Chapitre 11

Karura n'avait pas pu fermer l'œil de la nuit, elle avait été beaucoup trop angoissée pour y parvenir. Elle était restée allongée dans son lit sans bouger de crainte de réveiller son mari qui avait le sommeil très léger. Elle avait vu s'écouler chacune des minutes et elles lui avaient paru être des heures. Elle s'était imaginée des scénarios tous plus horribles les uns que les autres ses enfants revenant blessés, ses enfants morts, ses enfants traumatisés par une situation atroce à laquelle ils avaient été confronté...

Elle avait presque sauté du lit lorsqu'il avait été enfin l'heure se lever. Elle était descendue préparer le petit-déjeuner pour son époux et pour elle, et lorsqu'il l'avait rejoint elle avait fait comme si tout allait bien. Elle n'avait pas voulu lui rajouter des problèmes, elle n'avait pas voulu entendre encore une fois son discours rassurant, entendre que tout irait bien, que Sasori veillait sur eux et que de tout le pays du vent, il était le plus apte à assurer leur sécurité et leur protection.

Karura avait été une kunoichi, elle avait été en mission avec le jonin, elle n'avait aucun doute sur son professionnalisme ou sur son talent mais une mission restait potentiellement dangereuse et même Sasori, aussi doué soit-il n'était pas immortel et s'il était gravement blessé ou tué, plus personne ne pourrait protéger ses petits.

Elle s'était toute la journée forcée à s'occuper et le corps et l'esprit pour chasser ses angoisses et ne pas se torturer pour rien. Elle s'était même répétée plusieurs fois et à voix haute qu'ils allaient revenir tous les quatre sains et sauf et qu'elle n'était qu'une idiote pour imaginer le contraire.

En fin d'après-midi n'y tenant plus elle se rendit vers les portes de l'entrée de la ville, son panier sous le bras. Tout le monde croirait qu'elle avait des courses à effectuer, et qu'elle avait préféré s'y rendre à un moment où les températures étaient moins élevées.

« Bonjour Karura-sama, la salua une petite fille.

-Oh bonjour à toi aussi Maki, tu es toute seule ?, lui demanda-t-elle en baissant les yeux vers elle.

-Non, j'étais avec Pakura-sensei, elle est juste derrière moi, répondit-elle.

La femme du chef du pays regarda derrière la petite fille et n'eut aucune difficulté à retrouver son amie à quelques mètres d'elles.

-Bonjour Pakura-chan !, s'exclama-t-elle lorsqu'elle fut près d'elles.

-Bonjour Karura-chan, Maki ne t'embête pas trop j'espère.

-Au contraire, elle me tient compagnie, je dois t'avouer que je suis étonnée de te voir avec elle.

-Pakura-sensei m'a fait m'entraîner au lancer de shuriken, elle dit que c'est capital d'être précis et que pour ça il faut s'exercer régulièrement, expliqua l'enfant.

Un sourire amusé se dessina sur les lèvres de Karura, elle revit une petite fille aux cheveux bicolores, à peine plus jeune que Maki, déclarer fièrement que les shurikens ne servaient à rien, qu'ils étaient même l'arme des faibles et des bons à rien. L'autre kunoichi dû deviner les pensées de son amie car elle se racla la gorge ce qui signifiait que ce n'était pas la peine de s'attarder sur le sujet.

-Il te manquait quelque chose ?, la questionna-t-elle en désignant son panier.

-Des bricoles, tu me connais je préfère avoir trop que pas assez, lui mentit-elle.

Pakura décela aisément le mensonge dans la réponse de son amie mais elle ne fit aucun commentaire, elle savait aussi pour quelle raison Karura se promenait dans cette partie du village et comprenait l'inquiétude qui l'habitait.

-Karura-sama est-ce que Temari-chan, Kankuro-kun et Gaara-kun sont rentrés de leur mission ?, se renseigna la fillette.

-Non pas encore, je profitais d'avoir des courses à faire pour les attendre.

-Est-ce que je peux rester avec vous, j'aimerais tellement entendre le récit de leur aventure, s'il vous plaît Karura-sama ?, l'implora-t-elle.

