Disclaimer : Rien ne m'appartient (à part quelques personnages de mon invention), je ne touche pas une noise en écrivant cette histoire !
Avertissement : T
Note : Oui, ça fait cinq ans que je repousse ce dernier chapitre. Mais « mieux vaut tard que jamais » est une de mes expressions toutes faites préférées :) Au moins, on aura fait durer le plaisir…
Un GRAND merci à Danao pour ton retour ! ça m'émeut beaucoup de vous retrouver des années après, moi aussi ! J'espère que la fin te plaira.

N'hésitez pas à laisser une review, ça me fait grandement plaisir et me rassure :)

Chapitre 27 : De cendre, de magie et de sang

« Frank ! Frank ! » James, Sirius, Peter, mais aussi Marlene et Frank se tournèrent pour apercevoir, en bout de rangée, les parents d'Alice leur adresser des mouvements de main frénétiques. « Où est Alice ? » s'enquit Mrs. Darlay, une ride d'inquiétude apparaissant sur son front.

« Je croyais qu'elle était avec vous. » avoua le jeune homme en se grattant l'arrière du crâne.

« Elle avait rendez-vous chez Guipure. J'espère qu'ils ne me l'ont pas mise en retard. » se plaignit la sorcière tandis que son mari faisait se lever toute la rangée devant eux pour accéder aux deux sièges libres qui se trouvaient devant Frank.

« Oh, elle arrivera cinq minutes après le début, mais elle arrivera quand même. » assura Marlene avec confiance, ce qui provoqua les ricanements des trois maraudeurs quelques mètres derrière elle. En sept ans de cohabitation, la ponctualité inexistante de leur camarade était devenue légendaire.

« En revanche, je me demande ce que fait ta chère et tendre. » nota Sirius en jetant un oeil sur la grande porte. Sirius et Peter continuaient de ricaner, mais James jeta un oeil à sa montre. En effet, ce passage aux toilettes traînait en longueur. S'était-elle perdue dans les méandres du Ministère ?
L'employé en charge de la garde des baguettes ferma les lourdes portes et disparut derrière. Alice et Lily devraient se faire remarquer en arrivant en décalé… Dans les premiers rangs, Marlene et Frank tournèrent leurs têtes aux alentours pour ne croiser que les regards désolés des parents d'Alice et de James. Les rumeurs des conversations s'éteignirent progressivement lorsqu'une petite toux s'éleva depuis l'estrade. Une minuscule sorcière vêtue de gris et d'un sers-tête rose bonbon, portait sur l'assemblée un oeil plein de jugement. Plus par politesse d'usage que par respect véritable de son charisme, l'audience finit par lui laisser la parole.

« Mesdames et messieurs les sorcières et les sorciers, merci de nous avoir rejoints aujourd'hui pour célébrer les valeurs du monde de la magie britannique, valeurs portées au quotidien par notre valeureuse brigade des Aurors de Grande-Bretagne. Garants de l'ordre, inébranlables applicateurs de la loi, chevaliers et chevalières du respect de la hiérarchie et de l'autorité, nos Aurors nous protègent chaque jour du chaos et du désordre. »

Un reniflement sonore se fit entendre au premier rang : Alastor Maugrey aurait sûrement préféré un autre choix de vocabulaire.

« Chaque année, seulement une poignée des meilleurs éléments de Poudlard peut se vanter d'intégrer le Ministère. » reprit la sorcière dont les yeux globuleux tombaient sur Maugrey à la façon d'un crapaud concentré sur une belle mouche. « La sélection se trouve encore plus draconienne lorsqu'il s'agit de rappeler nos citoyens et citoyennes magiques l'ordre et le règlement officiel. Aujourd'hui, c'est donc avec gravité et exigence que nous accueillons les nouvelles recrues qui répondront à la notion d'excellence, qu'ici, au Ministère, nous… »

« Expelliarmus ! »

Prise par surprise, Dolores Ombrage essaya de rattraper sa baguette, mais celle-ci lui avait déjà échappé pour atterrir dans la main d'une sorcière blonde habillée toute en noir qui arrivait depuis l'arrière-scène. Un maléfice emprisonna les mains d'Ombrage qui perdit l'équilibre et tomba au sol. Tout alla très vite : bien sûr, Maugrey avait tressailli dès la première syllabe du sortilège, mais un sort informulé l'avait ligoté et bâillonné. Le chef des Aurors tomba sur le sol : déjà ses jeunes ouailles tâchaient de le délivrer, mais sans succès. Des exclamations paniquées retentirent dans l'assistance, et de nombreuses personnes mirent instinctivement la main dans la poche intérieure ou au ceinturon qui gardait habituellement leur baguette : seulement pour se rappeler que celle-ci avait été confisquée à leur arrivée par le service de sécurité magique. Bien sûr, les Aurors officiels du premier rang s'étaient quasiment tous levés, mais ceux-là n'affichaient que davantage leur désarroi, similaire au reste de l'audience : leurs baguettes avaient été confisquées à l'entrée, comme pour les autres. Seul Maugrey avait été autorisé à garder la sienne, qui se trouvait hors d'accès, isolée par plusieurs centimètres de cordage. James et Sirius s'étaient presque cognés en cherchant vainement leurs baguettes respectives : comme les autres, ils réalisèrent le piège. James jeta un oeil partout autour de lui : la lumière ne semblait émaner de nulle part, comme souvent dans les lieux magiques qui se voulaient modernes. Pas de torches, pas de fontaine, pas de vent par les fenêtres… et il ne connaissait pas la magie de la pierre : c'était fichu pour se défendre avec la magie des éléments.

« Non mais je rêve ! » s'exclama Sirius, les yeux à nouveau rivés vers la scène.

James jeta un oeil : derrière la sorcière blonde, c'était Darren Warwick qui s'approchait d'un pas martial.

« Que personne ne bouge ! » cria la sorcière. « QUE PERSONNE NE BOUGE ! » répéta-t-elle en prenant en joue deux sorciers d'une cinquantaine d'années qui s'élançaient vers la scène depuis le troisième rang. « Stupéfix ! Stupéfix ! » Les deux hommes tombèrent au sol et du sang jaillit de leur chute, déclenchant des hurlements. « J'AI DIT : QUE PERSONNE NE BOUGE ! SILENCE ! »

La sorcière regarda l'assistance, le visage déformé par l'intensité haineuse de ce qu'elle ressentait.

« Hé ! Tu es Mary Doge, non ? » s'exclama un sorcier dans la foule. « Qu'est-ce que tu nous veux ? »

« Je ne parle pas en mon nom. » répondit-elle, la voix amplifiée par un sonorus informulé. « Depuis des siècles, les personnes sans-pouvoir subissent l'arrogance et la violence sorcière. Vous nous humiliez, nous appauvrissez et nous traquez. Vous nous appelez moldus, cracmols, traîtres à nos sang et autres injures. Vous nous cachez, nous méprisez, vous nous tuez. Mais nous ne nous laisserons plus faire. »

Tandis qu'elle prenait l'assemblée en joue, Warwick traçait à l'aide de sa baguette des formes sur le sol de l'estrade. Les pièces du puzzle se mettaient en place, et James sentit les poils se hérisser sur sa peau.

« Puisque vous ne pouvez utiliser la magie sans la pervertir, alors vous n'en êtes pas digne. » reprit Mary Doge.

« Warwick ! » appela James. Il ne connaissait pas la sorcière, mais peut-être que son second se laisserait plus facilement ramener à la raison. « Ce n'est pas ici que tu trouveras les pires d'entre-nous ! Les Londubat ont donné à la recherche médicale moldue l'année dernière ! Les Abbott… »
Mais la sorcière blonde l'interrompit et pointa sa baguette.

« Potter, c'est ça ? » Sans autre préambule, elle visa sa poitrine et lança des étincelles violettes qui le frappèrent en plein sur la zone restée douloureuse depuis l'échauffourée avec Rogue. James se plia en deux, immédiatement soutenu par Sirius. « HE ! Espèce de sale petite… » commença celui-ci, mais fut réduit au silence elle le visa à son tour. « Fermez-la, tous les deux. Hâte de te voir te débrouiller sans magie, Black, je suis sûre que ta mère appréciera… »

« Mais tout le monde sait que j'ai été banni de ma propre famille ! Ça n'a aucun sens ! » vociféra Sirius tandis que James regagnait son équilibre, encore pris de vertige.

« Il est l'heure de passer à la justice ! » s'exclama la sorcière avant de se tourner vers sa première victime. « Dolores Ombrage, vous êtes accusée d'avoir persécuté des Sans-Pouvoirs, de les avoir traqués et emprisonnés sans leur donner le droit à un procès équitable. Qu'avez-vous à dire pour votre défense ? »

« C'est intolérable ! » couina Ombrage. « Attendez un peu ! Attendez seulement que nos troupes vous rattrapent… » Les étincelles la frappèrent et la firent taire à son tour. Un mouvement du bras de Warwick fit apparaître un gigantesque chaudron au milieu de la figure qu'il avait conjurée sur le sol. Comme si son cerveau avançait plus vite que sa conscientisation des événements, James fut à nouveau parcouru d'un sentiment d'effroi extrême.

« Dolores Ombrage, nous vous déclarons inapte à pratiquer la magie et allons procéder à un retrait immédiat de vos pouvoirs. »

« C'est impossible. » siffla la sorcière. « N'importe quoi… »

« Oh, si, c'est possible. Nous connaissons le moyen de retirer ses pouvoirs à toute personne en ayant abusé. A genoux ! » cria la sorcière blonde. Ombrage obtempéra, paniquée et ne sachant que faire d'autre. « Tu vas payer pour tes crimes. L'heure du châtiment est arrivée. »

« En effet, l'heure du châtiment est arrivée. » répéta en échos une voix glaciale.

L'assemblée se tourna vers celui qui avait prononcé ces mots : depuis le fond de l'estrade mais également dans l'encadrement de la grande porte fermée quelques secondes auparavant, des dizaines de Mangemorts faisaient leur apparition. Sur la scène, Lord Voldemort défit sa capuche pour révéler son monstrueux visage. La panique qui s'ensuivit plongea définitivement la salle dans le chaos, mais le mage noir ne se troubla pas pour autant. D'un geste altier de la main, il força la salle au silence. Un seul index décharné en l'air, et tous se retrouvèrent pliés en deux, assaillis par un atroce bourdonnement retentissant à leurs oreilles.

« Expelliarmus ! » tenta la sorcière blonde qui tenait toujours Ombrage par le bras.
« Avada-kedavra. » siffla Voldemort.

