Disclaimer : JK Rowling et la Warner possèdent tout et je ne touche pas une noise.

Note : J'ai décidé de publier cet OS pour célébrer l'anniversaire de publication de ma fic principale [De Magie et de Sang] et pour faire éventuellement patienter les lecteurs qui attendent présentement le chapitre 23 ! Du coup, [Dernier Ennemi] va devenir un recueil pour mes OS post-Poudlard.
Ça ne casse pas trois pattes à un canard mais j'espère que ça vous distraira !
Les reviews sont de la tarte à la mélasse d'une boule de glace. Vous pouvez en abuser [wink]


Vivants

(Piégés chassés emprisonnés condamnés)

Pour la cinquième depuis la tombée de la nuit, James se releva du canapé et se précipita à la fenêtre, laquelle offrait une visibilité parfaite sur la petite allée de gravier menant à l'entrée du cottage. Malheureusement, ce qui avait attiré son attention n'était que le chat. L'ingrate bestiole revenait vraisemblablement d'une folle journée à batifoler dans les environs, et s'apprêtait à réclamer son repas avec nonchalance. James soupira et ouvrit la porte d'entrée.

« Allez, Moustache, grouille ! » s'impatienta le sorcier. Sans se presser, le félin entra finalement et James claqua la porte derrière lui. D'un coup de baguette distrait, il fit apparaître la nourriture dans la gamelle de l'animal et recommença à se ronger les ongles. Son regard agité se posa sur les restes de repas qu'il n'avait pas terminé, sur le journal qu'il avait repris trois fois ce soir-là – en vain. Il se trouvait trop anxieux pour rester concentré sur quoi que ce soit.

Ça avait été l'idée de Dumbledore : former les paires de sorciers les plus équilibrées possible pour les missions de l'Ordre... Ce qui revenait surtout à séparer les couples, qu'ils soient mariés ou non. Au départ, James avait approuvé le vieux sorcier. Se battre aux côtés de Lily présentait trois soucis majeurs : d'abord, ils devenaient moins performants car ils ne pouvaient s'empêcher de vérifier constamment que l'autre n'était pas en danger. Ensuite, ils avaient une fâcheuse tendance à se sacrifier l'un pour l'autre au moment le moins opportun. Les injonctions à transplaner tant qu'il en était encore temps (au risque d'abandonner la mission) et les sauts héroïques évitant à l'être aimé de se prendre un maléfice en pleine poitrine étaient monnaies courantes - et généralement contre-productifs. Enfin, il n'était pas rare que le débriefing des dites missions se poursuive chez eux, donnant lieu à d'interminables disputes variant sur les thèmes de « je t'avais dit de me laisser derrière » et autres « pourquoi n'as-tu pas transplané quand tu le pouvais ? ». Ils n'étaient pas les seuls dans ce cas : les Londubat aussi avaient accueilli la proposition avec soulagement.

Depuis, Frank et James avaient régulièrement fait équipe, la discipline et le calme du premier complétant l'impétuosité et la vivacité du second. Sirius faisait équipe avec Peter, après une tentative infructueuse avec Alice. Cette dernière se laissait trop aisément convaincre par le premier Gryffondor de jouer aux têtes brûlées : avec Marlene, elle parvenait à tempérer sa témérité. Lily partait souvent avec Remus – ce dont James ne se plaignait pas, Remus faisant passer la sécurité avant toute chose et n'oubliant jamais de les informer en cas de problème.
Sauf ce soir.
Actuellement infiltré au sein d'une meute de loup-garou, Remus était indisponible. Et pour la seconde fois depuis qu'ils avaient rejoint l'Ordre, Sirius et Lily s'étaient vu assigner la même mission.

Sa fiancée et son meilleur ami.
La femme de sa vie et son presque-frère.
Les deux personnes les plus importantes de sa misérable existence.
Et les deux personnes les plus obstinées, les plus intrépides qu'il ait eu la chance immense et inouïe de rencontrer.

Ils auraient dû rentrer avant le coucher du soleil… Dans un tic-tac sourd, l'horloge du salon indiqua minuit. Et James se prit la tête dans les mains.