-Oui avec plaisir, tu es une gentille fille Maki, et une excellente amie pour mes enfants, accepta-t-elle en lui caressant les cheveux.

-Maki, intervint son enseignante, nous rentrions chez ton père, il va se faire du souci s'il ne te voit pas revenir.

-Je vais aller le prévenir et je reviens, déclara son élève avant de filer en direction de chez elle.

-Transmets-lui mes amitiés, s'écria la femme du kazekage.

Une fois que la petite brunette ne fut plus visible, Pakura se rapprocha encore davantage de sa meilleure amie et posa sa main sur son épaule gauche (si elles ne s'étaient pas trouvées dans un lieu public, elle lui aurait sûrement prit la main ou bien l'aurait enlacé, mais ici cela aurait pu paraître déplacé).

-Ne te tourmente pas inutilement, Sasori est le meilleur professeur qu'ils pouvaient avoir, après moi bien sûr, ajouta-t-elle en souriant. En plus, je ne pense pas me tromper en affirmant que notre scorpion s'est attaché à tes petits, même s'il préférait avaler toutes ses potions plutôt que de l'avouer.

L'épouse de Rasa ne pu réprimer un sourire amusée et touchée par le commentaire de son amie, peu de personne employait affectueusement le qualificatif de scorpion en se référant à l'Akasuna mais dans la bouche de Pakura cela n'avait rien d'une insulte. La petite brune était satisfaite de savoir que le lien qui unissait ses enfants et à leur professeur n'était pas le fruit de son imagination, une illusion qu'elle avait crée pour avoir moins peur pour Temari, Kankuro et Gaara. Si l'utilisatrice du shakuton l'avait aussi remarqué alors c'était que c'était bel et bien réel.

-Merci beaucoup Paku-chan.

-Pakura-sensei, Karura-sama, me revoilà !, s'écria Maki en revenant.

-Qu'a dit ton père lorsque tu lui as annoncé que tu repartais ?, lui demanda son enseignante.

-Il m'a demandé de vous remercier pour bien vouloir me garder et il m'a aussi dit qu'il ne fallait pas que je rentre trop tard, raconta-t-elle.

-Tu entends ça Karura, je suis une redoutable kunoichi et me voilà à jouer les nourrices, feignit de râler l'autre femme.

-C'est drôle parce que je pensais plutôt que c'était Maki qui te surveillait, révéla-t-elle.

Les deux adultes se mirent à rire en chœur bientôt imitée par la fillette. Elle resta debout silencieusement près d'elles écoutant tout ce qu'elles se disaient avec la plus grande attention possible. Elle était avec les deux ninjas de sexe féminin les plus réputées de tout le pays du vent, et elle espérait très fort qu'un jour Temari et elle deviendraient aussi célèbres et aussi redoutées qu'elles.

-Temi-chan !, s'exclama-t-elle lorsqu'elle aperçue sa meilleure amie.

Cette dernière tourna la tête dans sa direction et lui adressa un petit signe de la main mais n'osa pas venir à sa rencontre. Karura jeta un bref coup d'œil sur ses fils et sa fille et fut apaisée lorsqu'elle découvrit qu'ils étaient sains et saufs. Sasori s'arrêta près d'elles, et ses élèves comprirent qu'ils pouvaient bavarder quelques instants. Maki leva son visage vers son professeur scrutant dans les yeux de celle qui s'occupait d'elle le droit de discuter avec ses amis (l'homme l'intimidait et elle n'avait pas le courage de bouger).

-Ne crains rien Maki, il ne te fera pas de mal, lui murmura-t-elle à l'oreille en se penchant vers elle.

La fillette recouvra son assurance et se joignit au petit groupe formé par ses amis.

-Alors alors cette mission comment c'était, racontez-moi, les pressa-t-elle toute excitée.

-C'était génial mais c'était aussi très difficile, nous avons traversé le désert sans croiser personne, il faisait chaud et il n'y avait presque pas d'ombres…, débuta Kankuro.

