Epilogue :

Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis cette soirée où il avait été décidé de mettre fin à cent cinquante ans d'un système administratif qui n'avait, finalement, apporté que du désastre. Bien sûr, le changement de régime n'allait pas se faire en claquant des doigts, et pour l'heure, une gouvernance pour les affaires courantes et urgentes était maintenue par les anciens membres du Conseil, mais sur base de bénévolat.

Lucrèce, en l'occurrence, s'en chargeait, secondée de Claudia, et un peu de Malik, qui avait proposé un long document qui servirait de base pour la nouvelle politique. Ils avaient, en prime de cela, un soutien de Washington, trop ravi de les avoir vu prendre la décision de s'aligner, comme il le leur demandait depuis des décennies déjà.

Le projet de la reconstruction d'une nouvelle mairie était déjà sur la table, un concours architectural s'étant ouvert et, en attendant que cela soit fait – ce qui prendrait surement quelques années – les Al-Sayf mère et fils avaient proposé de céder, pour un prix symbolique, l'ancienne maison familiale, qui faisait parfaitement l'affaire pour les services administratifs, bien que légèrement excentrée.

La ville et ses habitants se remettaient petit-à-petit des tragédies et des bouleversements engendrés par ceux-ci, et la vie reprenait doucement. Une journée de commémoration à la mémoire de Caterina Sforza, et de toutes les victimes d'Abbas avait eu lieu, faisant office de remplacement à la fête de la Fondation, dernier mandat peu onéreux confié à la DaVinci Inc.

Celle-ci avait officiellement fermé ses portes depuis, libérant les locaux, qui étaient déjà réattribués à une société toute nouvelle qui faisait déjà parler d'elle dans les médias locaux alors qu'elle n'avait pas encore ouvert : La Auditore's Toscana Flavors.

De belles choses s'annonçaient.

oOoOoOo

Altaïr toqua à la porte de la chambre de Desmond. Ce dernier se redressa, et adressa un grand sourire à son cousin depuis son lit.

- Hey, Altaïr !

On lui avait enfin retiré l'armature qui le clouait ici, et remplacé par de simples plâtres, qu'il devrait encore garder six semaines, mais au moins, maintenant, il n'était plus cloué sur place, et cela semblait lui faire du bien au moral.

Il avait eu un gros coup dur en apprenant les évènements de la soirée « grillade » à la mairie, comme ils l'appelaient désormais entre eux pour en rire plutôt que d'en pleurer, et surtout lorsqu'on lui avait appris que Clay était mort (on ne lui avait pas donné de détails, mais la police avait été alertée par le responsable de la casse de voitures, suite à la montée en puissance d'une odeur de putréfaction intense, et on avait pu identifier les restes). Mais apparemment, il s'en remettait.

- Salut, fit Altaïr en s'approchant du lit, veste sous le bras, mains dans les poches.

- Qu'est-ce que tu viens faire par ici ? demanda son cousin en l'observant, voyant qu'il avait un visage un peu fermé.

- Je voulais te dire au revoir avant ton départ, répondit Altaïr en s'approchant pour venir s'assoir sur la chaise près du lit.

En effet, à présent qu'il était déplaçable, il avait été programmé son transfèrent à Seattle, au Grace Hospital, où Aveline avait accepté de travailler en échange de la prise en charge de son protégé par les meilleurs spécialistes pour tenter de sauver sa main.

- Je ne pars pas avant demain, tu sais, répondit Desmond en l'observant.

- Je sais, soupira Altaïr. Mais je ne suis pas sûr de supporter de voir partir une personne de plus.

En disant cela, il eut un sourire triste. Desmond l'observa attentivement. Il avait un visage un peu fatigué et quelque chose de mélancolique dans le regard. Il savait pourquoi.

- C'est ce soir, hein ?

- Cet après-midi, plutôt, répondit-il simplement.

- Ça va aller ? s'enquit son cousin, un peu attristé pour lui.

- Oui, ne t'inquiète pas.

Il disait ça, mais son corps parlait inconsciemment pour lui, sa tête hochant très légèrement pour souligner la négative.

