Jeudi 24 octobre 1996

Chère Marie,

Je sais, ça fait plus d'une semaine que je n'ai pas écrit, et je n'ai pas vraiment d'excuse parce que j'ai le temps. Mais franchement, à part te dire que je fais des rituels dont je ne peux pas raconter les détails, et les mesquineries des élèves qui commencent à devenir un peu trop habituelles à mon goût, il n'y avait pas grand chose d'intéressant…

Même si ces élèves seraient frustrés d'apprendre que je tiens leurs racontards idiots à mon sujet comme inintéressants. C'est pas grave. Comme ça, eux aussi connaissent la frustration. Moi, je suis frustrée parce que je dois m'écraser pour la précieuse réputation de mon cher et tendre, et parce que ledit cher et tendre n'est même pas avec moi la nuit pour me servir d'oreiller, ce qui serait pourtant une juste compensation pour les efforts de retenue que je fais actuellement…

Heureusement qu'il ne reste plus qu'une semaine, je crois qu'elle ne saurait pas passer trop vite…

Sinon, si j'ai pris mon journal, ce n'est pas pour que tu m'entendes me plaindre de ma triste routine du moment (oui, j'ai le droit de faire du mélodrame, je suis frustrée !)

Harry a bien été occupé cette semaine, et on a appris aujourd'hui pourquoi : des étudiants ont profité de la consigne de libre proposition d'idées pour améliorer la vie et l'enseignement à Hogwarts pour demander à refonder le Hogwarts' Whispers [ndla : Whispers veut dire murmures, chuchotements]. Apparemment, au XVIIIè siècle, il y a eu un étudiant qui avait décidé de suivre cette toute nouvelle mode dans le monde non-magique : la presse régulière d'informations. Et il a fondé le Hogwarts' Whispers, avant de sortir de Hogwarts et de fonder l'ancêtre du Daily Prophet.

Ce journal étudiant a été maintenu en parfaite continuité jusqu'en 1955, où un étudiant a publié un article incendaire sur Dumbledore et son intervention très tardive contre Grindelwald, à l'occasion du dixième anniversaire de la défaite du terroriste. L'article avait fait scandale, a été publié dans la presse grand public, et c'est la source des rumeurs qui existaient encore jusqu'au procès de Dumbledore, selon lesquelles il aurait pris tout son temps avant d'intervenir contre son ancien amant. Dumbledore, pas encore directeur (il le sera l'année suivante), mais déjà très influent auprès d'un directeur Dippet plus tout jeune, a fait purement et simplement fermer le journal suite à ça.

Et donc aujourd'hui, des étudiants qui se souviennent de l'existence de ce journal veulent le recréer.

Harry est parfaitement d'accord, il estime que c'est une très bonne école pour apprendre à réfléchir par soi-même et faire des recherches réelles pour avoir des réponses. Je le soutiens complètement là-dessus.

McGonagall aussi est d'accord, elle se souvient du journal, et elle avait été choquée par sa fermeture à l'époque alors que Dumbledore n'était certainement pas le premier enseignant que le journal égratignait. Mais elle veut que les règles de gestion de l'époque soient également reprises, parce que ce sont elles qui ont permis au journal de perdurer malgré le renouvellement fréquent des effectifs.

Par exemple, il n'y a pas un seul éditeur en chef, il y en a cinq : un par maison, et un neutre. L'éditeur en chef neutre n'intervient qu'en cas de désaccord sur la ligne éditoriale entre les quatre autres. C'est donc le sous-directeur de Hogwarts qui remplit ce rôle, en l'occurence Flitwick.

Ensuite, il doit y avoir absolument toutes les maisons représentées. McGonagall se fiche que la section Sciences et Découvertes soit écrite principalement par des Ravenclaws, alors que la section Politique est squattée par les Slytherins, tant qu'on permet à des membres d'autres maisons calés sur le sujet d'intervenir.

Enfin, chaque élève, même s'il ne fait pas partie du club de journalisme, a le droit de proposer ponctuellement un article, qui pourra être publié s'il correspond à la ligne éditoriale.

Harry a rajouté des conditions supplémentaires : aucune discrimination sur le genre, la race, l'origine, le niveau de vie, la parenté, la puissance, tant dans les personnes recrutées dans le club, que dans les sujets abordés.

