Lors de la publication du dernier chapitre, j'étais en mode "j'espère que je ne vais pas encore mettre un an à poster la suite". Je n'ai pas mis un an. J'ai mis un an et presque trois mois.

Bon.

On va dire que je suis plus à ça de près. En tout cas, je remercie les quelques lecteurs qui sont passés par là. :)

Personnage(s): Alexandre (Ça y est! Le héros d'Oakvale a enfin droit à son chapitre!)

Disclaimer: Rien n'est à moi, tout à Microsoft, etc.

Bonne lecture!

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A Hook Coast, comme presque tous les jours depuis deux ans, Alexandre est allongé dans son lit. Il fixe le plafond, immobile. Il pourrait passer la journée comme ça, à ne rien faire. Le héros n'a pas l'envie de se lever, ni de faire quoi que ce soit. Lorsqu'il ne reste pas allongé dans son lit à Hook Coast, il est allongé dans son lit à Oakvale. Mais il évite Oakvale, ces derniers temps : il n'a pas envie de voir Emily, qui est tout le temps sur son dos.

Comme presque tous les jours depuis que ça s'est terminé, le Maître de la Guilde le contacte via son sceau.

« Héros, venez vite à la Guilde. Nous avons une quête qui pourrait vous intéresser, lui explique le Maître de la Guilde. »

Alexandre ne répond pas. D'une main lasse, il tâtonne à l'aveugle sur la table de chevet à la recherche du sceau de la Guilde. Il n'avait pas envie de participer à une quête. Depuis le temps, on aurait pu croire que son ancien mentor l'a compris. Mais… Non. Il revient toujours à la charge.

Balancer le sceau de la guilde par la fenêtre réglera le problème : Alexandre n'aura plus à écouter le Maître de la Guilde lui demander encore et encore de venir les aider. La main du héros trouve enfin l'objet de son agacement, lorsque son ancien mentor, devinant peut-être son projet, ajoute très vite :

« Ça concerne le Culte de Blades. »

Alexandre suspend aussitôt son geste.

« Ils se montrent particulièrement actifs à Witchwood… Des gens ont disparu. Nous avions déjà confié la quête à quelqu'un d'autre, mais elle ne donne plus de nouvelle depuis deux semaines, insista le Maître. Nous craignons le pire. »

Il hésite. Il baisse le bras, repose le sceau sur la table de chevet et soupire. Il se lève.

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« Sale pantin de la Guilde, tu vas… ! »

La Larme d'Avo s'abat, impitoyable. Les yeux ronds, le dernier membre du Culte de Blades s'effondre avec un gargouillement sinistre. Ses entrailles s'écoulent de son ventre ouvert. Alexandre scrute le paysage du regard, à la recherche d'un adversaire qu'il aurait éventuellement pu oublier. Mais personne. La grotte est parfaitement silencieuse désormais et le parfum du sang flotte dans l'air. Alexandre a l'intime conviction que ça ne durera pas : si les cadavres ne sont pas dévorés par des hobbes, chose fort probable, l'odeur de la chair en décomposition prendra bien vite le dessus.

Alexandre s'assoit sur un rocher vierge de sang au milieu du carnage. Face à lui, trois statues lui font face. Trois silhouettes masquées, vêtues d'armure. L'une d'elles (celle du milieu) porte une couronne. Trois légendes. Le regard indifférent d'Alexandre glisse sur les deux premières statues et s'arrête sur la troisième. Jack of Blades. Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est ressemblant. Presque tout y est. La broche pour fermer la cape, les gantelets griffus, les délicates gravures sur l'armure… Alexandre se demande ce qu'il en aurait pensé. Pas grand-chose, sûrement. Peut-être que l'art du Culte de Blades ne lui rendait pas justice ? Qu'il faudrait plus de statues comme celle-ci ? Qui pouvait savoir ? Pas Alexandre en tout cas.

Sans lâcher du regard la statue, le héros fouille dans son paquetage à la recherche d'un peu de nourriture. Le pain commence à rassir après tous ces jours de voyage et au milieu de ces corps ensanglantés, la viande séchée ne lui donne pas envie du tout. Il pense à l'auberge de Knothole Glade qu'il a quitté une semaine auparavant pour courir après son groupe de fanatiques. Il ne doute pas une seconde qu'ils proposent des tas de bonnes choses, là-bas. Si Alexandre s'écoutait, il rentrerait chez lui : cette quête ne lui a rien rapporté jusque-là et le héros a hâte de pouvoir se remettre au lit.

