Merci Sout, , dicaprisun, Danao, Johncourtepatte, Malilite, Mimi70, Snow Duchess, Mimoo, Meg pour vos supers review ! Un merci infini à ma sœur pour son efficacité et sa bienveillance légendaires.


Disclaimer : Rien ne m'appartient (à part quelques personnages de mon invention), JK Rowling et la Warner sont les heureux propriétaires, et je ne gagne pas une noise en écrivant cette histoire !

Avertissement : T en raison des thèmes politiques, amoureux/sexuels, de la guerre et des histoires de famille compliquées. Ce chapitre contient une scène de sexe sans emploi de mots crus, n'hésitez pas à me dire si je dois passer en M.

Rappelez-vous : Severus, Regulus et Avery figurent parmi les derniers Mangemorts-to-be encore présents à Poudlard. Un Gryffondor né-moldu de première année, Matt Hughville, s'est empoisonné à l'hebona après avoir essayé de rapporter la dite substance à la Direction pour preuve de leurs méfaits. Le professeur de défenses, Adriana Mercador, a échappé à l'empoisonnement de justesse.
Lily et Severus ne se parlent plus depuis la mort des parents Evans. Les deux préfets-en-chef ont failli faire la chose (hashtag 2HDP) au mariage des Dursley.

Recommandations générales : Allergiques à la niaiserie, passez ce chapitre.

Recommandations musicales : Pour Lily et Severus, j'ai fait une exception à ma règle « uniquement de l'instrumental quand j'écris » et écouté des chansons dont les paroles m'ont semblé résonner : Unspoken de Hurts et Fools like me de Vanessa Carlton.

Pour Lily et James, j'ai beaucoup écouté Forces of Attraction de Johann Johannsson et Empire par Of Men and Monsters.


Chapitre 25 : Étincelles

« Sev, tu m'écoutes, ou quoi ? »

Le garçon émergea de ses pensées et ses yeux se posèrent sur la jeune sorcière qui haussait un sourcil cuivré par-dessus sa bièraubeurre.

« Bien sûr. » répondit-il avec autant de conviction que possible.

« Alors, qu'est-ce que tu en penses ? » insista Lily.

« De ? »

« De ce dont je parlais pendant que tu n'écoutais pas. » rétorqua-t-elle.

« Je me demandais juste… tu crois que Lupin pourrait être atteint d'éclabouille chronique ? »

Comprenant ce – ou plutôt ceux – vers qui l'attention de Severus s'était orientée, Lily tourna la tête par-dessus son épaule. Ses soupçons confirmés, elle lui fit à nouveau face et roula éloquemment ses yeux verts.

« Mais ça tourne à la maniaquerie, ma parole ! »

« Ce n'est pas de la maniaquerie ! » rectifia-t-il immédiatement. « C'est juste… que Potter et sa clique cachent quelque chose. »

« Tu veux dire que ton obsession pour eux cache quelque chose ! J'arrive pas à y croire. » Lily repoussa sa pinte mousseuse et se prit la tête dans les mains. Son attitude dramatique acheva de ramener l'attention de Severus sur elle : qu'est-ce qui lui prenait ? En l'espace de dix secondes, son amie d'enfance était passée de vaguement ennuyée à bouillonnante de rage. « On ne passe plus de temps ensemble ! McKinnon te vampirise ! C'est comme si notre amitié ne comptait plus du tout pour toi ! » le singea-t-elle. « Nous voilà enfin réunis, c'est notre première sortie à Pré-au-lard, et je n'arrive pas à t'arracher deux mots. Ni chez Honeydukes, ni chez Zonko, ni sur cette fichue première gorgée de bièraubeurre ! » énuméra-t-elle, les dents serrées et les yeux lançant des éclairs.

« Je me demandais juste ce que ces crétins de Gryffondor trafiquaient, c'est tout ! Mais si ça te vexe autant que je parle de la grosse tête de Potter… »

Menaçante, Lily tendit le cou tel un oiseau de proie. « Et pourquoi ça me vexerait ? »

Severus renifla avec condescendance. C'était une rumeur qui circulait depuis la rentrée parmi les troisième année, un commérage qui avait cloué Severus sur place lorsque Mulciber l'avait rapporté un soir, en s'asseyant à la Grande Table. « Il paraît que ce crétin de poursuiveur de Gryffondor a le béguin pour la sang-de-bourbe aux cheveux roux ! Depuis quand les Potter sont devenus des traîtres à leur sang ? » Une Serdaigle à la langue bien pendue s'était empressée de diffuser l'information non-vérifiée, et depuis, Severus n'avait pu s'empêcher de remarquer des choses qui lui avaient jusqu'alors échappées. La façon dont les prises de bec entre Potter et Lily avaient tendance à s'éterniser en cours de potions, la manière dont ce lourdaud la suivait parfois du regard à la table rouge et or tandis que ses sbires conspiraient à voix basse, celle dont il s'assurait qu'elle soit dans le coin avant de prendre la défense systématique des nés-moldus…

Pour se redonner une certaine contenance, il porta la choppe à sa bouche. Le breuvage était trop sucré à son goût. « Laisse tomber. » marmonna-t-il.

« Si tu voulais venir avec Mulciber, tu n'aurais pas dû te gêner. » répondit Lily. Elle s'efforçait de garder une voix basse et mesurée, mais Severus la connaissait assez pour percevoir l'acidité de sa remarque.

« De quoi tu parles ? » feignit-il de ne pas comprendre.

« Je parle du fait que ton nouvel ami doit regretter que tu profites de Pré-au-lard avec une sorcière de seconde zone. »

« Mulciber ne me dit pas ce que je dois faire. »

« Alors pourquoi tu t'es mis avec Greengrass pour le projet de Slughorn ? » Lily mordit sa lèvre inférieure et baissa pudiquement les yeux pour cacher son chagrin. « C'est à cause de ce qu'il a dit en soins aux créatures magiques ? »

Au moment de faire équipe pour s'occuper des vermimous, Mulciber s'était en effet exclamé que tout sorcier faisant équipe avec un né-moldu manquait cruellement d'honneur. Pendant le cours de potion qui avait suivi, Lily s'était un peu attardée aux côtés de McKinnon, et Rogue en avait profité pour se tourner vers une sang-pur. C'était une entorse à la tradition (ils avaient toujours travaillé ensemble sous la houlette de Slughorn), mais il s'était rassuré en se répétant qu'après tout, McKinnon serait ravie d'avoir enfin Lily pour elle toute seule… n'était-ce pas le sujet principal de leurs disputes depuis leur entrée à Poudlard ? Et en effet, les deux sorcières avaient fait équipe sous les quolibets de ses camarades de Serpentard. Ils n'avaient pas évoqué l'incident depuis. Mais maintenant qu'elle était assise en face de lui, la gorge manifestement nouée, le regard empli de tristesse, Severus sentit son cœur se serrer : il n'avait pourtant pas vraiment eu l'intention de la blesser…

« Je suis désolé… je croyais que tu préférais travailler avec McKinnon… » prétendit-il.

Il tendit la main et effleura furtivement les doigts de la jeune fille qui reposaient sur la table.

« Pas en potions. » avoua-t-elle. « Les potions, c'est entre toi et moi. »

« Je suis désolé. » répéta-t-il dans un souffle.

Soulagé, il contempla un faible sourire naître vaillamment sur la figure de Lily.

« Pffff, t'es bien puni, de toute façon. Greengrass est incapable de réaliser une pommade sans brûler le fond de son chaudron. »

« Eurk ! Qu'est-ce que c'est que ça ? Ne me dites pas que vous sortez ensemble ? »

Severus retira précipitamment sa main. Les bras ballants, planté devant eux, James Potter affichait une mine horrifiée.

« Certainement pas ! » se défendit Severus. Merlin soit loué, les Serpentard s'étaient regroupés à l'autre bout des Trois Balais et n'avaient donc pu entendre la remarque crétine de son rival.

« Dégage, Potter. » ordonna Lily avec lassitude.

« C'est ça ! Dégage, Potter. » répéta Severus en écho.

Mais Potter se contenta de désigner leur association d'un vague mouvement de l'index. « C'est contre-nature, vous savez. »

« Ce n'est pas parce qu'une alliance Gryffon-Serpent te paraît insurmontable que d'autres ne peuvent pas faire preuve de plus de maturité. » rétorqua Lily avec hauteur. « Va-t-en, maintenant. »

« Oh, mais je ne parlais pas de ça. Il y a de bons éléments partout. » admit Potter avec réticence. « Mais Evans ! T'abaisser à ça ? Tu peux faire tellement mieux ! » s'exclama-t-il avec dégoût, et Severus regretta que le port de baguettes ne soit pas autorisé à l'extérieur de l'enceinte du château.

« Laisse-moi deviner : comme toi, par exemple ? » ironisa Lily.

Severus se figea sur place. Ainsi, c'était vrai ?
L'insupportable rictus revint déformer le visage de l'attrapeur-vedette de Gryffondor.

« Oh, Evans, je n'ai pas dit que tu pouvais faire aussi bien que moi, tout de même. Mais bon, c'est pas comme si je manquais de cœur au point de te laisser sortir avec Snivellus – il faut préserver ta dignité. Alors… toi et moi, prochaine sortie à Pré-au-lard, ça te dit ? »

Manifestement écœurée, Lily abandonna devant elle sa choppe à demi-pleine.

« Viens, Severus, on ne s'entend pas, ici. Trop de parasites. »

« Mais Evans ! Tu as vu comme ses cheveux sont gras ? Je veux dire, vraiment, tu as de grands yeux ! Alors ouvre-les pour de bon et dis-moi sincèrement ce que tu penses de cette tronche de serpillière ! »

Mais déjà, Lily prenait la direction de la porte des Trois Balais. En la suivant, Severus prit grand soin de rentrer brutalement dans l'épaule du Gryffondor.

« Va te faire voir chez les trolls, Potter. »

« Terrifiant. » bailla l'imbécile en glissant ses mains dans ses poches.

Le vent d'octobre était déjà vif, et la cape de Lily virevoltait derrière elle. Heureusement, le froid avait découragé les passants qui s'étaient réfugiés dans la chaleur de leurs chaumières, et poussé les étudiants à s'installer dans les pubs et les salons de thé. Mis à part une sorcière débordée par son fléreur de compagnie qui courait en tous sens, la rue était vide.

« Hé ! » Sa main se referma sur le poignet de la jeune sorcière. « Alors ? » s'enquit-il, à bout de souffle.

« Alors quoi ? »

« Qu'est-ce qui se passe avec Potter ? »

« Ça me fait mal ! » prévint-elle en grimaçant. Soudainement conscient de la force de sa prise, il la relâcha. « Potter agit comme l'idiot qu'il est habituellement. S'il pouvait changer d'école, ça nous ferait des vacances. » répondit-elle en resserrant ses bras contre sa poitrine pour se protéger du froid. Ses joues prirent une teinte rosée, ses sourcils se froncèrent encore davantage, et Severus sentit le sang affluer, taper à sa tempe… accompagné d'un pressentiment étrange, une certitude absurde qui venait d'imploser en lui, à cet instant précis : il allait la perdre. Mais c'était une idée grotesque : ils étaient meilleurs amis depuis des années, et en dépit de leurs chamailleries, ils avaient résisté à leur répartition, et à l'apparition d'autres personnages dans leurs vies respectives… Une partie de Lily lui appartenait, la seule qui comptait vraiment, et rien ne pouvait entacher ce lien. Rien, jamais.

« Maintenant qu'on est dehors, tu veux jeter un coup d'œil à la Cabane Hurlante ? » proposa Lily.

Mulciber avait parlé de s'aventurer aux abords de la maison hantée.

« Non, pas aujourd'hui. » déclina-t-il.

« On pourrait repasser à Zonko, dans ce cas ? Ou jeter un œil à la librairie ? »

Severus haussa les épaules. Il avait accepté l'invitation de Lily avant d'avoir réfléchi à ce que ça impliquait de s'afficher avec une née-moldue clairement identifiée. Maintenant qu'ils avaient testé le pub, il n'attendait qu'une chose : rentrer au château, et se lancer avec elle dans la préparation d'une potion, bien à l'abri dans le cachot de Slughorn… Il s'apprêtait à lui faire cette proposition quand elle le devança, les yeux remplis de peine.

« Je n'ai pas envie de retourner à Poudlard tout de suite, Sev. J'ai toujours rêvé de visiter Pré-au-lard, c'est la première fois que j'y mets les pieds et j'ai vraiment envie d'en profiter, alors à moins que tu y mettes enfin du tien… » Elle déglutit et passa brièvement le dos de sa main sur ses yeux. « … je vais plutôt rejoindre Marlene et les autres. Elles doivent être chez Guipure. »

Brusquement plein de fureur, il explosa. « C'est ça ! Va les retrouver ! Ce n'est pas comme si on avait promis de passer l'après-midi ensemble ! »

« J'ai passé l'après-midi avec toi ! C'est toi qui es constamment ailleurs ! » se défendit Lily.

« Tu es celle qui est partie à Gryffondor ! On devait entrer à Serpentard ensemble ! » renchérit-il avant même d'avoir réfléchi à ses paroles.

« Ce n'est pas comme ça que ça marche ! Et franchement, au bout de trois ans, tu devrais changer de disque ! »

« Cette idiote de McKinnon, l'insignifiante Coleen Shacklebolt… c'est quoi, l'étape suivante ? Un rendez-vous galant avec James Potter ? »

« Tu es ridicule. » estima souverainement Lily. « A mon avis, la prochaine étape, c'est plutôt toi léchant les bottes de Mulciber. Vas-y, cours lui dire que tu m'as plantée en pleine visite à Pré-au-lard ! Je suis sûre que tu en meurs d'envie ! Raconte-leur que tu t'es bien moquée de la sang-de-bourbe de service. Quoi, ça te choque quand c'est moi qui me surnomme de cette manière ? Il n'y a pourtant pas de raison de paraître aussi offusqué. Quand ils m'insultent, tu ne pipes jamais un mot. »

Sur ces paroles, elle lui tourna le dos et redescendit l'allée principale, son écharpe rouge et or flottant derrière elle comme un étendard.

Elle n'a rien compris, se répéta-t-il en litanie tandis que ses bottes donnaient des coups de pieds rageurs dans les cailloux qui parsemaient le retour à Poudlard. Elle n'a rien compris du tout.


Il se réveilla en sursaut, obsédé par l'image de la sorcière rousse s'éloignant de lui à pas vifs. Quelques secondes furent nécessaires pour réaliser que ce n'était pas le souvenir de leur première visite au village qui l'avait extirpé du sommeil, mais la pluie de coups fébriles portés à sa porte. Tout en passant une main sur son visage ankylosé, Severus porta l'autre à sa baguette et déverrouilla finalement la chambre de l'intérieur.

Avant même qu'il ait pu donner l'autorisation d'entrer, Regulus Black s'était introduit dans la pièce. Severus remarqua aussitôt ses mains nerveuses et tremblantes sur la poignée de la porte, la sueur qui maculait son front et trempait sa frange noire corbeau. Glissant de son lit, il lui fit face, attendant une explication qui ne venait pourtant pas.

« Qu'est-ce qui se passe ? » interrogea-t-il, mi-agacé, mi-alerté.

Regulus déglutit, ses doigts toujours crispés sur la rondeur du bouton argenté.

« Je… il y a eu un accident… » bredouilla-t-il.

« Quoi ? Quel accident ? »

« L'hebona. Je l'ai rangé à sa place, mais… quelqu'un est entré… quelqu'un a réussi à pénétrer dans la pièce ! »

Severus demeura parfaitement immobile, ses yeux rivés sur Regulus. Celui-ci semblait lutter avec chaque mot naissant sur sa langue.

« Quelqu'un connaissait le moyen d'entrer… quelqu'un a pris l'hebona ! »

Quelqu'un au fait des passages secrets du château – se serait-il agi de…

« Qui ? » Une étrange tension venait de naître dans son estomac, enserrait sa cage thoracique, curieux mélange d'excitation et d'appréhension.

« C'était un accident ! » se défendit Regulus. « Il a pris la fiole, sûrement pour nous dénoncer, mais… il a dû porter ses mains à sa bouche, respirer le produit, je ne sais pas, et il… »

Potter ? Ou Black ? Regulus avait-il causé la mort de son propre frère aîné ? Est-ce que les deux Gryffondor avaient pu être assez stupides, assez inconscients pour ingérer le poison dans leur précipitation, dans leur désir de les dénoncer ?

« Qui ? »

Regulus cessa de bégayer et prit une profonde inspiration. Il paraissait sur le point de tourner de l'œil.

« Matt Hughville. » Ce n'était pas la réponse que Severus attendait, et cette fois-ci, il se trouva sur le point de répéter « qui ? » d'un ton bien plus perplexe que la première fois. Regulus, qui avait perçu son hésitation, porta sa main libre à son front comme pour calmer une migraine. « Gryffondor, première année. Le souffre-douleur de Shelagh, tu te rappelles ? »

« Alors… il est… ? »

« Mort. » Le Serpentard fut traversé par un petit rire nerveux qui résonna comme un coassement. « Vu son gabarit, il a dû suffire d'une quantité tellement… tellement infime d'hebona… un millième de milligramme… »

« Et notre véritable cible ? »

« A l'infirmerie. Elle a été trouvée par un Auror. »

Severus jura et tourna le dos à son camarade, poings sur les hanches.

« C'est mauvais, c'est très mauvais… » murmura-t-il plus pour lui-même que pour quiconque d'autre.

« Qu'est-ce qu'on va faire ? » demanda le deuxième Black, adossé à la porte de son armoire comme pour garder l'équilibre. « S'ils découvrent que c'est moi qui… » Ses paroles se perdirent dans l'air, mais Severus évacua ses inquiétudes d'un geste sec de la main.

« Hughville est mort, non ? Il n'y a aucun moyen qu'il nous vende maintenant. Je suis plus inquiet pour ce qui nous attend de l'autre côté. »

« Hein ? » souffla Regulus, hagard.

« Mercador a survécu, n'est-ce pas ? On a failli à notre mission. Dumbledore va peut-être nous scruter à la loupe, mais comment crois-tu qu'ils vont prendre notre échec, là-bas ? » A son tour, Severus porta sa main à son crâne pour apaiser la tension naissante dans ses méninges. Après quelques secondes d'intense réflexion, il revint vers son cadet et le fixa d'un index autoritaire. Quand Regulus releva la tête, il lui trouva l'air d'un enfant plus que d'un adolescent : clairement, il avait perdu le contrôle de ses nerfs.

« Écoute. J'ai besoin que tu retournes à ta chambre, et que tu retrouves… ton calme. De la contenance. Gagne du temps s'il le faut, vas prendre la plus longue douche de ta vie, dis que tu as un début de crève et reste dans ton lit. Mais après, il faudra que tu sortes. Va lire dans la salle commune, va faire tes devoirs à la bibliothèque, va là où tu peux être vu… Les préfets vont sûrement nous demander de rester dans la salle commune une fois qu'ils seront informés de la mort de Hughville, et il ne faudrait pas que les autres se mettent à te suspecter. Black, est-ce que tu m'écoutes ? »

Regulus hocha la tête de droite à gauche avant de réussir à parler.

