Alpha et Oméga

Peu de temps avant le début du duel, alors que Daryûn se préparait, il réfléchissait. Au prince. A l'avenir du Parse. A Clara… il secoua la tête, tirant ses cheveux en arrière pour les attacher en queue de cheval, puis tendit sa main vers l'endroit où était son casque à peine quelques instants plus tôt : il n'était plus là, maintenant.

Il se retourna en entendant quelqu'un se racler la gorge et croisa le regard franc de Clara. Cette dernière lui tendait son casque avec un faible sourire…

Il le saisit en inclinant la tête pour la saluer et elle lâcha : « Messire Daryûn… soyez prudent tout à l'heure.

Ne vous en faîtes pas, je ne perdrai pas. »

Elle détourna le regard avant de souffler : « Je l'espère vraiment… parce que je doute que le prince accepte votre mort si facilement. »

Daryûn se demanda un instant, si elle, elle l'accepterait, mais il ne le dit pas à voix haute, et répondit d'une voix rassurante : « Je vais gagner ce combat, et revenir aux côtés du prince Arslan sain et sauf. Je vous le…

Non. Ne faites pas de promesses, s'il vous plaît… »

Il hocha la tête et s'apprêtait à y aller, lorsqu'elle saisit son poignet, hésitante. Il baissa les yeux vers elle, surpris et elle lui tendit un bracelet de cuir noir tressé. Il fronça les sourcils et elle s'expliqua : « Chez moi, on donnait un bracelet tressé aux soldats qui allaient combattre au front pour qu'ils reviennent. C'est un porte-bonheur… j'apprécierais que…

Merci… »

Daryûn mit le bracelet, qui était à sa taille et sans pouvoir se retenir, caressa la joue douce de Clara, qui rougit furieusement. Il lui sourit, et déclara : « Ne vous inquiétez pas pour moi, Clara, je ne laisserai personne me vaincre. Je ne mourrai pas. »

Il vit ses yeux bleus s'embuer et il entendit les tambours qui résonnaient depuis l'arène. Clara baissa la tête, puis sourit, un peu rassurée : « Tu as intérêt, ou sinon, tu vas m'entendre te traiter de tous les noms d'oiseaux que je connais, Daryûn !

Je préfèrerais éviter, en effet ! ricana le chevalier, Vous devriez aller rejoindre le prince…

Bonne chance, Daryûn… »

Elle s'en alla, tel un courant d'air et disparut du champ de vision du guerrier, qui toucha le bracelet du bout des doigts en souriant. Puis, il reprit son sérieux et se jura de ne pas mourir.

Pendant ce temps, alors que Clara venait de rejoindre les autres, Alfrîd s'écria : « Regarde ! On dirait que c'est une fête !

Oui, mais ils n'ont pas l'air de s'amuser… déclara Elam.

Oui, c'est ce que je vois !

Et n'oublie que des vies sont en jeu… rajouta Clara, légèrement pâle. »

Soudain, le prince arriva, vêtu d'une tenue blanche et violette, et Rajendra s'exclama : « Ah justement ! Je vous attendais prince Arslan !

Je suis content de pouvoir assister à votre couronnement, sachez que c'est un véritable honneur pour moi.

Je vous remercie pour toute votre aide ! Voici mon père, Kalikala ! »

Arslan inclina la tête vers le vieux roi qui lui rendit son salut, et des serviteurs allumèrent des braseros tout autour de l'arène. Le jeune prince s'avança, anxieux, et Narsus déclara : « Votre Altesse, ce soir, c'est votre réputation qui va être mise à l'épreuve. Rien ne vous y oblige. »

Arslan serra les dents ainsi que les poings et répondit d'un ton ferme : « J'en suis bien conscient… »

Narsus le regarda, légèrement surpris devant le sérieux du prince, puis il sourit doucement, tandis que Ghib demandait à Faranghis qui regardait les princes de Sindôra : « Un problème ?

Non, non… je me demandais juste à quel combattant les dieux allaient-ils accorder leur préférence… allez, maintenant place au spectacle. »

Soudain, des pas retentirent et Daryûn apparut, son épée nue à la main, sa cape flottant derrière lui, son casque ne dévoilant que ses yeux ambrés et le bas de son visage : il était intimidant.

Mais, alors qu'il faisait son entrée, son adversaire arriva et Clara écarquilla les yeux : cette chose n'était pas un homme ! Faisant plus de deux mètres, des muscles saillants et disproportionnés ainsi qu'un visage à faire peur, le champion de Gahdevî s'avança, beuglant si fort que tous durent se couvrir les oreilles. Sauf Daryûn, qui resta impassible. L'homme bestiale s'avança, saisit son arme, une hache, et constata : « Alors tu es un guerrier Parse ? J'espère que tu résisteras quelques minutes… parce que si tu meurs tout de suite, je n'aurais pas eu le temps de m'amuser ! »

Les deux combattants se rendirent au rythme des tambours vers le centre de l'arène et le prince Arslan eut une exclamation de surprise. Alfrîd s'exclama : « C'est quoi cette chose ?! ». Le prince se tourna alors vers Rajendra : « Seigneur Rajendra, qui est cet homme qu'on appelle Bahadûr ?

Euh… il ne faut surtout pas vous inquiéter ! Face à Daryûn, il ne fera pas le poids ! sourit fragilement le prince, qui quelques secondes auparavant, semblait effrayé.

Altesse ! s'exclama Elam en voyant la détresse de ce dernier, Messire Daryûn ne peut pas perdre, il est trop fort ! C'est certainement le plus grand guerrier de tout les temps ! »

Arslan sourit face à la tentative d'Elam, puis le gong marqua le début du combat. Clara s'assit à côté du prince, tendue, et la voix du Premier Ministre retentit : « Votre attention ! Ce duel devant les dieux aura pour enjeux le titre de prochain roi de Sindôra ! Cette épreuve sera déterminante et nul ne pourra revenir sur le résultat ! Par conséquent, aucun des deux clans ne devra émettre la moindre objection !... VOUS POUVEZ COMMENCER ! »

Daryûn se mit immédiatement en garde alors que Bahadûr fonçait sur lui, faisant trembler le sol et bloqua la hache avec son bouclier… mais la force de son adversaire était si grande, que les pieds du cavalier noir glissèrent sur le sol, et il recula de plusieurs mètres. Ce dernier roula derrière le Sindorien, et voulut parer le deuxième coup de son ennemi, qui d'un geste de hache, arracha le bouclier de la main de Daryûn, sous le regard effrayé d'Arslan, et celui angoissé de Clara. Soudain, se retrouvant sans bouclier, le chevalier noir esquiva avec agilité toutes les frappes du Sindorien, jusqu'à lui ouvrir la poitrine, faisant jaillir le sang… Bahadûr s'agenouilla, puis éclata de rire en fixant Daryûn, qui était surpris qu'il soit encore en vie.

