De Magie et de Sang

Résumé général : En 1977, les mages noirs souhaitent assainir la communauté sorcière et sèment le chaos tandis que les Cracmols et Nés-moldus revendiquent leur place. Les élèves de Poudlard s'interrogent sur leur avenir alors que Lily Evans découvre un étrange livre... [Dernière année des Maraudeurs et histoires antérieures.]

Résumé du chapitre précédent : Sur le chemin de Traverse, Lily rencontre Darren, un Cracmol énigmatique qui étudie la biologie. Elle apprend avec un grand déplaisir que James Potter sera préfet-en-chef avec elle et manque de se battre en duel avec un groupe de Serpentard. Après son départ, le Chemin de Traverse est attaqué par des Mangemorts. Les Evans sont tous réunis lorsque Lily reçoit une lettre du Ministère intimant à sa communauté de se mettre à l'abri. Vernon, qui vient de demander Pétunia en mariage, apprend alors la nature profonde de sa future belle-sœur et quitte les lieux. Ceci oblige aussi Lily à mettre ses parents au courant de la gravité de la situation au sein du monde des Sorciers.

Disclaimer : Rien ne m'appartient, JK Rowling et la Warner own the stuff. Et je ne tire pas une noise en écrivant cette histoire !

Spoilers : Toute la saga HP. Pas de références explicites à Cursed Child. J'essaie de plus ou moins respecter le canon de Pottermore, mais comme je ne l'ai pas entièrement en tête… il est bien possible que je prenne des libertés ! :)

Avertissement : K+, en raison du contexte politique troublé.

Rappels des personnages (au cas où)

Jane et Stephen Evans : parents de Lily et Pétunia.

Marlene McKinnon : Gryffondor de 7ème année, meilleure amie de Lily.

Arnav Patil : Serdaigle de 7ème année, petit ami de Marlene.

Sam Willis : meilleur ami d'Arnav Patil.

Morag Mulciber : Serpentard de 7ème année.

Fergus Avery : Serpentard.

Shelagh Lestrange : Serpentard.

Darren : Cracmol que Lily rencontre sur le Chemin de Traverse au premier chapitre.

Note : Merci à Noémie pour sa review et à Mai51 de s'être abonnée ! J'espère que la suite vous plaira !

Chapitre 2 : Pyjama-party

« Massacre sur le Chemin de Traverse : le bilan s'alourdit

Trois jours après la terrible attaque perpétrée par les sorciers partisans de Lord Voldemort, qui se qualifient de 'Mangemorts', le bilan des victimes s'alourdit considérablement. Après une fin de semaine particulièrement mouvementée à l'Hôpital de Sainte-Mangouste, le décompte s'élève ce lundi matin à 27 morts dont 6 enfants âgés de moins de 11 ans et 3 jeunes sorciers se rendant à l'école de sorcellerie de Poudlard, ainsi qu'une trentaine de blessés dont 9 se trouvent encore en soins intensifs à l'hôpital Sainte-Mangouste.

Par ailleurs, il est désormais possible d'estimer les pertes matérielles à plus de 30 000 gallions. Tom Brandon, qui exerçait comme apothicaire depuis trente-cinq ans, a vu son stock d'ingrédients moldus intégralement détruits, tandis que Fleury & Bott a vu son rayon de littérature moldue disparaître dans les flammes. Mais si de nombreuses boutiques ont souffert de la panique et des contre-sorts de défense, qui ont causé la destruction de leurs stocks et de leurs vitrines, c'est sûrement l'incendie de la Theière Frappée qui a le plus marqué les esprits en ce vendredi noir.

Joshua et Penny Pierceman, propriétaires du lieu, ont été pris pour cibles par les Mangemorts qui leur ont infligé de nombreux sortilège Doloris avant de les enfermer dans le bar, d'y mettre le feu et de faire apparaître la Marque des Ténèbres. Le couple a malheureusement succombé avant l'intervention des brigades du Ministère. Le couple Pierceman était connu pour organiser tous les mois, dans l'enceinte de la Theière Frappée, des débats politiques axés vers la cohabitation avec les Moldus. Ils reversaient par ailleurs chaque année une partie de leurs bénéfices à l'Association « La Cachette » qui, depuis cinq ans, se donne pour mission d'accueillir les jeunes Cracmols chassés de leurs foyers et de les intégrer à la communauté moldue.

La Première Ministre Paige Parkinson a tenu ce matin une conférence de presse au cours de laquelle ses propos se sont révélés ambigus, voire contradictoires selon ses détracteurs. Elle a en effet condamné les actions des Mangemorts, tout en se montrant ouverte à prendre en compte leurs revendications : « La volonté de préserver notre culture magique, nos traditions et notre héritage sorcier, est un souhait largement partagé par la communauté magique. Mais semer le chaos dans notre communauté n'a jamais aidé à construire quoi que ce soit de durable et de telles violences doivent être empêchées. Je suis prête à recevoir Lord Voldemort, le leader dont ces agitateurs se réclament, afin d'écouter ses requêtes et de trouver un arrangement légal à ses revendications. En attendant, des poursuites seront engagées contre les suspects et une telle barbarie sera bien sûr sanctionnée par des peines d'emprisonnement à Azkaban. »

Interrogé suite aux déclarations de Paige Parkinson, le sous-secrétaire de la Justice Magique Bartemius Croupton, n'a pas souhaité faire de commentaire. Mais ses prises de positions, considérées comme plus énergiques, reçoivent de plus en plus de soutien au sein du Ministère qui semble peiner à trouver une ligne directive commune... »

Agacé, James Potter parcourut rapidement les dernières lignes de l'article tout en se servant un verre de jus de courge et cannelle. Il tourna la page et secoua la tête d'incrédulité.

« Et sans transition avec ces nouvelles horrifiques, un article brillant sur la transformation physique de Celestina Moldubec : pour ou contre les sorts d'amélioration esthétique ? » s'indigna-t-il en brandissant le journal à la cantonade.

« Un vrai sujet, néanmoins ! J'aimais bien ses dents de travers, ça lui donnait beaucoup de charme... » déclara Fleamont Potter d'un ton rêveur. La poêle dans la main gauche, sa baguette dans la main droite, il fit se déposer magiquement quelques pancakes dans l'assiette de son fils et d'autres pancakes dans l'assiette d'en face, qui était celle Sirius Black.

« Je suis sûr que Joshua et Penny Pierceman passaient leurs journées à débattre de la question, en effet ! » grinça James en brandissant sa fourchette d'un air rageur.

Le visage posé dans la main droite, Euphemia Potter regardait au loin par la fenêtre de la cuisine, qui donnait sur un bois aux couleurs orangées et dorées. L'automne approchait.

« La Gazette a toujours eu du mal à trouver son ton. Ils veulent s'adresser au plus grand monde et ça donne un assemblage un peu… indécent… parfois... » expliqua-t-elle.

« C'est pour ça que vous aviez quitté le Journal, Euphemia ? » demanda Sirius en arrosant ses pancakes de sirop.

« Officiellement, j'attendais enfin un enfant et j'avais envie de profiter de cette aventure sans avoir à rester au bureau jusqu'à deux heures du matin pour respecter ma deadline. Mais c'est vrai que l'arrivée de Hugh Willis à la tête du journal a renforcé mon choix. La Gazette n'a jamais été la même depuis. »

Elle soupira et but une gorgée de thé fumant.

« Il y a plus de publicités dans les pages et moins de prises de positions… l'écriture est passée au second plan, il fallait surtout augmenter les bénéfices et honnêtement, je ne suis pas sûre que ce soit approprié pour un journal, quel qu'il soit. Mais la Gazette jouit d'une grande popularité et c'est difficile pour n'importe quel autre journal de s'imposer en face. Mais j'ai entendu dire que Xenophilius Lovegood avait fait une razzia sur tout un stock de parchemin, je crois qu'il va tenter de créer un outsider. Il a souvent évoqué sa déception quant à ce que devenait la Gazette... »

« Xenophilius Lovegood ? » dit Sirius avec amusement. « Ce n'est pas lui qui avait essayé de commercialiser le kit de chasse au Ronflak Cornu ? »

« Attention à toi, mon garçon » intervint Fleamont en faisant passer un saladier de fruits rouges. « Si tu veux finir ton assiette, tu ferais bien de ne pas trop critiquer ce bon vieux Lovegood devant mon épouse, elle risquerait de te mettre à la porte... »

« Maman a un faible pour les esprits libres... » sourit James.

Euphemia roula des yeux. « Xenophilius est un peu extravagant mais il a aussi des idées intéressantes qui méritent d'être écoutées. Et je ne crois pas que Pandora l'aurait épousé si elle n'avait pas vu quelque chose en lui… Cette jeune femme est tout simplement brillante. »

« Avoue que tu rêverais qu'il t'invite à aller observer les Joncheruines avec lui, sous les étoiles... »

Fleamont et Sirius ricanèrent.

« Très cher fils, je ne m'amuserais pas à taquiner ma mère si elle connaissait un aussi bon sortilège de tirages d'oreille que moi ! » rétorqua Euphemia en se levant. « Je vais finir de me préparer, nous partons dans trois quart d'heures. Finissez vos valises. » ajouta-t-elle à l'adresse des deux adolescents avant de quitter la cuisine, car elle savait pertinemment dans quel état se trouvait la chambre de James à moins d'une heure du départ pour la gare de Kings'Cross.

« Dix-sept ans que j'entends parler de ce fameux sort mais je vais finir par croire qu'il s'agit d'une légende. » marmonna James.

« On t'a trop épargné. » soupira Fleamont en massant ses propres oreilles. « Ton grand-père l'a plus utilisé sur moi que n'importe quel autre enchantement dans sa vie. C'était une punition particulièrement populaire à l'époque... »

« Pas qu'à l'époque » déclara sombrement Sirius, et Fleamont lui lança un regard compatissant.

« Avez-vous eu d'autres nouvelles de vos camarades de classe ? » questionna Mr Potter d'un air soudainement grave.

« On a identifié les trois victimes » répondit Sirius. « Audrey Dawson de Serdaigle : elle avait seulement douze ans… Allen Chourave en cinquième année à Poufsouffle : sa soeur Margaret est préfète dans la même maison. Et Cole Stevens. Il était en troisième année avec nous à Gryffondor. Les enfants qui ont été touchés étaient surtout des enfants qui vivaient dans le quartier mais Alice Darlay a perdu sa petite cousine dans l'attaque, elle avait six ans... »

Il repoussa son assiette avec colère.

« Comment le Ministère peut accepter de négocier avec des tarés qui tuent des enfants ? J'ai grandi avec des gens qui partagent les opinions de ce Lord Machin, ils n'entendront jamais raison. Reconnaître que leurs idées de pureté de sang ont du sens, c'est leur laisser le champ libre pour laisser cours au besoin de violence qu'ils se transmettent de génération en génération... »

« Paige Parkinson est comme la plupart des sorciers : pleine de préjugés. Elle ne voyait pas d'un bon œil ni les soirées débats des Pierceman, ni le succès du roman de Charlus Prewett, ni le style de vie des Mulaigh. D'une certaine manière, ce qui se passe l'arrange et elle comprend vraiment les revendications de ces illuminés. Elle aimerait juste qu'ils ne se saccagent pas l'économie de notre communauté mais ça s'arrête là. »

« Mais ils sont incontrôlables ! » objecta Sirius.

« Je sais, Sirius… Je sais. » répondit Mr Potter d'un ton amer.

« On ne peut pas demander aux gens de vivre comme ça, à avoir peur pour les leurs, pour les gens qu'ils connaissent, à devoir attendre le décompte officiel… Regardez James, il n'a pas réussi à dormir jusqu'à ce qu'il ait confirmation que Lily Evans était bien rentrée et en sécurité chez elle ! »

Ménageant son effet, le concerné avala de grandes lampées de jus de courge en adressant un regard blanc à son meilleur ami. Puis, il reposa son verre avec dignité et s'éclaircit la gorge.

