Clopin se levait en sursaut ce matin là, il venait de faire un cauchemar où Kay déménageait. « Et si ce rêve s'avérait divinatoire ? » se demanda-t-il. La veille il avait vécu une situation gênante et il avait accumulé tellement de pression qu'il s'était laissé aller. Maintenant il comprenait mais hier soir c'était trop frais pour qu'il s'en rende compte. Il se demandait si il devait allé le voir ou si il devait simplement laisser faire les choses. Il décidait de lui laisser le matin paisible et d'y aller en milieu d'après midi, histoire qu'il décompresse sans lui laisser le temps de déménager et de fuir loin encore une fois.

Il s'était levé, habillé, s'était fait une déjeuné à base de fromage de chèvre et de pain. Il n'avait pas envie de cuisiner aujourd'hui et un mauvais pressentiment commençait à naître en lui. Soudain, Esméralda arrivait en furie.

- Ils ont brûlé sa maison ! Cria-t-elle.

- Quoi ? Demanda Clopin surpris.

- Ils ont brûlé la maison du chapelier !

Clopin se levait instantanément et courait jusqu'à la maison de Kay, il voyait la fumée de l'incendie de loin et quand il arrivait, les flammes étaient hautes et prenaient tout le bâtiment. Les voisins étaient sortis d'urgence, certains pleuraient de peur de perdre eux aussi leurs toits et d'autre demandaient des secours. D'autres personnes étaient là pour les aider à faire en sorte que le feu ne se propage pas plus loin que cette maison et d'autres parlaient entre eux.

- Pauvre chapelier. Dit une dame. Je ne comprends pas pourquoi ils ont fait ça.

- C'est à cause de son comportement au bal d'hier. Expliqua un homme. Il paraît qu'il aurait ensorcelé un Duc pour qu'il tombe amoureux de lui. Ils ne l'ont pas trouvé dans sa maison en arrivant sur les lieux alors ils ont décidé de la brûler à titre d'exemple.

Il était horrifié, stupéfié que la bêtise humaine puisse atteindre un tel point de cruauté. Mais il était rassuré que Kay soit encore en vie.

Kay revenait de son rendez vous pour faire refaire les fer de Célestine qui était ravie. C'était le début de soirée et tout semblait serein dans Paris. Mais dans il arrivait devant chez lui il se retrouvait devant un tas de cendres et de débris. Une plume rescapé était devant, à moitié brûlé. Kay avait l'habitude alors il était triste mais cela passait plutôt vite. Il devait encore déménager.

- C'est ma faute. Dit Clopin en arrivant derrière lui.

Kay regardait sa maison partit en fumée.

- Tu vois maintenant pourquoi.

- Je comprends oui.

Ils se tenaient l'un à côté de l'autre, silencieux.

- Tu as le droit d'être triste tu sais. Commença Clopin en le regardant. Tu as le droit d'être en colère, de te plaindre. Ce n'est mas normal ce qui t'arrives.

Kay tournait la tête, surpris. Il le regardait dans les yeux avec un air de détresse. Il était en train de briser ses murs. Clopin mettait les mains sur ses épaules.

- Tu n'es pas obligé de fuir encore, tu peut venir à la Cour des Miracles. Là bas tu serais protégé avec tous les reclus de cette société.

Il faisait tomber les mains de Clopin d'un coup d'épaule. Il ne pouvait pas se résoudre à rejoindre une Cour des Miracles, ce n'était pas chez lui. Mais il était fatigué de fuir, il en avait juste marre.

- Je vais me dénoncer. Dit-il résolu.

- Quoi ?! Pourquoi ? Tu n'as rien fais de mal !

- Je vais me dénoncer. Tout cela dois cesser, ils ne comprendront jamais Clopin. Et je t'enlève une épine du pied au passage, tu ne seras pas obligé d'y passer aussi.

- Tu es fou de penser comme ça ! Vient avec moi !

Kay sentait la détresse et la tristesse que Clopin dégageait. Il le pris dans ses bras, resserrant son étreinte que Clopin lui rendait.

- Des gardes sont sûrement en train de me chercher, je n'ai plus la force Clopin.