Arslan s'exclama : « La blessure n'est pas assez profonde ! »

Bahadûr repartit à l'attaque forçant Daryûn à se concentrer sur sa défense, l'acculant de plus en plus.

Sans se préoccuper des apparences, Clara serra fermement les accoudoirs de son siège, ses articulations apparaissant tellement elle était crispée. Ghib commenta : « Entre nous, ce n'est pas un être humain, c'est un monstre !

Oui, j'ai déjà vu des guerriers devenir ainsi, mais celui-ci est le pire de tous ! Daryûn est capable de battre n'importe quel humain… mais là, je commence à me demander si au final il gagnera… répondit Faranghis. »

Cette dernière remarqua la respiration erratique du prince et posa une main sur son épaule, en signe de soutien. Arslan reprit alors sa concentration et fixa de nouveau le combat. Daryûn était en mauvaise posture, son épée était à l'horizontale au-dessus de sa tête et la hache de Bahadûr ne cessait de s'y cogner… une fissure apparut alors sur la lame, et ne cessa de croître jusqu'à ce que la lame ne se brise, sous le regard stupéfait de Daryûn qui sauta en arrière. Clara et Arslan se levèrent en même temps, blêmes, les yeux écarquillés, tandis que le casque du cavalier s'enlevait de la tête de ce dernier, suite à un violent coup.

Arslan cria : « Daryûn ! » alors que ce dernier se redressait, la moitié de son visage blessé, et Clara plaqua une main devant sa bouche, alors qu'Alfrîd posait sa main sur son épaule, tout comme Ghib. Gahdevî s'exclama alors d'un ton triomphant : « Allez ! Finis-en avec lui ! Bahadûr, découpe-le en morceaux et fait lui regretter d'être venu nous narguer jusque dans notre pays ! Règle lui son compte une bonne fois pour toutes ! »

Rajendra jeta un regard crispé à son demi-frère puis se retourna vers les combattants.

La vision de Daryûn lui semblait légèrement floue, alors que son adversaire ricanait, et le cri de Son Altesse avait été comme un coup de fouet, lui rappelant qu'il ne devait pas perdre. Son regard fut alors attiré par le bracelet qui entourait son bracelet et il reprit sa respiration.

Pendant ce temps, les spectateurs de la loge royale avait un air attentif et Elam se tourna vers Narsus, qui semblait impassible, bien que le jeune homme pu voir la lueur de peur dans son regard et il lâcha inquiet : « Seigneur Daryûn… »

Le cavalier noir ne cessait d'esquiver les attaques puissantes de Bahadûr mais finit par se prendre le manche de la hache contre ses côtes et il s'agenouilla, le regard écarquillé, de la sueur coulant le long de son visage, alors qu'il semblait s'épuiser de plus en plus. Il se décala au dernier moment pour éviter la hache et bondit vers le dos du Sindorien, lui plantant ce qu'il lui restait de son épée dans l'épaule, mais cela ne suffisait toujours pas.

Arslan sourit, soulagé, et Alfrîd s'exclama : « Il l'a eu !

Non… souffla Clara, le regard fixé sur eux, Non, ce n'est pas fini…

Quoi ? s'inquiéta Ghib, Mais il l'a touché à l'épaule !

Oui, mais je crois que cet homme, si c'en est un, est insensible à la douleur… »

Et en effet, alors que Daryûn était toujours dans son dos, Bahadûr le balaya d'un coup de pied si puissant qu'il glissa jusqu'au bord de l'arène, son équilibre précaire… sa cape s'enflamma alors que les flammes la léchaient, et il se pencha en avant pour éviter de tomber.

Clara se mit à trembler légèrement, tout comme Arslan qui hurla : « DARYUN ! »

Gahdevî sourit et s'exclama : « Bravo Bahadûr ! Continue comme ça, c'est très bien ! Vas-y ! Envoie-moi ce sale chien de Parse six pieds sous terre ! »

Rajendra descendit de son trône, fortement angoissé et déclara : « J'avais entendu parler de cet homme, il est spécial… il est comme le requin et ne ressent pas la douleur.

C'est impossible, lança Faranghis, Comment un tel peut-il exister ? »

Clara se tourna vers eux, le regard sombre, et Arslan agrippa les épaules de Rajendra en s'écriant : « Si vous le saviez, alors pourquoi avoir choisi Daryûn pour ce duel devant les dieux ?! Comment avez-vous osé faire ça ?

Messire Arslan, je vous en prie !

Si jamais il arrive quoi que ce soit à Daryûn, je jure devant les dieux de Parse que je prendrais votre tête ainsi que celle de ce monstre, ensuite je les exposerais aux portes de cette maudite forteresse ! gronda le prince. »

Clara posa sa main sur son épaule et souffla : « Altesse…

Hôte de Parse, je vous demande de vous calmer ! lança faiblement Kalikala, Laissez-moi vous rappeler que vous avez choisi votre champion en premier. C'est seulement après que Gahdevî a choisi Bahadûr. Daryûn avait la réputation d'être un guerrier invincible. Gahdevî n'avait alors pas d'autres solutions que de libérer Bahadûr de prison, il lui fallait quelqu'un à la hauteur… Si votre champion est aussi craint par ses ennemis, c'est qu'il y a une raison. A mon avis, vous devriez lui faire confiance. »

Arslan baissa la tête et Rajendra posa sa main sur son épaule, faisant se crisper l'ensemble de ses compagnons, mais Gahdevî lança : « Rajendra ! Etonnant qu'un prince héritier de Parse puisse perdre son sang-froid ! Quelle humiliation… cela me fait de la peine de le voir se comporter de la sorte ! Quel spectacle indigne de son rang le seigneur Arslan est en train d'offrir à ses soldats ! »

Clara plissa les yeux en foudroyant du regard celui qui insultait son prince mais le père de ce dernier le remit à sa place : « Je t'assure que si tu avais eu ne serait-ce que la moitié de la considération qu'a le prince Arslan pour ses hommes, je t'aurais déjà nommé prince héritier depuis plusieurs années, malheureusement, ce n'est pas vraiment le cas… observe comment il leur parle mais aussi comment ils obéissent à ses ordres.

Effectivement, père, j'ai pu m'en rendre compte ! sourit faussement le prince.

Hum… j'espère que cela te servira enfin de leçon.

BAHADÛR ! A TOI DE JOUER ! FINISSONS-EN MAINTENANT ! »

Armé de ses seules poings, Daryûn grimaça alors la bête inhumaine fonçait vers lui, en criant. Ghib s'exclama, stupéfait : « J'ai jamais vu un guerrier aussi fort !

Allez seigneur Daryûn ! s'exclama Elam, alors que Narsus se levait.