Desmond n'insista pas, baissant les yeux, ne sachant trop que dire. Il y eut un petit silence, puis il trouva un autre sujet, et demanda :

- Et sinon, ça va avec la mise en place de cette nouvelle entreprise ?

C'était le bon choix de conversation, il le vit tout de suite, car le sourire qui se dessina sur le visage d'Altaïr était plus sincère, moins triste, et il répondit en riant à moitié :

- Claudia me rend déjà fou. Elle a des idées très arrêtées sur ce qu'elle imagine pour l'identité visuelle de l'entreprise et elle m'a déjà fait recommencer trois fois le concept de logo.

- Ça lui ressemble bien, oui, rigola à son tour le jeune homme.

- Mais bon, elle est investie, et c'est agréable de travailler avec quelqu'un qui sait où il va. Pas comme avec Léo avant.

- C'est sûr que Léonardo était un peu…

- En complète roue libre, approuva l'autre. Oui.

Ils débattirent un moment de ce sujet, puis évoquèrent d'autres aspects de ce qu'allait être cette entreprise familiale, avant de lentement dévier sur d'autres choses, l'avenir de Desmond, les projets envisager par ceux qu'ils connaissaient. Ils discutèrent ainsi plus d'une heure, avant qu'un aide-soignant ne les interrompe car c'était l'heure de la douche pour le jeune homme.

- Bon, fit Altaïr en se relevant. Bein du coup je te souhaite un bon voyage et bonne installation à Seattle.

- Merci, je vous donnerai régulièrement des nouvelles, répondit l'autre.

Ils savaient tous les deux que cette promesse tiendrait seulement un mois avant que les prises de contacts ne s'espacent dans le temps. Ce n'était pas grave, c'était normale. C'était la vie qui allait ainsi.

- Tu salueras bien Assia de ma part, déclara encore le plus vieux.

La jeune femme était déjà partie depuis quelques jours, pour un entretien d'embauche à Seatlle, où elle avait décidé de suivre son petit-ami, et pour visiter un appartement.

- Je ne manquerais pas.

Altaïr s'approcha du lit et se pencha pour étreindre son cousin dans ses bras, lui donnant une tape dans le dos.

- Je suis sûr que tout ira bien pour toi, dit-il

- Pour toi aussi, répondit simplement Desmond.

Puis le responsable marketing se redressa, et sortit de la pièce en fermant la porte derrière lui, laissant son cousin aux soins de l'aide-soignant. Il sortit son téléphone de sa poche, regarda l'heure, vit qu'il avait trois messages lui demandant où il était, et soupira profondément en prenant la direction du parking.

Federico l'attendait, ayant loué une véhicule huit places pour l'occasion.

C'était lui qui les amenait à l'aéroport.

oOoOoOo

Le hall était étrangement calme, c'était une heure creuse. Ils avaient enregistré leurs bagages et validé leurs billets, il ne restait plus qu'à passer le portique de sécurité. C'était le moment de se dire aurevoir.

L'atmosphère qui planait sur le petit groupe était étrange, lourde et à la fois irréelle. Ils se regardaient en chien de faïences, en cercles plus ou moins patatoïde et n'osait pas tellement parler. Finalement, ce fut Rebecca qui, comme à son habitude, se lança la première. Elle lança, avec un sourire crispé, la voix un peu étranglée malgré les intonations qu'elle voulaient amusées :

- Bon, faut qu'on se lance, sinon, on ne va jamais oser.

Elle s'avança dans l'espace et commença par attraper Altaïr dans ses bras, le serrant si fort qu'il eut l'impression de suffoquer.

- Tu vas me manquer, mon pote !

- Toi aussi, répondit-il en lui rendant son étreinte.

Claudia se tourna vers son frère Ezio, qui était retourné en Italie et était revenu quelques jours pour discuter de détails concernant les détails du fonctionnement de l'antenne américaine de son entreprise, qu'il développait parallèlement en Toscane, avec l'aide de Yusuf. Enfin, officiellement c'était ça, officieusement, tout le monde se doutait qu'il avait envie d'être présent le jour du grand départ. Mais il repartait aussi aujourd'hui.