« Je n'ai pas cherché à avoir la confirmation que notre nouvelle préfète-en-chef était en sécurité chez elle. Je l'ai su car Remus nous l'a écrit, Remus qui le savait par Emma Prewett qui le savait par Jules Tiffany qui le savait par Nali Paniandi qui le savait par Noah Ramsay qui le savait par Arnav Patil. S'il-te-plaît. Et j'ai eu du mal à dormir parce que tout le monde était angoissé, voilà tout. Ca n'avait aucun rapport avec le sort de Lily Evans. »

« Il a toujours un crush. » indiqua Sirius à Fleamont Potter sans porter attention à ce que disait James. Le visage de Fleamont se détendit instantanément.

« Père, ne prêtez aucune confiance aux allégations douteuses de ce vile squatteur !»

« Mais il n'avait pas tiré un trait l'année dernière ? » s'étonna Fleamont en ignorant son fils.

« Il dit que si... mais j'y crois pas. » assura Sirius.

« Bon, mon vieux Patmol, il va être temps de te trouver un appartement parce qu'on accepte pas les traîtres à leur sang, ici ! »

Fleamont fit un geste discret de l'index et le dernier pancake de James bondit de son assiette pour le claquer au visage.

« Sirius et moi avons un arrangement. » déclara Mr. Potter. « Nous lui offrons le gîte et le couvert à condition qu'il m'offre un certain nombre de dossiers compromettants au sujet de mon fils unique. »

Sirius ricana. James essuya le sirop d'érable de sa joue à l'aide d'une serviette.

« Mais c'est fini, cette toquade avec Evans ! Je suis le premier concerné et je peux vous assurer que c'est fini. Enfin, ça fait six ans qu'elle m'envoie bouler alors il faudrait être fou pour continuer d'insister ! » s'écria James.

« Mais pourquoi tu passes ton temps à la provoquer alors ? » railla Sirius.

« Parce que… » James haussa les épaules. « Je sais pas, c'est drôle. Elle est jolie quand elle se met en colère. Non, je veux dire – car les rires goguenards de son père et de son meilleur ami avaient repris autour de la table – qui n'apprécie pas une jolie fille, hein ? Ça embellit le paysage et puis, voilà, oh, et puis j'ai pas à me justifier après tout ! » Il se leva. « Je vous dit que c'est plus d'actualité, alors c'est le cas, et voilà, point final. »

« ... »

La porte s'ouvrit et la mère de James ré-apparut, redevenue l'apprêtée et pimpante Euphemia Potter que le monde des sorciers connaissait. Son regard s'attarda sur les miettes de pancakes qui maculaient encore le cou de James et sur son époux et Sirius qui semblaient bien s'amuser.

« Et vos bagages ? » demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

« Dès que Black aura arrêté de calomnier à mon sujet ! » répondit James.

« On s'en occupe, Mrs Potter. » la rassura Sirius.

Dans l'escalier qui menait à la chambre de James, ce dernier piqua les côtes de son ami à l'aide de sa baguette dont jaillissait des étincelles.

« Mais aïeuh ! C'est puéril, Potter ! »

« Ça t'apprendra à colporter des ragots. »

« Je croyais que les aboiements du chien n'atteignaient pas les hauts bois du cerfs… MAIS AIEUH ! Ton comportement est complètement indigne d'un préfet-en-chef, t'es au courant ? »

'Chaotique' décrivait plutôt bien l'état de la chambre des adolescents : deux mois de multiples activités estivales, qui avaient aussi comporté un voyage à l'étranger, avaient suffi à transformer le lieu en étalage brocante. James se frotta les mains l'une contre l'autre et sortit sa baguette magique.

« Vu l'ampleur de la tâche, il va falloir s'y mettre à deux. » déclara-t-il d'un ton résolu.

« Absolument. Reduire ! » lança Sirius avec un ample mouvement de la baguette.

Les chaudrons, les magazines, les caleçons, les friandises rapetissèrent d'un coup.

« Wokety woum !» lança James. Toutes les affaires se soulevèrent et du sol et flottèrent un instant dans les airs, se séparèrent en deux, se déposèrent dans les deux malles qui se refermèrent d'elles-mêmes. L'opération avait duré exactement douze secondes.

« Voilà ce que j'appelle du travail d'équipe ! » s'exclama joyeusement James.

« Pas très orthodoxe mais efficace. Ceci dit… Tu as quand même conscience que tout ce désordre sera remis exactement en place dans le dortoir de Gryffondor dès ce soir – et que Lunard – le seul étudiant de Poudlard qui repasse ses vêtements et plie ses chaussettes – va certainement s'évanouir ? » fit remarquer Sirius en allumant une cigarette à la fenêtre.

James sourit de toutes ses dents et sortit l'insigne rouge et or de sa poche. « Parle pour toi. Moi, cette année, j'ai mon dortoir. »

« Et tu oses essayer de me faire croire que toutes tes affaires sont pliées et rangées ? »

« Hm-hm. »

« Et si j'ouvre ta malle, je ne trouverai pas tes robes de Poudlard réduites à la taille de vêtements de poupées ? »

« Maman, c'est notre dernier départ du Poudlard Express et tu gâches ce beau moment d'émotion. »

Euphemia sourit à son fils. Son soupir balaya ses inquiétudes quant à l'état de la garde-robe de sa progéniture. Elle le serra dans ses bras avant d'étreindre Sirius qui le lui rendit avec gratitude.

« Merci pour tout encore... » insista le jeune homme auprès des parents de son ami. Sentant une pression sur sa nuque, James tourna la tête. Il remarqua, quelques mètres plus loin, un sorcier d'environs quinze ans qui les regardait d'un air désapprobateur. Regulus Black était moins beau que son frère aîné, ses traits moins harmonieux, sa silhouette moins élancée, et il paraissait définitivement moins sûr de lui. Mais c'était sûrement l'accoutrement qui le plus différenciaient les deux frères : les cheveux de Sirius commençaient à être suffisamment longs pour lui balayer les épaules, et il était habillé à la mode moldue. Regulus portait les cheveux coupés nets – si on faisait abstraction de son étrange frange qui séparait son front en deux. Il portait une robe de sorcier ornée de l'écusson des Black et en-dessous, apparaissait une tenue d'un autre âge.

Les regards de Regulus et de James se croisèrent, et le plus jeune baissa immédiatement les yeux, reportant son attention sur les elfes de maison qui l'accompagnaient et tentaient de hisser sa lourde malle dans un compartiment du train. Walburga Black avait cessé de se montrer sur le quai 9 3/4 depuis la fugue de son fils aîné. Savoir que celui-ci avait trouvé refuge dans une autre famille à la longue lignée de sorciers avait constitué pour elle un affront insurmontable. En règle générale, la santé défaillante du père, Orion Black, et l'amertume grandissante de la mère avaient considérablement réduits leurs apparitions au sein de la société sorcière.

James balaya la foule des yeux tandis que Sirius échangeait des civilités avec ses parents : ceux-ci l'avaient accueilli sans condition depuis plus d'un an et le jeune Black avait à cœur de leur exprimer toute sa gratitude.

Le quai était moins bondé que d'ordinaire, les parents semblaient plus anxieux et plus empressés de voir le train partir. Plusieurs employés du Ministère effectuaient des contrôles à l'entrée du train : deux accès seulement étaient maintenus, l'un en tête et l'autre en bout de train. Les autres portes étant restées closes pour éviter toute intrusion. Il s'agissait sûrement de mesures prises à la dernière minute, suite aux événements du vendredi passé.

Quelques mètres plus loin, Margaret Chourave, la préfète de Poufsouffle, était habillée en noir et serrait son père dans ses bras – lui aussi était vêtu de noir, d'ailleurs. James se rappela que sa camarade venait de perdre sa petite sœur, et que le père venait d'enterrer sa fille… Il déglutit et continua son tour d'inspection.

Une sorcière rousse discutait avec ses parents et il ne put s'empêcher de sentir son estomac faire un drôle de rebond : mais ça reste gérable se persuada-t-il, rien à voir avec avant, simple réflexe. Il connaissait Mr et Mrs Evans de vue pour les avoir croisés plusieurs fois sur le quai de Poudlard Express. Comme beaucoup de parents moldus, ils arboraient d'ordinaire l'air ravi et curieux de celui qui découvre un Boursouflet pour la première fois de sa vie. Ce jour-là, le sorcier fut pourtant frappé par leur attitude : la mère de Lily Evans semblait au bord des larmes tandis que le père de la jeune fille avait l'air de donner des recommandations d'un air particulièrement grave… La main sur l'épaule de sa fille, il lui indiquait quelque chose, l'index pointé sur elle. Mais Lily Evans fit « non » de la tête et répondit d'une manière qui fit blanchir son père et sortir un mouchoir à sa mère… Puis le visage de la jeune sorcière se détendit. Elle eut un murmure qui dut faire son effet vu le câlin collectif qui s'ensuivit.

« James ! Sirius ! » s'écria un garçon tout essoufflé.

Peter Pettigrow courait à toutes jambes vers eux, déjà revêtu de son uniforme. Sa cape flottait derrière et lui et il portait un gros sac en papier kraft dans ses bras. James et Sirius échangèrent un large sourire en voyant leur ami apparaître dans une telle précipitation : du Queudver tout craché. Celui-ci parvint à rejoindre le petit groupe et déposa lourdement son sac à terre.

« Mr. – Mrs. Potter » parvint-il à saluer, dos courbé et main sur les genoux pour tenter de reprendre son souffle.

« Bonjour Peter !» le salua gentiment Euphemia, mais Fleamont avait toujours aimé taquiner le garçon.

« Tu as passé de bonnes vacances, Peter ? »

Le garçon tenta de répondre par politesse mais il manquait encore d'air pour répondre. « ... »

« Et qu'est-ce que tu as dans ton sac ? »

Peter fit signe que l'oxygène peinait encore à rentrer. « ... »

« Ta mère n'est pas venue avec toi ? »

« ... »

« Fleamont, arrête de martyriser le pauvre garçon ! » gronda Mrs. Potter en donnant un coup de coude à son mari.

« Va-cances – okay… sac – brosse-à-dent et sa-von et casse-croûte – ou-bliés… Ma-mère – repartie... » haleta Peter d'un seul coup.

Euphemia fronça les sourcils mais son époux semblait éprouver beaucoup d'amusement à voir Peter se sentir obligé de répondre à ses questions par politesse. « Tu es content de toi, je suppose ? » Fleamont haussa les épaules, rayonnant.

« Re-mus – train – déjà ! » annonça Peter à ses deux amis.

« Le bon Remus nous aura gardé des places » se félicita James. « Et c'est pour nous le signal que nous devons retirer. » ajouta-t-il à l'égard de ses parents. « On se voit à Noël ? »

« Fais attention à toi.» préconisa son père et James le regarda avec surprise.

« Faites attention à vous ! » corrigea Euphemia en regardant les trois garçons – mais son regard s'attarda davantage sur James et Sirius.

« Une cape d'invisibilité ne te rend pas invincible… » explicita Fleamont qui avait saisi l'étonnement de son fils. « L'actualité nous a tous pris au dépourvu récemment, alors soyez prudents. »

« Mr. Potter, il n'y a pas d'endroit plus sûr que Poudlard. Tout ira bien... » assura Sirius.

« Parce qu'il va de soi que vous allez rester uniquement sur le terrain délimité de Poudlard... » ironisa Mrs. Potter et un silence gêné lui répondit.

« Remus nous attend... » tenta James, esquivant le sujet.

