Et si...

Et si Mr Darcy, suite à la mauvaise nuit passée à repenser aux évènements joyeux de la veille et n'arrivant plus à dormir s'était levé quelques minutes plus tôt ce jour-là à Pemberley ?

Arrivé devant l'auberge de Lambton, il laissa sa monture au palefrenier venu à sa rencontre, ôta son haut de forme en se présenta à l'entrée de l'établissement. Il s'était habillé particulièrement avec soin. Il avait choisi une tenue d'équitation qui ne laissait pas de doute quant à son mode de déplacement mais avec une touche plus élégante que la pratique du cheval n'exigeait. La toute jeune servante qui ouvrit la porte fut surprise de se trouver face au maître de Pemberley en personne, elle avait peu l'occasion de croiser des hommes de cette stature et cette prestance dans l'auberge. Elle bredouilla quelques mots de politesse que Mr Darcy n'entendit pas, improvisa une rapide révérence et le fit monter au premier étage. Le cœur battait fort dans la poitrine de Darcy. Elle frappa quelques petits coups discrets à la porte du salon des Gardinier et le fit entrer sans même l'annoncer, pensant que l'on ne peut décemment pas faire patienter un visiteur si prestigieux.

Darcy entra, observa rapidement l'ensemble de la petite pièce et fut étonné et heureux d'y trouver Miss Elisabeth, seule. Elle était assise confortablement dans une bergère, le doigt sur un cachet de cire, prête à décacheter son courrier.

Elisabeth sursauta et se leva spontanément, regarda son visiteur de ses beaux yeux pleins de surprise et fit une révérence très lentement afin de calmer son cœur qui s'était alors emballé.

- Mr Darcy, quelle surprise!

- Miss Elisabeth, pardonnez ma visite impromptue et si matinale, dit-il en faisant un salut de la tête sans pour autant la quitter des yeux. Mr et Mrs Gardinier ne sont pas auprès de vous?

- Non, mon oncle et ma tante sont partis visiter des amis d'enfance de ma tante.

- Oh, j'espère que ma présence de vous dérange pas. Son regard glissa sur la main d'Elisabeth qui tenait encore ses enveloppes.

- Non... Non, dit-elle, ma correspondance peut attendre un peu. C'est ma sœur Jane qui m'écrit, sûrement pour me donner des nouvelles de Longbourn et de ma famille. Elle glissa ses lettres dans son panier à ouvrage.

Elle continua: L'état des nerfs de ma pauvre mère ainsi que les dernières bêtises de mes plus jeunes sœurs pourront patienter quelques instants! Un petit sourire malicieux commençait à se dessiner sur son doux visage à la pensée que Mr Darcy pourrait avoir quelque intérêt pour les soucis domestiques de la maisonnée Bennet. Elle le fit s'assoir sur un fauteuil et fit de même.

- Que puis-je faire pour vous, Mr Darcy? Souhaitez-vous boire quelque chose?

Darcy resta un instant figé, il avait tant voulu la voir et la voir seule était inespéré mais là à cet instant il n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait ou devait lui dire.

- Mr Darcy? S'interrogea Elisabeth, vous allez bien?

- Oui... oui merci! Et vous même? Êtes-vous bien rentrés hier après votre visite à Pemberley?

- Oui merci. Votre sœur nous a reçu avec tant d'amabilité.

- Elle est ravie d'avoir fait votre connaissance, savez-vous? Elle vous a trouvé si gentille et plein de délicatesse à son égard.

- On ne peut pas dire autant de Miss Bingley. Rétorqua Elisabeth les yeux perçants, essayant de voir quel impact aurait ses paroles sur son fringuant visiteur.

Qu'est ce que ce regard lui avait manqué! Se disait Darcy. Il se reprit.

- Oh non, Miss Bingley, ne change pas. Si elle n'était pas la sœur de mon meilleur ami...

- Pourtant je l'ai trouvé si bien à l'aise dans les murs et les meubles de Pemberley, se sentant comme la maîtresse des lieux et la future belle-sœur exemplaire!

- Ce que pourtant elle ne sera jamais!