La fin du combat ne devrait pas tarder… déclara-t-il au prince et à Clara qui fixaient intensément le combat. »

Finalement, le cavalier noir fut acculé, dos aux flammes, et face à son adversaire. Ce dernier s'apprêtait à frapper lorsque Narsus cria : « MAINTENANT ! » au même moment que Daryûn jetait à la figure de Bahadûr sa cape dévorée par les flammes, l'aveuglant et le faisant hurler. Bahadûr lâcha sa hache en essayant de retirer le tissu enflammé, et tous haletèrent. Gahdevî menaça alors Bahadûr, qui reprit ses esprits, essayant d'attraper Daryûn de ses mains grosses et puissantes : ce dernier l'esquivait souplement, le surveillant de près, puis réussit à attraper l'un des deux bras. Il le coinça et le serra le plus fort qu'il put, et alors que le Sindorien arrachait la cape enflammée de son visage, Daryûn dégaina une petite lame qui se trouvait dans son dos, et gronda : « A nous deux ! »

Il bondit vers la gorge de Bahadûr qu'il transperça de toutes ses forces, alors que Clara sentait ses jambes trembler. Le Sindorien s'effondra lentement aux pieds de Daryûn qui recula par prudence, et Gahdevî souffla : « Il lui restait encore sa dague !

Il a fait croire à son adversaire que sa grande épée était sa seule arme, ensuite il a attendu qu'il baisse sa garde pour en profiter… on peut dire que stratégiquement parlant, c'est bien joué ! déclara Narsus. »

Le roi Kalikala se leva et cria : « Le duel est terminé ! Daryûn a été déclaré vainqueur ! C'est le choix des dieux ! L'héritier du trône est Rajendra ! »

Daryûn se tourna alors vers la loge de Son Altesse et vit le regard effrayé de ce dernier ainsi que celui angoissé de Clara : il sourit en s'inclinant devant eux, alors qu'ils retenaient leur respiration. Arslan se laissa tomber à genoux et Narsus s'exclama : « Altesse !

Ne vous inquiétez pas, ça va aller… »

Clara respira un grand coup avant de se laisser tomber sur sa chaise, le cœur battant la chamade, puis, lorsque Gahdevî protesta vivement, elle se releva aussi vite et posa sa main sur le manche de sa dague : « JE NE SUIS PAS D'ACCORD ! »

Le bruit de son fauteuil tombant par terre avec un grand fracas fit se retourner tout le monde et Gahdevî hurla : « JE NE L'ACCEPTE PAS ! UN JUGEMENT AUSSI INJUSTE, PERSONNE NE PEUT L'ACCEPTER !

Gahdevî, il suffit ! l'interrompit Rajendra, Comment oses-tu remettre en question le jugement des dieux ?

Rahh ! Tu es toujours aussi naïf mon frère ! Hautement, ce n'est qu'une supercherie ! »

Il dégaina son sabre et menaça de son père, pour l'obliger à lui donner le trône sur-le-champ. Clara dégaina sa dague d'un geste vif, et soupira : « Et voilà… pourquoi les choses ne peuvent-elles pas être simples parfois ? »

Un conflit violent éclata alors et Clara saisit le bras d'un soldat de Gahdevî qui allait tenter de tuer le prince, et le tordit violemment avant de l'assommer. Ils sortirent rapidement de la loge et Narsus déclara : « Suivez-moi Votre Altesse, maintenant, ce n'est plus notre affaire. Nous devons partir au plus vite et ne plus nous en mêler. »

Soudain, des soldats arrivèrent en criant et Narsus se retourna, stupéfait pour bloquer un coup, tandis que plusieurs Sindoriens les attaquaient. Le stratège qui se battait lança par-dessus son épaule : « Ghib ! Faranghis ! Clara ! Allez-y !

Vite Votre Altesse ! Suivez-moi ! s'écria la prêtresse.

Je vous avais prévenu ! lança Ghib en fermant la marche. »

Ils durent cependant se battre lorsque la fuite leur fit impossible et un soldat Sindorien pointa sa lance vers le prince sans défense alors que tous se retournaient, horrifiés.

Clara voulut pousser le prince hors de la trajectoire de l'arme, mais quelqu'un fut plus rapide qu'elle, saisissant l'épaule d'Arslan et passant devant lui pour égorger le soldat. Jaswant… Il saisit le poignet du prince et celui de la jeune oméga et lança : « Suivez-moi ! »

Arslan s'exclama surpris : « Mais Jaswant… qu'est-ce que tu fais ?

Ca ne concerne que les gens de Sindôra. Manquer de respect à un prince étranger qu'on invite le jour du duel devant les dieux n'est vraiment pas digne de notre pays !

Tu as l'intention de m'aider ? »

Il ne répondit pas et Clara lança : « Nous ne pouvons plus rester sans rien faire ! Nous devons arrêter ce massacre !

Tu as raison, Clara… mais comment ? acquiesça le prince. »

Ils finirent par revenir à leur point de départ, la loge, et Jaswant fut horrifié de voir le Premier Ministre Mahendra allongé par terre, le torse barré d'une immense zébrure ensanglantée. Il s'agenouilla à côté de lui, alors que les soldats se rendaient compte de ce que venaient de faire le prince Gahdevî. Daryûn profita de la confusion pour frapper sa lance contre le sol, et de rugir : « Déposez vos armes ! Aux dernières nouvelles, ce duel devant les dieux n'était-il pas sensé déterminer l'avenir de votre pays ? Si cela vous pose un problème, alors venez m'affronter ici et maintenant ! »

Personne ne s'y risqua et un à un, tous déposèrent leurs armes, sous le regard furieux de Gahdevî. Rajendra leva alors son sabre en clamant : « Le prince Gahdevî est un traître ! Il s'est opposé à la décision des dieux mais aussi aux ordres de son souverain ! A partir de maintenant, ceux qui décideront de le suivre seront eux aussi considérés comme des traîtres !

Mais… bafouilla ce dernier, Qu'est-ce que vous avez tous ? Pourquoi est-ce que vous ne m'écoutez pas ? Massacrez-les !

Gardes, arrêtez-le. »

Alors qu'ils saisissaient le prince déchu, Mahendra rendait son dernier soupir et Jaswant hurla de douleur, sous les regards compatissants d'Arslan et de ses compagnons…

Ils se retirèrent alors, laissant le pauvre homme faire son deuil, et rejoignirent leurs appartements.
Peu de temps après, Daryûn les y rejoignit, épuisé. Arslan s'exclama en le voyant : « Daryûn ! Tu n'es pas blessé ?

Ca ira, ce ne sont que des égratignures, Votre Altesse, sourit faiblement le guerrier, Une bonne nuit de sommeil et tout ira mieux ! »

Clara arriva rapidement, le visage tiré par l'inquiétude et lâcha à moitié furieuse : « Mais oui, que des égratignures ! Tu crois peut-être qu'on va avaler ça ? Cette chose t'a frappé avec une force incroyable ! Ca ne m'étonnerait même pas que tu aies des côtes cassées !