« Alors file, ingrate progéniture » dit-elle en serrant une dernière fois son fils dans ses bras. « Et dites bien bonjour à Remus de notre part. Qu'il sache qu'il peut venir à la maison quand il veut. »

« Promis ! »

Ils durent faire inspecter le contenu de leurs sacs et faire passer leurs malles au détecteur magique avant de rentrer dans le Poudlard Express. Ils filèrent vers le compartiment où les attendait Remus Lupin. Celui-ci hissait son bagage ainsi que celui de Peter Pettigrow sur les étagères situées au-dessus des banquettes.

« Comment ça va, Lunard ? » lui demanda Sirius avec une tape dans le dos de son ami. Remus lui rendit l'accolade.

« Avant toute chose, Remus… il faut qu'on parle de ça » prévint James d'une voix sans malice. Il sortir l'insigne de préfet-en-chef de sa poche. Remus haussa un sourcil et prit un air mi-agacé, mi-attendri.

« Tu perds la mémoire, Potter : on en a déjà parlé en large et en travers dans nos lettres... » James secoua la tête. « C'est différent, une fois face à face. Tu es sûr que tu ne m'en veux pas d'avoir été nommé... »

« A ma place ? » finit Remus qui voyait bien son ami s'efforcer de trouver les mots justes. « James, je te l'ai déjà dit, je ne m'attendais pas à recevoir le poste. C'est déjà un honneur d'être préfet - un honneur inattendu pour moi. Alors préfet-en-chef… Alors jamais Dumbledore ne pourrait nommer… quelqu'un 'comme moi'... »

« Si c'est la raison pour laquelle tu n'as pas eu le badge, je préfère autant refuser ! » s'exclama James avec chaleur. « Nom d'un dragon, je n'y avais pas pensé. Tu crois vraiment que c'est pour ça que tu ne l'as pas eu ? Je vais aller dire deux mots à Dumbie ! »

Remus lui sourit avec un mélange de gratitude, d'amusement, et une pointe de mélancolie. « Non, je ne pense pas. Je crois qu'il t'a nommé toi parce que tu es… toi. Tu n'as pas à te sentir mal. C'est super que tu sois préfet-en-chef, passons à autre chose. »

« Tu entends ce que dit Mumus ? » dit Sirius à James (« cinq points de moins pour Gryffondor la prochaine fois que tu m'appelles Mumus ! ») « Arrête de te mettre la rate au court-bouillon et accroche-nous ce fichu badge à ton pull. Cette désinvolture avec laquelle tu le gardes dans ta poche, ça fait vraiment prétentieux. »

« Et quand tu vois de qui ça vient... »

« Cinq points de moins pour Gryffondor toi-même, Lupin ! »

Finalement rassuré, James accrocha l'insigne tandis que les Maraudeurs s'installaient avec divers degrés d'avachissement sur les confortables banquettes du Poudlard Express.

Sirius poussa un long soupir dépité et contempla ses amis avec un désespoir soudain.

« Alors c'est comme ça que ça sera cette année ? » déplora-t-il. « Notre dernière année d'école. L'année des quatre cents coups – celle où les Maraudeurs devraient donner tout ce qu'ils ont pour la postérité…. Il va falloir éviter d'inclure James, qui serait sinon obligé de s'infliger des retenues ou de nous retirer des points si on… s'arrange… avec le règlement ? »

James roula des eux. « Je compte surtout mettre à profit mes atouts de Maraudeur pour gagner un temps fou sur mes devoirs de préfet. Je veux dire : quel intérêt de faire des tours de garde dans les couloirs quand on a la Carte ? Ceci étant, ce n'est peut-être pas plus mal de continuer à la mettre un peu en veilleuse… Et pas la peine de monter sur tes hippogriffes, Sirius ! » se hâta-t-il d'ajouter en voyant l'air offusqué de son meilleur ami. « Je ne parle pas de devenir de parfaits petits Serdaigles, juste de continuer à être un peu plus prudents. »

« Je suis sûr que c'est parce qu'on s'est calmé après… après le printemps que Cornedrue a été nommé préfet-en-chef... » déclara Peter d'un air songeur en plongeant la main dans les Limaces en gelée.

« Mais les Serpentards sont de plus en plus arrogants, il faut bien qu'on réagisse de temps à autre ! » remarqua Sirius avec énervement.

« Peut-être, mais je te rappelle que toi, tu es toujours en probation ! » menaça James en pointant son index sur Sirius.

Ce dernier se renfrogna mais ne contesta pas pour autant. L'année précédente, il avait joué à un jeu particulièrement dangereux en incitant Severus Rogue à enfin découvrir le mystère qui se cachait derrière les absences de Remus. Il lui suffisait de se rendre à la Cabane Hurlante une nuit de pleine lune en passant par le chemin souterrain caché sous le saule Cogneur...

En entendant Sirius rapporter sa petite plaisanterie avec beaucoup de satisfaction, James n'avait pas tergiversé plus d'une seconde. Il avait saisi sa cape d'invisibilité et avait couru à la recherche de Rogue, osant à peine imaginer les conséquences s'il arrivait trop tard… Il l'avait sauvé de justesse des crocs d'un loup-garou assoiffé de sang : à quelques secondes près, ils avaient frôlé la catastrophe.

Les murs avaient tremblé ce soir-là dans le dortoir qui abritait les Maraudeurs.

« Tu aurais pu le tuer ! Remus aurait pu le tuer ! Tu imagines Remus au réveil, s'il l'avait seulement blessé ? Tu imagines, s'il l'avait mordu ? »

« On ne l'aime pas mais ce n'est pas une raison pour le tuer – encore moins le faire tuer par notre meilleur ami ! »

« Tu as juste fait passer ton désir de vengeance devant tout le reste ! Tu as utilisé Remus pour parvenir à tes fins – et quelles fins ! Black, réfléchis deux secondes, c'est une attitude de Gryffondor ou de Serpentard ? »

« Tu sais que Voldemort et ses partisans parlent d'utiliser des loup-garous pour faire pression sur notre peuple ! Ça ne te donne pas d'indice sur ce qui est bien ou mal ? »

« Vous faites ce que vous voulez, vous deux, mais moi j'ai besoin de digérer. »

James avait passé deux nuits à dormir sur le canapé de la Salle Commune. Puis, Remus l'avait rejoint.

« Il a fait une erreur. Il n'a pas réfléchi au fait que c'était moi. »

« Je sais. Mais toi alors, le premier concerné, ça ne te rend pas fou de rage ? »

« … parce que bien sûr, c'était uniquement pour moi que vous êtes devenus Animagi ? Bien sûr, ce n'était pas aussi un challenge destiné à vous prouver que vous étiez meilleurs que les autres... ? »

Sirius avait fait perdre cent-cinquante points à Gryffondor et devait être expulsé.

Mais James Potter avait trouvé le mot de passe de la gargouille menant au bureau du directeur.

Nul n'avait su ce qu'ils s'y étaient dit, mais Sirius avait été convoqué par le professeur McGonagall qui lui avait annoncé que son expulsion n'aurait pas lieu. Et l'énorme bêtise de Sirius Black était demeuré secrète, l'attitude héroïque de James ayant été le sujet principal dans l'ensemble de l'école.

Quelques jours plus tard et avec un peu de retard, ils avaient célébré en grande pompe l'anniversaire de James. Les élèves de Gryffondor (à quelques exceptions près) s'était sentie grandement soulagée de retrouver l'âme et l'esprit de leur maison : on pouvait critiquer les Maraudeurs, mais il fallait reconnaître qu'ils savaient mettre de l'ambiance et les anniversaires des garçons donnaient toujours lieu à des fêtes endiablées dans la tour de Gryffondor. Sirius et James avaient définitivement enterré le sujet après trois bouteilles de Whisky Pur Feu. Ils avaient terminé la soirée bras dessus bras dessous, en se lançant des « à la vie à la mort ! » et « t'es mon frère, frère » de plus en plus pâteux et de moins en moins intelligibles.

« James a raison.» approuva Remus. « Il s'agit juste de mettre un peu d'eau dans l'hydromel comme à la fin de l'année dernière. »

« Mais c'est très mauvais de mettre de l'eau dans de l'hydromel… » protesta Peter, confus.

« Certes, c'était un mauvais exemple... » reconnut Remus. « Simplement: la discrétion a du bon, on a assez fait trembler les murs pendant cinq ans et demi. Continuons de gagner plus de points que nous n'en perdons – en fait, mettons davantage d'efforts à en gagner plutôt qu'à en perdre. »

Il ignora le grognement de Sirius et se tourna vers James qui approuva du chef. « J'aime bien cette version : préfet James ! » dit joyeusement Remus en saisissant une chocogrenouille qu'il ouvrit et décapita d'un coup de dents.

Trois coups retentirent alors à la porte du wagon qui s'ouvrit et laissa apparaître Lily Evans. Elle portait un jean et un pull moldu vert émeraude sur lequel brillait son insigne de préfète-en-chef. « Lupin, Black, Pettigrow » salua-t-elle d'un signe de tête.

« Potter, la réunion commence dans dix minutes et je pensais qu'il faudrait revoir ensemble les principaux points à aborder. »

« Pas la peine de trouver de prétexte pour te retrouver seule avec moi, Evans, cette année sera pleine d'occasions... » Il croisa son regard. « Ou pas. Je te suis. Dans dix minutes, Lupin ? »

La porte se referma sur eux mais leurs voix étouffées parvinrent aux oreilles des trois Maraudeurs restant.

« C'est hors de question que tu me harcèles devant tout le monde pendant les réunions, c'est clair ? »

« Relax, je garderai les mots doux pour les moments où nous serons seuls. »

« Ce n'est pas drôle, Potter, je ne plaisante plus ! »

Sirius se tourna vers Remus.

« Petit veinard. Je suis prêt à te payer une pensine pour que tu collectes toutes vos prochaines réunions de préfets et qu'à la fin de l'année, on organise une projection des meilleurs moments de Potter et Evans saison 7. Une année entière de sketchs de grande qualité devant un public trié sur le volet. »

« T'inquiète, c'est prévu depuis que j'ai appris qu'ils seraient tous les deux préfets-en-chef. » le rassura Remus en engloutissant une deuxième chocogrenouille.


« Ecris-nous au moindre problème. N'hésite pas à rentrer à la maison si tu sens que la situation dégénère… Nous t'accueillerons toujours, quoiqu'il arrive. Et je suis sérieux, Lily. Il vaut mieux que tu sois prudente plutôt que de t'obstiner à rester là-bas parce que tu t'obstines à te prouver quelque chose… on te connaît assez bien pour savoir que tu en serais capable. »

« Très franchement, Poudlard est plus sûr que n'importe quel autre endroit – y compris la maison. Au moins, personne ne viendra nous attaquer à la barbe d'Albus Dumbledore... »

L'expression lui avait échappé. Son père pâlit, sa mère se mit à chercher frénétiquement un mouchoir dans son sac. »

« J'ai hâte de vous retrouver à Noël. Vous allez me manquer… et ne vous inquiétez pas, tout ira bien. »

Ils la serrèrent simultanément dans leurs bras et la jeune fille se sentit envahie par l'émotion.

Quand l'étreinte prit fin, Mrs. Evans se retourna pour se moucher. Mr. Evans se rapprocha d'Edward McKinnon qui disait au revoir à sa fille Marlene, à deux mètres d'eux.

« Edward, pourrions-nous vous parler un instant ? »

Mr. McKinnon acquiesça, pris au dépourvu. C'était un sorcier de taille moyenne aux cheveux bruns bouclés, doté de fines lunettes rectangulaires.

