J'ai vu l'Enfer

Chapitre 2

« Seuls ceux qui ont connu Auschwitz savent ce que c'était. Les autres ne le sauront jamais. Au moins comprendront-ils ? »

Elie Wiesel

Note: ceci est la suite directe du chapitre précédent.

XxXxX

Après avoir pris une douche, Erik décida d'aller dans le salon, certain de pouvoir y retrouver une partie du groupe. Raven et Hank étaient assis dans le canapé à regarder Les Jetson, un dessin animé nouvellement sorti, Moira et Charles discutaient un peu plus loin, attablés pour prendre des notes. Après une brève d'hésitation, Erik marcha vers le canapé mais Charles l'interpela :

- Erik, nous aimerions ton avis.

Ils passèrent une heure à discuter de détails techniques sur les futurs entraînements de façon si naturelle que la tension entre Erik et Charles n'aurait pas été palpable si le télépathe n'avait pas délibérément éviter de croiser son regard durant leurs échanges. Finalement, Charles prit congé et Erik nota une expression inquiète sur le visage de Moira. Ainsi, il n'était pas le seul à avoir remarqué que Charles agissait bizarrement et étrangement il fut presque contrarié que la jeune femme l'ait perçu elle aussi.

- Il pense que c'est de sa faute mais c'est surtout de la mienne, dit Moira à voix basse en rangeant ses dossiers.

Erik la dévisagea. Comptait-elle se confier à lui ? Espérait-elle être rassurée ? Ce serait peine perdue avec lui puisqu'il répondit, veillant à ce que Raven et Hank n'entendent pas :

- Oui, tu as surestimé la CIA et sous-estimé les mutants. Nous t'avons fait confiance quand tu nous as affirmé que la CIA saurait gérer mais tu as eu tort.

- C'est ce que j'ai dit à Charles, approuva la jeune femme peu émue de la franchise d'Erik. Mais il refuse d'entendre raison, pour lui, il aurait dû se douter que la protection ne suffirait pas.

- Nous étions tous certains que tout le groupe de Schmitt serait avec lui en U.R.S.S, concéda le mutant estimant que même s'il n'avait aucune affinité avec Moira, il serait injuste de ne blâmer qu'elle.

- Je sais mais… J'aurais préféré que Charles me hurle dessus plutôt que de prendre toute la responsabilité.

- Alors pourquoi l'as-tu laissé téléphoner à la mère de Darwin ? demanda Erik avec une pointe de reproche dans la voix.

-Oh ça ? Il m'a devancée, répliqua l'agent avec une légère colère dans la voix qu'Erik sut dirigée vers le télépathe. Le pire, c'est que je n'ai même pas réussi à être furieuse quand j'ai vu son visage après qu'il ait raccroché.

Erik et Moira se séparèrent après cela pour rejoindre leurs chambres respectives. Quand Erik alluma la lumière dans la sienne, il fit presque un bond en voyant Charles assis sur l'un des deux fauteuils qui se faisaient face. Était-il là depuis qu'il avait pris congé ?

- Tu as tellement raison à mon sujet, Erik, dit-il la tête baissée.

- Je sais.

Au lieu de prendre le fauteuil en face, Erik s'agenouilla devant Charles pour observer son visage fragilisé par la mise à nue indélicate. Ses yeux reflétèrent son angoisse maladive quand il déclara :

- Je n'aime pas ce que je ressens, la colère, le pouvoir, la satisfaction, la peine…

- Je n'aurais pas dû te dire cela même si j'avais raison, regretta Erik.

- Qu'aurais-tu dû dire, selon toi ? murmura Charles avec un sourire désabusé.

- Je n'étais pas obligé de te cracher à la figure ce que j'avais compris au moment où tu étais le plus vulnérable. J'aurais simplement dû te dire la vérité : que je t'apprécie même en sachant ce qu'il y a sous le masque, mon ami, avoua le mutant en posant une main sur le fauteuil, juste à côté du genou du télépathe. Personne n'est parfait Charles. Tu devrais être aussi indulgent avec toi-même que tu l'es avec les autres.

- Tu sais que je ne suis pas avide de ce pouvoir que j'ai sur les autres, n'est-ce pas ? Tu sais que je connais les limites à ne pas dépasser malgré la tentation ?

- Bien sûr. J'ai confiance en toi. Tu connais ta télépathie mieux que personne, tu sais le pouvoir qu'elle t'offre et tu l'apprécies mais tu as conscience que tu dois respecter certaines règles.

- Je ne les respecte pas toujours. J'ai lu volontairement ton esprit quand nous nous sommes rencontrés la première fois. Je voulais connaître ton lien avec Shaw pour savoir si tu serais avec nous ou non, avoua Charles.

- L'important ce n'est pas que tu utilises ta télépathie sur les gens mais ce que tu fais des informations que tu récoltes. La télépathe de Schmidt a fouillé ma mémoire elle aussi sauf que c'était pour me blesser. Quand toi tu l'as fait… je ne m'en suis même pas rendu compte, avoua Erik après un instant de réflexion.

- Tu étais pourtant en colère quand je t'ai avoué que je savais sur les expériences de Shaw, quand tu voulais partir, rappela le télépathe.