Je vais bien, je vous assure…

Altesse ? demanda Clara, sans le quitter des yeux, Puis-je vous demander la permission de le frapper pour son entêtement de stupide crétin borné ?

Euh… c'est-à-dire que… voyons Clara…

Altesse ?

Bon ben, je vais vous laisser ! s'exclama le prince en reculant vers une autre pièce, Repose-toi bien Daryûn !

Altesse ! s'écria ce dernier, horrifié de le voir l'abandonner. »

La porte se referma et il soupira en se tournant vers Clara qui le fixait, une lueur défiante dans le regard. Elle tapa son doigt contre son torse et lâcha : « Tu vas t'asseoir cette chaise et ne plus bouger le temps que je te soigne ces blessures sur ton visage ! Puis, on verra pour tes côtes monsieur-l'entêté !

Quoi ? Non, ce n'est vraiment pas la peine ! je peux le faire tout seul !

Vraiment ? Pourtant, Narsus est convaincu que si personne ne te force à te soigner, tu ne le feras pas. Alors ?

Narsus t'a envoyé ? gronda alors Daryûn.

Il m'a conseillé de vérifier ton état pour nous assurer que tu ne cachais pas de blessures trop sérieuses.

Je vais le tuer… je vais vraiment finir par le tuer… grommela Daryûn. »

Clara ne fit pas attention à ce commentaire étrange et alla chercher une bassine d'eau chaude, ainsi qu'une serviette qu'elle trempa dedans, pour ensuite, se mettre en face de Daryûn, qui ne respirait plus, la proximité avec la jeune femme étant trop perturbante pour lui, alors qu'elle se penchait vers lui, nettoyant sa blessure sur son visage, sans même se rendre compte qu'il retenait sa respiration, et que ses muscles étaient tendus comme des arcs. Puis, elle se retira, et il inspira enfin alors qu'elle haussait un sourcil : « Tu vois, ce n'était pas si terrible.

Oh, et depuis quand vous me vouvoyez, Clara ? releva-t-il. »

Elle rougit furieusement, et écarquilla les yeux : « Oh je suis désolée ! Je n'avais pas remarqué ! Je vous…

Ne vous en faîtes pas, ça ne me dérange pas ! sourit Daryûn en se levant, Je préfère que vous me tutoyez, ou j'ai l'impression d'être vieux !

Oh euh… d'accord… mais seulement si vous… euh… tu me tutoies aussi !

Très bien. Marché conclu. »

Il s'inclina moqueusement avant d'essayer de la contourner : mal lui en pris. Elle plissa les yeux avant de lancer innocemment : « Tu n'aurais pas oublié un détail, Daryûn ? »

Elle insista fortement sur son prénom et il se retourna, l'air innocent : « Bien sûr que non !

Vraiment ? Donc j'imagine que tu n'as pas mal aux côtes ?

Exactement, je me porte très bien ! »

Elle sourit et s'approcha de lui, alors qu'il ne bougeait plus et elle lança : « dans ce cas, tu ne m'en voudras pas de faire ça ? »

Elle frappa de la paume de sa main les côtes de Daryûn, qui se plia en deux, en haletant. Elle se rembrunit et s'exclama : « Non mais je te jure, Daryûn, que tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement ! Maintenant tiens-toi tranquille et laisse-moi soigner ces foutus côtes ! »

Il se redressa, ses côtes lui faisant atrocement mal, et il ricana légèrement en remarquant : « Surveille-ton langage, voyons, ce n'est pas digne d'une jeune femme…

Oh tais-toi ! »

Il rit doucement avant qu'elle ne le pousse vers le canapé rouge et ne lui demande : « Enlève cette armure et ta chemise, Daryûn, s'il te plaît. »

Il haussa un sourcil et sourit narquoisement, alors que les joues de la jeune oméga devenaient rouge tomate, comme jamais tandis qu'elle s'écriait vivement, horriblement gênée : « Non ! Ce n'est pas ce que je voulais dire ! Pas dans ce sens là ! Je… enfin… tu…

Je ?

Rahh ! Je ne disais pas ça dans ce sens là ! Espèce de pervers !

Désolé, c'était trop tentant… se moqua ouvertement Daryûn, Si tu avais vu ta tête ! »

Elle se pinça l'arête du nez, le visage brûlant et le guerrier la prit en pitié, enlevant son armure et sa chemise, avec une grimace de douleur. Clara alla ensuite chercher un onguent et revint vers lui, s'asseyant à côté de Daryûn, qui s'amusait, en fait. Elle tressaillit en voyant les hématomes qui commençaient à se former, et mit de la crème sur le bout de ses doigts, avant de l'étaler sur les blessures, sans remarquer le léger sursaut de Daryûn, lorsqu'elle toucha sa peau nue avec ses doigts fins. Elle finit ainsi son travail et enroula également un bandage pour maintenir la crème sur les blessures et recula, souriante et fière de son travail… jusqu'à ce qu'elle se rende compte que le preux d'entre les preux était torse nu. Là, son cerveau s'arrêta de fonctionner, alors qu'elle rougissait encore davantage, si c'était possible, inquiétant Daryûn qui s'enquit : « Tout va bien ?

Euh… oui, oui, tu peux remettre ta chemise ! »

Il eut un sourire en coin en enfilant sa chemise noire, il n'avait pas manqué la gêne de Clara, et comptait bien se venger pour ce qu'elle lui avait fait : le forcer à se faire soigner, alors qu'il détestait habituellement que quelqu'un s'occupe de lui. Elle avait la seule avec son oncle à réussir cet exploit…

Il s'étira et sourit : « Merci, je me sens beaucoup mieux ! Au fait…

Oui ? Qu'y-a-t-il ?

Alors comme ça, je suis un pervers ? »

Il s'approcha d'elle, la dominant de sa grande taille, alors qu'elle était à peine plus grande que le prince, et elle recula, jusqu'à être bloquée entre le mur et le corps de Daryûn. Ce dernier lâcha : « Vraiment… tu as si peu confiance en moi, Clara ? »

Elle allait répondre lorsque le visage de Daryûn se mit à disparaître, laissant apparaître celui d'HiImès ! Elle le repoussa vivement et posa une main contre sa gorge, alors que Daryûn la regardait, plus que surpris. Elle le fixait, mais ne semblait pas le reconnaître alors il lança prudemment : « Clara ?

Va-t-en… souffla-t-elle terrorisée, Va-t-en ! »

Il s'approcha d'elle, et sentit sa détresse qui commençait à emplir la pièce, telles des vagues d'émotions pures. Il se crispa, puis la saisit, et alors qu'elle se débattait, il la coinça dans une étreinte ferme, mais chaleureuse, alors qu'il soufflait à son oreille : « Tout va bien… n'aie pas peur Clara, c'est moi… Daryûn… tu es en sécurité… »

Le corps auparavant crispé de la jeune femme se détendit et finit par se laisser aller entre les bras puissants de Daryûn qui la berça doucement, inquiet et préoccupé par ce qui venait de se passer…

Environ deux jours plus tard, le roi de Sindôra Kalikala, mourut dans son lit et légua sa place de souverain à son fils, Rajendra.

