Chapitre 9

« L'homme hait son ennemi, parce qu'il hait sa propre haine. Il se dit : c'est lui, l'ennemi, qui fait de moi un être capable de haine ; je le hais, non parce qu'il est mon ennemi, non parce qu'il me hait, mais parce qu'il engendre ma haine. »

Elie Wiesel

Westchester, New York – Mardi 23 octobre 1962

Charles regrettait ce qui s'était passé avec Erik. Enfin pas ce qu'ils avaient fait mais les conséquences sur son esprit. Il avait goûté à la fusion totale de ses pensées à celles d'Erik, c'était quelque chose qu'il n'avait jamais connu, quelque chose qui l'avait lié à son ami de façon durable. Il n'avait pas eu conscience des risques. Il avait cru que ce ne serait qu'un échange tendre et sans incidence sur lui mais il se sentait maintenant vide et terriblement seul depuis qu'Erik avait quitté sa chambre cette nuit.

Erik ne l'évitait pas mais il ne cherchait pas non plus à lui parler. Il semblait que son ami était dans une attitude de négation, agissant comme d'habitude mais avec une légère distance. Charles faisait bonne figure, il ne voulait pas montrer à Erik qu'il était affecté par son indifférence.

- Est-ce que tu vas bien ? Tu sembles un peu distant, fit remarquer Moira qui était venue s'assoir à côté de lui dans la cuisine.

Charles réprima un sourire ironique. Erik était distant avec lui, lui l'était avec Moira. Cela sonnait comme une mauvaise comédie romantique.

- J'ai juste besoin de me focaliser sur la mission à venir, répondit le télépathe.

- Erik aussi semble nerveux, dit la jeune femme.

- J'imagine qu'il prend les choses plus personnellement…

Charles se leva. Il n'avait aucune envie de parler d'Erik, surtout pas avec Moira. Alors il songea qu'il devait faire plus attention pour ne plus paraître préoccupé…

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Erik était clairement de mauvaise humeur et le montra toute la journée en gardant les dents serrées et les sourcils froncés. Il ne savait pas ce qui le contrariait autant, il n'était pas sûr que ça ait rapport avec Charles. Il se sentait juste déphasé et il ne supportait pas d'être indécis. C'était sans doute pour tenter de chasser sa contrariété qu'il passa une bonne partie de l'après-midi à faire du sport.

En fin de journée, Moira reçut un appel de la CIA qui leur demandait de se tenir prêts à partir pour Cuba. La localisation de Shaw avait été précisée et les flottes soviétiques avançaient dangereusement vers l'île.

Le seul à paraître détendu et confiant était Charles. Erik en fut agacé alors il ne lui adressa pas la parole de la soirée. Quelque part, il savait que ce n'était que son apparence mais il était contrarié de le voir rassurer Moira sur le déroulé des opérations. Il partit donc se coucher plus tôt que les autres.

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Westchester, New York – Mercredi 24 octobre 1962

Charles voyait le soleil se lever et il se rendit compte qu'il n'avait pas dormi cette nuit. Il s'était allongé sur son lit la veille, sans même prendre le temps de se changer, et était resté les yeux dans le vide. Un mal de tête pulsait en rythme dans son crâne, l'empêchant de réfléchir avec cohérence. Et quand il entendit la porte de sa chambre s'ouvrir, il réagit à peine. Il vit le regard inquiet d'Erik sur lui mais il resta amorphe, incapable de se redresser ou de formuler une phrase correcte.

Erik posa le jus de fruit et la barre de céréales sur la table de nuit et s'assit doucement sur le lit, continuant d'observer Charles. Ce dernier savait qu'Erik ne savait tout simplement pas quoi faire. Il ne comprenait sans doute pas son manque de réaction.

- Aspirine, parvint à souffler Charles.

Erik acquiesça et ouvrit le tiroir de la table de nuit pour prendre les comprimés tandis que Charles se redressait difficilement. Une fois l'antidouleur avalé, Erik insista pour qu'il mange aussi la barre de céréales. Charles céda uniquement pour ne pas l'entendre parler car même cela était douloureux. Conscient de l'état du télépathe, Erik alla fermer les rideaux pour réduire la luminosité de la pièce.

- Tu dois dormir, pas d'entraînement pour toi aujourd'hui, décida le mutant.

Charles n'avait pas la force de résister alors quand Erik l'aida à retirer ses vêtements, il se laissa faire et se glissa dans son lit. Puis Erik s'éloigna pour quitter la pièce. Charles avait envie que son ami reste avec lui, la solitude lui faisait peur. Pourtant, il n'arriva pas à articuler son souhait, ni même à le transmettre télépathiquement. Il se sentit vide et seul quand la porte se referma et ce sentiment resta jusqu'à ce que le sommeil vienne enfin l'apaiser.

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Quand Charles se réveilla, le visage de Raven était au-dessus du sien et affichait un air à la fois inquiet et réprobateur.