« Ce n'était pas censé être lui. »

« Il était né-moldu, ç'aurait été son tour à un moment ou à un autre. »

« Je m'étais préparé. Ça devait être elle. Cette garce a rejoint Dumbledore, elle a défié notre Seigneur, je m'étais préparé à ce que ce soit elle… »

Severus haussa un sourcil dubitatif.

« Tu t'attends à quoi ? Faire le deuil de chaque adversaire avec trois jours d'avance ? Tu crois que les duels marchent comme ça ? »

Étonnamment, sa remarque sembla faire émerger un peu de raison chez le plus jeune. Sa respiration ralentit légèrement, et au fur et à mesure de ses clignements, ses yeux noirs semblèrent trouver à nouveau un peu de logique au monde qui les entouraient.

« Non… non, tu as raison, Rogue. Je ne sais pas à quoi je m'attendais. Pardon, je… » Il s'ébroua et prit son visage entre ses mains. « J'ai été ridicule. Ça ne se reproduira plus. »


Cela faisait trois bonnes minutes que James, caché sous sa cape d'invisibilité, attendait l'issue de la scène dont il se retrouvait le témoin involontaire. Témoin involontaire, et malheureux – ou plutôt embêté, et embarrassé. Il venait d'émerger d'une nuit de pleine lune ordinaire n'ayant guère présenté plus de tracas que d'habitude. Les Maraudeurs avaient pour coutume que l'un d'eux, après avoir récupéré une ou deux heures de sommeil, vienne trouver Remus à l'infirmerie afin de lui assurer que tous étaient bien rentrés au bercail. Mais Marlene, encore un peu au fait de leur organisation bien huilée, l'avait devancé. Visiblement, elle s'était levée aux aurores pour faire préparer un petit-déjeuner par les elfes et surprendre Remus au réveil. En dépit des instructions de ce dernier… « Erreur, grossière erreur ! » avait songé James en arrivant à l'infirmerie. Si Remus avait bien accueilli sa petite amie, il aurait trouvé un moyen de lui faire savoir qu'ils étaient arrivés sains et saufs. Or, il n'osait pas les interrompre : les voix de Marlene et Remus, habituellement calmes, et paisiblement enjouées, crépitaient comme flammes sous le chaudron.

« Je t'avais prévenu ! Tu n'aurais pas dû venir. »

« Pourquoi ? Ma tête ne te revient plus ? »

« Arrête ! Ce n'est pas ça et tu le sais très bien. »

« Non, justement ! Je ne sais plus grand-chose à ton sujet en ce moment… Je ne te traque pas, je ne fais que t'apporter une… une collation et c'est comme ça que tu me reçois ? Explique-moi en quoi ça te pose problème ? »

« … Je ne veux pas que tu me voies… comme ça. »

« Comme quoi ? »

« Tu sais parfaitement ce que je veux dire ! Arrête de faire l'idiote ! »

« Oh, c'est moi l'idiote ? Tu m'as demandé de me tenir à l'écart, je le fais. Tu me demandes de ne jamais, au grand jamais parler de ta lycanthropie, j'obéis… »

« Parle moins fort ! »

« Tu me tiens à distance, et je respecte ça… Jusqu'à un certain point. Si tu me veux dans ta vie, fais un effort ! Le fait que tu te transformes en loup une fois par mois ne justifie pas… »

« Je t'en prie, tais-toi ! Tu vas réveiller le professeur Mercador… »

« Mais elle est déjà au courant, de toutes manières ! »

« Ce n'est pas une raison ! N'importe qui pourrait nous entendre, tu ne réalises pas ce que ça pourrait causer, tu n'as aucune idée de… ! » Une pause, puis : « Où est-ce que tu vas ? »

« Puisque ma présence t'accable tant, je repars. Avec le petit-déjeuner ! »

James se décala sur le côté pour laisser passer une Marlene furibonde. La sorcière s'agrippait au panier à repas au point que ses jointures blanchissent sur les joncs en osier. Quand elle eut disparu dans un claquement de porte, il avança dans l'infirmerie. Assis sur son lit, l'air plus grave que jamais, Remus commençait à retirer ses bandages. James fit glisser la cape d'invisibilité et apparut devant son ami.

« Sympa, le réveil en fanfare ! »

Remus grogna et lança la boule de pansements qui atterrit dans la poubelle deux mètres plus loin.

« Elle m'énerve quand elle est comme ça !»

James se passa la main à l'arrière du crâne. « De l'extérieur, on aurait pu croire que ça partait d'une bonne intention de sa part… »

Les yeux bruns de Remus lancèrent de tels éclairs dans sa direction qu'il changea aussitôt de tactique.

« Oublie ce que j'ai dit. Quelle plaie, une copine qui se lève tôt un samedi matin pour t'apporter le petit-déjeuner à l'infirmerie ! Marlene abuse totalement !» ironisa-t-il.

« Je n'ai pas envie qu'elle me voie comme ça, avec cette tête-là ! » s'écria Remus en désignant sa figure blafarde et cernée. « De toi à moi, est-ce que c'est si difficile à comprendre ? » Sans attendre de réponse, le Gryffondor enfila son pull et grimaça de douleur.

« Tu devrais peut-être te reposer encore un peu. » conseilla James en se passant une main dans les cheveux.

« Pomfresh a guéri ce qu'elle pouvait. Pour le reste, il n'y a rien à faire de toute façon. » maugréa Remus. « Et je vais devenir dingue si je reste plus longtemps dans cette pièce. »

James acquiesça et vint à son chevet, tendant pantalon et chaussures pour aider son ami dans sa tâche. Finalement, il lui offrit son bras pour l'aider à se lever du lit puis le passa autour de ses épaules en signe de soutien.

« Allez, mon vieux Lunard ! On va se faire un petit-déjeuner entre hommes. »

Le sorcier fit la moue. « Je n'ai pas très envie d'aller dans la Grande S… »

James roula des yeux. « Tu me prends pour qui ? Ce matin, on va chasser directement à la source. »

Remus se détendit légèrement en réalisant qu'ils prenaient le chemin des cuisines de l'école. Ils ouvrirent la porte de l'infirmerie et manquèrent de se faire renverser par Emma Prewett qui cherchait à rentrer dans l'antre de Mrs Pomfresh.

« Hé ! » la salua James.

« Hé. » répéta Remus.

« Hé… » les imita Emma, manifestement troublée de les trouver là. « Qu'est-ce que vous faites ici aussi tôt ? »

« J'ai été grippé toute la nuit. » prétexta aussitôt Remus. « Et toi ? »

Emma porta la main à son crâne. « Migraine. » prétendit-elle, mais quelque chose dans son expression fit tiquer James.

« Pomfresh ne sera pas disponible avant au moins une heure. » remarqua-t-il. « Mais tu devrais être au courant, puisque tu es préfète… »

« Ah, oui… je n'avais pas remarqué l'heure. Dommage ! Je vais juste rester ici en attendant. »

« Ou tu pourrais aller prendre ton petit-déjeuner avant de revenir, la Grande Salle est à deux pas. » suggéra-t-il.

« Ou je pourrais attendre ici. » rétorqua-t-elle avec agacement. « En tant que préfète, je suis à peu près sûre que rien ne s'oppose à ce que je patiente près du bureau de Pomfresh ? »

En dépit de son expression impassible, ses yeux s'attardèrent du côté du lit aux rideaux tirés installé près du bureau de la guérisseuse. James sourit de toutes ses dents.

« Oh, je vois ! Alors, la première de classe, on a un béguin pour la prof ? »

Emma, déjà pâle de nature, devint blafarde. « NON ! » s'exclama-t-elle, faisant sursauter les deux garçons. « Non, absolument pas ! »

« Je plaisantais ! C'était pour rire ! » lui assura James, un brin alerté par tant de véhémence. Toute l'école s'était toujours moqué avec plus ou moins de bienveillance de l'attitude un brin fayotte d'Emma Prewett, et cette dernière n'avait jamais particulièrement prêté attention aux quolibets dont on l'affublait, ce qui rendait sa réaction pour le moins étrange.

« Arrête de raconter n'importe quoi, Potter ! » menaça-t-elle. « Je suis sérieuse, arrête ! »

« D'accord ! D'accord ! Même si pour être franc, ta réaction me fait suspecter serpencendre sous braise… »

« Mais pas du tout ! » s'affola cette fois la préfète. « J'ai mal à la tête, j'ai vraiment besoin d'un remède pour le mal de crâne, et je… »

« Arrête de l'embêter. » intima Remus en tirant le bras de son ami, qui, circonspect, observait la jeune fille avec de plus en plus de curiosité. « Bon courage pour ta migraine ! »

De mauvaise grâce, Emma grommela un remerciement avant de refermer la porte derrière eux, fusillant James du regard. Décidément, il avait tendance à provoquer des étincelles, ce jour-là.

« Elle est bizarre… » ne put-il s'empêcher de faire remarquer.

« Ça ne nous regarde pas. »

« Tu avais déjà vu Emma Prewett perdre ses moyens auparavant ? » le prit James à partie.

« Non, mais elle ne m'a jamais vu métamorphosé non plus, et ça fait pourtant sept ans que ça dure. » marmonna Remus après avoir vérifié qu'aucune oreille indiscrète ne traînait à proximité. « Une donnée essentielle que Marlene McKinnon n'a pas l'air de saisir. » vociféra-t-il un peu plus fort.

La suite de leur conversation attendit qu'ils fussent installés par les elfes dans un coin de la cuisine.

« L'autre jour, je l'ai surprise en train de regarder un grimoire… c'était celui que vous aviez utilisé pour devenir des animagi. » confia finalement le lycanthrope par-dessus le chocolat chaud que venait de leur apporter une horde d'elfes affairés. « Je lui ai demandé pourquoi elle avait besoin de lire un truc aussi poussé alors qu'elle n'est pas inscrite aux cours de métamorphose avancée. Elle a prétendu réfléchir à ce que vous aviez fait pour moi, mais j'ai bien vu qu'elle s'appliquait à prendre des notes… »

James haussa les épaules. « C'est mignon de sa part. »

Mais Remus paraissait à bout de nerfs. « Elle ne se rend absolument pas compte. Elle ne consulte jamais le calendrier lunaire. Elle me demande pourquoi je me suis levé du mauvais pied alors que la lune est ascendante. Elle se fâche contre son père et prend la défense de tous les loup-garou sans exception. Elle est incapable d'admettre que la majorité d'entre eux sont des monstres sanguinaires qui refuseraient la potion anti-loup, même si on la leur servait sur un plateau… »

« … d'argent, ce qui serait mal venu. Pardon. » se reprit James après sa mauvaise plaisanterie, tandis que Remus le dévisageait d'un regard vide. « Lupin. » soupira-t-il. « Elle est amoureuse de toi. On est tous un peu stupide quand ça nous tombe dessus, pas vrai ? »

« Elle dit qu'elle m'aime, mais elle ne me connaît pas vraiment. » murmura son ami avec embarras.

« Pourtant, elle a l'air assez accro au type à forme humaine qui sort avec elle… »

« Mais je ne suis pas que ça ! Même si ça me dégoûte, même si je donnerais n'importe quoi pour que ce soit autrement, je suis un loup-garou ! Elle… elle refuse simplement de faire face à cette partie de moi. Est-ce que ça a du sens ou est-ce que je suis vraiment le dernier des idiots ? » s'écria Remus avec frustration.

Du bout de l'index, James repoussa quelques miettes de brioche abandonnées sur la table. D'une certaine manière, il comprenait ce que Remus voulait dire. La bête sauvage et assoiffée de sang ne reflétait en rien la personnalité du garçon assis en face de lui, mais il influait considérablement sur sa vie de tous les jours, sur ses sens et sur sa santé. Nier l'horreur et la douleur engendrées par la lycanthropie le ramenait aux premières années qui avaient suivi la découverte du secret de Remus. A douze ans, ils s'étaient enthousiasmés autour du 'projet animagi' sans réaliser les conséquences de leurs actes. Après la première transformation, toutefois, le regard que James portait sur Remus avait changé. Pas parce que le loup, qui vivait en son ami, l'effrayait tant que ça – plutôt parce qu'il avait, pour la première fois, sincèrement compati à tout ce que son ami traversait. Pour se rapprocher de lui, on était obligé de prendre sa lycanthropie avec le reste de sa personnalité. Mieux valait se rappeler des mouvements de la lune pour comprendre que Remus se couchait parfois tôt, non pour les éviter, mais par nécessité. Ou que son impatience ne naissait pas de sa misanthropie, mais des douleurs incessantes qui terrassaient son corps à l'approche de la nuit fatidique.

« Il faut que tu trouves un compromis, mon vieux. Il est hors de question que tu la laisses assister à une métamorphose – ça, c'est notre truc. Mais permets-lui de soigner tes blessures quand tu reviens, tu joindras l'utile à l'agréable et ce sera un bon compromis… » Remus se renfrogna davantage. « Elle cherche juste à se rapprocher de toi… S'il y a bien un truc que j'ai compris ces derniers mois, c'est qu'on ne pouvait pas maintenir son armure en permanence. » confessa-t-il sans l'avoir prévu.

Remus leva les yeux de sa tasse avec curiosité, soudainement distrait de ses propres tourments.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? Tout va bien avec Lily ? »

« Hm ? Ah… Oui, oui, bien sûr… »

Du bout du pouce, il reprit l'écrasage minutieux des miettes éparpillées sur la table.
Leurs rapports avaient pris un tournant plus intense suite au mariage de Petunia. Ce qui le déconcertait au plus haut point, c'était que depuis leur dérapage dans la salle des fêtes, ils s'étaient paradoxalement montrés beaucoup moins démonstratifs dans leur intimité physique. C'était comme s'ils avaient, d'un commun accord, décidé d'en rester à de tendres manifestations d'affection, alors même qu'ils désiraient plus… Lorsqu'ils se retrouvaient seuls, James avait l'impression de manipuler une matière à risque, hautement inflammable, et de se trouver lui-même au bord de la combustion spontanée.

Avant Lily, il n'avait jamais manqué d'attention féminine ou de foi en ses capacités de séduction. Malgré sa myopie, ses traits légèrement asymétriques, sa minceur et ses genoux noueux, la gente féminine succombait généralement à sa spontanéité, son assurance, ses plaisanteries, son habilité au quidditch. Lily avait fait mine d'y rester insensible pendant tant d'années, et sa conquête en devenait mille fois plus gratifiante. Quand elle le dévorait du regard, il n'était plus un adolescent : soudainement, il se sentait l'homme le plus puissant, le plus masculin du monde. Tout chez elle alimentait son obsession : la couronne rousse qui caressait ses épaules laiteuses, ses lèvres pleines, sa chute de rein, ses yeux verts indomptables qui exposaient parfois une fragilité si déconcertante… Rien ne lui aurait apporté plus de contentement que de posséder totalement cette fille : il la voulait depuis des lustres. Mais en même temps, son cœur battait à tout rompre, comme s'il s'apprêtait à faire quelque chose de mal… Il n'avait jamais connu cet étrange mélange de désir et de peur auparavant, et la pression devenait insupportable. Alors pourquoi ne cédait-il pas simplement à ses instincts, au lieu de ronger son frein ?

Son expérience indiquait qu'il n'existait pas pire stratégie que de presser une fille, et il s'en serait terriblement voulu de la mettre mal à l'aise ou de risquer la perdre simplement parce qu'il avait fait preuve d'un peu d'impatience… Mais vu la façon dont elle s'épanouissait sous l'action de ses doigts et de ses lèvres, il paraissait clair qu'elle ne résisterait pas bien longtemps. Si elle avait émis des réserves, si elle l'avait imploré de ralentir, il aurait pu se féliciter d'agir en gentleman en prenant son mal en patience. Elle répondait toutefois avec la même ardeur que lui, se pliait volontiers à son rythme. Ses instincts le suppliaient d'oublier toute retenue, de simplement prendre ce qu'il désirait, et qui lui serait sûrement offert sans résistance.

Alors, quoi ?

La terrible et gênante vérité, c'est qu'il commençait à redouter le moment fatidique.
Il aurait le plus grand mal à garder la tête froide, et il aurait été naïf de se persuader du contraire. Au tout début, il avait nourri le vague espoir de s'accoutumer suffisamment à elle pour éviter de se ridiculiser totalement l'instant venu, mais cause perdue : sa hâte et sa crainte grandissaient en lui à part égale. Merlin soit loué, il avait passé le fameux cap lors d'amourettes estivales et s'en remerciait... Combiner l'anxiété d'une première fois à l'émoi de découvrir entièrement Lily lui paraissait un brin ambitieux, vu l'état de vulnérabilité qui était le sien récemment. Autant pour l'homme le plus puissant du monde ! Je me transforme en oie blanche, songea-t-il avec irritation. Pour la première fois de sa vie, James optait pour la prudence dans ce domaine et il en ressentait plus de honte que de fierté. Car ce n'était pas par égard pour la fille merveilleuse qu'il convoitait, mais par pure couardise. Il était impensable d'aborder le sujet avec Sirius : c'était certain, son meilleur ami se moquerait de lui. Remus, en revanche… ses conseils ne seraient peut-être pas les plus pertinents au monde, mais il proposait au moins une oreille attentive.

« A ton avis, Lunard. C'est quand, le bon moment ? » demanda-t-il abruptement.

Remus parut confus.

« Le bon moment pour… ? »

James toussa virilement, se passa une main dans les cheveux, haussa suggestivement les sourcils, mais son ami garda le même air poli. « Tu sais… Le bon moment ! »

La compréhension frappa le garçon qui s'étrangla dans sa tasse. « Et c'est à moi que tu demandes ? C'est la première fois que je sors avec une fille ! Tu es plus à même de savoir que moi… »

« Je crois que j'ai peur de mal faire. » avoua James en glissant ses doigts dans les mèches dressées au-dessus de son front.

« Mais… tu l'as déjà fait. »

James roula éloquemment des yeux. « Oh, mais il y a tant de manières possibles que ça se passe mal. »

« Rassurant. » commenta Remus avec flegme. « Jusque maintenant, sur ce plan, il n'y a pas eu de problème entre vous… si ? »

« Non, non, tout va bien ! Mieux que bien ! Si tu savais… »

Remus se plaqua les mains sur les oreilles.

« Je ne suis pas Black, je ne veux pas savoir ! Tu parles de la meilleure amie de ma copine, je ne veux pas savoir, je ne veux pas savoir, je ne veux pas sa… »

James le saisit par un poignet pour le forcer à entendre la suite : il avait besoin de vider son sac.