- La prochaine fois, ramène-moi mon mec, déclara-t-elle en riant un peu avant de lui faire une bise sur la joue.

- On finalise les papiers et je te l'envoie dans un beau paquet cadeau, éclata-t-il de rire en lui rendant la bise.

Il se tourna ensuite vers son frère et ils se firent une accolade.

- Fais bon voyage, fit Federico en lui tapotant le dos.

- On va essayer. Je vous écris quand j'arrive.

Ils se séparèrent, Ezio passant à son cousin, et Federico se tournant vers Rebecca. Tous deux furent un peu gênés. Ils savaient mutuellement qu'ils avaient eu de l'attirance mutuelle, se l'étant avoué lors du dîner de clôture de la DaVinci Inc, mais ayant également mutuellement reconnu que ma fois, ce n'était pas le bon moment dans la vie de chacun.

Federico voulut simplement lui serrer la main, mais la motarde lui sourit, amusée, et s'avança pour lui faire une bise, ce qui sembla le surprendre un peu.

- Au plaisir de vous revoir à l'occasion, lui chuchota-t-elle avant de déjà se tourner vers Claudia.

Tout s'enchaina ainsi, dans un fouillis sans nom. Tout le monde se serra, se fit la bise, se salua, se promit de donner des nouvelles. Jusqu'à ce qu'il ne reste que deux personnes à devoir se dire aurevoir.

Debout en vis-à-vis, se tenant la main par le bout des doigts, Altaïr et Malik se perdaient dans le regard de l'autre depuis presque une bonne minute. Les autres virent ça, et échangèrent des sourire entendu.

Rebecca se lança et déclara d'une voix tonitruante, sans gêne comme toujours :

- Bon, je vais déjà y aller, j'ai besoin de pisser ! On se retrouve de l'autre côté Malik.

Elle donna une tape sur l'épaule de son ami en lui passant à côté, et s'approcha du portique de sécurité en faisant « bye-bye » des deux mains au reste du groupe. Ezio se tourna vers son frère et sa sœur, les attrapa les deux dans ses bras une dernière fois, et imita la noiraude.

- On… on va vous laisser un peu, finit par déclarer Claudia avec un sourire gêné à l'attention des deux autres.

Elle fit volte-face et attrapa son autre frère par le bras, qui lança à Altaïr :

- Prenez votre temps, on t'attend sur le parking.

Et ils s'éloignèrent, laissant les deux amoureux seuls. Altaïr et Malik les regardèrent disparaitre dans la foule, puis replongèrent dans les yeux de l'autre.

Ils avaient la gorge nouée tous les deux, et un poids dans cet espace entre le cœur, les poumons et l'estomac, là, juste au creux du ventre, où naissaient les émotions. Aucun n'osait parler le premier, leur mains se serraient dans le silences. Autour d'eux, la vie continuait, les gens allaient et venaient, certains les observaient en passant. Oui, tout continuait, sauf pour eux. En cet instant, le temps semblait s'être figé entre eux.

S'ils ne trouvaient rien à dire, en réalité, c'était aussi parce qu'ils s'étaient déjà tout dit, dans les jours précédents ce départ. Ils avaient parlés de ce que l'avenir pouvait bien leur réserver. Ils avaient envisager le meilleures comme le pire.

Peut-être Malik ne reviendrait-il jamais, mais qu'aucun d'eux ne parviendrait à arrêter d'aimer l'autre et qu'ils seraient malheureux.

Peut-être reviendrait-il et ils s'aimeraient encore très fort.

Peut-être l'un des deux trouverait quelqu'un d'autre sur la route, ou les deux.

Peut-être qu'un peu de tout cela se produirait.

Peut-être qu'autre chose arriverait.

L'avenir était une chose sur laquelle ils n'avaient pas d'emprise. Ils ne pouvaient pas prédire ce qui se produirait. Ils n'avaient pas ce pouvoir. Tout ce qu'ils pouvaient dire, c'était ce qui était vrai en cet instant.

