Bonjour à tous ! Lecteurs aventuriers venus s'égarer sur mon histoire !

Après avoir totalement délaissé ce site durant plusieurs années, me revoilà avec une nouvelle fanfiction. Alors que je relisais nostalgiquement quelques pages de ma farde d'écriture, je suis tombée sur le brouillon du début de cette histoire ( écrit il y a plus ou moins deux ans ). Etant actuellement dans une phase Yu-Gi-Oh ( et ayant accessoirement retrouvé mon amour inconditionnel du couple improbable Kaiba/Jonouchi ), je me suis dit que je pourrais remanier ce brouillon et le poster.

Je vais profiter de cette note de haut de page pour vous décrire brièvement la structure qu'aura cette fiction. Elle comportera deux parties. Le brouillon de la première est entièrement écrit ( cf l'abominable torchon écrit à la main de 90 pages récemment retrouvé ). Il faut cependant que je le remanie, et pas qu'un peu. A vue de nez je dirais que cette partie comptera 7-8 chapitres, dont la longueur avoisinerait celle de ce premier chapitre. La deuxième aura une forme complètement différente de la première. Alors que cette dernière racontera une histoire suivie, l'autre consistera plutôt en une succession succincte de différentes scènes de vie. Les événements que je raconterai prendront bien évidemment place dans la continuité de la première partie et suivront une certaine chronologie, mais il n'y aura pas vraiment de fil conducteur, si ce n'est la relation Kaiba/Jonouchi.

Bonne lecture !


Situation initiale

Un malheureux clignement.

Juste des paupières qui avaient recouvert ses yeux.

Le jeune enfant avait commis une erreur. Impardonnable.

Il peinait déjà fortement à maintenir sa tête à une distance suffisante du livre dont il s'efforçait de lire les lignes devenues floues. Une action plutôt simple somme toute. Mais qui lui demandait un effort inimaginable.

Rester concentré. Surtout ne plus fermer les yeux.

Telles étaient les seules pensées compréhensibles traversant son esprit. Il savait qu'il ne faisait que gagner du temps, mais c'était tout ce dont il était capable. Ses légers coups d'œil à l'horloge murale lui avaient confirmé qu'il n'était pas encore prêt d'aller se coucher. Elle le narguait ; il en était certain. Il refusait de croire que des aiguilles puissent avancer aussi lentement.

Les mots dansaient devant ses yeux. Il aurait voulu les empoigner, les remettre à leur place, pour qu'ils cessent d'accentuer ses maux de crâne… Tourner une page lui paraissait quémander une force surnaturelle. S'il avait pu, il se serait laissé aller de tout son long sur ce bureau de marbre.

Mais il y avait la pression. Celle qui acculait son esprit depuis de nombreuses heures déjà. Celle qui l'enserrait, tel un étau de fer indestructible.

Le corps de l'enfant pliait sous le poids de la fatigue. Chacun de ses membres lui paraissait d'une lourdeur inhabituelle. Il en arrivait même à se demander pourquoi la chaise de luxe la soutenant ne s'était pas encore brisée !

Pour son plus grand malheur, les clignements de paupière se faisaient de plus en plus nombreux. Il ne distinguait plus rien du long paragraphe blablatant sur la bourse, qu'il s'exhortait à conserver dans sa ligne de mire. Après tout, la veille avait été marquée par une nuit blanche. Sa première. Du temps où il était à l'orphelinat, bien que les lits soient inconfortables, il avait toujours réussi à dormir quelques heures par nuit au moins. Jamais il n'aurait pu imaginer à ce moment que, malgré la détention d'un lit cent fois plus confortable, les nuits se raccourciraient brutalement.

Le garçon avait beau désespérément tourner sa tête fripée par le sommeil vers la fenêtre, le soleil n'avait pas encore décidé de se coucher. Il aurait néanmoins tant souhaité s'allonger. Même le parquet lui conviendrait. Juste fermer les yeux. Ne plus penser à rien. Plonger dans un univers inconnu. Sombrer et oublier son corps, si pondéreux.

Ces douces pensées salvatrices berçaient son esprit, ainsi que sa tête. Sans qu'il y prenne garde, cette dernière glissait progressivement vers sa table de travail. A peine ses cheveux bruns avaient-ils effleuré la surface du livre qu'une cravache claqua vivement à proximité de son visage. Le regard effrayé du garçon croisa alors celui sans appel de son tuteur. Une horrible tête recouverte de cheveux grisâtres s'était rapprochée de lui. La pression qu'il subissait depuis des heures s'accentua.