- Je l'étais parce qu'un homme que je ne connaissais que depuis la veille affirmait connaître tout ce que je voulais oublier, expliqua le mutant.

- Je n'ai jamais lu ton esprit depuis.

- Je sais mais je ne t'en voudrais pas si tu le faisais, répliqua Erik.

- Vraiment ? fit Charles en redressant son visage sous le coup de la surprise.

Erik ne put s'empêcher de sourire en voyant la mine étonnée de Charles. Le télépathe était d'une maturité sans pareille pourtant dans ce moment de doute il ressemblait à un enfant apeuré qu'Erik avait instinctivement envie de rassurer. Ces dernières semaines, Erik avait vu Charles conseiller aux nouvelles recrues de s'accepter, de ne pas s'inquiéter car ils maîtriseraient bientôt leur don. Il ne s'était pas douté qu'un homme aussi sûr de sa mutation puisse avoir ce genre de questionnement et se trouver aussi désarmé.

- C'est ton pouvoir, répondit le plus vieux en haussant les épaules. Et chaque faculté doit être acceptée comme une bénédiction. Je veux être celui qui accepte tous les mutants, quelles que soient leurs mutations, sans aucune peur et sans aucun rejet.

- Jamais personne ne m'avait fait confiance à ce point à propos de ma télépathie, avoua Charles. Même Raven…

- Raven n'accepte déjà pas sa propre mutation, comment pourrait-elle ne pas rejeter la tienne ? ne put s'empêcher de couper Erik.
Et comment pourrait-elle accepter sa véritable nature si tu ne l'encourages pas à le faire ?

- Veux-tu voir pourquoi je n'encourage jamais Raven à vivre sous sa véritable forme ? demanda Charles, avouant indirectement qu'il avait utilisé son pouvoir sur Erik à l'instant même.

- Oui, répondit le mutant sans aucune hésitation.

- C'est la première fois que je fais entrer quelqu'un dans ma tête. Je vais faire en sorte que les sensations ne soient pas trop brutales, informa Charles de façon neutre pour masquer son appréhension. Assieds-toi par terre, dos contre mes jambes. Je vais mettre mes mains sur tes tempes et tu devras fermer les yeux.

Erik s'exécuta et s'appuya franchement contre les tibias de Charles. Le télépathe eut la délicatesse de réchauffer ses mains en les frottant avant de les poser sur ses tempes sans appuyer pour ne pas qu'Erik se sente emprisonné dans le contact.

- Prêt ? demanda Charles en approchant son visage si près qu'Erik sentit son souffle derrière son crâne.

- C'est plutôt à toi qu'il faut demander ça ! répliqua Erik, les yeux clos, avant de se sentir comme aspiré dans un autre endroit.

Il n'avait aucun corps physique là où il évoluait. Il suivait simplement Charles, qui ne devait pas avoir plus de vingt ans, qui marchait à pas rapides dans un large couloir. Erik pouvait ressentir son anxiété alors qu'il toquait à une porte. Proviseur. Il était donc dans une école. Charles entra ensuite et regarda immédiatement Raven qui, la tête baissée pleurait silencieusement.

- J'avais demandé à vos parents de venir, fit le proviseur sèchement.

- Je suis son frère et son tuteur légal depuis le décès de notre mère. Relisez donc le dossier 'Raven Xavier' que vous avez pourtant devant les yeux, répondit Charles sur un ton plus froid encore avant de s'approcher de Raven pour poser une main réconfortante sur sa tête. Va donc m'attendre dans la voiture, je suis garé juste devant.

Erik suivit des yeux Raven sortir rapidement après avoir pris les clés dans la main de Charles avant de reporter son attention sur les deux hommes.

- Elle était bleue avant que vous arriviez, informa l'homme d'un air écœuré. Quel genre de monstre est-elle ?

Charles ne répondit pas et mit seulement une main sur sa tempe, preuve qu'il utilisait ses pouvoirs. Erik eut aussi accès à sa télépathie et put, comme Charles l'avait fait à l'époque, savoir exactement ce qui s'était passé. C'était pendant le cours de sport, Raven avait pris un ballon en plein visage et avait repris sa forme bleue, probablement déconcentrée par la douleur. Là, tous les élèves de sa classe avaient été horrifiés tout comme le professeur et elle s'était retrouvée là, dévisagée par le proviseur qui voyait en elle un monstre, une abomination, avant de réussir enfin à reprendre sa forme acceptable.

- Ma sœur n'est pas monstrueuse.

Erik pouvait sentir l'indignation de Charles, sa colère et sa tristesse.

- Nous ne voulons pas d'une bête de foire ici. Nous ne pouvons plus l'accepter dans cette école, fit l'homme fermement.

Charles soupira et pressa une nouvelle fois ses doigts sur sa tempe, usant de sa télépathie pour effacer la mémoire du proviseur. Puis il se concentra suffisamment pour faire de même aux camarades de classe et le professeur qui avaient vu Raven sous sa véritable forme avant de quitter le bureau aussi rapidement qu'il était venu.

