Alpha et Oméga

Lors du conseil de guerre, Kishward fut le premier à prendre la parole : « On peut grossièrement estimer l'effectif de l'envahisseur à cinquante-mille hommes. Ils ont déjà traversé la rivière qui sert de frontière et ils sont maintenant sur le territoire parse.

J'y crois pas… souffla Ghib, Comme si on n'avait pas assez de problèmes ça, une gigantesque armée va nous tomber dessus. »

Ils se tournèrent vers le prince, qui semblait triste comme jamais et Narsus lança : « Altesse ?

Hein ? Oh pardon…

Vous venez de vivre des moments difficiles, vous devriez aller vous reposer… proposa Daryûn. Nous vous tiendrons informé sur…

Ca va. J'étais juste en train de réfléchir… Très bien ! Ecoutez-moi tous ! Notre objectif est de reprendre Ecbatana, mais avant cela, nous devons défendre nos frontières à tous prix. Préparez-vous à faire face à Sindôra. »

Ils acquiescèrent et en sortant de la salle du conseil, Daryûn demanda à Faranghis : « Comment va Clara ?

Oh, mieux, mais vous pourriez lui demander vous-même, elle arrive. »

La jeune Shirianne avançait vers eux, les cheveux tressés, vêtus d'une tunique noire et d'un pantalon gris ainsi que de bottes noires. Daryûn haussa un sourcil et elle les salua : « Bonjour, messire Daryûn, Messire Narsus…

Bonjour Clara, comment vous sentez-vous aujourd'hui ?

Mieux, merci, je suis désolée pour hier soir…

Ce n'est rien, la rassura Daryûn avec un sourire, Ce n'était pas de votre faute. »

Elle sourit faiblement avant de demander : « Apparemment, les Sindoriens vont attaquer le Parse ?

C'est exact, mais nous allons les en empêcher… déclara Narsus avec un sourire de manipulateur en puissance.

Parfait ! Vous y allez maintenant ?

Oui, pourquoi ?

Je viens avec vous.

Quoi ? s'exclama Daryûn, Pas question !

Et pourquoi ?

Eh bien… euh… quelqu'un doit rester protéger le prince ! argumenta Daryûn. »

Clara se renfrogna, ne pouvant contester ce fait et elle commenta : « D'accord. Je vais rester. Mais la prochaine fois, je viens avec vous.

On verra ça la prochaine fois ! sourit Daryûn, triomphant.

S'il y a une prochaine fois… soupira Faranghis. »

Clara la fusilla du regard en lâchant : « Il y aura une prochaine fois ! Ne soit pas défaitiste !

Je ne faisais qu'émettre une hypothèse !

Oui, ben elle n'est pas encourageante du tout ! »

Elles finirent par se taire, et le groupe qui devait s'opposer aux Sindoriens partit à leur rencontre, tandis que Clara restait avec le jeune prince héritier du Parse.

Au bout d'un certain moment, Kishward prévint Narsus : « C'est le moment de nous séparer ! Bonne chance !

Bonne chance à vous aussi ! répondit le stratège à côté de Narsus.

Narsus ? demanda ce dernier, J'ai une question à te poser…

Laquelle ?

L'armée de l'envahisseur de Sindôra compte cinquante-mille hommes… Et nous nous apprêtons à la combattre avec dix-milles hommes ?

Oui.

Entre nous, tenter de vaincre une armée cinq fois plus grosse que la sienne, ce n'est pas très orthodoxe…

Les stratégies non-orthodoxes sont bien des fois les meilleures. Daryûn, rappelle-toi de ce que tu as appris à Serica, il y a trois principes fondamentaux auxquels il faut faire attention lors d'une bataille. Quels sont-ils ?

Le temps du ciel, l'intérêt du terrain et l'harmonie des hommes.

C'est de ça dont il est question. En ce moment même, vois-tu, Sindôra est en train de briser chacun de ces trois principes. »

Plus tard, alors que la nuit venait de tomber sur l'armée sindorienne, les archers Parses les attaquèrent à grand renforts de flèches et de volées. La stratégie de Narsus était tout d'abord d'encercler l'armée ennemie, puis de la conduire sur un terrain qui lui était défavorable… et lorsque cela ne suffit plus, il sema la peur et le doute dans les troupes ennemies, grâce à Alfrîd et Elam qui criaient de fuir vers le lac gelé. L'apparition soudaine d'une fausse armée, qui était, aux yeux des Sindoriens, celle de Gahdevî, le premier prince de Sindôra, ne fit que les pousser à croire ce que disaient les deux adolescents.
Ce fut ainsi que l'armée de cinquante-mille hommes de Sindôra fut rabattue vers le lac recouvert de glace, qui se craquela sous leur poids et finit par se briser, défaisant complètement l'ennemi.

Si le prince de Sindôra rejoignit la terre ferme, ce n'était pas encore terminé car la voix de Narsus jaillit derrière lui : « J'ai un message urgent pour le prince Rajendra… est-ce que Son Altesse est ici ?

Elle est sur son cheval, devant toi. Quel est ton message ?

Daryûn… on le tient…

Quoi ? s'exclama Rajendra. »

Il fronça les sourcils puis para la première attaque du chevalier noir avant que Narsus ne s'élance vers lui : « Désolé, mais nous allons vous prendre en otage, prince Rajendra ! »

Mais ce dernier partit au galop en criant : « La prochaine fois que nous nous verrons, vous mourrez ! »

Cependant, une flèche tua son cheval et il s'écroula par terre, aux pieds d'Alfrîd, qui sourit en le menaçant de son épée : « Ne t'avise pas de bouger, sinon tu meurs, mon beau Sindorien ! »

Quand ils revinrent à Peshawar, ils amenèrent le prince étranger devant Son Altesse Arslan, ligoté. Ce dernier éclata de rire malgré sa position de faiblesse et déclara : « D'accord, très bien, j'abandonne ! J'admets que vous m'avez bien eu sur ce coup-là !

Voilà un joli coup de filet, Alfrîd, je te félicite ! la félicita Arslan.

Moi ? mais je n'ai rien fait, c'est la stratégie du seigneur Narsus qui a porté ses fruits ! »

Le prince se leva et s'avança devant Rajendra qui sourit narquoisement : « Je savais que le prince du Parse était jeune, mais je ne pensais pas me retrouver devant un gamin… Alors ? Que comptez-vous faire de moi, au juste ? Me jeter aux oubliettes, vous allez m'exécuter devant mes hommes ?

