À lire.

Comme pour Terminus, même avertissement : Visage Familier est une trilogie avec des histoires qui se suivent, vous ne pourrez pas comprendre la deuxième enquête sans avoir lu la première, donc la troisième enquête sera encore moins claire si vous n'avez pas lu les histoires dans l'ordre.


Pour ceux qui suivent le train correctement, je vous offre un tout petit chapitre introductif et surtout, quelques (beaucoup de) précisions avant la dernière enquête :

Dans la troisième histoire, beaucoup d'éléments du jeu vont revenir, et quitte à spoiler un peu la suite, je préfère préciser quelles libertés que je prends, afin que la lecture soit plus fluide, et que vous ne doutiez pas de votre mémoire :

1. Les androïdes ne peuvent pas (et dans mes fics, ils ne pourront jamais) enlever leur LED.

2. La déviance ne se transfert pas. Ce qui diffère du jeu, c'est que les androïdes déviants étaient moins nombreux et datent tous de la période où Kamski dirigeait CyberLife, et ils se sont rendus à Jericho de la même façon que Markus. Vous aurez des récits en détails, si ce n'est pas clair.

3. Markus n'est pas un leader, ou pas vraiment. Pour des questions de jouabilité, je pense, on ne pouvait incarner que Markus à Jericho, donc il prenait toutes les décisions, tout en parlant de liberté pour les androïdes. Pour rendre ses intentions cohérentes, dans la fic, il était celui qui était en première ligne et le plus remarqué par les médias, mais les autres androïdes de Jericho, notamment Josh, North et Simon, ont eu autant d'importance que lui. Les androïdes de Jericho sont libres et ne se reposent pas uniquement sur Markus. Ce sera plus clair durant l'histoire.

4. Pour la petite info, je ne soutiens ni Simon x Markus, ni North x Markus : je soutiens Polycho~ Plus sérieusement, ce sont des androïdes et le concept d'amour entre eux est, je pense, très différent, je développerai ça dans la fic, mais vous le savez maintenant, pour moi, Josh, Markus, North et Simon forment un couple à eux quatre.

5. Pour rappel, Markus a été abattu par Connor.


Maintenant, un petit bonus pour cette dernière fic, une sorte de clin d'œil au jeu que je réservais pour la fin.

Vous avez compris que Chloe n'était pas déviante, mais, comme le jeu vous propose de libérer ou de garder la Chloe du menu, je vous propose la même chose sur un petit sondage : est-ce que vous voulez libérer la Chloe que Conrad rencontre ?

Vous pouvez voter sur le lien décrit ci-dessous :

les trois w, un point, strawpoll puis un point, tapez me, un slash et ces chiffres : 17756880

Fanfiction est chiant avec les liens, donc si vous n'avez pas la foi de retaper toutes les lettres et les chiffres, vous trouverez le lien sur mon tumblr qui est samsevenwrites ou sur Archive of our Own, même pseudo, même titre.

Que Chloe devienne déviante ou non ne changera pas l'histoire de Gavin et Conrad, mais il y aura bien un extrait selon votre choix. Ce changement n'arrivera pas avant le chapitre 5, donc ça vous laisse largement le temps de voter !

Par contre, si vous voulez participer, il faut voter, pas mentionner votre choix en commentaire (même si vous avez le droit aussi !), car je consulterai le lien avant d'écrire le passage, je ne ratisserai pas les commentaires sur Fanfiction et Archive of our Own.


Sur ce, bonne lecture~

PS : j'ai déjà écrit l'épilogue~

PS² : j'espère que vous reconnaîtrez des personnages que vous avez déjà croisés, en réalité.


Chapitre 1 – Les chats noirs ont faim

Personne ne connaissait leurs noms.

Elles s'amusaient à s'appeler Mary et Anne, Matt et Hilde, Elle et Lena… même Pene et Lope, alors que Warren s'était foutu d'elles, en disant que les penne étaient des pâtes.

Mais elles s'en fichaient : elles formaient un duo, s'unissant jusque dans leur identité.

C'était la première fois que Monica Miller menait une excursion avec ce groupe : Matt et Hilde, ou peu importe leurs noms, Coca, Crowdy… Elle avait hésité à prendre un pseudo, elle aussi, mais tant que personne ne l'appelait la « petite sœur du policier », elle s'en était tenue à Monica, imitant la simplicité de Warren.