- Tu as dormi toute la journée, reprocha-t-elle.

- J'ai une migraine. Il est quelle heure ? demanda le télépathe, la voix pâteuse.

- Vingt-heure, annonça la jeune femme.

- Bon sang, soupira Charles en se frottant les yeux. Du nouveau concernant Cuba ?

- Non, assura Raven.

- Je pense que je peux redormir alors…

- Je t'ai fait un sandwich. Mange-le et ensuite tu pourras reprendre ta nuit.

- Merci, dit-il en prenant l'assiette que Raven lui tendait.

- Tu veux que je te raconte la journée ?

- Pas besoin, je sais déjà. Sean a fait une mauvaise blague en utilisant sa voix pour désorienter le système auditif de Hank qui a vomi son petit-déjeuner. Moira a mal aux avant-bras, tu frappes trop fort, Raven. Alex a envoyé Erik balader quand il a proposé de me remplacer pour son entraînement et Erik l'a mal pris, il s'est vengé sur Sean et a encore tenté, sans succès, de trouver le trombone que j'ai caché. C'était une journée plutôt calme je pense, même si nous sommes tous un peu nerveux.

Raven acquiesça. Charles savait qu'il ne s'était pas trompé. Seul son corps avait dormi, son esprit et sa télépathie avaient continué de vagabonder un peu partout, lui rendant les pensées des autres sous forme de visions un peu flou, plus réalistes que des rêves mais un peu moins que la réalité.

Quand Charles eut terminé de manger, Raven reprit l'assiette sans un mot et déposa un baiser sur sa joue avant de partir. Elle savait que Charles avait encore besoin de repos. Le télépathe se leva difficilement pour faire un tour dans la salle de bain et en profita pour passer de l'eau sur son visage et se brosser les dents. Un peu plus réveillé, il enfila un pyjama et retourna au lit où il s'endormit instantanément.

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Westchester, New York – Jeudi 25 octobre 1962

Charles avait été stupide d'imaginer que l'échange intime qu'ils avaient eu l'autre nuit ne changerait pas leur amitié. Il avait tellement pris pour acquis leurs sentiments amicaux, confirmés par sa télépathie, qu'il n'aurait jamais cru qu'ils en arriveraient là. Ils ne s'étaient pourtant pas disputés et personne n'avait remarqué la distance entre eux. Charles en était certain car connaissant Raven, si elle avait eu le moindre doute, elle lui en aurait parlé… Pourtant, il y avait maintenant une forme de superficialité dans leurs liens, comme s'ils jouaient leur propre rôle pour nier qu'ils avaient été au-delà de l'amitié. Et cela faisait énormément souffrir Charles quand il y pensait. Il ne savait pas si c'était à cause de ce qu'il ressentait pour Erik ou à cause de l'indifférence de son ami…

Reposé après une journée entière à dormir, Charles fut réveillé avant qu'Erik arrive. Le mutant avança silencieusement vers lui et posa le petit-déjeuner habituel sur la table de nuit.

- Ça va mieux ? demanda-t-il.

- Oui, répondit Charles.

- Bien. Ne sois pas trop en retard, déclara Erik avant de quitter la pièce.

Dans une impulsion, Charles envoya un poing rageur frapper son matelas. Plusieurs sentiments le perturbaient : colère, déception, tristesse… Mais celle qui se démarquait était la rancune. Il en voulait à Erik de l'avait rendu si dépendant affectivement en lui ouvrant sans retenue les portes de son esprit pour ensuite les refermer aussi sec. Son ami n'avait pas conscience de la douleur émotionnelle d'une telle privation. Mais Erik n'était pas le seul fautif, Charles le savait bien. Il n'aurait simplement pas dû céder à la tentation d'explorer l'esprit le plus fascinant qu'il avait pu rencontrer jusque-là. Il aurait dû se douter qu'une personne aussi complexe qu'Erik serait nocive pour lui…

Prenant sur lui, il se leva et prit son rapide petit-déjeuner. Et comme d'habitude, il parvint à garder son masque de sûreté durant la journée entière, à la fois soulagé que personne ne remarque son trouble mais frustré d'être aussi incompris.

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Westchester, New York – Vendredi 26 octobre 1962

Ils étaient tous sous tension, prêts à quitter le manoir à la moindre alerte de la CIA. Hank travaillait d'arrache-pied sur les finitions leurs uniformes tandis que les autres, exceptée Moira, travaillaient sur leurs pouvoirs. Même Charles prenait le temps de s'exercer, principalement sur ses barrières psychiques, les baissant et les reconstruisant le plus vite possible.

Erik, lui, avait retenté sans succès, de déplacer la large parabole. Il avait senti sa prise et peut-être avait-elle bougé de quelques centimètres mais rien de comparable avec sa prouesse de la dernière fois. Un peu frustré, il était reparti à la recherche du trombone caché qu'il trouva finalement dans une boite en plomb dans le placard des toilettes du premier étage.

