Sadie

Catherine Faust n'était pas du genre à se laisser impressionner, que ce soit par son propre mari ou un imbécile en robe de chambre d'une couleur indécente. Vraiment, qui trouvait que mettre du violet fluo parsemé d'étoiles oranges constituait un choix vestimentaire acceptable ?

Heureusement que ce M. Flitwick connaissait au moins le sens du mot « discrétion », même s'il était plutôt compliqué pour un nain de passer plus inaperçu que pour une personne de taille moyenne. Ce n'était pas leur faute, mais le clou qui dépasse attire le marteau comme on dit.

« Vous êtes très obstinés, vous autres sorciers » déclara-t-elle en offrant à son indésirable visiteur une assiette de biscuits trop cuits. « Nous avons déjà écrit à cette école d'Amérique pour leur dire que Sadie ne traversera pas l'océan rien que pour apprendre à faire des tours de magie. »

« Si la distance vous préoccupe, Poudlard se situe en Écosse » précisa le petit homme. « Ce sera certainement bien plus proche qu'Ilvermorny. »

Le regard bleu de Catherine n'était pas très menaçant d'habitude, mais à cet instant même, il était aussi chaleureux et inoffensif que de l'acier trempé.

« Ce n'est pas une question de distance. Sadie est une petite fille normale, et elle restera une petite fille normale. Hors de question qu'elle aille dans quelque école de magie que ce soit, américaine ou anglaise. »

Le petit homme parut surpris.

« Mrs Faust, votre petite-fille se voit offrir une chance inouïe... »

« La chance de se faire tuer, vous voulez dire ? » rétorqua la vieille femme d'un ton plus sec que le désert du Sahara durant la canicule. « De 1970 à 1981, un terroriste s'amusait à massacrer les gens dans les rues sans que vous puissiez faire quoi que ce soit pour l'arrêter. De 1995 à 1998, ce même terroriste est revenu et a réussi à renverser votre gouvernement pour persécuter tous ceux qui le regardaient de travers. Voulez-vous que je rajoute des détails ? »

Les sourcils de Flitwick étaient remontés sur son front au point de quasiment disparaître dans ses cheveux.

« Vous êtes très bien renseignée, madame » commenta-il.

« J'ai mes sources » répondit Catherine sans se mouiller. « Vu vos états de service, moi et mon mari refusons de vous livrer notre petite-fille pour qu'un autre de vos désaxés l'assassine. Nous avons déjà perdu notre fille, nous ne la perdrons pas elle aussi. »

Le petit homme parut se ratatiner encore plus sous l'accusation.

« Si tel est votre dernier mot, madame. Au cas où vous changeriez d'avis, voici l'adresse d'une boîte postale où vous pourrez nous envoyer une lettre. L'avenir de votre petite-fille est important. »

« L'important, c'est qu'elle ait un avenir. »