« Je suis démuni, Lunard, totalement démuni ! Bien sûr, que je veux aller plus loin, ça fait des années que j'en rêve. Mais si ça venait tout gâcher, on ne pourrait pas revenir en arrière… »

« En fait, je crois que le Ministère possède des retourneurs de temps assez efficaces. »

James claqua des doigts, victorieux. « Mais c'est malin, ça, Lupin ! Sûrement l'idée la plus brillante que tu aies jamais eue ! »

« Non, non, pas du tout… » fit Remus dans l'espoir de ramener son ami sur terre. « C'était juste une blague. »

« Si si, écoute un peu ! On s'introduit au Ministère avec la cape d'invisibilité, Sirius séduit la réceptionniste pour savoir où ils sont cachés, et je récupère un retourneur de temps ! Meilleure mission que les Maraudeurs aient jamais accomplie ! » s'enthousiasma-t-il.

« Ou alors… » suggéra son ami avec raison. « Tu pourrais juste régler ton petit problème de manque de confiance en toi et ainsi t'économiser quelques cheveux blancs – ainsi qu'à tes meilleurs amis qui ont largement donné pendant sept ans à Poudlard. »

Horrifié, James plaqua ses mains sur son torse.

« Par Merlin, c'était donc ça, ce poids sur la poitrine ? Un manque de confiance en soi ? Mais c'est immonde ! Comment font les gens pour vivre en permanence avec cette peur au ventre qui tord les boyaux ? »

« Parfois, Potter, j'envie la simplicité de ton existence. » déclara Remus, incrédule. « Pour en revenir à nos hiboux, pourquoi tu n'en parlerais pas tout simplement avec elle ? »

James émit un reniflement méfiant.

« Parce ça atténuerait mon pouvoir de séduction… Tu sais que c'est grâce à mon excès d'assurance que je plais aux filles ? »

« Mais Lily sort avec toi justement parce que tu es un brin moins égocentrique qu'avant. Parfois. De temps en temps. Ce qui est déjà plus qu'avant. » ajouta Remus dans un souci d'honnêteté intellectuelle. « Mets ta fierté de côté et parle-lui. »

« Non. » refusa catégoriquement James. Après un instant de réflexion, il décida : « Non, je pense qu'on va simplement continuer à l'aveugle et voir où ça va nous mener. Quoi ? » protesta-t-il en voyant le jugement apparaître dans les yeux de Remus. « Si on commence à parler de ça, je vais devoir mentionner celles qu'il y a eu avant. Et ensuite, ce sera son tour de me parler de ses anciens copains, ce qui va me rendre jaloux, et m'énerver, alors que je n'ai vraiment pas besoin de ça, merci bien. »

« Marlene l'a déjà fait avec Arnav Patil. » annonça sombrement Remus en se resservant du chocolat chaud. « Je suis ravi, elle va pouvoir me comparer avec son ex-petit ami. Qui est mort, en plus. »

« Elle est passée à autre chose. » assura James. « Et ce n'est pas ta faute si le Ministère a envoyé Patil dans la gueule du détraqueur. »

« Elle m'a clairement fait des avances, mais j'ai pas osé aller plus loin. » rosit légèrement Remus. « Peut-être qu'il s'en sortait mieux avec elle que je le ferai jamais… »

James balaya ses inquiétudes d'un vague geste de la main.

« Écoute. Je sais qu'il ne faut pas mal parler des morts, mais je le connaissais à peine et je peux donc me permettre. Patil, si tu nous entends d'où tu es, bouche-toi les oreilles. »

« Tu sais, je suis pas certain que ça fonctionne comme ça, cette histoire de respect aux personnes décédées… »

« Ce type servait à rien ! Son patronus était sûrement un animal ridicule, comme un caniche ou un hamster. Alors que toi, mon vieux, tu es un loup ! Puissant et viril ! Franchement, qu'est-ce que tu as à craindre d'un Arnav Patil ? Alors si tu veux Marlene, vas-y, et prends-la, mon vieux ! » s'enflamma James, le poing levé en l'air.

Remus renifla, dubitatif. « C'est toujours amusant de recevoir des conseils de quelqu'un qui n'arrive pas à les appliquer à lui-même. De toute façon, je devrais peut-être déjà attendre qu'elle se calme avant de tenter quoi que ce soit. »

« Oui, bon. Peut-être. »

« Les filles. » murmura son ami dans le creux de sa main.

« Les filles… » approuva James en s'avachissant sur sa chaise.


Pressant le flacon de Bouclobeau dans sa paume, Lily récupéra une quantité raisonnable de lotion dorée. Après avoir frotté ses mains l'une contre l'autre, elle attrapa une ondulation de cheveux noirs et commença à appliquer le produit mèche par mèche.

« J'aimerais bien qu'il me parle, de temps en temps. » s'agaça Marlene en tendant la nuque pour lui faciliter la tâche. Sa main droite secoua la Gazette que Flocon venait de déposer tandis que sa main gauche apportait un muffin à sa bouche. « Comment quiconque peut garder tant d'émotions à l'intérieur de soi sans jamais exploser ? C'est de la folie ! »

« Les garçons… » commenta Lily en séparant les mèches à l'aide de sa baguette.

« Les garçons ! » exhala Marlene d'une voix entendue. Après deux secondes de silence, elle ajouta : « Enfin, au moins, Potter a l'air du genre bavard. »

« Il noie simplement le poisson. » rectifia Lily. « Parce que sinon, il est comme les autres. Ça ne tire pas trop ? »

Son amie lui assura distraitement que non en déchiffrant la une du journal.

« Remus est capable d'ignorer le dragon dans la pièce pendant des jours et des jours. Il passe en mode 'conversations insignifiantes' et se braque dès que j'essaie de le confronter. Ses amis peuvent passer la nuit avec lui transformés en animagi non-enregistrés, mais gare à moi si je lui amène le petit-déjeuner le lendemain de la pleine lune ! »

Bien que Marlene ne puisse pas la voir, Lily hocha emphatiquement du chef. Son amie avait frappé à sa porte une demi-heure plus tôt, furieuse et chargée d'un adorable petit-déjeuner à partager qui avait apparemment essuyé un refus.

« Tu savais avant de sortir avec lui qu'il était introverti… »

« Mais je croyais que contrairement aux autres garçons, il était fondamentalement gentil… » se plaignit Marlene. « En fait, de près, il passe plus de temps à grogner qu'autre chose. Ce caractère… Mille gorgones, il n'est pas le seul à avoir des problèmes ! Moi aussi, j'ai mes soucis, et je ne le repousse pas pour autant, au contraire ! »

« C'est vrai. » approuva Lily en admirant les boucles soyeuses et mises en valeur par le produit capillaire. « Bon, qu'est-ce que je fais maintenant ? Je tresse ? J'enveloppe ? Je laisse comme ça ? » Elle lança un sort de nettoyage sur ses mains. « Marlene ? » insista-t-elle en rangeant peignes et épingles dans le tiroir approprié.

La jeune sorcière lisait la Gazette, la bouche ouverte. Au son de son prénom, elle cessa de lire et adressa à son amie un regard désolé.

« Oh, Lily… c'est horrible… le Ministère vient de voter une loi selon laquelle chaque né-moldu devra désormais présenter une attestation de moralité… signée par un sang-pur. Le document servira à prouver que la magie du né-moldu n'a pas été acquise auprès d'un sang-pur par la force… quelle horreur, c'est de pire en pire…je suis désolée… »

« Donne-le moi, s'il te plaît. » demanda doucement Lily en tendant la main.

Avec réticence, Marlene lui confia le journal et commença à tresser ses cheveux en attendant que son amie ait fini sa lecture.

« Ils veulent aussi imposer aux nés-moldus des tests de connaissances et de comportement à la sortie de Poudlard. » résuma amèrement Lily en refermant la Gazette. « Ça nous pendait au nez… Le Ministère s'est plié aux exigences de Voldemort en espérant que ça suffirait, mais ils se sont laissés piéger. Ils font juste passer par la loi ce que les Mangemorts essayent d'instaurer par la violence. »

« Ce n'est pas juste… oh, Lily, je suis tellement désolée. Je t'écrirai une attestation ! Et James et Sirius aussi, je suis certaine qu'ils le feront sans broncher ! »

Lily sourit faiblement en signe de gratitude et prépara ses affaires pour aller à la douche.

« Je vais réviser cet après-midi. Tu veux venir ? » s'enquit Marlene avec inquiétude.

« Non, je vais plutôt travailler chez Slughorn… il m'a inscrite à un concours de potions organisé par le Comité des Apothicaires. Les résultats seront affichés juste avant les ASPIC, ça pourrait être bon dans mon dossier. Surtout au train où vont les choses… »

« Si tu me cherches, je serai à la bibliothèque. » Marlene s'approcha et serra brièvement sa main dans la sienne avant de quitter la chambre pour la laisser se préparer.

La douche chaude apaisa un peu les sombres pensées causées par l'article de la Gazette. Son chaudron sous le bras, elle traversa la salle commune où s'agitaient mollement les gens en cette matinée de week-end et se mit en chemin. Ses pieds l'avaient menée au deuxième étage quand son œil fut attiré par un attroupement au pied de l'escalier. Il s'agissait des deux préfets de Poufsouffle accompagné de Nali Paniandi, la préfète de Serdaigle.

Margaret Chourave était prostrée à même les marches. Ses cheveux blonds habituellement tressés coulaient éparses sur son visage affligé. Nali Paniandi, assise à ses côtés, avait passé son bras autour de ses épaules et lui caressait doucement son épaule. En voyant Lily arriver de leur côté, Noah Ramsay se détacha du petit groupe pour venir à sa rencontre, et l'emmena quelques mètres plus loin.

« Margaret a reçu une lettre de ses parents. Tu te souviens que son petit ami était moldu ? » demanda-t-il gravement. Lily acquiesça malgré la tension qu'elle sentait naître dans sa poitrine. « C'était sérieux. Il était plus âgé elle, et il venait d'une famille d'aristocrates, alors ça parlait mariage… »

« Tu emploies l'imparfait. » nota la sorcière avec angoisse.

Sombrement, Noah croisa les bras.

« Ils l'ont eu. Les Mangemorts. Lui, ses parents, sa sœur. Les journaux moldus ont parlé de tragique intoxication au gaz, mais c'était… »

« Le maléfice de mort. » acheva-t-elle, défaite.

Le préfet hocha la tête. « Ça faisait plusieurs fois que les Chourave avaient été prévenus par les alliés de Tu-sais-qui… Elle est effondrée, et prétend que c'est sa faute… »

Lily ferma brièvement les yeux dans l'espoir de canaliser le flot d'émotions qui la submergeait. Malgré elle, la vision cauchemardesque de James, pâle et froid comme la mort, s'imposa à son esprit. C'était absurde, car il était sang-pur, mais l'image resta imprimée quelques instants dans son crâne.

« Est-ce que je peux faire quelque chose ? »

« Nali va rester avec elle. Si tu peux trouver quelqu'un d'autre pour tenir le club de défense cet après-midi… Tout seul, je risque de me faire déborder. »

« Je peux demander à quelqu'un de Gryffondor de venir vous prêter main forte. » répondit Lily en sortant sa cocotte en papier. « Mais Noah, tu es sûr de ne pas vouloir annuler ? Vu les circonstances, ce serait compréhensible. »

Jamais le tempérament de Noah Ramsay n'aurait pu être qualifié d'impétueux ou de colérique. De bonne nature, il boudait occasionnellement, mais s'efforçait généralement de relativiser les contrariétés. Pourtant, son regard rayonna subrepticement d'un éclat sauvage qui n'avait rien à envier à celui de James lorsqu'il était gagné par sa fièvre compétitrice, ou de Sirius cédant à ses instincts les plus brutaux.

« Je connais Margaret depuis cinq ans. C'est l'une des personnes les plus gentilles du monde. Même si elle est bien née, elle prend toujours les plus jeunes sous son aile, sans jamais s'intéresser à leurs origines. A Poufsouffle, c'est la grande sœur idéale. Elle est sang-pur, sage et aimable… pourtant, sa famille est dans leur collimateur depuis des mois. Si elle menace Tu-sais-qui, personne n'est à l'abri. Il est hors de question que j'annule cette séance, c'est clair ? »

Lily ne put s'empêcher de sourire. « Tu as entièrement raison. »

Ils jetèrent un coup d'œil aux filles. Margaret cachait son visage dans ses mains tandis que Nali continuait de chuchoter des paroles de réconfort, semblables aux discours absurdes susurrés à l'oreille des enfants pour apaiser leur chagrin. La cocotte de Lily chauffa dans sa main et elle souleva un des abats. « Alice et James peuvent se libérer. »

« Merci. Je te laisse y aller, alors… »

Il s'apprêtait à faire demi-tour quand elle l'appela par son prénom. « Je voulais juste te dire… Je suis désolée que ça n'ait pas marché. »

Le Poufsouffle haussa les épaules mais un sourire flânait sur son visage. « Bah… je suppose que c'est comme au quidditch… quand y'a Potter en face, mieux vaut se faire une raison. »

Lily lui adressa une mine horrifiée. « Ne le lui dis surtout pas, on n'a pas besoin de nourrir davantage son égo surdimensionné. »

Noah roula ironiquement des yeux. « Il faut croire que ça paie, pourtant. » Lily haussa les épaules à son tour : James n'était plus le monstre de prétention qu'il avait été dans le passé, mais elle n'avait pas à cœur de l'expliquer. « Prends-soin de toi. On ne sait plus ce qui se trame dans ces couloirs, ces temps-ci. » conclut Noah avec mélancolie, avant de s'éloigner.

Quand elle frappa à la porte du cachot, Slughorn lui ouvrit lui-même la porte. Vêtu d'un par-dessus en velours violet assorti à sa robe et de gants en peau de reptile non-identifié, il s'apprêtait manifestement à sortir.

« Lily, vous voilà enfin ! Je vais profiter de mon samedi pour faire un tour aux Trois Balais ! J'y suis attendu par quelques anciens élèves, dont la fameuse Morgana Dockery, la célèbre mannequin de la maison Guipure. Souhaitez-vous que je vous ramène quelque chose du village ? »

« Oh, merci Professeur ! C'est aimable à vous de proposer mais ce ne sera pas la… »

A peine entrée, elle se figea sur place. Comme dans un mauvais sketch, Severus Rogue, penché sur un alambic bouillonnant, venait également de suspendre son geste.

« Vous ne serez pas seule. Comme vous le voyez, j'ai également sous-loué mon cachot à notre cher Severus qui s'est inscrit lui aussi au concours. Je suis plus rassuré ainsi. Il n'est guère prudent de rester seule trop longtemps dans le château, ces temps-ci. »

« La faute à qui ? » marmonna Lily en déposant ses affaires sur une table voisine, pas assez fort pour que Slughorn l'entende mais suffisamment pour que Severus perçoive ses paroles.

« Travaillez bien et n'oubliez pas de nettoyer derrière vous en partant ! »

Le professeur s'éloigna en frottant ses mains gantées et ferma doucement la porte.
Évitant tout contact visuel avec Severus, Lily entreprit d'installer son chaudron. Alors que le Serpentard se penchait sur ses notes et griffonnait une remarque, elle jeta un œil pour s'apercevoir que le philtre du garçon commençait à grumeler : il avait dû ajouter l'essence de scarabée trop tôt. Un peu de mandragore inverserait le processus à condition que le mélange ne soit pas porté à ébullition… ce qui ne manquerait pas d'arriver si Severus ne sortait pas de ses notes… mais ce n'était pas ses affaires, elle avait d'autres dragons à fouetter, et une potion à préparer. S'attelant à la découpe de ses racines de muguet, elle remarqua que Severus s'était lancé dans le tri de ses moustaches de kneazle alors même que quelques bulles éclataient à la surface de son chaudron.

« Ça bout. » déclara-t-elle simplement, les yeux rivés sur son propre travail.

« Qu'est-ce que… oh ! » Severus baissa le feu du bout de sa baguette et lança un sort de rafraîchissement sur le récipient. Le regard inquiet qu'il lança à sa mixture était si éloquent que Lily ne parvint pas à se retenir, malgré ses dents enfoncées dans sa langue pour s'empêcher de parler.

« La mandragore évite la cristallisation. » murmura-t-elle, à peine audible.

Severus la contempla d'un regard blanc, puis saisit un pot en étain et saupoudra un peu de poudre brune sur le mélange qu'il remua précautionneusement. Peu à peu, la préparation s'homogénéisa et reprit une texture plus engageante.

« Lisse et soyeuse. » déclara-t-il en faisant retomber une louche de potion en ruban. « Sans toi, mon travail partait à la poubelle. »

« Ç'aurait été dommage de gâcher tous ces ingrédients. Ils ne sont vraiment pas donnés. » répondit-elle, son attention toujours exclusivement portée sur son propre travail.

Mais l'ombre d'un sourire planait sur le visage de Severus.

« Alors… Tu prépares quel genre de philtre ? » demanda-t-il finalement au bout d'une demi-heure de travail silencieux, au milieu des vapeurs dégagées par leurs chaudrons.

« Une variante de la potion de la célérité. » répondit-elle en repoussant du dos de la main une mèche rousse collée à son front.

Rogue fit mine d'acquiescer, mais il ne paraissait pas convaincu.

« C'est une potion qui fonctionne déjà très bien… comment est-ce que tu comptes augmenter la rapidité ? Rajouter des plumes d'hermès ruinera les muscles et les tendons de celui qui la boira… »

En dépit de la froideur qu'elle souhaitait afficher, Lily ne put retenir un sourire tout en se concentrant sur les graines de lins écrasées dans son mortier : c'était bien là ce qui l'intéressait dans ce projet.

« Ce sera aussi une variante de la potion d'invincibilité. » annonça-t-elle avec fierté.

« … Donc le but serait de protéger les jambes des maléfices en plus d'augmenter leur rapidité ? »

« Et j'espère bien qu'elles iront encore plus vite que dans la version originale. A mon avis, il y a un équilibrage à faire avec la bourrache… enfin, je n'y suis pas encore. »

« C'est brillant. » admit Severus avec une pointe d'admiration. « Tu continueras les potions l'année prochaine, n'est-ce pas ? »

Elle haussa les épaules. « Peut-être pas. »

« Je sais que tu t'orientes vers les enchantements, mais c'est du gâchis ! Ton véritable talent, c'est ici qu'il s'exprime le plus, et… »

« Je voulais juste dire que je ne suis pas sûre de trouver un préparateur qui accepte de m'employer, vu les circonstances. » dit-elle fraîchement. « La société des potionnistes est extrêmement conservatrice, comme tu le sais. »

Elle avait espéré qu'il se renferme suite à son insinuation, mais Severus ne semblait pas encore vouloir abandonner le sujet.

« Il y a des sorciers qui rêveraient d'un don tel que le tien. N'importe quelle personne un peu compétente saura le reconnaître… à condition de frapper à la bonne porte. »

Exaspérée, elle fit claquer sa lame contre son chaudron.