Messire Rajendra, le gamin a pour nom Arslan et il est le prince héritier du Parse. J'admets que la manière était brutale, mais j'avais besoin de vous inviter ici pour vous parler de quelque chose d'important.

Oh… je suis surpris ! Chez moi, quand on invite quelqu'un, on ne le ligote pas et on ne le traîne pas sur le sol ! railla l'étranger.

Bien sûr… j'en suis vraiment désolé… s'excusa le prince avec un sourire. »

Daryûn échangea un regard avec Narsus et tira son épée hors de son fourreau, s'avançant vers Rajendra qui semblait tout à coup moins sûr de lui. Mais le guerrier aux yeux ambrés ne fit que le libérer de ses liens. Arslan sourit : « Comme cela, nous pourrons parler d'égal à égal, Altesse…

Bon d'accord… je veux bien entendre ce que vous avez à dire. »

Ils s'installèrent alors dans la salle de banquet, tandis que des plats somptueux y étaient apportés. Les deux princes étaient assis l'un à côté de l'autre en bout de table et Rajendra demanda en souriant : « Dîtes-moi, Prince Arslan… seriez-vous un oméga, par le plus grand des hasards ?

Oui, c'este exact, Altesse Rajendra. Et vous êtes un alpha.

Exact également ! Cependant, je sens qu'il y a un autre oméga ici… serait-ce mon nez qui me joue des tours ? »

Le prince Arslan se crispa légèrement, tandis que son regard se tournait vers Clara qui mangeait lentement, et il répondit à contrecœur : « Non, vous avez raison, l'un de mes compagnons est un oméga.

Je vois… Prince Arslan, il est vrai que vous n'êtes pas encore un adulte, mais vous avez brillamment dirigé vos troupes tout à l'heure ! Je fais rarement de compliments, mais là, je suis impressionné !

Hélas, le crédit de cette victoire ne peut m'être accordé. J'ai été aidé par mes fidèles compagnons…

Tiens… vous appelez « vos compagnons », vos vassaux ? Vous êtes un type vraiment intriguant ! Allons prince, vous devez boire vous aussi ! »

Le prince bégaya en essayant de refuser mais ce fut grâce à l'intervention de Faranghis qu'il put y échapper : « Ca ne vous dérange pas, si je vous tiens compagnie ?

Euh… oh du tout !

Moi aussi je peux ? Plus on est de fous, plus on rit, non ? Que diriez-vous des vers d'un musicien pour accompagner ce délicieux repas ? s'incrusta Ghib.

Je préfère éviter. En revanche, je ne suis pas contre un concours de boisson ! »

Il servit du vin à Faranghis et ils burent jusqu'à ce que Ghib ne tombe dans les pommes, et que Rajendra s'avoue vaincu, à moitié ivre, alors que la prêtresse était encore tout à fait sobre. De plus, le prince Arslan les interrompit en le hélant : « Prince Rajendra !

Hein ? Oh Votre Altesse Arslan, qu'y-a-t-il ?

Pourrions-nous continuer notre discussion ?

Bien sûr ! Continuons, continuons ! Une discussion… au fait… de quoi parlions-nous déjà ?

… je voudrais former une alliance avec vous.

… je vous écoute…

Ma proposition est simple. Vous vous battez pour monter sur le trône de Sindôra, j'aimerais vous aider à y arriver.

Et en échange vous voulez que je vous aide à chasser les Lusitaniens ?

Oui. Je ne pense pas que ce soit une mauvaise affaire…

Ah ah ah… ce que vous dîtes est assez amusant ! Vous êtes un prince sans royaume, je ne vois pas comment vous pourriez m'aider ! »

Elam et Alfrîd se levèrent brusquement devant l'insulte et le premier s'écria : « Comment…

Votre Altesse Rajendra, sans vouloir être indélicat, je pense que vous devriez penser à la situation dans laquelle vous êtes… l'interrompit Arslan.

Oh on dirait bien là des menaces ! Si jamais il m'arrivait quoi que ce soit, mes soldats ainsi que mon royaume ne vous le pardonneraient jamais !

Nous ne ferons rien d'aussi barbare… assura le jeune prince.

Ca non, et puis vu la situation actuelle, cela serait bien malvenu ! sourit Narsus en arrivant.

C'est-à-dire ? s'inquiéta Rajendra.

J'ai fait passer le message à l'intérieur du royaume de Sindôra comme quoi vous aviez fait une alliance fondée sur la justice et l'amitié avec le prince héritier du parse, Arslan.

Que… vous plaisantez ?! s'exclama Rajendra en se levant.

Désolé. Je ne plaisante jamais. J'ai également précisé que le prince marchait vers la capitale Uraiyur afin d'apporter la paix et la sérénité à votre royaume.

… Scélérat ! Qu'avez-vous fait ! Je ne vais plus être qu'un traître aux yeux de mon pays !

Entre nous, n'aviez-vous pas l'intention d'affronter votre frère, le prince Gahdevî afin de décider de l'issue finale ? Nous n'avons fait qu'avancer un peu cette échéance, c'est tout… lança innocemment Narsus.

Ce n'est pas ce que je souhaite, intervint Arslan, mais je pourrais aussi vous utiliser pour négocier avec lui… »

Rajendra gronda légèrement avant de rire sarcastiquement : « Prince héritier du Parse, vous m'avez bien eu encore une fois !

Pouvons-nous compter sur votre coopération ?

Vous pouvez, oui. Moi, Rajendra, je vais vous prêter main-forte pour reprendre votre royaume. »

Clara, qui mangeait tranquillement sans bruit depuis le début du banquet, darda son regard sur le visage de leur invité et lâcha à Daryûn qui était à sa gauche : « Je ne l'aime pas du tout. Il est malhonnête.

Sûrement, mais nous avons besoin de lui.

Je le sais bien, mais ne vaut-il mieux pas être seul que mal accompagné ?

Peut-être que si, mais seul le temps nous le dira…

Vous parlez comme Narsus ou Faranghis, c'est inquiétant… se moqua gentiment Clara.

Ah ah. Très drôle. »

Elle sourit avant de se lever et de déclarer : « Bon ben moi, je vais dormir ! Je suis crevée ! Tant d'inactivité, c'est épuisant !

Vous avez raison, nous partirons tôt demain… dormez bien !

Merci vous aussi ! »

Elle s'en alla sa robe bleue flottant derrière elle, tandis que Daryûn la suivait inconsciemment du regard, tout comme un certain prince Sindorien…

Le lendemain matin, le Prince Arslan, le Prince Rajendra et leurs troupes laissèrent Peshawar derrière eux pour partir à Sindôra, laissant la forteresse sous le commandement de Kishward.

