Personnages: le héros d'Oakvale, plusieurs OCs

Disclaimer: Visiblement, Fable ni ses personnages ou son univers ne m'appartiennent. Il s'agit de la propriété de Microsoft. Seuls les OC Alice, Keith et leur mère m'appartiennent. Mais ça, je pense que tout le monde le sait.

Note: Cette fic me trotte dans la tête depuis un bon moment. Ou plus exactement, la partie sur le héros d'Oakvale (que j'ai toujours appelé Alexandre dans ma tête. Il a une tête a s'appeler Alexandre) et sa femme. Mais comme ils ont eu des enfants, je me suis dis que ça pourrait être intéressant de voir ce qu'il se passe dans leur tête à eux aussi. Ça fait plus de deux ans que je meurs d'envie de l'écrire et finalement, je me lance. Voilà, vous savez tout du pourquoi du comment de cette fic.

Ce ne sera pas une fiction très longue (en tout cas, je l'espère) On verra bien.

Pour vous situer un peu, ce premier chapitre centré sur Alice se passe dix ans après la défaite de Jack of Blades à la Folie d'Archon. (je préciserai les changements d'époque à chaque début de chapitre)

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture!

/!\ S'il vous plais, petits lecteurs fantômes laissez une review une fois de temps en temps. La partie française du fandom Fable est franchement désertée et si vous aimez les textes d'un auteur, recevoir un ou deux commentaires l'encouragera à continuer ce qu'il a commencé. ^^ (Et si vous n'aimez pas pour une raison ou une autre, une critique constructive est toujours bonne à prendre)

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Alice était une jolie petite fille. Elle tenait de sa maman son visage rond plein de douceur, la courbe gracieuse de ses lèvres roses et pleines ainsi qu'une taille fine. De son père, elle avait hérité de beaux cheveux noir de jais, une peau d'albâtre et une paire d'incroyables yeux bleus. En la voyant, on savait d'avance qu'elle deviendrait une femme superbe, le genre qui ravageait les cœurs d'un seul regard.

Mais derrière son joli minois se cachait l'une des teignes les plus hargneuses de tout Oakvale. Comme elle était très belle, on l'embêtait souvent : les autres petites filles par jalousie, les petits garçons parce que la plupart étaient amoureux d'elle sans savoir comment gagner son attention. Aux remarques malvenues et aux demandes-pour-jouer-avec-elle-déguisées-en-remarques-malvenues, Alice répondait invariablement avec ses poings. Elle mordait, griffait, frappait et faisait preuve d'une imagination débordante dans l'art des insultes.

Combien de fois sa maman lui avait-elle crié dessus parce que « on ne pousse pas Vivian dans la boue même s'il arrête pas de l'embêter » ? Son père, lui, se contentait de hausser les épaules à chaque fois qu'elle revenait avec une punition : c'était lui qui avait apprit à sa fille les meilleurs endroits où taper pour que les coups soient les plus douloureux possibles. En général, la maman d'Alice se tournait alors vers lui pour l'invectiver copieusement à son tour parce que « on n'apprend pas aux enfants à tabasser les autres ».

Lorsque Alice et sa famille avait déménagé à Bowerstone, sa maman avait redouté ce qu'il se passerait une fois qu'elle serait à l'école : et si la petite fille recommençait à frapper ses camarades à la moindre provocation ? Elle avait eu toutes les peines du monde à convaincre l'instituteur de laisser Alice rejoindre l'école en cours d'année : il avait déjà beaucoup d'enfants à s'occuper et sa maman avait eu à peine assez d'argent pour payer les droits d'inscription, puisque l'éducation n'était pas gratuite. Si elle se montrait turbulente et violente, ça ne passerait sûrement pas.

Mais Alice, non pas parce qu'elle ne voulait pas être grondée par sa mère mais plutôt pour essayer de se faire enfin des amis, s'était dit qu'une nouvelle vie dans une nouvelle ville signifiait forcément un nouveau départ. Elle était bien décidé à changer de tactique pour réussir à s'en sortir à l'école : utiliser ses poings, c'était bon pour les petits bouseux d'Oakvale. A Bowerstone, mieux valait être plus malin et plus cool que les autres pour se faire apprécier.