- Alors Seto, ricana le quinquagénaire, fatigué ? Mais ça ne va pas ça, regarde tout ce qu'il te reste encore à étudier, continua-t-il sur ce faux ton mielleux qu'il avait l'habitude d'employer.

Il avait pris en main le menton de l'enfant qu'il pinçait fortement.

- Vois-tu toutes ces pages ?

Prenant les centaines restantes du livre dans son autre main, il les laissa ensuite retomber.

- Tu ne vas pas aller dormir maintenant, si ? A moins… que je ne me sois trompé. Que tu ne sois finalement pas mon digne successeur ?

Faisant une pause pour donner plus de poids à ce qui allait suivre, il poursuivit sur un ton beaucoup plus dur :

- Peut-être qu'en fait ta véritable place est dans cet orphelinat dont je t'ai gracieusement sorti...

Des sueurs froides dégoulinaient de la racine des cheveux jusqu'aux orteils du PDG de la KaibaCorp. Son pyjama en était inondé.

Une paralysie momentanée l'assaillait. Ses muscles étaient tendus. Figés. Comme les membres d'une statue. Ses paupières, qui avaient brusquement quitté ses globes oculaires, étaient incapables de se clore pour humidifier sa cornée. La vague de frayeur qui avait déferlé en un dixième de seconde sur sa poitrine, à son réveil, laissait des séquelles derrière elle. Un regard écarquillé. Des tremblements incontrôlables.

Lentement, Seto approcha la main de sa bouche, se débarrassant par la même occasion du drap de lit qui l'étouffait. Pinçant sans ménagement la peau de son visage avec ses doigts, refusant de stopper leurs secousses, il jura entre deux respirations saccadées :

- Merde.

Il ne supportait pas se retrouver dans ce genre d'état. Quelque chose d'aussi peu glorieux. Mais surtout, d'incontrôlable… En d'autres termes, une humiliation. Quoi qu'il fasse, son corps agissait indépendamment de son esprit. Et il détestait ça.

Tout cela à cause de Gozaburo Kaiba, son père adoptif, mais aussi la personne lui ayant enseigné la cruauté du monde.

Régulièrement, des réminiscences de son passé venaient ternir ses rêves et saccader ses nuits. Des souvenirs aussi réels que ceux de la veille. Des souvenirs qu'il souhaitait à tout prix oublier. Des souvenirs l'induisant dans un désagréable état d'épouvante.

Seto avait néanmoins fini par s'habituer aux réactions spasmodiques les suivant. Il avait même réussi à déterminer qu'une minute était nécessaire pour que ses tremblements cessent, et trois autres, pour que sa respiration reprenne son rythme normal. C'était une sorte de contrôle en soi : être conscient du fait que durant quatre minutes nocturnes, son corps ferait ce que bon lui semblerait. Uniquement quatre minutes, après lesquelles, il réappartiendrait à l'esprit de Seto Kaiba, un des PDG les plus influents du Japon. En attendant, il se contentait de serrer contre son cœur le pendentif en forme de carte qu'il avait l'habitude de porter. Celui enfermant une photo de lui et Makuba. Bien que cette dernière consiste en une trace irrévocable de son passé, le brun n'avait pu se résoudre à la jeter. Il en était de même pour les dizaines de photos prises avant son adoption ainsi que les articles relatant les morts de ses parents. Ceux-ci jonchaient le fin fond d'un tiroir oublié de sa commode, désespérément resté clos ces dernières années.

La lune reflétait ses doux rayons sur le plafond de la chambre de l'adolescent, dont le visage blafard reprenait peu à peu des couleurs. Cette mascarade dont il était l'honteuse victime prendrait bientôt fin et il pourrait enfin replonger dans un sommeil qu'il espérerait sans rêve.

Lorsque le dernier tremblement s'effaça, le brun ferma les yeux et soupira de lassitude. Après avoir délicatement déposé son pendentif sur la table de chevet afin de na pas l'abîmer, il s'appliqua à chasser chacun de ses souvenirs d'enfance, défilant derrière ses paupières.

Un jour, il arriverait à se débarrasser totalement de cet humiliant passé qui croyait jouir du droit d'entraver sa vie. Continuer à avancer sans se préoccuper de ce qui se trouvait loin derrière lui. De cet avilissant passé que la défenestration de son paternel, le vol du pouvoir de son entreprise, ainsi que l'explosion radicale de son île n'étaient pas parvenus à effacer.