Et il veut que tous les articles soient prouvés par des faits solides et vérifiables, et que les opinions, qui ont le droit d'être exprimées, soient clairement indiquées comme étant une opinion. Il estime que, comme le journal est gratuit, et rédigé par des bénévoles, il n'y a pas d'enjeu de course au lectorat et au chiffre d'affaire, et qu'on peut donc se passer des articles racoleurs mais sans fondement.

En effet, le journal est complètement financé par Hogwarts. Harry a réouvert le compte qui avait longtemps dédié au journal, et y a versé une jolie petite somme pour que le club puisse se rééquiper et moderniser ses installations. Par la suite, il y aura une subvention annuelle qui sera versée, pour le maintien en bon état de fonctionnement des appareils achetés, l'achat des consommables, et les frais liés aux articles (achat de parutions spécialisées ou de livres servant de sources, frais de déplacement pour certaines enquêtes…).

Mais Harry a insisté sur le fait que le journal est subordonné à Hogwarts en tant qu'institution scolaire, et non en tant que propriété des Potter. Le journal n'est pas obligé de suivre les orientations politiques des Potter, et peut très bien faire un article à charge contre la famille, tant que c'est prouvé.

McGonagall et lui ont rajouté une clause dans le règlement du journal, qui dit qu'il ne peut être dissous que sur accord explicite des Héritiers des Fondateurs, du directeur (ou de la directrice) en place et de son sous-directeur. Comme la Charte de Hogwarts interdit à un Héritier, ou deux Héritiers de la même lignée, d'occuper ces deux postes à la fois, ça permet d'éviter une nouvelle fermeture intempestive parce qu'un article n'aura pas plu à une personne.

Une fois ces règles posées, McGonagall a réouvert le local qui avait été attribué au club de journalisme pendant près de deux siècles. On voit clairement l'influence que le journal a eu à une époque en voyant les locaux auxquels il avait droit.

On rentre par une porte qui ressemble à celle d'une salle de classe, dans un long couloir ne comprenant que deux autres portes, sauf que derrière, ce n'est pas du tout une salle de classe. C'est d'abord un petit endroit d'accueil ouvert, avec un petit salon, un comptoir pour une personne chargée de l'accueil, un stand pour la dernière publication, des étagères pour les publications précédentes.

Le club a été fermé tellement brusquement que tout est quasiment resté en l'état, et il y a encore sur le bureau derrière le comptoir le registre des visiteurs, et le livre de réservation des bureaux, où les journalistes en herbe peuvent rencontrer des témoins ou les personnes faisant l'objet d'un article. De chaque côté du comptoir, il y a une double porte sur le mur du fond. D'un côté, ça dessert trois petits bureaux neutres, ceux qui peuvent justement être réservés, avant qu'une autre double porte mène à un immense open space, avec une très grande hauteur sous plafond, qui peut être accédé aussi par la deuxième double porte du hall d'accueil.

Cet open space est occupé par des dizaines de bureaux plus ou moins grands, plus ou moins équipés d'étagères et de rangements… Là aussi, la fermeture abrupte est visible : il y a des articles inachevés qui traînent sur les bureaux, des vestes et des accessoires abandonnés par leur propriétaire qui devait certainement penser pouvoir les récupérer le lendemain avant d'apprendre la fermeture des locaux…

Le mur du fond est couvert de grandes fenêtres faisant entrer la lumière du jour à flots dans la pièce. Quand la pièce a une activité normale, ça doit être très agréable, mais là, ça met surtout en avant les couches de poussière.

Contre le mur de gauche se trouve une grande salle de réunion, sans doute là où devaient se retrouver les journalistes pour décider du contenu de la prochaine édition, et répartir les sujets.

Sur le mur de droite, il y a une autre double porte, avec un pannonceau indiquant la « Salle de Presse ». Sans doute là où sont les imprimantes. Enfin, à chaque angle de la pièce, il y a un escalier qui mène à une galerie qui fait la longueur des trois murs, ceux de gauche et de droite, et celui derrière nous, où se trouvent les portes par lesquelles nous sommes entrés. Au dessus de la salle de réunion, de la salle de presse, et de l'accueil se trouvent d'autres bureaux, dont ceux des éditeurs en chef, et les éditeurs des principales rubriques. Ces bureaux sont vitrés et ont pleine vue sur l'open space.