« Est-ce qu'on pourrait juste… ne pas parler de ça ? »

« Tu auras besoin de protection, l'année prochaine. » enchaîna aussitôt Severus, bien que son visage se soit refermé en entendant l'antipathie de sa voix. « Tes parents n'ont pas laissé grand-chose derrière eux et je sais que ta sœur t'a laissée tomber. Il faudra te loger, te nourrir… »

« Au risque de me répéter : est-ce que tu pourrais ne pas parler de ça ? » s'échauffa-t-elle. « J'aimerais me concentrer sur ce que je fais. Et d'ailleurs, ce ne sont plus tes affaires. »

Entendre le garçon évoquer nonchalamment ses parents alors même que leur dernier échange, si violent dans sa mémoire, avait été au sujet de leur assassinat… elle se sentait étrangement tiraillée, et son agitation n'était pas uniquement due à la chaleur du cachot.
Visiblement aussi agacé qu'elle, Severus laissa sa préparation en plan pour se tourner vers elle.

« Si tu avais accepté de me parler depuis cet hiver, je n'aurais pas à amener le sujet… »

Frappée par le culot de sa remarque, Lily laissé échapper un rire scandalisé. « Pardon ? Tu serais horrifié si je venais te voir alors que tu traînes avec ta sale bande. Tu n'accepterais de me parler que caché sous une cape d'invisibilité, et encore… »

« Ça ne veut peut être plus rien dire pour toi, mais tu étais mon amie, pendant toutes ces années. Avant que Potter ne se mette entre nous, et que… »

Ce fut au tour de Lily de laisser tomber baguette et mortier pour enfin établir un contact oculaire entre eux.

« Woh ! Voilà une version inédite de cette histoire ! »

« Tu ferais mieux d'assurer tes arrières pour l'année prochaine. Si tu crois que Potter sera encore là pour te protéger… »

« Laisse-moi deviner : il m'est possible de gagner mon poids en gallions, à condition de porter un joli masque noir et d'accepter de tuer sans vergogne, c'est ça ? »

« Tu serais reconnue, Lily. Tu es douée. » déclara-t-il en détachant chaque syllabe. « Agis comme la sorcière que tu es, et vas les voir. Il n'est pas trop tard ! Que tu le veuilles ou non, ils vont gagner ! »

« Je trouverais un meilleur moyen, merci. » ironisa-t-elle avec un reniflement sarcastique. « Rejoindre les Mangemorts n'est pas la seule orientation possible dans ce monde. » conclut-elle en reprenant sa recette.

« Ta naïveté m'effraie un peu. » répliqua-t-il, le nez froncé en signe de dédain.

« Ma naïveté ? » répéta-t-elle en reposant son essence de bleuet un peu trop brusquement sur la table. Quelques gouttes s'échappèrent pour répandre une odeur florale prononcée qui ne fit qu'empirer l'atmosphère surchauffée de la pièce. « Si je suis naïve, nous sommes deux ! Tu te crois mieux, persuadé qu'ils vont t'accepter parmi eux ? Voile-toi la face tant que tu veux, Severus, mais ils savent – et moi, aussi, je sais… nous savons parfaitement d'tu viens. »

« C'est à dire ? » rétorqua-t-il, menaçant.

« Ça fait partie de toi. Peu importe que tu sois brillant et discipliné. Tu n'es pas l'un d'eux, et ils te le feront payer tôt ou tard. Lord tu-sais-qui fera peut-être l'impasse, mais les Lestrange, les Black, les Malfoy… ils n'oublieront jamais que ton sang est à moitié souillé, et que tu ne vaux pas plus que ceux qu'ils ont le plaisir d'assassiner. Ton père est Tobias Rogue, c'est un moldu, et même si tu le renies, tu ne peux rien y changer. »

Elle avait fait attention de prononcer ces mots sans aucune cruauté, mais le teint presque verdâtre du garçon lui indiqua qu'elle avait frappé là où ça faisait mal.

« Et toi, tu crois que Potter a oublié d'tu viens ? » cracha-t-il, poings serrés, immobile devant son chaudron abandonné.

Elle rosit de vexation.

« Bien sûr que non, il le sait parfaitement. Je n'ai jamais cherché à cacher quoi que ce soit ! »

Les yeux noirs de Severus la transpercèrent avec tant de mépris et de dégoût qu'elle eut l'impression de plonger dans un bain glacé.

« Les types comme Potter… » commença-t-il avec froideur. «… se servent des filles comme bon leur semble, et quand ils s'en lassent, ils les jettent comme de vieilles mues de veracrasses. En particulier si elles ne servent pas suffisamment leurs intérêts. Si elles ne sont ni bonnes à épouser, ni aptes à continuer une lignée digne de ce nom… »

« C'est ridicule. » fit-elle, souveraine. « James Potter se fiche complètement de ces histoires de pureté de sang, lui. »

Elle s'était attendue à le voir battre en retraite, mais il soutint son regard avec détermination.

« Son avis n'a guère d'importance. Le nom de Potter est un des derniers de sang-pur. Comme tu l'as souligné, les vieilles familles ont bonne mémoire. Tu sais ce qu'il va se passer ? Est-ce qu'il t'a expliqué à quoi tu devais t'attendre ? » murmura Severus, et ce fut pire que s'il avait continué de crier. Sa rancœur contenue la fit frémir d'appréhension.

Elle se serait arraché la langue plutôt que de l'admettre, mais il y avait dans les paroles de Rogue une menace dissimulée, une donnée inconnue qui lui avait apparemment échappée jusqu'à présent – et qui creusait sa vulnérabilité de née-moldue, de sorcière à jamais incapable de saisir tous les tenants et aboutissants de la situation politique du monde magique britannique. Elle préféra rester muette, mais il poursuivit comme s'il n'avait pas vraiment attendu de réponse de sa part.

« Il y aura des pressions. Des familles influentes qui chercheront à le persuader de te laisser tomber. Ils lui proposeront leurs propres filles, des dots impressionnantes, des héritages à couper le souffle. S'il s'obstine, toutes les portes lui seront fermées par des personnes haut-placées. Je me demande bien comment un sorcier minable et paresseux, un type qui s'est toujours servi de ses connexions pour arriver à ses fins réagira à ça… mais s'il ne t'a rien dit, c'est peut-être parce qu'il garde ses options ouvertes. Après tout, nous ne sommes qu'à l'école, et il peut bien s'amuser avec toi pendant quelques semaines encore si tu te laisses faire… il aura largement le temps de te jeter avant l'été. »

Lily hocha lentement la tête de gauche à droite pour exprimer sa dénégation.
C'était un prêté pour un rendu : à son tour, Severus venait de toucher une corde sensible.
Elle se doutait que les liens que James et elle partageaient dépassaient le cadre du béguin. Depuis plusieurs mois, les occasions de prouver leur amitié avaient été nombreuses, et James avait toujours répondu présent. Quelque chose d'indicible se produisait quand ils se parlaient, quand ils s'embrassaient, quand ils se touchaient… mais était-ce une illusion qui ne se produisait que de son côté ? Y conférait-elle plus d'importance que nécessaire ? Peut-être ne s'agissait-il que de l'alchimie ordinaire jaillissant entre deux adolescents ? Non, corrigea-t-elle en pensant aux baisers plats et insipides qu'elle avait échangés avec Noah Ramsay. Cependant, peut-être étaient-ils juste physiquement compatibles… De là à assurer avec certitude que James avait mesuré toutes les implications de leur relation… Après tout, ils ne s'étaient rien juré, rien promis…

Quant aux positions politiques de James, elle les avait toujours prises comme acquises. De toute façon, elle n'aurait jamais pu être attirée par quelqu'un qui aurait éprouvé ne serait-ce qu'une vague honte à l'égard de sa naissance. Mais son esprit s'était arrêté là, sans réfléchir à ce que sa présence imposerait à James si leur romance venait à se consolider. Avait-il seulement pris le temps de considérer la situation aussi sérieusement qu'elle venait de le faire… ? Et si oui, serait-il possible que le danger altère ses perspectives, atténue ses sentiments pour elle ?

« Tu ne recules devant rien pour l'attaquer, n'est-ce pas ? » répliqua-t-elle aussi calmement que possible, tenant à garder un visage impassible malgré le sang qui circulait à toutes vitesses dans ses veines. « Quitte à l'accuser de bassesses dont il ne pourrait jamais, jamais se montrer capable… »

« Si tu veux continuer de le croire plus noble qu'il l'est, c'est ton choix. Mais sache que s'il s'obstine, il se jette un sort dans le pied. » la coupa Rogue. « En s'affichant avec toi, il devient l'exemple parfait du traître-à-son-sang à châtier pour l'exemple. Potter est peut-être le roi de cette école, mais dehors, ils seront nombreux à l'attendre au tournant… Crois-moi, les sang-pur qui se mélangent avec les sang-de-bourbe ne sont pas très appréciés chez les Mangemorts. »

Les lèvres serrées, Lily se retourna vers son chaudron. Le mélange était prêt pour l'étape suivante. Ses doigts attrapèrent mécaniquement les palmes de grenouille et les jetèrent dans le bouillon.

« Il y aura des représailles… »

« Tais-toi, s'il te plaît. » implora-t-elle.

Severus fit un pas vers elle.

« C'est dur à entendre, mais il vaut mieux que tu le saches maintenant, avant que… »

« J'ignore ce qui s'est passé en toi pour que tu deviennes comme ça. » coupa-t-elle. « Et je suis désolée de ne pas avoir vu plus tôt pour pouvoir faire quelque chose. Mais ta noirceur, ton cynisme… ta haine de tout… je n'en veux pas dans ma vie. Tu entends ? Pas maintenant, pas avec la guerre qui fait rage dehors. Alors recule. » ordonna-t-elle en le défiant du regard.

« Lily… » appela-t-il avec impatience.

« J'ai dit : recule ! »

« Lily, arrête… »

Sa main se referma sur son bras comme une serre.

« Ne me touche pas ! » cria-t-elle en se dégageant vivement.

Tout se déroula très vite. Son coude heurta le chaudron qui vacilla violemment et répandit une vague de potion bouillante sur la table. Effrayé de voir l'intégralité du philtre de Lily s'éparpiller sur la table, Severus tendit le bras pour rattraper le récipient… mais ne put éviter le nuage de vapeur brûlante. Un bref cri de douleur traversa ses lèvres.

« Severus ! » s'exclama Lily. Une familière vague de culpabilité la terrassa : trop de moments envolés la conditionnaient à s'inquiéter pour lui, surtout quand il venait de se faire mal par égard pour son travail…

Instinctivement, elle attrapa son avant-bras et retroussa sa manche pour évaluer les dégâts, dévoilant la peau du garçon jusqu'au coude…

Il la repoussa, mais pas assez vite.
Trop tard. Il était désormais trop tard pour cacher le tatouage qu'elle venait de découvrir.

Elle savait qu'il était un sympathisant. Elle se doutait qu'il les avait approchés et comptait les rejoindre d'ici quelques mois, mais c'était différent – mille fois plus douloureux – de savoir qu'il avait franchi le dernier pas.
Le crâne et le serpent, indélébiles et intransigeants, venaient de dissiper ses ultimes doutes et ses derniers espoirs.

« Lily, je…» bégaya-t-il, visiblement étonné par son manque de réaction.

La question fut posée avant même qu'elle ne se la formule. « Est-ce que tu as quelque chose à voir avec la mort de Matt Hughville ? »

Rogue recula d'un pas, mais ses yeux ne quittèrent pas les siens.

« Est-ce que tu as… tué Matt Hughville ? » insista-t-elle, sa voix à la fois plus forte, mais aussi plus vacillante que l'instant précédent.

« Non ! » se défendit-il avec conviction. « Non… C'était… » Il respirait plus fort, et son regard la fuyait désormais. « C'était un accident. »

Elle considéra chaque trait de son visage pour y déceler le vestige du garçon qu'elle avait un jour connu… et se trouva désemparée. « C'est toi qui as utilisé le philtre-fange. » Il lui coûtait de prononcer chaque mot, qui ricochait sur son palais comme des gouttelettes de poison.

« Ce n'est pas ce que tu crois… »

« C'est toi qui as laissé l'hebona à disposition de n'importe qui… »

« Non, ce n'était pas moi. Et il n'était pas censé connaître la cachette, il ne devait pas mourir, ce n'était pas lui qui était visé ! Il faut que tu me croies ! »

« C'est toi qui as essayé de tuer le professeur Mercador. »

« Tu n'as aucune preuve de ce que tu avances. Et Pomfresh possédait l'antidote ! Aux dernières nouvelles, Mercador est encore vivante ! »

Abasourdie, elle pencha la tête sur le côté. Il se défendait de la même manière que cinq ans auparavant, lorsqu'ils s'embrouillaient pour préparer d'innocentes potions et refusaient d'admettre leurs torts, jusqu'à se lasser et finalement décider d'oublier leurs broutilles.

« Tu ne diras rien… n'est-ce pas ? » l'entendit-elle supplier.

Sauf que le jeu n'avait plus rien d'amusant.

Atone, elle récupéra son sac et se dirigea vers la porte du cachot.

« Lily, reviens ! S'il te plaît, reviens ! Ta potion… »

Elle se rua dans le couloir, et courut jusqu'à des toilettes éloignées. Heureusement, ils étaient déserts. Elle s'appuya sur le rebord de l'évier, cédant à la nausée qui la saisissait à chaque fois que le souvenir putride ré-apparaissait dans son esprit. La Marque des Ténèbres, noire et luisante, gravée dans la peau de celui qui avait été son meilleur ami, son confident, son gardien annonciateur de trépidantes nouvelles, son guide au tout début de leur étrange voyage…

Quand elle reprit ses esprits, ses pas la guidèrent naturellement à travers le château. Au fond, elle savait parfaitement ce qui lui restait à faire.

« Vermisucre. » annonça-t-elle à la gargouille qui déverrouilla le passage.

Ses idées étaient si embrouillées qu'elle ne prit pas immédiatement conscience des éclats de voix lui parvenant à travers les escaliers en colimaçon. Au moment où elle hésitait, un fauteuil apparut à côté de la porte, l'engageant à prendre patience. Elle se laissa tomber sur le siège avant de tendre l'oreille, espérant trouver une distraction à sa peine. Son cœur se serra encore davantage en réalisant que l'inconnu, qui parlait de façon si agitée, pleurait à chaudes larmes.

« Il faut que je m'en aille, Dumbledore… Sophia, et maintenant mon fils… je croyais que mon travail était plus important que tout, mais désormais, j'ai tellement peur ! S'ils s'en prennent à Sam parce que j'ai osé publier quelque chose qui leur déplaît… qu'est-ce que la Gazette comparé à la vie de mon fils ? »

« Il faut tenir, à tout prix. Vous savez par qui ils souhaitent vous remplacer. » fit une sorcière que Lily reconnut comme Catherine McKinnon.

« C'est trop tard. J'ai donné ma lettre de démission ce matin. »

Un grave silence suivit son aveu.

« Je suis désolé… » reprit Mr. Willis, désormais terrassé par les sanglots. « Je suis désolé… »

« Vous avez fait ce que vous avez pu, Hugh. » déclara Dumbledore.

« Je suis venu vous voir dès que je l'ai annoncé… je ne sais pas si le Ministère est encore capable de quoi que ce soit… ils n'ont toujours pas trouvé la trace de Samwell… »

« Croupton refuse d'envoyer des émissaires chez les Vingt-sept. Quand je pense qu'il insistait pour faire de Poudlard une espèce de forteresse armée… » reprit McKinnon avec frustration.

« Vous croyez qu'ils sauraient quelque chose… ? Chez les Malfoy, les Rosier, les Avery, peut-être ? »

« Nous allons mener notre propre enquête, Hugh, je vous le promets. » assura Dumbledore. « Nous ne vous abandonnerons pas, ni votre fils. »

Lily eut à peine le temps de s'asseoir sur sa chaise avant que la porte ne s'ouvre. Hugh Willis, pâle et épuisé, rejoignit les escaliers sans lui jeter un regard. Mais Catherine McKinnon se figea sur place, apparemment indécise quant à l'attitude à adopter. La jeune sorcière savait que Marlene battait froid ses parents depuis le coup de sang d'Edward McKinnon au sujet de ses fréquentations.

« Lily. » la salua le professeur Dumbledore dans l'encadrement de la porte. « Vous souhaitiez me voir ? »

Lily acquiesça et suivit son geste lorsqu'il l'invita silencieusement à entrer dans son bureau. Mrs. McKinnon s'éclaircit la gorge lorsque leurs épaules se frôlèrent.

« Je vous tiens au courant, Albus. » dit la sorcière avant d'emprunter les escaliers à son tour.

Trop agitée pour s'asseoir, Lily se força à tenir sa langue jusqu'à ce que le mage referme la porte.

« Professeur, je suis venue vous dire que… » Alors qu'elle avait plus que tout souhaité s'épancher durant les dernières minutes, son secret resta étrangement collé sur le bout de ses lèvres. Visiblement inquiet, Dumbledore s'approcha et posa une main compréhensive sur son bras. « … c'est Severus Rogue, monsieur. Il… il porte la Marque des Ténèbres. » Et comme ça, les larmes surgirent et roulèrent sur ses joues. Malgré la conscience aiguë que Dumbledore la scrutait de ses yeux clairs, elle ne parvint même pas à ressentir de véritable honte.

« Tu en es certaine ? » demanda-t-il d'une voix basse et grave.

« Sûre et certaine, monsieur. Sa manche s'est relevée quand nous préparions nos potions chez le professeur Slughorn. Je le savais, je le sentais mais je ne croyais pas qu'il pourrait se montrer aussi stupide ! Comment est-ce que les gens peuvent changer à ce point ? A quoi ça sert de seulement faire confiance à qui que ce soit, s'ils peuvent retourner leurs vestes en dépit de tout bon sens ? Est-ce qu'il n'a pas deux yeux pour lire entre les lignes de la Gazette, deux oreilles pour m'entendre quand je lui parle ? J'ai fait mes devoirs avec Severus Rogue, partagé des chocolats chauds avec Severus Rogue, je l'ai laissé dormir sous le toit de mes parents ! Et maintenant il fait le choix de torturer et tuer ? Sciemment, volontairement… torturer et tuer ? »

Quand sa logorrhée prit fin, elle réalisa que toutes les larmes avaient coulé, et qu'elle venait de cracher son chagrin à la face d'un des sorciers les plus brillants du monde.

Gênée, elle balbutia : « Excusez-moi… »

« Il n'y a rien à pardonner. » assura-t-il doucement. Sa baguette conjura une boîte de mouchoirs qu'il lui tendit. « Croyez-moi, Lily, nous sommes nombreux à être passés par là… »

« Votre ami d'enfance aussi s'est tourné vers la magie noire ? » interrogea-t-elle, circonspecte, avant de se moucher.

« Quelque chose dans le genre, oui. »

Et sa gravité la fit comprendre qu'il ne disait pas cela simplement pour la réconforter.