Lors de l'enterrement, celui-ci versa des larmes de crocodiles, et cela fut remarqué par les invités du nouveau roi.

Puis, peu de temps plus tard, les geôliers Sindoriens laissèrent Jaswant sortirent de sa prison… et il vit alors devant lui, le jeune prince Arslan et Daryûn, qui semblaient l'attendre. Il lâcha surpris : « Seigneur Arslan ? Ah je comprends… c'est vous qui m'avez fait sortir…

Oui, et j'ai aussi obtenu que tu me sois confié.

Bon très bien. Accepta le Sindorien. Je suppose que je dois vous remercier… »

Le jeune prince lui fit signe de le suivre, et lui demanda alors qu'ils marchaient : « J'aimerais savoir ce que tu comptes faire maintenant.

Bonne question… il est clair qu'après tout ce qui s'est passé avec le seigneur Gahdevî, je n'ai plus ma place dans ce royaume.

… Je suis un peu comme toi… avoua Arslan en souriant doucement, Il est temps pour moi de quitter Sindôra.

Ah bon ? Vraiment ? s'étonna Jaswant.

Il y a peu, j'ai appris que mon père et ma mère, n'était pas mes vrais parents… qui sait, peut-être que je n'ai aucune légitimité… et qu'en réalité je ne suis pas le vrai prince de Parse. Si ça se trouve, je ne fait même pas partie de la noblesse de mon pays. Mais… malgré cela, Narsus et Daryûn m'ont suivi et je ne veux pas les décevoir.
Au fait, est-ce que ça t'intéresserait de nous suivre ?

Quoi ? Vous êtes sérieux ? s'exclama Jaswant.

Si tu veux mon avis, tu trouveras forcément ta place parmi nous, c'est ce que je souhaite en tout cas ! »

Jaswant laissa souffla de surprise, et Rajendra arriva, tout sourire : « Ah ! Seigneur Arslan ! Mais où étiez-vous donc caché ?

Seigneur Rajendra ! Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?

J'ai l'intention d'organiser un banquet ce soir, à vrai dire, je sais que je m'y prends au dernier moment mais j'aimerais beaucoup compter sur votre présence.

Oh, un banquet ? Et pour quelle occasion ? s'enquit le prince. »

Le nouveau roi de Sindôra ne répondit pas, se contentant de sourire narquoisement, et s'en alla.

Un peu plus tard, alors que Clara, Faranghis et Alfrîd parlaient dans leur chambre, une servante arriva et lança timidement : « Je dois donner ce paquet à… Dame Clara de Shiria… ?

Euh… c'est moi… répondit cette dernière en se levant, Qu'est-ce que c'est ?

Le roi Rajendra vous l'envoie, espérant que vous la mettrez pour le banquet de ce soir…

Ah… euh… oui, le banquet… euh… c'est-à-dire que… euh…

Nous allons nous en occuper, merci jeune fille ! la coupa Faranghis, amusée.

Merci ma dame. »

Une fois la Sindorienne partie, la prêtresse et Alfrîd se tournèrent vers Clara et la plus vieille lança : « C'était quoi cette réaction très étrange ?

Quoi ? Mais enfin, pourquoi il m'envoie un paquet ?

Oh la la… tu es vraiment aveugle Clara…

Aveugle ?

Rassure-moi, commença Faranghis, Tu n'es pas amoureuse de Rajendra ?

…QUOI ? NON MAIS CA NE VA PAS LA TÊTE ?!

Je crois que c'est très clair, n'est-ce pas Faranghis, lança malicieusement Alfrîd, Clara n'aime pas le roi de Sindôra.

Mais… attends une minute Faranghis, tu n'étais pas sérieuse hein ?

J'avais un léger doute. »

Clara s'assit lourdement sur le lit, et Alfrîd ouvrit le paquet avant d'écarquiller les yeux, et de s'exclamer : « Wahhh ! Il n'a pas fait dans la discrétion !

Montre… demanda Faranghis avant de lancer un regard dégoûté vers le contenu du paquet, Aucune bienséance, ce Rajendra ! »

Curieuse, Clara se leva, et sortit du paquet une robe typique de Sindôra, d'une couleur orangée qui se dégradait vers le jaune, et des sortes de pierres rouge sang brillait sur le tissu. De plus, la robe semblait moulante et assez décolletée. Clara secoua la tête : « Je ne peux pas porter ça. Même pas en rêve.

Oui, je suis d'accord, acquiesça Faranghis, Et puis… cela ne serait sûrement pas une bonne idée de l'encourager.

Oui, et j'en connais un qui pourrait être jaloux… chuchota Alfrîd à l'oreille de Faranghis qui sourit.

Exact. Bon ! Trouvons des tenues décentes ! »

Faranghis fouilla dans les placards, et en sortit une longue robe noire et Clara hocha la tête : « Elle est parfaite pour toi !

Je pense que tu as raison. Bon à ton tour Alfrîd !

Non merci, je vais rester comme ça ! sourit la jeune fille, Par contre je crois que j'ai trouvé ce qu'il fallait à Clara… »

Elle tendit une longue robe de couleur pastel un peu vaporeuse, ornée d'arabesque noires, et Clara pinça les lèvres : « Vous êtes sûres ?

Oui. »

Peu de temps plus tard, Faranghis et Alfrîd durent traîner Clara à travers la moitié du palais royal pour se rendre au banquet, et lorsqu'elles franchirent la porte, cette dernière lâcha : « C'est écœurant toute cette richesse… surtout pour fêter la mort prochaine d'un homme.

Je suis d'accord avec toi… lâcha Faranghis, Allons rejoindre les autres. »

Hochant la tête, les filles se dirigèrent vers le groupe des trois garçons qui ne les avaient pas encore remarqués, jusqu'à ce que Ghib n'écarquille les yeux et les fixe, stupéfait, attirant l'attention de Daryûn et de Narsus. Lorsque Ghib se leva pour aller draguer Faranghis maladroitement, Daryûn, lui, ne pouvait s'empêcher de fixer la jeune Shirianne, qui était absolument magnifique dans cette robe qui laissait peu de place à l'imagination. Rougissante, elle s'assit entre Narsus et Daryûn, et le stratège sourit : « Tu es absolument magnifique, Clara !

M-merci…

Oui… ravissante… lâcha le cavalier noir en saisissant sa coupe de vin. »

Elle rougit davantage, puis Narsus esquissa un sourire en la voyant aussi gênée.

Daryûn lança alors intrigué, en regardant le prince déchu, Gahdevî : « J'avoue que je ne comprends pas sa présence. Certes, Gahdevî est un membre de la famille royale, mais il est avant tout un traître !