- C'est la troisième fois ce mois-ci, fit Charles en entrant dans la voiture où Raven attendait. Tu dois plus vigilante Raven ! Je ne serai pas toujours là pour effacer la mémoire des gens derrière toi !

La voix de Charles était sévère mais Erik sentait qu'il se forçait. En réalité, Charles voulait simplement prendre sa sœur dans ses bras et la consoler. Mais il ne le faisait pas car il pensait qu'elle devait apprendre à se cacher pour ne plus jamais avoir à souffrir de moqueries.

- Je n'ai pas fait exprès Charles, sanglota la jeune fille. Je n'ai pas contrôlé…

Je sais que c'est difficile, pardon d'avoir crié… songea Charles en s'engageant sur la route. Pourtant, il répondit :

- Je sais mais tu dois apprendre à te protéger.

- Pourquoi ne pas rester sous ma vraie forme ? Les gens finiront par s'habituer, non ? tenta Raven.

Erik sentit une vive appréhension serrer le cœur de Charles suivie d'une grande tristesse.

- Personne ne s'habituera à ta peau bleue. A chaque fois, j'ai vu ce que tes camarades pensaient de ta mutation. Ils ne s'habitueront pas. Tu resteras monstrueuse à leurs yeux quoi que tu fasses, aussi longtemps que tu essaieras.

- Et toi Charles, me trouves-tu monstrueuse ? demanda Raven.

Bien sûr que non, tu es parfaite ! Mais Charles ne répondit pas, laissant à contrecœur Raven pleurer de façon plus intense. Elle avait interprété le silence de Charles comme la confirmation que sa mutation était laide et devait être dissimulée.

- Je t'aime comme tu es Raven, finit-il par dire après quelques minutes à entendre Raven pleurer, l'empêchant de se concentrer pleinement sur la route.

- Mais je ne suis pas assez jolie, siffla-t-elle en laissant exploser sa colère et sa frustration.

Charles soupira bruyamment et se gara sur le bas-côté sous le regard étonné de Raven.

- Je suis parti en plein milieu d'un cours et j'ai conduit trois putains d'heures depuis le Massachussetts pour effacer encore une fois la mémoire de ton internat. Alors ce n'est pas à moi qu'il faut faire des reproches mais à toi-même ! explosa Charles avant de poser la main sur la portière.

- Ne sors pas c'est dangereux, fit remarquer froidement la jeune fille en désignant les quelques voitures qui roulaient à vive allure dans les deux sens.

Charles sembla peser le pour et le contre et finalement resta à l'intérieur, luttant pour retrouver son calme. Mais Erik pouvait sentir la tempête d'émotions qui bousculait Charles : tristesse, peur, culpabilité, angoisse… Il ne fut pas surpris, considérant la jeunesse du télépathe à cette époque, de le voir soudainement pleurer en penchant sa tête sur le volant.

- Je suis désolée Charles, je ferai plus attention la prochaine fois, dit la jeune femme qui paraissait étonnée de voir son frère ainsi.

- Tu ne comprends pas, souffla le télépathe en redressant la tête quand il parvint à calmer ses sanglots. Tu es ma seule famille, je ne peux pas te perdre Raven. Ils finiront par te faire du mal s'ils savent. Je t'ai fait une promesse concernant mes pouvoirs, tu te souviens ?

- Tu ne liras jamais mes pensées, rappela Raven.

- Aujourd'hui, je veux que ce soit toi qui me fasses une promesse, fit Charles gravement. J'aimerais que tu fasses tout ce que tu peux pour maîtriser complètement ta mutation et ne jamais laisser voir ta forme bleue à quiconque.

Charles, comme Erik voyait que cette promesse coûtait à Raven, la blessait. Mais Charles songeait que celle qu'il lui avait faite dans le passé l'avait autant fait souffrir car cela signifiait qu'elle n'avait pas entièrement confiance en lui. Mais elle acquiesça silencieusement en ajoutant :

- Mais quand les gens seront prêts à nous accepter, je ne tiendrai peut-être pas cette promesse.

- Ça me va, assura Charles. Cachée jusqu'à ce que le monde soit sûr pour toi.

Pourtant Erik sentit comme une brisure en Charles. Il venait de condamner la mutation de sa sœur, de la traiter comme une chose honteuse alors qu'il savait qu'elle devrait en être fière. Il avait menti à Raven en insinuant qu'il la trouvait laide sous sa vraie forme mais si cela pouvait la protéger, il acceptait ce mensonge et la rancœur que sa sœur lui porterait sans doute quand elle aura l'âge et la maturité de ne plus être obligée de suivre ses conseils.

Erik sentit que tout devenait trouble et ne lutta pas pour rester dans cette voiture avec Charles et Raven. Il se laissa emporter jusqu'à ressentir de nouveau les mains, maintenant tremblantes, de Charles sur les côtés de son visage.

- Le monde ne sera jamais sauf pour les mutants alors tu condamnes ta sœur à se cacher pour le reste de sa vie, conclut Erik.

Il n'y avait aucun jugement dans sa voix, juste une triste constatation à laquelle Charles répondit :

- Oui, nous ne connaîtrons peut-être pas un monde paisible de notre vivant mais j'essaierai quand même. Et j'espère voir un jour Raven marcher fièrement sous sa véritable forme.