L'éclair vert la toucha en pleine poitrine et elle tomba en avant, désarticulée. Des hurlements, des sanglots, des sorciers et des sorcières qui plongeaient au sol, protégeant leur enfant, leur épouse, leur conjoint. James et Sirius ne baissèrent pas l'échine mais reculèrent d'un même bond, heurtant leurs chaises qui tombèrent à la renverse derrière eux, tandis que Peter se protégeait instinctivement la figure de son bras droit, comme si son membre pouvait servir de casque de fortune. Tétanisée ou tremblotante, à terre ou sur le point de fuir, l'assemblée partageait la même terreur. « Reste calme. » se martela James à lui-même comme s'il s'agissait d'un mantra. D'un œil, il essaya d'évaluer leur nouvelle situation. Les Mangemorts avaient envahi la pièce. La scène grouillait de leur présence, et un cordon de sécurité s'était formé autour de la petite foule, bloquant toutes les issues de secours possibles. Sans baguette, la foule ne pouvait rien faire, même les professeurs de Poudlard au premier rang. Le corps de la sorcière blonde était traîné hors de la scène grâce au sortilège de lévitation de deux encagoulés, tandis que Warwick était fermement maintenu sur place - sûrement grâce à un sortilège d'imperium maintenu par les Mangemorts qui l'entouraient. Dolores Ombrage quant à elle, avait essayé de fuir mais un sbire de Voldemort maintenant une main ferme sur ses épaules, la contraignant à rester à genoux.

« Allons, allons ! » appela Lord Voldemort, d'une voix sans nulle doute augmentée par la magie. « Nous ne venons pas en ennemis, au contraire ! Nous vous libérons d'une engeance qui a trop de fois abusé de votre bonté et de votre indulgence. Leur sang est souillé et pourtant, ils souhaiteraient retirer leur magie des bons et honnêtes gens ? Quelle abomination ! »

L'assemblée devenait moins bruyante, figée dans sa terreur, nerveusement attentive aux propos du meurtrier dont le visage reptilien se fendait d'un sourire atroce peuplé de crocs pointus. « Mais je manque à l'étiquette ! Chères sorcières et sorciers, je me présente. Mon nom est Lord Voldemort, et je ne vis que pour servir. Il ne vous aura pas échappé que l'époque actuelle fait peser de nombreuses injustices sur notre communauté. Depuis des siècles, nous nous cachons et nous adaptons à une population qui ne possède pas le millième de nos capacités et prétend néanmoins nous pourchasser, nous nuire et nous imposer le bûcher ! Allons-nous les laisser faire ? »

Il reprit une inspiration presque animale et ses narines de serpent frétillèrent d'indignation.

« Hélas, des traîtres parmi nous répondent : oui, bien sûr ! Nous allons même leur prêter main forte ! Nous partagerons leurs lits, et leur ferons des enfants à qui nous léguerons nos fortunes ! Un tel héritage souillé par tant de folie… Une mise en perspective est nécessaire, ne croyez-vous pas ? »
Doucement, il s'était approché d'Ombrage qui fixait sur lui des yeux apeurés. Il la contempla de toute sa hauteur et recomposa un sourire.

« Êtes-vous de sang pur, Mrs. Ombrage ? »

La sorcière bégaya légèrement. « Je… j… oui, bien sûr. » assura-t-elle. « Notre lignée remonterait m… même à Salazar Serpentard lui-même ! » reprit-elle avec une assurance légèrement outrée.

Lord Voldemort fixa sur elle ses pupilles rouges comme s'il essayait de percer le mystère de ses pensées, mais elle ne détourna pas le regard. Puis lentement, il fit émerger une longue main d'un blanc translucide qu'il tendit à la sorcière. Celle-ci hésita un instant avant de la saisir et de se relever.

« Une membre plus qu'honorable de notre communauté. Une véritable magicienne, qui porte en elle le pouvoir d'un de nos héros les plus illustres, le génial Salazar Serpentard, persécuté en son temps pour avoir eu l'audace de pressentir notre déchéance collective ! » D'un geste ample, il désigna le cadavre de la sorcière blonde et Warwick emprisonné.
« Et ces brutes ont osé la menacer d'une telle torture ! Quelle honte. Rejoignez donc notre auditoire. »

Essayant tant bien que mal de composer une attitude qui ne trahissait pas la terreur, Ombrage s'exécuta et quitta la scène. Quand soudain, une voix indignée s'éleva de la foule. Elle émanait d'un sorcier moustachu d'une cinquantaine d'années au deuxième rang. Petit et trapu, son regard décidé trahissait une indicible colère.

« Mensonge ! » s'écria-t-il en fixant Voldemort dans les yeux. « Vous semez la mort et la terreur ! Vous ne souhaitez pas aider la communauté sorcière, vous la détruisez de l'intérieur… lorsque des personnes sans pouvoirs ou assimilées cèdent à la violence, vous êtes le véritable responsable qui se cache derrière leur désespoir ! »
L'assemblée retint son souffle, attendant les représailles. Mais Voldemort demeura parfaitement calme.

« Je comprends votre confusion. En vérité, je n'y suis pour rien. Ce sont nos dirigeants et nos médias qui nous divisent, depuis des décennies, des siècles, même. Tant de mauvaises décisions après d'autres mauvaises décisions… Votre colère est légitime, mais vous vous trompez d'ennemi. » En quelques pas, il descendit les marches de l'estrade, créant un mouvement de foule qui fuyait sur son chemin, et fit face à l'homme qui avait osé élever la voix. Voldemort posant une main sur l'épaule du dissident. Ce dernier laissa errer un regard sidéré sur les doigts blafards qui se pressaient contre lui, et James se demanda un instant si l'homme n'allait pas faire quelque chose de complètement stupide, comme mettre son poing dans la figure du mage noir : « Je comprends votre souffrance. » déclara ce dernier. « Votre nièce nous a quitté il y a peu. Le tragique incident de Pré-au-lard a produit des pertes immenses parmi nous. Mais savez-vous qui l'a provoqué ? Ces mêmes félons qui prenaient d'assaut la scène il y a quelques minutes. Nous n'avons fait que réagir, et essayer de les en empêcher. »

Les talents d'acteur du mage noir étaient impressionnants. Sa voix pleine de sollicitude, sa détresse quasiment palpable… La manipulation était parfaite. Et ce regard perçant qui semblait fouiller au fond de votre âme pour en découvrir les rouages secrets…

« Elle avait la vie devant elle et qui le lui a dérobé ? Des enfants gâtés qui refusent d'admettre que la magie est une substance sacrée avec laquelle il ne faut pas jouer. Des pauvres fous qui convoitent la place du maître alors que leurs capacités les amènent vers un autre destin. Quel terrible gâchis pour votre famille… »
Et l'homme moustachu baissa les yeux et se mit à sangloter. Voldemort pressa une dernière fois sa main contre son épaule et repartir tranquillement vers la scène. Ayant repris sa hauteur, il toisa la foule et son visage faussement compatissant se teinta à nouveau de colère farouche.

« Ils méritent votre colère et votre courroux. Ceux et celles qui ont abusé de votre confiance, pactisé avec l'ennemi. Qui pour satisfaire leurs caprices et leurs désirs dégénérés, ont fait passer des lois qui privilégient des créatures dépourvues de magie plutôt que nos membres méritants. Comme par exemple… vous, Catherine McKinnon. Rejoignez-moi sur scène, si vous l'osez. » La mère de Marlène était entourée de deux Mangemorts qui lui bloquaient le passage depuis leur arrivée. Aux mots de leur maître, ils la saisirent par le bras et l'entraînèrent vers la scène.

« Lâchez-moi. » se débâtit-elle. « Je peux marcher seule jusqu'à lui. » annonça-t-elle avec colère.

Mais ils maintinrent leur prise jusqu'à qu'elle et Voldemort soient face à face.

« Notre chère ancienne Ministre. » fit-il mine de la saluer. « Êtes-vous fière d'être une sorcière ? »

« Bien sûr. » répondit-elle la tête haute. « Mais nous semblons avoir des visions très différentes de ce que doit être la fierté d'une personne magique. »

« Manifestement. » siffla-t-il froidement. « Comme le prouvent vos politiques plus que molles qui ont permis aux autorités moldues de maintenir leur ascendance non-naturelle sur notre espèce. »

« Il n'existe qu'une seule espèce humaine. J'ai pour ambition que notre communauté puisse vivre en paix… »

« Faux ! » coupa Voldemort. « Ce sont les gens comme vous qui créent une guerre permanente. Si les moldus restaient à leur place, et si on le leur rappelait régulièrement, le monde serait véritablement paisible. Ce… ce métissage forcé amène le chaos ! Pourquoi résister ? Pourquoi maintenir vos mensonges ? Regardez notre assemblée. Regardez ! » ordonna-t-il plus sèchement, et McKinnon se contraignit à embrasser la salle du regard. « Ne méritent-ils pas la vérité ? Pourquoi leur cacher le but de vos politiques tordues ? Il suffit d'avouer. Le Ministère échoue depuis des siècles. Il est temps que les véritables sorciers et sorcières reprennent le pouvoir dont nous avons abusé depuis tant de temps. Faute avouée, à moitié pardonnée. Il est temps de sortir de ce cycle infernal. »

« Je… je… »

McKinnon se raidit. C'était presque imperceptible. S'il n'avait pas lui-même été victime et témoin du sortilège, James ne l'aurait pas remarqué. Mais McKinnon venait de recevoir un Imperum informulé de la part d'un Mangemort avoisinant, il en était certain. Et présentement, elle essayait de résister au maléfice.

« Je… je ne… »

Des larmes perlaient à ses yeux, son visage se déformait en une terrible grimace. On aurait pu croire qu'elle se trouvait simplement au bord de la crise de nerfs mais James savait quelle lutte infernale elle devait mener. Intérieurement, il la supplia de tenir bon.

« Avouez, Catherine. Avouez. »

« J-j-je… » et la digue céda. « Je me suis montrée indigne de mes pouvoirs magiques. J'avoue avoir pactisé avec les moldus au détriment de ma communauté qui m'a pourtant investi de cette si grande responsabilité. J'ai poursuivi une politique indéfendable. Et aujourd'hui, le fardeau est trop lourd. J… j-je… »

« Je vous entends. » l'encouragea Voldemort dans un sifflement qui causa à James un douloureux frisson. « Nous vous entendons. »

« Je… je souhaiterais… qu'on me punisse pour mon arrogance et qu'on me libère. » La tension se relâcha et la tête de McKinnon retomba sur sa poitrine suite à sa déclaration forcée qui avait hypnotisé la foule. D'un regard, James estima que la moitié ne comprenait plus rien aux confessions de leur ancienne Ministre, tandis que l'autre moitié partageait les mêmes soupçons que James.