« Papa… » intervint Lily. « Je sais que tu vas demander à Mr. McKinnon de vous tenir au courant de l'actualité et franchement, je pense qu'il a d'autres choses à faire. »

« C'est une affaire entre parents ! » rétorqua son père. « Et tu as un certain culot, ma fille, de me faire la leçon vu toutes les informations dont tu as omis de nous faire part ces derniers temps ! »

Lily se sentit rougir mais soutint son regard. Marlene concentrait son attention sur son chat Tortus qui miaulait depuis sa cage de voyage.

« Mr. McKinnon est un haut responsable au Ministère de la Magie, c'est comme si tu t'adressais à Anthony Crosland ou Roy Jenkins en leur demandant un service personnel, c'est juste déplacé.»

« Edward est aussi le père de la meilleure amie de ma fille et je suis certain qu'il comprend l'état qui peut être le nôtre… te laisser partir loin de nous… dans ces circonstances... »

« Je comprends très bien. » coupa Mr. McKinnon en voyant Lily prête à répliquer. « Mon épouse et moi croyons fermement que nous devons collaborer autant que possible avec les personnes non dotées de pouvoirs magiques. Surtout si elles sont de bonnes volonté… Nous vous préviendrons si des changements majeurs viennent à se produire. Stephen, Jane, vous pouvez compter sur nous. »

Les deux hommes se serrèrent la main.

« Merci, Mr. McKinnon... » dit Lily et ils échangèrent un regard de compréhension.

« Il est presque onze heures... » annonça Mrs. Evans d'une voix étrangement voilée.

« Embrasse Maman pour moi ! » demanda Marlene à son père.

« Travaillez bien, les filles ! » leur souhaita Mr. McKinnon, mais son sourire semblait las.

« Rentrez bien. » souhaita Lily à ses parents, le ventre plus noué qu'aux précédents départs du train. « Et dites encore à Pétunia… que je suis désolée. » Ils acquiescèrent en silence et les deux filles montèrent dans le wagon après avoir été inspectées par le vigile du Ministère.

Elles entrèrent dans le compartiment déjà investi de leurs valises et de la cage de Flocon. Marlene ouvrit la cage de Tortus qui en bondit et s'étira sur la banquette comme un bienheureux.

« Enfin seules ! » soupira d'aise la brune, mais elles agitèrent toutefois la main à travers la vitre pour dire au revoir une dernière fois à leurs parents, jusqu'à ce que le train eut totalement quitté la gare.

« De loin le départ le plus glauque depuis la première année ! » décréta Lily en enfilant un pull pour se protéger des aléas du sort de climatisation automatique.

« Et de loin. » approuva Marlene d'un air sombre. « Je voulais t'en parler, dans la file de Fortarôme : Papa et Maman se sont disputés tout l'été pour savoir si je devais ou non revenir à Poudlard cette année. »

« Quoi ? » s'exclama Lily en ouvrant des yeux ronds.

« Il faut comprendre Papa. C'était tellement reposant, en Amérique ! Ils suivent tout ça – les partisans du sang-pur – de très loin. Les sorciers américains vivent complètement séparés des moldus, certes. Après les procès de Salem, ils ont un peu trop intégrés l'idée qu'il y avait un intérêt indéniable à vivre de notre côté, en protégeant le Secret Magique à tout prix… Mais au moins, pour l'instant, aucun sorcier américain n'a été pris du délire que sa magie était plus pure qu'une autre. Ilvermorny est une des écoles les plus égalitaires au monde et Papa a donc envisagé de m'y inscrire pour finir mes études. »

« Mais toi, tu ne risques rien ! » fit remarquer Lily. « Ta famille est une des plus éminentes de Grande-Bretagne. »

« C'est vrai, mais je n'irai pas jusqu'à dire qu'on risque rien... » Elle marmonna. « Maman a reçu des menaces, des courriers un peu spéciaux – ils n'ont pas voulu me donner de détails. Sa politique a toujours été plutôt traditionnelle – mais elle affiche une certaine ouverture aux échanges inter-sorciers et moldus quand les occasions lui paraissent appropriées. Ça n'a pas l'air de plaire aux encagoulés… et je crois que ça effraie beaucoup Papa. »

Elle entreprit de gratter Tortus derrière les oreilles et reprit :

« Mais je tenais à terminer l'année à Poudlard et Maman était complètement de mon côté. Elle dit que c'est prématuré et que pour le moment, ça ne sert à rien de faire des choix par pure crainte de ce qui pourrait potentiellement arriver. C'est drôle de penser qu'elle sort de Serdaigle parce qu'honnêtement, elle est têtue comme une Gryffondor pur jus. J'ai réussi à calmer Papa en lui disant qu'il serait toujours temps pour moi d'entamer une carrière à l'étranger après les ASPICS. »

« Tu veux partir après les ASPICS ? C'est la première fois que tu m'en parles ! » s'étonna Lily.

« Je n'y avais jamais vraiment pensé avant cet été mais… tu aurais vu New-York ! » répondit Marlene, les yeux brillants. « Tu aurais adoré, c'était vraiment très cool. En fait, je pensais : tu devrais même envisager de partir avec moi ! »

« Marlene McKinnon... » l'interrompit Lily, une main sur le cœur. « Est-ce une déclaration d'amour ? »

« Si ça peut te convaincre d'accepter : oui ! Imagine un peu : toi et moi, deux sorcières pleines de charme, d'ambition et dotées d'un irrésistible accent britannique, colocataires à New-York, partant à la conquête du monde. Honnêtement, est-ce que ça enflamme pas du Magyar à Pointes ? »

« J'en dis : est-ce qu'on emmène Tortus ? » plaisanta Lily. Elle tendit les bras vers le chat qui sauta dedans sans se faire prier : c'était le chat le moins farouche du monde. « Tu sais que j'ai toujours eu envie de voyager. Mais… je ne sais pas. Avec le contexte actuel, est-ce que ça ne reviendrait pas un peu à… fuir ? »

« Pas si on a juste envie de changer d'air. Je n'ai pas l'intention de fuir quoi que ce soit, mais boire des Cosmhydromels avec toi jusqu'au bout de la nuit, ça a quelque chose de tentant. »

« Tu as des arguments. »

« Je sais bien. »

« Pétunia serait si heureuse de nous savoir séparées par un océan... » se renfrogna Lily en s'écrasant contre le dos de la banquette.

« Ils sont toujours fiancés, après le fiasco de vendredi ? » s'enquit Marlene.

« Elle persiste à prétendre que j'ai tout ruiné, que tout est de ma faute, mais Maman m'a dit que les fiançailles étaient finalement maintenues. Il doit vraiment l'aimer pour faire face à ma 'condition'… Donc tout est bien qui finit bien, mais pourquoi se priver d'une occasion de me blâmer ? » soupira la rousse.

La porte du compartiment s'ouvrit alors dans un concert de hululements. Coleen Shacklebolt et Alice Darlay entrèrent, chacune portant une cage à la main, traînant leurs valises derrière elles.

«Salut les filles ! ARRÊTE UN PEU, THOT ! » cria Alice à son hibou, un Ninoxe australien à l'air particulièrement fâché.

Flocon, qui dormait dans sa cage, ouvrit un œil pour observer Thot claquer violemment du bec envers le hibou moyen-duc de Coleen Shackelbolt. Celui-ci persistait à hululer sans discontinuer.

« Salut Marlene ! Salut Lily ! ... Silence, Fujin. Silence. » intimait fermement mais sans succès Coleen. « Bon, ça suffit. Silencio ! » dit-elle en pointant sa baguette sur l'oiseau qui persista à ouvrir le bec sans plus qu'aucun son n'en sorte.

« Très bonne idée. Scellare. » déclara Alice et son propre hibou se retrouva le bec collé. Il lança un regard furieux à sa maîtresse tandis que le compartiment poussait des soupirs de soulagement.

« Ne me fais pas ces yeux-là, tu as été prévenu, tu l'as vu arriver ! » s'énerva Alice avant de ranger la cage en hauteur.

« C'était vraiment pas de chance d'avoir acheté les deux hiboux qui ne parviennent pas à s'entendre… » fit Coleen d'un air désolé en plaçant la cage de Fujin à l'opposée de celle de Thot.

La jeune fille s'assit à côté de Lily et réajusta son col roulé et ses manches longues. Coleen Shacklebolt partageait le dortoir de Lily et Marlene depuis le début de leur scolarité. Sa gentillesse et la douceur de son tempérament transparaissaient dans son visage avenant.

A l'âge de quatre ans, la petite Coleen jouait près de la cheminée éteinte de son arrière-grand-mère quand un serpencendre, caché dans l'âtre, l'avait attaquée. La petite fille avait été entièrement brûlée sur la partie gauche de son corps, du crâne jusqu'à la hanche. Rapidement, elle avait développé une préférence pour les cols hauts, les manches longues et les vêtements d'hiver. Si aucun onguent n'était parvenu à faire disparaître les cicatrices de son visage et de son buste, elle semblait mettre un point d'honneur à s'apprêter avec soin. C'était une manière de lutter contre les quolibets des autres gens de son âge.

Ironiquement, le monde des sorciers possédait son nombre de superstitions absurdes. Subir l'attaque d'un serpencendre revenait, pour un certain nombre d'entre eux, à attirer le mauvais œil. Surtout à un âge aussi jeune, surtout lorsqu'on était une fille... « Croise les flammes du serpencendre, toujours ses noces devra attendre ! » disait le proverbe. Les cicatrices de Coleen avaient constitué une bonne occasion pour ses congénères de se moquer d'elle... Chaque matin, Coleen utilisait un sort de lissage et d'ondulation – qu'elle avait mis au point elle-même – pour dompter ses cheveux noirs. Et elle ne manquait jamais de se parer de deux perles d'oreilles argentées avant de sortir affronter le monde.

« Bonjour Coleen ! Tu as passé de bonnes vacances ? » demanda Lily en poussant ses affaires pour faire davantage de place sur la banquette.

« Très bonnes, on est revenu des îles Fidji hier. Erin a râlé de ne pas avoir pu jouer au Quidditch pendant deux mois et Kingsley a failli être attaqué par un crabe de feu, mais à part ça, c'était super.»

Erin Shacklebolt avait un an de moins que Coleen, et officiait comme batteuse au sein de l'équipe de Quidditch de Gryffondor. Leur petit frère, Kinglsey, ne rentrerait à Poudlard que l'année suivante.

« Et vous ? »

« J'ai été aux Etats-Unis – et c'était chouette – et Lily a été nommée Préfète-en-chef » déclara simplement Marlene.

« J'ai vu le badge. » sourit Alice. « Félicitations, Lily, c'est mérité. Frank sera ravi de savoir que c'est toi qui a été nommée. »

Frank Londubat, le petit ami d'Alice, avait terminé l'école un an auparavant. Lily et lui s'entendaient très bien et s'étaient souvent amusé pendant les fêtes données par le professeur Slughorn, auxquelles ils s'étaient souvent retrouvés conviés bien malgré eux.

Lily adressa à Alice un sourire de gratitude.

« Il se plaît toujours chez les Aurors ? » demanda-t-elle.

« Toujours ! Leur instructeur, Alastor Maugrey, a l'air incroyable. Flippant, mais incroyable, il les forme à merveille. J'ai hâte de passer mes ASPICS et de les rejoindre pour aller traquer de l'encagoulé. On ne peut pas laisser faire ce qui se passe en ce moment. » décréta-t-elle d'un ton sombre, plus pour elle-même que pour ses amies.

Celles-ci échangèrent un regard désolé et gêné. La petite cousine d'Alice avait péri lors de l'attaque du Chemin de Traverse : elle avait à peine six ans.

« Alice… on est désolée pour... » commença Marlene. Mais Alice la coupa.