Sirius avait une influence désastreuse sur ses co-équipières. A son contact, Lily, comme Alice, prenaient goût aux réparties belliqueuses lancées à leurs adversaires, aux risques inutiles qui faisaient de belles histoires à raconter (à condition de survivre, bien entendu). Il leur avait fait jurer à chacun, avant leur départ : ne l'entraîne pas dans tes bêtises, vieuxne le suis pas dans ses délires, ma belle. Ils lui avaient ri au nez, avaient prétendu qu'il en faisait trop… et maintenant, ils étaient (blessés frappés torturés mutilés morts morts morts) atrocement en retard.

La mission avait pour objet d'exfiltrer les Todd, une famille de sang-mêlé menacée depuis des semaines par cette cinglée qui servait de cousine à Sirius. Ce n'était pas censé être trop risqué… si ce n'était pour la cousine psychopathe de Sirius, en fait, qui rendait chaque altercation mille fois plus dangereuse qu'elle n'aurait dû l'être.

Devait-il se rendre à Sainte-Mangouste sous quelque prétexte fallacieux et demander à Emmeline si elle les avait repérés dans un des services, blessés – infectés, peut-être ? Après tout, si Bellatrix avait dit la vérité, Voldemort menaçait de lâcher Fenrir Greyback sur les enfants Todd…

(Mordus blessés déchiquetés mutilés transformés)

Devait-il contacter Dumbledore ?
Devait-il rejoindre la mission à son tour, en dépit de toute instruction et au risque de la compromettre, voir même d'empirer la situation ?
Qu'aurait-il donné pour apercevoir la silhouette svelte de la biche argentée, pour entendre les pas rassurants du gros chien scintillant…

« Tu n'as pas réfléchi une seule seconde… »

« Bien sûr que non, enfin ! C'est déjà décidé, je vais me battre pour Dumbledore. Vu d'où je viens ! Vu ce qui est arrivé à mes parents… vu ce qui s'est passé à Poudlard – enfin, James, tu ne t'attendais pas à ce que… ou alors... toi, tu ne veux pas ? Tu refuserais de signer ? Tu… »

« Évidemment que je vais rejoindre ce satané Ordre du Phénix, Lily ! Mais on forme une équipe. Et les joueurs d'une équipe discutent entre eux des choses importantes avant de prendre une décision, non ? »

La belle équipe... Quel genre d'homme était-il, à laisser sa femme partir au combat sans lui ?
Cédant à la honte et au regret, il se leva. Agrippant sa cape, il arracha presque le pater accroché dans l'entrée. Sa décision était prise.
D'abord, Dumbledore, ensuite, Sainte-Mangouste, puis l'appartement de Sirius, et sinon, Dorcas qui saurait peut-être où ils en étaient, et ensuite…
Une ombre noire cacha les rayons lunaires et le cœur de James se mit à battre la chamade tandis qu'il se tournait vers la porte d'entrée.

Et en une fraction de seconde, toute sa terreur et son angoisse se transforma en une intense irritation.

« Tu marches pas droit. »

« Bien sûr que je marche droit ! C'est toi, l'arsouille ! Aaaah, zuuut… »

La porte trembla dans l'encadrement en bois, résistant aux deux silhouettes qui s'appuyaient sur elle sans délicatesse. A la vibration se rajouta un cliquetis épouvantablement sonore au pied de la porte d'entrée. La plus petite ombre se pencha en avant pour ramasser quelque chose : visiblement, le trousseau de clés venait de se rebeller et de tomber aux pieds de sa propriétaire.

« Shhhhhhhh ! » intima Lily alors même qu'elle était clairement responsable de la chute des clés. « Peut-être qu'il dort… » chuchota-t-elle si fort que sa voix résonna parfaitement aux oreilles de James.

« Si c'était le cas, Evans, on entendrait déjà les ronflements caractéristiques de l'animal… » objecta Sirius.

Un gloussement idiot lui répondit tandis qu'elle parvenait enfin à forcer la bonne clé dans la serrure. La poignée tourna lentement, mais elle ne maîtrisait pas sa force et la porte fut poussée en toute indiscrétion.

