Septembre 1813, Comté du Hertfordshire.

Dans le bourg de Longbourn, situé près de la petite ville de Meryton, vivait la famille Bennet. Les époux Bennet étaient bien connus dans tout le comté, non seulement parce qu'ils avaient cinq grands fils, mais également pour leur déboires financiers.

Mr Bennet, était un homme qui se disait épicurien et, de fait, sa silhouette trahissait son intérêt pour la bonne chair et les bons vins. De stature assez grande, ses proéminents favoris comblaient une calvitie qu'il tentait de masquer avec quelques longs cheveux gris épars. Il était fier mais une mauvaise éducation et l'oisiveté l'avaient rendu, avec le temps, ridicule et dépensier.

Fils de gentleman, il avait eu la bonne étoile d'épouser une lady qui disposait d'une dote confortable ainsi qu'un caractère doux et conciliant. Elle avait mit au monde cinq fils en pleine forme, dont elle espérait qu'ils réaliseraient tous de grandes choses.

À la suite du décès d'un vieil oncle, Mr Bennet et son cousin Mr Collins avaient hérité ensemble d'une coquette propriété à Longbourn. Le cousin n'étant pas intéressé à y vivre, Mr Bennet en prit possession, sans trop de scrupules.

Il n'avait jamais été au fait de la gestion d'un domaine et encore moins comment faire fructifier en bon père de famille le capital de sa femme. Ainsi celui-ci fut, au fil des années, dilapidé en dépenses inconsidérées, dettes de jeux et ardoise diverses.

La veille de leurs 23 ans de mariage, le couple Bennet reçurent une lettre succincte du cousin Collins. Il avait une fille en âge de se marier et, par cette missive, il rappelait à son cher cousin qu'il était toujours en droit de réclamer sa part de l'héritage.

Afin de pouvoir mettre le frein aux dépenses superflues et rattraper ce que des années d'inconscience avaient créé, la maisonnée dût se résoudre à ne garder que trois domestiques à Longbourn : une cuisinière, une femme de chambre et un palefrenier qui faisait également office d'homme à tout faire. L'épouse Bennet n'hésita pas à retrousser ses manches pour nourrir elle-même la basse-cour ou faire quelques lessives.

Au fur et à mesure, elle prit les rennes des finances, au grand plaisir de son mari qui préférait chasser ou finir ses soirées à remplir des ardoises auprès des différents tenanciers du comté. Mme Bennet découvrit ainsi l'ampleur de leur infortune. En premier elle réduisit drastiquement le nombre de bêtes, mit en vente quelques terres et ne garda qu'un grand potager afin de nourrir correctement tous ses grands garçons.

Cependant, la chose qui la peina le plus a été de devoir annoncer à ses aînés qu'ils n'étaient plus en mesure de continuer leurs études. Ils durent trouver un emploi afin de contribuer aux charges familiales. Peut-être arriveraient-ils à réunir assez d'argent pour rembourser la part du cousin lésé et éviter à leurs parents de devoir vendre la propriété, qui avait depuis perdu de sa superbe.