Bref, les locaux d'un journal de lycée ont la même classe que ceux d'un vrai journal. Quand Harry dit que Hogwarts a longtemps chouchouté ses élèves, il ne plaisante pas. Je me demande quels autres locaux de clubs oubliés peuvent encore exister et être réouverts… Je suis sûre qu'il y a une arène de duel quelque part.

Les futurs journalistes ont été ravis en découvrant les lieux.

Le comité éditorial a déjà été décidé, et les quatre éditeurs en chef seront Colin Crevey pour les Gryffindors, Terry Boot pour les Ravenclaws, Ernie McMillan pour les Hufflepuffs, et Blaise Zabini pour les Slytherins. Colin est le seul qui n'a pas encore passé ses OWLs (il est justement en cinquième année), mais son enthousiasme pour le journalisme est tel que les autres Gryffis n'ont pas eu le coeur de lui refuser cette place. Et ça veut dire qu'un des éditeurs pourra faire la transition avec le groupe suivant, quand Blaise, Ernie et Terry seront diplômés.

Aucun de nous cinq mages ne faisons partie du club : on a bien assez de travail comme ça ! Et ça permet de garantir aux autres élèves qui pourraient être inquiets d'avoir à subir notre… propagande, que ce ne sera pas le cas. Ernie et Colin ne font même pas partie de notre groupe d'amis.

Hermione et moi avons déploré l'absence de présence féminine parmi les quatre éditeurs en chef, mais en réalité, aucune des filles présentes au club de journalisme n'a voulu de ce poste. Quel que soit leur motif, on ne peut pas les forcer au nom d'une égalité des sexes, hein ?

La renaissance du journal a été annoncée ce matin à l'école toute entière. Et les membres déjà présents (ils sont une dizaine) ont déjà affiché dans les salles communes des annonces de recrutement, pour les différentes rubriques à couvrir.

Pendant ce temps, les éditeurs en chef, avec Harry et McGonagall, s'occupent de rénover les locaux. Harry et McGonagall ont décidé d'importer du matériel de l'étranger, plus performant que les presses britanniques très… traditionnelles… C'est également l'occasion de montrer que technologie et magie peuvent faire bon ménage, même dans un lieu aussi chargé de magie que Hogwarts.

Dans quelques jours, le journal aura donc une presse flambant neuve, capable d'imprimer en couleurs et en mouvement, et d'assembler elle-même les pages pour former un journal complet. Le fabricant promet une production de dix journaux complets par minute.

Tous les bureaux, eux, sont équipés d'ordinateurs connectés entre eux (mais pas à l'Internet), afin de permettre l'écriture, l'édition et l'agencement des articles de manière plus fluide. La presse, elle, est connectée aux ordinateurs des éditeurs en chef, qui peuvent envoyer en impression rapidement un journal terminé.

Hermione a insisté pour que soit ajouté au système un outil de numérisation, pour permettre d'archiver dans une base de donnée les vieilles éditions, et certaines sources.

Les appareils photos sont eux aussi importés, afin de pouvoir travailler avec du numérique, mais tout en gardant la possibilité d'imprimer des photos mouvantes. Colin est absolument ravi : les nouveaux appareils seront bien plus discrets dans le monde non-magique que les appareils sorciers habituellement trouvés en Grande Bretagne, avec leur apparence début de siècle et leur gros flash à l'ancienne.

On a parié, Draco et moi, que la modernisation de l'équipement du journal entraînerait l'arrivée rapide des autres médias modernes à Hogwarts. Je pense qu'on aura une salle de projection cinéma avant Yule, mais Draco pense que la mentalité sorcière est encore assez résistante, et il a parié pour la fin de l'année scolaire. On verra vite qui a raison !

En attendant, avec toute cette modernisation, les éditeurs en chef ont choisi de garder l'ancienne apparence du journal, avec l'en-tête et le format inchangés. Ils ont décidé d'intégrer la couleur, et pour eux, c'est une première étape suffisante.

Et ils sont au taquet, les journalistes ! Avant même l'arrivée de tout le matériel promis, ils commencent déjà à préparer la première édition ! Les éditeurs en chef veulent qu'elle marque les esprits, donc ils sont en train de motiver les troupes.

Flitwick a promis aussi d'encadrer les entretiens pour le recrutement des nouveaux journalistes. Ça va redevenir une vraie ruche rapidement ! Pour l'instant, ils partent sur un format mensuel, le temps de se mettre en route, mais ils veulent passer par la suite sur une édition hebdomadaire, et ça promet beaucoup d'activité !

