Hey ! Bonjour à tous ! Je vous présente mon recueil d'OS des nuits HPF (pour ceux qui connaissent pas c'est génial, renseignez vous !). Ça fait longtemps que je suis ça de loin et j'ai enfin pris mon courage à deux mains et participé pour la nuit du 17 février 2018. Enfin…participé...étant donné que j'ai pas de compte HPF j'ai suivi les thèmes et écrit en même temps que tous le monde sans rien poster… J'espère que ça ne contrevient à aucune règle que je publie ça ici, sinon dites le moi ''.

Je vais me créer un compte quand même, histoire de faire ça dans les règles de l'art la prochaine fois ^^. Ça m'a vraiment plus, l'ambiance était bonne (même si je postais rien hin hin!) et je pense recommencer dès que possible ! Les textes sont vraiment inégaux, d'autant plus que je n'ai rien retravaillé (à part quelques petites coquilles d'orthographes!) et que c'est vraiment le travail brut.

Principe : Un membre de l'équipe de nuit donne un mot et une image et on écrit sur l'un, sur l'autre ou sur les deux pendant une heure.

Vous me connaissez j'aime la difficulté : j'ai écrit sur les deux. Bon c'est souvent pas très thème mais plutôt évocation des éléments donnés (je case quand même le mot hein!) donc ça se trouve c'est pas totalement dans les règles, sorry. Mon cerveau part vraiment loin avec une petite idée de base !

Si ça vous intéresse, vous pouvez retrouver les mots et images sur HPF. Il y a réunit ici les 7 textes de la nuit du 17 février 2018. Ils n'ont rien en commun les uns avec les autres.

Fuite

Lavande fit ruisseler l'eau le long de son corps galbé. D'une main distraite, elle se savonna, puis se rinça méticuleusement. L'eau lui faisait du bien, elle la rassurait et elle cacha ses larmes lorsqu'elle craqua. Elle revoyait sa mère, souriante et pleine de vie jouer avec elle dans la salle de bain de son enfance. Puis le corps si froid de sa mère, étendu dans cette même salle de bain, défiguré par des sorts qu'elle ne connaissait que de nom. Les membres tordus, brisés, le sang qui coule lentement et forme des plaques presque noires sur le sol. Endoloris ! Lavande frissonna malgré la température de l'eau, les souvenirs d'avant lui faisaient toujours cet effet.

La jeune femme s'immergea totalement dans la baignoire, et compta les secondes jusqu'à ce qu'un voile noir obscurcisse sa vue. Mourra, Mourra pas ? Ou comment transformer un instant de détente en une lutte contre soi-même. Il lui arrivait d'espérer qu'elle soit morte cette nuit là, des années plus tôt. Puis l'instinct de survie surgissait de nouveau, et elle fuyait, comme à l'époque. Elle sortit de l'eau et s'enveloppa dans une serviette beige, avant d'éviter le miroir. Comme chaque matin. Cela faisait près de sept ans qu'elle esquivait son reflet.

Lavande ouvrit la véranda de bois brun et avança, pied nu, sur les vieux blocs de pierre de la terrasse. Tout autour de la maison s'étendaient des champs de blés à l'infini, rien d'autres à l'horizon que ces parcelle dorées et ce ciel d'un bleu pur. Un rire joyeux résonna soudain et elle eut juste le temps de se retourner pour réceptionner dans ses bras un petit garçon aux cheveux aussi blonds qu'elle. Il lui déposa cérémonieusement sur la tête une couronne de fleur sauvages avant de rentrer en courant dans la maison, la faisant crier par réflexe pour qu'il enlève ses chaussures pleines de boues.

La jeune mère retourna à sa contemplation du paysage, les yeux perdus dans le vague. Ses doigts effleurèrent un épis bien mûr, la récolte arriverait bientôt et elle pourrait à nouveau se perdre dans le travail de la ferme. Oublier était son quotidien. Vivre dans le présent son mantra.