Pour l'occasion, Matt et Hilde avaient choisi une place de choix : l'avant-dernier étage d'un bâtiment de Rivertown, un des quartiers les plus huppés de Detroit, qui sentait bon le luxe. Les baies vitrées donnaient sur la rivière et la tour de CyberLife, si brillante, ce soir-là, qu'elle transformait les remous sombres en vagues pailletées. Au-delà, l'horizon urbain se confondait avec une guirlande féerique, comme fixée à un mur de velours noir.

Depuis quand Detroit était devenue aussi belle ? Depuis qu'elle avait dit adieu à ses quartiers édentés par la pauvreté ? Depuis que le crime avait baissé grâce à la technologie, rendant la ville plus sûre ? Monica l'ignorait, mais une certaine fierté la poussait à penser que c'était grâce à son frère et ses collègues qui maintenaient l'ordre ici-bas.

Avec un petit rictus, elle sirota sa cannette de Dr Pepper, la lèvre piquée par les bulles. Le sucre rendait sa langue pâteuse, mais c'était tellement bon ! C'était ça, le goût de la liberté : siroter une canette sur une table basse qui coûtait plus cher que tous les meubles dans sa chambre !

Matt était allongée sur le canapé d'angle, un modèle trois fois plus grand que ceux standards, les jambes croisées et la tête rejetée en arrière, éparpillant ses longs cheveux blancs aussi épais que de la vapeur. Sur ses cuisses, Hilde avait posé sa nuque, enroulant une de ses mèches rousses autour de son index. Elles partageaient un sachet de chips, faisant attention de ne pas laisser de miettes.

Les chats squattaient toujours où ça leur plaisait, mais ils ne devaient laisser aucune trace. C'était la règle.

Pour sa part, Warren était assis par terre, le dos contre un des accoudoirs, et il avait même enlevé ses chaussures pour pouvoir s'installer en tailleur. Il était en train de jouer à Ubble Bubble sur son portable, et ses orteils tapotaient contre la moquette moelleuse. C'était toujours plus agréable que de passer les niveaux chez lui, assourdi par sa mère qui continuait de s'engueuler avec le voisin pour des bricoles…

Ici, ils étaient jeunes et immortels, intouchables et grandioses. Des chats fiers, mais pas orgueilleux, se saisissant juste du meilleur pour quelques heures.

Quel dommage que Crowdy ait des examens à potasser, il aurait pu en profiter pour souffler un coup, mais son frère aîné surveillait ses études de près…

Coca, lui, avait les mains sur les hanches, dressé devant la bibliothèque. Il lisait les titres sur les dos, et dans ses hochements de tête, sa crête remuait. Soudain, il poussa un sifflement qui brisa le silence :

« Putain, ce sont de vrais passionnés de science-fiction… K. Dick, Barjavel, Bradbury… » Commença-t-il à énumérer, puis il agrippa un volume qui semblait lourd, « Asimov, bien sûr ! »

Hilde se redressa un peu pour demander :

« Ils ont l'autobiographie de Kyoko Shunekishi ? Une japonaise qui explique comment elle s'est mise en couple avec son Shi-522 ? »

Malgré la pénombre, Monica voyait parfaitement les longues canines de la fille. Chats noirs jusqu'au bout des ongles, ou plutôt des dents, Matt et Hilde s'étaient faites poser des prothèses pour allonger leurs canines. Certains imaginaient qu'elles cherchaient à ressembler à des vampires, mais les tatouages sur leurs phalanges ne trompaient pas : elles s'investissaient dans ce petit gang inoffensif qui se nommait les Chats Noirs.

« Shi-522 ?

— L'équivalent d'un AX400 au Japon, je crois.

— Oh, je me souviens, » souffla Coca, « les critiques avaient accusé l'auteure d'opportuniste, c'est ça ? En disant qu'un androïde ne pouvait pas être homosexuel, hein ?

— Les lesbiennes ont encore la vie dure. » Soupira Matt, démêlant les cheveux roux de sa copine. « C'est n'importe quoi de parler d'homosexualité ou d'hétérosexualité pour les androïdes : leur genre sexuel n'est qu'une apparence, ils tombent juste amoureux, c'est tout. »

Tandis qu'il feuilletait le recueil de nouvelles d'Asimov, Coca souffla par le nez un ricanement doux :

« Je savais que notre prof de littérature t'avait marquée.