Mais, alors que Clara discutait avec Alfrîd, le Prince Rajendra s'invita ou plutôt, s'incrusta dans leur conversation, un sourire écœurant aux lèvres : « Dîtes-moi, jeune fille, je vous ai vus hier soir au banquet, qui donc êtes-vous ?

Je m'appelle Clara, Altesse. Et voici mon amie, Alfrîd.

Je suis absolument enchanté de faire votre connaissance ! Et, que faîtes-vous ici, en tenue de combat ? Allez-vous vous battre pour le prince Arslan ?

Oui, bien évidemment, répondit Clara sans le regarder, après tout, nous lui avons juré fidélité.

Je vois… et d'où venez-vous si ce n'est pas indiscret ?

Ca l'est, messire ! se moqua Alfrîd.

Je ne vois pas en quoi cela vous concerne, Prince Rajendra. Si vous voulez bien nous excuser, nous avons du travail. »

Clara et Alfrîd laissèrent le prince étranger derrière eux, pour aller s'entretenir avec Faranghis et le prince Arslan. Cependant, le Sindorien aurait bien voulu les suivre, mais il se retrouva à côté de Narsus et Daryûn, qui le fixaient impassiblement. Il sourit, avant de lâcher joyeusement : « Les femmes Parses sont décidément pleines de surprises ! J'apprécie cela, le caractère enflammé de cette jeune femme est absolument charmant ! Vous ne trouvez pas, messires ?

Si, absolument… répondit poliment Narsus en jetant un regard en coin à Daryûn. »

Ce dernier avait les mains serrées sur ses rênes et fixait le prince étranger avec une touche d'agacement à peine perceptible. Le prince étranger continua, ignorant le regard posé sur lui : « Enfin bon, j'avoue que le fait qu'elle ait un caractère aussi sauvage alors qu'elle n'est qu'une oméga m'a grandement surpris ! Je sens que je vais bien m'amuser ! Et elle est sacrément attirante, cette femme ! »

Daryûn se crispa et craqua en lâchant sourdement : « Le fait d'être oméga ou non n'est pas un critère pour juger quelqu'un, prince Rajendra. Je vous prierai donc de faire de davantage de respect envers Dame Clara et nos autres compagnons. Ils ne sont pas des amusements pour vous. Ce sont des compagnons de Son Altesse Arslan.

Excusez-moi, je ne voulais pas vous offenser, messire Daryûn, mais entre nous, ce petit bout de femme… qui n'en voudrais pas dans son lit ? »

Il éclata de rire, tandis que Narsus saisit vivement l'avant-bras de Daryûn qui plongeait vers la garde de son épée et il chuchota : « Daryûn, non ! »

Le prince Rajendra ne sembla se rendre compte de rien, et il repartit vers ses hommes, cependant, son dernier commentaire n'avait été qu'une sorte de test pour le chevalier noir. Le Sindorien n'avait en aucun cas manqué le regard meurtrier, et la main qui s'était dirigée vers son épée, de Daryûn. Cela allait être amusant… visiblement, cette Clara serait une proie difficile, et Daryûn, un adversaire…

Alors que le prince Rajendra était parti, Narsus lâcha le bras de Daryûn qui siffla : « Tu aurais dû me laisser le…

Le quoi ? Le tuer ? Le blesser ? Briser l'alliance avec Rajendra aurait été une erreur fatale pour nous, Daryûn !

… désolé, je me suis emporté…

Oui, en effet ! s'exclama Narsus, Je suis aussi énervé que toi des propos qu'il a tenu, mais nous devons rester calme !

Je sais. Ca ne se reproduira plus.

Je n'en serais pas si sûr… lâcha Narsus, Tu sembles toujours énervé quand quelqu'un blesse ou insulte Clara… y aurait-il une raison particulière ?

Qu'est-ce que tu insinues, Narsus ? Je la défends, comme je défendrais n'importe lequel de nos compagnons… sauf peut-être Ghib après réflexion…

Mouais… on verra ça ! Allez, rejoignons Son Altesse ! »

Daryûn acquiesça, avant de s'élancer derrière Narsus, serrant les dents pour éviter de faire demi-tour et mettre son poing dans la face immonde de ce chien de Rajendra.

Sur le territoire de Sindôra, l'armée Parse et Sindorienne du prince Rajendra dut affronter celle de Sindôra, ce qui se solda heureusement par une victoire pour eux. Clara et Faranghis avaient dirigé les archers, tandis que les autres étaient en première ligne. Mais, le prince de Sindôra, lui, était resté bien à l'abri sur un promontoire, observant les autres se battre sous ses yeux.

A la fin de la bataille, il héla le prince du Parse : « Prince Arslan ! Toutes mes félicitations, la puissance de l'armée parse est vraiment impressionnante !

Merci, messire Rajendra.

Les prouesses du messire Daryûn, m'ont particulièrement émerveillé ! lança le prince Rajendra en souriant hypocritement à ce dernier.

Oui, je ne mérite pas de tels compagnons…

Non non, bien au contraire ! Si des hommes d'une telle valeur vous suivent, c'est bien parce que vous en avez l'étoffe, messire Arslan ! »

Alors que Rajendra parlait, Clara et Faranghis revinrent, et cette dernière demanda à Narsus : « C'est moi, ou Daryûn est légèrement sur les nerfs ?

Non, tu as raison… le prince Rajendra ne cesse de le provoquer, je ne sais pas combien de temps il va tenir. En plus, généralement, les alphas ne se supportent pas.

Oh je vois… y aurait-il une raison particulière ?

J'ai demandé exactement la même chose à Daryûn tout à l'heure ! sourit Narsus.

Je regrette seulement de ne pas avoir pu voir les techniques de combat de messire Kishward, qui est resté à Peshawar, j'ai beaucoup entendu parler des compétences du général aux doubles épées… continua Rajendra sous le regard méprisant de Daryûn. »

Ce dernier lança discrètement à Narsus : « Ecoute le… je n'arrive pas à me résoudre à faire confiance à cet homme.

Tu n'es pas le seul, j'attends avec impatience de voir ce qu'il nous prépare ! je crois qu'on ne sera pas déçus ! Même si dans ton cas, je soupçonne qu'il y a une raison plus personnelle… »

Daryûn l'ignora royalement, se concentrant sur la conversation entre les deux princes.