Mais, parfois -trop souvent-, son esprit se perdait si loin, dans des lieux sombres et violents, en un temps où son visage était placardé au côté de celui d'Harry Potter, d'Hermione Granger et de tant d'autres jeunes terrifiés mais déterminés. Elle revoyait encore les baisers qu'elle envoyait à ses poursuivants sur les affiches de recherches, ses cheveux bouclés soigneusement, ses yeux maquillés à outrance, ses lèvres glossées… Son sourire innocent malgré son quotidien de morts et d'échec.

Après la mort de sa mère, elle avait quitté l'Angleterre sous les conseils d'Harry. Il lui avait donné une partie de sa fortune, les yeux graves mais décidés. Elle se souvenait encore de ses derniers mots avant que le train ne l'emporte, si loin de son pays natal : Vis pour nous. Et elle l'avait fait, elle s'était levée chaque matin et elle avait avancé. Loin de la guerre, loin de ses amis, loin de sa cause. Pour eux. Jusqu'à la naissance de son fils. Le fils de qui ? Elle ne savait pas, il y avait eu beaucoup d'hommes qui l'avaient serrée dans leur bras, cherchant un peu de réconfort dans ce monde à feu et à sang. Mais peu importait, maintenant, c'était pour lui qu'elle continuait.

L'Angleterre sombrait lentement, les siens mourraient. Aucun pays ne bougeait pour leur venir en aide, et bientôt il ne resterait plus aucun survivant, dans aucun des camps. Elle le sentait, sans même s'informer des actualités. Et elle restait à l'abri, loin de tout, loin du sang et du désespoir. Les yeux verts de son fils se confondaient avec ceux d'Harry, plus sombres et sans joie ni espoir, qui semblaient lui murmurer à l'oreille : La fuite ce n'est pas l'arme des lâches, mais celle des survivants.


Penchants de dément

Tom a dix-sept ans, et cela fait bien longtemps qu'il n'est plus un sage petit garçon, s'il l'a jamais été. Ses longs doigts blancs se serrent convulsivement autour de sa baguette alors que deux jeunes sang de bourbe passent devant lui. Il a envie -besoin- de sang. Ses yeux virent lentement au rouge, signe qu'il ne contrôle plus vraiment cette haine présente en lui depuis ce qui lui semble être sa naissance. Il n'a jamais été le genre de garçon raisonnable qui attend patiemment son cadeau de noël, lui il le veut tout de suite. Peu importe les conséquences. La démence n'accorde pas de voix à la raison.

Le Poudlard Express entre soudainement dans un tunnel, plongeant le compartiment dans le noir. Tom y voit sa chance. Il attire d'un sort les deux élèves indignes dans un espace du train peu fréquenté, puis les attache solidement à un vieux strapontin. Leurs yeux crient leur terreur mais leur bouche reste close par un sortilège de son cru. Il fait glisser sa baguette le long de la joue pâle du plus jeune qui tente de se reculer, en vain. Une petite séance de torture s'impose, et si pendant l'action ses mains se perdent dans des lieux interdits, personne n'en saura rien, et certainement pas les deux gamins.

Oubliette.


Scandale

Il y a ce mot qui ne veut pas passer leurs lèvres, ce mot si plein de jugement et de condamnation. Alors, ils l'évitent, louvoient entre les périphrases et les expressions sorcières, lui adressent même des sourires crispés. Et c'est pire. Pire que s'ils lui demandaient, lui posaient clairement la question. Parce que cela signifie qu'ils doutent au point de ne pas oser la confronter. Qu'ils ne lui font plus confiance.

Corrompue.

Elle n'aurait jamais cru que ce serait elle qu'on accuserait. Elle a tant fait pour ce pays, elle lui a sacrifié sa famille et ses nuits. Elle s'est tenue fièrement face à Voldemort lorsqu'il a pris le pouvoir, elle en est presque morte. A vouloir trop faire respecter la loi, voilà ce que l'on gagne. Une foule de curieux bien-pensants qui veulent la destituer sur fond d'une simple rumeur.