« Un point pour Patmol ! » déclara-t-elle en riant. « Oh, James chéri, tu es encore debout ! »

Avec un large sourire, elle tendit les bras dans l'espoir de les pendre à son cou. Toutefois, l'expression sarcastique de son compagnon ainsi que ses bras résolument croisés contre son torse, la dissuadèrent de se rapprocher davantage.

« Alors comme ça, on part joyeusement se torcher la tronche, mais on n'appelle pas Potter ? » lança-t-il à l'intention de Sirius et Lily dont les expressions enjouées se nuancèrent aussitôt de culpabilité.

« Ben, on croyait que tu passais la soirée avec les Londubat… » répliqua Sirius en se passant une main désolée dans les cheveux.

« Nope, ils ont annulé car – je cite – ils estimaient que je préférerais sûrement être disponible chez moi. Au cas où vous auriez dû quitter les lieux en urgence, par exemple. »

« Oh. » commenta simplement Lily. « Tu… tu es fâché ? » demanda-t-elle d'une petite voix.

« Moi ? Fâché ? Mais pourquoi ? Parce que je me ronge les sangs depuis quatre heures en imaginant le pire alors que vous buviez manifestement à la santé de chaque Weasley enregistré à l'état civil magique ? »

Les deux égoïstes échangèrent un regard affligé. « C'est vrai qu'on a porté pas mal de toasts. » admit Lily en fixant le bout de ses pieds. « Mais c'était parce que la mission s'est vraiment bien déroulée et qu'on a fini plus tôt que prévu mais qu'on avait vraiment besoin de décompresser et… et… on n'a pas fait exprès de laisser passer l'heure, tu comprends ? »

« Et en plus, c'est même pas vraiment, totalement, complètement notre faute, parce que Rosmerta n'a pas arrêté de nous refiler des verres gratuits – donc vraiment, si tu dois te plaindre, c'est auprès d'elle. » insista Sirius.

Lily se mit à rire, son attention se reportant sur les événements de leur soirée. « Oui, elle était contente parce que tu as mis ce vieux chiromancien dehors quand il lui a demandé… »

« Ouais ! Ça ne lui a pas plu quand je lui ai dit… »

« … surtout quand t'as parlé de… »

« … l'épaisseur de ses fonds de chaudron qui… »

« … le lit de sa mère ! »

Soudés par leur hilarante (et incomplète, et incompréhensible) anecdote, Sirius et Lily se tinrent les côtes et s'essuyèrent les yeux avant de se tourner vers James qui n'avait pas bougé d'un millimètre. Leur fou rire s'éteignit abruptement.

« Bon, bah c'est pas tout ça, mais j'irais bien éponger tout cet alcool, moi. » décida Sirius en balançant sur son épaule la veste en cuir qu'il tenait à bout d'index et de majeur. « Bonne nuit les amoureux ! N'oubliez pas de célébrer le fait que nous soyons toujours tous en vie en ce magnifique printemps 1979 ! »

« McGonagall avait raison, Black ! Tu es une mauvaise fréquentation ! Ton influence sur les âmes pures et innocentes est absolument déplorable ! » sermonna James alors que le sorcier ouvrait la porte d'entrée pour transplaner depuis le perron. Son meilleur ami se tourna vers lui, portant une main choquée à son cœur.

« Et tu ne t'en rends compte que maintenant ? Tu me vexes ! » s'offusqua-t-il avant de claquer la porte et de disparaître dans un 'pop' sonore.

Lily haussa un sourcil belliqueux et pointa un index accusateur sur James. Elle essayait de prendre un air sévère mais sa moue était plus boudeuse que stricte, ses yeux papillonnaient dangereusement et elle tanguait un peu. Il la trouva si mignonne qu'en une fraction de seconde, sa rancune se liquéfia comme fizwizbiz au soleil et il songea à tout effacer en un rire attendri et une étreinte affectueuse.

« Je te préviens, Potter. Je n'accepterai aucune leçon de morale de la part de quelqu'un qui a un jour tellement bu qu'il s'est transformé en cerf sans s'en rendre compte, et a failli se faire tirer dessus par un chasseur ! » prévint-elle avec autant de hauteur que possible en pareil état d'ébriété.

« Pendant que Patmol essayait de s'enfuir de la fourrière. » compléta James sans retenir le petit sourire en coin qui naissait sur ses lèvres.