Mais il ne rentre pas. Là, dans ce contexte, Alexandre ne veut pas repartir tout de suite. Quelque chose… Même si elle ne lui a rien apporté jusque-là, quelque chose lui paraît étrange avec cette quête. Déjà, il n'a pas retrouvé Hornet, l'héroïne envoyée avant lui. Ou même son corps. Pas de trace non plus des gens enlevés. Il ne peut pas repartir sans avoir découvert ce qu'ils sont devenus. Et puis s'il doit être tout à fait honnête avec lui-même, cette histoire lui paraît presque trop facile à régler.

« Tes fans sont lourds, fait-il savoir à la statue. »

Son regard s'accroche quelques secondes aux deux autres statues, avant de se reposer sur celle de Jack.

« Enfin… Vos fans, plutôt. »

Il se tait. Le regard perdu dans le vague, il se contente de mâcher son pain sans conviction. Et puis il repart et s'enfonce toujours plus profondément dans les entrailles de la caverne.

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Éventuellement, il retrouve les villageois. Le héros les sent avant même de les voir : une affreuse odeur de chair en putréfaction s'échappe de derrière une porte close. Un charnier s'offre à ses yeux lorsqu'il entre dans la pièce, une main sur le nez pour se protéger de la puanteur. Ils sont froids et immobiles. Ils ont tous affreusement souffert et cela se voit : tous sont mutilés au point de ne plus être reconnaissables et le sol de la caverne a prit la teinte brunâtre du sang séché. La plupart sont figés dans une expression de terreur et de douleur indescriptible. D'autres, plus rares, semblent soulagés. Soulagés que la mort les prenne enfin, que le cauchemar s'arrête.

Sur le pas de la porte, le héros les fixe longuement. Puis il soupire et quitte le charnier : il n'y a plus rien à faire pour eux. Comme pour tout ces gens que Jack a sacrifié dans sa quête de l'Épée des Âges. Comme pour Oakvale. Comme pour son père. Alexandre se souvient que son corps était encore chaud lorsqu'il l'a trouvé en face de leur maison qui partait en flammes. Comme pour Keith, le frère d'Emily. Savoir que sa femme avait nommé leur fils d'après ce fantôme du passé… Ça l'avait rendu un peu malade, à l'époque. Il n'avait pas besoin d'un rappel constant de ce qu'il s'était passé.

Il doit continuer. Il doit avancer. Il doit trouver Hornet et pourquoi le Culte de Blade ont enlevé tous ces gens. Ses recherches finissent éventuellement par porter leurs fruits.

Il y a un pupitre avec un épais grimoire et un autel au fin fond de la grotte. Hornet y est enchaînée. Sa poitrine se soulève au rythme d'une respiration difficile. Elle est vivante. Alexandre s'approche, prêt à la délivrer de ses entraves. Il pense la ramener à la guilde pour la faire soigner et l'interroger sur ce qu'il s'est passé. Et puis Hornet relève les yeux et il comprend que la femme en face de lui n'est pas Hornet. Elle a le visage d'Hornet et sa voix, mais ce n'est pas elle. Ses yeux sont rouges et dorés, comme ceux de Jack. La détacher ne paraît pas être une si bonne idée que ça, tout compte fait.

« Qui… Qui êtes vous ? »

Un sourire carnassier étira les lèvres desséchées d'Hornet, révélant des dents longues et luisantes. Alexandre frissonne sans pouvoir s'en empêcher.

« La reine.

– Il n'y a pas de reine en Albion.

– Alors, c'est que vous avez la mémoire courte. »

Alexandre dégaine son épée : Albion n'a pas de reine. Mais cette femme, cette créature à l'intérieur d'Hornet a les mêmes yeux que Jack. Ils sont dans un repère du culte de Blades et Alexandre connaît les vieilles légendes. La reine ne cille pas, peu impressionnée face à la lame ensanglantée. Il ne sait toujours pas ce qu'il s'est passé dans cette grotte. Il veut des réponses bien sûr, mais pas au point de vouloir laisser cette créature en vie plus longtemps.