Laisse-moi-t'expliquer, répondit Narsus, A Sindôra, lorsqu'un membre de la famille royale est sur le point d'être exécuté, la coutume veut qu'on lui offre toute la nourriture et le vin qu'il veut.

Je crois que je sais pourquoi, lança Ghib amusé, Une fois qu'ils sont ivre morts, c'est plus facile. On les tue sans qu'ils s'en rendent compte.

Donc, si j'ai bien compris, il s'agit du dernier repas de Gahdevî ? demanda Faranghis, dégoûtée.

Oui, c'est assez sadique quand même… lâcha Clara en portant sa coupe à ses lèvres, A sa place, je ne pourrais rien avaler. »

Soudain, Faranghis et Alfrîd se crispèrent et les garçons se tournèrent vers elles : « Un problème ? demanda Narsus.

Le roi Rajendra vient d'arriver.

Oui, après tout c'est lui qui organise le banquet… rappela Ghib.

Je sais, mais juste… je me demande quelle sera sa réaction…

Que veux-tu dire, Faranghis ? demanda Daryûn en fronçant les sourcils. »

Le nouveau roi se pencha vers son frère et lança moqueusement : « Mon frère, quelque chose ne va pas ? Ta coupe est encore pleine, on dirait qu'en fait tu n'as pas soif…

Je dois t'avouer que c'est très difficile pour moi de reconnaître qu'au final c'est toi le vainqueur et héritier officiel du trône.

Ah ? »

Gahdevî se jeta alors à ses pieds et implora : « Si tu me promets d'épargner ma vie, je ferais le serment de t'être fidèle et de t'obéir ! Je t'obéirai, jusqu'au jour de ma mort ! Crois-moi mon frère ! Je t'en fais le serment !

N'implore pas pour ta vie, tu n'as donc aucune fierté… c'est pathétique. N'oublie pas que nous sommes frères. Le même sang coule dans nos veines.

Mon frère… gémit Gahdevî.

… »

Rajendra le regarda froidement, alors que le prince Arslan faisait son entrée, accompagné d'Elam. Gahdevî se retourna brusquement, rageur, et lâcha : « Quoi ? »

Et alors que le jeune héritier de Parse parlait avec Elam, il fulminait, jusqu'à atteindre l'apogée de sa haine : il se leva brusquement, alertant Rajendra qui lança : « Gahdevî, calme-toi !

Tu as eu de la chance qu'il se range à tes côtés… sans lui tu ne serais jamais arrivé à conquérir le trône !

Gahdevî !

Tais-toi ! »

Il brisa une carafe et saisit un morceau de verre, courant en hurlant vers Arslan qui se retourna, surpris, alors que ses compagnons l'étaient également. Ils se levèrent brusquement, craignant pour la vie de leur prince quand un faucon, Azrael, descendit du ciel pour crever les yeux de l'ancien prince Sindorien. Arslan récupéra Azrael sur son ras et regarda, pétrifié, Gahdevî se tordre de douleur en appuyant avec sa main sur son œil crevé. Rajendra s'approcha, le visage impassible et lâcha : « On dirait que tu es à la fois mauvais perdant et rancunier… vas donc retrouver notre père au ciel afin qu'il corrige tous ces petits défauts… »

Il fit un geste de la main et deux gardes arrivèrent, immobilisant Gahdevî qui suppliait pour sa vie, et un homme masqué arriva, une hache à la main. Le nouveau roi déclara : « Finissons-en.

Non ! Pas ça ! »

La hache siffla dans les airs avant de s'abattre sur le cou du condamné, sa tête se détachant du reste du corps avec un bruit spongieux et d'os brisés.

Clara pinça les lèvres, le visage blême, et frissonna alors que Daryûn le remarquait et qu'il mettait une main sur son épaule : « C'est fini.

Le regard qu'il avait… quand il a ordonné qu'on le tue… c'était un regard… satisfait.

Oui, je sais. »

Le roi fit évacuer le cadavre et la musique reprit, ainsi que la danse, et il se retourna, croisant le regard bleuté d'une certaine oméga, qui détourna le sien, le visage glacé dans une expression de fausse sérénité. Rajendra remarqua alors la tenue qu'elle portait et plissa légèrement les yeux, mécontent. Il reprit cependant son visage jovial et rejoignit le groupe composé de ses invités, s'inclinant avec un sourire devant la jeune femme qu'il traquait : « Dame Clara, vous êtes absolument époustouflante ce soir !

… merci pour ce compliment, majesté. »

Une réponse claire. Nette. Précise. Il pencha la tête sur le côté et demanda en toute innocence : « Vous n'avez pas reçu la robe que je vous ai fait apporté ?

Si. Elle était très… belle, mais je n'y étais guère à mon aise. De plus, je ne voyais pas l'intérêt de la porter. »*

Le sourire de Rajendra se figea légèrement alors que Clara se tournait vers Faranghis, commençant à parler avec elle, tandis que Daryûn fixait le roi de Sindôra avec des yeux suspicieux. Le roi se retira dignement et alla manger aux côtés du prince Arslan.

Environ deux heures plus tard, Clara avait légèrement sommeil et se leva, lançant à ses amies : « Je vais me coucher, on se voit demain matin…

D'accord, bonne nuit Clara. »

Elle sortit de la salle de banquet et traversa la moitié du palais avant de sentir une présence derrière elle. Elle se retourna et une main s'abattit sur sa bouche, avant que quelqu'un ne la traîne derrière un pilier de marbre, avec une force inouïe. Elle voulut se débattre mais une voix soyeuse la coupa net dans son élan : « Alors comme ça, vous ne voulez pas de mes cadeaux ? En voilà une méchante oméga… »

Elle se libéra de sa main et lâcha furieuse : « Lâchez-moi immédiatement !

Sinon quoi ? Vous ne faîtes pas le poids contre un alpha. Vous le savez.

Foutez-moi la paix !

Non… pas envie. »

Il saisit son menton et sourit : « J'espère que vous en avez bien profité… m'humilier ainsi devant vos compagnons… mais, si votre plan était que je m'éloigne de vous, c'est raté. Vous voir dans une tenue aussi belle, m'a hanté pendant tout le repas… bien que je préfèrerai vous l'enlever bien entendu.

Espèce de salopard… lâche-moi ou je jure devant les dieux que tu vas le regretter. »

Il éclata de rire et la plaqua violemment contre le mur, avant de susurrer à son oreille : « J'ai hâte de te voir essayer… oméga. »

Il plaqua son corps contre le sien, et l'embrassa de force, jusqu'à ce qu'il recule, alors qu'elle venait de lui mordre violemment la lèvre, le regard brûlant de rage mais aussi de peur, et il gronda : « Tu vas me le payer garce… tu es à moi.