« Merci d'avoir enfin fait preuve d'honnêteté après tant d'années de dissimulation. Ce poids était bien trop lourd à porter pour vous. Nous prenons le relais, Catherine. »
La sorcière tomba à genoux, défaite, sans qu'on puisse distinguer s'il s'agissait de son abdication ou d'un nouvel Imperum.

« Non ! Laissez-la ! » cria Marlene depuis le haut de la salle, mais Frank Londubat plaça une main sur sa bouche pour étouffer ses cris. Heureusement, Voldemort ne leur prêta pas attention.

Tandis que deux mangemorts faisaient avancer Catherine McKinnon vers l'estrade à violents coups de baguettes dans le dos, Voldemort grimpa les marches en véritable maître des lieux. Ses pupilles rougeoyantes tombèrent sur Warwick encore maintenu magiquement par deux Mangemorts. Le mage posa ses doigts squelettiques sur sa nuque, son col. Le médaillon familier à James apparut à son cou, libéré du col par Voldemort.

« Cher Cynog. Quel beau gâchis de sang parfaitement pur ! Enfin, tu auras eu le mérite de faire surgir un sortilège extrêmement intéressant. Vois-tu, comme toi, je crois aussi que certaines personnes ne méritent pas d'utiliser la magie qui coule dans leurs veines. Il est temps d'une épuration. Voyons voir si tout ce qu'on m'a raconté sur toi est vrai… et ensuite, nous testerons à nouveau tes petites astuces… sur toi. »

La main terrifiante du mage noir s'agita en l'air. L'étrange motif à huit branches dessiné sur le sol par Warwick se mit à reluire. « Catherine McKinnon… »
Les deux Mangemorts tirèrent la sorcière et la maintinrent de force à l'extrémité d'une des branches de l'intrigante marque.

« Tu as essayé de donner plus de droits à ceux qui volent les véritables sorciers ? Tu aurais dû rester à ta place, traîtresse à ton sang ! »
Le mage noir commença alors une étrange chorégraphie à l'aide ses bras. Le chaudron que Warwick avait fait apparaître commença à trembler. Le vent se lève, réalisa James, tétanisé. Comme si elle ne pesait pas plus qu'une plume, les Mangemorts avancèrent avec McKinnon et la soulevèrent afin de la faire rentrer dans le chaudron : la scène aurait été grotesque si l'assemblée n'avait pas été aussi effrayée. Voldemort arrêta un instant son étrange danse. Un coup de baguette en l'air réalisa une entaille sur son propre bras : un filet de sang d'un noir visqueux lévita jusqu'au chaudron et se répandit sur la sorcière. Puis, des filaments dorés s'échappèrent de la racine de ses cheveux… jusque-là plongée dans un état second, McKinnon commença à pousser des cris glaçants.

« Shhh… là, je vais juste récupérer tes pouvoirs, puisque tu en fais si peu cas… »

La scène était définitivement effrayante. Sirius, qui continuait de soutenir James encore légèrement plié sous la douleur, se pencha vers lui et chuchota :

« Qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on peut faire ? »

Mais James n'avait aucune idée. Depuis plusieurs minutes, il évaluait la salle, le nombre impressionnant de partisans de Voldemort qui bloquaient toutes issues et toutes possibilités de rébellion, les deux sorciers stupéfixés qui saignaient sur le sol de dalles marbrées, le cadavre de la meneuse des sans-pouvoirs disloqué sur le côté de l'estrade, Warwick immobilisé sur l'estrade, Catherine McKinnon qui subissait un terrible maléfice contre-nature dans le chaudron à taille humaine, Maugrey ligoté au sol (sans baguette, les apprentis Aurors tentaient de le libérer, mais les lianes magiques résistaient à leurs poignes musclées et leur responsable demeurait prisonnier en dépit de leurs efforts acharnés), Marlene en larmes qui se débattait contre l'étreinte protectrice de Frank Londubat, lequel demeurait aussi pâle et impuissant que James devait l'être actuellement… Un tableau chaotique, que Lord Voldemort dominait avec une froide décontraction. Et où était Lily ? Etait-elle tombée sur des Mangemorts pendant son absence ? Est-ce que son corps gisait quelque part dans les couloirs du Ministère, inerte et désarticulé comme celui de l'amie de Warwick ?
Voldemort ouvrit sa longue main blanche et squelettique, et James crut reconnaître un anneau sombre dans sa paume, un bijou quelconque. A l'aide de sa baguette, le mage noir amenait chaque goutte dorée qui constituait le pouvoir magique de Catherine McKinnon à remplir le bijou.

« Là, c'est fort bien. » déclara-t-il comme s'il encourageait une patiente qui prenait son traitement. « Ta magie sera entre de bonnes mains. Je m'en servirai avec honneur, celui des véritables sorciers. »

Puis, un gigantesque bruit d'explosion résonna et James crut devenir sourd. La porte de la salle avait implosé. De la poussière volait désormais partout. Les deux Mangemorts qui gardaient l'entrée se relevaient tant bien que mal des décombres, et bien que leurs tenues noires laissent moins apparaître leurs blessures à vif, ils paraissaient mal en point. Malheureusement, l'implosion avait également touché quelques civils qui s'effondraient, pleuraient, criaient de douleurs, dans la panique la plus totale.
James réalisa qu'instinctivement, Peter, Sirius et lui s'étaient accroupis derrière les sièges au moment de l'implosion. Peter gardait ses deux mains collées à ses oreilles - et James, qui retrouvait peu à peu son ouïe mais sentait un bourdonnement aigu se propager à droite de son crâne, ne pouvait que le comprendre. Avec un soulagement mêlé d'incrédulité, il réalisa qu'évidemment, Sirius au contraire semblait s'épanouir dans l'adversité. Comme si l'explosion avait miraculeusement épargné ses tympans, il gardait ses mains fermement d'un côté et de l'autre du torse de James.

« La cavalerie arrive ! » se réjouit-il. En effet, quelques Aurors, qui étaient certainement trop occupés pour assister à une stupide cérémonie d'accueil, avaient dû être mis au courant de l'attentat. Très vite, les sortilèges commencèrent à fuser entre les deux camps tandis que le reste de la foule se baissait à l'unisson, marchant pliés à quatre-vingt-dix degrés, à quatre pattes ou carrément en rampant pour espérer ne pas recevoir de maléfice collatéral. Abram McKinnon apparut au milieu des volutes de poussière et décocha un sort vers Lord Voldemort qui le dévia d'un mouvement nonchalant comme s'il s'était agi d'un agaçant moucheron.

« BAGUETTES ! »

Merlin merci ! Fabian Prewett se tenait à l'entrée de la salle, le coffre de sécurité magique ouvert à ses côtés. Les personnes les plus proches des portes se précipitèrent aussitôt : bien sûr, il n'était plus question de vérifier les papiers de vestiaire, et les gens fouillaient avec fébrilité pour retrouver leur bien. James observa Emma Prewett, plus proche du coffre que les trois Maraudeurs, regagner sa baguette ainsi qu'une autre qui ne lui appartenait pas : elle courra ensuite vers le premier rang pour la rendre au professeur Mercador. Frank Londubat cessa de serrer Marlene dans le but de l'empêcher de se précipiter vers sa mère, mais passa une main autour de ses épaules pour l'entraîner vers le coffre. Un cri de victoire du côté de Maugrey indiqua que le maléfice se défaisait enfin. Sur l'estrade, un cordon de sécurité de Mangemorts se dressait autour de Lord Voldemort.

« Les cheminées sont allumées, rentrez chez vous ! » répétait Fabian Prewett. Malheureusement, quelques Mangemorts continuaient de bloquer le passage. De nombreux sorciers et sorcières se retrouvaient coincés dans la salle, forcés de participer malgré eux au combat.

« Allez ! » s'exclama Sirius qui lâcha enfin James pour récupérer son dû. « Vite avant que quelqu'un se trompe et prenne nos baguettes à la place ! »

James s'apprêtait à l'imiter mais son regard se figea sur Peter qui respirait avec difficulté, les mains toujours vissées à ses oreilles pour les protéger du bruit.

« Queudver ! » appela-t-il. « Queudver ! »

Les yeux écarquillés de Peter se posèrent enfin sur lui.

« Ecoute-moi. Ça va aller. Mais il te faut ta baguette. Il faut qu'on se lève. Viens. »

Un sort perdu fusa entre eux deux et James sentit ses sourcils brûler très légèrement.

« Viens. »

Il saisit le bras de Peter et le força à avancer jusqu'au chariot. Une grosse partie de la foule avait réussi s'enfuir. Fabian Prewett s'était éloigné du coffre pour participer plus pleinement à la bataille. Sirius tendit leurs baguettes à ses amis - James soupira de soulagement en reconnaissant l'acajou familier contre sa peau.


Lily et Alice parvinrent devant une petite porte bleue qu'Alice poussa délicatement afin d'éviter tout bruit. Elle donnait accès à une coursive juste en-dessous du plafond, qui faisait tout le tour de la salle de réception. Un discours parvenait de l'estrade située plus bas, mais très vite, il devint manifeste qu'il ne s'agissait pas d'un discours officiel. Qu'est-ce que… Lily se retint à grand peine de formuler sa stupéfaction à voix haute. Tandis qu'elles progressaient sur la coursive afin d'atteindre l'étroit escalier en colimaçon qui mènerait vers l'arrière-scène, elle reconnut Darren et Mary Doge. Ils avaient manifestement pris le même chemin que lui avait montré Alice en les devançant de quelques minutes, pendant lesquelles elles avaient été confrontées aux Mangemorts. Elles se trouvaient à mi-chemin de la coursive lorsque le maléfice de mort fut prononcé par Lord Voldemort, créant une couche supplémentaire de chaos parmi la foule.

Elles se figèrent sur place : il était trop tard pour prévenir qui que ce soit. « Merlin tout puissant ! » murmura Alice. « On n'est pas de taille pour ça ! Si on descend, on va juste se faire tuer ! » Son expression d'ordinaire si candide allait de ses parents à Frank, piégés à l'étage du dessous.

Lily repéra James, Sirius et Peter au fond de la salle : au moins étaient-ils moins exposés que Marlene, mais la situation globale était extrêmement compromise.