Elle déglutit avec difficulté avant de reprendre : « Ce n'est pas agréable. De se tromper sur quelqu'un en qui on avait confiance. »

« Non, en effet. »

« Et le pire, c'est qu'en vous révélant tout ça, je ne peux pas m'empêcher de m'en vouloir. Parce que je le trahis, vous comprenez ? » Un rire incrédule se fraya un chemin à travers sa gorge gonflée par le chagrin. « Mais est-ce qu'il me donne le choix ? Non, bien sûr que non. Parce qu'avec Severus, il n'y a qu'une bonne manière de voir le monde : la sienne. Comment ai-je pu être aussi stupide… »

« Ne vous sentez pas coupable, Lily. Faire face à la véritable nature de ceux qu'on aime peut s'avérer extrêmement douloureux… Vous êtes très courageuse d'être venue me voir. » Comme elle détournait le regard, incapable de partager son opinion, il ajouta : « Vous a-t-il donné une raison de croire qu'il aurait pu, activement, participer aux incidents qui ont lieu dans cette école ? »

Lily hocha la tête négativement.

« Il prétend que non, et j'aimerais le croire, mais il savait où était rangée l'hebona et a définitivement quelque chose à voir avec la mort de Matt… Et est-ce que son tatouage n'est pas une preuve suffisante ? »

« Je crains que non. Nous ignorons encore beaucoup de choses quant aux rites des Mangemorts. Tout ce que ce tatouage nous dit pour le moment, c'est qu'à moins que Severus Rogue change d'avis d'ici le début de l'été, il sera un des leurs à partir du premier juillet… »

Lily déglutit. C'était ridicule, mais une partie d'elle se trouvait soulagée à l'idée de ne pas condamner Severus d'emblée. Peut-être avait-il juste pris le tatouage en prévision… peut-être n'avait-il pas encore fait ses preuves, peut-être n'aurait-il jamais osé s'en prendre à un enfant de onze ans…

« Qu'allez-vous faire ? Le livrer au Ministère ? »

« Si Severus Rogue est véritablement un Mangemort, ses nouveaux amis viendront le libérer du convoi, comme ça a été le cas pour Morag Mulciber. »

« Mais il devrait être interrogé… peut-être même jugé… »

« Comme Arnav Patil ? » demanda amèrement le vieux sorcier.

Severus ligoté à sa chaise, ses yeux monstrueusement écarquillés, son âme aspirée par le détraquer penché au-dessus de lui…
Elle frissonna pour dissiper cette vision cauchemardesque.

« Alors vous n'allez… rien faire ? »

« Je lui parlerai. » promit gravement Dumbledore. « Je lui proposerai d'autres solutions. Croyez-vous qu'il adhère sincèrement aux idées des Mangemorts ? »

« Non, même s'il déteste son père et ne porte donc pas les moldus dans son cœur. » répondit lentement Lily. « Je crois surtout qu'il est ambitieux, et que c'est un moyen pour lui de réussir dans un monde où la pureté du sang prime souvent sur nos véritables compétences. »

« Alors, il y a de l'espoir. Assurer un toit sur la tête de sa mère, lui promettre un soutien financier pendant les prochaines années… »

« Mais il avait tout ça ! » Elle pensait que la source s'était tarie, mais se remit tout de même à pleurer. « On se l'était promis ! D'être là, l'un pour l'autre, quoiqu'il arrive ! Je l'aurais aidé ! » Comment quelqu'un pouvait-il vous briser le cœur plusieurs fois d'affilée… ? « Severus ne croit peut-être pas dans la primauté du sang-pur, mais il y a quelque chose chez lui, professeur… quelque chose de buté, de cruel, de sombre. Et je ne peux plus, je n'ai plus la force, c'est trop tard, c'est terminé, plus jamais… »

Il allait, de bonne volonté, travailler pour l'homme qui était responsable du meurtre de ses parents.
Elle avait pardonné, plusieurs fois, et quand elle l'avait repoussé dans le jardin de Lightsee House, une partie d'elle croyait encore que peut-être, un jour, ils pourraient réparer ce qui s'était brisé entre eux. De la même manière qu'une partie d'elle espérait chaque jour que la cocotte en papier brûle dans sa poche, qu'une lettre moldue apparaisse à la fenêtre…

Mais leurs peurs et leurs aspirations étaient irréconciliables, et pour la première fois de sa vie, elle se sentait prête à trancher à jamais les derniers liens qui subsistaient entre eux – entre elle et quelqu'un qu'elle avait sincèrement, profondément aimé, mais qui avait choisi de devenir un parfait étranger.


« Jambencoton ! »

James sentit son corps se raidir, puis il s'affala sur la pyramide de coussins dressée à ses pieds.

« C'est bien, Rosie ! » félicita Alice en tendant la main à la première année qui lui répondit, un sourire victorieux inscrit sur sa bouille encore pouponne. « Viens avec moi, je vais t'apprendre le sortilège de croquenjambe, maintenant… »

À moitié étouffé dans un coussin, James grogna qu'on vienne le délivrer, mais déjà Alice et sa protégée s'étaient éloignées. Il commençait à se fustiger d'avoir répondu à l'appel au secours de Lily quand une ombre plana sur son visage.

« Alors, Potter ? On regrette d'avoir proposé un club de défense ? » se moqua Noah Ramsay qui le toisait avec amusement. Il prononça toutefois le contre-sort et tendit la main pour l'aider à se relever.

« Heureusement que les Poufsouffle n'ont pas la rancune facile. » dit James en ré-ajustant ses lunettes et massant sa mâchoire engourdie.

« J'aurais dû te faire mariner plus longtemps par terre. » regretta Ramsay avec un regard rêveur. « J'ai beau être à Poufsouffle, je n'en reste pas moins un homme. »

« Tu as tes raisons de me détester, et je les respecte. Mais tu dois admettre que ça, c'était pas une mauvaise idée. » fit le Gryffondor en désignant la scène alentours.

Des élèves de onze à treize ans, en posture de duellistes, s'affrontaient à l'aide de maléfices simples mais efficaces. Certains, très à l'aise, déclenchaient les exclamations enthousiastes d'Alice qui veillait à corriger les mouvements de chacun et à s'assurer qu'aucun bleu ou entorse ne reste trop longtemps sans soin.

« Le jour où un Mangemort se fera avoir par un sortilège de jambencoton lancé par un deuxième année, ce sera Noël. » sourit le préfet-en-chef.

« Amen. » approuva Ramsay. « Et pour ton information… je te déteste pas. A un moment, oui, peut-être que je t'ai un peu détesté. » grimaça-t-il car James haussait un sourcil dubitatif. « Je croyais que ça marchait bien entre Lily et moi, et ce n'est jamais agréable de réaliser qu'on s'est planté. Mais il faut admettre qu'elle a l'air plus heureuse maintenant. Malgré la disparition de ses parents, et tout ce qui se passe… je suppose que c'est en partie grâce à toi. Alors c'est difficile de t'en vouloir vraiment. »

Dans un effort de réconciliation, et parce qu'il venait de réaliser que tout sentiment d'animosité à l'égard de Ramsay semblait s'être évaporé en lui, James lui tendit à nouveau la main. Le garçon fixa sa paume tendue avant de sourire malicieusement.

« Trop tôt, Potter. Je t'ai dit que je n'étais qu'un homme, après tout. Mais… bientôt, peut-être ! »

James ne put s'empêcher d'éclater de rire. « C'est noté ! » Un coussin vola à travers la pièce et l'atteignit en pleine tête, le poussant à jeter un coup d'œil à l'horloge accrochée au-dessus de la porte.

« Il est presque quatre heures et demi ! On arrête ! ON ARRÊTE ! » répéta-t-il en faisant les gros yeux à deux troisième année qui se lançaient des maléfices en riant. « C'est l'heure du goûter, on arrête ! »

« Oui Maman ! » railla Alice en essayant de sortir de la pièce malgré le groupe de première année agglutiné autour d'elle. L'un d'eux roula des yeux avec insolence. « Le goûter… n'importe quoi… il croit qu'on a quel âge ? »

Enfin seul, James remit un peu d'ordre autour de lui à l'aide de quelques sortilèges de rangement express dont il avait le secret. « Des petits ingrats. » râla-t-il. « Est-ce que j'étais aussi impertinent à onze ans ? Oui, d'accord, peut-être même plus, mais c'est pas une raison ! » continua-t-il de monologuer en fermant la porte derrière lui.

« Tout va bien, Potter ? »

Tournant sur ses talons, il découvrit le professeur McGonagall et lui sourit de toutes ses dents.

« Comme un samedi après-midi, professeur ! Je parlais simplement à… mes amis imaginaires. »

« Amis imaginaires qui sont présentement en train de se rendre aux cuisines pour une collation tardive ? »

« Je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler, professeur. »

« Et je suppose que vous ne faisiez rien de particulier dans cette pièce non plus ? »

« De quoi ? Cette pièce ? Pfff, il ne se passe rien d'important dans cette pièce ! »

McGonagall le fixa par-dessus ses lunettes.

« Suivez-moi, Potter. »

« Je vais avoir des ennuis, c'est ça ? » soupira-t-il.

« Dans mon bureau, tout de suite. » ordonna-t-elle en prenant le chemin.

Contraint et forcé, il la suivit jusqu'au bureau qu'il connaissait trop bien.
Après s'être assis sur le siège réservé au visiteur, il tendit la main vers la boîte à biscuits et en ouvrit le couvercle.

« Pour la millième fois, Potter, mon bureau n'est pas une annexe du salon de thé de Madame Piedoddu. Arrêtez de prendre cette boîte pour une réserve de gâteaux illimitée. » s'agaça-t-elle.

« Pour la millième fois, Professeur, ces tritons au gingembre sont de loin les meilleurs de Grande-Bretagne. Quel est votre secret ? C'est la muscade, c'est ça ? »

McGonagall referma sèchement la boîte et la plaça derrière son bureau, mais le laissa néanmoins mordre dans celui qu'il venait de voler.

« Hm, ça creuse… » soupira-t-il avec délectation quand le gâteau fut englouti. « … de ne rien faire. Du tout. De ne rien faire du tout le samedi après-midi. Dans la pièce où il ne se passe absolument rien. » se rattrapa-t-il. « Maintenant que mon taux de sucre est remonté, vous pouvez y aller. Qu'est-ce qui m'attend ? Des retenues ? Un conseil de discipline ? »

« J'ai entendu dire que vous aviez refusé la proposition du Bureau des Aurors. »

Confus, il épousseta les miettes de biscuit tombées sur ses genoux.

« Sauf votre respect, je ne crois pas que vous puissiez me coller une retenue pour ça. Si ? »

« Le programme des Aurors vous paraît trop sévère ? C'est la raison de votre refus ? »

Il fronça les sourcils. « Non… pratiquer des maléfices impardonnables, en revanche, allait à l'encontre de mes convictions. Comme me l'a fait justement fait remarquer Lily, mon problème avec les mages noirs se situe justement dans le fait qu'ils utilisent de la magie noire. Si je devais les chasser, ce ne serait pas pour leur ressembler. »

McGonagall réfléchit un instant avant de joindre ses mains sur la surface impeccablement rangée de son bureau.

« Dans ce cas, vous avez peut-être réfléchi à quoi faire l'année prochaine ? »

Quelques semaines auparavant, il aurait répondu qu'il pensait simplement à trouver un lieu où s'installer avec Sirius – ou avec Lily, si elle le souhaitait – afin de profiter de la vie, tout en accomplissant quelques travaux pour Dumbledore afin de gagner cette guerre absurde… mais l'annonce de Fleamont avait remis les pendules à l'heure. Était-il raisonnable de déménager si la santé de son père se détériorait rapidement ? Sa mère aurait besoin de lui, et la perspective de passer son temps à faire les quatre cent coups avec Sirius semblait agréable, mais légèrement futile désormais.

« Je pensais me battre autrement, en aidant le professeur Dumbledore, par exemple. Comme le fait Frank Londubat quand il ne combat pas comme Auror – même si pour être honnête, j'ignore de quoi il s'agit exactement… »

« Mais la guerre ne durera pas toute votre vie. » coupa McGonagall. « Potter, avez-vous déjà entendu parler des concours MagIC ? » (1)

Pris de court, James chercha dans sa mémoire à quoi ces concours pouvaient bien correspondre.

« Ce sont les examens qui permettent de travailler pour la Confédération Magique Internationale, non ? »

McGonagall acquiesça et continua de le sonder muettement.

« Je croyais que seuls les fonctionnaires qui travaillaient déjà au Ministère songeaient à le passer. »

« Absolument pas. N'importe qui peut s'y inscrire, en vérité. Seulement, en fin de compte, très peu de gens intègrent le programme. Le comité est extrêmement sélectif quant aux compétences et aux qualités des candidats. »

Gêné, James passa une main dans ses cheveux et mesura soigneusement ses paroles. « Excusez-moi, Professeur… mais je ne trépigne pas vraiment d'impatience à l'idée de passer ma vie dans un bureau ? Sinon, j'aurais directement envoyé un curriculum au Ministère, vous voyez ? »

« Rassurez-vous, il ne s'agit pas uniquement de trier les papiers du grand Manitou entre deux réunions internationales. Les fonctionnaires du MagIC doivent pouvoir intervenir en cas de crise partout à travers le monde. Bien sûr, des candidats incapables de rédiger convenablement un parchemin ou de manier la baguette se voient tout de suite recalés. Mais si le programme est aussi sélectif, c'est parce que la Confédération recherche des profils atypiques. Un bon coup de baguette ne suffit pas à régler une révolte de géants qui met en péril notre existence cachée… et il faudra bien plus qu'un sortilège pour mettre un terme au trafic illégal de sang de dragon. Le concours MagIC est le seul qui soit ouvert à toutes les créatures magiques : des gobelins l'ont déjà intégré, ainsi que des demi-géants, des rokurokubi… Il y a douze ans, ils ont même admis un centaure grec. »

Il commençait à voir où elle voulait en venir, mais avait du mal à assimiler l'information.

« Reprenons, professeur. Vous voudriez que moi, James Fleamont Potter, je passe des examens réservés à la crème de la crème des sorciers ? »

« Tout à fait. »

James la considéra avec perplexité.

« Vous vous rappelez de la bêtise pour laquelle j'ai reçu ma première retenue deux jours après la rentrée ? »

McGonagall soupira. « Oui, Potter, je me souviens parfaitement. Vous et votre meilleur ami aviez décidé de changer tous les tableaux de place pendant la nuit. »

« Plus tard, on a fait perdre cent points chacun à Gryffondor… »

« … parce que vous aviez suspendu les tables de la Grande Salle au plafond pendant la nuit, ce qui a causé la chute du petit-déjeuner sur le sol, oui. Ma mémoire ne flanche pas encore au point d'oublier un tel désastre, je vous remercie. »

« Et à la fois où… »

« Je vous interdis de mentionner l'épisode des sous-vêtements, c'est au-dessus de mes forces. »

« Malgré tout ça, vous voudriez quand même que moi, je passe les concours MagIC ? » répéta-t-il, dubitatif.

Sa directrice de maison le jaugea comme s'il essayait de se dérober à une sentence qu'elle aurait prononcé.

« Vous aviez onze ans, James. »

« Oh, par Circé. Vous venez de m'appeler par mon prénom, ça veut dire que vous êtes sérieuse, Professeur, vous voudriez vraiment que je… »

« Que comptez-vous faire après Poudlard ? » soupira-t-elle avec lassitude. « Intégrer une équipe de quidditch ? Tous les championnats sont annulés à cause de l'actualité. Et d'ici quinze ans au grand maximum, vous serez à la retraite, et vous n'aurez fait que repousser le problème. Je vous crois quand vous dites que vous vous ennuieriez au Ministère. Il ne resterait qu'à compter vos gallions, mais je vous connais assez pour savoir que faire fructifier votre fortune ne vous intéresse guère. L'oisiveté ne vous sied pas non plus : vous êtes fait pour l'action, James. Vous êtes talentueux et votre tête n'est pas trop mal faite. Surtout, vous avez un don pour réunir des gens qui n'ont, sur le papier, rien à voir les uns avec les autres. »

« Je fais ça, moi ? » Il grimaça un sourire en espérant faire redescendre la tension, mais la sorcière ne fléchit pas.

« Bien sûr. Par exemple, ce que vous ne faites pas dans la salle qui vous servait de salle de jeux… »

« … je ne fais que mon devoir de préfet-en-chef… »

« … l'unité que vous avez créée pour mener Gryffondor en tête du championnat depuis deux ans… »

« … je suis très compétitif ! »

« … vos amis, Mr. Potter. Sans vous, je crains que des personnalités aussi disparates que Sirius Black, Remus Lupin et Peter Pettigrow n'auraient pas eu grand-chose à se dire. Quant à Lily Evans, elle ne voulait rien avoir à faire avec vous et voilà où vous en êtes. »

Cette fois-ci, James ouvrit la bouche mais ne trouva rien à répondre.

« Vous avez beaucoup de potentiel, James. Si vous aviez juste le courage de lui faire honneur… vous deviendriez un grand sorcier. »

C'était une drôle de sensation qu'il associait généralement à ses discussions avec Lily. James connaissait très bien l'orgueil, ce sentiment d'invincibilité, cette griserie qui assurait une continuelle victoire, en dépit de tout ce que le destin réservait. Mais de plus en plus souvent, ces temps-ci, elle était accompagnée d'une vague impression de fragilité. A la chaleur qui envahissait sa poitrine en entendant sa professeur parler, s'ajoutait le doute... Et s'il ne se montrait pas à la hauteur, après tout ?
En même temps, Fleamont les quitterait bientôt. James devait s'y préparer. Les concours n'auraient pas lieu avant plusieurs années, et il craignait que son père disparaisse sans l'avoir vu devenir un homme. Mais s'il pouvait au moins lui donner, avant son départ, l'assurance d'avoir trouvé sa voie…

Il releva la tête et hocha silencieusement du chef. Traversée par un infime sourire, McGonagall extirpa un épais fascicule de son tiroir et le fit glisser vers lui.

« Il vous faudra maîtriser deux autres langues magiques au minimum. Je me suis permise de glisser l'adresse d'une école qui dispense des cours en golbabil, merlanguage et trolliglotie à Londres. Le professeur Dumbledore et son ami le jurisorcier McLish seront ravis de vous accompagner pour votre apprentissage du droit magique et… »

« Pardon. Le professeur Dumbledore ? » la coupa James.

« C'est lui-même qui a suggéré de soutenir votre candidature. »

James accusa le coup.