Non. Je ne le suis et ne le serai jamais ! »

Il la gifla avant de l'embrasser tout en l'oppressant avec ses phéromones d'alpha quand soudain, une main s'abattit sur son épaule et une voix glaciale trancha l'air : « Lâche-la. Maintenant. Ou roi ou pas, je te tue. »

Rajendra se retourna, un sourire aux lèvres et lança : « Vraiment ? Eh bien je n'en ai pas envie. Vois-tu Daryûn, je suis sûr que cette fille sera parfaite dans mon lit, soumise aux moindres de mes désirs… »

Le poing de Daryûn s'abattant sur sa joue le fit taire, alors qu'il siffla avec une rage à peine contenue : « Ferme-la. Approche-la encore une fois et je te jure que tu le regretteras. »

Clara hoqueta alors que l'air se chargeait en tension meurtrière et elle constata que Daryûn s'était placé devant elle, la dissimulant au regard de Rajendra qui allait tirer son épée hors du fourreau lorsqu'une autre voix, tout aussi glaciale que celle de Daryûn, lâcha : « A votre place, je n'en ferais rien. A moins que vous ne vouliez déclarer la guerre au Parse ?

Narsus ? le reconnut Daryûn, Tu m'as suivi ?

Oui, et j'ai bien fait. Oh et seigneur Rajendra ?

Le prince Arslan sera mis au courant de votre conduite si vous refusez de laisser notre amie tranquille. Je doute qu'il apprécie. »

Le roi retroussa les lèvres et s'en alla en lançant d'un ton haineux : « Très bien, je vous la laisse, cette sale pute !

Espèce de… rageait Daryûn, s'apprêtant à le rattraper lorsque la petite main de Clara le retint. »

Il baissa les yeux vers la jeune femme blême et croisa son regard empli de peur et de choc. Son estomac se contracta alors qu'il sentait son cœur rater un battement en la voyant aussi faible et apeuré. Il n'aimait vraiment pas la voir dans cet état. Narsus lança d'une voix douce : « Ramenons-la dans sa chambre…

Non !

Clara ? demanda Narsus, inquiet, Que se passe-t-il ?

Je… je ne veux pas être… être seule… »

Le stratège comprit et huma l'air avant de jurer : « Le salaud… il a essayé de la forcer, tout comme Hilmès !

D'accord. Je vais le massacrer… gronda Daryûn, les yeux assombris par la rage.

Non. Ca ne servira à rien. Mais nous ne pouvons pas la laisser seule ce soir, elle pourrait faire une crise de panique.

Que proposes-tu ?

Qu'elle reste avec nous cette nuit. Nous veillerons sur elle. »

Ils se tournèrent vers elle, attendant sa réponse, et elle hocha timidement la tête, les joues striées de larmes. Daryûn passa son bras dans son dos alors qu'elle tremblait violemment et Narsus déclara : « Je vais avertir Faranghis et Alfrîd, ainsi que Son Altesse. Il ne doit pas ignorer ce fait. Bien que nous ne devions pas non plus nous engager dans un conflit politique avec cet homme. »

Daryûn acquiesça et lâcha : « Je la ramène chez nous, je compte sur toi. »

Narsus hocha la tête et s'en alla, non sans sourire à Clara d'un air rassurant, tandis que le preux d'entre les preux la guidait vers la chambre qu'il partageait avec Ghib, Elam et Narsus. Une fois là-bas, il verrouilla la porte de l'intérieur par précaution puis emmena Clara jusqu'à un canapé dans lequel il la fit s'asseoir, sans qu'elle ne réagisse. Il lui tendit une couverture sans un mot et se détourna pour remplir un verre d'eau. Un faible remerciement lui parvint et il se retourna alors qu'elle le fixait, le regard fatigué. Il s'assit à côté d'elle et lui tendit la boisson fraîche : « Tenez, ça vous fera du bien…

Merci Daryûn… »

Il hésita un peu puis la prit dans ses bras, la faisant sangloter. Il lui caressa le dos, dans un geste réconfortant et elle bégaya : « Pourquoi… pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?

Vous n'avez rien fait de mal, Clara… c'est ce porc le coupable…

Pourquoi… d'abord Hilmès… et maintenant lui… pourquoi sont-ils tant désireux de m'avoir… ?

Je… »

Il avait envie de lui dire que c'était parce qu'elle était d'une beauté à couper le souffle, mais il se tut, se contentant de la serrer un peu plus, la laissant pleurer contre son torse alors qu'elle s'agrippait à sa tunique noire en enfouissant son visage humide dedans.

Quelqu'un toqua à la porte, et ils se figèrent. Clara trembla légèrement alors que Daryûn lui fit signe de ne faire aucun bruit, se levant silencieusement, et s'approcha de la porte, la déverrouillant lentement avant de l'ouvrir. Il se détendit aussitôt en voyant Narsus et Faranghis qui s'exclama : « Où est-elle ?

Sur le canapé. Entrez. »

La prêtresse entra rapidement, suivie de Narsus qui glissa à Daryûn : « Alors ?

Elle est secouée, ce qui est compréhensible… où sont les autres ?

J'ai pensé qu'il était préférable de la calmer avant de faire venir plus de monde.

Tu as raison, elle a besoin de calme… »

Narsus le regarda, et ne sourit pas. Il était vraiment doué dans tout ce qui touchait à la guerre et à l'amitié, mais sinon, il était vraiment aveugle… le stratège soupira discrètement et l'observa regarder Clara, le regard oscillant entre soulagement qu'elle soit en sécurité, et colère pour ce qui avait failli lui arriver. C'était pourtant tellement évident… songea Narsus.

Faranghis s'assit à côté de Clara et lui caressa le visage en demandant doucement : « Ca va ? Tu n'es pas blessée ?

N-non… je vais b-bien…

Clara…

Je… je suis… juste… juste un peu secouée… »

Faranghis la serra dans ses bras et la jeune femme s'agrippa à elle, pleurant silencieusement, sous le regard des deux hommes affligés.

Daryûn avait envie de sortir et d'arracher un à un les membres de Rajendra mais il ne pouvait pas. Son devoir ne le lui permettait pas.

Quelques minutes plus tard, elle s'était enfin calmée et s'était tournée vers Narsus et Daryûn, les yeux rouges et gonflés : « Comment… avez-vous su où j'étais ?

Lorsque vous êtes partie, répondit Narsus, Rajendra n'a pas tardé à en faire de même alors Daryûn l'a suivi.

Mais je l'ai perdu de vue à un tournant et j'ai dû me rabattre sur son odeur. Et je me suis hâté lorsque j'ai senti votre peur.

Je vois… merci Daryûn… »

Elle bailla et s'endormit d'un coup, sur l'épaule de Faranghis. Cette dernière fixa le guerrier vêtu de noir et lâcha : « Pourrais-tu la porter jusque dans le lit, s'il te plaît ?

Bien sûr. »

Il la souleva facilement et la déposa sur le lit avant de vouloir se reculer, quand la main de Clara saisit inconsciemment sa tunique, l'empêchant de se retirer sans la réveiller. Il tourna la tête vers Narsus et Faranghis en lançant : « Qu'est-ce que je fais ?