Mais Amelia Bones ne se laissera pas faire. Elle a plus d'un tour de baguette. Elle ne se donnera même pas la peine de se lever de son fauteuil rouge, plutôt mourir que de leur laisser penser qu'elle est touchée par leurs mesquineries. Elle a suffisamment de relations au bureau des Aurors pour s'assurer qu'une enquête indépendante et approfondie soit menée. Et elle s'assurera que le véritable coupable paye pour ces actions.

La chef du département de la Justice Magique sortit de son tiroir sa plus belle plume et leva les yeux au plafond pour trouver l'inspiration. Les petites étoiles de papier lumineuses créées par sa nièce à ses six ans et accrochées aux poutres lui procuraient toujours un sentiment de calme et aidaient à sa concentration.

Elle faisait confiance à Potter et à Susan pour trouver qui était responsable de détournement de fond dans son département, et s'il le fallait, elle ferait le ménage elle même. Beaucoup oubliaient combien elle avait combattu dans la première Guerre Sorcière, et il lui restait de beaux restes. Et puis, qui irait soupçonner la calme et impartiale Amelia Bones derrière un maléfice de chauve-furie virulent ? La matriarche Weasley ferait une coupable bien plus légitime quand on voyait comment elle l'avait enseigné à sa fille !


Destin

A dix ans, Scorpius n'est pas un méchant garçon. C'est même un fils attentif et calme, il ne cherche pas les ennuis avec les enfants du voisinage et a toujours obéit aux règles dictées par son père et sa mère. A l'école, il a de bonnes notes et un petit cercle d'amis fidèles. Certains enfants refusent de lui parler à cause de la renommé de son père et de son rôle dans la guerre, mais le tempérament doux du fils de Draco Malfoy a apaisé les rancœurs les plus fermes. Il s'est même lié avec le jeune Albus Potter, qui l'entraîne dans des jeux de haute voltige sous les regards inquiets de leur mère respective.

Mais Draco ne peut s'empêcher de frissonner lorsqu'il le regarde attentivement. Lorsqu'il observe sa peau pale -parfaite-, ses yeux bleus et vides, et sa chevelure bouclée blonde, presque blanche. On dirait un petit ange, et il ne compte plus le nombre de compliments qu'il a reçut sur le physique de son garçon. Il est fier, si fier, de ce fils qu'il n'espérait plus après l'annonce des médicomages : Astoria était stérile. A sa naissance, son cœur lui avait semblé éclater et il avait pleuré dans le couloir de St Mangouste, après avoir tenu ce petit bout de lui et de sa femme dans ses bras. C'est là que l'avait trouvé Potter, en visite auprès d'un collègue Auror. L'ancien Gryffondor s'était contenté d'une tape d'encouragement sur l'épaule, lui assurant avec un sourire complice qu'après les premières nuits de pleurs il regretterait sa petite vie de couple.

Ils avaient ensuite vécu les plus belles années de leur vie, à trois dans un grand appartement Londonien. Les premiers mots, les premiers pas, les premières nuits complètes… Potter n'avait pas eu tort sur ce dernier point ! Et puis, les six ans de leur bébé étaient arrivés, et avec eux les premiers cauchemars. Ça avait d'abord été des vagues murmures venant de la chambre de l'enfant, comme si celui-ci se battait dans ses rêves. Puis, les jours passants, Astoria et Draco voyaient, impuissants, des cernes se dessiner sous les beaux yeux bleus du bambin. Et une nuit, ils avaient été réveillés brutalement par un cri perçant et terrifié. Les vieux réflexes ressortant, Draco avait bondi du lit, baguette à la main, avant de se précipiter sans réfléchir dans la chambre de son fils, suivi par sa compagne.

