Bonjour à tous !

En faisant le tri récemment dans mes dossiers, j'ai retrouvé ce petit texte qui n'avait jamais été publié. Je vous le présente donc aujourd'hui. Je l'avais écrit au cours d'une Nuit du Fof, sur le thème "Anarchie", jusqu'au moment où je me suis souvenu que Ananké voulait dire "Fatalité" et pas "Anarchie". Il était donc hors sujet, mais il était terminé donc autant le publier quand même.

Bonne lecture !


Fatalité

Je me glisse dans la pénombre de la cathédrale. La messe vient de s'achever et les vapeurs d'encens flottent encore dans l'air, rendant l'atmosphère lourde et poisseuse. Personne ne m'a vu m'éclipser. C'est parfait, j'ai plusieurs heures devant moi avant d'être dérangé.

Le soleil qui se couche fait chatoyer les vitraux et projeté des ombres distendues et effrayantes. Les bruits de la ville me parviennent étouffés par les lourdes portes en bois de Notre-Dame. Les derniers officiants sont enfin sortis et je peux quitter ma cachette. Pendant des jours, j'ai tenté de repérer mon chemin dans ce labyrinthe. Attendre la galerie des Rois sans passer devant les cellules des prêtres est difficile mais pas impossible. La nuit, la lueur des torches des prêtres est visible de l'extérieur et un observateur suffisamment attentif peut en déduire la disposition des couloirs.

Il me suffit de passer par une porte du déambulatoire, à gauche de l'autel et celle-ci mené a un escalier en colimaçon. Il est assez raide et me permettra d'attendre le premier étage. Là un long couloir mené aux cellules des moines. Il faudra être particulièrement discret et ce sera la partie la plus dangereuse de mon aventure. Une fois arrivé à l'extrémité de ce corridor, une seconde porte me fera accéder à une terrasse, puis enfin à la galerie.

Je pousse la première porte et, ô joie, ma prévision se réalise. Sans la moindre embuche, je parviens à mon objectif. Du premier étage de la cathédrale, je suis au niveau des toits des maisons voisines. Le soleil est à présent presque couché, je vais devoir me dépêcher pour faire mon ouvrage.

De mon surplus, je sors un stylet et me met à gratter la pierre. Celle-ci, blanche et tendre se laisse faire facilement. Déjà, les premières lettres sont tracées et un petit tas de poudre blanche commence à s'élever en bas du mur.

De temps à autre, je jette un coup d'œil autour de moi pour vérifier que je suis toujours seul. Je savais que ce pari était stupide, mais je ne peux pas y résister. Quand on me provoque, je dois répondre ce qui me mené parfois dans des situations impossibles. En pleine nuit, au premier étage de Notre Dame par exemple. C'est ridicule, je le sais, mais personne ne s'en rendra compte. Personne ne vient ici, et cette gravure ne sera peut-être jamais découverte.

Enfin, j'ai terminé. Je jette un dernier regard satisfait à mon ouvrage. Oui, on peut dire que j'ai réussi mon pari. Sous mes yeux s'étalent en profondes lettres blanches : ἈΝΆΓΚΗ.