La charrette était lourde et la jument commençait à fatiguée, c'était une route bien longue que celle entre Nantes et Paris, plusieurs jours de cheval, plusieurs nuits dehors en plein hiver, heureusement que la charrette était couverte et remplie de beaucoup de peaux et de tissus. Kay et sa jument n'étaient qu'à deux heures de la capitale à présent et elle tenue jusqu'au bâtiment que Kay avait acheté il y a de cela deux mois. C'était une ancienne maison dont le rez-de-chaussée était assez vaste pour faire un atelier, son ancienne propriétaire était couturière, maintenant il appartenait à un chapelier.

Ses parents ne l'auraient jamais laissé faire cette « folie », mais ils n'étaient plus derrière lui désormais, ils n'étaient pas mort, mais la vie fait parfois que l'on doit partir pour vivre sa vie de façon saine, et c'était le cas de Kay.

Il avait une réelle passion pour les chapeaux, ses préférés était ceux en cuir et il ne quittait jamais le sien qu'il avait orné d'une belle plume blanche qu'un marchant itinérant lui avait vendu, il ne savait pas de quel oiseau elle provenait mais elle était fort belle, bien longue et prenant le vent d'un air joli. Il était ravi de pouvoir enfin ouvrir sa chapellerie, d'autant plus qu'il avait déjà un stock et que demain était jour de marché à Paris, tout près de chez lui.

-Tu va voir Célestine, dit Kay à son cheval, demain va être une grande journée ! Je sens que quelque chose d'incroyable va se passer !

Il attelait Célestine à un endroit spécial devant la maison qu'il avait demandé qu'on lui installe avant son arrivée. Il déchargeait toute sa charrette seule durant toute l'après-midi et passait la soirée à sélectionner les chapeaux qu'il mettrait sur son stand le lendemain. Tout était prêt : la table pour entreposer était prête à être sortie, les chapeaux était rangés en ordre, seules ses affaires de tout les jours n'étaient pas totalement rangés mais il terminerait cela demain, le plus important c'était le marché. Le lendemain, il se réveilla caressé par le soleil à sa fenêtre.

Le soleil se levait sur Paris, passant ses doux rayons sur les toitures et illuminant la Seine d'un éclat chaleureux qui annonçait une bonne journée, sauf pour Clopin. Il y a une semaine qu'une nouvelle famille de gitan était arrivé à la Cour des Miracles et ces derniers avaient un coq qui le réveillait tout les matins alors qu'il avait pour habitude de dormir bien plus longtemps que cela.

« Je mangerais bien un bon poulet ce midi » se disait-il en se frottant ses yeux encore ensommeillé et en faisant un premier pas en dehors de son lit. Il dormait sur un lit arrangé qui était un assemblement de plusieurs étoffes colorés venant de pays étrangers rembourré de plumes de divers oiseaux auxquels il aimerait bien ajouter le coq à sa liste. Le sommier était des planches de bois récupérées sur lesquelles étaient gravés des petits dessins enfantins, et il y avait accroché un tissu qui faisait office de rideau de lit.

Aujourd'hui il allait faire un spectacle de marionnettes, comme tout les jours en somme. Sa carriole était laissée sur la place où il allait constamment faire ses spectacles, c'était une petite place qui rejoignait trois petites rues et les enfants du coin l'adorait lui et ses histoires. Sauf qu'il était trop tôt pour y aller maintenant alors il fallait s'occuper. Il décidait tout simplement, en faisant cuir ses œufs dans une poêle, qu'il irait faire un tour au marché, comme il se levait tôt en ce moment, c'était l'occasion pour lui d'en profiter, habituellement, à cette heure-ci, il dormait.

-Tu deviens bien matinal ! Lui dit Esméralda s'appuyant à sa fenêtre laissée ouverte.

Il lui répondit avec un regard qui laissait entendre qu'il n'était certainement pas réveillé, il basculait ses œufs de la poêle à son assiette sous le regard de la jeune femme, puis s'approchait d'elle pour lui fermer la fenêtre devant son nez. Elle semblait un peu en colère par rapport à la réaction de Clopin qui, voyant sa mine renfrognée, décidait de fermer aussi son rideau. Elle ne se laissa pas faire et passait par la porte.

