me semble que je n'ai entendu que ce nom au cours des dernières semaines, un journaliste japonais qui raffle un prix américain, c'est du jamais vu.

Akihito se tourna vers le procureur :

- Je vous remercie, monsieur ?

Le procureur souris, comprenant le jeu du jeune homme, il avait décidément beaucoup appris depuis son départ, alors qu'il tentant de se défaire de l'addiction à l'héroïne provoquée par les bons soins d'Arbatov. Il avait envoyé le jeune homme en cure de désintoxication, et il lui avait fallu des trésors de diplomatie pour empêcher Asami de se lancer à la poursuite de cet homme, faute de quoi, Akihito perdrait son allié le plus précieux. Ces mots avaient réussi à calmer la rage d'Asami, mais cette rage pouvait tout détruire sur son passage, Shinji l'avait vu une seule fois à l'oeuvre, le résultat : des dizaines de morts. Il valait mieux affronter un Asami calme qu'un Asami en proie à ses propres émotions.

- Kuroda Shinji, procureur de Tokyo.

Akihito se tourna vers l'épouse soumise :

- Je vous prie de bien vouloir m'excuser, madame, je suis sûr que votre mari s'en sortira parfaitement bien.

Et la femme se confondit en excuses, sous le regard plutôt désapprobateur de son mari. Akihito en eut un sourire discret et moqueur. Pour cette raison, c'était bon de ne avoir jamais été aux côtés d'Asami pour quelque cérémonie que ce soit, il aurait été obligé de jouer le jeu des apparences, de subir les moqueries des autres, le dédain, voire pire, la haine farouche et le désir de le tuer, de voir les murs couverts de son propre sang.

- Alors que deviens-tu ?

Akihito vrilla ses yeux dans ceux du procureur :

- Je reviens des Etats-Unis avec un prix que tout le monde m'envie.

Décidément, ce Takaba Akihito serait difficile à abattre, il ne s'était pas laissé mener en bateau par les journalistes, les hommes politiques et autres personnes du même genre, au cours de la soirée, il avait joué le jeu, rien que le jeu, comme les grands. Ca faisait du bien de voir qu'il avait enfin gagné sa place auprès d'Asami, devenant pratiquement son égal, mais il doutait qu'Asami le voie de cet oeil. Il avait accepté la présence du garçon, sans tenir compte de ses origines sociales, de son métier, de sa tenue, de son vocabulaire, rien que pour sa personnalité. Une personnalité que Kuroda avait appris à connaître et à admirer d'une certaine façon, mais il ne l'admettrait pas en face du jeune homme, prétendant le voir seulement en tant que l'amant de. Mais c'était faux, et Akihito le savait très bien, ils avaient beaucoup discuté ensemble. Kuroda était envoyé par Asami parfois pour le chaperonner, parfois pour le seconder, quand Akihito jouait les pions d'Asamis, soit par les visites tardives du procureur chez Asami.

- Vraiment ? Je l'ai à peine remarqué.

Akihito réprima un léger rire, Kuroda était toujours le même :

- Tout à fait. Que me vaut l'honneur de la présence du procureur en ces lieux ?

Kuroda afficha une sourire narquois :

- Un serviteur de la loi éprouve toujours de l'intérêt pour les chroniques d'un journaliste spécialisé dans la criminologie.

Akihito sourit malicieusement :

- Soit.

Et ils plaisantèrent comme de bons vieux amis, ce qu'ils étaient en quelque sorte, parlant de tout et de rien, naturellement, quelques invités étaient encore présents dans la salle, mais laissèrent le temps au procureur de discuter avec le jeune homme, cherchant certainement quelqu'un sur qui il pouvait compter dans une affaire criminel, un contact externe à son milieu, pas toujours fiable, toujours fragilisé par des alliances, ou des gens désireux d'en avoir plus, toujours plus. Un monde pourri jusqu'à la moelle. Même le milieu des journalistes était ainsi : chacun tirait son profit de telle ou telle situation, prenant un plaisir malsain, parfois, à révéler la douleur d'autrui, pour se glorifier soi-même. Rares étaient ceux qui étaient vraiment intègres apparemment.

Bientôt, ils furent seuls dans la salle, il était très tôt le matin et tard la nuit, pratiquement deux heures du matin, mais les deux compères étaient des habitués de ces horaires un peu loufoques, les deux pour des raisons professionnelles en plus. Ils se quittèrent, sans avoir parlé d'Asami du tout, sachant que Kuroda n'était pas à sa place dans ce genre de conversation, et Akihito avait une crainte de réveiller sa propre douleur, tellement vive, de l'avoir quitté dix ans auparavant.

- On ne remercie pas son hôte ?

Et le jeune journaliste se tourna vers la personne qui avait prononcé ces mots, un homme à la haute stature, au corps construit et bâti au combat, au charisme et à la présence imposante, qui pouvaient vous faire chavirer en un instant, un homme qui avait vu et tellement entendu, un homme qui tirait les ficelles, un homme qui avait chamboulé sa propre vie...

Asami Ryûichi.


Révision du 06 septembre 2018 !