Depuis ces derniers jours, tous ne faisaient que se croiser brièvement et étaient bien trop fatigués le soir pour se retrouver et partager des moments conviviaux comme ils le faisaient avant. Il y avait juste la veille où Charles avait toqué à la porte de Raven, deux sodas en main, pour discuter avec sa sœur. Raven avait remarqué l'inquiétude de Charles face à sa position de leader, elle-même avait du mal à le voir ainsi. Elle songeait souvent qu'Erik avait plus de force dans son caractère, qu'il était plus autoritaire et capable de diriger une équipe quand Charles se montrait parfois trop conciliant.

Raven savait que le trio Charles-Erik-Moira possédait des informations qu'ils n'avaient pas partagées avec le reste de l'équipe. Elle voyait souvent un air grave animer les traits des plus vieux et il n'était pas rare qu'elle surprenne une dispute concernant leur mission entre Charles et Erik. Les deux hommes étaient bornés et contrairement à d'habitude, la tension ne s'évaporait pas au bout de quelques heures. La jeune femme sentait que leur amitié était fragilisée par des opinions divergentes dont elle ne connaissait pas vraiment la nature. Quand ils se regardaient, un certain agacement animaient parfois leurs traits si bien que Raven se demanda si c'était entièrement lié à leur mission et non pas quelque chose de plus personnel.

- Vous êtes en froid Erik et toi ? avait-elle demandé en buvant son soda.

- Non, nous avons seulement quelques désaccords. Mais je dois admettre que je suis bien plus inquiet par tout ce que nous tous pourrions perdre à l'issue de ce conflit, avait répondu Charles.

Raven n'avait pas compris les paroles défaitistes de son frère qui s'était rattrapé avant qu'elle n'ait le temps de lui poser la question. Il avait enchaîné en assurant qu'ils étaient bien entraînés et qu'ils n'échoueraient pas mais la jeune femme avait vu l'inquiétude persistante dans les yeux du télépathe et fut vexée qu'il ne partage pas avec elle ses états d'âme. Elle n'avait pas insisté. Elle sentait depuis le début de cette aventure que Charles et elle s'étaient éloignés. Pas de façon brutale comme après une dispute, mais de façon plus subtile. Charles s'étant considérablement rapproché d'Erik et elle de Hank. Quand elle pensait à ce dernier, elle se sentait heureuse d'avoir trouvé un ami, petit-ami ? qui la comprenne, et qui partage ses inquiétudes quant à son physique. Pourtant, ses nombreuses discussions avec Erik concernant la fierté d'être mutant bouleversaient à chaque fois ce qu'elle prenait pour acquis. Elle pensait détester sa véritable forme mais après avoir discuté avec Erik, elle se surprenait à s'observer dans le miroir, complètement nue et bleue. Était-elle si laide ainsi ? Était-ce si mal d'être unique ? Cachée jusqu'à ce que le monde soit prêt à m'accepter, c'est ce qu'elle avait promis à Charles mais il ne comprenait pas ce que cela faisait d'être considéré comme laid. Elle savait qu'elle se montrait parfois injuste dans ses reproches mais elle supportait de moins en moins que son frère cherche à contrôler sa vie, à l'empêcher d'être elle-même et sans cesse s'inquiéter pour elle. Elle en avait assez d'être étouffée, elle souhaitait qu'il soit comme Erik, plus ouvert, plus compréhensif. Un sourire se dessinait toujours sur ses lèvres quand elle pensait à Erik. Il était beau, puissant, mutant et acceptait sa véritable forme. N'était-ce pas cet homme qu'elle devait suivre et non Hank qui n'aimait que sa forme superficielle ?

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Westchester, New York – Samedi 27 octobre 1962

Erik avait proposé une partie d'échec à Charles alors qu'ils savaient tous que le départ était prévu pour le lendemain. Le télépathe avait été surpris, songeant que cette soirée aurait normalement dû être celle où Erik voudrait être seul. Pourtant, il avait senti une réelle anxiété avant qu'il accepte le jeu et le verre qui l'accompagnait.

Ils avaient joué plusieurs parties sans parler, le silence était plutôt reposant et seuls quelques sourires animaient leurs traits quand une belle stratégie de jeu était soulignée. Charles ne s'était pas senti aussi détendu depuis plusieurs jours, cela lui avait fait beaucoup de bien. Seulement, son inquiétude revint aussitôt quand naturellement ils ré-abordèrent le sujet sensible de leur mission.

- Cuba. Russie, États-Unis. Il n'y a aucune différence, soupira Charles en déplaçant une pièce sur l'échiquier. Shaw a déclaré la guerre à l'espèce humaine, à nous tous. Il doit être stoppé.

Erik posa son verre sur la table derrière lui et détourna son regard du plateau, pour fixer attentivement son ami.