-Je devrais faire réparer cette serrure. Dit-il en s'asseyant et arrachant un morceau sa baguette.

-Ne fais pas ta mauvaise tête, Monsieur le Roi des gitans. Dit-elle en en posant sa main sur le dos d'une chaise.

-Qu'est-ce que tu me veux ?

-Tu sais, commença-t-elle en s'asseyant, cela fais un an que l'on est ensemble avec Phoebus, c'est notre anniversaire de rencontre dans une semaine et j'aimerais bien qu'on fasse une petite fête avec toute la Cour des Miracles pour lui montrer comment nous célébrons les moments importants.

-On chante, on danse, mais il le sait déjà, il a participé à nos fêtes.

-S'il te plaît Clopin ! Demanda-t-elle en clignant des yeux.

-Bon d'accord, je t'organise ça. Mais il va falloir que tu arrêtes de faire ce regard, tu n'es plus une enfant, finis les caprices.

-Merci Clopin ! Dit-elle en le prenant dans ses bras de force.

Puis elle partait, laissant Clopin se réveiller devant son reste d'œufs au plat.

Kay trépignait d'impatience, il avait déjà sorti sa table et fait sa présentation, c'était le plus matinal de tous les marchands du coin. Les gens du peuple, eux, étaient déjà là et tout le monde s'extasiait devant ses créations, en trente minutes de marché il avait déjà fait deux ventes, deux avaient acheté des petits chapeaux ronds en feutres ornés de fausses fleurs en tissus et d'un ruban. Mes habitants de Paris étaient souvent plus aisés que dans les autres villes et du beau monde passait parfois.

-Vous faites de fort beaux chapeaux jeune homme. Lui dit un homme d'environ soixante ans.

-Merci Monsieur ! Êtes vous l'archidiacre de Notre Dame ? Demanda-t-il remarquant son habit.

-Vous avez l'œil ! Enchanté de vous rencontrer, je suis l'archidiacre Pierre Jaquet. Dit-il en lui tendant la main.

-Enchanté, il lui serrait la main, je m'appelle Kay et je suis le nouveau chapelier du coin.

-Dîtes moi, ces petits chapeaux pour enfants sont tout à fait charmants, mon neveu les adorerait, mais il ne passe pas souvent à Paris. Avez-vous de quelconques esquisses que je pourrais lui faire parvenir ? J'aimerais lui en offrir un pour son anniversaire dans deux mois.

-Oui bien sûr, je vais vous chercher ça.

Il disparut derrière ses tables couvertes de tissus blancs sous lesquels étaient caché ses esquisses, il avait tout prévu, ses clients aimaient beaucoup pouvoir garder avec eux des dessins pour les montrer autour d'eux, ça lui faisait en même temps de la publicité, et pour lui, faire plusieurs dessins n'était pas un souci. Il prenait le paquet d'esquisse de chapeaux d'enfants puis se releva d'un coup.

-Voici les différents modè …

Ce n'était plus l'archidiacre devant lui mais un homme, certainement du même âge que lui, habillé de rose, de violet et de jaune avec un très beau chapeau violet en feutrine orné d'une belle plume jaune. Il avait les cheveux noir mi- court, des yeux noir et un bouc fournis.

-Je … Bafouilla Kay.

-Vous ? Demanda Clopin.

-Vous avez les esquisses ? Interrompit l'archidiacre.

-Euh … Oui les voilà.

Il les tendit nerveusement à l'archidiacre qui le regardait bizarrement, il était raide et bafouillait, Clopin se demandait s'il n'avait pas peur de lui à cause de ses habits de gitans, et peut être parce-que s'en était vraiment un. Il avait tout de même remarqué son chapeau en cuir, bien ciré avec cette si belle plume. Le chapelier se retournait vers lui après avoir expiré un bon coup, peut être était-ce la présence du religieux qui l'embêtait ?

-Très beau chapeau. Lui dit-il plus assuré.

-Merci ! Je peux en dire pareil du votre.

-Merci également. Dîtes moi, que puis-je faire pour vous ?

-J'aimerais que vous me dessiniez un chapeau unique. Dit-il en s'appuyant sur le présentoir en se penchant vers Kay qui était de l'autre côté et les yeux plein de détermination.