- Tu devrais lui en parler, je suis sûre qu'elle apprécierait de comprendre les véritables raisons de ta réticence, conseilla Erik.

- Non je ne peux pas, trancha Charles en laissant inconsciemment retomber ses mains sur les épaules d'Erik.

- Tu ne veux pas, rectifia le mutant calmement. Elle peut apprendre à s'aimer tout en restant prudente sur l'utilisation de ses pouvoirs si c'est vraiment nécessaire.

- Alors je m'en remets à toi car cela fait depuis longtemps que Raven et moi ne pouvons parler de sa mutation sans nous disputer, dit Charles en calant son dos dans le fauteuil. Mais toi, elle t'écoutera car je la connais assez pour affirmer qu'elle a un faible pour toi.

- Cela m'étonnerait, fit froidement Erik. Hank et elle s'entendent très bien.

Charles sentit Erik se crisper contre ses jambes et d'instinct, il pressa ses doigts contre ses épaules dans une vaine tentative de l'apaiser. Le télépathe, malgré la tentation, ne chercha pas à savoir pourquoi cette remarque semblait tant contrarier Erik. Il savait qu'il appréciait Raven malgré son immaturité alors il fut intimement convaincu que son ami avait du mal à accepter les compliments ou les preuves d'affection.

- Oui c'est vrai. Ils s'entendent très bien, admit Charles vaguement.

- Mais ? soupira Erik, devinant que son ami n'avait pas exprimé le fond de sa pensée.

- Ils ont tous les deux honte de leur mutation, pour des raisons différentes. Hank a honte à cause de lui-même, Raven a honte à cause de moi, expliqua le télépathe.

- Ne sois pas si dur avec toi-même….

- Donc, reprit Charles en ignorant l'intervention d'Erik. Quand Raven deviendra plus sûre d'elle, Hank et elle ne pourront plus s'entendre.

- Pourquoi ai-je l'impression que c'est ce que tu veux ? demanda Erik.

- Parce que c'est le cas, vraiment. J'aimerais que Raven s'épanouisse mais je sais que ce ne sera jamais grâce à moi… Alors je me disais que tu pourrais peut-être l'aider ?

- Je l'aiderai à devenir Mystique, assura Erik avec un sourire amusé.

- Tu n'aimes pas les noms de code, constata Charles.

- Je n'aime pas l'idée d'être privé de ma véritable identité c'est tout, répondit sombrement le mutant.

- Je comprends ce que tu ressens, acquiesça le télépathe qui remarqua le brusque malaise d'Erik. Mais l'intention n'est pas de te priver de ton identité, mais de la protéger.

- Cela n'a pas protégé Darwin d'avoir ce pseudonyme, laissa échapper Erik mais il regretta immédiatement quand il se tourna vers Charles et remarqua son air peiné.

- Ne t'excuse pas Erik, fit Charles quand il vit Erik sur le point de parler à nouveau.

- Je suis désolé, dit pourtant Erik. Tu me connais assez pour constater mon indélicatesse…

- C'est bien pour ça que je n'attendais aucune excuse ! répliqua le plus jeune dans un sourire fade.

- Encore ce sourire faux, constata le mutant en se redressant sur ses genoux pour faire face à Charles.

- Je n'y peux rien, c'est comme toi et ta rudesse…

Erik remonta la manche de son avant-bras gauche pour y dévoiler la série de chiffre de son tatouage d'identification.

- 2,1,4,7,8,2… Pendant presque un an c'était ma seule identité sauf quand Schmidt voulait se donner un semblant d'humanité en m'appelant par mon nom. Je ne veux plus… Je ne veux plus qu'on me désigne sous un nom que je n'ai pas choisi, fit Erik dont la voix ne devint qu'un murmure.

- Personne ne t'appellera Magneto si tu n'en as pas envie, promit Charles en laissant malgré lui ses yeux glisser sur le tatouage.

Quand Erik trouva son regard trop insistant, il couvrit son bras. Le télépathe releva les yeux et le fixa curieusement comme pour chercher un autre sens à son geste. Était-ce de la pudeur ? De la honte ? Ou juste une façon de clore la discussion ? Charles choisit la dernière interprétation et poussa légèrement sur l'épaule d'Erik pour l'inciter à se reculer. Il se leva alors et parcourut la pièce de ses yeux.

- Raven t'a installé dans la chambre de mes parents, informa-t-il en longeant les étagères pleines de livres.

- C'est un problème pour toi ? demanda Erik en se levant à son tour.

- Non, mais je n'étais jamais resté aussi longtemps dans cette pièce, admit Charles après un léger silence.

- Tu n'avais pas de bonnes relations avec tes parents…

- Je n'ai pas beaucoup connu mon père. Quant à ma mère… C'est compliqué…

- J'aimerais que tu m'en parles, si tu veux bien. Tu as vu à quel point mon enfance était heureuse avant la guerre, ma famille était aimante et unie. Tu sais tout cela grâce à ta télépathie et je ne t'en veux pas pour cela. Seulement, moi, je ne sais pas grand-chose de toi, et je trouve ça injuste et désarmant, admit Erik.