- Je ne vais pas arrêter Shaw. Je vais le tuer, dit-il avec calme avant de jouer à son tour sous le regard sévère du télépathe. Te sens-tu capable d'accepter ça ?

Charles se redressa, renonçant à sa position nonchalante sur son siège pour faire mine d'être intéressé par le jeu. Mais Erik n'était pas dupe, il voyait la déception chez son ami et se devait de préciser les choses.

- Tu sais depuis le départ pourquoi je suis là, Charles. Mais les choses ont changé. Demain, l'humanité saura que les mutants existent. Shaw, nous, ils ne feront pas la différence. Ils nous craindront. Et la peur se transformera en haine.

Charles, qui avait évité son regard, releva la tête et secoua la tête pour marquer son désaccord.

- Pas si nous empêchons une guerre. Pas si nous pouvons arrêter Shaw. Pas si nous risquons nos vies pour ça.

- Feraient-ils de même pour nous?

- Nous pouvons être des hommes meilleurs.

- Nous le sommes déjà, répliqua Erik avec un léger agacement visible sur ses traits. Nous sommes le prochain stade de l'évolution humaine, tu l'as dit toi-même !

- Non, non ! coupa Charles.

Il refusait d'écouter la suite, il n'acceptait pas que ses recherches et sa thèse alimentent un discours raciste et suprématiste contre les non-mutants. Ce n'était absolument pas le but de son travail ! Évitant une nouvelle fois le regard d'Erik, il but une longue gorgée de whisky, appréhendant la suite des propos de son ami.

- Es-tu vraiment si naïf pour croire qu'ils ne se battront pas contre leur extinction? demanda Erik, luttant pour que sa colère ne soit qu'à peine perceptible dans sa voix. Ou alors c'est de l'arrogance? insista-t-il quand il remarqua l'absence de réaction de Charles.

- Pardon?

Toujours penché, ses avant-bras reposant sur ses cuisses, Charles ne leva que les yeux, scrutant Erik avec froideur. Son ami venait-il vraiment de l'accuser de prétention ? Non, il avait probablement mal compris, Erik ne pouvait pas se méprendre autant à son sujet, pas après ce qu'ils avaient partagé ensemble durant toutes ces semaines !

Erik ne se démonta pas, avec tout le calme dont il fut capable, il exprima le fond de sa pensée et souligna l'obstination de Charles à nier le danger que représentaient les humains :

- Après demain, ils se retourneront contre nous. Mais tu refuses de le voir car tu penses qu'ils sont tous comme Moira.

Charles prit comme une provocation le fait qu'Erik mentionne Moira et ne put s'empêcher d'y répondre, sachant très bien ce qui atteindrait le plus son ami.

- Et toi tu crois qu'ils sont tous comme Shaw. Écoute moi attentivement mon ami, dit-il en marquant une pause volontairement longue. Tuer Shaw ne t'apportera pas la paix.

La voix du télépathe était douce et légèrement tremblante, comme s'il était profondément peiné par sa réflexion. Pourtant elle sonnait comme un avertissement qu'Erik ne souhaitait pas entendre.

- La paix n'a jamais été une option.

L'indifférence d'Erik glaça le télépathe. Que pouvait-il répondre à cela ? Il vit en Erik son propre échec, lui qui avait cru pouvoir l'aider à surmonter son passé, que son amitié serait suffisante. Peut-être avait-il raison : il était arrogant et naïf, et réaliser cela lui fit comme une déchirure dans son cœur. Cette mission contre Shaw était certainement la seule chose qu'ils réaliseraient ensemble. Il était inévitable que leurs chemins se séparent définitivement ensuite.

- Je ne chercherai pas à te faire changer d'avis. J'espère juste que tu reconsidèreras tes options quand nous partirons demain. Ne deviens pas bourreau à ton tour, au nom d'une prétendue supériorité…

Charles termina d'un trait sa boisson et sans attendre de réponse d'Erik, il quitta la pièce, laissant la partie d'échec inachevée. Il n'avait plus le cœur à jouer et n'aspirait qu'à s'enfermer dans sa bulle de solitude pour réfléchir à tous les cas de figures pour le lendemain.

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- Et merde ! jura Charles en envoyant son pied contre la caisse en bois sur le sol, la faisant glisser à travers l'atelier de peinture de sa grand-mère dans lequel il avait trouvé refuge.

Charles n'était pas quelqu'un de vulgaire mais sa colère et l'alcool le rendit plus impulsif. Déjà, Erik qui lui annonçait avec un calme olympien qu'il commettrait un meurtre le lendemain, et Raven qui l'accusait de vouloir s'intégrer au monde humain. Qu'avait-il fait de mal pour mériter la véhémence de sa sœur ? Un seul nom lui vint en tête : Erik. Il ne savait pas comment, mais son ami avait réussi à convaincre Raven que sa véritable forme était la meilleure. Malgré l'inquiétude et la gêne que lui inspirait la nudité de sa sœur, quelle que soit sa couleur de peau, ce n'était pas une mauvaise chose. Ce qui l'était, c'était sa colère envers lui. S'était-il si mal comporté ? Il ne savait plus quoi penser en voyant Erik, puis Raven se détourner de lui sans qu'il ne comprenne pourquoi.