« Professeur McGonagall… Les candidats doivent avoir un casier judiciaire vierge pour se présenter, n'est-ce pas ? »

« Si vous faites référence à l'incident qui a mené au gonflage involontaire de votre professeur de piano, rassurez-vous. Les sorciers mineurs ne sont pas tenus responsables des débordements involontaires de leur magie intérieure. »

« Non, non, je ne faisais pas vraiment référence à ça… » Il se pencha en avant, mal à l'aise. « Admettons que j'ai dans le passé fait quelque chose qui n'était pas autorisé. » McGonagall haussa un sourcil sarcastique. « Pas autorisé en dehors de l'enceinte de l'école. » précisa-t-il. « Proscrit par la loi magique, en fait. Et je n'aimerais pas… enfin, si j'avais fait quelque chose dans ce genre – et que ça venait à être découvert par le comité MagIC, je ne voudrais pas que ça retombe sur le professeur Dumbledore, ou même sur vous, qui m'avez fait confiance… »

La sorcière le dévisagea longuement, immobile et impassible. James ignorait si elle était douée en légilimancie ou non, mais dans le doute, il tenta tant bien que mal de construire un barrage tangible dans son esprit.

« Nous parlons en théorie, n'est-ce pas ? »murmura-t-elle, soupçonneuse. « Car bien sûr, vous ne seriez pas assez stupide pour faire quelque chose de totalement illégal avant même d'être diplômé. »

« Bien sûr que non. » assura-t-il, certain que ses yeux affirmaient le contraire.

« Cette chose interdite, vous ne pourriez pas la défaire ? »

« Non. » avoua-t-il.

« Ce que vous auriez fait… est-ce que c'était mal, d'un point de vue éthique ? »

« Non, en fait, ç'aurait été l'inverse. » répondit-il, plus assuré. « Pour une cause juste… »

« Est-ce que vous auriez sciemment mis d'autres personnes en danger ? »

Il prit le temps de réfléchir. Sirius était devenu animagus de son plein gré. Mais Peter… Peter avait douté, et ils s'étaient moqués de lui. Mais James s'était radouci quand, progressant dans leurs recherches, il était tombé sur des gravures illustrant très (trop) précisément tout ce qui pouvait mal tourner dans le processus. Il avait informé Peter, lui avait même montré les exemples pour l'amener à faire un choix en toute connaissance de cause… il se rappelait encore de l'air dur et décidé qui s'était inscrit sur le visage lunaire du jeune garçon. Son froncement de sourcil déterminé avait achevé de sceller leur amitié. James s'était promis ce jour-là de ne plus jamais douter de la solidité du quatrième maraudeur.

« Non… non, je ne crois pas. »

McGonagall pianota sur son bureau comme pour se donner le temps de préparer une réponse.

« Si vous aviez commis une telle faute, je serais malheureusement obligée d'en informer le Directeur Dumbledore. » admit-elle. Déçu et vaguement honteux, James poussa du doigt le fascicule en direction de l'enseignante pour le lui rendre… mais celle-ci arrêta son geste. « Heureusement que nous ne faisions qu'émettre des hypothèses farfelues. Prenez le dépliant en partant. »

Ragaillardi, il rangea les documents dans son sac.

« Potter ! » appela-t-elle finalement alors qu'il s'apprêtait à quitter son bureau. « Tâchez donc de ne pas vous faire prendre, voulez-vous ? »

« Si, en théorie, j'avais commis un tel délit sans qu'Albus Dumbledore ou vous-même ayez pu vous en apercevoir… je doute qu'un tâcheron de la Confédération puisse le découvrir. »

McGonagall haussa les yeux au ciel devant un tel cocktail d'arrogance et de flagornerie, mais elle souriait quand le préfet-en-chef referma doucement la porte derrière lui. Plein d'allégresse, il courut presque jusqu'à la tour de Gryffondor.

« Tire la chevillette ! »

« Et la bobinette cherra… » chantonna la Dame en rose.

« Ça va, Cornedrue ? » s'enquit Peter en le voyant traverser la Salle à grandes enjambées.

Il songea un instant à partager son récit avec son ami, avant de réaliser qu'il mourrait d'envie d'en parler à une autre personne avant. Il se contenta donc de sourire de toutes ses dents à Peter en lui adressant le pouce de la victoire.

« Parfaitement bien, Queudver ! »

Il grimpa les marches quatre à quatre, lança son sac sur son lit et gravit l'escalier dérobé qui menait à la chambre de la préfète-en-chef.

« Lily ! Tu ne devineras jamais… »

Il ne discerna d'abord que sa silhouette assise devant les flammes, et crut qu'elle se tenait près du feu pour se réchauffer, son esprit imaginant une tasse entre ses mains… Mais ce n'était pas une tasse – c'était une boîte en métal. Une simple boîte à thé qui contenait quelques vieux trésors : un trèfle à quatre feuilles desséché, un bouchon de bièraubeurre… et surtout une liasse de papiers. Implacablement, elle jetait chaque lettre dans l'âtre, sans même attendre que le parchemin ne se consume en cendres noires.

« Qu'est-ce que tu fais ? » murmura-t-il en s'accroupissant près d'elle.

Inquiet, il replaça derrière son oreille la mèche cuivrée qui cachait son visage. Elle avait certainement pleuré, comme en témoignaient ses paupières légèrement gonflées et la ride de vulnérabilité dessinée entre ses deux sourcils.
Le dernier bout de parchemin vola dans les flammes.

« Tu as vu la Gazette, aujourd'hui ? »

Il fit non de la tête.

« Dorénavant, les nés-moldus devront présenter une attestation de moralité signée de la main d'un sang-pur. Du moins, s'ils veulent garder leur travail ou un accès à leur compte de Gringotts… »

James prit la main qui venait d'envoyer la dernière lettre au feu et la serra dans la sienne.

« Je suis désolé, Lily. Je ne sais pas ce que fait le Ministère, mais il est temps que Dumbledore prenne les choses en main. » Elle ne réagit pas, les yeux toujours rivés sur l'âtre. « En attendant, si ça peut te rassurer… je t'écrirai mille attestations, moi… »

Mais sa déclaration n'eut pas l'effet escompté.

« Est-ce que tu réalises seulement à quoi ça t'engagerait ? » demanda-t-elle avec une froideur forcée. Dégageant sa main de la sienne, elle jeta les dernières babioles dans la cheminée, la boîte en fer dans sa corbeille à papier, puis se remit debout et s'appuya contre la rambarde de son lit.

« Hm, oui. » répondit-il, cherchant son regard. « Et si ça peut te permettre de vivre presque normalement après l'école, je le ferais plutôt deux fois qu'une… »

« Ils ont tué le petit ami de Margaret Chourave. Ils ont aussi tué sa famille… »

« Je sais. » murmura-t-il gravement, tout sentiment d'excitation désormais évaporé. A son tour, il se releva pour lui faire face.

« A la rentrée, j'avais postulé pour un travail à mi-temps à Pré-au-lard. Mais on me l'a refusé car chez les sorciers de Grande-Bretagne, le nom d'Evans est inconnu au bataillon. »

« Quoi ? » s'indigna-t-il. « Et ils te l'ont dit comme ça ? Mais c'est interdit ! »

« Plus maintenant. Les nouvelles lois vont dans ce sens. »

« C'est pour ça que tu es dans tous tes états ? A cause de cet article de la Gazette ? Ou à cause de Margaret ? »

« Non… oui. Les deux. En partie. » bredouilla-t-elle en se tordant les mains. « C'est plutôt parce que… parce que je suis née-moldue, et que toi, tu es de sang-pur. Que les gens pensent que je t'utilise, ou qu'on n'a rien à faire ensemble, c'est une chose. Mais je n'avais juste jamais vraiment pensé… »

« Lily, je ne comprends rien de ce que tu racontes. »

« T'afficher avec moi, comme tu le fais, pourrait t'apporter de gros ennuis ! »

Il haussa un sourcil espiègle. « De terribles ennuis. Tu es dangereuse, Evans, je l'ai toujours dit ! »

« James ! C'est sérieux, cette fois. » reprit-elle, si bouleversée que tout sourire disparut aussitôt du visage du jeune homme. « Toi, tes parents ! Vous pourriez vous faire attaquer si on nous voit trop souvent ensemble ! »

Il haussa les épaules. « Ils font très attention depuis ce qui est arrivé à Ted et Helena. Maugrey les surveille, et… »

« On pourrait te refuser un travail ! On pourrait te faire du chantage, on pourrait… »

« Heureusement que nous sommes millionnaires. » répliqua-t-il aussitôt.

« Ce sont de vrais risques, de vraies menaces ! » s'écria-t-elle. « Arrête de réagir comme si tu t'en fichais ! »

Il poussa un soupir d'énervement et se leva à son tour, l'agitation le gagnant d'un seul coup.

« Mais c'est vrai, je m'en fiche ! Totalement ! Quiconque pense que les sorciers de souche feraient mieux de rester entre eux à tout prix est un parfait idiot – et celui qui croit qu'il y a une différence entre ta magie et la mienne à cause de notre naissance est encore plus demeuré – c'est ridicule, Lily, simplement ridicule ! Prends Belby, il n'a jamais été capable de lancer un wingardum leviosa convenable à une feuille morte – alors que toi, ou Nali Paniandi, ou même Noah Ramsay – et si je l'amène dans la conversation, c'est que je suis très sérieux – vous êtes en tête de classe ! Je suis prêt à soutenir n'importe quand que ces histoires de pureté de sang sont une insulte faite à la logique la plus élémentaire, voilà tout. Il suffit de se balader trois minutes dans les couloirs de Poudlard pour le prouver ! C'est mon avis, je n'en changerai pas et je contredirai n'importe qui prétendant le contraire. Et toi, toi, tu… » Il s'étrangla sous l'émotion et se passa une main nerveuse dans les cheveux. « … tu es incroyable ! Tu es merveilleuse, et s'ils ne le veulent pas le voir, tant pis pour eux, ça fait moins de concurrence pour moi ! »

Résistant à l'envie de l'attirer contre lui et de mettre fin à cette discussion insensée, il la dévisagea, comme si la réponse à une énigme irrésolue se cachait dans les traits de la sorcière.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? Il y a quelque chose que tu ne me dis pas, je le sens ! »

Elle hésita, fixa la moquette… et l'affronta finalement, les yeux embués de larmes.

« Slughorn avait aussi invité Severus pour préparer le concours. »

Son nouveau soupir fut davantage un râle d'exaspération. Frustré, il fixa ses poings sur ses hanches pour les occuper, pour ne pas céder à l'urgence de jeter quelque chose à travers la pièce.

« Bon sang, Lily ! » grogna-t-il, essayant de contenir sa colère.

« Oh, c'était cruel de sa part de me parler de ça, mais ça n'empêche pas qu'il avait raison. » admit-elle avec amertume. « Je n'y avais juste pas réfléchi. J'aurais dû le savoir, pourtant. Ils ne nous laisseront pas tranquilles… »

« Écoute, je ne sais pas ce que t'a exactement raconté ce crétin de Rogue. Mais tu ne crois pas qu'il a essayé de te faire peur simplement parce qu'il est… jaloux ? » suggéra-t-il.

« Quand bien même, est-ce qu'il avait tort ? » s'écria-t-elle. « Personne ne va s'offusquer que le fils Potter fréquente ouvertement une née-moldue ? Tu pourrais me regarder dans les yeux et me jurer que tu ne risques pas de devenir leur cible ? »

« Peut-être que ce sera le cas ! » admit James en criant aussi fort qu'elle. « Peut-être qu'ils voudront me punir pour cet affront à leur idéologie moisie ! Mais qu'ils viennent ! Peu importe, ça ne changera rien ! »

« Il porte la marque, James. Severus, il porte la marque. Il l'a déjà rejoint. » Sa voix se brisa, ses grands yeux envahis par la tristesse. « Je le savais, au fond de moi, mais j'espérais encore que… C'est pour ça que j'avais tout gardé. Je croyais que peut-être… mais ça y est, c'est fait, j'ai tout jeté, toutes les lettres, toutes ces choses qui n'ont plus aucune valeur maintenant que… »

Abasourdi, le regard de James alla de la boîte abandonnée dans la poubelle, à l'âtre qui consumait les derniers vestiges de l'amitié qui avait un jour lié Lily Evans et Severus Rogue.

« Il porte la marque. » répéta-t-il avec un calme qui ne reflétait en rien le flot d'émotions qui le submergeait.

Au contraire de Lily qui avait visiblement du mal à assimiler cette notion, il n'était absolument pas surpris. Rogue baignait dans la magie noire depuis plus de six ans et mettait une telle application à prouver sa valeur aux pires représentants de la classe sorcière : son allégeance ne faisait aucun doute. Il n'avait jamais compris comment Lily avait pu s'aveugler pendant autant de temps. C'était une autre pensée qui le tourmentait, plus forte que lui… Elle avait beau nier, jurer que ses sentiments n'avaient jamais été de cette nature, qu'ils étaient strictement platoniques, il ne pouvait qu'envier la place que Rogue avait occupée dans la vie de Lily pendant tant d'années… et se sentait épuisé par avance des efforts qu'il devrait faire pour la convaincre d'aller au bout des choses.

« Il faudra aller voir Dumbledore. » dit-il fermement. « Je sais que Rogue a été ton ami, mais c'est trop grave pour laisser passer quelque chose comme ça. Il faut prévenir la Direction que… »

« C'est déjà fait. »

« Hein ? »

Elle haussa les épaules malgré son chagrin. « Qu'est-ce que je pouvais faire d'autre ? Si Severus a pris part aux attaques qui ont eu lieu, il faut qu'il réponde de ses actes. »

Courageusement, elle était d'emblée aller voir Dumbledore… Ce fut plus fort que lui : il s'approcha et la serra contre lui. Il aurait voulu lui dire à quel point elle était sublime, dans son essence, dans son apparence, dans tout ce qu'elle était… mais en attendant, il ne pouvait que poser son front contre le sien et s'enivrer de son parfum, de sa chaleur. Il se sentit étrangement vide quand elle échappa à son étreinte.

« Les Mangemorts ne te laisseront jamais en paix. Comment est-ce que je pourrais me pardonner s'il t'arrivait quoi que ce soit à cause de moi ? » s'exclama-t-elle avec angoisse.

« Je sais me défendre ! » rétorqua-t-il. « Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je ne suis pas le plus nul en duel. Je crois pouvoir être en mesure de répondre si on m'attaque ! Et qu'est-ce que tu voudrais faire, de toute manière ? Qu'est-ce que tu attends de moi ? Que je te laisse tomber, parce que quelques abrutis à la baguette trop courte ont décidé de faire leur loi ? »

« Non ! » se récria-t-elle, affolée à cette pensée et il s'attendrit de la voir réfuter cette perspective avec tant d'énergie. « Non ! Je veux juste être sûre, être certaine que tu saches à quoi t'attendre avec… avec nous. Parce que si finalement, si finalement, après avoir réfléchi, tu changeais d'avis, je… »

Il ne la laissa pas terminer – il se sentait malade à la simple évocation de cœurs brisés et de ruptures à venir, à l'idée qu'elle pourrait éclater de rire et prendre à la légère les sentiments qui le dominaient depuis un certain temps déjà…

« Changer d'avis ? » répéta-t-il avec des yeux écarquillés. « Changer d'avis ? » 'Après toutes ces années à te courir après ?' devait se lire sur son visage sans même qu'il l'ait formulé.

« Tu voulais sortir avec moi. » rectifia-t-elle avec dureté. « Pas te battre pour en avoir le droit ! »

« Mais je suis prêt à me battre s'il le faut ! » rugit-il. « Je suis prêt à les affronter un par un ! S'il faut t'épouser pour te protéger, je le ferai ! Si nous devons fuir à l'autre bout du monde pour te mettre à l'abri, je le ferai aussi ! Je suis complètement, totalement, absolument prêt à me battre pour toi ! Je ferai tout pour toi ! »

Le silence brusque qui suivit les rinça, ne laissant résonner que le crépitement du feu et leurs respirations haletantes.
James déglutit, semblant redouter immédiatement d'être allé trop loin, d'avoir trop dit, trop tôt…

Mais ses mots avaient provoqué l'étincelle.
Renonçant à toute prudence, abandonnant toute réserve, elle précipita son corps contre le sien.
Une main sur son cou pour l'amener à elle, l'autre cherchant la chaleur de la peau sous son pull, elle se pressa contre le garçon pour ne plus laisser aucun interstice entre eux. Il répondit ardemment à son baiser fiévreux, amenant ses hanches contre les siennes, ses doigts s'aventurant plus loin que jamais sur ses courbes, puis il la poussa fermement en arrière. Sans se détacher l'un de l'autre, ils reculèrent, et le dos de Lily se heurta finalement à l'armoire. Il la sentait plus proche que jamais contre lui, son odeur emplissant tout, ses mains progressant partout, tandis qu'elle ne pouvait empêcher ses ongles et ses lèvres de marquer leurs empreintes sur le moindre centimètre carré de peau exposée. Obéissant au même désir de conquête qui les avaient saisis au mariage des Dursley, leurs mains tiraient sur les élastiques, se hasardaient sur les boutonnières, plus audacieuses et hardies que jamais.

Ce fut elle la première, qui saisit la couture de son pull écarlate. Vivement, elle le passa par-dessus les épaules du garçon. Le vêtement tomba à leurs pieds tandis qu'elle contemplait son torse nu et ses cheveux plus ébouriffés que jamais. Il fit de même, dévorant du regard ses joues roses, ses lèvres gonflées par leurs baisers. Le trouble des yeux verts se transforma en témérité : elle agrippa le bas de son propre chandail et le souleva par-dessus sa tête. Le gilet rejoignit le pull rouge gisant sur le sol, bientôt rattrapé par le soutien-gorge qui tomba sur le plancher avec un bruit mat. James s'était figé sur place, ses yeux arrondis derrière les verres de ses lunettes.

« Tu es sublime. » constata-t-il. Son compliment s'acheva malgré lui par un bref rire nerveux.

Elle sourit, se leva sur la pointe des pieds, déposa des baisers dans les creux qui le faisaient frissonner. Leurs mains continuèrent d'explorer, les bouches de s'affronter, tandis qu'ils tombaient sur le lit. Il remarqua qu'elle s'était mise à déboutonner sa jupe et sembla hésiter. « Tu es sûre que… »

Sans le quitter du regard, elle donna le dernier coup de pied qui suffit à faire glisser le vêtement sur ses chevilles, poussant définitivement la jupe hors du lit. Son cœur accéléra à une cadence presque insoutenable, et le son de son propre souffle gronda à ses oreilles. C'était le moment. Celui de toutes ses convoitises, celui de toutes ses indicibles craintes également. Mais son corps réclamait une proximité immédiate, totale, absolue avec cette fille à demi-dévêtue, au regard incendiaire – et tout son être implora si fort que d'un coup, sa peur disparut.
A nouveau, il emprisonna sa bouche. Leurs sourires s'effleurèrent tandis qu'il venait à son secours, après sa piètre tentative pour défaire la ceinture récalcitrante qui enserrait la taille du jeune homme.

« On aurait pu croire qu'un sort aurait été mis au point pour ça… » plaisanta-t-elle, mais ses lèvres vacillantes trahissaient son émoi.