Ils avaient eu du mal à le réveiller, le garçon se débattant dans ses draps trempés de sueur. Les yeux écarquillés et épouvantés de son fils hantent encore Draco aujourd'hui. A force de persuasion, ils avaient réussi à le faire leur raconter ses cauchemars. Et c'est là que le véritable cauchemar avait commencé pour les deux parents, sonnés par les révélations de leur sang. Leur fils ne rêvait pas de simples monstres, ou de fantômes cachés sous son lit, il voyait La Guerre. Ses descriptions étaient si précises qu'elles terrifieraient n'importe quel combattant de l'époque. Il assistait à la mort de Rémus, à celle de Tonks et de tant d'autres, revoyait les combats de la matrone Weasley, était témoin des carnages provoqués par Greyback…

L'enfant expliquait assister aux scènes comme s'il était un élément du décor et que les tapisseries recouvrant les murs l'habillaient lui aussi. Il se fondait tellement dans les murs qu'il ne savait parfois même plus s'il était, ou non, le mur. Chaque nuit, de nouveaux éléments venaient le hanter et le tourmenter. Il reconnaissait parfois dans les flashs des figures connues ou célèbres, ce qui le terrorisait d'autant plus.

La stupéfaction passée et l'enfant rassuré pour un temps, les deux adultes avaient fait de multiples recherches pour découvrir ce qu'avait leur progéniture. Ils déposèrent tout deux un congé à leur travail et s'enfouirent sous des amas de livres en tout genre qui auraient fait pâlir Granger au temps de Poudlard. C'est dans un vieil ouvrage que Draco avait obtenu d'emprunter à la bibliothèque de l'école de sorcellerie que le couple découvrit la triste vérité. Leur fils était un prophète inversé, au lieu de voir le futur, il assistait au passé. Les prophètes inversés naissaient après les grands événements magiques traumatisants pour forcer leur monde à se confronter aux événements et non à les jeter dans la corbeille du passé et à n'en tirer aucune leçon.

Depuis, Draco et Astoria avaient tout essayé, de la potion de sommeil sans rêve aux médicomages les plus renommés, mais rien ne semblait empêcher Scorpius de revivre nuits après nuits la dernière Guerre Sorcière. Pris entre effroi et culpabilité, ils avaient essayé d'aider au mieux leur garçon qui perdait rapidement toute son innocence et sa candeur enfantine.

De son côté, l'enfant avait mieux accepté la situation que ses parents. Comme si le fait d'être né avec une mission définie, d'avoir un avenir tout tracé, le rassurait. Sans doute que ce sentiment passerait quand viendra l'adolescence, songe Draco, et que le jeune homme leur demanderait alors des comptes. Car les prophètes inversés n'étaient pas choisis au hasard, et que sans doute, leur participation à la Guerre avait pesé dans la balance. D'autant qu'il aurait alors toutes les armes de son côté, connaissant sans doute aussi bien qu'eux leurs actions d'alors. Draco se refuse à y penser et se concentre sur la lueur d'amour et d'acceptation dans les yeux de son fils. Il ne sait pas ce qu'il ferait si elle venait à disparaître.

En attendant, l'enfant note soigneusement chaque matin dans un carnet en cuir noir ce qu'il se souvient de sa nuit, et ce depuis bientôt quatre ans. Il prévoit à terme d'en faire un ouvrage historique et de le publier pour que, plus jamais, un tel massacre n'ait lieu. Draco sait que le jeune Potter, son confident, l'encourage sur ce chemin difficile. Il est heureux de voir que, contrairement à lui, son fils a su s'entourer d'amis qui le soutiennent jusqu'au bout. Peut être que la lignée Malfoy ne sera pas toujours synonyme de déchéance finalement.


Folie amoureuse

Rabastan se demande souvent pourquoi Rodolphus semble si satisfait de ses fiançailles avec Bellatrix Black. Il ne comprend pas son attachement, sa fascination, pour la jeune brune et ne voit que ses manquement aux règles de bienséances. Il lui a souvent conseillé de chercher un autre parti plus stable. Rodolphus, malgré toute l'affection qu'il porte à son aîné, n'a jamais pu s'y résoudre. Bellatrix est sa drogue personnelle, et cet après midi en amoureux n'a fait que le lui confirmer.

Bella est insaisissable, devant Rodolphus elle danse sous la pluie tandis qu'il tente de saisir ses mouvements, armé de son vieil appareil argentique. Elle rit, elle rit comme une folle hystérique, elle rit si fort que ses rires se transforment en cris et qu'une nuée de corbeaux lui répond de leurs arbres. Les photos ne lui rendent pas hommage, elle ne cesse de sortir du cadre, et n'accorde pas un regard à l'objectif.