L'attachement est l'arme la plus redoutable Charles, celle qui rend la blessure plus douloureuse encore…

- Ferme-la, marmonna le télépathe en frappant sa tempe du plat de la main.

Ne dis pas aux gens que tu es télépathe car ils attendront de toi une réaction juste, une compréhension parfaite de l'être humain en toutes circonstances. Mais tu n'es pas parfait, bien au contraire ! Tu es un monstre d'imperfections Charles… Tellement d'erreurs et de mauvais jugements…

- Je n'y arriverai jamais, murmura-t-il en secouant la tête. Trop de responsabilités, trop d'enjeux… Qui suis-je pour prétendre mener cette équipe alors que je suis incapable de garder mes amis ?

Charles, je crois que tu es suffisamment mature pour comprendre à quel point tu es différent. Les autres enfants ne t'aiment pas, et peut-être même qu'une fois adulte, tu seras incompris et isolé. C'est le prix à payer pour une intelligence telle que la tienne, ce décalage qui te met en marge du monde.

Charles revoyait sa mère parler de sa voix calme, les yeux perdus dans la verdure du parc alors que le léger vent faisait voleter ses cheveux bruns et amenait son doux parfum fleuri qu'il aimait respirer.

Pourquoi cette question, Charles ? L'amour n'est qu'un mot. Je peux te dire que je t'aime et ne pas le penser, tout comme je peux ne pas le dire et te le montrer. Ne t'encombre pas de mots, ne cherche pas l'amour et l'approbation auprès des gens qui t'entourent. Tu dois croire en toi-même, t'aimer toi-même et ne pas te reposer sur les autres qui ne sont que déception.

Charles acquiesça en repensant aux paroles de sa mère, le jour où il lui avait demandé si elle l'aimait. Il avait eu sa réponse grâce à sa télépathie quelques années après mais la justesse de ses mots lui revenait maintenant qu'il se heurtait à la peur du rejet. Seulement, Charles était quelqu'un d'aimant qui éprouvait facilement de l'affection pour les gens et aussi demandeur d'une réciprocité qu'il n'obtenait que rarement.

L'attachement est l'arme la plus redoutable Charles, celle qui rend la blessure plus douloureuse encore…

Encore cette pensée pénible, encore la voix de sa mère qui le mettait en garde, de nombreuses années plus tôt sur le danger qui guettait Charles s'il faisait trop confiance aux gens comme il l'avait toujours fait.

Il ferma les yeux et se laissa glisser le long du mur poussiéreux. Il repoussa sans ménagement les pensées parasites, aussi bien les siennes que celles des occupants de sa maison car il avait conscience de sa fragilité quand il avait bu comme ce soir. C'était sans doute là une preuve qu'il n'était pas de taille à diriger cette équipe : quel leader digne de ce nom serait à la limite de l'ivresse à la veille d'une mission aussi importante ?

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Erik se maudit quand Raven quitta sa chambre. Il l'avait embrassé et il savait que ce baiser avait été mal interprété par la jeune femme. Il avait simplement voulu lui montrer qu'elle était belle sous sa véritable forme et n'avait compris que trop tard que Raven avait réellement des sentiments pour lui. Erik avait pris son approche peu subtile pour un test, une façon pour la jeune femme de savoir si elle était désirable ou non et il avait joué le jeu pour qu'elle se sente sûre d'elle.

Un millier de question fusa dans l'esprit d'Erik. Est-ce que Raven irait se confier à Charles ? Pourquoi se sentait-il si mal à l'aise avec l'idée ? Erik secoua la tête et comme à chaque fois qu'il pensait à Charles ces derniers jours, il sortit la pièce de monnaie nazi qu'il gardait avec lui. C'était cela son réel but et il ne devait pas se laisser distraire. Il serra la pièce dans sa main jusqu'à en avoir mal et laissa sa haine revenir et balayer son anxiété. C'était mieux ainsi…

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Westchester, New York – Dimanche 28 octobre 1962

Charles se sentait un peu nauséeux à cause de son anxiété qui ne faisait que croitre. Il était tellement fébrile que sa paire de chaussette lui échappa des mains et roula sous le lit. Agacé, le télépathe se mit à genoux mais se figea quand il retrouva son collier et son pendentif religieux. Sans savoir pourquoi, un pic d'angoisse crispa son estomac : pourquoi Erik l'avait-il laissé là alors qu'il le lui avait offert ? Mais la rationalité reprit le dessus : le pendentif avait probablement glissé de sa poche quand ils s'étaient déshabillés quelques jours plus tôt… Charles récupéra le collier, le fourra dans sa poche et enfila sa paire de chaussettes le plus rapidement possible, agacé qu'un petit détail comme celui-ci soit capable de le troubler autant dans un moment pareil.