-Oh euh, bien sûr ! Vous le voulez comment ?

-Je suis plutôt dur en chapeau, est-ce possible de le dessiner ensemble pour que je sois sûr qu'il me convienne ?

-Bien sûr, il vous suffira de passer à mon atelier qui se trouve juste derrière vous après le marché.

-Génial, je repasserais en fin d'après-midi.

-Je serais ouvert. Au fait, je m'appelle Kay. Dit-il en lui tendant la main.

-Je m'appelle Clopin. Répondit-il en lui serrant la main et esquissant un sourire en coin.

Kay avait l'air d'un extravagant costumé en personne normale, il portait une chemise beige très ample qui rentrait dans son pantalon noir bouffant, par-dessus il avait une double ceinture qui portait des sacoches en cuir et des outils pour la chapellerie certainement. Il avait des yeux noisettes, des cheveux châtains longs attachés en chignon déstructuré et un bouc taillé. Il avait un quelque chose d'intéressant que Clopin ne comprenait pas

Il se regardèrent quelques instants, puis se lâchèrent la main.

-À plus tard alors. Dit Kay en lui souriant.

-À plus tard.

Clopin partait, intrigué, mais il avait hâte de commencé l'élaboration de son nouveau chapeau. Il aurait l'occasion de découvrir en quoi ce Kay était si intrigant. Peut être l'avait il déjà croisé ? Il s'en souviendrait sûrement.

Plus tard dans la journée, il allait à son spectacle de marionnettes, qui se déroulait bien, comme tout les jours. Quand il eu finit, il fermait les rideaux de la petite scène et il s'était assis adossé à l'un des l'un des murs de la carriole. Il regardait attentivement sa marionnette de lui-même, jouant avec ses bras, l'observant sous tout les angles en réfléchissant. Il devait aller à l'atelier de Kay pour concevoir son nouveau chapeau, il revoyait l'homme dans sa tête et ressentait une appréhension à cet échange.

-Toi tu ne pourrais pas me dire ce que je dois faire ? Demanda-t-il à sa marionnette.

-Tu dois aller faire faire ton nouveau chapeau ! Lui fit-il dire.

-Je sais … ça fait des années que j'attends l'arrivé d'un bon chapelier et quand il en arrive un je m'inquiète pour rien.

Il restait là, les bras croisés et regardant son plafond se demandant pourquoi l'excitation d'avoir un nouveau chapeau s'était transformé en appréhension.

Kay était en train d'élaborer un de ses nouveaux chapeaux, il avait inventé un modèle qui s'inspirait de quelques autres que portait certains nobles espagnols, il en avait croisé sur la route et avait trouvé leurs particularités fort jolies. Le soleil commençait à s'abaisser à l'horizon et Clopin ne s'était pas montré. Il était un peu déçu mais ses clients revenaient toujours à un moment donné, alors il viendrait sûrement un peu plus tard ou demain.

Alors qu'il pensait à cela, Clopin poussait la porte de l'atelier, c'était une grande pièce presque carré où était entreposé pleins de chapeaux différents, un muret séparait le magasin de l'atelier, ce qui permettait aux personnes à l'intérieur de voir l'ensemble de l'atelier et du magasin, chose très apprécié des enfants qui aimaient bien le voir travailler, il avait eu la même disposition atelier / magasin à Nantes. Kay se levait de son tabouret pour aller à sa rencontre, Clopin regardait autour de lui, émerveillé.

-Je n'avais jamais vu autant de chapeaux. Déclara-t-il alors que sa plume jaune tournoyait en même temps de lui.

-Vous n'êtes jamais entré dans un atelier de chapelier ?

-Pourtant si. Son regard rencontra celui de Kay, qu'il détourna aussitôt. Mais ce n'est pas tout les chapeliers qui ont un magasin aussi fournis, on voit que vous êtes passionné.

Il s'approchait de tout les chapeaux à sa portée pour les admirer de plus prêt, Kay le regardait faire, fier de lui et de son travail. Clopin effleurait du bout des doigts les détails en feutrines, les coutures décoratives et les plumes de presque chaque chapeaux, happé par un si minutieux travail.

