Catherine resta abasourdie. Elle n'arrivait pas à croire qu'Henri ait pu faire cela. Certes, ce n'était pas la première fois qu'elle apprenait des choses sur le comportement de son mari qui la décevait mais, là, c'était au-delà de toute mesure.

Elle y avait cru. Ces derniers temps elle avait eu l'impression que son mari s'était montré bienveillant et sincèrement gentil avec elle, il avait été compréhensif et, en dépit du fait qu'elle voulait le quitter, elle ne s'était pas sentie aussi proche de lui depuis longtemps. Elle était profondément déçue, un sentiment qui lui était malheureusement familier.

La reine décida de rejoindre ses appartements, elle ne voulait pas que l'on la voit se décomposer en plein milieu du couloir. Là, enfermée dans la chaleur réconfortante de sa chambre, elle s'assit sur son lit moelleux pendant que ses servantes préparaient ses bagages. Les jeunes femmes disposaient ses robes, châles, cosmétiques et bijoux dans des caisses en bois, et Catherine observait nostalgiquement la chambre qu'elle allait quitter aujourd'hui. Elle n'avait pas dormi ici depuis trois jours en réalité...

Quand la confirmation du Vatican à propos de l'annulation du mariage était arrivée, elle n'avait pas accepté que tout soit fini et son corps, sans écouter la raison, s'était précipité dans les bras d'Henri. Par peur, par faiblesse, par nostalgie peut-être, elle n'avait eu qu'une envie : le retrouver, être avec lui encore une fois, juste une dernière fois. Au final, Catherine et Henri avaient passé trois jours enfermés seuls tout les deux dans les chambres d'Henri...ils avaient fait l'amour, certes, mais pas seulement, Catherine était restée de longues heures blottie dans ses bras, sans forcément parler, mais en appréciant de retrouver celui qu'elle avait tant aimé.

Elle avait même pensé à reconsidérer sa décision de partir...Dire que pendant ce temps-là, Diane attendait Henri dans l'un de ses châteaux ! Catherine s'en voulait d'avoir été aussi idiote, encore une fois !

-Votre majesté, vos bagages sont quasiment prêts.

Antoinette sortit Catherine de ses pensées. Elle se leva alors avec élégance de son lit et observa longuement sa chambre désormais vide. D'un hochement de tête, elle remercia ses servantes pour leur travail et les congédia.

Catherine avait encore un peu de temps avant son départ. Elle alla donc saluer ses enfants, même s'ils la rejoindraient dans peu de temps, elle passa ensuite par les jardins où elle fit une longue promenade pour s'imprégner des lieux où elle avait passé la plupart de sa vie et où elle gardait de nombreux souvenirs.

La reine n'avait précisé à personne si elle partait pour un voyage ou si elle partait définitivement. Personne ne savait qu'elle ne remettrait certainement plus les pieds au château, sauf une poignée de personnes proches. Toute la France le saurait bien assez vite... et puis de toute façon, elle ne voulait pas d'adieux larmoyants et dramatiques.

Quand sonna l'heure du départ, Catherine rejoignit le hall où une petite foule était rassemblée. Les gens ne savaient pas où elle allait mais tout le monde avait la curieuse sensation qu'elle ne partait pas simplement en voyage, l'atmosphère était pesante et les ragots fleurissaient de partout.

Catherine salua poliment quelques personnes, elle attendait dans un coin que l'on amène ses bagages lorsqu'elle fut attirée en arrière par une main forte.

Elle fut tirée derrière un rideau, alors, paniquée, elle se débattit et voulut crier mais une main fut placée sur sa bouche :

-Calme-toi chérie.

Catherine tourna la tête pour voir le visage de celui qui la retenait contre lui par une main sur son ventre. Elle soupira :

-Henri, vous m'avez fait peur ! Par tout les saints, qu'êtes vous en train de faire ?

-Vous, qu'êtes vous en train de faire ?

Comme il la tenait contre lui, de dos, elle ne voyait pas son visage mais elle imaginait bien que ses yeux devaient lancer des éclairs. Elle ne parla pas.

-Ce matin je me réveille, vous êtes dans mes bras, et tout à coup on m'annonce que vous partez aujourd'hui !

-C'était une erreur, ces trois derniers jours, c'était une grosse erreur.

Une vague d'étonnement parcourut Henri. Une erreur ? Sérieusement ? Il fit glisser sa main sur la pente douce de l'estomac de son épouse et parla doucement « Ne mentez pas, vous l'avez ressenti tout comme moi... » Catherine frissonna sous son contact alors il continua à tracer de petits cercles contre son ventre avec sa main, « Nous nous sommes retrouvés, alors, n'osez pas prétendre, après ces trois jours, que tout ce qu'il y avait entre nous a disparu...parce que ce n'est pas le cas et vous le savez autant que moi... »

Catherine inspira et plaça sa main sur celle d'Henri pour la sortir de son corps. La sentant essayer de se dégager de son étreinte, Henri la rattrapa par les hanches pour la coller à nouveau contre lui. Il chuchota à son oreille :

-Ne partez pas, et je ne parle pas juste de cette salle.

