Carter

Julius s'attendait à recevoir une lettre d'Ilvermorny dès que son fils attendrait son onzième anniversaire – Carter était né à Los Angeles, en territoire américain, si bien qu'il avait bénéficié d'une inscription automatique dans les registres du monde sorcier des États-Unis. C'était toujours le cas lors des naissances de magiciens, l'une des raisons pour laquelle la formation de la Maison de Vie commençait avant les dix ans du novice. Les magiciens avaient déjà bien assez de mal à trouver des recrues, ils n'allaient pas en plus laisser une bande de parvenus leur voler leurs enfants.

Pour en revenir à la lettre, il s'y attendait et avait renvoyé une réponse négative dès qu'il avait pu, affirmant qu'il se chargerait lui-même de la formation de son fils. En fait, il avait envoyé deux réponses, la première pour Ilvermorny, la seconde pour Beauxbâtons – l'académie française avait apparemment eu vent de quelques incidents lors du passage des Kane en Europe et jugé que le jeu en valait la chandelle.

Ce à quoi il ne s'attendait pas, c'était à tomber sur un représentant de l'école sorcière africaine dans sa chambre d'hôtel tunisienne. Heureusement que Carter était resté au rez-de-chaussée pour lire, ça lui donnerait le temps de faire partir l'indésirable avant le retour de son fils.

« Je ne comprends pas votre hésitation, M. Kane » commenta l'homme en boubou coloré, après s'être présenté comme Noura Louati, chargé des admissions scolaires. « La réputation de Uagadou dans le milieu magique africain n'est plus à faire. »

Julius dut se retenir pour ne pas grimacer – Carter n'était pas destiné à devenir un sorcier, il était un magicien. Sans vouloir insulter son indésirable invité, ce serait comme d'envoyer son fils à une université bon marché plutôt que de le placer à Harvard. Dans ces circonstances, le choix était évident.

« Je ne pense pas que votre milieu convienne à mon fils » se borna-t-il à répondre. « Je m'occupe de sa scolarité à domicile depuis qu'il a huit ans, je sais comment il apprend le mieux. Mettez-le dans une classe et il n'arrivera jamais à suivre. »

« Et vous croyez pouvoir lui dispenser l'éducation nécessaire à la maîtrise pleine et entière de ses talents naturels ? » interrogea le représentant d'un ton poliment sceptique.

« Si je m'en sors avec son éducation normale, pourquoi je ne m'en sortirais pas avec son éducation paranormale ? » rétorqua le magicien.

Louati scruta son visage un long moment avant de pousser un soupir.

« Si c'est votre dernier mot, très bien. Juste au cas où vous changeriez d'avis, prenez cette pierre dans votre main avant de vous endormir. Il ne sera jamais trop tard pour penser aux intérêts de votre fils. »

Julius se rappela le jour où Ruby lui avait dévoilé le contenu de ses visions de l'avenir sans rien cacher. Les dieux. Le retour du chaos. La Maison de Vie en péril. Le rôle de leurs enfants.

« J'y pense déjà. »