Un simple manteau de plumes noires mis sur tes épaules. Une caresse, une coupure, chacun le ressent comme il peut. Ce manteau avec lequel tu es mort, je l'ai récupéré. A quel point c'est morbide ?

Ce simple manteau de plumes noires était l'un de mes cadeaux. Nous allons tellement nous ressembler avec ça ! Mais tu ne me ressemblais pas. Tu étais de mon sang, de ma chair. Tu avais vécu les mêmes choses que moi. Mais pourtant ce regard, cette manière, tu étais si différent.

Je ne sais pas pourquoi tu m'as trahi, je ne sais pas pourquoi tu étais devant moi, je ne sais pourquoi j'ai tiré. Je devais le faire. Tu étais comme nos deux parents, trop gentil. Et si tu n'es pas mort de maladie comme mère, quand je t'ai perdu de vue lorsque tu avais huit ans, c'est que tu devais mourir de ma main, comme père, aussi.

Tu étais un imbécile. Toujours maladroit. Toujours tête en l'air. Je n'ai pas compté le nombre de fois où tu as brûlé ce manteau. Tu brûlais ce manteau que je t'avais offert. Ça me mettait en colère à chaque fois. J'ai fini par m'y habituer. Tu étais toujours un enfant.

Tu ne parlais plus. Tu ne souriais plus. J'ai maintenant l'impression que c'est ton manteau qui me parle. Il me raconte tous les bons moments que nous aurions pu vivre mais que nous n'avons pas vécus. Parce que tu ne me parlais pas et que tu ne me souriais pas.

J'abandonne mon manteau rose sur la chaise, j'installe ton rouge à lèvres entre mes doigts et je peins notre visage. J'ai le même faux sourire que toi. Je suis un tout autre Joker maintenant.

À cause de toi, je ne veux plus sourire, à cause de toi je ne parle presque plus. Chaque syllabe est une cendre dans ma bouche et chaque mot m'empoisonne. J'en suis malade. Je t'ai tué parce que j'étais en colère, j'ai appris pourquoi tu ne me parlais plus, pourquoi tu ne me souriais plus. Tu m'as trahi et je ne l'ai pas vu. Qui est le plus imbécile de nous deux ?

J'immortalise autour de mon œil le drôle de dessin que tu y plaçais, mets le manteau de silence sur mes épaules et regarde chacune de tes affaires comme si c'était une réponse. Je ne savais pas que tu aimais la vanille. Je ne sais toujours pas pourquoi tu avais ces cicatrices autour des lèvres, que tu cachais toujours. Tu ne m'as jamais dit. Parce que ça devait faire mal de sourire avec ça et parce que tu ne parlais pas. Le plus dur devait être de sourire pour moi. Tu ne souriais pas. Juste un manteau de silence.

On me dit: Un cœur ne peut être reparé qu'une seule fois, Doffy. Ton frère a brisé le sien à la mort de votre mère, tu lui as reparé, il l'a brisé encore à la mort de votre père. Il était perdu. Tu as mis fin à sa souffrance. Mais en réparant les erreurs du passé, tu as brisé ton propre cœur en tuant ton frère. Un coeur ne peut être réparé qu'une seule fois, Doffy. Et toi aussi tu l'as brisé deux fois.

Je m'installe sur ton lit, avec ton manteau, ton maquillage et ton saleté de bonnet rouge. Qu'est-ce que je fais ? Je pose mes lunettes près du lit. Avec les yeux fermés, je te ressemble un peu plus.

J'aimerais te revoir.