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Charles n'était pas à l'aise dans l'uniforme, non pas en raison du confort car Hank avait très bien travaillé sur ce point-là, mais parce qu'il avait l'impression d'endosser un rôle qui ne lui correspondait pas. Le télépathe ne s'était jamais imaginé dans le feu de l'action, il était plutôt le genre qui restait en retrait à donner des directives car capable d'établir des stratégies.

Quand Charles avait vu la pagaille dans le laboratoire après le mot de Hank, il s'était douté qu'il y avait un lien avec sa mutation et sans doute avec le sérum qu'il avait mis au point. Il avait regardé sa sœur et constaté qu'elle avait définitivement adopté sa vraie apparence. Une part de lui fut heureuse de voir qu'elle semblait à l'aise mais pourtant, ce fut un regard presque réprobateur qu'il lui lança quand elle commença à se dévêtir devant tout le monde.

- Tu devrais être content qu'elle accepte sa mutation. C'est ce que nous avons enseigné aux jeunes durant ces dernières semaines, fit remarquer Erik quand Charles et lui furent seuls dans le vestiaire de l'aérodrome.

Charles resta silencieux. Il ne voulait pas parler de cela avec Erik, se rendant compte qu'il ne le comprenait pas alors qu'il lui avait fait part de son inquiétude et même montré un souvenir concernant Raven. Il se contenta de fixer Erik un moment avant de se concentrer sur la fermeture de sa chaussure qui faisait pression sur sa cheville et le gênait à cause de sa chaussette qui avait roulé dessous.
Sous le regard attentif d'Erik, il s'assit sur la caisse contenant auparavant les uniformes et retira sa chaussure avant de la réajuster correctement. Erik poussa un léger soupir et s'assit à côté de lui.

- Charles, quoi que je fasse tout à l'heure… Ne le prend pas pour toi. Tu es mon ami mais tu ne peux pas attendre de moi que je change ma façon de penser ou d'agir… Je ne comprends pas pourquoi tu décides maintenant de ne plus me parler alors que mes intentions sont claires depuis le début…

- Je croyais ne pas avoir à me forcer avec toi. Je ne te pas parle pas que je n'en ai pas envie alors qu'avec les autres je suis obligé de le faire pour ne pas les inquiéter. Le fait est que je n'ai jamais eu aussi peur de toute ma vie.

- Je te protégerai, toi et les autres. Je ne laisserai pas Schmidt vous faire du mal, promit Erik.

Charles esquissa un sourire en espérant dissimuler sa tristesse car en fait, il redoutait moins Schmidt que les conséquences de leur mission. Doucement, il tira de sa poche le pendentif qu'il avait glissé.

- Ne la reperd pas, sourit-il en plaçant la croix dans la paume gantée d'Erik.

- Je l'avais oublié, avoua le mutant en rangeant le collier dans sa poche de pantalon. J'en prendrais soin.

- Bonne chance, fit Charles avant d'offrir une accolade à Erik. Et n'oublie pas qu'il n'y a pas que de la haine en toi…

Charles se leva et lança un dernier regard à Erik qui semblait crispé. Le télépathe n'avait qu'à effleurer son esprit pour comprendre que le mutant était indécis. Peut-être que finalement, il y avait encore de l'espoir pour Erik, peut-être renoncerait-il au meurtre ?

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Cuba – Dimanche 28 octobre 1962

L'esprit d'Erik avait simplement disparu, comme s'il n'existait plus, comme s'il était mort à l'instant où il avait mis ce casque sur sa tête. Charles savait ce qu'il comptait faire, à travers l'esprit de Shaw, il voyait l'expression froide et indifférence d'Erik.

Ce n'est pas que je n'ai pas confiance en toi Charles.

Erik savait que Charles était là et se demanda s'il continuerait à retenir Shaw maintenant qu'il savait ce à quoi il le condamnait. Mais son ennemi restait figé et même si Charles n'approuvait pas sa mise à mort, c'était mieux que de le voir s'échapper.

- Ne fais pas ça Erik ! s'écria Charles en martelant de sa main la carlingue de l'avion.

Cela ne servait strictement à rien, à part évacuer sa frustration alors qu'il entendait à peine Moira lui demander ce qui se passait.

Si tu es encore là, je voudrais te dire que je suis d'accord avec tout ce que tu as dit : nous sommes le futur. Mais malheureusement, tu as tué ma mère, fit Erik.

Il sortit la pièce de monnaie de sa poche, effleurant au passage le collier de Charles, et la brandit devant son visage pour la rendre bien visible.

