Alpha et Oméga

Cela faisait plusieurs heures que Faranghis et Clara chevauchaient en silence, et cette dernière avait une question qui la perturbait. Soupirant, la prêtresse demanda : « Qu'y a-t-il ?

Euh… je me demandai juste ce que vous veniez faire ici… d'habitude les prêtresses ne restent elles pas dans les temples ?

Oh, non, pas forcément. De plus, je dois trouver le jeune Prince Arslan.

Pourquoi ? s'étonna Clara.

Pour l'aider à accomplir sa destinée, tu es bien curieuse… quel âge as-tu ?

Vingt ans. Et vous ?

Je ne te le dirais pas… sourit Faranghis, Et donc ? D'où viens-tu ? Tu n'es visiblement pas originaire du Parse ! »

En effet, avec ses longs cheveux châtains, sa peau très pâle, ses yeux bleus brillants, sa petite taille et la forme de son visage, elle était loin du type de femme que l'on trouvait au Parse… Elle prit une grande inspiration avant de déclarer : « Je ne vous le dirais pas.

Je vois… dans ce cas, puis-je supposer que tu ne tiens pas à ce que quelqu'un te reconnaisse ? »

Clara se figea avant de répondre : « Peut-être.

Très bien, je ne peux pas t'obliger à me le dire, mais si tu veux en parler, je suis là. »

Le voyage continua alors dans un silence plus confortable, jusqu'à ce que des soldats Lusitaniens ne les arrêtent. Mais alors qu'elles allaient s'en débarrasser, un type étrange arriva en… chantant ? Faranghis talonna doucement son cheval, indifférente à leurs agresseurs, jusqu'à ce qu'ils essaient de les tuer. Elle lâcha : « Tiens les rênes. »

Elle encocha une flèche et tira, avant de recommencer l'action plusieurs fois tandis que Clara dirigeait le cheval, avec quelques difficultés pour voir la route… finalement, les deux derniers soldats s'enfuirent, et nous continuâmes notre route jusqu'à ce que l'inconnu qui les avait aidé ne se mette à crier à l'adresse de Faranghis. Cette dernière l'ignora jusqu'à ce qu'il ne la nomme : « Hé vous ! La beauté incomparable ! »

Elle se retourna vers lui et échangea quelques mots avec lui, puis il se tourna vers la jeune fille qui l'observait curieuse et il sourit charmeur : « Et qui est cette délicieuse créature qui vous accompagne ? »

Clara piqua un fard avant de lâcher : « Je m'appelle Clara, et vous pouvez arrêter votre numéro !

J'aime les femmes fougueuses ! sourit-il béatement, Je m'appelle Ghib ! Mais dis-moi… tu ne serais pas une oméga ? »

Clara recula légèrement tandis que la prêtresse lançait d'un ton froid : « Elle est sous ma protection. Ne l'approche pas.

Très bien ! Je ne lui voulais aucun mal… il est rare d'en croiser et qui soit libre…

Parfait. Clara, tu vas bien ?

Oui… euh… juste pour savoir… il va nous accompagner ?

Bien sûr ! sourit joyeusement Ghib, Je m'en voudrais de vous laisser seules entourées par tant de dangers ! »

Les deux jeunes femmes échangèrent un regard désespéré avant de reprendre leur route, suivie par Ghib qui déclamait des vers les décrivant… le voyage allait être long…

Pendant ce temps, Arslan et ses trois autres compagnons avaient préparé une embuscade pour piéger le traître Kahllahn et ses soldats qui les poursuivaient.

Cependant, alors que Narsus observait la longue file de soldats se déplaçant dans le ravin plus bas, il sentit une présence derrière lui et sauta en arrière, évitant de se faire défigurer par un couteau et il riposta en tirant son épée, parant chacune des attaques de son mystérieux attaquant, qui se trouvaient être une grande femme aux longs cheveux noirs. Elle lui demanda d'une voix impassible, mais impérieuse : « Tu n'es pas un soldat lusitanien.

Et tu n'es pas l'un des sbires de Kahllahn. Alors qui es-tu ? répliqua Narsus en la fixant, Je m'appelle Narsus et je suis au service du prince Arslan.

A la mention du prince, la femme hoqueta avant de s'agenouiller, rengainant son poignard, et elle déclara : « Pardonnez-moi… je m'appelle Faranghis, prêtresse du temple de Mithra. On m'a envoyé à la recherche de son Altesse le prince Arslan et j'ai pour mission de lui prêter main-forte.

Ah tu veux aider Son Altesse… tu as de la chance, tu vas pouvoir le faire tout de suite.

Mais alors tu ne te méfies pas de moi ? demanda la prêtresse.

Si tu étais une alliée de Kahllahn ou des soldats lusitaniens, tu serais déjà en train de hurler pour révéler ma position, pas vrai ? »

Faranghis hocha la tête tandis que Narsus continuait : « Nous allons capturer le traître Kahllahn et le présenter devant son Altesse. Toute aide est la bienvenue.