« Je sais. Merci... Mais j'ai entendu assez de condoléances et de lamentations pendant trois jours. Et c'était horrible. Assez pour ne pas en parler davantage. Changeons de sujet s'il vous plaît. »

Coleen s'exécuta de bonne grâce. « Lily, j'ai entendu une rumeur comme quoi James Potter aurait été nommé préfet-en-chef ? »

« Voilààà, bon sujet ! » approuva Alice. « J'ai parié que c'était faux. Ton verdict ? »

« Hélas, c'est vrai. » répondit Lily, accablée.

« MAIS QUOI ? » s'étrangla Alice.

« Moi, ça ne m'étonne pas tant que ça. » sourit Coleen, l'air pensif. « Il a un sacré tempérament de leader et c'est une bonne stratégie de nommer quelqu'un qui a déjoué tous les règlements de l'école pour surveiller les fauteurs de trouble. »

« Tu dis ça parce que tu as un faible pour James depuis l'arrivée à Poudlard en barque... » la taquina Marlene.

Coleen haussa les épaules.

« Vous pensez ce que vous voulez de James Potter, personnellement, il a toujours été très gentil avec moi. »

« Et un 'tempérament de leader' ? » répéta Lily, confuse. « Sirius Black et James Potter sont détestés par tellement de personnes que j'aurais besoin de deux rouleaux de parchemin pour faire rentrer tout le monde ! »

« Principalement par des Serpentard aux mœurs douteuses, quelques unes de leurs ex et des garçons jaloux de leur succès. Et Lily, tu détestes James, soit. Mais le reste de l'école les apprécie plutôt, quand ce n'est pas de l'amour obsessionnel. James peut se montrer particulièrement prévenant quand la tête de quelqu'un lui revient. Sirius est plus… bon, il a un fan-club féminin plus étendu, c'est vrai... »

« On parle quand même de ceux qui ont fait exploser le bureau de Rusard, transformé Halloween 1974 en banquet moisi pour fantômes, fait apparaître des ailes de mouche sur le dos de la Grande Pythie de Delphes qui venait visiter Poudlard, tenté de sauter du Poudlard Express en marche, offert un arbre à chat à McGonagall à Noël dernier... » rappela Alice, perplexe.

« Lancé des levicorpus à torts et à travers pendant quatre ans, attaqué des élèves moins populaires qu'eux... » poursuivit Lily.

« Ils ont sacrément calmé le jeu, tous les quatre, depuis l'année dernière. » insista Coleen. « Et même si la méthode était parfois douteuse, la plupart des gens qu'ils ont attaqués l'avaient mérité à un moment ou à un autre… je ne les ai jamais vus s'acharner sur des premières années, par exemple. Au contraire, ils se montrent souvent plutôt gentils avec les nouveaux venus, les solitaires… Remus Lupin a fait plus d'aide aux devoirs que n'importe qui l'année dernière, et les trois autres se sont souvent joints à lui pour lui donner un coup de main – même s'ils ne s'en vanteront pas, bien sûr... »

« Remus Lupin aurait dû être nommé préfet-en-chef. Ou Emma Prewett. » rétorqua Lily.

« Remus Lupin est beaucoup trop fatigué et trop souvent absent pour assumer les responsabilités. Et Emma a souscrit à une dizaines de clubs pour parfaire ses dossiers d'admission post-ASPIC… elle n'aurait jamais eu le temps de tout faire. Et en plus elle effraie les plus jeunes. » reconnut Coleen avec une grimace.

« James Potter risque de déshonorer la fonction, de se montrer partial, de faire preuve d'un laxisme effroyable... » reprit Lily qui se sentait s'échauffer.

« Là, je me désolidarise ! » intervint Marlene. « Il ne va peut-être pas distribuer des retenues à la moindre explosion de pétard du Dr Filbuste mais ça m'étonnerait qu'il 'déshonore la fonction'… tu vas trop loin, ma vieille. »

« Après tout, si Dumbledore l'a nommé, il doit avoir ses raisons… Coleen n'a pas tort, je n'avais pas vu les choses sous cet angle, mais c'est vrai que Potter peut être un vrai leader, comme sur le terrain de Quidditch. »approuva Alice, songeuse.

« Les réunions de préfets vont être épouvantables. » gémit Lily en se prenant la tête dans les mains.

« Et ça, c'est ton problème. Mais je suis sûre que tu réussiras à le canaliser ! » sourit Coleen. « Vraiment, au fond, James Potter n'est pas le choix le plus absurde qui soit pour un préfet-en-chef. »

« Je vais donc affronter mon destin... » conclut la rousse sombrement en s'étirant. « Et lui rappeler qu'on a réunion de préfets dans un quart d'heure – car je suis sûre qu'il aura oublié... » grogna-t-elle, ignorant ses trois camarades riant sous cape.

« Pas d'étranglement, pas d'étripage, pas d'éviscération, sois sage. » lui conseilla Marlene.

« On a vraiment besoin d'un poursuiveur en état de marche cette année ! » la prévint Alice, alarmée.

« Amuse-toi bien ! » lança Coleen d'un ton beaucoup trop réjoui pour ne pas recevoir de regard sarcastique de la part de la nouvelle préfète-en-chef.

Lily ferma la porte du compartiment et traversa le train. Sur sa route, elle rappela à l'ordre deux Poufsouffle de deuxième année qui couraient dans les couloirs en essayant de se jeter des sorts. Puis elle calma un début de dispute qui avait éclaté dans la file d'attente menant au chariot de friandises. Finalement, elle trouva le compartiment de James et de ses amis. Il y régnait un calme assez étonnant quand on connaissait les personnages… elle porta trois coups à la porte et entra.

« Lupin, Black, Pettigrow » salua-t-elle d'un signe de tête. « Potter, la réunion commence dans dix minutes et je pensais qu'il faudrait revoir ensemble les principaux points à aborder. »

« Pas la peine de trouver de prétexte pour te retrouver seule avec moi, Evans, cette année sera pleine d'occasions... »

Elle le regarda avec intensité et la voix de Potter perdit de sa verve.

« Ou pas. Je te suis. Dans dix minutes, Lupin ? » dit-il en se levant et en la rejoignant. Remus Lupin opina du chef.

Elle attendit que la porte se referme pour lui sauter dessus – figurativement parlant, bien entendu – alors qu'ils marchaient en direction du compartiment des préfets.

« C'est hors de question que tu me harcèles devant tout le monde pendant les réunions, c'est clair ? »

Il sourit et mit ses mains dans ses poches.

« Relax, je garderai les mots doux pour les moments où nous serons seuls. »

« Ce n'est pas drôle, Potter, je ne plaisante plus ! »

« Mais moi non plus ! Cette insigne m'interdit de plaisanter ! C'est dans le règlement ! »

Elle poussa un soupir agacé et jugea préférable de ne pas répondre. Ils entrèrent dans le compartiment des préfets et Lily sortit un calepin de sa poche et une plume pliable.

« Alors. » commença-t-elle sans le regarder. « Comme tu n'as jamais fait de réunion de préfets, je vais t'expliquer brièvement comment ça se passe. D'abord, les félicitations d'usage, les présentations si besoin est... et on souhaite la bienvenue aux nouveaux préfets : en l'occurence Nali Paniandi, cinquième année à Serdaigle, et Noah Ramsay cinquième année à Poufsouffle. Les autres étaient déjà là l'année dernière. Ah oui, et toi, vu la situation… bref. Ensuite, on rappelle les prérogatives et les devoirs du préfet. On les invite à lire le règlement intérieur, qu'ils doivent récupérer au bureau des préfets et signer pour la prochaine réunion… et faire tamponner leur exemplaire par Rusard. On leur rappelle aussi d'aider leur directeur de maison à distribuer les emplois du temps demain matin et… »

« Ce pull te va vraiment bien, Evans. »

« Pas besoin de ton approbation sur ma tenue mais merci, je suppose. On leur donne la date pour la prochaine réunion dans le bureau des préfets, mais comme c'est à notre convenance, je propose qu'on attende de recevoir nos propres emplois du temps pour la fixer à une heure qui ne rentre en conflit ni avec une soirée de devoirs ni avec l'entraînement de Quidditch… qu'est-ce qu'il y a ? »

« Tu as un cheveu, juste là... » répondit James en tendant la main pour retirer un cheveu qui rougeoyait sur l'épaule de Lily.

Celle-ci tapa sur sa main tendue et retira le cheveu elle-même. Elle tenta de maîtriser l'afflux de sang qui lui montait aux joues.

« Est-ce que tu vas être un peu sérieux ? » s'énerva-t-elle.

« Mais je suis sérieux ! » s'indigna James. « Je te l'ai dit, le badge m'interdit de plaisanter, de toute façon ! »

« Si tu cherches à me ridiculiser pendant la réunion, je te préviens, je vais me plaindre à McGonagall dès notre arrivée. »

«Tu n'as pas fini ton laïus. » fit remarquer James avec acidité, choisissant d'ignorer l'avertissement.

Elle le fusilla du regard et reprit sa lecture sur son calepin.

« Donc… heu… oui, donc, on fixe une date cette semaine pour la semaine prochaine. On leur donne quelques instructions pour le trajet en train et… voilà. »

« Tu sais… j'étais vraiment soulagé d'apprendre que tu étais rentrée sans difficulté. »

« Hein ? »

« Vendredi. L'attaque. Arnav Patil l'a dit à Noah Ramsay qui l'a dit à Nali Paniandi qui l'a dit à Jules Tiffany qui l'a dit à Emma Prewett qui l'a dit à Remus qui me l'a dit et j'étais heureux d'apprendre que tu étais déjà partie quand ça a dégénéré. »

Lily le dévisagea. Ça faisait déjà deux fois en quelques jours que le garçon la déconcertait. Et elle ne savait pas du tout comment s'y prendre avec ce James Potter , moins bravache, moins moqueur, à l'air terriblement sincère…

La porte glissa brusquement et ils sursautèrent tous les deux.

« On dérange ? » interrogea Emma Prewett, un sourcil haussé.

« Pas du tout, entre, Emma ! » sourit Lily.

La sorcière avait déjà passé son uniforme où brillait le vert de Serpentard. Elle s'assit sur la banquette tandis que l'autre préfet de sa maison, Michael Zabini, entrait en saluant les préfets-en-chef d'un sobre « bonjour » accompagné d'un signe de tête.

Margaret Chourave apparut ensuite, encore toute vêtue de noir, et malgré le sourire chaleureux qu'elle leur adressa – en particulier à James qu'elle avait souvent cotoyée sur le terrain de Quidditch – il était manifeste qu'elle avait beaucoup pleuré. Elle était accompagnée de Noah Ramsay, un cinquième année aux cheveux châtain et doté de grands yeux clairs. Tout de suite après eux entrèrent les préfets de Serdaigle : Sam Willys, qui répondit timidement au sourire de Lily, et Nali Paniandi, une sorcière de quinze ans toute en rondeur et aux longs cheveux noirs et brillants. Enfin, Remus arriva et s'assit sur la banquette avec l'air d'un spectateur au cinéma regrettant de ne pas avoir amené de poporn.

« Bonjour à tous ! » commença Lily, debout à coté de James, devant la porte. « Et bienvenue aux deux nouveaux préfets : Nali Paniandi et Noah Ramsay, ainsi qu'à notre nouveau préfet-en-chef, James Potter... »

Il y eut des applaudissements polis. Emma Prewett se pencha vers Remus, entraînant avec elle une cascade de cheveux blonds et lisses.

« Pas trop déçu, Lupin ? »

« Les couleurs de l'insigne ne me mettent pas en valeur… » la rassura Remus avec l'air de quelqu'un qui a beaucoup réfléchi à la question.

« Un choix étonnant que celui de Dumbledore... » déclara doucement Michael Zabini en regardant James dans les yeux.