Ils s'aimaient, de tout cœur et depuis longtemps. Et ça, s'était la seule chose qui était importante. Mieux valait avoir aimé et perdu en suivant son chemin, que de ne jamais avoir pu partager ce qu'il partageait. Même si d'autres chemins croisaient le leur, ça, ça avait existé, et ça ferait toujours partie d'eux.

Et puis, qui savait ce que la roue du destin leur réservait sur la route ? Elle les avait bien réunis, plus d'une fois, alors…

« Dernier appel pour le vol à destination de New York, tous les passagers sont priés… » grésilla une voix dans les haut-parleurs au-dessus d'eux.

Cela signifiait qu'ils étaient ainsi depuis plus d'une heure, silencieux. Ils levèrent les yeux vers la source de cette annonce qui brisait l'instant intime. Altaïr soupira du nez, puis lui sourit et déclara :

- Tu vas rater ton vol.

- Je sais, fit simplement Malik, les yeux brillants d'émotion. C'est juste… Je ne pensais pas que te quitter serait si dur.

Voyant qu'il tremblait presque, l'autre ferma les yeux et prit une grande inspiration pour se clamer avant de déclarer en se forçant à esquisser un sourire doux.

- Ça va aller, Malik.

Il glissa une main sur sa joue, ce qui le fit frémir, puis vint l'embrasser tendrement sur les lèvres. Cela sembla durer une éternité et leur parut être bien trop court tout à la fois. Lorsqu'il se détacha, Altaïr déclara le plus sincèrement du monde :

- Je t'aime.

- Je t'aime aussi.

Ils se regardèrent encore un instant, puis leurs mains, timidement, se lâchèrent. Ils se firent face quelques secondes.

- Le monde t'attend derrière ce portique., fit Altaïr pour l'encourager. Ne te retourne pas.

Malik, acquiesça, puis, avec lenteur, se recula de quelques pas sans le quitter des yeux, puis rompit le contact visuel, et rejoignit à pas rapides la file de contrôle. Altaïr le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il soit passé de l'autre côté, puis soupira et s'en alla pour retrouver sa famille, les mains dans les poches.

Depuis le parking, ils restèrent encore le temps de voir les avions décoller (une bonne demi-heure de plus). Lorsque celui qui emmenait Rebecca et Malik à New York pour rejoindre Fadhila au siège social de Buttyfull eut disparut à l'horizon, Claudia et Federico lui posèrent chacun une main sur une épaule, l'encadrant chacun d'un côté pour lui montrer leur soutien.

- Ça va aller, demanda avec inquiétude sa cousine d'une voix douce.

Altaïr regarda encore le ciel qui virait à l'orange et au violacé, prit une grande respiration, puis répondit, un sourire se dessinant sur ses lèvres :

- Oui.

Et il était sincère car, même s'il avait mal et se sentait triste en cet instant, il se sentait, sans savoir pourquoi, confiant en l'avenir. Il avait le sentiment qu'après tout le mal, seul le meilleur pouvait arriver, et que chacun était sur le chemin qu'il devait suivre.

Il tourna la tête pour regarder successivement son cousin et sa cousine, et leur sourit avant d'ajouter :

- Rentrons chez-nous.

oOoOoOo

Quelques mois s'étaient écoulés depuis le départ de Malik et la vie à Fasmay Hill continuait son cours. La Auditore's Toscana Fine Food avait ouvert ses portes et semblait rencontrer un certain succès, qu'il faudrait confirmer et maintenir par la suite. Darim était venu établir en ville, permis valable en main et s'était installé avec Claudia dans l'ancien appartement de Léo, au-dessus de l'entreprise.

Le peintre et Cesare, remit de ses blessures, avaient déménagé à Los Angeles, même s'il profitait à présent d'une petite lune de miel bien méritée. Lucrèce avait repris les affaires à la banque et envoyé clairement leur père se faire voir lorsque celui-ci avait tenté de débarquer pour critiquer vivement la dissolution du Conseil. Elle l'avait traité d'assassin, lui et ceux de l'anciens. Il était reparti la queue entre les jambes.