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« Mon père, c'est le meilleur forgeron de tout Bowerstone, s'exclama le petit Roman en mettant ses petits poings sur ses hanches. Il fait quoi, le tien, la bouseuse?! »

Alice fusilla du regard le garçon qui se tenait face à lui. Bouseuse. Mais au lieu de rouer de coups le malotru comme elle l'aurait fait du temps où elle vivait encore à Oakvale, la petite fille choisit une autre tactique. Elle redressa fièrement la tête, faisant voler ses longs cheveux noirs de jais, et répondit d'une voix forte :

« Le mien, il a battu Jack of Blades. Deux fois, ajouta-t-elle pour faire bonne mesure. »

Avec délectation, Alice observa la surprise se peindre sur les visages de ses interlocuteurs. Avant que sa maman, son frère et elle ne déménagent à Bowerstone, se vanter des exploits de son père n'impressionnait personne : à Oakvale, tout le monde connaissait le grand héros Alexandre qui avait mit fin au règne de terreur de Jack of Blades. Tout le monde était habitué à sa présence et aux longs silences pesants qui le suivait dès qu'il entrait quelque part. Tout le monde savait comment il était. Ici, à Bowerstone, personne ne le connaissait vraiment. Seules les rumeurs et les chants des bardes subsistaient, pour le plus grand bonheur d'Alice : du haut de ses dix ans, elle savait qu'il n'y avait rien de mieux qu'un père héroïque pour briller en société scolaire.

La surprise se mélangea en curiosité mêlée d'envie. La petite fille, qui venait d'arriver dans cette nouvelle école, constata que quelques élèves qui étaient auparavant prêts à la martyriser si elle n'était pas assez cool s'étaient imperceptiblement déplacés de son côté. Alice jubilait, sans trop comprendre ce qui pouvait bien les intéresser chez son père : sa maman disait toujours que c'était peut-être un bon combattant, mais que pour le reste, il n'était pas si incroyable que ça. Il était même plutôt incompétent, selon elle. Roman, tout d'abord bouche-bée, reprit la parole, un air de défiance sur le visage.

« Ton père, c'est le héros d'Oakvale ?

- Ouais, répondit Alice sur le même air.

- C'est vrai que c'est un père nul, demanda Romain avec un petit sourire supérieur qu'Alice lui aurait volontiers fait ravaler à coup de poings. »

Alice admirait beaucoup Lady Elvira Gray. Certes, la petite fille avait confusément conscience que c'était une « méchante dame, pour rester polie » (selon les termes de sa maman) et on lui avait toujours dit que Bowerstone se portait bien mieux depuis son exécution. Mais d'un autre côté... Lady Gray était bien la seule femme qu'Alice connaisse qui ait réussi à se frayer un chemin dans la haute société et à être riche et célèbre sans avoir à devenir une héroïne. Elle était devenue quelqu'un sans avoir recours à la violence. Tout ce qu'elle avait fait, c'était être jolie et plus maligne que les autres. Or, Alice ne voulait pas devenir une héroïne. Elle voulait être Lady Alice (pas Elvira, parce qu'Elvira était morte bêtement) Gray. Et une Lady Gray ne frappait pas le sale gosse qui osait dire que son père était nul.

« Non, c'est pas vrai. Mon père est génial. »

Roman plissa les yeux, clairement sceptique. Alice affronta son regard sans fléchir.

« Prouve le. »

Sans le lâcher une seconde du regard, la petite fille plongea sa main dans la poche de sa robe. Entre deux jolis cailloux qu'elle avait ramassé sur le chemin de l'école et quelques bouts de papiers, Alice trouva ce qu'elle cherchait. Triomphante, elle brandit sous les yeux ébahis de ses petits camarades une gigantesque canine qui pendait à une chaîne d'or. C'était un des trophées de son père.

« Il m'a donné ça ! »

Les autres enfants murmuraient entre eux et touchaient la dent, émerveillés par tant de classe. Parce que clairement, c'était cool d'avoir une dent de hobbe offerte par le héros d'Oakvale. Oh, certes, son père ne l'avait pas vraiment donné à Alice. Elle s'était contentée de se servir quand il avait le dos tourné avant que sa maman quitte Oakvale. Mais bon, le seul trophée auquel son père prêtait véritablement attention, c'était le Sceau des Champions. Alice était prête à parier que depuis le temps, il n'avait toujours pas remarqué la disparition de l'un de ses souvenirs de jeunesse.

Tant que le Sceau des Champions était à sa place, le reste ne valait pas grand chose à ses yeux.

Face à elle, Roman croisa les bras, l'air vaincu. Alice sut aussitôt qu'elle ne serait plus jamais embêtée par qui que ce soit à l'école : elle était la fille cool du héros d'Oakvale et (officiellement) son père lui avait donné une dent de hobbe.

« Bon. D'accord, c'est pas mal, admit Roman de mauvaise grâce. »

Alice lui offrit un sourire éblouissant en remettant la dent dans sa poche. Tant qu'elle était la fille cool de l'école, le reste ne valait pas grand chose à ses yeux.

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En silence, Alice contemplait le bol de porridge sur la table. Au-dehors, il faisait nuit. Assise sur sa chaise, elle balançait ses pieds dans le vide et triturait sa nourriture du bout de sa cuillère. La seule source de lumière de la cuisine était une bougie à la flamme vacillante près d'elle. Elle ne brillait pas assez pour illuminer toute la pièce, mais juste assez fort pour renvoyer à la figure d'Alice le vide des trois autres chaises autour de la table.