« Et pourtant, nous voilà ! » répondit celui-ci sans détourner les yeux. « Félicitations à tous pour cette année encore, et particulièrement à Nali et Noah. Nous allons vous laisser profiter du voyage avec vos amis respectifs mais nous avions quelques points à aborder au préalable. »

« Comme vous le savez, une version mise à jour du règlement intérieur a sûrement été mise au point par Rusard cet été. » reprit Lily. « Vous pourrez venir la chercher dès demain au bureau des préfets qui se situe au troisième étage, en face de la toile du Banquet de Merlin et Morgane. Il vous faudra la signer et la rapporter directement à notre cher concierge. »

« Comme vous le savez, les préfets peuvent donner des retenues et retirer jusqu'à dix points par manquement au règlement, mais tout doit être consigné et validé auprès de votre directeur de maison, en particulier si vous retirez plus de dix points... »

Il aurait été injuste de dire que la réunion se déroulait mal : en fait, James Potter avait adopté un ton professionnel et les deux préfets-en-chef enchaînaient les différents points avec fluidité, sans se couper la parole. Malgré ses plaisanteries, le Gryffondor avait parfaitement enregistré ce qu'elle lui avait présenté quelques minutes auparavant. Néanmoins, Lily demeurait méfiante : cela lui rappelait beaucoup trop les quelques secondes de calme intense qui précédaient généralement les pires coups d'éclat de ceux qui se surnommaient les Maraudeurs.

« … les réunions auront lieu toutes les semaines et nous vous transmettrons la date de la prochaine dès que possible, après réception des emplois du temps de chacun. Des questions ? »

« Oui. Pourquoi Gryffondor a droit à trois préfets dont deux préfets-en-chef cette année ? » interrogea Michael Zabini.

Un silence un peu gêné s'installa dans le compartiment.

« Parce que le rouge et l'or, c'est bon pour le moral ? » tenta James dans un sourire mais Zabini resta impassible. « … Ne manque pas de poser la question au directeur quand tu le verras, et tiens-nous au courant de sa réponse. »

« Toi-même, tu ne sais pas pourquoi tu as été choisi alors que tu n'étais même pas préfet les années passées ? Très vendeur... » pointa Emma Prewett.

« Chère Emma, figure-toi que ce n'est pas la première fois que ça se produit : une de tes ancêtres, une certaine Sabrina Prewett, a eu le même parcours que moi en 1887... »

« C'est un choix de la direction, ce n'est pas à nous de le remettre en question. » intervint Margaret Chourave, l'air défait mais décidé. « A titre personnel, je suis très contente de l'équipe de cette année. »

Zabini eut un petit rire étouffé. Margaret fronça les sourcils. « A une exception près, peut-être. » ajouta-t-elle et le Serpentard se tendit, sa main serrant sa baguette par réflexe.

« Neuf préfets au lieu de huit, c'est du travail en moins et plus de temps pour se focaliser sur nos devoirs. » dit doucement Sam Willis.

« A condition que le neuvième préfet fasse son travail correctement... »

« Michael... » appela Emma Prewett, les sourcils froncés.

Noah Ramsay et Nali Paniandi, fraîchement nommés préfets, regardaient respectivement leurs ongles et leurs souliers, l'air parfaitement mal à l'aise. Lily et Remus échangèrent un regard inquiet et la préfète-en-chef préféra mettre fin aux échanges de cordialité. Elle s'éclaircit la gorge.

« Vous pouvez repartir voir vos amis, et n'oubliez pas de faire un petit tour d'inspection dans le train toutes les vingt minutes environs. » coupa Lily.

Ils se levèrent tous et le compartiment se vida, Emma Prewett poussant devant elle un Michael Zabini qui défia Margaret Chourave et James Potter du regard en partant. Remus, James et Lily furent les derniers à sortir. « Sympa, le Zabini ! » commenta James en s'étirant.

« Sympa comme du pus de bubobulb. » acquiesça Remus à voix basse. « C'était sa manière de te montrer son affection... »

« Donne-leur un peu de temps... » conseilla Lily en repoussant la porte du compartiment. « Certains avaient vraiment envie de ce badge, tu sais... »

« Tant que tu es de mon côté, je peux tout affronter ! » s'exclama James. Elle lui jeta un regard en coin.

« Je n'irais peut-être pas jusque là... » marmonna-t-elle.

A ce moment-là, elle eut l'impression de recevoir un cognard dans les lombaires. Sous le choc, elle trébucha et tomba en avant, rattrapée par James Potter qui la remit aussitôt sur pieds.

« Qu'est-ce qui se passe ici ? » demanda Remus d'une voix forte. Il avait saisi le « cognard » humain par l'avant-bras : c'était un petit garçon très pâle à qui Lily n'aurait pas donné plus de neuf ans, bien qu'il dut forcément en avoir au moins onze pour être admis à l'école. Habillé à la mode moldue, les lunettes de travers, il paraissait complètement débraillé. Il leur arrivait à peine à la taille et fixait désormais Remus Lupin de ses grands yeux effrayés. « On n'a pas le droit de courir dans les couloirs ! » ajouta ce dernier plus doucement mais le garçon tira en arrière pour lui faire relâcher sa prise et tomba sur les fesses. Il jeta un regard apeuré du côté du couloir d'où il avait déboulé en courant.

Les trois préfets suivirent son regard et aperçurent Shelagh Lestrange, suivie de Russel Lestrange, son petit cousin, et de Regulus Black, tous deux en cinquième année à Serpentard, tous en uniforme, tous la baguette à la main. Shelagh ralentit le pas en voyant les trois préfets mais ne se départit pas de son éternel petit sourire ironique.

« Alors, p'tit Matt ? Tu veux plus jouer ? » demanda-t-elle à l'adresse du petit garçon qui secoua frénétiquement la tête en signe de dénégation. « Hmmm, c'est dommage… je gagnais ! » dit-elle d'un ton doucereux.

« Quel genre de jeu pourrait effrayer à ce point un élève de première année ? » demanda Lily en s'efforçant de garder une voix égale – car ce qu'elle devinait de l'affaire ne lui plaisait guère. Shelagh haussa les épaules.

« N'importe quel jeu, ils sont terrifiés par les chocogrenouilles qui leur sautent dans les mains… en tout cas, ceux qui viennent de familles comme celles de Matt. N'est-ce pas, mon bonhomme ? »

Remus avait remis le dénommé Matt debout et le retenait tant bien que mal de courir un sprint jusqu'à l'autre bout du Poudlard Express, dans la direction opposée de Shelagh Lestrange.

« Lestrange, je crois que la préfète-en-chef t'a posée une question ? » dit calmement James.

La Serpentard le jaugea du regard. Derrière elle, Regulus Black et Russel Lestrange observaient la scène sans aucune expression. Ils attendaient visiblement de voir comment la discussion allait évoluer pour réagir de la manière qui leur semblait appropriée.

« On jouait à 'sang-pur et pur-sang'. Il faut citer un de tes ancêtres qui doit être un sorcier ou une sorcière qui soit née de parents au sang pur. Si tu ne trouves pas d'ancêtre répondant à ces critères, tu reçois une petite punition. C'est parfait pour endurcir le caractère ! Malheureusement, le petit Matt vient d'une famille on ne peut plus moldue… si j'avais su qu'il était aussi mauvais joueur, jamais je ne lui aurais proposé de nous rejoindre dans notre compartiment.»

«Je vais devoir écrire un rapport au professeur Slughorn. » prévint calmement Lily, pourtant pâle de colère. « Et je retire cinquante points à Serpentard pour brutalité sur autrui. »

Intérieurement, elle se sentait bouillir, mais elle s'efforçait de se maîtriser. Il fallait s'adresser au problème dans les limites de ses attributions et le respect du règlement, songeait-elle, s'ordonnant mentalement de ne pas saisir sa baguette, ce qui aurait certainement créé une réaction en chaîne semblable à celle qui avait eu lieu chez Fleury & Bott.

La Serpentard eut un reniflement méprisant. « Je ne peux pas croire qu'une Sang-de-bourbe ait l'autorité nécessaire pour faire ça... »

Lily serra les poings et s'apprêta à répliquer mais James la devança.

« Tu peux répéter, Lestrange ? » l'interpella-t-il avec force. La sorcière se contenta de ricaner. « Tu peux répéter avant que je te retire d'autres points ? »

« J'ai dit : je n'arrive pas à croire qu'une fille comme elle ait l'autorité nécessaire pour retirer des points. Le niveau de Poudlard baisse d'année en année, c'est pitoyable. »

James se tourna vers la préfète-en-chef. « Un rapport et cinquante points en moins mais ça ne tilte toujours pas, dis-moi que c'est plus facile quand on punit des Serdaigle ? » demanda-t-il sur le ton de la conversation avant de se retourner vers Shelagh.

« Vous trois, vous gagnez un devoir spécial en plus de la punition précédemment donnée par votre préfète-en-chef. » annonça-t-il aux trois Serpentard. « 'Les sorciers issus de familles moldues et leurs apports aux grandes découvertes de la magie moderne' : trois rouleaux de parchemin minimum pour après-demain soir. »

Les trois élèves rugirent dans un concert de protestation. Pendant un instant, Lily crut que Russel Lestrange allait cracher sur le sol.

« Tu peux me punir pour insolence ou manquement au règlement, Potter, mais certainement pas pour mes opinions politiques ! » pesta Shelagh.

« Tu préférerais qu'on aille directement tout raconter au Professeur Dumbledore, peut-être ? »

« Tu n'oserais pas aller voir le Directeur dès le premier jour. »

« Ah oui, tu crois ? Parce que je relève le challenge ! » rugit à son tour James, qui parut sortir pour la première fois de ses gonds.

Un silence impressionné lui répondit.

« Trois rouleaux chacun pour après-demain. Chaque jour de retard donnera lieu à une retenue. Et ce sera à refaire si vous le bâclez, si vous utilisez un sort de copipaste ou si vous copiez les uns sur les autres. Est-ce que ma décision est validée par mon homologue féminin ? »

« Sans condition, et j'y jetterai un œil avec un grand plaisir. » déclara froidement ladite préfète-en-chef.

« Tout le monde retourne dans son wagon ! Le spectacle est fini ! » cria Remus à la cantonade.

Lily et Shelagh échangèrent un dernier regard noir. Les trois septième année se retrouvèrent seuls avec Matt que Remus tenait désormais doucement par l'épaule, et qui paraissait à peine moins effrayé qu'avant.

« Et bienvenue à bord du Poudlard Express ! Yeah ! » plaisanta James dans le calme revenu, mais le garçon était sous le choc. « Hm. C'est quoi, ton nom de famille ? »

« Hughville. Je suis Matt… Hughville. » balbutia le première année.

Lily se pencha légèrement vers lui.

« Dis-moi, qu'est-ce qu'ils font comme travail, tes parents ? »

« Ils… tiennent une épicerie. »

« Moi, ma mère est antiquaire et mon père est assistant social. Ils n'ont jamais touché à une baguette magique de leur vie et leur balais ne sert qu'à balayer la cuisine... Et tu vois, ça m'a pas empêchée de devenir préfète-en-chef. » sourit-elle d'un ton encourageant.

« Allez, viens avec nous ! » décida James. « Je suppose que tu n'as jamais joué à la bataille explosive ? T'inquiète, on va t'apprendre. »

« Et on a plein de chocogrenouilles en rab, en plus. »

« Remus, si tu lui proposes des bonbons, ça devient carrément suspect... »

James Potter se prit un coup de poing un poil trop amical dans l'omoplate tandis qu'ils se mettaient en route vers le compartiment. Le petit garçon ralentit le pas pour revenir à la hauteur de Lily.