Les baisers ralentissaient, balbutiaient un nouveau rythme, étonnamment plus indécis maintenant qu'ils se trouvaient nus, allongés côte à côte. Comme s'ils avaient soudainement oublié pourquoi diable ils s'étaient jetés l'un sur l'autre…

« Aïe ! Cheveux ! » grimaça-t-elle alors qu'il retirait précipitamment son coude. Ce dernier venait de malencontreusement coincer quelques mèches rousses s'étalant sur le drap.

« Désolé ! » s'empressa-t-il de murmurer. L'absence de réponse insolente la rendit perplexe. Prenant enfin mesure de sa nervosité, elle amena sa propre main sur celle que James avait posée, légère mais anxieuse, sur son cou. Ses doigts se glissèrent doucement entre ceux du garçon pour les apaiser. Lui qui paraissait toujours si assuré… elle réalisa qu'entièrement dévêtu, il portait encore le bracelet de cuir qu'elle lui avait confectionné pour son anniversaire. Une onde de tendresse l'envahit et elle constata avec amusement : « Tu trembles… »

« … Non, pas du tout. » lui répondit-il d'une voix blanche. Sa mauvaise foi, si manifeste face au fait accompli, la fit éclater de rire. Il l'accompagna dans son hilarité, puis lui fait les gros yeux. « Ne vous moquez pas, miss Evans ! » se scandalisa-t-il. « Oui, je suis peut-être un peu nerveux, mais j'aimerais vous y voir ! »

« Ben, justement, c'était l'idée… » sourit-elle en levant les yeux au ciel.

Il soupira avec condescendance. « Oh, je t'en prie, ça fait combien de temps pour toi ? Deux, trois mois maximum ? Tu sais depuis combien de temps moi, j'y pense ? »

« Non, et franchement, je préférerais ne pas savoir… » grimaça-t-elle.

Elle songea que la situation devenait franchement ahurissante, leurs voix animées tranchant avec l'atmosphère ardente qui régnait dans la chambre quelques secondes plus tôt.

« Depuis la troisième année. Pendant l'examen de Défenses organisé dans le Lac, quand Mulciber a insulté Coleen et que tu as lui envoyé ton strangulot à la figure. » l'informa-t-il néanmoins.

« Je t'ai dit que ça ne m'intéressait p … vraiment ? » s'étonna-t-elle, piquée de curiosité.

« Tu avais un maillot de bain turquoise qui t'allait très, très bien. Quand je t'ai vue sortir de l'eau sans un regard en arrière pour Mulciber qui se débattait tout seul avec son strangulot sur la tête, j'ai compris que… »

« … ma vie allait devenir un enfer. »

« … tu étais vraiment digne d'obtenir toute mon attention. Et encore, même avant ça, tu étais – tu étais spéciale. Alors excuse-moi de ne pas louer ta ténacité et ta patience, quand tu as passé trois petits mois à y penser, alors que de mon côté, j'ai juste cru mourir de frustration pendant cinq in-ter-mi-nables années… »

Elle dégagea les doigts qui s'étaient emmêlés entre ceux de James, et les claqua devant son visage.

« Potter. Potter. » le rappela-t-elle à l'ordre tandis qu'il s'enfonçait dans sa diatribe. « Toi. Moi. Nus, ensemble, dans un lit. Est-ce que tu crois vraiment que c'est le moment de pinailler ? »

Son expression se détendit immédiatement. « Peut-être pas. » admit-il en souriant. Il ramena ses doigts sur son visage, caressa sa tempe, dessina la pommette, la pulpe de ses lèvres – et elle constata avec plaisir que les tremblements avaient disparu.

« Alors, tais-toi. » conseilla-t-elle, avant de se hisser pour capturer de nouveau la saveur légèrement salée de sa bouche.


C'était à la fois incongru mais absolument naturel.

Potter. Que celle qu'elle était quelques mois auparavant avait envoyé sur les roses mille deux cent cinquante sept fois. Potter, à qui elle avait envoyé des objets à la figure au moins quatorze fois. Potter, dont elle avait (vainement) espéré oublier l'existence à peu près un million de fois.

James – James qui la faisait rire, la rassurait, lui racontait des histoires, la contemplait comme un merveilleux trésor offert à ses yeux ébahis, recueillait ses larmes sans broncher, sans jamais la regarder avec pitié. Juste James – fort et vivant, intense et généreux, spontané et tellement plus courageux qu'il ne l'avait montré pendant des années… James qui la séduisait à chaque caresse, la captivait à chaque murmure.

Absurdes et fantastiques à la fois. Ses étreintes passionnées mais décidées, ses baisers qui visaient toujours juste. Toutes ces petites choses qu'elle avait méprisées parce qu'elles le constituaient, et que désormais elle se retrouvait à adorer pour cette même raison. L'épaisse chevelure brune qui se dressait en tous sens mais cédait docilement sous ses doigts, les yeux bruns et espiègles dont l'éclat la faisait chavirer, ses épaules auxquelles elle pouvait s'accrocher, le grain de beauté entre l'index et le majeur gauches qu'elle aimait tant récolter du bout des lèvres, la peau hâlée qui semblait se tendre et fondre à la fois sous ses mains…


C'était à la fois surréaliste et totalement délicieux.

Evans. Dont il s'était moqué tant de fois en espérant la faire réagir, qu'il avait poursuivie pendant des années au risque de tout gâcher. Inaccessible Evans qui avait ébranlé son orgueil, fragilisé son éternelle assurance. Evans, insensible aux astuces grâce auxquelles il mettait d'habitude le monde à genoux.

Lily – merveilleusement belle, brave et intelligente, drôle et compatissante. Qui connaissait ses défauts mieux que quiconque mais l'avait finalement choisi pour ses qualités. Lily, qui lui faisait toujours un peu peur parfois… Lily qui pouvait le rendait fou par à un seul mot prononcé de travers, mais aussi par une seule caresse appuyée. Lily qu'il désirait comme il n'avait jamais désiré aucune autre fille.

Après des années de rêvasseries éveillées et de nuits fiévreuses, c'était incroyable. Incroyable de la sentir réagir si agréablement au poids de son corps sur le sien, sa poitrine tiède pressée contre son torse, ses mains enfouies dans ses cheveux, ses genoux pâles frôlant ses côtes, ses chevilles se nouant au bas de ses reins… D'observer les cheveux de feu s'éparpiller sur le matelas, sa peau de porcelaine se couvrir de frissons là où ses mains la touchaient, d'admirer le délicat rougissement qui envahissait ses clavicules, son cou et ses joues à son contact, d'entendre la respiration légèrement rauque, de plus en plus saccadée, s'évader de sa bouche entrouverte… Contempler l'apparition des dents nacrées entre ses lèvres subtilement bombées par leurs embrassades…


C'était décidément très étrange, et parfaitement simple, tout en même temps.


Les derniers rayons de soleil traversèrent le vitrail et se déposèrent sur le bras du garçon, faisant surgir des reflets bleutés et orangés sur le muscle légèrement contracté, sur la peau parcourue de frémissements. Elle résista à la tentation de parcourir à nouveau les quelques centimètres qui les séparaient… Pour l'instant, elle préférait le contempler à son aise, un peu plus longtemps encore…

« Tu l'avais déjà fait ? Avant ? » chuchota-t-elle.

Aucune espièglerie dans l'expression troublée de James – nulle esquisse de sourire non plus… Seulement ses grands yeux qui brillaient, plongés dans les siens. Petite, elle avait parfois pensé que les yeux bruns étaient simplement et bêtement cela, bruns. Mais c'était avant d'avoir découvert l'éclat lumineux des iris de James, aux teintes dorées de châtaignes, de feuilles blondies par le déclin de l'été, d'après-midis paresseuses et tiédies de soleil automnal.

« L'été dernier. » répondit-il. Elle se rappela les vacances passées en France avec Sirius et acquiesça simplement du chef. Puis il ajouta – et à cet instant précis, la clarté de ses yeux, la modulation de sa voix convoyèrent toute l'intensité de ce qu'ils venaient de partager : « Mais maintenant je sais que ça n'a rien à voir quand… »

on est amoureux, ne put-il se résoudre à prononcer.

Le souvenir de sa précédente déclaration revint entre eux, imprégna l'espace. Je ferai tout pour toi, avait-il promis, et c'était trop, beaucoup trop. Les garçons n'étaient pas censés avouer ce genre de choses en premier – mais ça ne ferait que s'ajouter à l'interminable liste des concessions qu'il avait faites pour Lily Evans, songea-t-il ironiquement.
Cependant, si ça n'avait vraiment tenu qu'à lui… il se serait débarrassé une bonne fois pour toutes des faux-semblants, aurait arrêté à l'instant de prétendre que cette histoire ne l'engageait à rien – qui espérait-il convaincre, de toute façon ? Elle tenait son cœur entre ses mains. Sa bouche à lui le pressait de tout dire, de révérer son pouvoir en l'honorant par d'innombrables baisers, en la noyant sous une pluie de je t'aime murmurés à son oreille.
Mais l'alchimie se révélait délicate : encore à ce moment précis, il craignait de l'effrayer, de la braquer, de tout briser…

« … quand quoi ? » demanda-t-elle, sa respiration se brisant et soulevant sa poitrine avec force, pupilles dilatées, peau de porcelaine rougissant sous l'impact des émotions.

Elle savait. Mais posait tout de même la question. C'était l'encouragement qui lui avait manqué. Il se releva un peu, calant son bras gauche pour se soutenir, et tendit sa main droite vers elle. Ses doigts se déposèrent, chauds, agréables et tendres, sur sa joue, s'aventurant entre les mèches rousses qui s'étaient collées à son visage.

« Il n'y a eu que toi, Lily… » Tant de gravité inhabituelle chez lui, de désarmante sincérité, que son cœur à elle accéléra avec sauvagerie. « … il n'y a que toi. »

La distance fut rapidement franchie tandis qu'elle se collait à lui d'un élan, capturant ses doigts et les entremêlant aux siens, s'appropriant ses lèvres une fois encore, l'emprisonnant à nouveau entre ses jambes. Elle ne dirait rien, pas cette fois en tout cas, de peur de rompre le charme. Elle savait que la magie était plus délicate à maintenir qu'il n'y paraissait… Mais elle s'appliqua à répondre en caressant, en embrassant, en ravissant le corps du jeune homme dont elle se savait – silencieusement, certes, mais inéluctablement – tomber amoureuse.
Sans possible retour en arrière.


La vie était belle !

Les nouvelles de la Gazette n'avaient jamais été aussi absurdes et déprimantes, un elfe de maison avait malencontreusement inversé le sucre et le sel au précédent dîner, le quidditch serait vraisemblablement annulé jusqu'à la fin de l'année et il pleuvait des cordes depuis des jours.
Et pourtant, jamais James Potter n'avait eu plus foi en l'existence. Il serait bientôt libéré du lugubre château, Fleamont répondait brillamment au début de son traitement, ses parents l'avaient félicité par hibou de sa décision de préparer les concours MagIC, et surtout, il se réveillait chaque matin aux côtés de la sorcière qui l'obnubilait depuis une éternité.

La vie était belle, la vie était miraculeuse !

Prenant le chemin de la salle des Maraudeurs qui accueillait désormais le club de défense, et où devaient l'attendre Remus et Emma Prewett, il se surprit à fredonner une vieille chanson désuète au sujet d'amours improbables naissant entre un gnome de jardin et une troll naine. Mais sa bonne humeur fut comme suspendue à mi-chemin. Dans un couloir où Sirius l'avait traîné quelques mois auparavant, une gravure était décollée du mur, laissant béant le passage secret menant à une salle normalement abandonnée… Une pièce maculée de runes maléfiques, gardée par une gorgone au yeux tétanisant qui leur avait confié que des élèves venaient parfois troubler son repos… Quand Sirius et lui en étaient sortis, ils s'étaient battus avec…

« Tiens donc. » Instinctivement, son regard se posa sur l'avant-bras de Rogue qui émergeait de la pièce abandonnée. Son uniforme était soigneusement boutonné, et sa robe de sorcier trop grande cachait la moitié de ses paumes… mais sous les couches de tissus opaques se trouvait le tatouage qui scellait son destin et qui avait tant affecté Lily. « Qu'est-ce que tu fais là, toi ? »

« C'est interdit de se promener dans le château ? » rétorqua aussitôt Rogue qui fit mine d'ignorer la gravure refermant le passage derrière lui.

« Ça pourrait le devenir. Dumbledore comptait condamner l'entrée de cette pièce… et je compte bien appuyer sa décision maintenant que j'ai preuve que tu la fréquentes. »

Le Serpentard émit un son ironique.

« Vivement que l'ordre revienne à Poudlard… de nos jours, il suffit de cirer les bonnes bottes pour être récompensé par un badge de préfet-en-chef. »

« Et de réussir à le garder toute l'année. » renchérit James en ignorant l'insulte.

Rogue l'évalua avec le plus profond mépris. « Comment feras-tu en septembre, Potter ? Le monde se fichera totalement que tu sois le chouchou de Dumbledore. Ils ne te feront aucun cadeau… et franchement, j'ai hâte d'assister au spectacle. »

James se rapprocha. Il n'était pas tellement plus grand que Rogue, mais des années de quidditch au compteur lui donnaient un maintien dont le potionniste, courbé et voûté en permanence, n'aurait jamais pu que rêver. De ses quelques centimètres de hauteur, il toisa Rogue avec la plus grande froideur.

« Et moi à celui que tu offriras, quand les Mangemorts t'auront utilisé jusqu'à l'os. Quand tu seras aux abois après avoir compris qu'un sang-mêlé ne saurait jamais être accepté parmi eux… Tu crois les connaître mieux que moi, Rogue, mais c'est faux. Je suis dans ce monde de sang-pur, et toi, tu as vécu en milieu moldu toute ton enfance. Les grandes familles du monde magique n'ont rien à faire d'une demi-portion. Quand ils s'en rendront compte, tu auras perdu tout ce qui comptait à tes yeux… tout ce que tu chérissais, pour de la poudre aux yeux. »

Sans se départir de son sourire mutin, James lui tapota l'épaule avec condescendance. Rogue se raidit de surprise sous le contact inattendu.

« Tu as raison, Snivellus, ça va devenir très divertissant. »

« Tu n'as – aucune, aucune – idée de ce dans quoi tu t'embarques. » reprit Rogue, les dents serrées d'humiliation. « Tu crois peut-être que vous allez valeureusement partir au combat, remporter une bataille facile et vous retrouver auréolés de gloire en un rien de temps ? Mais ouvre les yeux, Potter ! La vie n'est pas un match de quidditch. Le Seigneur des Ténèbres ne fait que progresser. Tu t'imagines que le plus dur est passé ? Il y aura plus de sacrifices à venir… »

« De ton côté, c'est certain. Je vais te dire un truc : je ne comprends même pas pourquoi tu es allé te fourrer là-dedans. C'est vrai, je ne peux pas prédire la victoire de Dumbledore sur ton seigneur à la noix… mais franchement, si je devais parier sur celui d'entre nous qui s'en sortira le mieux… Tu as déjà perdu, Rogue. »

Avec un soupir de satisfaction, James le dépassa dans l'optique de retourner à la tour de Gryffondor.

« Tu ne lui rends pas service, tu sais ! » le héla Rogue. « S'ils décident d'exécuter une autre née-moldue pour l'exemple… ce sera Lily Evans, sans cesse pendue au cou d'un sang-pur qui dilapide son héritage et méprise les traditions ancestrales. »

James gela sur place et exécuta un tour sur lui-même. Soudainement furieux, il rejoignit Rogue à grandes enjambées et s'arrêta si proche de lui que le Serpentard, soucieux de ne reconnaître aucune faiblesse, dut lutter pour ne pas reculer. Le Gryffondor se sentait irradier de rage, et il était sûr que son adversaire sentait son souffle se déposer sur son visage.

« Tu peux dire à tes amis encagoulés que c'est cause perdue. Lily sera une excellente combattante, et je souhaite bon courage à quiconque essaiera de lui faire du mal. Mais si jamais vous deviez la coincer avec vos méthodes tordues… Que Merlin m'en soit témoin, je serai là. Il faudra me passer sur le corps pour l'atteindre ! Jamais, jamais je ne la laisserai tomber. Et je ne serai pas seul : nos amis, nos alliés seront là pour la défendre. On vous attend. »

« Ton arrogance ne vous sauvera pas quand le Seigneur des Ténèbres… » vociféra Rogue, mais James leva la main pour ordonner le silence.

« Je n'ai pas fini. En ce qui te concerne, Snivellus, je vais être très clair : arrête. Arrête de lui tourner autour, cesse de lui parler, ne pense même pas à elle. À partir de maintenant tu peux bien faire comme si elle n'existait plus, compris ? »

« C'est ce que tu prétends… Tu ne sais rien de ce qu'on a partagé avant que tu arrives. » D'un mouvement sec qui prit James de court, Rogue dégaina sa baguette et l'enfonça dans la peau située entre son cou et sa mâchoire, près de la jugulaire. « Maintenant, recule. »

Surprenant son adversaire à son tour, James pencha la tête en arrière et laissa échapper un éclat de rire. « On pourrait se battre. Ça fait des années que j'en rêve, tu sais ? Toi et moi, juste toi et moi, pour que ça s'arrête enfin. Je te jure que ça me démange, je sens ma baguette qui vibre à la seule idée de te filer une raclée. Si tu me lances un sort, je serais obligé de rétorquer, mais… » Haussant les épaules, il sourit à son adversaire. « … Si on se battait, Lily serait bouleversée. Et ça, je n'y tiens pas particulièrement. »

Lentement, il tendit le cou en arrière, laissant l'opportunité à Rogue de retirer sa propre baguette. Son ennemi la laissa retomber le long de son corps, et la tension sembla redescendre, lorsque…

« Quand je pense que le populaire James Potter se met dans tous ses états pour une sang-de-bourbe… »

Le maléfice cuisant partit tout seul. Rogue se protégea à l'aide d'un sortilège du bouclier et répliqua par un coup de poing magique. James l'évita mais se cogna à une armure : son bloque-jambe fracassa une lampe à huile qui répandit ses débris sur Rogue. Celui-ci lança un sortilège que James ne reconnut pas mais qui ricocha sur un tableau, faisant fuir ses occupants, avant de se dissoudre dans les airs avec un bruit explosif. James brandit sa baguette et envoya Rogue taper contre le mur derrière lui. Le Serpentard s'effondra sans grâce sur le sol. Haletant, il observa son rival qui essayait de se remettre debout, ses cheveux noirs et graisseux cachant la majeure partie de son visage. Par Merlin, qu'il était pathétique… perdu dans ses contradictions, il avait perdu la fille qu'il aimait pour satisfaire des crétins qui ne se soucieraient jamais véritablement de lui… c'était si ridicule, si lamentable…

« Tu crois… tu crois… » grogna Rogue qui avait quelques difficultés à se remettre debout.

« Je crois quoi ? » s'impatienta James.