Quelques jours plus tard, les Parses décidèrent de célébrer le Nouvel An, comme à leur habitude et Arslan dû assumer le rôle qui échoit normalement au roi. Puis lors du banquet, Clara qui parlait avec Ghib et Faranghis, n'en pouvait plus de rire face aux idioties de ce dernier, surtout lorsqu'il se plaignit : « Ha la la… quelle tristesse… le vin ne me procure plus aucun effet… Vous savez quoi, dame Faranghis ? Une seule goutte de votre beauté pourrait m'enivrer !

Et moi, si je mettais une seule goutte de tes paroles dans ma coupe, j'aurais un sacré mal de tête… »

Clara rit encore plus en voyant l'air déconfit de Ghib, puis se leva pour se dégourdir un peu les jambes, croisant Elam qui se dirigeait vers Narsus, qui lui-même, avait un léger problème avec Alfrîd… qui voulait lui donner elle-même à manger : « Allez Narsus !

Alfrîd, je peux manger sans ton aide… soupira ce dernier.

Allez, ouvre… ahhhhhhh !

Allons, tu vois bien que tu déranges Maître Narsus !

S'il te plaît, tu ne peux pas aller t'occuper de tes oignons ?

Oh vous deux… désespéra le stratège alors que Daryûn se moquait ouvertement.

Le meilleur stratège de tout le royaume et il est impuissant face à des enfants ! »

Narsus se tourna vers lui et le fusilla du regard alors que Clara, franchement amusée, venait s'asseoir avec eux, son assiette et son verre à la main, tout en lançant : « Il n'a pas tord, Narsus, vous avez bien affronté des Lusitaniens, Hilmès, et de bien plus dangereux ennemis !

Ce n'est absolument pas pareil ! protesta ce dernier, Ce sont de vrais démons !

Mais oui, c'est ça, ils sont justes très affectueux et possessifs… se moqua Daryûn. »

Narsus plissa les yeux, et remarqua Clara qui commençait à boire son verre et il lâcha en souriant : « J'aimerais bien t'y voir, toi, si Clara essayait de te nourrir ! »

Le résultat ne se fit pas attendre : Daryûn s'étrangla avec son morceau de pain, tandis que Clara écarquillait les yeux en recrachant le jus de fruits qu'elle buvait à la figure de Narsus. ce dernier, bien que dégoulinant de jus, était satisfait de sa petite vengeance, alors que les deux s'exclamaient en même temps : « QUOI ? Mais ça va pas la tête de dire ça ! »

Il leur sourit avant de boire sa coupe de vin à son tour, sans voir Clara plisser dangereusement les yeux : « Laissons tomber, Daryûn, après tout, s'il se sent coupable parce qu'il s'intéresse à une pauvre et innocente enfant, c'est qu'il doit avoir des pensées bien étranges… »

Ce fut à son tour de s'étrangler et de recracher son vin, bien que Daryûn esquive sans problème le liquide avant de sourire de satisfaction tout en lançant un regard amusé à Clara : « Bien joué, vous l'avez eu à son propre jeu ! »

Elle s'inclina malicieuse, mais perdit son sourire lorsqu'Alfrîd se racla la gorge tout en lâchant : « Hum… Clara ? Rajendra vient par ici…

Quoi ? Oh non, c'est pas vrai… ce type est un vrai pot-de-colle ! »

Elle se leva précipitamment et leur lança avant de partir presque en courant : « Vous ne m'avez pas vu de la journée, et je suis allée patrouiller dans la forêt, d'accord ?

Mais… »

Elle s'en alla si rapidement, que personne ne put réagir et Rajendra arriva : « Bonjour mes amis ! N'auriez-vous pas vu Clara ? Je la cherche partout ! Je croyais l'avoir aperçu…

Euh… non, elle est en patrouille dans la forêt ! répondit Alfrîd en souriant, Elle ne rentrera pas avant le dîner !

Oh quel dommage ! Bon et bien je lui parlerai ce soir ! »

Il s'en alla, non sans jeter un regard de défi à Daryûn qui ne réagit pas. Du moins, pas d'une manière perceptible autre que de serrer davantage son verre entre ses mains. Puis, il se tourna vers Alfrîd en même temps que Narsus qui demanda : « Elle a fuit ou c'est moi qui ai vu flou ?

Non, tu as bien vu, Narsus, elle le fuit depuis quelques jours, il ne cesse d'essayer de lui parler ! Alors elle a décidé de l'éviter pour éviter un incident diplomatique regrettable…

Lequel ? demanda Daryûn curieux.

L'assommer avec une carafe. C'était pourtant une bonne idée, d'après moi…

Je suis bien d'accord ! acquiesça le chevalier noir, Ce Rajendra est vraiment irrespectueux ! »

Narsus, Elam et Alfrîd échangèrent un regard amusé qui échappa totalement à Daryûn, trop occupé à manger pour se calmer, avant de commettre lui aussi un incident pas vraiment regrettable…

Un peu plus tard, dans la soirée, Arslan réunit ses compagnons dans sa tente pour discuter de ce dont il avait parlé avec Rajendra plus tôt dans l'après-midi. Daryûn prit la parole, les mains sur les genoux, assis en tailleur : « L'armée de Rajendra et la nôtre emprunteraient donc deux chemins différents pour prendre en tenaille celle de Gahdevî depuis deux directions opposées ?

Oui. C'est la stratégie que m'a proposé messire Rajendra. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Il vous faut refuser, Altesse. Je n'aime pas ça ! cet homme n'est pas digne de confiance.

J'ai bien peur que ce soit aussi mon avis… déclara Ghib, Il est plus qu'évident que le prince Rajendra propose ce plan afin de nous utiliser comme appât. N'êtes-vous pas aussi de cet avis, mes Dames ?

C'est assez contrariant, mais je le suis… J'ai bien peur que nous ne nous retrouvions seuls à affronter Gahdevî… Rajendra n'aura alors qu'à attendre la fin du combat pour achever les survivants…avoua la prêtresse.

Moi aussi ! déclara Clara.

J'ai bien peur que vous ayez raison… acquiesça le prince. Et toi Narsus, qu'en penses-tu ?

Tout d'abord, vous devriez vous réjouir, Votre Altesse !

Quoi ?

Eh bien, à votre place, je me sentirais soulagé de voir que parmi mes subordonnés, je ne compte aucun imbécile. Sinon, je suis d'accord avec tout ce qui vient de se dire. Il veut vraisemblablement nous utiliser comme appât… malgré tout, je vais vous demander d'accepter cette proposition.

Ah bon ? Et pourquoi ?