« Est-ce que… ça fait une si grosse différence que nos parents n'aient pas de pouvoir magique ? » chuchota-t-il en plongeant ses yeux bruns dans les siens.

Elle hésita une seconde.

« Non, aucune. » mentit-elle.


Le reste du trajet se déroula plutôt normalement. Marlene, Alice et Coleen improvisèrent une partie d'Ensorcelez, c'est gagné dans leur wagon, bientôt rejointes par Erin Shacklebolt et Mary McDonald, toutes deux en sixième année à Gryffondor.

Lily poursuivit ses tours de garde. Elle passa deux fois devant le compartiment des Maraudeurs où elle vit d'abord Matt, James et Sirius en pleine partie de bataille explosive tandis que Remus et Peter lisaient avachis sur les banquettes. James assurait à un Sirius trempé et furieux qu'il ne lui avait lancé un aguamenti que parce qu'il avait cru voir une étincelle bondir sur lui, et qu'il avait voulu éviter que son meilleur ami ne prenne feu. Black s'ébroua soudainement, trempant ses deux adversaires qui pestèrent en riant.

La seconde fois où elle passa, Matt discutait devant la porte du compartiment avec d'autres première année apparemment attirés par la promesse de chocogrenouilles gratuites. Il semblait avoir complètement oublié sa mésaventure.

Elle préféra se montrer prudente et ne passer devant les compartiments des Serpentard qu'accompagnée d'Emma Prewett. Cette dernière en profita pour lui faire le récit détaillé du stage de potions qu'elle avait suivi pendant l'été – le même que celui auquel s'était inscrit Severus, apparemment.

Enfin, la nuit tomba et chacun revêtit son uniforme. Le train ralentit et une fois sortie sur le quai, Lily put saluer Rubeus Hagrid de loin. Il sourit et agita la main dans sa direction, tout en rassemblant les première année. Matt Hughville se pressa, timide et inquiet, dans la foule – de petite taille – qui se dirigeait vers les barques. Dans les fiacres qui les amenaient au château, Coleen, Marlene, Alice et Lily s'engagèrent dans les habituelles spéculations sur le nouveau professeur de Défense contre les forces du mal. Depuis six ans, les enseignants s'étaient succédé sans jamais pouvoir ou vouloir renouveler leur contrat.

La première année, c'était le professeur Dumbledore lui-même qui avait assuré le cours mais son emploi du temps chargé ne lui avait pas permis de poursuivre sa tâche. L'année suivante, les quatre directeurs de maisons – McGonagall, Flitwick, Slughorn et Carmichael – s'étaient découpé le programme afin d'assurer un enseignement convenable. Mais la solution n'était pas durable. S'étaient ensuite succédé Brown, un vieux sorcier qui était mort dans son sommeil peu avant les examens Doris, une sorcière dynamique qui n'avait pu revenir en raison d'une grossesse trop avancée Holloway, dont l'épouse avait soudainement été mutée en Colombie et qui n'avait donc pas renouvelé son contrat et enfin Hayashi, un sorcier japonais très étrange mais fort intéressant qui avait du repartir au pays suite à la mort de son maître sorcier, afin de reprendre l'école de magie de celui-ci.

Une fois installées à la table de Gryffondor, elles tâchèrent de dévisager les nouvelles têtes présentes à la table des professeurs.

Entre le vieux professeur Slughorn qui enseignait les potions et le professeur Stubbs, un élégant sorcier quinquagénaire qui assurait la divination, se trouvait une jeune femme – une très jeune femme. Petite et menue, elle avait le teint très hâlé. Ses cheveux bruns étaient tirés sur son crâne en minuscules tresses : de loin, on lui aurait prêté des cheveux très courts, mais ils formaient en réalité des arabesques compliquées à l'arrière de son crâne. Elle ne portait pas de robe de sorcier mais une sorte de tunique noire avec un col qui lui remontait au milieu du cou, un pantalon serré et des bottines qui évoqua à Lily une ancienne tenue de soldat. Son regard était vif et elle parlait rapidement avec le directeur des Serpentard.

Un peu plus loin, une sorcière d'un peu plus de trente ans discutait aimablement avec le professeur Flitwick. Elle avait des joues rondes et des cheveux blonds vénitiens soigneusement brushés. Les deux femmes dégageaient des impressions radicalement opposées.

Tout le monde se tut quand les première année apparurent et que McGonagall posa le choixpeau sur son tabouret. Celui-ci sembla parcourut d'un frisson, ouvrit sa bouche couturée et entama sa chanson :

Il y a fort, fort longtemps

Quatre sorciers flamboyants

Réunirent sous leur étendard

Des apprentis sorciers, ici-même à Poudlard

Gryffondor enseignait aux preux

Serdaigle instruisait les penseurs

Poufsouffle éclairait les travailleurs

Serpentard initiait les ambitieux

Ils me chargèrent de souhaiter la bienvenue

Mais aussi d'aiguiller et répartir

Sans jamais mentir ni faillir

Une fois que leur heure serait venue

Aucune maison n'est meilleure ou dominante

Chacune possède ses failles et ses qualités

Si tu désires devenir un sorcier complet

Sache que toutes les matières sont importantes

Harmonie et équilibre ne peuvent être atteints

Qu'en respectant les forces et limites de chacun

Il ne sert à rien de tempêter et forcer

Ses propres opinions courtes et entêtées

Cette petite morale vaut ailleurs qu'à l'école

Et ne servira pas qu'à éviter les heures de colle

Souvenez-vous juste que les fondateurs

Tant qu'ils se respectèrent vécurent dans le bonheur

Que les nouveaux approchent !

Pour être répartis en temps et en heure

Que je puisse lire dans leur caboche

Quelles seront leurs valeurs et leurs couleurs !

La Grande Salle applaudit.

« En pleine crise existentielle, ce Choixpeau, non ? » dit Lily en souriant à Marlene tandis que Serdaigle applaudissait le premier élève de la liste.

« Après un millénaire, c'est normal de remettre le système des maisons en question, non ? » se moqua son amie. « Qu'on en finisse, j'ai faim ! » ajouta-t-elle en applaudissant Deschelle, Sarah qui venait d'être envoyée à Gryffondor.

Plus tard, Lily applaudit de bon cœur quand Hughville, Matt rejoignit leur table. Les Maraudeurs le sifflèrent avec enthousiasme. Enfin, la répartition s'acheva avec Zuru, John et Dumbledore se leva.

« Bienvenue pour cette nouvelle année à Poudlard ! Il est bon de se retrouver au coeur de ces temps troublés. Avant d'entamer notre festin, j'aimerais vous dire quelques mots. Notre équipe enseignante se dote cette année d'un coup de jeune en accueillant Susan Abbington, qui enseignera l'Etude des Moldus... »

La sorcière blonde sourit à l'assemblée et reçut quelques applaudissements polis. Lily remarqua que parmi toutes les tables – celle des Serpentard en comptant le plus grand nombre – des élèves reniflaient de dédain ou commentaient la nomination de la jeune femme répugnance ou colère.

« … et Adriana Mercador, qui aura parcouru le monde entier avant de nous faire l'honneur de rejoindre Poudlard. »

La sorcière brune fit un petit signe de la main à l'assemblée, le visage grave. Il était difficile de croire qu'une personne aussi jeune ait pu déjà accomplir un tour du monde… Marlene et Lily échangèrent un regard intrigué. Des applaudissements un peu plus nourris répondirent à l'annonce du Directeur.

« Par ailleurs, j'aimerais que nous fassions une minute de silence en hommage aux trois camarades qui ont tragiquement perdu la vie lors de l'odieuse attaque du Chemin de Traverse, vendredi dernier. Allen Chourave, Audrey Dawson et Cole Stevens étaient des sorciers plein de promesses. J'aimerais aussi que nous accordions une pensée aux vingt-trois autres sorciers qui nous ont tragiquement quitté. Ainsi qu'à tous les blessés qui sont encore aux soins, à leurs proches à leurs familles. »

La Grande Salle se recueillit. A chaque table, des adolescents épongeaient leurs larmes tandis que d'autres affichaient un air insolent. Lily sentit son coeur se serrer douloureusement à la vue de Margaret Chourave qui peinait à respirer convenablement, les épaules entourées par le bras de Darryl Weasley, son petit ami.

« Merci d'avoir respecté cette minute de recueillement... » reprit le Directeur. « Je finirai en vous rappelant que plus nous serons unis, plus nous serons forts face aux épreuves à venir. »

Il s'apprêta à se rasseoir puis se releva d'un bond.

« Ah oui ! La Forêt Interdite est toujours interdite, lancer des sorts dans les couloirs est toujours passible de retenues et les baguettes explosives sont toujours interdites. Bon appétit ! »

Le festin apparut dans les plats en or et les élèves furent absorbés par les délices qui leur étaient proposés et de partager leurs récits de vacances respectifs.

Coleen racontait comment son petit frère Kingsley s'était fait poursuivre sur trois kilomètres de plage par un crabe de feu particulièrement agressif quand elle fut soudainement projetée sur Marlene. Toutes deux se retrouvèrent maculées de sauce moutarde. A côté de Coleen, Peter Pettigrow était également tâché d'airelles. C'était Aileas Barrow qui l'avait poussé sans ménagement pour s'asseoir à côté de lui et pouvoir s'adresser facilement à James Potter et Sirius Black, créant le chaos sur deux mètres de tablée.

C'était une fille très grande et athlétique, aux cheveux châtain toujours en bataille et sommairement attachés.

« Aileas ! Félicitations pour ton poste ! » lui cria Lily, et la septième année se retourna pour lui adresser un signe de remerciement avec un petit sourire fier. Puis elle en revint aux garçons.

« Vous deux, entraînement dès demain soir ! » leur dit la nouvelle capitaine de Quidditch de Gryffondor.

« Excellentes vacances, merci de ta sollicitude, et toi donc, Aileas ? » rétorqua James d'un ton dégagé sans s'arrêter de découper ses pommes de terre.

« Profitons de ne pas avoir à recruter de nouveaux joueurs cette année. » déclara Aileas, imperturbable.

« Oui, plutôt beau temps, même si je dois déplorer un gênant coup de soleil sur mon... »

« Black, tu as racheté une nouvelle batte ? » reprit Aileas, sourde à la logorrhée de son poursuiveur vedette.

La précédente batte de Black s'était fendue jusqu'au manche pendant le dernier match contre Serpentard. La mâchoire de Nott n'avait jamais totalement repris sa forme initiale depuis.

« J'en ai une toute neuve, avec triple vernis protecteur et sort anti-fêlure : te fais pas de bile, Aileas, on va les défoncer cette année. »

« Je t'avoue que si tu pouvais envoyer quelques cognards sur Antigone Greengrass, ça me ferait plaisir... »

Antigone Greengrass était la capitaine de l'équipe de Serpentard. Elle et Aileas Barrow se vouaient une haine farouche et mutuelle sur le terrain aussi bien qu'en dehors.

« C'est comme si c'était fait ! » se réjouit Sirius en se resservant des courgettes farcies.

« Cet été, mon cousin Thomas devait rejoindre l'équipe des Crécelles de Kenmare comme gardien… » expliqua sombrement Aileas. « Le contrat était signé depuis mai. Mais le jour de son arrivée officielle, le président du club le fait venir et lui dit qu'avec son ascendance partiellement moldue, il ne lui semble plus très raisonnable de l'embaucher à un poste aussi populaire… que ça va poser problème auprès des sponsors. Et cette goule de Greengrass s'est moquée de lui dans le train, car son père est un actionnaire du club et l'a mise au courant. »

Ses voisins de table relevèrent tous la tête vers elle. Même James interrompit son monologue (il en était à la description détaillée de l'anatomie des deux françaises avec qui ils avaient flirté sur la plage) que Remus Lupin, le plus proche de lui, subissait tout en essayant de suivre la conversation générale.

