CHAPITRE I

Ses draps étaient froids, sa fenêtre ouverte. Accoudé à cette dernière, un mégot incandescent entre les doigts, Gringe observait les lumières de sa ville. La fumée s'échappait de ses lèvres, caressait son visage, imprégnait ses poumons, ses vêtements, ses cheveux.
Il s'était complètement assommé, et pourtant il ne voulait pas dormir. Il voulait continuer à divaguer, réfugié dans sa bulle de calme et de bien-être. Il pleuvait légèrement. Seulement quelques gouttes de pluie fine n'entachant pas le silence où seule sa respiration profonde régnait. Elle lui rafraichissait le visage, sans éteindre sa cigarette. C'était parfait. Tout était parfait. Le coeur ensomeillé, plus rien ne l'atteignait. Il n'était toujours pas convaincu d'avoir sa place sur Terre, mais ce soir ça n'avait plus aucune importance.

Ça aurait même été une belle nuit pour mourir. Il commençait d'ailleurs à se sentir léviter. Il le savait, ce n'était que le début des symptômes.
Inspiration. Expiration. Tout se déverouillait, il accédait à tous ses souvenirs. Même plus besoin de fermer les yeux, ils défilaient tout seuls. Il percevait de nouvelles couleurs, des couleurs qui n'existaient pas. Il y avait des flashs, partout, des dizaines par seconde.

Il ne s'en lasserait jamais. Il voulait sentir ce souffle de vie en permanence. Et tant pis pour les dommages collatéraux.

Ses jambes faiblissaient, elles n'allaient pas le supporter encore longtemps. Il écrasa sa clope et longea le mur, luttant pour garder l'équilibre, s'appuyant sur ses mains hésitantes. Il trébucha malgré tout sur la prise de son réveil, faisant tomber ce dernier de sa table de nuit. Merde. Il était déjà 4 heures. Les minutes avaient encore duré des secondes. La première fois, il s'était cru fou. Maintenant il était habitué. Il jeta l'appareil dans un coin de la pièce, un peu plus fort que ce qu'il n'aurait voulu.

Il reprit ensuite sa place dans son lit glacé. Ses couvertures ne lui avaient jamais semblé aussi accueillantes.

Il n'y avait qu'une seule ombre dans son tableau parfait. Elle plannait, au loin, discrète mais insidieuse, il ne pouvait pas l'oublier. Il ne devait pas tarder, ou ce serait trop tard. Il fallait qu'il sombre rapidement dans le sommeil, avant que ça ne recommence. Tic-tac, tic-tac.

En retard, tout le temps, comme cette salope de lapin blanc...


Tyler Durden ment. Toucher le fond n'existe pas. Les enfers ne connaissent pas de plancher, et Gringe se sentait tomber toujours plus bas. Il essayait de se rattraper à tout ce qu'il pouvait, mais ses ongles bouffés par l'anxiété ne s'accrochaient à rien.

Cloîtré dans le noir, il attendait de remonter. Bordel, ce qu'il avait mal aux dents. Il avait l'impression d'avoir avalé de la braise, que quelques cendres encore rouges s'étaient logées dans ses gencives et que le reste irradiait toutes ses articulations de douleur.

Il aurait préféré se noyer, plutôt que se sentir chuter - Orel faisait ça bien mieux que lui. Bien sûr qu'il s'inquiétait. L'alcool était un vice que son pote gardait à ses côtés un peu trop précieusement à son goût. Il ne voulait pas le voir déraper, mais son binôme avait commencé à jouer avec les limites avant même qu'ils ne se soient rencontrés. Il ne pouvait rien faire. Il n'était certainement en mesure de donner des leçons, peu importe qu'elles soient les seules qu'Orel accepteraient de recevoir. Quand à lui, quelques liqueures ne suffiraient pas à le sauver.

La lucidité était un scalpel affuté par la lumière du jour.

L'angoisse coulait dans ses veines, lui tordait le ventre, bourdonnait dans son crâne. Et puis il y avait la fièvre. Toujours.

Il se leva finalement, tituba jusqu'à sa salle de bain et vida au fond de ses toilettes le contenu pourtant maigre mais bien trop pesant de son estomac. Il ne se sentit pas mieux.

Il prit son temps, pour se relever, s'agrippant à son lavabo. Il donna un coup sec dans son robinet et de l'eau en jaillit instantanément. Il y plongea la tête quelques secondes, coupa l'eau, puis se redressa. Ses lèvres émirent un faible son de surprise. Il fit glisser ses doigts sur sa peau, se frotta les yeux. L'homme en face de lui l'horrifiait.

C'était pire que ce qu'il avait pensé.

Il avait la mâchoire serrée, le visage dur et les traits encore plus secs. La noirceur semblait suinter de ses pores. Il fit un pas en arrière, s'écartant de la lumière vive des néons. Ça ne changeait rien. Il ne s'était jamais vu aussi pâle. Seules témoins de son métissage, ses lèvres auparavant pleines étaient mordues jusqu'au sang.

Il ne pouvait se regarder ni rester debout plus longtemps. Il tangua jusqu'à son lit et s'enveloppa dans ses draps poisseux.

Il ne pouvait pas rester comme ça. Il n'y survivrait pas.


"Aurélien... Aurel ! Aurel réveille-toi c'est important !"

Il reconnut la main de sa copine sur son épaule. Elle le secouait en douceur. Pourquoi est-ce qu'elle le réveillait ? Elle ne le faisait jamais.

Il s'accorda encore quelques secondes avant d'ouvrir les yeux. En réalité , il ne dormait déjà plus depuis quelques minutes - le portable de Charlie n'avait cessé de vibrer jusqu'à ce qu'elle décroche.

"Aurélien..."

Son ton était presque suppliant. Sa voix le sortit définitivement de la brume, elle avait l'air morte de peur. Ses doigts pressaient toujours son épaule.

"Qu'est-ce qu'il y a ?"

Elle ne répondit pas tout de suite. Orel comprit qu'elle cherchait ses mots, et il commença à s'inquiéter également.

"L'hôpital m'a appelé. C'est Gringe..."

Des centaines de scénarios défilèrent dans sa tête. L'impulsivité de son ami lui fit penser en premier à une bagarre. Un accident ? Un problème cardiaque ? Est-ce qu'il était gravement blessé ? Est-ce que... L'angoisse l'empêchait de poser la question. Alors il lui demanda la première chose qui lui vint ensuite.

"Quoi ? Mais pourquoi ils t'appellent toi? Qu'est-ce qu'il a ?

- Ils ont dit qu'ils avaient essayé de t'avoir en premier. J'ai regardé ton portable, tu l'as éteint. Il leur a demandé de m'appeler."

Il était donc en état de parler. Son ventre se dénoua légèrement. Il plongea son regard dans celui de sa petite amie. Elle jouait nerveusement avec ses doigts. Il était prêt.

"Il a fait une overdose."


Yo !

Ça fait 5 ans que j'ai rien publié, je sais plus trop ce qu'on doit dire dans ses cas là.

Comme je reprends tout doucement l'écriture, ma fic risque d'être un peu moins de la merde au fil des chapitres.

Du coup merci d'avoir lu (j'vais faire comme si quelqu'un allait lire hein). Ça serait sympa de me donner ton avis, même si il est négatif, je voudrais vraiment m'améliorer.

Merci à MadnessSadness d'avoir supporté tous mes précédents textes inachevés. I swear to God je finis celui là.