Rogue fut parcouru par un éclat de rire sans joie. « … qu'elle t'aime vraiment ? Si tu savais à quel point elle te déteste… à quel point on s'est moqué de toi… pendant toutes ces années… »

James resta songeur pendant une fraction de seconde. Bien sûr, rétrospectivement, il ne tirait aucune gloire de toutes les fois où Lily et lui s'étaient véritablement écharpés. En fait, il ressentait une douloureuse pointe au cœur au souvenir de Lily lui hurlant son dégoût à maintes reprises, sérieuse et sincère et fidèle à elle-même… Toutefois, tous ces enfantillages appartenaient au passé. Ils ne s'étaient pas encore dit qu'ils s'aimaient, même si lui avait eu du mal à tenir sa langue. Rétrospectivement, il jugeait s'être livré plus qu'il ne l'aurait dû, mais… Mais encore la veille, elle s'était donnée à lui d'une façon – ardente et tendre et passionnée et attentive et audacieuse – dont il était à peu près sûr qu'elle signifiait quelque chose. Et au-delà des nuits passées ensemble…
Les fous rires et les larmes, les cauchemars et les souvenirs, les secrets et les discussions auprès du feu et les projets d'avenir et les craintes échangées… Il était certain que Lily n'avait pas partagé la moindre miette de tout cela avec Severus Rogue depuis des années.
En revanche, elle avait bel et bien consacré des heures, des journées et des nuits entières à tisser ces liens avec lui. Il mesurait désormais sa chance, et en chérissait chaque seconde.

« Tu as peut-être réussi ton petit numéro de charme, mais attends qu'elle se réveille, et tu verras ! Elle sait ce que tu es vraiment. » cracha Rogue.

« Et pourtant, c'est bien dans mon lit qu'elle passe ses nuits. » répliqua calmement James avant de tourner les talons.

Il avait à peine fait deux pas que le maléfice siffla à ses oreilles.

« Sectumsempra ! »


Potter trébucha et s'effondra presque aussitôt, hoquetant du sang contre l'épais tapis qui assourdissait le son de son agonie. Avec une infinie lenteur, Severus acheva de se relever et marcha jusqu'au corps de son ennemi. Ses lunettes avaient glissé dans la chute et Severus les contourna pour faire face au visage barbouillé de sang. Visage tant abhorré… Du bout du pied, il fit basculer Potter sur le dos. Son pull était maculé de sang.

Le maléfice ne prendrait pas plus de quelques minutes pour faire effet. Potter éructa quelque chose qui se perdit dans une petite flaque écarlate coulant le long de son menton. Sa main tendue tressautait et Severus n'aurait su dire s'il était encore en mesure de le supplier ou s'il s'agissait d'un simple réflexe nerveux… Sa haine l'avait rattrapé, il avait enfin infligé à Potter ce qu'il méritait, et pourtant il se sentait étrangement calme, bizarrement vide, tandis qu'il se formulait la suite des opérations. Rejoindre la salle commune – rassembler les quelques affaires qui lui importaient et son précieux manuel de potions transformé en carnet de notes l'année précédente – quitter le château par le parc, utiliser le passage du saule cogneur, s'aventurer dans la cabane qui ne risquait rien en cette nuit de lune croissante – parvenir au village, transplaner jusque chez les Lestrange…

On trouverait Potter bien assez vite. On mettrait cela sur le compte des autres incidents pro-sang-pur… quelle tête ferait ce crétin de Black en découvrant le cadavre de son meilleur ami… et que feraient ces suiveurs de Lupin et Pettigrow une fois leur meneur, leur tyran six pieds sous terre ? Et Lily, accourant derrière eux, les larmes coulant sur ses joues comme il l'avait vue à l'enterrement de ses parents…

Lily.

Ce fut comme si le vide qui le rongeait venait d'être comblé.
Le calme s'évapora aussitôt, la fébrilité et le doute recommencèrent à le consumer. Bientôt, il aurait tué quelqu'un. Et ce serait bien différent de ce que Regulus avait fait sans le vouloir, en déposant simplement l'hebona dans la salle à gorgones pour découvrir quelques heures plus tard qu'un garçon de onze ans avait ingéré le produit. Ce serait bien différent de se réveiller en apprenant que la cible qu'on lui avait indiquée, et qu'il avait cherché à empoisonner froidement, méthodiquement, sans poser de question, avait miraculeusement survécu.
D'ici quelques infimes instants, Potter cesserait de trembler. Bientôt il aurait commis un meurtre, il aurait tué Potter…

Et jamais Lily ne lui pardonnerait.

Bien fait pour elle ! La traîtresse avait choisi de se corrompre avec leur pire ennemi, et surtout – sa poitrine se serra à cette pensée – elle avait livré son secret à Dumbledore. Quelques heures seulement après l'incident dans les cachots de Slughorn, il s'était fait convoquer. Le vieux mage lui avait tenu la jambe pendant une bonne heure, et il se savait surveillé jusqu'à la fin de l'année scolaire. Elle avait fui, elle s'était obstinée dans son refus de lui parler, juste pour se réfugier sous la protection de leur directeur… la Lily d'antan, celle qui buvait ses paroles et bravait le règlement pour réaliser des potions interdites avec lui, cette Lily appartenait au passé.

Le Seigneur des Ténèbres paraissait si fort, invincible… mais d'autres avaient essayé avant lui et s'étaient laissés désarçonner par des mages plus forts encore. Si un jour son tatouage cessait de brûler, si tout s'écroulait, et que Lily avait malgré tout survécu…
S'il perdait tout, tout, sauf elle…

Saisi de panique, il s'agenouilla au-dessus de Potter et sonda son flux d'énergie vitale.

« Allez ! » grogna-t-il entre ses dents serrées. Enfin, ses doigts brûlèrent : il venait de trouver le flux. Tout en se répétant qu'il le regretterait à coup sûr, il lança un contre-sort de magie blanche. « Vulnera sanentur… vulnera sanentur… » mais le pouls de Potter continuait de ralentir et il le lui administra une seconde fois…

« Qu'est-ce que… JAMES ! »

Remus Lupin accourut et se jeta sur le sol à leurs côtés, visage blême et traits tirés.

« Qu'est-ce que tu lui fais ? » cria-t-il à l'adresse de Rogue, prêt à arrêter les gestes qu'effectuait le Serpentard au-dessus de la poitrine de son ami.

« Je le sauve ! » rugit celui-ci, ce qui calma instantanément Lupin. Il répéta une nouvelle fois le contre-sort et le sang sembla coaguler d'un coup sur Potter qui perdit totalement connaissance. « Infirmerie. » souffla-t-il, la respiration saccadée. Il fit apparaître une civière et la garda en lévitation tandis que Lupin hissait Potter et l'allongeait dessus. Ensemble, ils se précipitèrent à l'infirmerie où se trouvait heureusement Pomfresh.

« Qui a lancé le maléfice ? » grinça la guérisseuse entre ses dents. Ses mains avaient déchiré la chemise de Potter pour appliquer de larges quantités de dictame sur la poitrine déchirée de larges entailles pourpres.

Lupin lança un regard en coin à Rogue. Celui-ci ne cilla pas.

« Il était déjà comme ça quand je l'ai trouvé. » prétendit-il.

« Vraiment ? » souffla Lupin sans le quitter des yeux.

« Le sort de guérison a bien aidé. Si vous n'aviez pas été là, il serait déjà mort. Mais j'aimerais bien savoir qui a eu l'audace de lancer un tel sort dans cette école. C'est inacceptable ! » s'exclama Pomfresh, hors d'elle.

« Tu t'es fait mal, Rogue ? » demanda soudainement Lupin. « Ton cou… »

Severus passa une main nerveuse sur sa nuque, gonflée et endolorie sous ses doigts. Il se pencha pour apparaître dans le reflet d'un miroir médical : un large hématome violacé s'étendait à l'endroit où il avait heurté le mur.

« Ce n'est rien. »

Remus croisa ses bras sur son torse et le dévisagea avec antipathie. « Tu te l'es fait avant ou après avoir trouvé James ? »

« Mêle-toi de tes affaires, Lupin ! »

Nous sommes quittes, songea-t-il avec rancune en fixant le visage pâle de Potter. Ce sale type avait amené le maléfice sur lui par son arrogance, sa prétention, sa laideur d'âme, son hypocrisie – comment osait-il jouer les preux chevaliers et parler de Lily de cette manière… il avait mérité de recevoir la monnaie de sa pièce. Severus l'avait sauvé – il aurait très bien pu le laisser ainsi, à se noyer dans son propre sang, seul dans un couloir isolé…
Mais il l'avait sauvé, pour sauver sa peau, comme Potter avait sauvé la sienne un an auparavant en l'éloignant à temps des griffes du loup-garou… il lui avait sauvé la vie, ils étaient quittes, et Severus serait libre d'achever le travail sans scrupule le jour où il tomberait sur lui, masqué et encapuchonné et missionné pour tuer ceux qui se dressaient sur son chemin.

Nous sommes quittes, et désormais, Lily peut bien aller au diable si ça lui chante.

Pourquoi, pourquoi ces mots sonnaient si mensongers… ?


« Cinq minutes. » avertit Pomfresh en leur présentant sa main tendue comme pour les inviter à compter ses doigts.

« Vous nous connaissez, on abuse rarement. »

La guérisseuse détailla longuement Sirius des pieds à la tête. Elle fronça le nez, puis repartit vers son bureau en grommelant une parole inintelligible sur les années de jeunesse envolées qu'elle ne pourrait jamais plus récupérer.

« Circé toute puissante, enfin ! » s'exclama James en lançant le mensuel de métamorphose au pied de son lit. « Je m'ennuie à mourir, mais Pomfresh n'a pas de philtre pour ça. Hé… »

Le visage du jeune homme s'illumina tandis que Lily s'asseyait sur son rebord de lit et déposait un baiser sonore dans le creux de son cou.

« Qu'est-ce qu'elle dit, pour tes blessures ? »

« Oh, ça ? Des égratignures. » certifia le préfet-en-chef. « Elle me libérera demain matin. J'ai presque plus mal, si ça tenait qu'à moi je serais déjà sorti… »

« Tu ne te rappelles toujours de rien ? » s'enquit Peter.

James hocha négativement la tête et leur adressa un sourire navré. « On m'a attaqué de dos. Je me rappelle tomber par terre, puis plus rien. »

Sirius tapa affectueusement dans le dos de Remus. « Une chance que Lunard ait été dans le coin… Qui sait ce qui se serait passé, sinon. » marmonna-t-il, une ombre inquiète volant furtivement sur son visage.

Un silence pesant s'installa. Ils savaient pertinemment ce qui serait arrivé sans l'intervention miraculeuse de Remus : James se serait vidé de son sang. Ses doigts plongés dans les boucles brunes, Lily ferma les yeux et posa ses lèvres sur le front du convalescent, célébrant muettement le fait qu'il soit encore en vie.

« Votre potion, Mr. Potter. » annonça Pomfresh en laissant un verre rempli de liquide vert menthe sur le bord de sa table de chevet. « Cul-sec, l'effet sera amoindri si vous le sirotez. »

Lily fronça les sourcils. « Une potion antalgique ? Je croyais que tu ne souffrais plus… »

« Tu connais Pom-pom… Plus vite je m'exécute, plus vite je sortirai. »

« Alors tu n'as plus mal ? » demanda-t-elle, dubitative. Et comme James assurait que non, plus du tout, il ne s'agissait que de broutilles, elle appuya légèrement son index sur sa poitrine. « Même si je fais ça ? » La grimace que le blessé essaya tant bien que mal de réprimer fit rire les trois Maraudeurs.

« Par précaution, on va quand même éviter. » avoua-t-il, saisissant doucement le poignet de la sorcière pour l'empêcher d'accroître ses souffrances.

« C'est quand même fou. Que quelqu'un attaque un sang-pur aussi violemment, sans crier gare… » fit pensivement Peter. « Ça doit partir des Serpentard, tu n'es pas vraiment apprécié là-bas. On pourrait peut-être mener l'enquête ? Trouver le coupable et lui faire payer, à l'ancienne ? »

« Si vous trouvez le coupable, surtout appelez-moi. J'aimerais lui dire deux mots. » gronda Lily, ses yeux brillant de fureur contenue. « Préfète-en-chef ou pas… »

« Tentant. » admit James, amusé par les réactions revanchardes de ceux qu'il aimait. « Mais je ne crois pas que ça vaille la peine… les examens auront lieu dans quelques semaines seulement, et la direction est sur le coup. Et puis, ce n'est pas comme si quoi que ce soit qu'on ait tenté cette année avait fonctionné. »

« J'ai fait arrêter Mulciber… » protesta Sirius.

« … Qui a été libéré par les Mangemorts. Et ça n'a pas empêché les empoisonnements qui ont eu lieu ensuite. C'est pour ça que pendant que je suis coincé ici, il ne faut sous aucun prétexte que toi – il se tourna vers Lily – tu te déplaces sans surveillance. Je sais que la sûreté de Poudlard est censée être proverbiale, mais c'est précisément tout ce à quoi elle se résume aujourd'hui… un bête proverbe. On ne peut plus avoir confiance comme autrefois. »

« T'inquiète, Cornedrue. Je la quitte pas des yeux. » promit Sirius.

« Je suis sérieux, Patmol. Tant que Pomfresh me séquestre, il faut que quelqu'un veille au grain… »

« Sois tranquille, il m'escorte en permanence. » s'agaça Lily. « Il a même créé une petite panique dans les toilettes des filles. »

« Un attroupement. » corrigea Sirius en rejetant ses cheveux en arrière. « Désolé d'être si populaire. Tu sais, Mimi Geignarde est la preuve viv… la preuve morte qu'on n'est à l'abri nulle part. Je prends juste ma tâche très au sérieux. »

« En parlant de ça… » déclara Lily en regardant sa montre. « C'est l'heure du club de défense. On repassera après le dîner. » jura-t-elle en piquant un baiser léger sur les lèvres de James. « En attendant, sois sage et cicatrise-nous tout ça. »

Malicieusement, il glissa sa main autour du cou de la jeune fille pour l'empêcher de s'écarter trop vite. « Tu m'as confié une fois avoir un faible pour les hommes bardés de cicatrices. J'espère que tu te réjouis de me voir prendre le chemin d'Alastor Maugrey… »

« Préserve tout de même ce minois. Désolée de te l'apprendre, mais sans lui, tu n'es plus grand-chose. »

Riant contre sa bouche, il alanguit le court baiser qu'ils venaient de partager.

Patientant dans l'encadrement de la porte, Sirius les interpella : « Eurk, il y a des auberges pour ça ! »

« Remus ? Tu viens pas ? » s'étonna Peter.

« J'ai un truc à demander à Pomfresh. »

Peter ferma la porte alors que Sirius et Lily envoyaient dramatiquement des baisers volés à James qui rit de leur attitude. Tandis que leurs pas s'éloignaient dans le couloir, Remus dévisagea le blessé avec solennité.

« Tu campes sur tes positions ? »

James poussa un soupir d'inconfort en retapant son oreiller, et se laissa tomber dessus en grimaçant.

« Yep. Tu pourras garder le secret ? »

« Evidemment. Mais tu te rends compte que tu as de quoi inculper Severus Rogue… et que tu ne le fais pas ? L'année dernière, tu te serais rué sur l'occasion. »

« Oh, rassure-toi. Je n'ai pas l'intention de le protéger. Mais s'il a pris la marque, on se recroisera bientôt. Quand je serai dans… dans peu importe ce qu'organise Dumbledore, et que Rogue aura officiellement rejoint le club des tatoués à cagoules, on se retrouvera à un moment ou à un autre. Il ne perd rien pour attendre. »

« Mais s'il attaquait quelqu'un d'autre… »

« Ça m'étonnerait. Cette fois, c'était strictement personnel. Il se fiche que je sois traître à mon sang. Ça ne l'intéresse pas plus que Lily soit née-moldue, d'ailleurs. »

« Tu crois qu'il… » Remus hésita. « … qu'il est amoureux d'elle ? Parce que si c'est le cas, il a une drôle manière de le montrer… »

James eut l'air aussi dégoûté que s'il avait croqué dans une dragée au goût de détritus. « Je crois plutôt qu'il fait une espèce fixette sur elle. Ce type est dérangé… Quand je suis revenu à moi, j'ai d'abord eu très envie de révéler l'identité du fils de troll qui m'avait lancé le maléfice. Mais ensuite j'ai réalisé que ça ne servirait à rien. Sirius serait parti en vendetta, et on l'aurait probablement expulsé à l'heure qu'il est. Si près de la fin, ce serait dommage. Quant à Lily, elle est déjà effondrée à l'idée que son ancien meilleur ami ait vendu son âme au diable… il ne lui reste presque rien de son enfance, je n'ai pas envie de rajouter du sel sur la plaie. »

Après un moment de réflexion, Remus fit signe qu'il comprenait.

« Je respecte ta décision. Après tout, il t'a attaqué, mais il t'a aussi sauvé dans la foulée. C'était tellement étrange… »

« Hm… »

Il ne savait pas exactement pourquoi Rogue avait changé d'avis : avait-il craint de se faire prendre, d'être attrapé par les Aurors, de ne pas terminer ses études normalement ? Est-ce qu'il l'avait sauvé par crainte de perdre à jamais Lily Evans ? Ou est-ce que James surestimait les sentiments de ce monstre de sang-froid qui l'aurait laissé exsangue à même le sol, s'il n'avait pas été rattrapé par une ultime étincelle de… de quoi, exactement ? Il se rappelait parfaitement le visage de Rogue penché sur lui, contemplant son agonie avec délectation…

James passa la paume de sa main sur le bandage qui recouvrait la large entaille sur sa clavicule. « Crois-moi… Ce n'est que partie remise. »


(1) MAGical and International Cooperation, un mélange entre les concours des hautes administrations, ceux du Quai d'Orsay, vous voyez le genre !


J'avais prévenu que les allergiques à la niaiserie feraient mieux de passer ce chapitre !
J'espère que ça vous a tout de même plu.

Encore une fois, je suis vraiment désolée pour le rythme de publication...
Autant vous dire que la seule manière d'accélérer les choses serait de trouver quelqu'un pour venir faire le ménage au café ou la compta après m'avoir enchaînée à mon ordi, mais sans accès à mes mails. (Voilà voilà... Un-e volontaire ?)

Blague à part, n'ayez crainte, je finirai cette histoire, il est hors de question que j'abandonne si près du but… c'est juste que les journées ne font que vingt-quatre heures, qu'on n'a toujours pas inventé de retourneur de temps, et que parfois mon corps réclame ce truc bizarre mais indispensable qui s'appelle sommeil (tandis que ma comptable me demande de rester à jour sur mes factures)(et que mes clients demandent d'être servis)(et mes employés demandent à être payés)(vous voyez l'idée, je suis légèrement très beaucoup sollicitée)

MERCI de lire, d'être toujours présents, de commenter.
Hâte d'avoir vos impressions, sur ce chapitre en particulier, puisque c'est la première fois que j'écris un truc aussi romanesque !

Les reviews ralentissent le réchauffement climatique et sauvent des bébés loutres, laissez-en ! A bientôt !