- Je n'ai pas tout vu de toi, assura Charles. Quand je suis entré dans ta tête, je ne cherchais pas ton passé mais tes intentions. Ce que j'ai vu n'était qu'un maigre résumé de ta vie mais assez détaillé pour effectivement savoir que la guerre t'a tout pris… Alors comment te parler de moi, qui suis né dans un milieu très favorisé, sans te faire d'affront ?

- Je faisais partie d'un milieu assez favorisé moi aussi, avant la déportation, dit Erik. Et j'ai connu des amis très riches mais très malheureux à cause de leurs parents trop exigeants, trop autoritaires…

- Des parents qui veulent des enfants pour en faire les portes drapeaux des traditions familiales… Mais moi, je n'étais pas un enfant désiré, enfin pas par ma mère en tout cas, avoua Charles en sortant un livre de la bibliothèque.

- Je suis désolé pour toi, fit Erik sincèrement.

Il avait trop apprécié l'amour de sa mère pour ne pas être ému du manque de son ami qui souriait pourtant en feuilletant ce qui était en fait un album photo.

- Tiens regarde, c'est la photo de mariage de mes parents, dit Charles en tendant l'album à Erik.

- L'ironie fait que tu ressembles beaucoup à ta mère !

- N'est-ce pas ?

Erik fut tenté de feuilleter l'album photo mais se retint. Le télépathe finit par le reprendre et le ranger à sa place, preuve pour Erik qu'il ne souhaitait pas lui montrer plus.

- Tu vas trouver ça paradoxal mais j'éprouve un très grand respect pour ma mère, reprit Charles en se tournant franchement vers Erik.

- Effectivement. Mais j'imagine que tu vas m'expliquer ? répondit Erik.

- Oui, si tu as du temps devant toi, fit le télépathe en regardant ostensiblement vers l'horloge qui affichait déjà deux heures passées.

- Je n'ai aucune envie de dormir.

Charles acquiesça alors et retourna s'assoir dans le fauteuil. Erik jugea le second siège trop éloigné pour une discussion aussi personnelle, il choisit alors de s'assoir sur la table basse devant Charles qui l'observa avec un air étonné avant de commencer :

- Ma mère n'a jamais voulu d'enfant mais elle est tout de même tombée enceinte après quelques mois de mariage. Elle a passé les premiers mois de sa grossesse à prier pour que je n'arrive pas à terme.

- C'est terrible, fit Erik qui fit tout pour masquer l'air indigné qui menaçait de s'afficher sur son visage.

- Oui, surtout pour elle, affirma Charles. Tout le monde s'extasiait sur le fait qu'elle attendait un enfant mais elle n'arrivait absolument pas à s'en réjouir. Imagine un peu sa solitude et sa culpabilité ! Elle pleurait tous les jours car elle savait qu'elle ne saurait pas m'aimer comme une mère devait aimer son enfant. Mais elle a essayé. Elle m'a allaité en espérant créer un lien entre nous mais l'instinct maternel n'est jamais venu.

- J'imagine qu'elle n'a donc pas été la mère idéale pour toi…

- Oui et non. Elle n'était pas affectueuse, à vrai dire, je n'ai pas beaucoup de souvenirs d'enfance avec elle puisqu'elle me laissait à ma nourrice dès qu'elle pouvait. Mais le peu de temps que je passais avec elle, elle se montrait toujours agréable avec moi. Un peu comme une gentille parente éloignée qui se sentait pas assez proche de moi pour témoigner son affection. De son point de vue, j'étais un peu comme un étranger. Quand elle me regardait, elle ne voyait pas son fils, juste un enfant dont elle avait la charge. Et je sais qu'elle culpabilisait de cela. Mais je n'arrive pas à me dire qu'elle était une mauvaise mère. Elle a fait ce qui lui semblait juste pour que je sois heureux. Elle n'a jamais été vindicative ou violente et je ne peux pas lui reprocher de ne pas m'avoir aimé.

- Ce doit être étrange pour toi te connaître les pensées de ta mère mais quelque part, ça t'aide à comprendre et accepter.

- Pas tant que cela, j'avais déjà compris et accepté avant que ma télépathie se déclare. Ma mère n'a jamais menti, elle n'a jamais feint une quelconque affection pour moi. Alors je crois que j'ai vraiment commencé à l'apprécier à partir de ce moment car je ne contrôlais pas mon pouvoir et elle était la seule personne sincère avec moi. Par exemple, ma nourrice qui m'avait donné tant d'affection et répondu à tous mes besoins ne le faisait que pour l'argent et en réalité elle me trouvait agaçant. Alors je préférais mille fois l'indifférence sincère de ma mère que l'attention intéressée de ma nourrice.

- Et tu n'as pas souffert de cette indifférence ? s'étonna Erik.

- Avant ma télépathie, oui. Je me demandais ce que j'avais bien pu lui faire pour ne pas être aimé, mais après j'ai su que ce n'était pas de ma faute. Elle n'éprouvait aucune rancune à mon égard, bien au contraire, elle se sentait coupable et s'isolait dans la serre à observer ses roses. Nos relations se sont améliorées ensuite au point que parfois, nous passions des après-midi à lire ensemble sur la terrasse.