Tant qu'elle était la fille cool de l'école, le reste ne valait pas grand chose à ses yeux. Lorsqu'elle était en classe, en tout cas. Quand Alice rentrait chez elle, dans la grande maison toute neuve de Bowerstone, les choses étaient différentes. Elle n'avait jamais aimé Oakvale parce que les enfants ne l'y aimaient pas. Elle ne s'était donc pas émue de quitter le petit village et n'avait eu aucun mal à se faire à l'idée d'une vie citadine. Alice avait maintenant sa propre chambre, un luxe qui ne lui était pas accordé avant, et sa maman lui avait dit qu'elle pourrait la décorer comme elle l'entendait. Vivre à Bowerstone impliquait un meilleur accès à de plus jolies robes et à de plus beaux jouets qu'à Oakvale. Et puis bien sûr, c'était la ville de feu Elvira Gray.

Mais certaines choses lui manquaient. Des éléments de sa vie à Oakvale qu'elle ne pensait pas vouloir retrouver. C'était idiot pourtant. Par exemple, son grand frère Keith était parti à la Guilde pour y devenir un héros. Rien de bien terrible, en somme. Il s'y entraînait dur et sa maman avait expliqué à Alice que son frère reviendra pour les prochaines vacances. Mais en attendant, Keith n'était pas là pour jouer ou faire ses devoirs avec elle. Ou même pour se disputer. En vérité, quand ils vivaient à Oakvale, Alice et lui passaient plus de temps à se disputer qu'à jouer ensemble. Sa maman non plus n'était pas là : elle partait tôt le matin travailler à l'auberge du coin et ne revenait que tard le soir. Les seules traces de sa présence étaient le déjeuner et le dîner préparés pour sa fille la veille pour le lendemain. Parfois, perdue dans les brumes du sommeil, Alice croyait la voir brièvement entrer dans sa chambre et l'embrasser sur le front. A Oakvale, les choses étaient différentes. Keith était là et sa maman aussi. A Oakvale, elle ne travaillait pas à l'auberge du coin. Elle ne travaillait pas tout court. Ou plutôt, elle travaillait dans la maison. Veillait au grain à ce que ses deux enfants soient nourris comme il se doit et fassent bien leurs devoirs, nettoyait la maison, faisait la lessive et leur achetait des vêtements et des jouets neufs. Parfois elle leur criait dessus parce qu'ils ne voulaient pas manger leurs légumes ou n'avaient pas rangé leur chambre. C'était les seules tâches dont sa maman s'occupait. Ça, et allumer un grand feu dans la cheminée auprès duquel Alice et Keith se blottissaient en sirotant une tasse de chocolat chaud quand l'hiver venait. Un pâle sourire étira les lèvres d'Alice au souvenir. Qu'est-ce qu'elle aimait aller près du feu avec Keith à Oakvale. Ce n'était qu'en venant à Bowerstone qu'elle s'en était rendu compte.

La seule chose qui n'avait pas vraiment changé entre avant et maintenant, c'était l'absence de son père. Lui, il lui manquait à peine. Pourquoi serait-ce le cas ? Alice ne le connaissait pas parce que la moitié du temps, il n'était-pas-là. Il était juste le héros légendaire que tout le monde connaissait et dont elle ne savait rien, qui se contentait d'être-pas-là, de ramener de l'argent et de fournir à sa fille la preuve ultime qu'elle était cool. Et plus elle y réfléchissait, et plus Alice était incapable de trouver un bon souvenir lié à cet homme. Certes, c'était lui qui lui avait apprit à se défendre contre les petites brutes à Oakvale et qui lui avait parlé de Lady Gray, mais à chaque fois, quelque chose venait entacher leurs rares bons moments, ceux où il n'était pas perdu dans ses pensées, à ressasser des temps qui n'étaient plus. Il ne souriait pas, ne leur parlait pas. Ou alors, c'était pour leur raconter comment et pourquoi il avait vaincu l'horrible Jack of Blades. Alice soupçonnait que ça agaçait prodigieusement sa maman, au vu de la manière dont elle le coupait à chaque fois d'un « on sait, Alexandre ». Elle serra sa cuiller à en blanchir ses jointures et enfourna sa nourriture. A l'époque, ça faisait bien rire la petite fille. Plus maintenant. Peut-être que finalement, ces moments où elle riait de l'air déconfit de son père lui manquaient aussi.

Maintenant, sa maman avait divorcé et travaillait parce qu'elle n'avait plus de mari pour lui ramener de l'argent, Keith commençait à être-pas-là comme leur père et que ce dernier n'était-pas-là tout court au lieu de « pas-là-la-moitié-du-temps ». Et Alice, petite Alice, qui voulait devenir la nouvelle Lady Gray mais n'était pas sûre d'y arriver parce qu'une Lady Gray ne pleure jamais, ne pouvait pas s'empêcher de saler son porridge avec les grosses larmes qui coulaient de ses joues.