Combien de personnes sont au service du prince en ce moment ? s'enquit Faranghis.

Il y a mon page, moi, un guerrier sans équivalent sur cette terre, en vous ajoutant toi et le prince, si je compte bien, cela fait cinq. »

Faranghis ne montra pas sa surprise, alors que Ghib sortait de derrière un arbre en arbre en lâchant stupéfait : « Seulement… cinq ? »

Narsus le remarqua, mais ne fit pas de commentaires, du moins, jusqu'à ce que Clara n'apparaisse, son arc à la main, lançant à Faranghis : « Les soldats se sont tous engagés dans le défilé…

D'accord.

Excusez-moi, peut-être pourrais-tu me présenter tes compagnons, prêtresse ? demanda Narsus.

Bien sûr. Voici Ghib, il se débrouille dans l'art du combat, et Clara, ma protégée.

Est-ce une oméga ? s'exclama Narsus en le réalisant.

Et alors ? soupira cette dernière, J'aimerais vraiment que pour une fois, on oublie ce détail ! »

Narsus hocha la tête avant de continuer à observer les rangs ennemis, tandis que Faranghis rejoignait la jeune fille, lui soufflant : « Reste à l'écart… »

Clara acquiesça, sans toutefois cacher son appréhension, tandis qu'elle répliquait : « Faîtes attention…

Ne t'en fais pas, je ne te laisserais pas toute seule. »

Quelques minutes plus tard, des cris apeurés retentissaient dans la gorge et une voix cria : « Daryûn arrive ! Le preux d'entre les preux va lancer la charge ! »

Le chaos s'empara alors des soldats Parses en contrebas, tandis que Clara était assise en équilibre sur une branche d'arbre, surplombant Narsus qui murmurait fier de lui : « J'ai utilisé ta réputation, mais je ne m'attendais pas à un effet si immédiat…maintenant, c'est à toi de jouer… Daryûn…

Il est si fort que ça ? demanda Clara, curieuse.

Daryûn ? Visiblement, son nom fait peur à de nombreux soldats. Et je ne l'ai jamais vu perdre un seul combat… répondit distraitement Narsus en tournant son regard vers elle, Et toi ? Tu sais te battre ?

Seulement tirer à l'arc… avoua Clara, Je n'ai jamais manié une épée de ma vie…

Etonnant pour une oméga… d'habitude vous détestez vous battre…

Nécessité fait loi… »

Narsus sourit pensif avant de hausser les épaules, pour se concentrer sur les ennemis qui étaient restés.

Puis, alors que le dénommé Daryûn prenait l'avantage sur le traître Kahllahn, Narsus déclara : « Allons-y. Tu viens ? »

Clara monta derrière lui, et demanda : « Pourquoi ?

Si tu as des ennuis, je serais responsable et j'aimerais éviter que Faranghis ne nous en veuille.

D'accord, je comprends. »

Il talonna son cheval et rejoignit les deux combattants au moment où le cavalier noir descendait précipitamment de cheval en criant : « Kahllahn ! »

Narsus le rejoignit alors que ce dernier crachait du sang, étendu sur le sol, et Clara resta interdite sur le cheval, avant de voir arriver Faranghis et un jeune garçon d'environ quinze ou seize ans. Elle les rejoignit et la prêtresse demanda : « Tu n'as pas eu d'ennuis ?

Non. Aucun… »

Un jeune garçon aux cheveux blancs et aux yeux bleus marine arriva au galop, sauta à terre et courut rejoindre l'homme agonisant en criant : « Kahllahn ! »

Clara écarquilla les yeux en même temps que Ghib et Faranghis, alors qu'elle lâchait : « C'est un oméga…

Tu as parfaitement raison… plutôt étonnant, non ? lâcha Ghib, Qui aurait cru que le fils d'Andragoras serait un oméga ? »

Sans répondre, la jeune fille observa le jeune homme qui suppliait le traître de rester en vie, puis tourna la tête vers Faranghis : « Cet homme l'a trahi… pourquoi vouloir le sauver ?

Parce que le prince a un cœur pur. »

Clara hocha la tête puis souffla : « Peut-être que ce monde a une chance de changer dans ce cas… »

Quelques instants plus tard, l'homme rendit son dernier souffle et alors que le jeune prince Arslan semblait affligé, Daryûn commença : « Votre Altesse…

Il a dit qu'Andragoras était toujours en vie… finit Narsus.

Mon père ?

C'est dommage, j'aurais aimé avoir plus de précisions…

Mais le plus important, c'est que mon père est en vie ! lâcha Arslan.