- Et elle a adopté Raven si j'ai bien compris, fit le mutant quand Charles s'interrompit.

- Oh, oui, sourit Charles avec un sourire. Raven t'a déjà raconté comment nous nous sommes rencontrés. Je l'ai ensuite caché ici pendant quelques semaines mais ma mère a fini par la surprendre. Raven prenait mon apparence alors je ne sais pas comment ma mère s'est doutée de la supercherie. J'ai choisi de lui dire la vérité un peu plus tard, cachant la mutation de Raven et lui expliquant qu'elle était maltraitée chez elle, ce qui était malheureusement vrai. Nous avons ensuite eu la plus grosse dispute de notre vie quand ma mère a refusé que Raven vive ici. Je n'ai pas pu l'empêcher de la reconduire chez elle mais quand elle a vu l'environnement dans lequel Raven vivait, elle n'a pas pu se résoudre à la laisser et a envoyé son avocat régler l'adoption.

- Ta mère qui ne voulait pas d'enfant s'en est retrouvée avec deux, fit remarquer Erik.

- Oui, répondit Charles. Et elle a offert à Raven les mêmes conditions de vie que moi. Elle ne nous aimait pas comme une mère mais elle s'est très bien occupée de nous et a été présente quand j'ai eu le plus besoin d'elle.

Erik nota l'hésitation de Charles à la fin de sa phrase et attendit patiemment que son ami développe, ce qu'il finit par faire quand il vit la curiosité dans son regard :

- Enfant, ma télépathie était plutôt simple à maîtriser. Je ne lisais que les esprits à proximité, un seul à la fois… Mais à l'adolescence elle s'est brusquement amplifiée, sans aucun contrôle. Imagine recevoir de plein fouet des dizaines de pensées à la fois, de personnes situées plus ou moins loin de moi… J'ai cru devenir fou, plus encore que la première fois. Raven ne pouvait pas beaucoup m'aider, elle n'avait pas la maturité pour… D'un point de vu extérieur, mes symptômes ressemblaient à des troubles psychiatriques qui auraient nécessité un internement. Mais ma mère a toujours fermement refusé les suggestions des médecins qui allaient dans ce sens. Bien évidemment, les traitements médicamenteux qu'on me donnait ne servaient à rien du tout, sauf à dormir. J'ai fini par être désespéré de mon état au point de… Bref, ma mère m'a aidé et m'a cru sincèrement quand je lui ai avoué être télépathe. Cela l'effrayait mais elle savait que je ne mentais pas. J'ai fini par maîtriser ma télépathie, du moins à la rendre vivable. Cela m'a pris une année durant laquelle je n'ai pas pu être scolarisé. Ce n'était pas bien grave étant donné que j'avais déjà de nombreuses années d'avance. Et puis j'ai aussi décidé de ne pas lire constamment les pensées des gens, d'instaurer mes limites et de les respecter scrupuleusement. Quelque part, c'est ma mère qui m'a inspiré cet éthique, parce que l'idée de pouvoir scruter la moindre de ses réflexions sans qu'elle le sache me dérangeait. Alors tu vois que finalement, même si elle n'a pas été une mère idéale, elle m'a beaucoup apporté…

Le sourire de Charles était à la fois triste et nostalgique. Erik l'observa intensément alors qu'il méditait ses révélations. La difficulté de sa télépathie, sa probable tentative de suicide puis l'aide apportée par sa mère, le tout dans un détachement perturbant. Charles avait raconté son histoire comme si ce n'était pas vraiment la sienne, utilisant surtout le point de vue de sa mère. Le télépathe n'en avait probablement pas conscience lui-même mais cela confirmait à Erik que son ami avait du mal à se livrer aux autres, alors qu'il pouvait tout entendre…

- Ta télépathie t'a aveuglé, constata Erik en secouant la tête. Elle t'a aidé à ne pas culpabiliser à propos de ta mère mais t'a aussi empêché de réaliser à quel point tu as manqué d'amour. Je crois que ton histoire est plus triste que la mienne finalement.

- Il n'y a rien de malheureux dans mon passé, contredit Charles.

- Tenter de mettre fin à ses jours ce n'est pas ce que j'appelle être heureux ! railla le mutant.

- Dans mon cas, cela n'avait rien à voir avec le fait d'être heureux ou non ! C'étaient juste ces voix dans ma tête que je ne supportais plus…

- Mais tu les as acceptées quand ta mère t'a sauvé, quand elle t'a enfin donné de l'attention…

- Je n'aurais jamais dû t'en parler, regretta Charles. Ce n'est pas parce que tu souffres que tu dois m'inventer aussi des tourments.

- Ose me dire, droit dans les yeux, que j'ai tort, défia Erik en fixant les yeux de Charles.

- Je vais me coucher, siffla le plus jeune en se levant.

- La fuite, encore, commenta le mutant. Quand quelque chose te déplait, tu pars. Dans l'atelier de ta grand-mère, dans ton souvenir avec Raven, maintenant…

- Mais que cherches-tu Erik ? soupira-t-il presque douloureusement avant de se rassoir. Tu as remarqué que la mort de Darwin me rendait plus sensible, d'accord. Mais que veux-tu à la fin ? Pourquoi insistes-tu ? Je croyais que tu étais mon ami mais là j'ai le sentiment que tu veux me briser.