Bella s'est mordue la lèvre jusqu'au sang et celui-ci dégouline le long de son menton, comme le ferait le jus bien mûr d'une papaye. Elle danse et tourbillonne dans les feuilles mortes, elle est aussi libre que le vent. Rodolphus a oublié l'appareil qui pend à son cou abandonné, il se contente de la fixer du regard, espérant capturer dans sa mémoire l'image de sa fiancé dont l'écharpe se balance au gré de ses pas. Le sang vire au noir en se perdant dans son cou et Rodolphus rêve de voir sa langue y passer, juste un instant, et de recueillir un peu de ce qui lui semble être le nectar des dieux.

Bella se fige soudain, et d'un mouvement de baguette cérémonieux, elle fait apparaître un violon de bois rouge qu'elle place avec délicatesse dans le creux de son cou. Sa baguette se métamorphose en archet et elle joue avec une passion renouvelée une complainte lente et mélancolique. Les oiseaux se taisent pour écouter une magnifique interprétation de la Gnossienne de Satie. Puis les notes calmes et posées deviennent des mouvements d'archets frénétiques et la mélodie est totalement recouverte par la folie de Bella. L'instant de grâce est terminé.

Bella s'embrase de nouveau et Rodolphus est subjugué. Là, maintenant, elle pourrait lui demander n'importe quoi, il lui décrocherait la lune. Elle s'avance vers lui de son pas chaloupé si caractéristique, et elle lui murmure à l'oreille, de sa voix rauque et grave « Les perdants sont toujours les sains d'esprit perdus dans leurs rêves étriqués ». Et, pour elle, il est certainement prêt à devenir fou, oui.


Liberté cloîtrée

Tous les jeunes sorciers britanniques connaissent la salle de bain des préfets, si ce n'est le lieu, au moins de nom. Pendant sa découverte, ils sont subjugués par la piscine et ses multiples robinets en or massif qui déversent des quantités ahurissantes de liquides divers et variés. Chaque année, lors des premiers passages, les nouveaux préfets ne prêtent guère attention au décors les entourant et cela fait bien longtemps que je ne m'en offusque plus. Et pourtant, il arrive toujours une fois où ils finissent par me remarquer. Dès lors, ils ne m'oublient plus.

Je m'appelle Avela, et je suis la sirène représentée sur le tableau isolé et pendu au mur depuis des siècles. Après toutes ces années passées dans ma toile, on peut dire que je suis plutôt de bon conseil. Certes je n'ai jamais compris toutes les subtilités inhérentes au genre humain, pas plus que de mon vivant, mais l'expérience de l'écoute de centaines d'adolescents fait que je suis plutôt avisée.

Lorsque la pièce est vide, j'en profite pour faire à mon tour trempette dans la piscine. Il faut dire que mon cadre est petit et ne me permet pas beaucoup de bouger. Je sais des élèves que les autres tableaux peuvent se déplacer de toile en toile, je n'ai jamais compris si j'étais tout simplement trop éloignée du reste de mes compatriotes pour les rejoindre, ou bien que je ne pouvais pas sortir de mon élément pour arriver dans des tableaux bien trop sec pour moi. Peut-être est-ce un mélange des deux… J'ai donc développé mes propres capacités, et je suis depuis trois siècles capable de sortir pour quelques instants de ma peinture pour piquer une tête dans la piscine à quelques mètres de moi.

Ces courtes escapades m'ont suffit un temps, mais j'ai de plus en plus envie de nouveauté, d'inconnu, le cadre me restreint. Je rêve souvent de partir loin, de sortir du cadre et de ne jamais y revenir. Je suppose que ce n'est pas courant pour un portrait, mais quelque chose en moi me pousse vers l'aventure.