De ce passé inutile.

En tant que président d'une multinationale, il ne connaissait pourtant que trop bien cette notion de l'inutile. Combien de licenciements avait-il dû ordonner pour cette simple cause ? Le monde des affaires était sans pitié. Lorsqu'un meuble était abîmé ou qu'un appareil électroménager restait non-fonctionnel, celui-ci allait directement à la poubelle. On ne perdait pas son temps à essayer de comprendre comment le réparer ou s'il était possible de le réparer. On le jetait. C'était aussi simple que cela. Alors, pourquoi ne parvenait-il pas à faire de même avec son passé ?

Cette faiblesse dont il avait autrefois été victime n'avait aucune raison valable de venir perturber son esprit encore et encore ! Envahi par une bouffée de colère, le PDG enfouit sa tête sous l'oreiller et expira bruyamment. Après tout ce qu'il avait dû endurer pour arriver la où il en était aujourd'hui…

« Vraiment pitoyable, » songea-t-il. « Réduit à se planquer sous un oreiller… »

Le brun en aurait presque ri. De cette faiblesse qui l'envahissait après ses réminiscences. Dieu savait malgré tout combien il l'avait combattue. Seto compressa vivement son flan droit de la main. Quelle frustration. Ses anciens ennemis ne seraient-ils donc jamais totalement vaincus ? Cette force, qu'il se targuait d'avoir, n'était-elle pas au final affreusement précaire ?

Non. Car si c'était le cas, tout ce qu'il avait fait jusqu'ici n'aurait plus aucun sens.

L'insécurité et l'obscurité qu'instaurait la nuit était mauvaise pour lui. Il devait se rendormir. Détacher l'avant de sa tête de l'oreiller. Se coucher sur le dos. Détendre ses muscles. Voilà ce qu'il devait faire. Une longue journée d'école l'attendait le lendemain. Une vaste perte de temps, en somme. Doublé d'un insupportable ennui.

Sa main s'égara en un soupir sur son visage. Rien que d'y songer l'emplissait d'une profonde lassitude. Il ne pouvait cependant se permettre de s'endormir sur son banc. Bien qu'il n'apprenne rien de plus que ce que ses tuteurs lui avaient déjà enseigné, le diplôme de fin d'études lui était nécessaire pour pouvoir pleinement diriger la Kaiba Corporation. Il connaissait les médisances que l'on chuchotait dans son dos : un adolescent à la tête d'une des plus grandes entreprises du Japon, mais où allait-on ! Plusieurs complots pour le destituer avaient déjà été mis en place dans l'ombre. Si ses employés avaient été un peu plus futés, ils auraient peut-être fonctionné - et accessoirement la société se porterait bien mieux qu'actuellement -.

Il en était arrivé au point de croire que certains sous-directeurs préméditaient de lui rendre des documents si mal foutus, qu'il en était réduit à empiéter sur son propre travail pour que celui fourni par ces derniers soit potable ! Peut-être pensaient-ils le mener à l'épuisement grâce à ces manœuvres. Mais dans ce cas, ils ne faisaient que se leurrer, cela n'arriverait jamais.

oOo oOo oOo

Un soleil de plomb culminait dans le ciel de la ville Domino en ce mois d'aout. Tous ses habitants faisaient les frais de ce brasier ardant. Celui-ci allait même jusqu'à importuner les élèves du lycée de Domino. Fenêtres grandes ouvertes, ou parfois, seulement légèrement entrebâillées, le vent cruellement absent de l'atmosphère ne soulageait en rien les corps dégoulinants de sueurs des lycéens. Malgré leurs uniformes d'été fraîchement sortis du placard, ils souffraient dans le fourneau qu'était devenue leur classe. Cols pratiquement tous ouverts jusqu'à la limite du règlement, les élèves s'éventaient avec leurs cahiers.

La classe 1B était une des plus inattentives. La majorité des élèves papotaient entre eux. Les plus assaillis par la fournaise baillaient à s'en décrocher la mâchoire, tandis que d'autres laissaient leur regard errer sur la loupe qu'était devenue la fenêtre, trop engourdis pour parler.

Seto, dont le col de l'uniforme était soigneusement fermé, contemplait le tableau orné de dates et de mots spécifiques tels que « impressionnisme », « surréalisme » et autres courants de peinture. Le week-end avait presque fait oublier au brun à quel point le cours de français pouvait être endormant. La voix douce et relaxante de la professeure n'arrangeait pas les choses. Cela additionné au fait qu'elle fasse rarement des remarques aux lycéens les rendait terriblement indisciplinés.