-Le village de Koseki est plus petit que Suna et même la maison du chef n'est pas aussi imposante que la notre, le coupa Temari en ignorant le regard noir qu'il lui lançait.

-Ils fabriquent des armes en se servant du feu ainsi que d'étranges outils de tailles et de formes différentes, enchaîna Gaara.

-Des armes, quel genre ?, demanda leur amie curieuse.

-Des kunais, des shurikens, et des armes que je n'avais jamais vu avant, précisa-t-il.

-Moi non plus, avoua son aînée.

-….Et moi non plus, regretta son grand frère dans un soupir.

-Ce n'est pas grave, le principal c'est que vous ayez réussi votre mission, certifia Maki.

-Tu as raison Maki, nous ne sommes pas encore des shinobis, nous ne pouvons pas tout savoir c'est normal, se reprit la petite blonde.

-En route !, déclara Sasori en se remettant en marche.

Il fit quelques pas mais lorsqu'il se retourna pour voir si ses élèves suivaient, il eut la désagréable surprise de découvrir qu'ils n'avaient pas bougé d'un pouce et qu'ils le fixaient étrangement.

-J'ai dit en route, répéta le jonin d'un ton qui signifiait qu'il ne renouvellerait pas son commandement.

-Mais sensei la mission est terminée, dit timidement le petit roux.

-Vraiment, vous n'apprenez donc rien à l'école, se désola-t-il.

Gaara baissa la tête honteux, Kankuro arqua un sourcil réfléchissant à la raison pour laquelle leur professeur avait dit cela, quant à Temari elle fronça ses sourcils et envoya un regard noir à son enseignant. Il soutint son regard, elle avait de l'égo et c'était une bonne chose si elle voulait s'imposer dans un monde dominé par les hommes mais elle devait aussi repérer les moments où elle devait mettre sa fierté de côté et accepter une critique sans broncher.

-Concentrons-nous, Sasori-sensei n'est pas content de nous, qu'avons nous donc pu oublier ?, questionna le petit brun.

-Un ninja reçoit une mission, commença son frère.

-Il s'y rend, enchaîna sa sœur.

- Il l'accomplit, poursuivit le plus vieux des garçons.

-Il revient à Suna, reprit l'autre garçon.

-Il remet un rapport à son supérieur hiérarchique..., continua leur sœur.

Ils écarquillèrent tous les trois les yeux en se souvenant de ce petit détail, un shinobi devait rendre des rapports au chef du pays et ils ne l'avaient pas encore fait.

-Votre mission est-elle vraiment terminée ?, leur demanda le scorpion.

-Non nous avons encore à soumettre notre compte-rendu au quatrième kazekage, répondit Kankuro en faisant la grimace.

Il détestait devoir employer ce titre lorsqu'il parlait de son père, il était Kankuro Sabaku No, le fils de Rasa Sabaku No, il n'avait ni à en avoir honte ni à en rougir, en plus ce n'était pas comme si le village aimait à le leur rappeler à sa fratrie et à lui. Ils dirent au revoir à leur amie, à Pakura et à leur mère et trottinèrent pour rattraper leur enseignant.

-Sasori-sensei un ninja doit-il toujours faire son rapport dès qu'il revient ?, voulut savoir Gaara curieux.

-C'est vrai ça pourquoi ne peut-il pas attendre le lendemain, ce n'est que de la paperasse, cela peut bien attendre, commenta Temari.

-Tu te trompes Temari ce n'est pas que de la paperasse, cela permet au chef du pays de s'assurer que ses ninjas vont bien, et d'avoir des informations parfois très importantes qui lui permettent de prendre des décisions le plus rapidement possible. Il arrive que ce soit simplement du temps que dépend la réussite ou l'échec d'une mission, la contredit-il.

-C'est pour ça que papa a toujours le nez dans des dossiers, comprit le porteur du démon en hochant pensivement la tête.

Ils parvinrent bientôt devant la porte du bureau du dirigeant du pays du vent, le jonin frappa dessus pour signaler leur présence.

-Entrez !, les invita Rasa de l'autre côté."

Ça y est, c'était le moment de faire leur tout premier compte-rendu officiel.