Se sentant euphorique, elle avait tenté sa chance en invitant Federico, pour qui les sentiments adolescents ne semblaient pas s'être effrité tant que ça, à diner. Ça l'avait surpris, mais il avait accepté, et depuis, ils semblaient se rapprocher.

Federico, pour sa part accueillait depuis quelques temps sa fille. Un vrai petit rayon de soleil plein de joie de vivre qui était gâtée par sa tante et son grand-cousin, complètement fous d'elle. Claudia semblait guérir son cœur concernant sa fausse-couche au contact de cette petite.

Desmond avait tenu ses promesses et prenait régulièrement contact. Il avait eu quelques déconvenues à Seattle. Au début les médecins pensaient ne pas réussir à sauver sa main, mais les docteurs Newton et Torres, spécialistes en ortho, et Shepherd, neurochirurgien, avait réussi l'impossible avec une approche novatrice. Pas sûr pour autant qu'il pourrait être chirurgien, mais il pourrait au moins être médecins, et ça lui convenait.

Aveline, elle, avait fini par craquer après une phase de renfermement et avait accepté de suivre une thérapie. Elle avait aussi encaissé trop en trop peu de temps, et elle avait besoin de souffler. Elle avait accepté un congé sabbatique.

Dans les autres nouvelles, Maria avait décidé, après réflexion, de remettre son insigne de Shérif. Elle restait dans la police, mais elle ne voulait plus prendre autant de risque, surtout que sa compagne lui avait fait part de son envie qu'elles aient un enfant. Après avoir pleuré son père, elle pensait que c'était bien de s'occuper de sa femme, et de fonder une vraie famille.

Pour s'occuper, elle participait activement à la mise en place du nouveau système politique et administratif de la ville. Les ruines de l'ancienne mairie avaient d'ailleurs été rasées, et les travaux du nouveau bâtiment avaient débuté.

La vie, après la tempête semblait donc assez douce.

oOoOoOo

Ce matin-là, Altaïr se réveilla, seul dans son lit. Ce lit qu'il avait partagé avec Malik autrefois. Il laissa son regard courir sur le plafond, soupira, et sortit rapidement. Il n'aimait plus trainer au lit depuis son départ. Le vide à côté de lui l'angoissait.

Il se doucha rapidement, s'habilla, attrapa ses clés, puis quitta l'appartement. Celui d'en face, qui avait été le sien puis celui de Claudia, était désormais attribué à quelqu'un d'inconnu.

Il descendit dans la rue, refermant sa veste car le froid de février, même aussi proche du désert, était prenant. Il parcourut le trottoir jusqu'à l'angle de la rue, entra chez Mario pour saluer et prendre un café à l'emporter (le kiosque où il le prenait avant avait fermé), puis traversa la route en levant les yeux sur le magnifique logo qu'il avait créé pour leur entreprise, dont il était très fier, et entra dans le bâtiment.

- Bonjour Monsieur, fit le nouveau secrétaire qui avait pris la place d'Assia.

Il salut, puis monta à l'étage. Il se glissa à son boxe, posa ses affaire sur sa table de travail – notamment son téléphone – et s'installait lorsque Claudia, en tailleurs complet, entra souriante.

- Salut cousin ! tu vas bien ?

Elle semblait radieuse, dégageait quelque chose de dynamique. Elle adorait son nouveau rôle et s'éclatait dans ce qu'elle faisait, s'était beau de la voir si épanouie.

- Hello, lui répondit-il, sentant la grisaille de son esprit s'évaporer en partie. Bien et toi ?

- Nickel ! Tu as un peu de temps pour une réunion, on a un potentiel gros client et il faudrait voir une stratégie.

- Tu me laisse deux minutes, et j'arrive, répondit-il en riant presque de la voir si survoltée.

- Ha, au fait, elle lui tandis une carte postale. Cesare et Léo nous ont écrit, visiblement ils sont aux chutes du Niagara.

Altaïr la lui prit des mains et regarda la carte personnalisée avec une photos des deux amoureux, devant les fameuses chutes, en k-way jaunes pour ne pas se mouiller. Ils avaient l'air heureux. C'était une bonne chose, même si cela lui rappelait que lui était seul à présent.