Effectivement, nous ne pouvons pas faire confiance au prince Rajendra, ainsi, il est meilleur pour nous d'opérer loin de lui, nous aurons plus de libertés.

Oui, je vois…

Cependant, ajoutez des conditions : des vivres, avec des bœufs et des chevaux pour les transporter, des cartes de la région, ainsi qu'un guide digne de confiance. Exigez fermement tout cela, Altesse. »

Deux jours plus tard, alors qu'ils s'apprêtaient à lever le camp, un Sindorien aux yeux verts rares arriva, et s'agenouilla devant le prince Arslan : « Excusez-moi, je suis envoyé par le prince Rajendra, mon nom est Jaswant, Votre Altesse. C'est à moi qu'il a été accordé l'honneur de vous guider jusqu'à Uraiyur.

Jaswant ? Bien. Je compte sur toi… déclara le prince en descendant de selle.

Je ferais tout mon possible pour ne pas vous décevoir, préparez-vous à partir, il ne manque plus que les troupes de… »

Il s'interrompit alors qu'il bondissait vers le prince, tirant son sabre d'un geste souple, et repoussant le jeune Arslan sur le côté, avant de trancher la tête d'un serpent. Il se justifia : « Un serpent venimeux… vous en verrez beaucoup, dans cette région, ces créatures sont actives même en hiver… restez bien sur vos gardes, Votre Altesse.

Hum, oui et merci…

Inutile de me remercier… maintenant, si vous le voulez bien, je vous laisse. »

Il s'en alla et Daryûn demanda : « Vous allez bien Altesse ?

Oui, ça va.

Bon sang… souffla Ghib, Je déteste les serpents !

Moi, je les aime bien ! sourit Clara, Sauf les venimeux ! Ils sont assez sournois… un peu comme Narsus !

Pardon ? Tu viens de me traiter de serpent ou je rêve ?

Tu rêves, je n'oserais jamais ! »

Narsus plissa les yeux, puis se détourna d'elle, faisant mine d'être vexé, alors que tous ses amis riaient de sa déconvenue.

Mais, alors que leur guide s'en allait, Ghib, dans son dos, lança un poignard vers lui, poignard qu'il dévia habilement avant de lancer : « Curieuse façon de se présenter… qui es-tu ?

Pardon, cette saleté m'a glissé des mains ! Je suis Ghib, ménestrel au service du prince Arslan, et toi ?

Je suis Jaswant, j'ai été envoyé pour servir de guide à votre armée…

Mmh ? Vraiment ? »

Soudainement, Ghib l'attaqua et le Sindorien para son épée alors qu'ils se disputaient. Puis, après avoir désarmé le ménestrel, il rengaina son arme et lança nonchalamment : « Votre prince m'attend. »

Il ne vit, dissimulés dans l'ombre d'une tente, Narsus et Daryûn les observer. Ce dernier commenta, les bras croisés : « Ce Jaswant est bien plus habile que la moyenne… maudit Rajendra, compte-t-il vraiment attenter à la vie de Son Altesse ?

C'est une possibilité, en effet… »

L'armée se mit alors en route vers la capitale de Sindôra… et peu de temps après, Narsus déclara : « Altesse, d'après cette carte, nous nous trouvons devant la forteresse de Gujarât… il y aurait une grande quantité de moyens de la faire tomber, seulement cela représenterait une trop grosse perte de temps.

Que faire alors ?

Dans un premier temps, nous allons leur envoyer un messager. Qui sait, il est peut-être possible de passer sans avoir à nous battre… »

Il jeta un coup d'œil à Jaswant et à Ghib, et ces derniers haussèrent les sourcils… et voilà, ça devait tomber sur eux… Clara lança à Narsus : « Est-ce une bonne idée de les envoyer tous les deux ensembles ? Ils ne se supportent pas…

Justement, Clara… justement…

Ghib et Jaswant se rendirent donc à la forteresse de Gujarât et y attendirent le seigneur des lieux, tandis que les femmes étaient affolées devant le ménestrel qui leur souriait, sous le regard furieux du Sindorien. Puis, le seigneur Gôvin arriva, et ils s'agenouillèrent devant lui. Il déclara : « Vous êtes donc des messagers de l'armée Parse…

Oui, mon nom est Ghib, seigneur.

Et moi, Jaswant, seigneur.

Qu'est-ce que vous voulez ?

Nous voulons que vous acceptiez une trêve avec nous et permettiez à l'armée Parse de traverser votre territoire.

Vous êtes sérieux ? Je ne vois pas comment je pourrais justifier une chose pareille auprès de messire Gahdevî…

Evidemment, il y aura des compensations… quand le prince Rajendra sera devenu roi de ce pays, il propose de vous offrir un traitement des plus favorables… titre… terres… il vous donnera tout ce que vous désirez. Qu'en pensez-vous ?

J'ai besoin de réfléchir.

Très bien, nous pouvons attendre jusqu'à demain. Nous espérons une réponse favorable.

Nous avons spécialement prévu un petit banquet… déclara le second du seigneur Gôvin en tapant dans ses mains. Allons ! Montrez notre hospitalité à ces messieurs ! »

Bien plus tard, alors que les Parses avançaient silencieusement dans la forêt, Jaswant, qui se trouvait à l'arrière des troupes, se cacha derrière un arbre et alluma une mèche, lorsque la voix de Ghib retentit : « Quelle existence solitaire… à chaque fois que je te vois, tu es toujours tout seul !

Hein ? Tu m'as suivi ?

J'ai appris qu'à Sindôra, on t'appelait la panthère noire, alors je vais te dire un truc mon chaton, je suis ici pour te couper les griffes avant que tu ne blesses quelqu'un.

Tu savais qui j'étais depuis le début… constata Jaswant.

Disons que maître Narsus, notre stratège, est du genre à tout prévoir…

Ils se fixèrent alors qu'ils dégainaient leurs armes et…

Pendant ce temps, alors que l'armée de Gujarât chargeait les convois de ravitaillements, ceux-ci dévoilèrent les archers, menés par Faranghis et Clara, qui décimèrent les cavaliers ennemis. Le seigneur Gôvin s'exclama : « Ce ne sont pas les troupes de ravitaillements !

C'est un piège, il a… voulut parler le commandant Sindorien avant de mourir.

Dieu tout puissant ! Tarâ ! »

Il remarqua alors le prince Arslan donner ses ordres et s'exclama : « Le prince héritier du Parse ? Sale petit morveux ! Je vais te tuer ! »

Clara, qui décochait ses flèches lança à Daryûn : « Daryûn ! Le prince !