« Fabian Prewett, Abram McKinnon, Albus Dumbledore, ne sont pas dans la salle. » énuméra Lily. « Il faut les mettre au courant. »
Elle ferma les yeux en essayant de chasser les millions de pensées angoissées qui la traversaient en cet instant-même. Elle conjura les souvenirs de nuits étoilées, les promenades avec son père, le rire cabot et contagieux de Sirius Black, la première bièraubeurre alcoolisée partagée avec Marlene. A chaque souffle, elle mettait à distance les pensées sombres. Elle exilait la mort galopante, le sentiment brûlant de manque, la bouche pleine de boue de Matt, les pierres tombales où s'inscrivaient les noms de ses parents. A chaque inspiration, elle invoquait les bras tièdes de sa mère, les siestes sur l'herbe tiédie du parc de Poudlard, les plaisanteries stupides de James et le délicieux vertige qu'il faisait naître dans tout son corps.

« Expecto Patronum. » La biche jaillit doucement, comme si elle avait compris qu'il ne fallait pas se faire repérer, et tourna ses grands yeux ourlés de longs cils vers sa créatrice.

« Deux attaques ont eu lieu au Ministère de la magie. Nous avons besoin d'aide. Porte ce message à Albus Dumbledore, s'il te plaît. »

La biche traversa le mur comme si la matière n'était rien.

« Impressionnant, Lily ! Je réussis mes patronus une fois sur deux - heureusement ça a marché pendant mes examens pour devenir apprentie Auror - bref, je vais essayer. » s'interrompit d'elle-même Alice.

Les deux sorcières se concentrèrent sur la seule tâche à leur portée : faire apparaître des Patroni et prévenir le maximum de personnes susceptibles de les aider. Mais les hurlements de Catherine McKinnon arrêtèrent leur progression. Alice serra instinctivement la main de Lily et elles s'approchèrent de la rambarde, pour découvrir le spectacle horrifique d'un retrait non-consenti de magie individuelle. « C'est monstrueux. » souffla Alice, les larmes se pressant au bord de ses paupières.

Lily demeura silencieuse. Elle repensa à Fortis, le livre intouchable, le livre maudit, à ses conversations sur les Cruxibes avec Mercador, et mordit la langue intérieurement. Avait-elle, bien malgré elle, facilité l'arrivée de cette nouvelle torture, de cette autre magie impardonnable que tous découvraient sous la main menaçante de Lord Voldemort ?

Mais l'attention portée à Catherine McKinnon qui se vidait de sa substance dorée, orbites creusés et cheveux blanchissant sous la puissance du sort, diminua lorsque la petite porte par laquelle elles étaient entrées s'ouvrit et laissa passer un Mangemort. Un sort orange les frôla de peu tandis qu'elles lançaient leurs propres sortilèges de stupéfixion - il les évita. Alors, une explosion retentit à l'étage inférieur et tous tombèrent sur le plancher vibrant de la coursive - Alice, Lily et Mangemort compris.
Poussière aveuglante, cris de fuite ou de combat, sorts de guerre emplirent l'atmosphère de la pièce, et aussi terrifiant cela était-il, les deux sorcières comprirent que leurs Patroni avaient mené leur tâche à bien.

« On descend ! » proposa Lily, davantage pour leur donner du courage, car évidemment Alice partageait la même intention et elles avancèrent main dans la main, pour garder l'équilibre, jusqu'à l'étroit escalier en colimaçon. « Oh, mais ça suffit, oui ! Impedimenta ! » Le sortilège d'entrave de Lily frappa enfin le Mangemort qui ne put venir à bien de son maléfice et buta contre la rambarde de la coursive, bras toujours levé. « Attends ! » Alice dirigea sa baguette vers le bas de sa robe et coupa une vingtaine de centimètres grâce à un sort de couture sauvage. « Note pour l'avenir : ne plus porter que des pantalons. » grommela-t-elle en entreprenant de descendre l'escalier de métal qui tremblait encore de l'explosion et vibrait à chaque sortilège lancé dans la pièce. Elles arrivèrent enfin sur l'estrade plongée en pleine apocalypse. Alice repéra immédiatement Frank et descendit les marches pour lui prêter main forte. Lily, quant à elle, se précipita auprès de Darren. Prostré sur le sol, le jeune homme ne parvenait pas à se relever. Peu importe les disputes passées, les malentendus, les divergences de point de vue : il serait temps de tirer les choses au clair plus tard. Pour le moment, il fallait le sortir de là.

« Tu peux t'accrocher à moi ? » Elle crut qu'il n'était plus en mesure de l'entendre, mais finalement son bras passa autour de sa taille.

Abraxas savait attendre le bon moment, mais sa patience avait ses limites. Il avait tenu sa part du contrat, s'était vêtu de noir de pied en cape, avait assisté au spectacle sons et couleurs de Voldemort. On l'avait chargé de maintenir le calme au fond de la salle, mais ses yeux restaient rivés sur la nuque brune et bouclée d'Adrianna Mercador. Lorsque l'implosion avait retenti, que les Aurors étaient arrivés, il avait néanmoins abandonné son poste. Peu lui importait, au fond, la réussite ou la défaite des Mangemorts. Cela ne le regardait que fort peu. Il traversa la salle d'un pas énergique, sans prêter attention aux cavalcades, fuites et combats au corps-à-corps qui avaient lieu autour de lui.
Sa main droite se referma sur la nuque d'Adrianna Mercador qu'il amena en arrière, tout contre son épaule, tandis que sa main gauche tordait son poignet afin de la désarmer : de surprise, la sorcière avala une goulée d'air et laissa échapper un étrange glapissement.

« Comme on se retrouve ! Rends-moi ce que tu m'as volé, immédiatement. »
« Elle ne l'a plus ! Vous perdez votre temps. Lâchez-la ! »

Il porta son regard sur la jeune sorcière aux longs cheveux blonds tressés en arrière. Il hésita à lancer un sortilège de mort pour s'en débarrasser le plus rapidement possible, mais quelque chose dans son regard lui indiqua qu'il ne s'agissait peut-être pas d'une ruse. Perdait-il son temps ? L'Horcruxe se trouvait-il dans d'autres mains ?

« Impero. Dis la vérité. »

Il fallait reconnaître un certain cran à la jeune sorcière : elle accepta l'imperium sans sourciller. « Elle ne l'a plus. Une prophétesse du POIDS le lui a dérobé cet hiver. Votre précieux médaillon se balade dans la nature. » De rage, il secoua Mercador dont le dos était toujours collé à sa poitrine. « Qu'as-tu fait, pauvre idiote ? Où est le médaillon, par tous les diables ?! » Refusant encore de croire ce qu'on venait de lui énoncer, il força les pensées de sa victime avec une telle brutalité que l'esprit de Mercador céda instantanément et lui livra ce qu'il désirait. Le médaillon luisait sur le cou du jeune homme au premier rang, celui qui avait tracé le pentagramme, celui que les Mangemorts avaient immobilisé jusqu'à ce que Voldemort lui apprenne une leçon…
Un dernier coup de baguette taillada la poitrine de Mercador qui s'effondra tandis qu'il reprenait son chemin vers l'estrade, sans plus aucune attention portée à la sorcière blonde qui poussait des cris d'angoisse, penchée sur le corps de celle qui lui avait causé tant de tort à lui, Abraxas Malfoy…
Il grimpa les quelques marches de l'estrade. Le garçon, si insignifiant, si stupide, essayait de s'éloigner, accroché misérablement à une sorcière rousse qui le traînait lentement vers la sortie.

« Dumbledore ! C'est Dumbledore ! » Du coin de l'oeil, il aperçut le fameux sorcier qui arrivait nimbé d'un halo argenté, mais il n'en avait cure. Il voulait atteindre le couple pathétique qui tentait de fuir, et régler ses comptes. Rien d'autre n'avait d'importance.

« Non, non, non ! »

Emma souleva la tunique de Mercador : le flanc saignait abondamment et elle lança un sortilège anti-hémorragique sans savoir à quel point cela aiderait ou non…

« Tiens bon, s'il te plaît tiens bon ! » implora Emma.

Mais la sorcière à terre saisit sa main qui ne tenait pas de baguette et l'amena vers son visage maculé de gouttelettes de sang. Ses yeux noirs brillaient de détermination à travers les perles pourpres qui tâchaient jusqu'à ses cils.

« Emma, s'il te plaît. Ne le laisse pas récupérer le médaillon. Ne le laisse pas. » Ses dents brillaient du rouge de son propre sang. Emma saisit l'urgence du ton et acheva un enchantement de cautérisation avant de se relever.

« Dumbledore ! C'est Dumbledore ! » Certes, le directeur de Poudlard venait d'apparaître dans l'encadrement de la porte, mais Abraxas progressait rapidement vers Lily et le sorcier qui les avait menacés avant que la situation ne se retourne contre lui.

« LILY ! »

Son cri porta parce qu'il fut doublé, au même moment et par un merveilleux concours de circonstances de la voix de James Potter qui se tenait à quelques mètres de chacune d'entre elles. Lily releva la tête vers eux deux, puis vers Malefoy qui s'avançait directement vers elle. « LE MÉDAILLON ! » cria Emma. « NE LE LAISSEZ PAS PRENDRE LE MÉDAILLON ! »

Une gigantesque vague de chaleur envahit alors la salle. Emma se retourna pour évaluer la situation et manqua de s'évanouir. Un feudeymon. Quelqu'un avait eu l'inconscience extrême de conjurer un feudeymon. Un rire maniaque s'éleva et elle reconnut Alice Darlay, Frank Londubat et Sirius Black fuyant les flammes avec une Mangemort parcourue d'une effroyable, infernale hilarité.
Il allait falloir quitter la pièce mais - le médaillon. Tous ceux qui restaient avaient eu le même réflexe qu'elle et s'étaient figés un instant pour réaliser l'ampleur de l'incendie. Lily profita de cette minuscule pause collective pour saisir l'objet dans son poing serré et - c'était sûrement stupide mais elle paraissait terriblement décidée - se mettre à courir vers le feu alors que tout le monde cherchait à s'en éloigner.
Elle choisit la diagonale la plus rapide pour parvenir à son but, et se retrouva pile entre Dumbledore et Voldemort.

« AVADA KEDAVRA ! »
« PROTEGO ! »
« STUPEFIX ! »

Le sort du bouclier de Dumbledore la protégea du terrible maléfice d'Abraxas Malfoy, son sort du stupéfixion combiné à celui de James dévia celui lancé par Voldemort en direction du directeur de Poudlard. Miraculeusement, Lily poursuivit sa course tandis que les sorts mortels rebondissaient sur le mobilier. Mais le feudeymon progressait à une vitesse galopante, et Emma comprit enfin le marathon délirant, absolument contre-intuitif de Lily Evans, vers le danger brûlant qui les menaçait tous.