Il inspira dans ses cheveux et chuchota encore une fois à son oreille, d'une voix étrangement plus rauque :

-Je vous aime. Je n'ai jamais cessé de vous aimer, et j'utiliserai toute mes forces pour vous le prouver, jusqu'à mon dernier souffle...

C'en était trop pour Catherine. Elle ne se rappelait même pas de la dernière fois qu'il lui avait dit qu'il l'aimait...elle avait rêvé d'entendre cette phrase durant des années et lui, il choisissait aujourd'hui... Elle se retourna violemment pour lui faire face.

-Vous m'aimez ? Vous savez quoi, vous n'aviez qu'une seule chose à faire pour me le prouver...une seule : laisser Diane en Espagne et ne jamais la faire revenir. Et même ça vous n'en avez pas été capable !

Avant qu'Henri n'ait réagit, Catherine poussa le rideau et rejoignit le hall :

-Qu'on ouvre les portes !

Les gardes commencèrent à ouvrir les portes pour laisser la reine rejoindre son attelage mais une voix forte intervint :

-Laissez ces foutues portes fermées ! Par ordre du roi !

Evidemment le roi l'emporte sur la reine, toujours...

Toute la foule dévisageait le roi qui avait fait une entrée inattendue. Henri et Catherine se regardaient avec colère tandis qu'un silence s'installait. Un murmure se fit entendre dans la foule : « cela devient intéressant... »

Tout le monde voulait savoir ce qu'il se passait, pourquoi le roi ne voulait-il pas que la reine rejoigne son attelage ?

Henri parla :

-Un mot, ma reine ? En privé.

Catherine, face à l'assemblée qui les observait, n'avait pas d'autre choix que d'accepter. Elle le suivit donc à nouveau derrière le rideau. Tandis que les murmures reprenaient parmi les nobles, Henri déclara sèchement :

-Diane n'est pas de retour.

-Ne me prenez pas pour une idiote! Je sais, de source sûre, qu'elle ne figure plus sur la liste des personnes bannies du royaume. C'est forcément un ordre du roi !

Henri fronça les sourcils en comprenant :

-Vous féliciterez Narcisse, il est très bien informé. Cependant, la seule raison pour laquelle Diane n'est plus bannie est qu'elle est décédée.

Catherine resta muette. Comment cela décédée ? L'un de ses plus grands rêves se réalisait mais elle ne savait pas si elle devait laisser exploser sa joie...Henri n'avait pas l'air particulièrement joyeux... Peut-être était-il attristé par sa mort ? A moins que..

-L'avez-vous tuée ?

Après plusieurs secondes de silence, Henri dit seulement :

-Oui.

-Mais pourquoi ?

-C'est compliqué...je..

Il prit une grande inspiration. Il fallait qu'il lui raconte toute l'histoire.

-Après avoir été bannie de France, Diane est partie en Espagne.

-Oui, où elle a essayé de rejoindre la cour mais Elisabeth l'a renvoyée, je sais.

-Ce n'est pas tout. Vous connaissez Diane, elle est incapable de vivre sans luxe et reconnaissance...alors elle a fait du chantage à Elisabeth pour pouvoir intégrer sa cour. Diane détenait des informations, des preuves et des témoins à propos de certains de vos crimes ainsi que de votre liaison extraconjugale...vous auriez été exécutée et elle savait que votre fille vous aime profondément...

Catherine ne put s'empêcher de s'écrier :

-Quelle vipère !

-Evidemment, vous connaissez Elisabeth elle n'a pas cédé, elle a enfermé Diane dans un cachot et m'a écrit pour me demander ce qu'elle devait faire...elle sait que Diane et moi avons quand même un fils ensemble et puis, en théorie, la reine d'Espagne n'a pas le droit de tuer un sujet français sans autorisation. Bien sûr, je n'allais pas laisser ma fille se salir les mains en tuant la femme que je n'aurais jamais dû faire entrer dans nos vies...alors, j'ai envoyé un assassin en Espagne et il s'en est occupé.

Catherine resta silencieuse et abasourdie. Henri cherchait une réaction dans ses yeux, mais, elle soupira seulement :

-Comment tout cela a-t-il pu se passer sans que mes espions n'en sachent rien ? Oh, mon dieu, mais...Bash sait-il que vous avez assassiné sa mère ?

Le visage d'Henri se décomposa à ces mots.

-Il le sait. Il a décidé qu'il ne pouvait plus me regarder. Il a quitté le château à l'aube.