Et cela signifie que vous avez une chance de le revoir un jour Votre Altesse. Et on peut penser que si les Lusitaniens ne l'ont pas tué jusqu'à présent, c'est qu'ils ont une bonne raison. Ce qui nous permet d'espérer qu'ils le gardent en vie encore un moment. Enchaîna Daryûn. »

Arslan acquiesça, puis se releva, imité par les deux autres hommes tandis que Faranghis s'agenouillait en déclarant : « Veuillez me pardonner Votre Altesse Royale, tout à l'heure, je ne suis pas descendu de cheval pour vous saluer. Je me présente : je m'appelle Faranghis, je suis prêtresse du temple de Mithra situé dans le Khuzestan. Je suis venue conformément aux dernières volontés de l'ancienne Grande Prêtresse.

Je vois… et bien je te remercie Faranghis. Déclara Arslan en la fixant gentiment. En vérité, tu m'as tiré d'un bien mauvais pas tout à l'heure… et toi, qui es-tu ? »

Il se tourna vers Ghib qui s'agenouilla, un sourire aux lèvres : « Je me suis échappé de votre capitale Ecbatana, parce que je souhaitais ardemment entrer au service de Votre Altesse… »

Clara et Faranghis lui jetèrent un regard désabusé tandis qu'il continuait : « Prince Arslan, j'ai vu la reine Tahaminé et elle était toujours bien en vie lorsque je me suis enfui.

Oh raconte-moi tout ! Je veux tout savoir ! demanda Arslan. »

Mais Narsus, tout en ramassant une torche, déclara : « Il y a de fortes chances que les hommes de Kahllahn se décide à revenir. Allons autre part.

Attends un peu s'il te plaît ! l'interrompit le jeune prince en se tournant vers Faranghis, J'aurais une faveur à te demander… j'aimerais une petite cérémonie mortuaire pour Kahllahn et tous ces soldats morts. »

Surprise comme tous les autres, Faranghis accepta et se mit à chanter d'une voix pure et belle, tandis que Narsus et Daryûn discutaient dans un coin, et qu'Elam demandait à Clara : « Et toi ? Qui es-tu ?

Je m'appelle Clara… j'accompagne Dame Faranghis… »

Le garçon n'insista pas et quand cette dernière eut fini de chanter, Arslan se retourna et avisa la jeune fille inconnue. Il alla vers elle et demanda curieux : « Qui êtes-vous ?

Je m'appelle Clara et j'accompagne dame Faranghis depuis quelques jours…

Enchanté, et d'où viens-tu ? »

Le visage de Clara se ferma légèrement tandis qu'elle répondait prudemment : « Je préfèrerais éviter de répondre à cette question, Altesse… »

Daryûn intervint, la voix légèrement agacée : « Le prince vous a demandé…

Daryûn. Ne la brusquons pas… le coupa Narsus, Dame Faranghis ?

Je n'en sais pas plus que vous, je l'ai rencontré sur la route alors qu'elle m'observait.

Vraiment ? releva le chevalier, Elle vous observait ? Pourquoi ?

Curiosité. Et également prudence… avoua la jeune fille. »

Elle recula d'un pas, alors que tous se figeaient, mis à part Narsus, Ghib et Faranghis, respirant brusquement. Daryûn recula vivement, comme si quelque chose l'avait frappé, et Arslan souffla stupéfait : « Tu es une oméga…

C'est exact, Altesse… grinça Clara, Tout comme vous visiblement…

J'ai également été surpris, Altesse, intervint le stratège, Mais je pense pouvoir affirmer qu'elle est légèrement perdue.

Perdue ? répéta Arslan sans la quitter des yeux.

Elle semblait effrayée tout à l'heure, alors que rien ne la menaçait à part l'armée Parse, bien entendu. Et maintenant, elle surveille les faits et gestes de Daryûn, prête à partir en courant. Il est évident qu'elle craint quelque chose.

Vous… commença Clara stupéfaite, Vous êtes vraiment trop observateur… enfin bon… d'après vous, pourquoi une oméga aurait-elle peur ? »

C'était visiblement une question rhétorique car Narsus inclina la tête avant de s'excuser : » Bien sûr… j'avais oublié ce détail… pardonnez moi pour mes paroles…

Ce n'est rien… bafouilla Clara gênée… »

Mais Daryûn, qui avait reculé si brutalement, s'avança, le regard braqué sur elle et ce fut à son tour de reculer, pâlissant rapidement. Narsus posa une main sur son épaule, tout en surveillant son ami. Ce dernier demanda, la mâchoire serrée : « Pourquoi avoir rencontré le prince Arslan sans raison ?

J'étais plutôt curieuse… et j'avoue que je ne m'attendais pas à ce qu'il soit un oméga… peut-être cela pourra-t-il faire changer les choses s'il devient roi… »

Arslan hocha la tête en lançant : « Daryûn. C'est bon. Clara, je te remercie pour ces paroles. Nous aideras-tu ?

Oui. »