Claudia remarqua l'ombre qui passait sur son visage, et demanda avec soucis :

- Ça va ?

- Y a des jours avec et des jours sans, répondit-il simplement.

Elle hocha la tête en le regardant avec douceur, puis déclara :

- On t'attend en salle de conf.

- J'arrive.

Elle le laissa seul un instant. Il s'assit à son bureau pour allumer son ordinateur, un peu triste, lorsque son téléphone vibra. Surpris, il tendit la main et regarda.

C'était un message vocal de Malik.

Son cœur s'emballa un peu, il eut l'impression d'avoir le souffle coupé. Déglutissant, il déverrouilla l'appareil et le porta à son oreille en lançant l'audio. Entendre sa voix lui fit palpiter des papillons dans l'estomac, mais plus encore, ce qu'il entendait ramena doucement un sourire sur ses lèvres et éloigna les nuages.

Lorsqu'il rejoignit Darim, Claudia et la nouvelle collaboratrice, il se sentait plus léger, et il souriait franchement. Clauida parut intriguée en le regardant prendre place à côté d'elle. Darim, qui commençait à apprendre un peu l'anglais, lui lança :

- Ça a l'air d'aller bien, moi amico.

- Oui, tout va bien, répondit-il, le cœur en joie, murmurant presque. Tout va mieux.

- Bon, c'est bien alors, fit Claudia, ravie de le voir plus léger, avant de reprendre son rôle. Mais bon, ce n'est pas le tout, on a du boulot les enfants ! Qu'est-ce que vous me proposez ?

oOoOoOoOo

« Salut Altaïr… je sais que je ne t'ai pas vraiment écrit ou donné de nouvel ces derniers mois, mais… c'était dur d'être loin de toi et j'ai pensé qu'entendre ta voix rendrait les choses plus dures. Je suis désolé de ce silence et je suis désolé de t'envoyer un audio plutôt que de t'appeler. Mais je crois que si tu me répondais, si j'entendais ta voix, je ne saurais plus quoi te dire, et c'est important que je te le dise. Bref… J'espère que tu vas bien. Moi je suis en pleine forme, même si ma mère va rendre folle, [rire]. Je voyage pas mal, je vois le monde comme j'en ai toujours rêvé. Là on est en Italie pour la fashion week et je crois que Rebecca s'éclate en préparant le show pour Buttyfull. Elle a recommencé à flirter avec un couturier, je crois que partir lui a permis de faire son deuil, c'est bien, c'est beau à voir. Je pense profiter de passer à Monterigionni saluer Ezio après les défilés, ça me fera du bien quelques jours loin de maman [rire]. Enfin, bref, ce n'est pas vraiment pour ça que je trouve le courage de t'envoyer ce message. En fait… [hésitation]… je voulais te dire que partir m'a fait du bien aussi. J'en avais vraiment besoin, tu sais, de m'éloigner de l'endroit où tout ces drames sont arrivés. Mais je crois aussi que cela m'a permis de réaliser une chose importante, dont je n'avais pas forcément pris conscience jusqu'à présent. Fasmay Hill n'est pas ma maison. Je peux vivre n'importe où. Mais toi, oui. Toi, tu es ma maison. [grande inspiration, soupir]. Tu es ma maison, tu es mon foyer. Je n'ai pas encore fini de voyager, je crois que j'ai encore besoin d'un peu de temps, mais sache que j'en suis certain désormais. Je reviendrai vers toi. Ne m'attends pas pour autant, hein. Mais juste, sache que oui, un jour, je rentrerai… et j'espère que tu seras encore là pour moi, même si je ne te le demande pas. Voilà, c'est tout ce que j'avais à dire. J'espère que tout va bien pour toi et les autres. Salue-les tous pour moi. [Voix de Fadhila en arrière-plan : « Malik, mon chéri, ça va commencer ! », « oui, j'arrive »]. Enfin voilà, j'avais juste besoin de te le dire. Je t'aime. À bientôt. [Fin du message].


Le Cycle de la Rédemption

FIN