LE PROLOGUE. - Après avoir été surprise en train d'essayer d'enterrer son frère, Antigone est condamnée à mort par Créon. Elle doit être enterrée vivante. Elle est à présent dans son tombeau, seule, à attendre que la mort veuille bien la prendre dans ses bras.

ANTIGONE, agenouillée et regardant autour d'elle. - Et voilà Antigone, c'est fini, c'est la fin de ton histoire. Que d'ironie ! C'est en voulant mettre en terre ton frère que tu es enterrée ! Maudit, maudit soit Créon ! Avec ses façons de roi qui croit pouvoir gouverner sur la vie et la mort ! La mort... Elle est libre, vit à nos côtés mais nous sommes juste trop aveugles pour la remarquer, la voir, la sentir venir. Et ce n'est que quand elle nous tombe dessus, avec ses grandes ailes noires comme mes cheveux, que l'on s'aperçoit de sa présence. La vie au contraire est exubérante, elle tient à tout pris à ce qu'on la voie et qu'on l'admire. Apparemment, sans elle, on ne peut pas être heureux. Ismène... Elle n'existe que pour la vie comme moi je n'existe que pour la mort. Elle ne se rend même pas compte de cette ombre à côté d'elle, elle est comme les autres, aveugle. Oh ! Ce que je l'aime ma grande sœur ! Je t'en supplie, pardonne-moi ! Excuse-moi de t'abandonner dans ton paradis, dans ton monde où le soleil me brûle la peau, où les couleurs trop vives me piquent les yeux, où votre bonheur m'éclabousse mais, moi, je reste en retrait, je n'y aie pas droit, au bonheur... Je veux juste la liberté, ma famille... Polynice, je suis désolée mon frère, je n'ai pas pu te rendre les honneurs. Je parlerai de toi aux parents le temps que tu nous rejoignes, le jour où une âme bienfaisante te mettra en terre. Oh ! Papa ! Maman ! Comme vous m'avez manqués ! Les histoires de héros que tu me racontais papa, ton amour et ta douceur maman ! Vos bras chauds et forts qui me serraient et me protégeaient de tous les dangers ! J'arrive... Je vais enfin vous retrouver... Mais je dois encore faire des adieux. Hémon... Mon doux et fort Hémon ! Mon prince ! Notre histoire ne devait se terminer ainsi ! (elle pleure) Je t'aime tu sais ? Je ne voulais pas te faire de mal ! Avec toi, j'aurai peut-être pu supporter... Mais je ne pouvais abandonner ma famille. J'espère que tu me comprends. J'aimerai tant que tu me sers dans tes bras, comme tu l'as fait ce matin. Dans tes bras, rien ne peut m'atteindre, rien ne peut nous arriver, nous sommes seuls au monde. Je t'aime Hémon. Oh ! Tu ne peux même pas imaginer à quel point je t'aime. Et notre petit garçon... J'aurai tellement aimé le serrer dans mes bras, te voir jouer avec lui, avec ton sourire : de petites fossettes se creusent aux coins de ta bouche, tes yeux pétillent et l'on y voit toute la joie du monde ! Il aurait ce même sourire et ce même regard... Je l'aurai serré dans mes bras, le défendant de tous les dangers du monde. Je t'aime tellement... Je vous aime tellement... Mais c'est l'heure à présent. (la dernière pierre est mise et Antigone joue avec les fils de sa ceinture) Du vert... Comme l'herbe de ce matin, quand la nuit protégeait encore la nature, où celle-ci dormait et où tout était calme. Il fait froid maintenant... Du bleu... Comme le ciel ce midi, comme les jours heureux de mon enfance quand Ismène et moi passions nos journées à jouer dehors sous le regard protecteur du ciel et du soleil. Il fait sombre maintenant... Du rouge... Comme notre amour Hémon. Te souviens-tu ? Le premier jour, le lendemain de ta demande, tu étais venu avec un bouquet de coquelicots. Tu était à mes côtés... Mais je suis seule maintenant... Seule face à la mort qui guette tous les Hommes et qui a décidée qu'aujourd'hui était mon jour. J'étouffe... C'est fini maintenant...