Autour d'eux arrivaient déjà les gardes en question qui annonçaient que Kay était arrêté sur ordre du Roi. Il savait qu'ils allaient venir pour ça, il savait qu'il n'aurait pas la force de se battre plus longtemps. Il se laissait attraper sous les yeux de Clopin qui le regardait partir en se débattant et en criant de le lâcher.

- Si jamais tu veut quand même nous rejoindre tu n'auras qu'à le demander ! Cria Clopin.

Kay se retournait et voyait Clopin qui avait arrêté de se débattre pour le sauver. Il avait un regard assuré, plein de tristesse et d'espoir.

Il avait passé trois jours en prison. Sa pendaison était prévue aujourd'hui, c'était allé très vite. Il n'avait pas été nourris, il était fatigué et voulait juste en finir pour de bon.

Un garde était venu le chercher, il l'avait amené jusqu'à la potence, on lui passait la corde autour du cou et le prêtre commençait à dire ses abominations. Toutes ses phrases ne faisaient que de lui rappeler à quel point il était malvenu dans ce monde. En regardant un peu, il voyait des gens habillé tout de noir et capuchonnés s'insérer dans la masse.

Il était sur le point de mourir, il pensait être serein et pourtant il ne l'était pas. Il se remémorait toute cette vie de fuite, de peur, de haine alors qu'il n'avait jamais rien fait de mal. Il revoyait son amant d'antan brûler, les gens lui jeter des pierres, les femmes se moquer de lui. Pourquoi n'avait il pas le droit d'aimer les hommes ? Parce qu'un Dieu invisible en a décidé ainsi ? La colère de l'injustice commençait à monter en lui.

- Vous avez avoué avoir eu des relations sexuels avec des hommes. Déclara le prêtre.

- Oui. Répondit Kay sèchement.

- Voulez vous vous repentir de vos péchés ?

- Non.

La foule et le prête était étonné.

- Comment ?

- Vous avez bien entendu, je ne me repentirais pas pour mon soi disant « péché ».

Kay avait retrouvé du poil de la bête, il lui a fallut du temps mais il avait compris maintenant tout était clair dans sa tête.

- Et vous savez quoi ? Demanda-t-il en fanfaronnant. Je ne vais même pas mourir aujourd'hui.

- Qu'on fasse taire cet …

Au moment où le prêtre disait cela, un couteau volait dans les airs et coupait net la corde au dessus de Kay. Il savait que les capuches noires étaient des gitans de la Cour des Miracles qui se battaient maintenant contre les quelques soldats qu'il y avait pour le faire descendre de la potence. Tout était allé très vite et de façon si facile, le peuple était avec eux car il ne voulait pas perdre Kay qui était un trop bon chapelier qui était apprécié de tous. Clopin tendait la main à Kay pour l'inviter à descendre de la potence.

- Il suffisait de le demander. Dit-il.

- Je ne m'en suis pas rendu compte au début, commença-t-il en posant sa main sur la sienne, mais je veux essayer de vivre paisiblement pour une fois.

- Je ne te garantis pas que ça soit paisible tous les jours, mais tu n'auras plus besoin de déménager tout le temps ou même de te cacher.

Clopin le regardait dans les yeux en disant cela, ils échangeaient un regard complice, un sourire sincère et les autres gitans les ramenaient à la réalité très vite. Ils se mettaient à courir, s'étant lâché la main, jusqu'à la Cour des Miracles.

Clopin avait passé son épaisse cape noire d'hiver à Kay qui tremblait à cause du choc de l'expérience qu'il venait de vivre. Et il avait de la chance, s'il n'avait pas confessé il aurait été torturé, et c'était déjà ça de gagné. Clopin regardait sa main abîmé par son passé en songeant à ça. Ils étaient dans la maison de Clopin, Kay buvait une infusion chaude et Esméralda coupait des légumes dans la cuisine pour lui faire une bonne soupe, aidé par Phoebus. Les deux amants discutaient et rigolaient ensemble pendant que du côté des deux hommes c'était plutôt silencieux. Kay faisait une mine désolé.

- Ce fut quelques jours mouvementés. Dit Clopin. Je sais que tu es secoué alors je vais pas te forcer à la conversation maintenant, mais je pense que tu me dois quelques explications non ?