- La seule chose que je veux briser ce sont les mensonges que tu te racontes à toi-même, répliqua Erik. Je t'ai dit que j'avais vu sous le masque et il n'y a pas que des mauvaises choses mon ami ! Bien au contraire, j'y ai aussi trouvé des choses que j'aime.

- Je serais bien curieux de savoir quoi, ricana Charles.

- Ta violence par exemple, déclara Erik. Tu t'es forgé un idéal de pacifisme mais là maintenant je suis sûr que tu aimerais me mettre ton poing dans la figure.

- Tu n'imagines même pas ! lâcha le télépathe en secouant la tête.

- Qu'est-ce qui t'empêche d'essayer ? Parce que tu sais clairement que tu n'as aucune chance d'y arriver…

- Peut-être parce que je sais clairement que je n'ai aucune chance d'y arriver ?

- Et si je te laisse faire, comme ça ? dit Erik en tendant la joue.

- Je ne veux pas te faire mal…

- Ne t'ai-je pas fait mal avec mes mots ?

- Tu as simplement dit la vérité, avoua Charles à sa grande surprise, prenant alors conscience qu'il s'était voilé la face depuis le départ.

Il fut choqué de sa propre constatation, tellement qu'il n'entendit pas ce qu'Erik lui répondit. L'horreur de voir toutes les certitudes qu'il s'était inventé se briser l'angoissa tellement qu'il manqua d'air et porta instinctivement la main à sa gorge. Il sentit à peine la main d'Erik enserrer son bras et reprit ses esprits uniquement quand il sentit le froid de la nuit sur ses joues. Il jeta un regard hébété à la fenêtre grande ouverte mais savait que ce n'était pas la fraicheur qui le faisait trembler. Pourtant, le buste presque collé à son dos, Erik frotta ses bras avant de l'étreindre. Le geste fut si bref que Charles se demanda s'il ne n'avait pas imaginé. Puis il sentit Erik s'éloigner de la fenêtre mais lui, il resta, incapable du moindre mouvement. Les yeux rivés sur la nuit, il laissa ses mains se poser sur la rambarde métallique de la fenêtre, qui, sous l'impulsion d'Erik, se mit à vibrer doucement. Charles sourit en comprenant qu'Erik maintenait le contact entre eux à sa façon, ressentant la chaleur de sa peau sur le fer forgé. Il sera plus fort la barre et ne put empêcher les larmes silencieuses de couler sur ses joues mais il les balaya d'une main ferme. Le métal ondula sous ses doigts lui donnant l'impression de ne tenir qu'un fil mou avant de reprendre sa forme originelle faisant comprendre à Charles qu'Erik cessait de le contrôler.

- C'est sans doute un peu cliché mais je ne suis pas doué pour garder mes amis, murmura Erik.

Charles ne l'avait pas senti se rapprocher pourtant, son souffle était proche de son oreille.

- Et moi je ne suis pas doué pour m'en faire, répliqua Charles immobile.

- Cela veut donc dire que notre amitié est éphémère ? interrogea le mutant en posant à son tour les mains sur la rambarde de la fenêtre en maintenant cependant son buste à distance du dos de Charles.

- Je ne sais pas, je n'avais jamais eu d'amis comme toi, avoua le télépathe.

- Mon dernier ami, avant toi, est mort dans mes bras, murmura Erik.

Charles sentit le métal se tordre sous la révélation et par réflexe, il éloigna ses mains pour les poser sur celles d'Erik.

- Il n'y a pas meilleur endroit que les bras d'un ami pour mourir, souffla Charles.

- Je ne veux pas que tu meurs, fit alors Erik en laissant une main quitter la rambarde pour encercler la taille de Charles.

- Ça tombe bien, je ne compte pas mourir, répondit le télépathe en se tournant doucement pour faire face à Erik sans rompre son étreinte inconsciente. Mais Erik s'éloigna tout de même, le regard troublé et les dents serrées.

- Il n'en avait pas non plus l'intention. Sais-tu qui se passait à Auschwitz ?

- Je suis désolé, fit Charles face à son ignorance.

- Comment pourrais-tu pu le savoir alors que les allemands de la RFA commencent tout juste à se rendre compte de l'horreur nazi ? Et à vrai dire, je suis plutôt soulagé que tu n'aies pas vu suffisamment dans ma tête pour savoir… Que sais-tu ?

- Je suis désolé, répéta le télépathe. Ce qui s'est passé en Europe entre les années 30 et la fin de la guerre m'est presque inconnu. Et j'espère que tu ne m'en voudras pas si je te dis que je ne m'étais jamais posé la question avant de te connaître.