Ce sont les vacances, et cela fait plus d'un mois que je n'ai vu personne. On pourrait croire que l'on s'habitue à la solitude, mais ce n'est pas mon cas. Plus le temps passe, plus je m'ennuie, plus je suis tentée d'oser. Oser partir loin, sans se retourner. A travers les vitres de la salle, j'aperçois le lac noir où nage mes compagnes tangibles, je les envie tellement…

Et soudain, alors que le soleil couchant teinte la piscine d'une lueur orangée, je prends mon courage à deux mains, c'est aujourd'hui que je pars. D'un beau flip, je me projette dans la piscine et nage avec vigueur vers l'entrée des canalisations. Je sais qu'elles conduisent directement au lac, vers ma délivrance. Dans les tuyaux j'avance à grands coups de nageoire, évitant sans mal les obstacles grâce à ma taille de guêpe (il faut dire qu'être en deux dimensions aide beaucoup aussi!).

La lumière au bout du tunnel apparaît, j'ai l'impression d'être dans un de ces vieux films dont me parlait un né-moldu. J'avance de plus en plus vite, portée par l'enthousiasme de rencontrer mes sœurs et de vivre dans ce qui m'apparaît comme un cadre gigantesque. Alors que je passe les limites du château, je sens la magie qui maintient mes particules de peintures soudées se défaire lentement et j'accélère encore. Pas de retour arrière possible, mais je veux voir le soleil en vrai et pas simplement le doux reflet traversant les vitres de la seule pièce où j'ai toujours vécue.

Je sors la tête de l'eau d'un mouvement vif, envoyant ce qu'il reste de ma belle chevelure blonde couler le long de mon dos. Mes yeux se plissent alors que je distingue enfin pleinement le magnifique spectacle qu'offre un couché de soleil sur la forêt interdite. Je n'ai aucun regret et je me sens me dissoudre progressivement dans l'eau, maintenant la tête le plus longtemps possible à la surface pour profiter des dernières secondes que m'offre la magie. Je suis dorénavant infinie, écume, libre de courir partout dans ce cadre immense qu'est le lac noir. Et si un jour cela ne me suffit plus, il me restera toujours la possibilité de me laisser porter jusqu'à l'océan !

Je laisse derrière moi un tableau vide et noir, et quelque élèves regrettant mes conseils. Rien de bien important en somme. Je suis sûre qu'ils se débrouilleront très bien sans moi. Et puis, comme me l'avait confié un jeune brun aux cheveux ébouriffés et aux yeux cerclés de lunettes rondes : La liberté est la seule bataille qui vaille vraiment la peine.


Dans les larmes et les regrets

Victoire essuya d'un geste rageur les larmes qui coulaient sur son visage tandis qu'elle rédigeait sa lettre. Ses yeux se plissèrent, comme pour contenir le flot incessant de gouttelettes salées, et elle tressaillit lorsque la patte d'oie se formant autour de son œil gauche lui envoya une décharge de douleur sourde. Toute la partie gauche de son beau visage était brûlée vif, comme si un chaudron de furonculus lui avait sauté au visage. Et si cela n'était que ça… Mais les plaies suintaient également d'un liquide noirâtre et malodorant qui rongeait comme de l'acide tout ce qu'il touchait.

La jeune femme réunit d'un coup de baguette ce qui lui restait de cheveux en un chignon grossier et tenta de se concentrer de nouveau sur sa lettre. Elle écrivait à ses parents. Pas que Teddy n'en vaille pas la peine, mais...ce n'était plus pareil entre eux depuis l'accident. Elle secoua la tête d'agacement : ce n'était pareil avec personne depuis l'accident. De jeune potionniste prometteuse, elle était passée en quelques jours à paria de la société, et seule sa famille acceptait de rester en contact.

Ce n'était pourtant parti de rien, d'une ligne mystérieuse dans un vieux livre poussiéreux sur l'alchimiste Nicolas Flamel, la poussant à étudier le sujet plus en profondeur. Curiosité. Ce qui la portait, ce qui la perdrait. La pierre philosophale l'avait fascinée et elle s'était plongée dans des recherches de longue haleine. Elle ne sortait plus de son labo, privilégiant la nourriture apportée par un elfe de maison et dormant sur le vieux sofa attenant. Son fiancé la surprenait parfois en débarquant à l'improviste, et ils organisaient alors rapidement un déjeuner sur la plage, ou tout autre lieu à porté de transplannage.