La seule distraction de l'adolescent était l'horloge murale accrochée juste au-dessus du tableau. Malheureusement, la regarder toutes les deux minutes ne ferait pas bouger les aiguilles de plus de deux minutes. Et bien qu'il soit conscient qu'il ne restait à cette enseignante qu'une demi-heure à papoter, cela ne le réconfortait pas le moins du monde.

L'envie irrésistible de sortir son portable du cartable se faisait de plus en plus insistante. Comment pouvait-il rester là, à ne rien faire, alors que tant de dossiers l'attendaient ? Il avait beau réfléchir à ses différentes affaires, sans la totalité des informations y étant affiliées, il ne pouvait rien faire. Si un seul détail lui échappait, c'en était fini. Il savait que ses employés sauteraient sur la moindre de ses erreurs dans la but d'avancer son incompétence en tant que PDG. La loi n'était pas en sa faveur. Il était clair qu'un adolescent à la tête d'une entreprise pouvait se révéler dangereux. Il ne devait pas sous-estimer l'importance que prendrait une toute petite erreur de sa part. S'il était qualifié d'incompétent à gérer travail et vie scolaire, il devrait faire face à d'importants problèmes. C'est pourquoi il ne pouvait se permettre de bâcler son travail de quelque manière que ce soit. Il allait donc sagement supporter les bavardages de cette professeure sénile jusqu'à ce que la sonnerie annonçant l'intercours retentisse.

Reportant son regard sur sa mallette, et accessoirement sur son ordinateur, il sentit l'agacement du à son impuissance le gagner. Pour éviter de recroiser cette vue désagréable, il se résolut à fixer le t-shirt qu'arborait l'élève assis devant lui. Un t-shirt blanc, bourré de plis, et légèrement entre-ouvert. Des cheveux blonds ébouriffés s'éparpillaient en une masse informe sur le col de son habit délavé. Le dos de l'élève à qui il appartenait était courbé, comme celui d'un bossu. Jonouchi dans toute sa splendeur.

Étonnement, il ne sommeillait pas comme à son habitude. D'après ce que Seto distinguait de l'arrière de sa tête, il fixait le tableau sans dédaigner. Un bien étrange comportement pour le blond, habituellement, soit ronfleur, soit papote avec ses amis.

Coup d'œil à l'horloge. Encore dix minutes.

La chaleur étouffait Seto, mais il refusait catégoriquement d'entrouvrir, ne serait-ce que légèrement le col de sa chemise. Il était président d'une société, pas un de ces bad boy désirant se faire admirer des filles, ou il ne savait encore quoi.

La dernière minute du cours fut la plus insupportable. La trotteuse de l'horloge semblait avancer bien plus lentement qu'en début d'heure, ce qui faisait grandir son impatience. Dès que la sonnerie retentit, Seto empoigna son PC et l'ouvrit sans plus attendre afin d'examiner le dossier le plus urgent à traiter.

Les autres élèves se ruèrent sur la sortie, trop heureux d'échapper à la fournaise les assommant depuis deux heures. Excepté un. Jonouchi n'avait pas bougé. Son regard errait toujours sur le tableau de la classe. Ses amis, ayant attendu que la débandade soit passée, se retournèrent, inquiets que le blond n'ait pas suivi le mouvement.

- Jonouchi, appela timidement Yugi.

Aucune réponse. L'interpellé semblait appartenir à un monde autre que celui dans lequel la classe se trouvait.

- Il vient de sonner, tu ne viens pas avec nous ? continua-t-il hésitant.

Les claquements des doigts de Seto sur son clavier devinrent le seul son résonnant entre les murs de la pièce. Aucune mouche n'y volait. Rien.

Le silence oppressant fut tardivement brisé par Jonouchi, dont la chaise grinça lorsqu'il consentit enfin à se lever. Alors que celui-ci se déplaçait mécaniquement, quelques chuchotements fusèrent au sein de la bande à Yugi : « Tu es sûr que ça va vraiment aller ? » « Je t'avais dit qu'il ne devait pas venir à l'école aujourd'hui ! » « Et son père, tu en fais quoi ? » « Mais il n'est jamais pas chez lui la journée de toute façon… »

Soudain, un violent fracas interrompit leurs murmures, suivi d'une raillerie de Seto, mécontent du vacarme interrompant son travail :

- Alors Jonouchi, même plus capable de mettre un pied devant l'autre ? Même les toutous en sont capables pourtant !

