NOTE

La description autorisée par FF est plutôt limitée alors quelques précisions : c'est une fic Emdosh (Kirin Jindosh x Emily Kaldwin), Jessamine est toujours en vie (et heureuse avec Corvo, le rêve) et Billie avec une OC. C'est un AU maiiiis vous reconnaîtrez un point de départ, parce qu'avec des si, on pourrait mettre Dunwall dans une bouteille.

Le rating M est bien sûr pour le ton (très) mature avec des sujets délicats. Maintenant que vous êtes au courant, bonne lecture !

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Un grand merci à mon petit ami d'ours : en tant que coutelier, ses connaissances sur le métal et le bois me sont d'une aide précieuse ! Je pourrais presque construire quelques soldats mécaniques de Jindosh, maintenant.


PROLOGUE

Paupières closes, Jessamine se laissait bercer par le chant des vagues. Elle les entendait au loin, douces et calmes, taquinant les pierres sur lesquelles elles s'échouaient. Après de nombreux jours de pluie, le temps était redevenu doux et, malgré l'heure avancée, elle n'avait pas froid.

Quand l'Impératrice rouvrit les yeux, elle se retrouva face au néant : la nuit avait englouti le monde. Quoique pas tout à fait : parfois, au loin, la lune faisait scintiller la barbe écumeuse d'une vague, révélant leur présence.

Leur chant était hypnotique. Est-ce qu'Emily l'écoutait ? Est-ce qu'elle la composait ?

« Jessamine. »

Corvo s'agenouilla près d'elle, mais elle détourna son visage, se fondant dans les ténèbres.

« Viens dormir, s'il te plaît.

— Je m'inquiète tellement, Corvo. Cela fait seize mois.

— Je sais. Mais t'assoupir sur le balcon ne la fera pas revenir, elle… »

Elle est piégée entre les vagues. Le Protecteur Royal coupa sa phrase, s'étranglant dans un soupir. Ses doigts caressèrent la main de son amour, un maigre réconfort : ils n'étaient ni des parents heureux, ni des parents en deuil. Ils avaient perdu leur fille mais Emily n'était pas morte pour autant.

Jessamine finit par se lever et tourna son dos aux vagues d'encre noire. Elle avait fini par les détester.

Dans l'immense chambre de Dunwall Tower, elle commença à se déshabiller derrière un paravent, mais sentant le regard de Corvo, elle lui demanda de se détourner. Cela faisait plusieurs mois qu'ils avaient cet échange, ou plutôt cette absence d'échange.

« Mais tu…

— Corvo. Je ne veux pas que tu me regardes. »

Il s'éloigna comme un garde du corps à qui on ordonne puisque l'homme amoureux ne pouvait pas la réconforter. Dans la pénombre, Jessamine retira son chemisier, puis son pantalon. Le tailleur laissa place aux dessous et les dessous laissèrent place aux cicatrices. Dans le miroir, elle observa les traces de griffure sur son épaule : des épines de rose d'une taille inimaginable avaient charcuté sa peau. L'une d'elles l'avait frappée à la joue et Jessamine avait depuis l'impression qu'une partie de son visage était en coton. Les sorcières sous les ordres de Delilah avaient pris beaucoup de plaisir à voir l'Impératrice en sang, défigurée. Elles avaient ri, se demandant si leur œuvre serait représentée sur les pièces et les bustes.

Près de son bureau, un immense portrait représentait l'Impératrice avec sa fille à l'âge de dix ans. Anton Sokolov, l'auteur, avait réussi à capturer l'amour maternel qui rayonnait sur le visage de Jessamine à l'époque. Mais aujourd'hui, aucun peintre, aussi talentueux soit-il, ne pourrait comprendre l'angoisse dans ses larmes.

« Tu restes belles à mes yeux, Jessamine. »

L'Impératrice approchait de la cinquantaine : elle avait imaginé être marquée par des rides ou des taches brunes. Mais c'étaient de fraîches blessures qui avaient altéré son portrait. Elle doutait vraiment que Corvo puisse encore la trouver ne serait-ce que jolie, mais l'entendre le dire la soulagea. Savoir qu'il l'aimait encore, avec la même passion qu'il y a trente ans, la poussa à sourire.

Elle vint se coucher à ses côtés, se coucher dans ses bras et le laissa la serrer contre son cœur. Il lui répétait qu'il l'aimait, blessures ou non, qu'il aimait la famille qu'il avait fondée avec elle et que demain, ils trouveraient enfin une solution.

« Je te le promets, Jessamine. Je ferai tout pour récupérer Emily.

— Je t'aime, Corvo.

— Je t'aime aussi. »

Et au dehors, les vagues chantaient toujours, faisant écho à leurs murmures. Elles roulaient et roulaient pendant des kilomètres, percutant des coques de bateaux, emportant des crustacées, se jetant sur les plages. Emily sentait le courant la bercer. Elle n'écoutait pas la musique de la mer, elle y prenait part. Son corps doublait les courbes de l'eau, sa tête plongeait et ressortait avec une aisance acquise depuis longtemps. Sous les rayons de lune, les écailles de sa queue de poisson chatoyaient.

En la métamorphosant, Delilah l'avait rendue incapable d'hériter du trône, mais elle l'avait rendue Impératrice des Mers. Si la tristesse la gagnait parfois, cette nuit était une de celles où Emily ressentait une joie immense à être enlacée par les courants tièdes qui bordaient Serkonos.

Ses parents lui manquaient, Dunwall lui manquait, mais Emily était attirée par l'eau et sa vie était devenue une aventure libre. Elle explorait des ruines oubliées sous la surface, elle nageait réchauffée par la lumière du soleil décuplée sous l'eau, elle frôlait des baleines et prêtait l'oreille à leurs plaintes romantiques. Emily n'était plus héritière du trône, elle était devenue une créature mythologique, s'inscrivant dans ces histoires qui l'avaient toujours fascinée.

Ce n'était pas l'égoïsme qui la poussait loin de Dunwall, mais elle s'était résignée depuis longtemps à accepter sa queue de poisson et son nouvel univers salé. Emily ignorait jusqu'où son père avait été pour trouver un remède à sa condition, elle ignorait que le vieux Sokolov s'usait les yeux et les articulations sur des ouvrages, en vain. Elle ignorait que la tête du pauvre professeur dodelinait, au beau milieu de la nuit, au-dessus d'une encyclopédie, incapable de trouver une réponse.

Sa tête, elle, était légère et plongea à nouveau vers les profondeurs.

Fatigué, épuisé, l'esprit plein de contradictions, Anton Sokolov ferma l'ouvrage en grommelant. Delilah avait fait preuve d'une imagination débordante en condamnant Emily à devenir sirène, créature aussi rare qu'irréelle. Il n'existait aucun ouvrage d'anatomie de femme-poisson et à moins de libérer Delilah de sa prison picturale, il ignorait quel charme pourrait libérer Emily.

D'autres méthodes pourraient exister, délicates et surtout amorales et incertaines. Avec ses vieilles mains, ses yeux vitreux et son âge, Sokolov était incapable d'accomplir la moindre tâche, si ce n'est ouvrir de vieux manuscrits. Le professeur sursauta alors, se souvenant d'un étudiant absolument brillant qu'il avait eu autrefois.

Absolument brillant, absolument dérangé.