Ce n'était pas un feu ordinaire, mais ce n'était pas non plus un médaillon ordinaire. Lily connaissait peu de choses sur le Feudeymon, si ce n'était qu'il s'agissait d'une matière maléfique et extrêmement instable qu'elle n'aurait jamais osé conjurer pour quelque prétexte que ce soit… Une matière au pouvoir de destruction gigantesque…

Elle se risqua à un dernier coup d'oeil en arrière. Abraxas Malefoy lui jeta un nouveau maléfice cependant encore une fois, le contresort de James le dévia de sa cible. Décidément, son amoureux faisait un excellent partenaire de combat. « Vous allez payer… » cracha le sorcier, ses longs cheveux gris flottant derrière lui. Mais Lily décida de ne plus lui prêter attention. A la place, elle chercha les yeux noirs d'Adriana Mercador. Cette dernière, gisant encore sur le sol, faisait passer son regard du collier à l'incendie qui les encerclait. Les deux sorcières se dévisagèrent et se comprirent : Lily suivait la bonne marche.
De toutes ses forces, elle lança l'objet dans les flammes où il scintilla un infime instant avant de se faire engloutir.

« NON ! » hurlèrent en même temps Darren et Malefoy. Mais déjà le bijou avait disparu. Une gerbe noire le fit imploser, projetant des volutes de goudron sombre et visqueux dans l'atmosphère. Malefoy poussa un hurlement de souffrance déchirant et ploya le genou, ses doigts noueux agrippant sa chemise à l'endroit du cœur. Des cheveux blancs semblables à des racines surgirent de son crâne, des rides creusèrent sa peau, des ongles terreux apparurent sur ses doigts soudain déformés…

Pendant deux minuscules secondes, l'esprit raisonné de Lily crut que la situation s'améliorait. Voldemort et Dumbledore se battaient dans l'atrium et les Mangemorts quittaient les lieux. Leur assaillant particulièrement retors se trouvait à terre dans un état plus que lamentable, et bizarrement, le feudeymon réchauffait moins la pièce, reculant petit à petit… D'ailleurs, elle avait presque froid désormais. Beaucoup trop froid… Le givre s'ajouta aux étouffantes poussières dans l'air, la lumière baissa, et elle comprit que le combat n'était pas du tout terminé.
Heureusement, James l'avait rattrapée - mais son expression affolée ne faisait que refléter sa propre angoisse.

« Croupton a lancé les détraqueurs sans nous prévenir, c'est de la folie ! »

Les créatures fondaient sur leurs pauvres victimes sans faire de distinction entre les troupes de Mangemorts, et ceux qui les combattaient. Une gigantesque fatigue la transperça du bout des orteils jusqu'à la racine des cheveux. Dieu merci, James restait près d'elle, inextinguible source de vitalité. Luttant contre le froid qui pénétrait ses os, elle essaya de se remémorer, comme sur la coursive, les plus beaux moments de son existence.

« Un souvenir heureux, Lily ! Maintenant ! »

Le jour où elle avait acheté sa baguette - le vol en balais par-dessus les tours de Poudlard - James apparaissant au fond du jardin des Lupin.

« Expecto Patronum ! » crièrent-ils en chœur. Le cerf et la biche s'élancèrent en avant pour s'évanouir deux mètres plus loin, fondant dans l'air face à la puissance mortifère de la horde de détraqueurs.

Autour d'eux, la température remonta sensiblement, tandis que les ombres en décomposition fuyaient vers le plafond. Mais sur l'estrade, une créature en haillons flottant s'approchait du cracmol dépossédé de ses récents pouvoirs, exténué, bras en croix sur le sol, déjà offert à son bourreau.
Les ongles de Lily s'enfoncèrent dans les avant-bras de James. Déjà le monstre avait resserré sa prise sur les épaules de Darren, ses doigts squelettiques creusant la peau du jeune homme.
Les prunelles de Cynog pâlirent tandis qu'une sorte de vapeur argentée se trouvait aspirée par la bouche sans lèvres ni fond. Le Détraqueur se gonfla comme s'il se déployait sous l'ampleur du délice. Au bout de son festin, il relâcha sa prise et l'enveloppe vide de Cynog Warwick tomba sur le sol, vide.

« Tu ne peux plus rien faire pour lui. Il faut s'en aller ! »
« Mais… »
« Ça s'effondre ! Ça s'effondre ! »

Ils parvinrent à quitter la salle juste avant que la coursive ne se détache dans un fracas épouvantable.


D'abord, l'obscurité l'envahit en même temps qu'une profonde lassitude. Puis tout lui revint en même temps : le service à thé de sa mère déposé sur de la triste dentelle, le regard dédaigneux de son père le jaugeant par-delà un ample mouvement de cape, la grande masure où il avait développé des jeux de sans-magie, de moins-que-rien. Même pas à la hauteur des elfes de maison qui accomplissaient des prouesses de magie en claquant des doigts avec aisance. Même pas digne du menu fretin. Tout l'envahissait à la fois. Le dégoût de lui-même. Le désir fragile de résister malgré tout. Les innombrables fuites en avant, enfant, adolescent, adulte. Son incapacité à faire sa vie sans révolte lui paraissait désormais d'une confondante absurdité. Tandis que tous les pans de son existence s'imposaient comme une seule et même goutte d'eau tombant sur sa langue asséchée, il ne remarquait que la souffrance. La sienne, bien sûr, mais aussi le tourment de ceux et celles qui l'avaient rejeté, méprisé, traqué. Plus rien n'avait de sens et déjà les noms et les visages s'émiettaient dans sa mémoire. Aucune injustice ne paraissait plus insupportable : elle avait été, voilà tout. Aucune fureur, aucun regret n'agitait plus ses veines. Enfin, il trouva la force de déglutir. Le vacarme cessa, et un grandiose changement de lumière transperça ses paupières pourtant closes. Un calme étrange et inédit s'était emparé de lui et il se demanda s'il n'allait pas rester comme ça à jamais. Finalement, il trouva la dernière impulsion nécessaire pour ouvrir les yeux.
Le ruisseau coulait à leurs pieds et la brise caressait l'herbe de la campagne anglaise. Darren étira ses bras et se rassit pour mieux observer la beauté du paysage. C'est là qu'il remarqua la sorcière aux boucles châtaines assise à ses côtés. Son visage était d'une grande beauté, et arborait des grains de beauté placés d'un trait exquis par la force créatrice dont elle était issue. Elle lui sourit avec tristesse.

« Suis-je… ? »

Eusebia acquiesça du chef. « Moi aussi, j'ai quitté le monde à un jeune âge. J'ai été imprudente, comme toi. C'est peut-être pour ça que ma magie s'est aussi bien répandue dans tes veines. Nous nous ressemblons plus qu'il n'y paraît, je crois. »

Dans un autre monde, il laissait plus de regrets et d'afflictions que de contentement.
Il trouva la force de répondre : « Ça n'a plus d'importance, maintenant. » Sa voix ne portait plus de contestation, de revendication. C'était un simple fait. Dans cette fraîche clairière, ses batailles passées se diluaient déjà dans l'oubli.
La femme se leva et épousseta sa robe, puis lui tendit une main pour le hisser à son tour. Il se laissa faire.

« Où va-t-on ? »
« Jusqu'au bout, Cynog. » répondit-elle en retroussant ses jupons. Ses pieds plongèrent dans l'eau fraîche du ruisseau et il la suivit. « Jusqu'au bout du chemin. »

Les rayons du soleil étaient aveuglants, mais il décida de les fixer jusqu'à ce qu'Eusebia cesse de lui montrer la route et le laisse poursuivre, seul, comme il avait vécu.


Severus avait mis du temps à apprivoiser le tournis du transplanage, mais sa volonté de contrôle avait triomphé de la nausée. Néanmoins, cette arrivée-là manqua de lui faire régurgiter le peu que contenait son estomac. Il n'avait même pas eu le temps d'apprécier leur sauvetage in-extremis que la désagréable sensation d'une baguette pointée sur sa carotide le fit déglutir difficilement. Haletant comme lui, Travers le dévisageait avec un dégoût bizarrement mélangée de satisfaction : Severus lui avait apporté la preuve sur plateau qu'il n'était pas des leurs, et s'il feignait l'outrage, Travers en ressentait sûrement un profond soulagement.

« Tu… tu as protégé une née-moldue ! » cracha Travers. « Bellatrix doutait, mais je ne la croyais pas. Et pourtant, tout à l'heure, à la fontaine, tu l'as laissée, tu… »
« Tu délires. »
« A d'autres. »
« Et tu saignes, tu es blessé. Il faut te soigner. »
Certes, le bout de sa baguette s'enfonçait dans la chair de Severus, mais Travers serrait de sa main baignée de pourpre une plaie ouverte à l'abdomen. Pâle, mal en point mais déterminé, Travers ne céda pas.
« Oh non, Rogue, non… c'est pour ça que la sang-de-bourbe était dehors, à l'écart du piège… c'est toi qui l'as avertie… on m'avait prévenu… des rumeurs… mais c'était vrai… »

Le cœur de Severus battait la chamade, mais il s'efforçait de rattraper son souffle, de calmer tout son organisme. Un faux-pas, et c'en était fini pour lui - une conclusion pathétique. Il avait encore tant à accomplir, et cet imbécile de Travers ne pourrait jamais comprendre.
Sans relâcher sa baguette, Travers éclata de rire, la tête tendue en arrière. « C'est à mourir de rire… toi qui prends tellement de soin à te donner de grands airs ! On a l'impression que rien ne pourrait t'atteindre. Attends que notre Seigneur sache ce qu'il en est vraiment ! Attends que Bellatrix l'apprenne ! Severus Rogue qui désobéit aux ordres pour protéger une sang-de-bourbe, quel affront. Ils feront de ta mort un exemple… et ensuite, ils s'en prendront à elle. »
Alors, il lui fallait agir maintenant. Un dixième de seconde, un infime moment que Travers perdit à chercher quelle insulte, quelle menace percutante il pourrait à nouveau proférer. Telle une mauvaise plante, Severus avait survécu à la violence de son père grâce à son hyper-vigilance. Un dixième de seconde, c'était tout ce dont il avait besoin - surtout si son adversaire était ivre mort, ou se vidait de son propre sang…

« Expelliarmus ! »
« St… stupefix ! »

Mais Travers, le bras contre son flanc pour empêcher le sang de couler, était trop lent, et Severus était meilleur. Il ne fallait pas que son secret s'ébruite. Il en mourrait, et Lily aussi. S'il devait la protéger, le calcul était simple.