Bien… je pense que si tu te dégages, elle va se réveiller… commença Narsus.

Tu pourrais peut-être rester avec elle ? proposa alors la prêtresse, Elle a besoin de se sentir en sécurité…

Je ne pense pas être le bon choix dans ce cas. Chaque personne qui l'a attaqué se trouvait être un alpha. Je suis aussi un alpha.

Peut-être, mais elle a confiance en toi. Elle te fait entièrement confiance, Daryûn… déclara Narsus.

Daryûn, intervint Faranghis, lorsque tu t'es battu hier, elle et le prince étaient extrêmement nerveux. Elle tremblait, Daryûn. A chaque fois que tu étais blessé, elle pâlissait davantage. Le prince Arslan a même menacé de tuer Rajendra si tu devais mourir lors de ce combat.

Elle… tremblait ? Et le prince a menacé Rajendra ?

Oui, Daryûn, ils l'ont fait… soupira Narsus, Donc arrête de chercher des excuses et reste avec elle. »

Le cavalier noir jeta un regard indécis au visage endormi de Clara puis soupira en s'allongeant lentement à côté d'elle, se tenant cependant respectueusement loin. Puis, alors que Faranghis repartait, et que les autres entraient, ils éteignirent les lumières dans un silence complet, ne voulant point réveiller la jeune oméga…

Le lendemain matin, quand Clara se réveilla aux premières lueurs du jour, la première chose qu'elle vit, fut le visage de Daryûn près du sien. Très près. Leurs corps se touchant presque, elle pouvait sentir son souffle chaud contre son front, lui rappelant qu'il était bien plus grand qu'elle. Elle remarqua alors qu'elle avait agrippé la tunique de Daryûn d'une main, et que le bras de ce dernier la tenait presque contre lui.
Elle n'osa pas bouger, ne voulant pas le réveiller et ne put détacher son regard du visage détendu de son compagnon d'arme… il était beau… il semblait bien plus jeune, moins dur. Elle résista à la tentation de lui caresser le visage et constata qu'il était encore en tenue de cérémonie, les cheveux attachés en une queue de cheval, dont quelques mèches s'échappaient. Clara pouvait sentir la chaleur du corps de Daryûn et sentit son visage se réchauffer en se rendant compte de ce qu'elle pensait. Elle fit un infime mouvement et les yeux ambrés du guerrier endormi s'ouvrirent alors qu'elle le fixait, interdite. Il la fixa. Puis enleva son bras, légèrement confus et déclara : « Cela fait longtemps que tu es réveillée ?

Euh… non, je viens de me réveiller ! mentit-elle à moitié.

Oh… je… comment ça va ?

Je me sens beaucoup mieux, merci, et… je suis désolée de t'avoir empêché de partir hier soir… je ne m'en étais pas rendue compte…

Ca va, il n'y a aucun problème, la rassura Daryûn en s'asseyant, tu as bien euh… dormi ?

Oui, je n'ai pas fait ce cauchemar cette… »

Elle s'interrompit subitement en voyant le sourcil de Daryûn se relever, et qu'elle plaquait sa main contre sa bouche alors qu'il lâchait : « Quel cauchemar ?

Rien, ma langue a fourché !

Clara. De quoi parlais-tu ? »

Elle baissa la tête et abandonna en déclarant : « Je ne dors plus très bien depuis quelques temps… à cause d'un cauchemar…

Combien de temps ?

… depuis qu'Hilmès est réapparu…

… je vois… tu revis ce moment encore et encore ?

Oui… sauf que cette fois-là… je ne peux rien faire… et…

Et il réussit à t'emmener ?

O-oui… »

Il grinça des dents, avant de demander : « Pourquoi tu n'en as parlé à personne ? Ce n'est pas un hasard si tu fais un tel cauchemar. Ce soir-là, il a essayé de briser ton esprit. Tu aurais pu avoir été blessée sans t'en rendre compte…

Je sais… mais… »

Daryûn comprit alors qu'elle était terrifiée par Hilmès. Ce dernier était le vestige d'un passé qu'elle voulait oublier, un vestige du temps où sa famille était encore vivante…

Il se leva avant de déclarer : « Voudriez-vous retourner chez Faranghis et Alfrîd ?

Euh.. oui, je veux bien, elles doivent probablement s'inquiéter…

D'accord. »

Elle se leva à son tour et le suivit jusque devant la porte de la chambre en question et sourit timidement à Daryûn, lâchant : « Daryûn… merci pour tout…

De rien, c'était naturel… »

Elle hésita, mais finit par se hausser sur la pointe des pieds pour l'embrasser timidement sur la joue, le figeant alors qu'elle entrait dans la chambre, le laissant stupéfait. Il se doutait bien que ce n'était qu'amical, mais le geste l'avait surpris et il passa sa main sur sa joue, encore sous l'effet de la surprise.

Le surlendemain, alors que l'armée Parse retournait chez elle avec comme renforts 3000 soldats Sindoriens, Ghib lança ennuyé : « Au fait, on peut savoir où est-ce qu'il est passé ?

De qui tu parles ? demanda Faranghis.

Jaswant… je croyais qu'il devait nous suivre, je me trompe ?

Non, tu as raison.

Finalement, intervint Elam, ce n'est pas plus mal. C'est dur de lui faire confiance après ce qu'il s'est passé. »

Clara haussa les épaules et se replongea dans ses pensées, tandis que Narsus demandait à Daryûn : « Au fait, comment trouves-tu les soldats que nous avons emprunté à l'armée de Rajendra ?

Ce sont les soldats du général Kuntava. A première vue, ils semblent plutôt bien organisés. Et disciplinés. Ils obéissent au quart de tour et obéissent à nos ordres. Alors je pense qu'on pourra compter sur eux quand il faudra se battre.

C'est une bonne chose. Altesse ? lança Narsus, La nuit va bientôt tomber, nous devrions dresser le camp par ici. »

L'armée s'arrêta en bas d'une colline et dressa rapidement le camp, alors que Clara était plongé dans une conversation avec Alfrîd : « Non, Alfrîd, tu ne peux pas forcer Narsus à t'épouser !

Mais si !

Je te dis que non !

Et moi je te dis que si ! »

Narsus et Daryûn qui passaient à côté se regardèrent alors que le cavalier noir souriait moqueur et que le stratège semblait désespéré. La discussion PASSIONNANTE entre les deux jeunes femmes se termina un peu plus tard…

OOooOO

Alors que la nuit était tombée, et que des feux éclairaient le camp, l'armée sindorienne attaqua ce qu'ils pensaient être des soldats parses. Malheureusement pour eux, il s'agissait là d'un piège…

Le roi Rajendra fut capturé et amené devant le Prince Arslan qui l'enjoignit à signer un pacte de non-agression pour une durée de trois ans.