Kay le regardait puis esquissait un sourire un peu honteux en regardant sa tasse qui fumait encore. Il semblait pensif mais fort content d'être là et pas au bout d'un corde. Ses cheveux étaient détachés, c'était la première fois que Clopin le voyait coiffé ainsi, ses cheveux châtains étaient plus longs qui ne le pensait, il descendaient en cascade sur ses épaules et lui arrivait au milieu du dos. Maintenant que Clopin avait compris, oui, il l'avouait, il le trouvait attirant.

- Quoi que je fasse, commençait-il, il semble que je sois abonné aux situations dangereuses, alors autant se laissé devenir gitan non ?

Il lui souriait maintenant avec une mine un peu fatiguée mais sincère. Clopin souriait en retour, il était touché par le fait qu'il se montrait enfin vulnérable devant lui. Kay posait sa main sur la sienne, Clopin la retirait, à la surprise de Kay, mais c'était simplement pour enlever son gant et reprendre sa main.

- C'est mieux ainsi non ?

Kay souriait plus amplement, entremêlant ses doigts au siens. Esméralda contemplait la scène de loin, satisfaite.

- C'est pas courant deux hommes ensemble. Lui murmurait Phoebus.

Elle lui donnait un coup de coude dans les côtes. Il gémissait un peu puis ricanait, sa compagne l'étonnait tout les jours.

- Je rigolais voyons. Tant qu'ils sont heureux cela ne me dérange pas.

- Je pense que Kay a assez vécu de choses difficiles pour l'épargner de tes mauvaises blagues.

Elle s'inquiétait pour Kay certes, mais dès que cela touchait à Clopin elle se transformait en sœur protectrice. Ils avaient vécus tellement de choses elle et lui que rien ne pourrait se mettre entre eux deux lorsqu'il est question de la vie ou la liberté de Clopin.

Après avoir mangé ils de retrouvait enfin tout les deux seuls. Encore assis autour de la table, Kay semblait reposé et en paix à présent.

- Il faut que je te raconte tout. Dit-il en regardant dans le vide. Ça fait longtemps que je sais que j'aime les hommes, mes parents m'ont abandonnés à cause de ça en disant que je n'étais qu'un enfant du démon. Au début j'avais décidé de ma battre et de faire valoir mes droits, mais les choses se sont vite retournés contre moi et j'ai vite perdu le goût de la bataille. Je t'ai déjà dit que j'avais eu un amant une fois qui fut brûlé sous mes yeux. Sinon j'ai eu quelques amourettes par ci par là mais rien de sérieux car nous savions ce qui allait nous arriver si nous étions découvert. J'ai eu la chance d'arrivé à changer d'endroit à chaque difficultés et à changer de vie facilement. Mais maintenant je me rend compte que j'ai juste fuis et j'ai honte. Alors qu'il y a des gens comme toi qui se battent pour leur vie et qui endurent des choses atroces, moi je fuis.

Il regardait Clopin tristement, il avait les mains jointent se façon nerveuse sur la table, il était tellement crispé qu'il en tremblait.

- Ce n'est pas si mal de fuir. Dit Clopin. J'ai fuis plus que tu ne le penses.

Ils se regardaient avec un petit sourire complice. Clopin, était assis à côté de Kay, il se penchait légèrement vers lui, passant sa main sur sa joue à son opposé pour lui faire tourner la tête et l'embrassait tendrement.

- Prends ceci comme une garantie que tout ce passeras bien ici. Dit Clopin.

Kay avait l'air apaisé maintenant, ils échangeaient un deuxième baiser plus passionné et plus langoureux que le premier. La passion et le désir les animaient tout les deux au point que Kay tirait Clopin sur lui. Ce dernier, surpris et un peu embarrassé par sa posture dit :

- Tu sais, je n'y connais rien à ce niveau là entre deux hommes.

- Ne t'inquiètes pas, tu vas vite comprendre.

Clopin n'était certainement pas serein par le grand sourire machiavélique qu'affichait Kay qui l'embrassait à nouveau.

- Le temps ne nous manques plus. Murmura-t-il à l'oreille de Clopin. Nous avons le temps d'attendre le bon moment.

Et la scène se finissait sur l'image de Clopin assis à cheval sur Kay, tout deux étreignant l'autre, la tête de Kay était posé sur son torse, Clopin avait posé son menton sur le dessus de sa tête et regardait dans le vide, en se délectant simplement du moment.