Votre Altesse ! Attention ! »

Il lança sa lance si vite, qu'elle frôla le prince avant d'empaler le seigneur de Gujarât. Suite à sa mort, ses troupes se replièrent dans la nuit noire. Daryûn rejoignit le prince et déclara : « C'est terminé, Altesse. »

Pendant ce temps, Ghib avait réussi à maîtriser Jaswant, et ils investirent la forteresse sindorienne. Au petit matin, ils amenèrent le traître devant le prince Arslan. Ce dernier demanda : « Dis-moi, Jaswant, tu voulais me trahir depuis le début ?

Trahir ? Ce mot n'est pas le bon ! Je suis Sindorien ! J'ai suivi les ordres que m'a donnés monseigneur le Premier Ministre ! je n'ai donc fait que remplir mon devoir !

Pour le compte de Son Altesse Gahdevî ?

Non, je sers Monseigneur Mahendra, le Premier Ministre de Sindôra qui est pour moi comme un père !

Altesse, intervint Ghib, Vous n'avez pas à l'écouter plus longtemps ! Il ne mérite même pas d'être devant vous…

Patience, Ghib, je veux écouter ce qu'il a à dire. Jaswant, que veux-tu dire quand tu dis qu'il est comme un père ?

Il m'a élevé, je suis orphelin de naissance. Je n'ai jamais connu mes parents. Monseigneur Mahendra m'a pris et s'est occupé de moi, il a toujours été bon et juste… je donnerais ma vie pour lui…

Ne pas connaître ses parents est une chose difficile…

Tch… dépêchez-vous de prendre ma vie, je suis prêt !

Enfin, des paroles sensées ! se réjouit Ghib en s'approchant, épée à la main.

Non, Ghib, attends. Ordonna Arslan en regardant Jaswant, J'ai changé d'avis. Libère-le, s'il te plaît.

J'étais sûr que vous diriez cela… soupira le ménestrel, Conformément à vos ordres, je retire mon épée. J'espère seulement qu'un jour, vous ne regretterez pas votre geste… »

Il trancha les liens de Jaswant, qui malgré sa surprise, remercia d'un signe de tête le prince avant de s'enfuir en courant. Narsus lança : « Pour être honnête, je pense que vous êtes bien naïf…mais ça ira… quelque soient les problèmes qu'il pourrait nous causer à l'avenir, je crois que nous serons capables de les surmonter.

C'est gentil, merci… soupira Arslan en fermant les yeux. »

Plus tard, dans la soirée, Alfrîd et Elam se disputait encore pour savoir qui préparerait le repas de Narsus et elle lui demanda son avis : « Je me trompe Narsus ?

Maître, choisissez s'il vous plaît… demanda Elam.

Oh euh… eh bien je vais manger ce que vous m'aurez préparé tous les deux ! s'exclama agacé le stratège, Est-ce que ça vous ira comme ça ?

Oui, parfait, je vais tout de suite…

Préparer le repas ! s'exclama Alfrîd en partant en courant vers les cuisines, suivie par Elam qui pestait. »

Désespéré, Narsus se passa la main sur le visage et reprit sa route, jusqu'à croiser Daryûn au détour d'un des couloirs. Ce dernier était nonchalamment appuyé contre le mur, un sourire amusé flottant sur ses lèvres et il ricana alors que Narsus soupirait : « Tu as tout entendu ?

Tout. C'était plutôt intéressant… bah, ne te fixe pas comme ça…

Pff… qu'est-ce que tu veux faire ? Elam se comporte parfois encore comme un enfant !

Peut-être, mais c'est un bon garçon. Et un jour, quand Arslan sera roi, il l'épaulera. Et tu veux que je te dise ? Le Parse aura de la chance de les avoir tous les deux à la barre.

Je suis d'accord. J'espère seulement que cela arrivera bien avant la prochaine décade ! »

Ils se sourirent avant de reprendre leur route, côte à côte. Narsus lança alors d'un ton plus sérieux : « Son Altesse n'est probablement pas le fils d'Andragoras, Daryûn, le sang royal du Parse ne coule pas dans ses veines…

Je le sais bien, répliqua le chevalier noir, Son Altesse a dû le remarquer aussi…

Mais pour moi, pour le bien du royaume du Parse, il est celui qui doit devenir roi.

Je pense la même chose. Acquiesça Daryûn. Au fait, tu vas vraiment manger ce qu'ils vont te préparer, tous les deux ?

Oui, bien sûr, sinon ils vont encore se chamailler pour des broutilles !

Hin hin… le grand Narsus, acculé et ridiculisé par deux enfants… c'est vraiment tordant ! ricana Daryûn, puis, il éclata franchement de rire.

Oh ça va, hein ! Et si on parlait de toi et Clara hein ?

Comment ça ? Il n'y a rien à dire…

C'est ça ! Tu crois que je n'ai pas remarqué ton comportement protecteur à chaque fois que Rajendra s'approche d'elle ou quand elle prend des risques ?

Mais c'est tout à fait normal ! c'est une de nos compagnons !

Oui, mais je la soupçonne de ne pas seulement être un compagnon à tes yeux…

Où veux-tu en venir Narsus ?

Nulle part, voyons, après tout, je peux me tromper…

Tch… espèce de serpent sournois…

Oh ! Daryûn ! Ne m'appelle pas comme ça ! c'est insultant !

C'est pourtant ce que tu es ! »

Le lendemain, lorsque Clara rejoignit les autres dans le salon, elle vit Elam arriver en courant et Arslan lui demander : « A-t-on des nouvelles ?

Oui… ces éléphants de combat sont en mouvement. Ils ont quitté Uraiyur.

Ils bougent. On doit agir ! lança Daryûn.

Un instant… tu veux parler de la fameuse troupe d'éléphants de combat que même le roi Andragoras n'avait pas voulu affronter ? demanda Narsus.

Il y a aussi… commença Elam, hésitant…

Vas-y, parle… l'encouragea Arslan.

L'armée de Rajendra s'est positionnée à l'arrière de celle de Gahdevî pour les prendre à revers.

Je dois avouer que d'un point de vue stratégique, lâcha Narsus en se levant, c'est la décision la plus illogique et absurde qu'ils aient pu prendre. »

Après avoir expliqué les failles du plan de Rajendra, Clara se rendit sur les remparts, désireuse de trouver un endroit calme où réfléchir. Une fois là-bas, elle s'assit, les jambes pendantes dans le vide et le vent fouettant ses cheveux sur le côté. Elle regarda le ciel bleu constellé de nuages blancs et elle sourit tristement, alors que des bruits de pas parvenaient à ses oreilles. Elle ne se retourna pas, reconnaissant le pas du Prince Arslan et celui de Daryûn, et lorsqu'ils la remarquèrent, elle lança : « C'est une belle journée, n'est-ce pas ?