« Ah oui, c'est vrai ! » gloussa à nouveau Lily, oubliant son désir de paraître contrariée à son tour.

« J'ai juste eu peur qu'il vous soit arrivé quelque chose. » avoua-t-il. « La prochaine fois, prévenez-moi avant d'enquiller les tonneaux d'hydromel. »

« D'accord. » accepta Lily avec résignation. « En fait, j'ai eu peur que tu sois jaloux. »

« De Sirius ? » s'étonna-t-il.

« Non, de moi. » avoua-t-elle en se mordant la lèvre. « Parce que je te vole ton ami, et tout ça. »

James la considéra avec de grands yeux interloqués avant d'exploser de rire.

« Mais quoi ? Mais quoi ?! » répéta-t-elle, confuse face à une telle réaction.

« Tu sais quoi ? J'hésite encore à aller te chercher le philtre miracle du sorcier fêtard. Tu n'es clairement pas en état de te le préparer toi-même… et c'est vrai que je pourrais te donner la potion pour t'éviter un réveil douloureux, mais je suis encore trop contrarié que tu aies essayé de me voler Patmol. »

« Oh, cruel ! Abominable homme que celui dont je suis tombée amoureuse ! » s'exclama dramatiquement Lily en tombant dans ses bras.

Il la rattrapa aussitôt et songea à passer un bras sous ses genoux pour la déposer dans son lit, mais c'était sans compter les baisers qu'elle déposait désormais près de son oreille, sur son cou, sur son épaule…

« Lily… » souffla-t-il avec frustration. « Tu es ivre. »

« Non. » protesta-t-elle en glissant des mains avides sous son t-shirt.

« Vraiment ? Tu peux toucher ton nez du bout de ta baguette ? » se moqua-t-il.

Vexée, elle retira la main posée sur son pectoral, attrapa la baguette rangée dans la poche arrière de son pantalon et entreprit de viser le bout de son nez. Il ne put s'empêcher de rire lorsqu'elle se mit à loucher furieusement. Au bout de quelques essais infructueux – et après avoir failli s'enfoncer la baguette dans l'œil – elle frôla enfin le bout d'une narine.

« Tu vois ! » s'exclama-t-elle avec fierté.

« Impressionnant ! Et si tu me parlais des exceptions à la loi de Gamp, par exemple ? »

« Tu ne m'en crois pas capable ? Tu te rappelles que je t'ai botté les fesses aux BUSES et aux ASPIC, Potter ? Et tu sais où je travaille, maintenant ? » s'insurgea-t-elle. « La voilà, ta fichue loi ! On ne peut pas mul… mul-ti-plier les molécules in-sé-cables, comme… genre, la nourriture. Et puis l'amour, et puis, la vie, et puis, les gallions… et puis, oh, mince, c'est pour ça qu'on peut pas régler la faim dans le monde à coup de baguette magique, quoi ! » s'énerva-t-elle.

« Merlin, ce que j'aimerais que McGonagall t'entende maintenant ! » s'émerveilla-t-il en la serrant tout contre lui.

Elle dut prendre ce geste pour un signal, car bien vite, elle insista pour faire passer le t-shirt de James par-dessus ses épaules, se pressa contre lui sans aucune équivoque, et dans un petit bond, s'accrocha à sa taille en nouant ses chevilles pour maintenir son équilibre.

« Hmmm, haleine au whisky pur feu… » grimaça-t-il en essayant vainement de calmer ses ardeurs.

« Mais je t'aime ! » répondit-elle avec désespoir, comme si cela pouvait régler le problème.

Toutefois, ses mains se firent moins pressantes tandis qu'il grimpait l'escalier, la sorcière toujours accrochée autour de ses reins. Sa bouche ralentit ses caresses, son souffle s'apaisa… Quand il poussa la porte de leur chambre du bout du pied, elle somnolait déjà contre son épaule, figure pâle où commençaient à apparaître quelques tâches de rousseur avec le retour des beaux jours.
Il la déposa dans leur lit et se glissa contre elle, admirant chaque trait de son visage ensommeillé. Ils se réveilleraient tout habillés, mais peu importait.

(Vivante vivante vivante belle merveilleuse amoureuse)
(Ensemble)

(Vivants)