« Avada kedavra ! » Travers glissa presque dans ses bras, ses dernières forces l'abandonnant définitivement. On aurait presque dit que le maléfice de mort l'avait libéré de la tension de la survie. Severus s'accroupit par à-coup, entraîné par la gravité du cadavre rappelé vers le sol. Le visage de Travers glissa sur son épaule et instinctivement, il passa son bras sous ses épaules pour lui éviter de se fracasser le crâne post-mortem contre les dalles de pierre. A cet instant précis, la porte s'ouvrit et laissa entrer Bellatrix Lestrange, cagoule à la main. Son visage baigné de sueur, de sang et de suie, jaugea la scène sans laisser passer aucune expression. Rogue vida son esprit et devança toute question.

« Le maléfice l'a frappé en plein ventre. Il a perdu trop de sang, je n'ai rien pu faire. »
« Tu sais qui a fait ça ? »
« Je crois que… le coup est parti de James Potter. »
« Traître à son sang. » fulmina Bellatrix avant de cracher sur le sol.

Severus acheva de déposer le corps de Herbert Travers sur les dalles. Il jeta un dernier regard sur le visage terriblement blanc du jeune homme à qui il venait de donner le coup de grâce. Heureusement, il ne ressentit rien. Ni regret ni confusion. Son esprit demeurait clair, compartimenté. La seule structure rassurante de ce monde insensé. Bellatrix le fixait désormais en se rongeant les ongles, mais il croisa son regard sans aucune crainte. Quelque chose venait de mourir en lui, et une autre de naître. Personne ne le comprendrait, mais tout faisait sens pour lui, et c'était tout ce qui comptait.


Lucius ouvrit la porte de la chambre d'Abraxas. Narcissa se leva du chevet où elle s'improvisait médicomage, et avança à pas précipités vers son mari maculé de poussière et de sang.

« Je ne suis pas blessé. » la rassura-t-il aussitôt.
« Circé, merci. » souffla-t-elle en lui accordant une étreinte, sans se soucier de salir son beau corset de soie argentée.

Lucius la serra contre son torse, mais il cherchait son ancêtre du regard.

« Il est considérablement affaibli. » l'alerta Narcissa. Tant mieux songea Lucius. « Quels maléfices peuvent causer des dégâts pareils ? » Il préféra ne pas répondre.
« Peux-tu nous laisser ? » La demande était un ordre, et Narcissa obéit évidemment, déclarant qu'elle allait lui faire couler un bain.

La respiration d'Abraxas résonnait douloureusement. Il est à moitié mort, songea Lucius avec soulagement.

« C'est donc la fin pour vous. »
Vu l'état lamentable du sorcier alité, Lucius fut surpris lorsque le presque-cadavre parvint à murmurer quelques mots.

« M'apporter… le livre… Un Horcruxe… pourrait… »
« Je n'y gagnerai pas grand-chose. »

L'inspiration d'Abraxas se transforma en râle de douleur.

« Estimez-vous heureux. Le voyage s'arrête pour vous dans la belle demeure des Malefoy, entre des draps propres. C'est plus que ce que la plupart d'entre nous obtiendront certainement. »

Il saisit le philtre de Mort-Vivante sur la table de nuit et en versa une large lampée sur les lèvres entrouvertes d'Abraxas qui ne put faire autrement que l'ingérer. Ce serait une question de minutes désormais. Lucius quitta le lit mortuaire et se réjouit à l'idée du bain où il pourrait se délasser.


Emma réunit tout son courage et tira le rideau violet de l'infirmerie installée en urgence dans l'atrium du Ministère.
Adriana Mercador était allongée sur un lit de fortune. Un hématome d'un bleu profond déformait légèrement sa pommette et son torse était intégralement recouvert de bandage. Quand elle reconnut l'identité de celle qui avait tiré le rideau, elle haussa un sourcil. Emma n'aurait su exprimer à quel point c'était bon de la voir là, mal en point certes, mais vivante.

« Comment allez-vous ? » demanda la jeune sorcière en restant debout.
« J'ai arrêté de saigner. » répondit Mercador. « C'était stupide de tenir tête à Abraxas Malefoy, Prewett. Courageux mais stupide. »

Emma haussa les épaules. « Ce n'est pas ma faute. Il y a quelque chose chez vous qui m'empêche de garder la tête froide. »
Mercador leva ses yeux noirs vers elle, et Emma osa s'asseoir sur le rebord du lit sans y avoir été invitée.

« Il est mort, cette fois-ci ? »
« Lorsque l'Horcruxe est détruit, le sorcier ne résiste pas longtemps. Grâce à vous, il ne me poursuivra plus, non. Et grâce à vous, également, je pourrai quitter le Royaume-Uni dès demain. Un émissaire des Compagnons viendra me chercher demain. La médicomage urgentiste a fait de nombreux compliments sur votre sortilège de cautérisation. Je vous dois beaucoup, Prewett. Comment vous remercier ? »

Emma se sentit rougir, mais elle ne détourna pas le regard. Une adorable teinte de rose se rajouta également au visage tuméfié et parsemé de bleus de Mercador. Elle avait en tête une ou deux suggestions pour que la sorcière témoigne sa gratitude, mais elle se garda bien de les formuler.

« Alors ? » s'éclaircit-elle la gorge. « Vers où serez-vous escortée ? »
« Quelque part dans le Pacifique, pour commencer. Je ne peux pas préciser où… sauf au sorcier ou la sorcière qui viendrait m'assister pour le compte des Compagnons. »

Emma inspira profondément et rassembla son courage.

« J'ai reçu une lettre d'acception ce matin, pour le Compagnonnage. »

Adriana reçut l'information, fierté et joie transformant son visage meurtri. « Félicitations, Prewett ! »

« Mais j'ai bien réfléchi et je ne peux pas partir faire le tour du monde. »

Adieu bonne humeur, bonjour sourire triste. « Je m'en doutais. »

« Ce sont les miens que Vous-savez-qui cherche à exterminer. Les gens comme mon père. Les gens comme moi. » Elle serra les dents, ces simples mots pesaient aussi lourds que du plomb. « Je ne peux pas quitter l'Angleterre… et espérer pouvoir me regarder un jour dans la glace. »

« Ce n'est pas une surprise, bien que je le regrette. » répondit Adriana d'une voix plus rauque encore que d'habitude. Son visage réprimait tout affect mais ses paroles grelottaient, ses yeux scintillaient…

« Je voulais juste vous dire que j'aurais adoré venir avec vous. » Elle posa sa main sur les doigts olivâtres qui se crispaient sur le drap, et les entrelaça doucement aux siens. « Les cours sont officiellement terminés depuis exactement trente-deux heures. Vous n'êtes plus professeur, et je ne suis plus élève à Poudlard. »

D'un mouvement fluide et rapide, elle amena la main d'Adriana à ses lèvres et en embrassa tendrement le dos. Leurs yeux se rencontrèrent et pendant un instant, Emma crut qu'Adriana allait se pencher vers elle. Mais la sorcière demeura intensément immobile.

« J'aurais tant aimé te rencontrer ailleurs… » chuchota Adriana avec une mélancolie inaccoutumée.

Le cœur d'Emma chavira, mais elle ne répondit rien et reposa la main de la sorcière sur le bord du lit. Au prix d'un effort infini, elle se releva et se saisit le rideau coulissant en tremblant.

« Prends soin de toi. » trouva-t-elle la force d'ajouter. « Et évite de te mettre un mage sociopathe à dos, cette fois-ci. »
« Dit celle qui s'apprête à plonger tête baissée dans une guerre fratricide. » ironisa Mercador.
« Tête baissée ? » Emma roula des yeux. A croire que le Choixpeau s'était vraiment trompé de maison pour son cas.
« Fais attention à toi aussi, Emma. »

Mémoriser les ondulations brunes, les sourcils tracés au fuseau, l'ombre projetée dans le creux de ses clavicules, les lèvres graves, les cils noirs, le menton volontaire… D'un hochement de tête, la promesse fut scellée et Emma quitta les lieux.


« Lily. »

Elle sortit de sa torpeur comme on s'éveille d'un demi-sommeil. Une grande concentration lui était demandée pour rester attentive aux informations visuelles et auditives qui lui parvenaient. Depuis sa chaise de fortune où on l'avait assise de force dans l'infirmerie improvisée, elle leva les yeux pour découvrir le professeur Dumbledore. Celui-ci l'observait avec inquiétude derrière ses lunettes en demi-lunes. Derrière lui, des dizaines de personnes blessées attendaient des soins plus ou moins importants tandis que les Médicomages courraient en tous sens. Elle avait obéi aux instructions des soignants et s'était temporairement éloignée de ses amis dont elle était désormais séparée de quelques mètres. Alice s'était cassé la cheville dans la fuite et attendait sa dose de poussos, entourée de Frank et Marlene qui tentaient vainement d'apaiser sa douleur par tous les sorts thérapeutiques qu'ils possédaient en leur connaissance. Elle remarqua que Sirius et Peter s'étaient absentés. Le soleil était levé depuis longtemps désormais, et tous manquaient cruellement de sommeil. La pleine lune finie, Remus les avait rejoints et James lui narrait les événements de la soirée comme il le pouvait. Il paraissait étrangement éteint.
Avec un naturel déconcertant, le sorcier s'accroupit et posa doucement ses mains ridées sur les siennes. Lily inspira : l'air chargé d'odeurs de mort lui brûla la gorge.

« Tu as été très courageuse ce soir. » murmura le vieil homme d'une voix tranquille, contrastant avec le désarroi de son visage et l'atmosphère crépusculaire qui s'abattait sur eux.

Elle nia de la tête. Elle avait surtout été terriblement naïve. Trop candide, comme toujours, à attendre le meilleur de chacun, à espérer qu'ils s'en sortent tous ensemble. Le massacre qu'elle avait contemplé cette nuit encore… quelque chose s'était définitivement désaccordé en elle pendant cette longue année de perte avilissante, de deuils monstrueux et d'absurdité existentielle.
Dumbledore sembla percevoir son trouble - en même temps, son angoisse émanait sûrement de tout son être. Il pressa légèrement les paumes de la sorcière entre ses pouces : son regard ne se dérobait pas et elle s'efforça de lever les yeux à son tour.