Clara ? Euh… oui, en effet… bafouilla le prince.

Que faîtes-vous ici ? demanda Daryûn.

Réfléchir… et il me fallait du calme… »

Le prince proposa de la laisser mais elle refusa, puis, ils s'assirent également sur les remparts, observant le paysage étranger. Soudain, le jeune Arslan s'exclama : « Daryûn ! Clara ! Regardez ce nuage ! Vous ne trouvez pas qu'il ressemble à un gâteau ? »

Amusé, Daryûn acquiesça, tandis que Clara avait vivement tourné la tête vers le prince, les yeux écarquillés et embués de larmes. Quand il le remarqua, Arslan demanda : « Clara ? Est-ce que tout va bien ?

O-oui… c'est juste… juste de vieux souvenirs qui remontent à la surface… lâcha-t-elle en souriant, Vous m'avez rappelé quelqu'un qui m'était très cher, c'est tout…

Vraiment ? demanda le prince, Vous voulez en parler ? »

Elle hésita longuement et alors que le prince allait abandonner, elle lâcha : « Mon frère adorait regarder les nuages et essayer de leur trouver des formes… quand nous avions quatre ans, il avait réussi à me faire croire que les nuages étaient comme des gâteaux à la vanille, et j'avais passé la journée à essayer d'attraper un nuage…

Vous aviez un frère ? s'étonna Daryûn.

Oui… mon frère jumeau, Léo… »

Ils remarquèrent alors son visage triste et Arslan demanda : « Comment était-il ?

Oh, il vous ressemblait beaucoup, il était curieux, innocent, et un peu… euh… casse-cou ? Nous étions toujours ensemble, mais nous ne nous ressemblions pas du tout… il avait des cheveux blonds, presque blancs, et des yeux noisettes… il adorait se battre avec ses amis, au grand malheur de nos parents, d'ailleurs…

Et… que lui est-il arrivé ? demanda prudemment Arslan. »

Elle se leva brusquement, et s'appuya sur ses coudes contre les remparts avant de lâcher d'une voix serrée : « Il est mort. Les Lusitaniens l'ont brûlé vif. »

Un silence tomba alors que le prince regrettait d'avoir posé la question et que Daryûn se sentait mal de la voir aussi faible émotionnellement parlant.

Elle sentit ses yeux piquer, puis se laissa glisser au sol, les yeux perdus dans le vide et elle soupira : « Et je n'étais pas là… je n'ai pas pu sauver mon frère… »

Ses épaules se mirent à trembler et elle posa sa main contre son visage, des larmes dévalant des joues. Arslan se leva précipitamment, et fit un pas vers elle. Il posa sa main sur son épaule et lâcha : « Je suis désolé d'avoir posé la question… mais si je puis me permettre, vous n'étiez qu'une enfant… vous n'auriez rien pu faire…

Je le sais bien… pleura Clara, Mais… si seulement j'avais été là… peut-être que… que Léo serait vivant aujourd'hui… »

Arslan la prit dans ses bras, alors que Daryûn était debout, hésitant. Le prince lui fit signe de venir et il enlaça prudemment la jeune femme, qui redoubla de sanglots, alors que ses émotions sortaient enfin. Il sentit son cœur se serrer en voyant son visage tordu par la tristesse et le deuil et il resserra son étreinte en caressant doucement ses cheveux, ce qui la calma légèrement. Puis, une fois entièrement calmée, elle renifla et s'excusa : « Pardonnez-moi, je n'aurais pas dû…

Ce n'est rien, Clara ! la rassura le prince, Ca fait du bien de pleurer, parfois…

C'est ce que l'on dit… grommela la jeune femme avant de se tourner vers Daryûn, Désolée de m'être servi de vous comme mouchoir ou peluche, messire Daryûn…

Euh… ne vous en faîtes pas, Narsus a fait bien pire une fois…

Vraiment ? Qu'a-t-il fait ? s'enquirent les deux omégas.

Euh… je ne sais pas si je devrais vous le dire…

Oh, vous savez, il n'en saura rien ! le rassura Clara.

Bon… et bien une fois, nous sommes allés dans une taverne et il a un peu trop bu… il s'est mis à avoir des hallucinations et m'a pris pour un inconnu. Il m'a menacé de me tuer si je ne le laissai pas tranquille, puis il m'a vomi dessus. »

Arslan éclata de rire, tandis que Clara en pleurait, tellement elle imaginait leur tête, surtout celle de Daryûn ! Ils redescendirent des remparts, pour se diriger vers l'armée ennemie qui les attendait et Clara en perdit légèrement le sourire…

Du côté du prince Rajendra, ce dernier était en mauvaise posture face aux éléphants de combat ennemis et il demanda : « Si seulement nous avions avec nous la cavalerie Parse… pourquoi ne sont-ils pas encore arrivés ?

Prince ! cria un cavalier de Sindôra, J'ai des informations : seigneur, l'armée Parse a été prise au piège et complètement encerclée dans la forteresse de Gujarât !

Oh non ! s'exclama le prince, horrifié. Ce qui veut dire que l'armée Parse ne viendra pas nous prêter main-forte !

Hélas, non…

Seigneur Rajendra…

Seigneur ! Il ne reste plus rien de notre cavalerie !

Une bonne partie de nos troupes a été anéantie ! On ne peut plus rien faire !

… je ne peux pas laisser mourir tous ces hommes qui ont fait le choix de me suivre… déclara Rajendra, je dois mettre fin à ce massacre. »

Soudain, le bruit d'une trompette inconnue perça l'air et Rajendra sursauta en tournant sa tête vers sa droite. Les soldats s'écrièrent : « Regardez ! C'est l'armée Parse !

C'est le seigneur Arslan ! constata le prince. »

Soudain, une troupe entière de cavaliers, menés par Daryûn, foncèrent à bride abattue vers le champ de bataille, dans un tonnerre de cris. Ils enfoncèrent les lignes ennemies puis continuèrent de galoper jusqu'à se retrouver face aux éléphants.

Pendant ce temps, Rajendra avec rejoint le prince Parse et s'était écrié : « Messire Arslan ! Je ne comprends pas… on m'avait dit que vous aviez été pris au piège à Gujarât ! Comment avez-vous fait ?