Sa lèvre inférieure tremblait légèrement et son regard était dur mais plein de tristesse. Catherine ne prétendait pas comprendre l'attachement si particulier qui liait Henri à son fils illégitime mais elle savait qu'il l'aimait profondément et qu'il devait être anéanti de savoir que son fils ne voulait plus jamais le revoir...

Elle posa sa main réconfortante contre la joue de son mari :

-Je suis sincèrement désolée Henri. Désolée que la décision de me protéger vous ait fait perdre votre fils.

-Un jour, Bash rencontrera une femme extraordinaire qu'il aimera passionnément et pour qui, il sera prêt à tout, même à tuer, et alors, il saura pourquoi j'ai agis comme cela et il comprendra.

Le rideau s'ouvrit enfin et les gens toujours présents scrutèrent leurs souverains pour essayer de deviner ce qu'il s'était passé.

-Ouvrez la porte.

C'est Catherine qui avait donné cet ordre, d'une voix forte.

Les gardes regardèrent Henri pour être certains qu'il devaient suivre l'ordre de la reine. Le roi hocha la tête, alors, les charnières de la porte grincèrent et Catherine marcha vers le carrosse qui l'attendait. Elle ouvrit la portière pour s'asseoir à côté de Narcisse qui l'attendait. Celui-ci la scruta longuement et dit :

-Aucun bagage ? Vous voyagez léger...

Catherine sourit légèrement. Il avait comprit, c'était un homme intelligent.

-C'est lui n'est-ce pas ? Cela sera toujours lui ?

-Je suis profondément et sincèrement désolée.

Narcisse sourit, ce n'était pas un vrai sourire mais plutôt une mine déçue.

Elle ne voulait pas qu'il pense qu'elle s'était servie de lui comme distraction, ce n'était pas le cas.

-Nous sommes les mêmes, vous savez, et dans des circonstances différentes j'aurais pu être avec vous et vous aimer profondément mais..

-..votre cœur, actuellement, est déjà pris et il le sera toujours. Je comprend. Je ne regrette pas de vous avoir rencontrée. Au-revoir ma reine.

Il baisa chastement sa main, et elle murmura :

-Jusqu'à ce que nous nous rencontrions à nouveau...

La portière claqua, le cocher s'installa et les chevaux partirent au galop.

Catherine, elle, courait vers le château sous les regards médusés des spectateurs qui se doutaient que les choses ne seraient plus du tout pareilles à la cour de France, entre le roi et la reine, et ils avaient raison.


Six ans plus tard...

Le soleil allait se coucher dans les champs qui s'étendaient à perte de vue, dans le sud de la France. Les cigales chantaient et le duc Narcisse, dans son château, finissait son dîner avec ses deux fils Édouard et Luc lorsqu'ils entendirent des cris sur la place principale du village. Narcisse dévala les marches de l'escalier principal pour savoir ce qui se passait. Il tomba alors nez à nez avec un messager mystérieux qui lui tendit un parchemin plié, sans rien dire, et partit au galop.

Narcisse fronça les sourcils, ce parchemin avait il un rapport avec toute cette agitation dans le village? Les gens semblaient scander quelque chose mais il ne distinguait pas ce qu'ils disaient.

Il déplia le parchemin, intrigué. Il connaissait cette écriture...

Le temps a bien passé depuis notre dernière rencontre bien que je doive avouer que vous ne m'avez pas vraiment manqué car les années qui ont suivi votre départ on étés les plus heureuses de ma vie. A l'heure où vous lisez cette missive, j'ai certainement déjà rejoint mon créateur, ce qui, j'imagine, ne vous attriste pas énormément.

C'est alors que Narcisse comprit soudainement ce que scandaient les villageois... « le roi est mort, vive le roi »

Un jour, il y a longtemps, vous m'avez dit que votre seul objectif était de rendre Catherine heureuse. C'est le moment. Elle a besoin de vous pour lui donner ce que je ne suis plus en mesure de lui apporter.

Je vous fais confiance, s'il vous plaît, prenez soin d'elle.

Narcisse lâcha la lettre, elle n'était pas signée mais ce n'était pas nécessaire.

-Scellez mon cheval!

Narcisse partit au galop dans un nuage de poussière, tout en chuchotant

-Croyez-moi Henri, je le ferai.

Et voilà, c'est terminé. Merci à tout ceux qui sont restés avec moi jusqu'au bout!

Que pensez vous de la fin? Déçus? Ou pas?

Je vous laisse libre d'imaginer les années qui ont précédé et suivi cette lettre...

J'espère de tout cœur que cette conclusion vous a plu!

PS: désolé je ne suis pas une adepte des fins heureuse, la vie est une garce et de toute façon, je voulais suivre un minimum la version historique qui est que Henri II est décédé avant Catherine de Médicis, lui permettant de devenir une régente influente et respectée durant plusieurs années.