Voilà ce que nous allons faire… Je vais compter jusqu'à trois… Et je vais bouger la pièce. Un…

- S'il te plait Erik…

Charles était au bord des larmes. Il savait qu'Erik ne l'entendait pas mais il pressentait ce qui allait se passer. Pourtant, il ne pouvait se résoudre à laisser Shaw bouger et risquer la vie de son ami. Il continuait à espérer qu'Erik change d'avis car ce meurtre le changerait à jamais, il en était certain.

Deux... Trois.

Charles vit une dernière fois l'expression d'Erik, une satisfaction froide, avant que la douleur ne vienne irradier son crâne. Il aurait pu sortir dès maintenant de l'esprit de Shaw, il était déjà condamné, mais il n'y parvint pas. Cette souffrance était sa punition pour avoir aidé Erik à commettre ce meurtre, pour y avoir participé à sa façon. Alors il ne pouvait que hurler et ressentir la violence de cette mort qu'Erik prenait plaisir à regarder jusqu'à la fin.

Quand ce fut enfin terminé, Charles sortit de l'avion d'un pas pressé. Erik avait peut-être tué Shaw, mais il restait l'un des leurs. Il se figea pourtant quand il vit son ami éventrer la ferraille du sous-marin pour exhiber le corps sans vie de Shaw, comme un pantin désarticulé.

- Nous avons fini de nous battre, dit Erik avant de laisser retomber le corps qui s'écrasa sur le sol dans un craquement sinistre.

Charles était horrifié et à cet instant, il se fit la réflexion que Shaw n'était pas le seul à être mort. Erik l'était aussi. Il ne reconnaissait pas son ami avec son expression haineuse et surtout, comment pouvait-il porter le casque de cet homme qu'il avait tant haï ?

- Retirez vos œillères, mes frères et sœurs. Le véritable ennemi est là-bas, fit-il en pointant du doigt les flottes militaires au large. Je sens leurs armes bouger dans l'eau, leur métal nous prend pour cible. Les Américains, les Soviétiques, les Humains, unis dans leur peur de l'inconnu. Neandertal a peur, mes amis mutants ! Va y Charles, dis-moi que j'ai tort !

Charles regarda froidement Erik et porta ses doigts à sa tempe. Erik avait probablement tort ! Après ce qu'ils venaient de faire pour éviter une guerre, c'était improbable qu'on cherche à les attaquer ! Pourtant, c'était le cas et le télépathe fut choqué par cette volonté à les détruire. Il ne put s'empêcher de soupirer et de laisser la déception s'exprimer sur son visage alors qu'il se tournait vers Moira pour lui faire signe de contacter ses supérieurs au plus vite.
Mais c'était inutile. Charles fut un instant hypnotisé par toutes ces bombes qui fusaient vers eux. Alors c'était comme cela qu'ils allaient mourir, après avoir sauvé de nombreuses vies ? Les bombes se stoppèrent juste avant d'arriver vers la plage, sous l'impulsion d'Erik. Comme à chaque fois qu'Erik utilisait son pouvoir, Charles fut impressionné par la manœuvre et aussi soulagé par la maîtrise de son ami. Mais quand il vit les missiles changer de direction, il se souvint du nouveau Erik et se tourna vers lui :

- Erik, tu l'as dit toi-même : nous sommes des hommes meilleurs. Il est temps de le prouver. Il y a des centaines de personnes dans ces bateaux. Des hommes bons, honnêtes et innocents. Ils suivent juste les ordres !

- J'ai été à la merci d'hommes qui ont juste suivi les ordres, répliqua Erik avec froideur avant de tourner son visage vers Charles. Plus jamais.

Erik tendit sa main, tel un Dieu lançant la malédiction de mort sur les humains pécheurs. Ils le méritaient pour avoir osé s'attaquer à lui et à ses frères et sœurs mutants.

- Erik, arrête ça ! hurla Charles.

Mais Erik n'écoutait plus, il n'entendait plus. Ce qui comptait pour lui c'était que les missiles suivent la bonne trajectoire jusqu'aux flottes militaires, qu'il puisse montrer sa force et sa supériorité en tant que mutant.

Charles fonça sur Erik quand il comprit que les mots ne servaient à rien. Ils roulèrent dans le sable alors que quelques missiles explosaient en plein ciel. Charles tenta de retirer le casque d'Erik, pour quoi faire, le contrôler ? Il n'en savait rien mais à ce moment, ce casque représentait tout ce qu'il y avait de mauvais.

- Je ne veux pas te blesser, ne me force pas à le faire ! fit Erik en lançant un coup de coude en pleine mâchoire de Charles.

Le télépathe savait très bien qu'il ne pouvait pas rivaliser physiquement avec Erik qui n'avait même pas besoin de forcer pour avoir le dessus mais il était déterminé à ne pas le laisser assassiner des centaines d'hommes. Il se débattit alors comme un diable sans remarquer le reste de l'équipe faire un pas vers eux à l'instant où ils avaient commencé à se battre.