Le blond, dont le pied s'était empêtré dans les bretelles d'une mallette, gisait face contre terre. Mais c'était à peine si le froid carrelage avait réussi à lui arracher un grognement. Il resta un moment dans cette humiliante position, sans répondre à la moquerie de Kaiba. Ses amis se figèrent, incapables de mouvoir même une seule de leurs phalanges. Il s'agissait pourtant de la marque de fabrique de Jonouchi, l'habitude à laquelle il ne dérogerait jamais. Se précipiter sur Seto, l'empoigner férocement tout en balançant injures et autres noms d'oiseaux sans queue ni tête. Mais là, aucune réaction. Il fallut encore attendre une bonne dizaine de secondes, pour que l'idée fulgurante de se relever effleure l'esprit de l'adolescent.

Alors que celui-ci s'exécutait, Seto assena :

- Quoi que, cette posture te va comme un gant, planté sur tes 4 pattes.

Ces échanges qu'il partageait avec Jonouchi consistaient plus en un exutoire pour sa frustration qu'en une véritable querelle dénuée de pitié. Mais surtout, ils l'amusaient, bien que les réactions du blond se limitent généralement à bondir sur lui comme un chien enragé et grogner pitoyablement pour la forme.

- Tu ne bouges pas, tu aimes cette position ? continua-t-il sur le même ton suffisant, mais pas agressif pour autant.

- Kaiba, s'il te plaît, commença Yugi tout en s'avançant vers lui.

Le blond s'était enfin relevé, mais tournait toujours le dos au PDG. Peut-être testait-il enfin une nouvelle technique plus subtile que l'attaque frontale et irréfléchie ?

- Mais laisse-le donc, il est assez grand pour se défendre seul, n'est-ce pas Jonouchi ?

A la mention de son nom, ce dernier se retourna légèrement et croisa le regard de son camarade de classe.

Un regard vide. Désarmant.

La première seconde, le PDG se crut aux fin fonds d'un abysse obscur. La suivante, il perdit pied. La troisième, il se ressaisit pour adopter un visage neutre. Jonouchi avait réussi à pétrifier Seto Kaiba durant deux secondes. Par bonheur pour l'égo de ce dernier, personne ne l'avait remarqué.

Dès la quatrième seconde suivant leur échange de regard, Honda intervint d'une voix rauque, due à sa colère :

- Kaiba, tu n'es vraiment qu'un con ! Jonouchi, Yugi, on se tire.

Le petit adolescent ne se fit pas prier et tapota légèrement le dos du blond afin qu'il le suive, les bras ballants. Ce ne fut que lorsqu'ils quittèrent totalement le champ de vision du PDG que celui-ci rejoignit sa chaise. Dans un recoin de son esprit, une nouvelle contrariété avait pris place sous forme de question : « Qu'est-ce que c'était que ce regard Jonouchi ? ».

oOo oOo oOo

Alors que Seto s'apprêtait à se coucher, le regard du blond lui revint en mémoire. Il s'acharna à le chasser de son esprit, sans succès. Ce dernier lui apparaissait aussi clairement que si son camarade se trouvait en face de lui, baigné dans la lumière.

Un regard déserté de toute trace de vie. Un regard de cadavre. Mais avant tout, le regard que le brun avait lui-même arboré durant ses premières semaines de séjour à l'orphelinat.


Qu'en pensez-vous ? Une petite review pour me donner votre avis ? :)

PS : au cas où vous ne l'auriez pas encore remarqué, je suis une handicapée du choix de titres. J'ai réfléchi pendant une demi-heure avant de trouver celui de cette fiction ( et regardez ce que ça a donné ! -_-' ), mais ce n'est pas pour autant qu'il est vide de sens ! "Situation initiale, élément perturbateur" correspond à la première partie de la fic, tandis que "péripéties" à la deuxième. Le reste du schéma narratif n'est pas énoncé, car dans la vraie vie, il n'y a jamais d' "élément de résolution" et de "situation finale'. A part peut-être une fois que l'on meurt, mais comme je ne compte pas raconter le décès de mes deux petits chouchous... Quoi, vous vous fichez de mon blabla ? Je vous comprends, moi-même je me désespère parfois.

A bientôt pour le prochain chapitre !