Nous avons volé jusqu'à vous ! sourit le prince.

Disons qu'au moment où nous parlons, les soldats qui ont pénétrés dans la forteresse, doivent certainement être en colère : en réalité, ils ont fait le siège d'une forteresse totalement vide ! Rien de tel pour diviser les forces de l'adversaire…

Ah ! Ca ne m'étonne pas de votre part Narsus ! rit le prince Rajendra, Votre réputation de stratège n'est pas usurpée !

Je vous remercie pour ce compliment, mais c'est maintenant le moment décisif de cette bataille. Nous avons un gros problème avec ses éléphants de combat…

Oui, en effet… acquiesça Rajendra.

Ne vous inquiétez pas pour ça, le rassura Arslan, De notre côté, nous avons notre cavalerie. Elle est rapide, mobile, stratégiquement parlant, c'est à notre avantage. »

Daryûn observa les éléphants foncer vers eux et s'écria : « On fonce ! », puis alors qu'ils n'étaient qu'à deux cents mètres de leurs adversaires, il ordonna : « Rassemblement ! ». Puis, la cavalerie vira à gauche pour faire demi-tour, poursuivie par les bêtes de combat. Finalement, alors qu'ils se dirigeaient droit vers une petite forêt, les cavaliers se dispersèrent, laissant les éléphants foncer dans leur piège.

En effet, pour supporter les températures hivernales, les éléphants avaient été drogués ! Alors, tenter de les arrêter ne servit à rien et ils se précipitèrent vers des sortes d'arbalètes géantes où se trouvaient Clara et Elam. Les éléphants se firent transpercer par les lances qui avaient été converties en projectiles.

Et alors que tous les éléphants étaient à terre, celui du prince Gahdevî eut le temps de s'arrêter, mais devant lui se tenait Daryûn. Le conducteur de l'animal s'exclama : « Seigneur Gahdevî ! Regardez devant ! C'est le cavalier noir !

Protégez Son Altesse ! hurlèrent ses soldats avant de se ruer vers l'homme solitaire. »

Il les massacra tous et Gahdevî se saisit d'une lance en criant : « Qu'il approche ! Moi aussi je sais me servir d'une lance ! Je vais lui faire payer ce que son armée a fait à mes éléphants ! Ecrase-les lui et son cheval ! »

Il tenta de le faire, mais Daryûn esquiva la bête avant de sauter sur son dos et de se dresser face au premier prince de Sindôra. Le cavalier noir le désarma et déclara : « Prépare-toi à mourir.

Je ne te laisserai pas faire ! c=rugit Jaswant en surgissant avec son cheval. »

Il saisit le prince qui voulut se débattre : « Mais qu'est-ce que tu fais ?

Montez, si vous tenez à la vie ! »

Ils s'enfuirent et alors que Faranghis allait leur tirer dans le dos, Arslan l'arrêta, arrivant au galop : « Attends ! Ne tire pas je te prie…

Monseigneur, je remarque que c'est la seconde fois que vous sauvez la vie de cet homme, j'espère qu'il en est conscient… et qu'il vous en sera reconnaissant, ce serait la moindre des choses. »

La bataille étant finis, les deux armées alliées montèrent leur camp et à la tombée de la nuit, le prince Rajendra alla parler au prince Arslan et à ses compagnons. Ce dernier répéta ce qu'il venait d'entendre : « Un duel devant les dieux ? je peux savoir en quoi ça consiste ?

Il s'agit d'une méthode de jugement typique de Sindôra. C'est un duel où le vainqueur voit sa cause reconnue comme la plus juste des deux et sera validée par les dieux. Expliqua Faranghis.

Oui, c'est tout à fait ça… confirma Rajendra.

J'ai comme l'impression que le roi de Sindôra a fui ses responsabilités en refusant de choisir entre ses deux fils… accusa Ghib, Et en remettant la décision entre les mains des dieux… efin, c'est ce que je pense…

D'accord avec toi… déclara le prince Arslan, le fait de décider que seul le vainqueur a raison n'a rien de logique.

C'est vrai, mais cela a également de certains avantages, si on prend le temps d'y réfléchir… déclara Narsus, Comme par exemple le fait que seul deux vies sont en danger, au lieu de plusieurs milliers d'hommes.

Tu as raison, je n'avais pas vu les choses sous cet angle… acquiesça le prince.

Mais, intervint Rajendra, Durant ce duel, le seigneur peut choisir un champion, et c'est pour ça que je viens vous demander votre aide. Seigneur Daryûn. Approchez. Je veux que vous soyez mon champion et que vous combattiez pour moi. »

Daryûn écarquilla les yeux tandis que Clara s'exclamait : « Quoi ? Mais… attendez une minute, ce ne devrait pas plutôt être un Sindorien qui représenterait son prince ?

Il n'y a aucune règle à ce sujet, belle Clara… déclara Rajendra en lui souriant, Après, si vous avez peur de perdre, messire Daryûn…

Ce n'est pas ça. Je suis sous les ordres du seigneur Arslan alors je ne me vois pas vous donner de réponses tant que Son Altesse ne m'en aura pas donné l'ordre. N'y voyez surtout pas un manque de respect de ma part ! »

Rajendra s'agenouilla alors devant Arslan et l'implora. Ce dernier, gêné, déclara : « Très bien. Vous avez mon accord : si ce duel permet de mettre fin à cette guerre, Daryûn vous représentera. Daryûn ? Est-ce que je peux compter sur toi ?

Oui. Et ne vous inquiétez pas pour moi. Ordonnez et je m'exécuterai. »

Un peu plus tard, alors qu'ils étaient dans leur tentes, Narsus déclara avec un sourire : « Un duel devant les dieux, c'est une sacrée responsabilité !

Je ne pense pas que l'armée de Gahdevî compte dans ses rangs un guerrier aussi fort et expérimenté que moi.

Je sais que tu es l'homme de la situation. Mais fais attention. Gahdevî n'hésitera pas à avoir recours aux pires stratagèmes pour gagner… restons sur nos gardes.

Ce duel est un peu comme un amuse-gueule avant le plat de résistance… commenta Daryûn.

Effectivement, mais nous n'avons pas le choix, nous sommes obligés d'en passer par là… une fois que ce duel sera gagné, la réputation du seigneur Arslan s'en trouvera grandie et cela nous sera favorable pour la suite des évènements, comme par exemple le soulèvement de Peshawar, nous pourrons certainement leur venir en aide.

Effectivement, vu comme ça, j'ai encore moins le droit de perdre ! »