- Mieux vaut un honnête ignorant que qu'un négationniste… Mais tu ne m'as toujours pas dit ce que tu savais…

- Je sais qu'Hitler a fait déporter des millions de gens vers des camps de concentration et que vous étiez traités plus cruellement encore que des animaux, déclara Charles en posant sa main sur l'avant-bras gauche, à l'emplacement exact du tatouage d'Erik. J'ai vu ce que Shaw t'a fait alors je sais très bien que ce qui s'est passé est bien pire que je ne peux l'imaginer. Je le vois dans ta douleur, dans les larmes que tu refoules. Tu ne veux pas que ton passé te définisse mais tu es trop hanté pour le laisser derrière toi.

Quand mon ami est mort, son corps était si maigre qu'il ne pesait presque rien et pourtant, nous étions trop faibles et avons dû le soulever à trois pour l'emmener au four crématoire. Je me souviens encore des crépitements des flammes, de l'odeur dont la simple évocation me donne maintenant la nausée… Alors je n'ai pas eu de mal à imaginer Darwin, consumé vif de l'intérieur… Mais Raven, Alex, Hank et Sean l'ont vu de leurs propres yeux et c'est de ma faute car je n'ai pas pu éliminer Schmidt avant…

Erik aurait voulu exprimer cela à voix haute mais en fut incapable. Ces mots restèrent bloqués dans son esprit, espérant que Charles lise ses pensées tout en craignant qu'il le fasse. Quand il fut certain que Charles n'avait pas utilisé sa télépathie, il déclara seulement :

- Tu as vu ce que Schmidt m'a fait, et tu as vu aussi que pas une fois mon pouvoir ne s'est retourné contre lui… Je l'ai laissé me forger comme il le voulait…

- Je sais...

Le télépathe ne chercha pas à déculpabiliser Erik. La rancœur qu'il éprouvait envers lui-même était bien trop grande pour que de simples mots de réconfort ne puissent l'apaiser. Alors Charles se contenta de l'étreindre fermement, tout en déclarant :

- Je ne chercherai pas d'informations sur Auschwitz et les autres camps. Pas parce que je ne me sens pas concerné mais par pudeur et respect pour toi qui lutte pour te détacher de ton passé. Mais si tu ressens le besoin de parler…

Pour seule réponse, Erik soupira contre les cheveux de Charles. Il exprimait son soulagement et sa reconnaissance alors qu'il en était incapable avec des mots. Charles était le seul à connaître autant de détails sur sa vie et pourtant il ne se montrait pas avide et ironiquement, il n'aurait pas supporté que le télépathe fasse preuve d'autant d'acharnement que lui-même quand il l'avait poussé à se confier. Car la différence entre eux, était que Charles se retenait de parler quand Erik en était simplement incapable. A chaque fois qu'il avait tenté de poser des mots sur son ressenti, cela lui semblait faux, tout comme la prétendue compréhension des médecins qu'il avait vu après la guerre. Depuis, cette crainte de l'indifférence, bien plus que la pitié, l'avait poussé à rester muré dans le silence. Mais Charles, lui, n'était ni indifférent ni excessivement touché par le vécu d'Erik. C'était sans doute ce qui avait permis au mutant de mentionner son passé comme il ne l'avait jamais fait auparavant. Mais surtout, pour la première fois, il avait envie d'en parler, cependant, il ne savait pas encore comment le faire.

- Un jour je t'en parlerai, finit-il par murmurer. Il faut que tu saches jusqu'où est capable d'aller l'espèce humaine quand elle est guidée par la haine. Un jour tu comprendras pourquoi je ne partage pas ton espoir et ton indulgence pour les humains… Un jour…

Un jour, ils paieront tous le prix de leur approbation silencieuse et de leur lâcheté. Je ne laisserai pas les erreurs du passé se reproduire…


Note de fin de chapitre : au début des années 60, à ce que j'en sais, l'Holocauste était encore entouré d'une sorte de tabou (surtout pour les deux Allemagnes de l'époque) et, hormis les survivants, seule une poignée de gens était informée sur l'horreur des camps de concentration. D'où l'ignorance de Charles, ça et le fait qu'il n'avait aucune raison de chercher à s'en informer avant de rencontrer Erik. Je pense que ce n'est qu'à partir de l'arrestation d'Adolph Eichmann- le planificateur de la Solution Finale- en mai 1960 que le monde s'est de nouveau « intéressé » aux agissements des nazis quand ils étaient au pouvoir. Parce que cette affaire a pris une ampleur mondiale, sachant que beaucoup de nazis ont fui à la fin de la guerre, empruntant la « Route des Rats » pour arriver en Amérique Latine, notamment en Argentine, comme Eichmann. Ce dernier sera mentionné dans le chapitre suivant, d'où mon explication ici.
Et pour en revenir à Erik je trouve très plausible que dans sa quête pour retrouver Schmidt, il se soit aussi intéressé, et peut-être même participé, à la traque des nazis comme ont pu le faire des gens comme Simon Wiesenthal ou encore Serge et Beate Klarsfeld.

Désolée pour cette note un peu longue, mais j'essaie vraiment de rester cohérente, que ce soit sur les camps de concentration ou sur l'après-guerre. Mais il y a peut-être des erreurs, alors si vous en relevez, n'hésitez pas à m'en faire part car ce n'est pas évident de garder en tête l'époque d'Erik et Charles sans être tentée d'y inclure le point de vue et les connaissances actuels…