- Restez à l'écart ! cria Erik en les envoyant les trois hommes plus loin avec ses pouvoirs, laissant Raven là où elle se tenait.

- Erik, stop ! hurla le télépathe avant de recevoir le poing d'Erik en pleine figure.

Erik ne voulait pas blesser Charles, seulement ce dernier se montrait têtu alors qu'il savait pertinemment ne pas pouvoir faire le poids ! Pourquoi ne lui faisait-il pas confiance ? Pourquoi refusait-il d'entendre raison et de comprendre que s'il faisait cela c'était pour leur avenir en tant que mutant ?

Charles était sonné par son dernier coup, ainsi, Erik put se relever et reprendre le contrôle des missiles qui n'avaient pas encore explosé dans le vide. Mais une balle ricocha dans le casque. C'était Moira, une humaine. Une nouvelle ennemie peut-être ? Non, assurément pas. Malgré son inimitié, elle n'était pas hostile, elle était comme Charles, persuadée de pouvoir régler les choses pacifiquement. Il avait compris qu'elle ne cherchait pas à l'atteindre avec ses balles mais à détourner son attention. Il dévia ses balles une à une, la dernière avec un râle d'agacement auquel vint s'ajouter le cri de douleur de Charles derrière lui.

Erik oublia les missiles. Alerté par le hurlement de son ami, il s'agenouilla sans cérémonie dans le sable pour maintenir Charles allongé.

- Ne touche pas à la balle, tu pourrais aggraver la blessure, gémit le télépathe en comprenant l'intention première d'Erik.

- Je suis vraiment désolé, murmura-t-il avant de s'adresser aux autres prêts à venir. Je vous ai dit de rester derrière ! Toi… C'est de ta faute.

Il n'aurait maintenant aucune culpabilité à l'idée de tuer Moira. Elle n'était maintenant qu'une humaine qui venait de blesser un mutant, son ami… Tandis qu'une main soutenait la tête de Charles, l'autre se leva pour serrer le dog tag de Moira, l'étranglant.

- Erik, s'il te plait. Ce n'est pas elle qui a fait ça. Tu l'as fait.

Erik baissa le visage vers Charles. Malgré la douleur, le télépathe remarqua l'expression bouleversée de son ami dont le regard était devenu horrifié. Il relâcha son pouvoir pour se concentrer sur Charles, ignorant les autres.

- Nous voir divisés… C'est ça qu'ils veulent. J'ai essayé de te prévenir, Charles ! Je te veux à mes côtés, nous sommes des frères toi et moi. Nous tous, tous ensemble se protégeant les uns les autres. Nous voulons la même chose.

La voix d'Erik tremblait, Charles percevait l'inquiétude du mutant et il partageait la même : ils assistaient tous les deux à la fin non pas de leur amitié, mais de leur complicité. Ils savaient tous les deux que les mots d'Erik ne parviendraient pas à recoller tous les morceaux. C'était trop tard car leurs divergences d'opinion étaient allées trop loin.

- Mon ami, je suis désolé mais ce n'est pas le cas.

Ils se regardèrent longuement, comme si l'espace d'un instant ils se souvenaient de tout ce qu'ils avaient vécu ensemble et tout ce qu'ils perdaient maintenant. La confiance mutuelle qu'ils avaient partagée, l'amitié inconditionnelle bien plus forte que tout ce qu'ils avaient connu jusqu'à maintenant.

Erik serra les lèvres et, voyant le sang rougir le sable, compressa la blessure de Charles avec sa main.

- Le kit médical, dit-il à Hank en désignant le jet endommagé du regard.

Le mutant courut jusqu'à la carlingue et personne ne fit attention à Azazel disparaissant avec ses deux acolytes. Erik secoua la tête pour dissuader les jeunes de s'approcher, Charles avait besoin d'espace. Et surtout, il ne voulait pas qu'on puisse voir sa main libre trembler contre sa poitrine.

Charles tendit la main vers le visage d'Erik, effleurant le casque métallique. Erik usa de son pouvoir pour le retirer, le laissant tomber dans le sable sous le regard soulagé du télépathe.

Je vais bien, assura Charles sans bouger les lèvres.

- Garde tes forces, ordonna Erik.

Il croisa le regard de Moira qui était elle aussi restée à distance. L'agent observait les deux hommes, surtout Erik en fait. Elle ne lui faisait toujours pas confiance mais elle ne pouvait nier l'importance de Charles à ses yeux. Et la façon dont le télépathe s'accrochait à son uniforme comme s'il craignait de le voir partir ne laissait aucun doute : Erik était la personne la plus importante pour Charles aussi. Elle ne pouvait pas rivaliser, elle passerait toujours après Erik. Elle n'aimait pas l'idée mais elle comprenait maintenant ce qui se passait sous ses yeux…