« Tu plaisantes ? » balbutia Peter Pettigrow.

« Il lui a dit ça dans ces termes exactes ? » demanda Lily en se penchant par-dessus la table pour qu'Aileas puisse l'entendre.

« Et il n'était absolument pas gêné ! » acquiesça la nouvelle capitaine, les yeux flamboyants. « Du coup, Thomas est au chômage. »

« Mais… selon la loi... » reprit Pettigrow.

« Ils n'ont pas le droit. » le coupa Lily, l'appétit coupé. « Théoriquement. »

« Mais si Thomas faisait un scandale, il deviendrait une figure pro-moldue et personne ne l'embaucherait, c'est ça ? » raisonna lentement Coleen et Aileas approuva du chef.

« Et ce sera donc un double-cognard pour Miss Greengrass au prochain match ! » reprit Sirius d'une voix faussement guillerette.

Aileas lui adressa un bref sourire de gratitude et se retourna vers James.

« Je peux estimer que j'ai ton soutien… ? Pour ma nomination au poste. » précisa-t-elle en voyant James hausser un sourcil perplexe.

« Évidemment, capitaine ! La question ne se pose même pas ! » répondit-il en haussant les épaules, vexé qu'elle ait pu le soupçonner d'une quelconque jalousie à ce sujet.

La jeune fille repartir s'asseoir près de son petit frère, Gowan Barrow, également poursuiveur de Gryffondor.

« Ça m'étonnerait que Paige Parkinson prenne des mesures pour lutter contre les discriminations faites aux Nés-Moldus et aux Sang-Mêlés... » pensa Lily à voix haute.

« Ma mère dit qu'elle songe à réduire leurs droits pour contenter les autres tarés, mais que comme ce qu'elle a à offrir ne sera jamais assez pour eux, elle s'en rendra compte avant d'avoir mis quoi que ce soit en place... » dit Marlene.

« Je connais plein de sorciers qui attendent ce genre de lois anti-métissage depuis des décennies, voir des siècles. » dit Sirius Black. « Parkinson doit subir la pression d'une bonne vingtaine de familles de sang-pur extrêmement convaincues du bien-fondé de leurs idées… ça risque d'arriver plus tôt qu'on ne le pense. »

« Il y a des garde-fou, pourtant. Dumbledore est au Magenmagot et il ne laissera jamais passer ça. » dit Remus avec calme.

Mais Sirius Black secoua la tête. « Remus, ils en rêvent depuis trop longtemps. Je le sais, j'ai vécu avec eux. Tu crois vraiment qu'ils vont laisser passer une si belle occasion d'instaurer leurs lois du sang maintenant que des tarés se sont dévoués pour faire le sale boulot à leur place ? »

« Le Ministère va essayer de calmer les Mangemorts, ils savent que ça ne fonctionnera pas avec eux à long-terme. » tempéra Marlene.

« Je crois que vous êtes bien naïfs... » insista Sirius.

« Mais ce serait quel genre de loi ? » questionna Peter, inquiet. « Ça les empêcherait de trouver du travail, par exemple ? »

« Travail, port de baguette, inscription à Poudlard, interdiction de transplaner, la liste peut s'avérer très longue, Peter. »

Quelque chose dans la désinvolture et l'insolente beauté de Sirius Black tandis qu'il énumérait ces humiliations, qui pourraient potentiellement lui être infligées, à elle, irrita profondément Lily.

« Ça ne sert à rien de jouer les oiseaux de mauvaise augure quand on n'est pas concerné par le problème. » répliqua-t-elle, cinglante.

Sirius se tourna vers elle, ses yeux noirs brillants d'une lueur inquiétante.

« Hey ! Je te signale que je ne vis plus avec ma famille. Je ne fais que répéter ce que je les ai toujours entendus dire. »

« Mais ton sang est toujours pur, » fit remarquer Lily. « Et tu es parti pour rejoindre une autre famille de sang-pur. Quelle prise de risque ! »

Coleen Shacklebolt lui fit les gros yeux. Sirius ouvrit la bouche pour répliquer mais Remus Lupin lui donna un coup de coude dans les côtes, tandis que Lily sentait sur elle le regard en biais de Marlene. « Hé, calme-toi ! » lui chuchota sa meilleure amie.

Lily se replongea dans le dépiautage de ses petits pois qui avaient refroidi et se transformaient en écrasé depuis le début de la conversation.

« Et si chacun reprenait le cours de son dîner en oubliant qu'on a tenté de communiquer les uns avec les autres ? » suggéra Lupin.

James eut l'air d'avoir enfin trouvé la résolution d'une énigme particulièrement ardue et claqua les doigts de satisfaction.

« C'était ça ! Je me disais bien aussi que jamais en sept ans on n'avait discuté de plein gré au premier banquet avec Evans et McKinnon ! » Il fit mine de frissonner. « Vraiment étrange... »

Les garons se mirent à commenter le classement de la saison de Quidditch. Les filles parlèrent de la rentrée musicale et littéraire sorcière.

Seuls Remus et Marlene échangèrent un regard désolé au cours du reste du dîner.


Lily avait complètement oublié que le titre de préfète-en-chef lui donnait le droit d'avoir sa propre chambre. C'est Marlene qui le lui rappela alors qu'elles emmenaient les première année au tableau de la Grosse Dame.

« Errare humanum ! » s'exclama-t-elle joyeusement.

« Bon retour ! » sourit la Grosse Dame en pivotant.

La chambre était située en tout en haut de l'escalier qui menait au dortoir des filles. La préfète-en-chef présenta leurs chambres aux nouvelles recrues, puis laissa Marlene, Coleen, Alice et Aileas s'installer dans leurs quartiers habituels pour aller découvrir cette nouvelle pièce. Sa malle l'y attendait bel et bien.

Elle avait la même taille que les autres chambres, mais avec un seul lit au lieu de cinq, elle était beaucoup plus spacieuse. Les couleurs étaient dorées, beiges, blanches, avec quelques pointes de pourpre, qui était pourtant la dominante des Gryffondor dans les autres pièces. Il y avait un immense bureau – pour elle toute seule – une armoire deux fois plus grande que son ancienne penderie – pour elle toute seule – une grande plante aux délicates fleurs blanches et pourpres, une salle de bain attenante – POUR ELLE TOUTE SEULE. Elle se mit à rire nerveusement devant ce luxe inouï. Quand elle se fut jetée et roulée quelques fois dans le lit – qui était un peu plus large que son prédécesseur, lui sembla-t-il – elle entreprit de défaire ses bagages.

Ravie, elle disposa ses affaires de toilette autour de l'évier aux reflets nacrés. Elle venait de glisser sa brosse à dents dans un verre en forme de coquillage quand quelque chose, dans le reflet du miroir, la fit tiquer.

Ou plutôt quelqu'un…

Il lui semblait avoir vu passer James Potter, mais c'était absurde, puisqu'il devait dormir dans le dortoir des garçons.

Elle se fustigea de voir James Potter partout et reprit son rangement. Elle pliait ses serviettes de douche quand elle aperçut de nouveau James Potter repasser en sens inverse dans le miroir. Elle se figea puis reposa avec précaution la pile de serviettes et sortit, méfiante, de la salle de bain. Ses soupçons furent confirmés par la vue improbable qu'offrait James Potter, dans sa chambre, et présentement en train d'inspecter sa garde-robe moldue. Il tenait au bout de ses deux index un pull bleu que Lily avait ramené au cas où.

« J'aime bien, mais moins que le vert que tu portais tout à l'heure. » décréta-t-il d'un ton docte.

« Potter. Tu n'as pas le droit d'être ici. Et… comment es-tu rentré, d'abord ?! »

« C'est fou ce que les filles peuvent emporter comme chiffons, même celles qui, comme toi, ont d'autres pré-occupations que leur garde-robe… AÏE ! »

D'un mouvement de baguette, elle lui avait donné une tape invisible sur la main.

« Si je te vois te ré-approcher de ma pile de sous-vêtements, ça va barder ! » le prévint-elle en inspectant autour d'elle à la recherche de l'entrée cachée. Elle tâtonna sur les murs et finit par trouver, en soulevant la lourde teinture dorée près de l'entrée de la salle de bain. Derrière, se cachait une porte. Elle la tira vers elle et la porte révéla un court escalier d'une dizaine de petites marches qui menait à une porte tout à fait similaire, un mètre plus bas.

« Ta chambre, je présume ? »

« Une chambre froide, et solitaire... » acquiesça James d'un ton plaintif, tout en inspectant les livres qu'avait emportés la jeune sorcière.

« Tu n'as qu'à inviter Black à une pyjama party et me laisser tranquille... »

« Oh ! 'Tribulations d'un nécromancien' ! J'adore ! Tu me le liras pour m'endormir ? »

Elle le saisit fermement par le bras et l'éloigna vers la sortie.

« Quoi ? Tu me mets déjà dehors ? Mais où est ton sens de l'hospitalité ? »

« De-hors. Je ne comprends même pas que l'escalier ne se soit pas transformé en toboggan pour te propulser jusqu'en bas. »

James se fendit d'un sourire. Il était désormais dans l'encadrement de la porte mais pas suffisamment en retrait pour que la jeune fille puisse la lui claquer à la figure.

« Ça n'est quasiment jamais arrivé qu'une fille et un garçon de la même maison soient nommés préfets-en-chef tous les deux… les architectes n'ont donc pas du penser à mettre au point un mécanisme... c'est le destin ! »

« Je suis fatiguée, Potter. A DEMAIN, POTTER ! »

« Je viendrai te border et te souhaiter la bonne nuit tous les soirs... »

« Et je vais mettre au point un sortilège anti-effraction si puissant que la poignée t'explosera dans la main dès que tu l'effleureras ne seait-ce que du pouce. »

« Bon courage avec ça, à part les serrures de Gringotts, on n'a pas encore trouvé grand-chose qui résiste à un alohomora… Fais de beaux rêves, Evans ! » Il recula enfin et elle claqua la porte de toutes ses forces.

« Lockere ! » murmura-t-elle.

Mais Lockere ne résistait pas à un bon alohomora des familles.

Elle déplaça magiquement une commode devant la porte. Histoire de.

C'était très agaçant de ne pas savoir quand les Maraudeurs plaisantaient et quand ils étaient sérieux. Aujourd'hui, Potter l'avait plutôt impressionnée en réagissant avec Lestrange et Matt Hughville… Puis, il s'était – encore – montré insupportable. Elle passa son pyjama, sans cesser de lancer des regards nerveux vers la commode.

Son lit l'accueillit, moelleux et agréable. Elle prit un livre. Est-ce que l'armoire arrêterait Potter s'il revenait dans son sommeil ?

« Je peux veniiiir ? » demanda-t-elle d'un ton implorant dix minutes plus tard à l'entrée de la chambre qu'elle partageait auparavant avec ses camarades de classe.

« T'as oublié ton doudou ou quoi ? » se moqua Aileas, perplexe.

« Potter a accès à ma chambre via un passage secret et je ne connais aucun sort qui puisse résister à alohomora. » avoua Lily en défaisant son ancien lit.

« On en utilise un à la maison spécialement pour les sorciers du Ministère ! » dit Marlene en se glissant sous sa couette. « Je me renseignerai pour toi. »

« Tu sais que des filles tueraient pour un accès direct à la chambre de Potter ? » demanda malicieusement Alice en continuant de brosser ses cheveux châtain.

« Elles font bien ce qu'elles veulent, mais moi, je ne suis pas masochiste. » répondit Lily en s'enfonçant dans ses édredons.


A la semaine prochaine pour le chapitre 3 qui s'intitulera "Totem" ! :)