-Cela fait bien longtemps que j'attendais un chapelier aussi doué que vous pour faire mon prochain chapeau.

-Je suis honoré de pouvoir en faire un pour un passionné comme vous. Si vous le voulez bien, nous pouvons aller nous assoir dans l'atelier.

Clopin semblait surpris de la proposition de Kay, mais il avait toujours fonctionné de la sorte, il lui semblait que ses clients étaient plus à l'aise et avait l'impression de vraiment prendre part à la confection de leurs chapeaux lorsqu'ils prenaient place à ses côtés pour le dessin du futur ouvrage. Il lui montrait un autre tabouret de la main, l'invitant à le rejoindre à se table de confection. Il prenait le chapeau sur lequel il travaillait précédemment pour le mettre de côté, saisissait une grande feuille et un bout de fusain qui taillait avec un petit couteau avant de se tourner vers lui, les yeux brillant de curiosité.

-Quel style de chapeau vous ferais plaisir ?

Ils échangèrent ainsi durant une trentaine de minutes. Clopin avait vraiment une idée bien précise de ce qu'il voulait, ce qui attisait la motivation de Kay. Lorsqu'il expliquait la forme qu'il voulait, les détails ou les décorations il mimait le chapeau sur sa tête comme s'il le portait déjà. Kay devinait alors, même si ses habits le laissaient entendre, que Clopin était un saltimbanque, il était dynamique et sa façon d'interagir avec les autres et d'être lui-même tout simplement le rendait absolument passionnant. Il se perdait parfois dans la contemplation de ses mimiques théâtrale et sentait son regard sur lui lorsqu'il détournait son intention sur le dessin.

-Et bien, commença Kay, nous avons finis ! Ça va être un ouvrage très intéressant à faire.

-Vous pensez l'avoir fini pour quand ?

-Le temps de tanner le cuir, d'élaborer les détails … J'en ai pour une semaine environ.

-Dans une semaine nous organisons une fête pour les ans de rencontre d'un couple à la Cour des Miracles, nous avez qu'à livrer le chapeau et rester pour la fête si ça vous dit.

-Mais je ne connais pas ces jeunes gens …

-Ne vous inquiétez pas pour cela, c'est surtout une excuse pour faire une grande fête, danser, chanter en buvant de la bière.

-Et bien, répondit-il en esquissant un sourire, l'air surpris, je serais ravi de me joindre à cette fête, nous dirons que je fête mon arrivée à Paris.

Ils échangèrent un sourire, Clopin semblait ravi de sa réponse. Ce dernier tourna la tête vers une des fenêtres de l'atelier et voyait que le soleil s'était déjà couché.

-Il se fait tard, dit-il, je vais vous laisser, je vous ai déjà pris assez de votre temps.

-Vous savez, j'élabore des chapeaux par passion, ça ne me dérange pas de finir tard.

-Est-ce que j'ai quelques choses à vous avancer ?

-Vous savez, commença-t-il en le regardant dans les yeux, on ne se connait pas depuis longtemps mais j'estime pouvoir faire confiance à un passionné comme vous alors vous me paierais quand je vous livrerai le chapeau.

-Vous faites confiance à un gitan comme moi ?

-Je ne fais pas de différences entre les gitans et les autres personnes du peuple.

C'était bien la première fois que quelqu'un en France lui disait une chose pareille, généralement les gens du peuple se méfient des gitans comme de la peste. Il était planté sur le tabouret, surpris, happé par l'expression grave qu'avait pris Kay et son regard profond et compréhensif.

-Pourquoi ?

C'était le seul mot qui venait à la tête de Clopin à cet instant, ce n'est pas quelque chose avec laquelle il avait l'habitude et ce n'était pas compréhensible pour lui.

-J'ai mes raisons.

Kay c'était renfermé sur lui-même le regard perdu dans le vide et les bras croisés sur le torse.

-Sur ce, je vous laisse rentrer chez vous.

Ils échangèrent un dernier regard, une dernière poignée de main et Clopin rentrait chez lui. L'air grave et pensif de Kay l'avait un peu inquiété, qu'est ce qu'il avait bien pu lui arrivé par le passé pour être aussi compréhensif et mélancolique ?