« C'est normal de se liquéfier lorsqu'on pénètre dans l'arène contre son gré. Mais tu ne t'es pas démontée, bien au contraire. » La pression de ses pouces s'accentua. « J'aimerais t'assurer que cela ne se reproduira pas, mais je ne crois pas que les mensonges scellent de bonnes intentions. Qu'en penses-tu ? »
Elle n'avait pas vingt ans, mais elle était déjà épuisée. Qu'allait-elle faire, cependant ? Quitter le pays ? Rendre sa baguette, abandonner toute magie ? Renoncer à Marlene, à James ?

« Tu es une combattante, parce qu'il y a un combat à mener. Est-ce que tu m'entends ? »

Elle inspira et expira profondément, plusieurs fois. Aussi terrifiants soient les propos de Dumbledore, la voix calme du vieux mage apportaient une forme de baume à ses pensées d'une absolue noirceur. Mais des visions tortueuses s'imposèrent à elle : Darren prêt à soutenir une annihilation de magie sur une employée du Ministère, Darren torturé par Voldemort, condamné par le détraqueur… le détraqueur qui aspirait goulûment son âme et à qui on ne reprocherait rien, qu'on féliciterait même sûrement d'avoir effectué son travail de gardien… D'une voix coassante, elle parvint à murmurer :

« Je ne comprends pas comment il a pu finir ainsi. Cette guerre détruit tout. »

Dumbledore acquiesça, mais un fantôme de sourire surgit sur ses lèvres fines.

« Elle répare certaines choses aussi… » Suivant le regard bleuté du mage, ses yeux se posèrent sur Alice, Frank, Marlene et James assis au chevet de Peter. Ils étaient tous dans un sale état, la peau maculée de noir et d'éclaboussures rouges. Il ne lui échappa pas que Remus et Marlene se tenaient à une distance trop convenable pour annoncer quoi que ce soit de bon, que Sirius avait croisé les bras dans une posture défensive, que Peter n'avait jamais été aussi pâle et que James, malgré son sourire amical, semblait ailleurs. Tous auraient pu se cantonner à leur solitude : l'héritier prisonnier de chagrins indicibles, le loup-garou otage de sa condition, l'enfant unique qui aurait pu ne se préoccuper que de son nombril, le cancre dont il était si facile de se moquer, celle qui avait sacrifié sa famille pour un garçon qui la fuyait. Et pourtant, ils se trouvaient réunis autour du blessé, marmonnant de lamentables blagues ou de réconfortantes banalités. Présents en dépit de tout. Elle croisa le regard de James et le professeur Dumbledore lâcha enfin ses mains.

« Bien sûr, certains se perdent en chemin. Mais d'autres trouveront le leur dans cette épreuve. » Le mage se releva. « Tu ne dois rien à personne. Mais cette communauté aurait bien besoin de tes talents et de ta force de caractère. Poudlard t'a bien formée et tu deviendras une grande sorcière. »

Si elle n'avait pas été en si piètre état, elle en aurait rougi. Mais les éloges paraissaient bien futiles désormais.

« S'il te venait le besoin d'agir et de contrer le mauvais sort… nous pourrions nous retrouver chez les Longdubat lundi prochain, sur les coups de 22h. »

Quoi ? Elle leva des yeux interloqués. Avait-elle compris ce qu'elle était censée comprendre, ou est-ce que le choc post-traumatique avait définitivement grillé tous ses neurones ?

« Excusez-moi, professeur. » les interrompit une Médicomage d'un certain âge. « N° 27, n'est-ce pas ? »
« Je vous laisse. Rétablis-toi bien. » souhaita Dumbledore avant de s'éloigner de son grand pas habituel. »
« Ma fiche inscrit une absence de blessures hémorragiques et une présence sur les lieux qui nécessitera une prise en charge émotionnelle. » reprit la Médicomage. « Vous appliquerez ce baume cicatrisant sur les plaies, les brûlures et les hématomes. Pour calmer l'anxiété et les tremblements possibles suite au choc, ce sera cette fiole verte. Pour trouver le sommeil plus tard, ce sera cette fiole rose. En cas de nausée ou de vomissement, merci de vous rendre immédiatement à Sainte-Mangouste. Si vous pouvez ne pas rester seule ce soir, ce serait préférable au cas où vous présenteriez les symptômes d'une commotion : vous vous êtes pris un sacré coup sur la tempe, mieux vaut être trop prudente que pas assez. Une personne de votre entourage pourra vous tenir compagnie ? » De l'autre côté de la pièce, James la regardait. Ses yeux à la fois insondables, et denses d'une matière nouvelle, qu'elle ne connaissait pas encore chez lui. Lily acquiesça.

« Très bien. » conclut la Médicomage. « Si vous n'avez rien à ajouter, vous me pardonnerez la rapidité des soins… » Lily la remercia et la Médicomage souleva la teinture violette pour passer à la personne suivante. En se levant pour rejoindre ses amis, elle glissa les médicaments dans sa poche et sortit un bout de papier. C'était le mot anonyme qui lui avait été adressé pour qu'elle attende à la fontaine… De qui venait-il ? Darren avait-il menti ? Et si oui, pourquoi la sauver pour en tuer tant d'autres ? C'était tellement absurde… Mais rien n'était sensé dans cette histoire de toute façon. De dépit, elle froissa la boule de papier et la jeta dans une poubelle médicale qui était emportée par un elfe de maison.


James s'aspergea le visage d'eau gelée. Comme si cela ne suffisait pas de combattre les forces du mal, en plus fallait-il gérer les égos énormes de ses camarades.

« J'ai une remarque à faire. Mais ça ne va pas te plaire. » avait affirmé Sirius sans ciller alors qu'ils s'étaient éloignés à quelques mètres de l'infirmerie de fortune pour reprendre leurs esprits. Et comme James ne répondait rien, l'aîné des Black avait poursuivi : « Remus n'était pas là ce soir. »
« Bien sûr que Remus n'était pas là ce soir, c'est la Pleine Lune et il est le cobaye de Sainte-Mangouste. »
« Hm-hm. Certes, mais tu rates l'évidence dans l'énoncé. »

Il n'y avait que Sirius pour rajouter du drame à une situation aussi tragique. « Arrête de tourner autour du chaudron et crache le morceau. »

« Remus est un loup-garou, il est donc à risque. Et ne monte pas sur tes hippogriffes. Nous avons ignoré cette donnée pendant un temps car on était des gamins, mais il faut se rendre à l'évidence : il pourrait rejoindre l'autre camp. »
« Oh, oh, oh ! Ça va pas la tête ? Mais tu te rends seulement compte de ce que tu dis, Black ?! » James avait dévisagé son meilleur ami comme s'il le découvrait vraiment pour la première fois. Buté, Sirius avait maintenu son regard au loin et allumé une cigarette, indifférent au fait qu'ils se trouvaient à l'intérieur d'un bâtiment officiel.
« Je sais que tu as parfois du mal à accepter la réalité telle qu'elle est, mais… »
« Non, non, pas de mais ! C'est du pur délire ! Depuis quand tu es lychanophobe, Sirius ? Je ne plaisante pas, lâche cette clope et regarde-moi ! » Il avait fermement saisi l'épaule de son meilleur ami. Le regard de Sirius, plein d'une dureté et d'une condescendance qui rappelaient terriblement Walburga, avait remué James jusqu'aux tripes. « Accuser Remus de pactiser avec Voldemort parce qu'il est loup-garou, c'est comme t'accuser toi parce que tu viens de la famille d'où tu viens. C'est-à-dire stupide et paresseux. Tu connais Remus, même dans sa forme la plus… inhabituelle. Il ne deviendra jamais Mangemort. »
« Tu n'en sais rien. On n'a plus treize ans, James. Ça ne sert à rien de prétendre que Remus se transforme en simple animal. Il possède des instincts que ni toi ni moi ne connaîtrons jamais. »
« Mais arrête ! Il est hors de question d'aller par-là ! Si tu continues de proférer des bêtises pareilles, ça se passera très mal. »
« Tu es trop confiant, Potter. Comme lorsque tu insistes pour qu'on confie nos baguettes à la sécurité magique quelques minutes avant le début d'une attaque…
« Ça n'a rien à voir ! Fin de la discussion ! »

Toujours flegmatique, Sirius avait à nouveau tiré sur sa cigarette en regardant droit devant lui. James adorait cet homme, mais lorsque son frère de coeur se braquait comme ça, il aurait pu le rouer de coup. De frustration, il s'était éloigné et dirigé vers les toilettes où il s'était abondamment aspergé d'eau fraîche en espérant faire redescendre sa colère et sa peur.
Un bruit de nausée lui arracha une grimace : dans les cabines derrière lui, quelqu'un accusait le coup des événements de la veille. Identifiant l'endroit d'où provenait les désagréables sons, il frappa doucement à la porte.

« Tout va bien ? » demanda-t-il. « Il faut que j'aille chercher un médicomage ? »

Le silence lui répondit, bientôt suivi de la serrure qui se déverrouillait. De la cabine sortit Peter, qui fuit son regard et se dirigea directement vers l'évier.

« Ça va aller, Queudver ? »

Peter recracha l'eau dans l'évier et saisit le rebord à deux mains pour ne pas perdre équilibre. « Ils sont trop forts, James. Il est trop fort. J'ai vu… Dumbledore… il… il a failli perdre ce soir, je te jure qu'à un moment, il… et ce n'est pas que la mort, c'est… »
Il ne parvint plus à articuler mais James savait ce qui aurait dû suivre : ce n'était pas que la mort, non. C'était la torture, la manipulation mentale, l'intrusion dans les coeurs et les esprits, et des souffrances physiques indescriptibles avant de rendre un dernier souffle. C'était une guerre. Non. Un massacre. De la violence laide et sale, tordue et difforme. C'était chaotique et incompréhensible, ça s'imprégnait dans les rêves censés ressourcer et réconforter, ça hantait les jours lumineux et assombrissait les élans d'amour.
Il posa une main sur l'épaule de Peter.

« C'est normal d'avoir peur, et… »

Mais le jeune sorcier se dégagea et se dirigea vers la sortie. James resta interdit. C'était trop frais, trop tôt. Ils iraient chercher Queudver demain ou après-demain ou la semaine suivante . Ils iraient boire des pintes, faire des blagues nulles pour conjurer leurs craintes. Sirius et Remus se réconcilieraient - bon sang de dragon. Et foi de maraudeur, la vie continuerait.
La porte s'ouvrit à nouveau et laissa entrer Alastor Maugrey.