La reine ne se débat pas lorsqu'il plonge sa lame dans son ventre. Elle ne crie pas non plus. Elle semble presque indifférente.

« Tu as ses yeux, note-t-elle d'une voix hachée.

– A qui ?

William Black. »

Instantanément, ce nom le ramène plusieurs années en arrière, le jour de son combat contre Jack à la Guilde.

« Jack m'a dit la même chose une fois.

– Et il t'a laissé en vie ? Mon frère s'adoucit s'il ne t'a pas déjà réduit en charpies. »

Alexandre dégage sa lame du ventre d'Hornet. Ou de la reine. Qu'importe.

« Il n'en a pas eu l'occasion. Je l'ai vaincu. Je l'ai tué. »

Dans un dernier souffle, la reine lui rit au nez.

« Conneries. Il n'est pas comme moi ou mon autre frère. Il est incapable de mourir. »

Sa voix s'éteint et elle s'effondre contre son rocher, laissant Alexandre seul. Lorsqu'il s'approche du cadavre pour l'observer plus attentivement, ses yeux ont reprit leur teinte bleue habituelle. Avec un soupir, Alexandre détache enfin Hornet.

Les mots de la reine résonne dans sa tête tandis qu'il charge le cadavre sur son épaule. Il passe près du grimoire sur son pupitre. Alexandre l'observe longuement, puis le ramasse et le fourre dans son sac. Faute d'avoir obtenu des réponses de la reine, il en trouverait bien dans cet ouvrage.

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Il a ramené Hornet à la Guilde. On lui a posé des questions sur ce qu'il s'est passé. Alexandre s'est simplement contenté d'expliquer qu'il n'y a plus personne à sauver là-bas. Et que quoi qu'est tenté le culte, ça n'a pas fonctionné. Il n'a pas parlé de la reine à l'intérieur d'Hornet ou du grimoire. S'il les avait mentionné, on lui aurait prit le livre et il ne l'aurait plus revu. Les derniers mots de la reine tournent toujours en boucle dans son esprit lorsque Alexandre rentre enfin chez lui.

La chaleur a déserté sa maison, refroidie par les températures glacées d'Hook Coast. Alexandre allume aussitôt un feu dans la cheminée. Il s'assoit à même le sol, non loin des flammes, sort l'épais grimoire de son sac et commence sa lecture.

Il découvre des tas de sorts et de rituels bien sombres, agrémentés d'illustrations terrifiantes. Des tâches sombres, semblables à du sang séché, constellent certaines pages. Le papier jauni craque sous ses doigts. Alexandre tourne les pages délicatement, par peur de les abîmer.

C'est au beau milieu de la nuit qu'il trouve enfin la réponse à ses questions. Un rituel pour échanger l'âme d'un vivant contre celle d'un mort. Les instructions sur les pages sont très claires : il ne marche pas à tout les coups. A moins qu'il ne fonctionne dès le premier essai, il faut enchaîner les sacrifices jusqu'à-ce que ça marche.

Alexandre repense au charnier, aux trois statues dans la grotte et à Hornet, dont le sacrifice a été suffisant pour ramener la reine. Satisfait, il referme le grimoire.

Mais les mots de la reine lui restent en tête. Alexandre sent son cœur s'emballer. Il n'ose pas réfléchir aux implications de ce qu'elle a sous-entendu.

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Alexandre enferme le grimoire dans une boîte et la descend discrètement dans sa cave. Il y a creusé une fosse. Il jette la boîte et la recouvre de terre. Une fois qu'elle est parfaitement recouverte, il quitte la cave et remonte dans sa chambre. Alexandre se laisse tomber dans son lit, tourné vers le plafond.

La reine a dit ça pour le narguer. Alexandre en est certain, mais ses derniers mots ne le quittent pas. Il est incapable de mourir. Il repense à Jack à l'arène, à Bargate, à la Guilde et à la Folie d'Archon. Ses yeux d'or. La puissance de ses coups. Sa voix qui hante ses rêves.

Alexandre sent sa bouche s'assécher. Mal-à-l'aise, il se roule sur le ventre et enfouit ses mains et son visage dans son oreiller. Il ne veut plus y penser, mais il échoue.