Teddy était sans doute celui qui l'avait empêché de devenir folle, la tirant de force hors de sa quête insensée. Cela avait toujours été comme ça entre eux. Dès Poudlard, il la traînait hors de sa salle commune ou de la bibliothèque pour l'obliger à relâcher la pression et à s'amuser un peu. C'était grâce à lui qu'elle avait eu des amis, il les lui avait présentés et avait insisté jusqu'à ce qu'ils s'entendent. Bien entendu, beaucoup d'importuns l'approchaient pour sa beauté, mais elle ne voulait pas de ce genre d'attention et les avait toujours ignorés. Teddy était comme une ancre, elle pouvait s'enfouir et se perdre sous un amas sans fin de connaissance, elle savait qu'elle n'avait qu'à suivre le fil les reliant pour retrouver la lumière.

Teddy n'était pas parti, lui, contrairement à tous les autres. Chaque semaine, il lui rendait visite, la forçait à manger, à se laver, et toutes ces choses qui lui semblaient si inutiles dès qu'il quittait l'appartement. Il n'était pas parti, mais c'était presque pire. Ses yeux étaient si vides que cela faisait peur, ses gestes, saccadés, comme exécutés en mode pilote automatique, et sa voix, pas plus haute qu'un murmure, si différente de l'éclat féroce et enthousiaste qu'elle lui connaissait avant. Il ne la voyait plus, fixant derrière elle un point dans le lointain, se contentant d'effectuer encore et encore la même routine. Comme si cela allait effacer les problèmes, la douleur et la rancœur. Comme s'ils pouvaient recommencer leur relation comme avant.

Il arrivait réglé comme une horloge, tous les jeudi, pendant son après-midi de congé. Et elle avait l'impression que le jeune homme qu'elle avait connu mourait un peu plus à chaque fois qu'il passait le pas de sa porte. Cela faisait si mal d'être à l'origine de la douleur de l'être aimé, elle voulait juste disparaître, laisser derrière elle une page blanche qu'il pourrait noircir du reste de sa vie. Elle voulait le libérer, mais lui s'accrochait, désespérément, comme si la perdre serait une fin en soi. Elle s'était fait une raison depuis longtemps, elle ne voulait pas l'entraîner dans sa chute, s'il ne pouvait pas la quitter, alors elle le ferait. Pour lui. Et elle espérait de tout son cœur qu'il serait heureux.

La lettre était la meilleure solution. Puis partir loin, dans le monde moldu, recommencer une nouvelle vie et oublier sa folie. Échapper au regard hanté qu'avait posé sur elle oncle Harry lorsqu'elle avait avoué le sujet de ses recherches, à ceux désapprobateurs de tante Hermione et de tante Ginny et aux plissements de lèvres apeurés de son père et de son frère. Éviter les paroles lourdes de sa mère et de mamie Molly, le regard plein de détresse de l'oncle George. Oublier les écarts que faisaient les sorciers la croisant dans la rue, comme s'ils ne voulaient rien avoir à faire avec elle, comme s'il elle avait fait exprès de transgresser une loi implicite, un tabou que tous les anciens connaissaient. Comme si elle avait demandé à sa famille de prendre sa défense dans son procès et de -presque- forcer les jurés à la déclarer non-coupable.

Son billet de train pour la France était soigneusement rangé dans son sac, au côté des diverses crèmes soulageant un peu la douleur des brûlures. Elle avait même été obligée de les acheter, son interdiction de préparer quelle que potion que ce soit l'empêchant de les fabriquer elle-même. Arrivée dans le pays de sa mère, elle posterait la lettre à la moldu, priant pour qu'elle prenne le plus de temps possible, et s'envolerait loin de ses erreurs et de ses regrets. De toute façon, elle n'avait jamais été une Gryffondor affrontant ses peurs, la fuite à la Serpentard lui convenait bien mieux. La liberté pour tous valait bien mieux que l'abandon pour une.