« Tu rattrapes pas ton ami, Potter ? Il avait l'air mal en point. »
James fronça les sourcils. « Il lui faut un peu de temps, voilà tout. »

Maugrey acquiesça du chef et se dirigea vers les pissotières.

« C'est merveilleux, pas vrai, gamin ? Même au cœur du désastre, voilà où on en revient. » plaisanta l'Auror d'une voix rocailleuse et dépourvue d'humour malgré ses paroles.
« Quand la nature appelle, nous sommes ses humbles serviteurs. » répondit James sans entrain, mais en se détournant légèrement : aussi burlesque soit la scène, il ne tenait pas spécialement à assister à ce spectacle.

Maugrey remonta sa braguette, se dirigea vers un évier pour se laver les mains, et ce faisant le dévisagea. Ses yeux se plissèrent sous ses sourcils broussailleux.

« Tu es le fils de Fleamont Potter, c'est ça ? J'ai jamais compris comment il avait pu gâcher tout ce talent à confectionner des shampoings, mais il a fièrement combattu à l'époque. »

James ne répondit pas. Ce n'était pas comme s'il savait quoi répondre, de toute manière : il n'était pas en état de défendre l'honneur familial.

« Je t'ai vu, tout à l'heure. Tu te débrouilles bien. Beau Patronus. »
« Merci. » dit-il en essuyant son front à l'aide du revers de son t-shirt.
« Londubat m'a parlé de toi. Tu aurais pu devenir Auror mais tu as refusé. Tel père tel fils, alors ? Tu as une trop haute opinion de toi-même pour t'abaisser à te battre avec nous ? »
« Pour rejoindre les Aurors, peut-être. » rectifia James, exténué. « Mais pour me battre à vos côtés contre eux, c'est quand vous voulez. »
« Enfin un sang-pur avec un peu de plomb dans la tête. »

James sourit faiblement, plus par réflexe qu'autre chose. A son étonnement, Maugrey le lui rendit, ce qui déforma bizarrement son visage bardé de cicatrices. Sa main fouilla dans la poche de son manteau, avant de tendre quelque chose au jeune sorcier.

« Mets-la dans ta poche tout de suite. » grommela-t-il.

James reçut la pièce glacée dans sa paume et obéit, remettant les mains dans ses poches avec nonchalance.

« Garde-la près de toi à tout moment. Elle chauffera quand on t'appellera. En attendant, surveille bien tes arrières. » L'Auror jeta un coup d'œil nerveux autour de lui. « Comme tu l'as constaté aujourd'hui, même les plus durs à cuire comme moi se font avoir. Vigilance constante, Potter. »

James acquiesça d'un signe de tête. Quand Fol-Œil eut quitté les lieux, il se dirigea dans une cabine pour plus de confidentialité, ferma le verrou et examina la médaille. Un phénix en état de pleine combustion y était gravé, ses ailes déployées vers le ciel. Terrassé par la fatigue, il s'adossa à la porte et ferma les yeux, son poing gauche se refermant sur l'oiseau porteur d'espoir tandis que le droit s'agrippait à sa baguette de toutes ses forces.


Il ressentait profondément le besoin de la voir, et fut soulagé de la trouver près de la distribution de thé. Il s'était contenté de se manifester en lui tapotant sur l'épaule, mais elle se retourna et l'amena à l'écart, puis passa ses bras derrière son dos et s'appuya sur lui, sa tête cuivrée se posant complètement contre son torse. Il embrassa le crâne auréolé de roux et resserra son étreinte autour d'elle.
Au bout de ce qui sembla durer à la fois une éternité et une micro-seconde, elle se dégagea légèrement pour qu'ils puissent se regarder en face.

« Il faut que je te dise, Dumbledore m'a invitée à une réunion. » confia-t-elle à voix basse. « Je crois qu'il met au point une sorte de résistance. »
« Toi aussi… » Il se pencha vers le creux de son oreille après avoir vérifié que personne ne les écoutait. « Il t'a donné une médaille ? » susurra-t-il avec excitation. Quelque chose dans son geste lui rappela des manigances passées avec Sirius : peut-être y aurait-il quelque chose d'amusant à tirer de cette aventure, bien qu'elle commençât aussi tragiquement ?

Lily haussa un sourcil perplexe « Non, j'ai été simplement conviée à me rendre chez les Londubat, lundi prochain, aux alentours de vingt-deux heures. »
James soupira. « Et ben, ton message est moins cryptique que celui que j'ai reçu. Maugrey et son sens du mélodrame ! Ces Aurors, je te jure… »
« Je ne veux plus jamais vivre ça, James. » Sa voix se brisa mais elle réussit à se reprendre. « Mais je ne suis pas assez naïve pour croire que ça n'arrivera plus. Alors finissons-en au plus vite. Je n'ai pas envie de me battre, mais puisqu'il le faut, je le ferai. »

Il plaça chacune de ses mains d'un côté et de l'autre de son visage et l'embrassa doucement.

« J'irai où tu iras, Evans. » C'était un fait et une promesse.

Ils se contemplèrent et James bénit le ciel de leur rencontre. Sirius pouvait délirer, Remus se flageller et Peter fuir l'affrontement encore quelque temps. Elle était là pour lui, et il réalisa qu'un an auparavant, la perspective de revoir ses priorités l'aurait désarçonné - mais plus maintenant. Il n'accordait pas plus d'importance à Lily qu'à ses frères de cœur - certainement pas, ce n'était pas la question. Mais elle occupait cependant une place restée vide dans la dynamique que James avait nourri jusqu'à présent.

« Tu resteras avec moi, alors ? »
« Jusqu'à la toute fin. »

Lily se hissa sur ses pieds, imitant sa position en miroir, plaçant ses mains pâles d'un côté et de l'autre de sa mâchoire, et l'embrassa à son tour.

« James, je sais que Sirius t'a proposé d'habiter avec lui, mais… je pensais… est-ce que tu voudrais vivre avec moi à Godric's Hollow ? Dans un endroit à nous. »

Pour la première fois depuis la veille, James sentit son visage s'animer et revenir à la vie. Sourire plus largement lui aurait sûrement valu une luxation de la mâchoire.

« Oh, je sais pas. Tu pourrais te débrouiller seule, aussi. »

Pour faire bonne figure et manifester son agacement, elle lui donna un très faible coup dans l'omoplate.

« Avec grand plaisir, Evans. »
« Sirius ne sera pas fâché ? »

James réfléchit un instant. « Au fond, Sirius est toujours un peu fâché. On lui offrira un tourne-risque… tourne-disque ! Pour sa crémaillère et il s'en remettra. »

Un petit rire égaya à son tour le visage de Lily, puis elle se colla à nouveau contre lui. Il huma sa chevelure : par-delà les odeurs de brûlé et de mort, il reconnaissait son parfum. Un mélange de savon floral et de cette fragrance indéfinissable, naturellement ensorcelante, qu'il ne retrouvait que sur sa peau et dans les creux de son corps. Résistant aux pires images de la bataille qui venait de se dérouler, quelques-uns des plus beaux souvenirs de sa vie surgirent, amenant en lui un calme nouveau. C'était proprement magique, que quelque chose d'aussi volatile que le parfum de Lily ait laissé des traces plus indélébiles dans son esprit et son corps que les odeurs de cendre, de magie et de sang.

« Je t'aime. » Son chuchotement envoya une multitude de vibrations contre sa peau, et il la serra davantage contre lui.


FIN


Épilogue à suivre, rendez-vous très bientôt pour une véritable fin !


Un grand merci à Elaia pour son beta-reading ! Vous pouvez trouver sa fin « Ridicule, min cher Riddle ! », publiée sur ce site sous le nom de plume Elaia Asteraptor. Les liens sont dans ma bio !

Merci spécial à ma soeur Noémie (qui officie sur insta sous le pseudo de maedusa_gorgon, et qui vient de publier un livre intitulé Maternités, miracles et malédictions que vous pouvez trouver dans toute bonne librairie) pour m'avoir suggéré il y a six ans, aux prémices de cette histoire, l'idée d'appliquer les ressorts scénaristiques du la Légende de Korra au monde magique. Pouvoirs contre sans-pouvoirs, annihilation de la magie : l'idée vient de cette série animée.

Sur ce flash, le personnage de Cynog/Darren est né, ainsi qu'une grosse partie de l'intrigue. Cette fic était censée durer moins d'une dizaine de chapitres, pas plus, et puis… les choses ont un peu dérapé ! Dès le départ en tout cas, je souhaitais arriver à ces points :

- que l'Union Sans Pouvoirs s'approprie les Cruxibes pour voler les pouvoirs de leurs ennemis politiques

- que Voldemort entende parler de leur plan et les éradique avec une grande facilité, tout en se réappropriant l'idée à son tour

- que Cynog meurt, le monde étant hélas trop dur pour lui (pauvre petit)

- que toutes ces péripéties soient importantes car elles cadrent la prophétie qui mettra Voldemort sur le chemin des Potter. N'hésitez pas à relire les passages avec Louisa Picquery et l'Héritier du Lac :) promis, ça concorde !

Ce récit est profondément imparfait, et si je devais le ré-écrire, je simplifierais et modifierais pas mal de choses, que ce soit pour améliorer la structure narrative… ou aussi pour inclure plus de queerness. Il y a six ans, j'essayais bêtement d'écrire de façon « canon » en respectant les déclarations de l'autrice officielle, et n'avais pas réalisé à quel point j'étais en désaccord avec presque tout ce que l'autrice initiale a à dire sur les sujets LGBT+. En tant que personne queer et non-binaire, je ne me gênerais plus pour modifier à ma guise désormais. Bref, j'ai conscience que cette histoire est techniquement et narrativement à revoir et perfectionner, mais merci à toustes d'y avoir trouvé le meilleur que j'ai été capable de lui influer !

Je remercie chacun et chacune d'entre vous qui a lu cette fin, et j'envoie de l'amour en barre à celleux qui ont en plus pris le temps de m'envoyer un review ou un message pour commenter votre lecture. Vous êtes des amours, merci ! Cœurs spéciaux pour Édouard, le Sirius de mon James intérieur , qui a été mon premier soutien pour cette fanfic. Pour Ninon, j'éprouve tellement de reconnaissance que cette fanfic ait permis notre rencontre ! Tu es un trésor ! Pour Yaz, ton enthousiasme m'a aidé.e à raccrocher les wagons. Merci.
N'hésitez pas à formuler vos questions si vous en avez, j'exécuterai une FAQ avec plaisir après avoir posté l'épilogue. Il est déjà écrit donc pas de panique, je ne vous dis pas rendez-vous en 2028 cette fois-ci ! A bientôt !