Et le journal a donné des envies à d'autres élèves, qui voient que Harry et McGonagall acceptent de déployer des moyens pour les activités extra-scolaires. Ça avait été annoncé à la rentrée, mais beaucoup n'y avaient pas cru, et je les comprends : jusque là, aucun effort n'était fait pour donner aux élèves des occupations en dehors des cours, malgré la vie en pensionnat. Même les joueurs de Quidditch devaient s'équiper tous seuls !

D'ailleurs, c'est une des nouvelles revendications : les équipes des Maisons veulent un set de balais pour leurs joueurs. Harry est en train de négocier avec eux au moment où je t'écris : il veut leur proposer un set fiable mais de base, et permettre à ceux qui veulent un balai plus puissant de se le fournir eux-mêmes. Les jumeaux Weasleys ont joué toute leur carrière à Hogwarts sur des balais des années soixante, alors il accepte de proposer des balais modernes, fiables tant pour le jeu qu'en termes de sécurité, mais il ne veut pas fournir de Firebolts à des équipes scolaires. Trop risqué, surtout que le jeu des matches scolaires est beaucoup plus lent que le jeu des professionnels, et ce serait plus dangereux qu'autre chose, sauf si on est un Attrapeur doué.

Enfin, le journal concrétise l'évolution que Harry et McGonagall sont en train d'apporter à Hogwarts, avant même la parution du premier exemplaire ! J'ai hâte de le lire, cet exemplaire, du coup !

Bisous ma belle !


Notes de l'auteur :

Pour commencer, toutes mes excuses pour le retard de publication. L'essentiel de ce chapitre a été écrit le dimanche même où j'ai publié le dernier chapitre, mais... entre les vacances, la recherche d'appartement, la léthargie provoquée par la canicule (mon appartement n'est pas descendu en dessous de 28° la nuit dernière... vive les ilôts de contentration urbaine avec un seul arbre dans le quartier...)... je crois que je me suis cherchée des excuses pour ne pas l'achever correctement et le relire dans les temps.

L'un de vous a souligné que c'est un peu plat en termes d'intrigue pour le moment, et je suis absolument d'accord, et ça me pèse pas mal au niveau de l'écriture. Heureusement, il ne me reste plus que le chapitre avec Samhain, et on devrait (enfin !) arriver à l'élément perturbateur de ce tome !

Certains ont émis d'excellentes propositions sur la nature de cet élément, qui sera le fil rouge de ce tome, et les jeux sont donc ouverts pendant encore environ un mois, le temps que je publie le chapitre de Samhain :)

J'espère en tout cas que l'introduction du journal de Hogwarts vous plaît !

Je ne peux certainement pas en porter le crédit toute seule, plusieurs fan-fics en font mention, et cela m'avait même été suggéré au début de la publication du tome 2 par un de vous (merci Gilgalad Swiftblade ! Je m'en suis souvenue sur le tard, mais ça m'a vraiment aidée pour débloquer un peu la narration !). L'apparence des locaux est inspirée de séries télés, mais aussi d'une fic HP que vous trouverez sur ce site : I know Your Secrets, de Myrddin de Celestis, en anglais. C'est du pur Dumbledore bashing, mais faut pas être très regardant sur la qualité d'écriture et de narration. Je ne la recommande pas vraiment, mais je l'ai lue il y a quelques années, et elle a laissé dans un coin de ma tête l'idée d'un journal à Hogwarts ayant un peu plus de pouvoir qu'une simple feuille de choux étudiante. Donc crédit. Ah, et mois des fiertés oblige, je me dois de signaler que c'est une des rares fics ouvertement yuri (amours lesbiens) que j'ai lues. Un peu abracadabrantesque dans les relations et les rebondissements, mais bon... c'est suffisamment rare pour être signalé, et ça peut peut-être intéresser certains d'entre vous :)

En attendant, au lieu de me retrouver à précipiter un chapitre pour dimanche prochain (ce qui ne vous satisfera sans doute pas plus que moi s'il est bâclé), j'ai décidé de décaler les dates.

On se retrouve donc le 14 juillet pour le prochain chapitre, sur Samhain donc ! :)

Bonne lecture à tous !