— Madame Bentley était une putain de visionnaire ! Je l'ai toujours aimée ! » S'exclama Matt, levant ses bras au-dessus de sa tête.

Elle et Coca avaient le même âge et avaient partagé toute leur scolarité : des enfants de Detroit qui avaient vu, avec des regards émerveillés, la ville être envahie d'androïdes. Quand ils avaient dix ans, ces robots étaient encore chers, et en posséder un, c'était comme posséder un iPhone en 2007. Lorsque des parents étaient assez riches pour acheter un AX200, les enfants invitaient leurs amis à la maison pour admirer le robot qui n'était pourtant pas aussi abouti que ses successeurs. Rien à voir avec un AX400.

« Tient, je viens de retrouver la nouvelle qu'on avait lu pour son cours. Ségrégationniste. »

Coca remarqua que les pages avaient été souvent feuilletées. Le propriétaire avait dû lire cette histoire une bonne cinquantaine de fois.

Asimov avait-il prédit ce qu'il arriverait en 2040 ?

Dans sa nouvelle, les humains, vieux et fatigués, réclamaient des organes en métal afin d'être puissants et éternels, tandis que les androïdes préféraient les organes en plastique, plus tendres et doux. L'humain s'improvisait machine, et la machine s'improvisait humain.

La situation n'avait pas été différente lors de la révolte, même si plus nuancée : les déviants cherchaient à ressentir, que ce soit de la joie ou de la douleur, enviant l'habitude que les humains avaient, et dans le fond, les humains jalousaient l'absence de fatigue et la prétendue éternité des androïdes, les haïssant pour leur efficacité et leur résistance.

Est-ce que les générations suivantes allaient permettre à l'harmonie de s'installer ? Ou les deux espèces allaient continuer de s'envier dans la haine ?

Monica serra un coussin contre sa poitrine et murmura :

« Mon frère a failli mourir durant la révolution en novembre, mais le leader l'a épargné. Il est toujours en vie, ça prouve que les androïdes sont capables de ressentir la pitié et l'empathie. »

Les autres Chats ignoraient cette anecdote, et maintenant, tous fixaient la jeune fille.

Elle serait devenue fille unique sans la clémence du RK200, et elle s'était mise à l'adorer sans le connaître, juste à travers les mots de Chris. Ses paroles émues résonnaient encore dans ses oreilles, la surprise et l'admiration mêlées en un constat surprenant : ils sont vivants, Monica, ils le sont vraiment.

Monica inspira profondément, puis ouvrit la bouche pour dire que Markus aurait dû gagner la révolte, mais elle fut interrompue par un bruit effrayant : la porte d'entrée venait de se déverrouiller.

« Merde. » Geignit Warren, les doigts crispés sur son téléphone.

Ils ne devraient pas être ici.

Ils ne volaient rien, ils ne cassaient rien, c'était vrai, mais ils squattaient, à l'instar des félins qui s'invitent partout.

Attentifs au moindre bruit, ils se levèrent avec plus ou moins de souplesse. Un autre Chat Noir était peut-être dans le coin et il pourrait faire diversion ?

« Je croyais qu'il était à un putain de meeting ?

— Il devrait y être, oui ! » Siffla Hilde, les dents plantées dans sa lèvre inférieure.

Les demeures qu'ils occupaient pendant quelques heures n'étaient jamais étrangères : avant de se vautrer dans les canapés, de profiter de la vue, de s'installer à des tables immenses, les Chats Noirs se renseignaient sur l'emploi du temps des occupants. Et le meeting de Mark Spencer ne se terminait pas avant minuit. Il était à peine 21 heures.

Les Chats n'avaient jamais agressé personne, et aucun d'eux ne voulait commencer à employer la manière forte ce soir…

Hilde s'approcha doucement, tendit l'oreille et se figea : des talons claquaient dans le couloir de l'entrée, mais un autre bruit était plus surprenant : une femme sanglotait sans plus aucune retenue.

« Sa femme. » Souffla le Chat roux.

Ils restèrent de longs instants immobiles, essayant de comprendre ce qui se passait, mais les bruits étaient confus. Monica crut comprendre que madame Spencer faisait des allers-retours comme une damnée, répandant sa tristesse en faisant résonner ses pleurs. L'appartement était vaste, et les plafonds hauts décuplaient son chagrin, le faisant grossir en échos poignants.

« Elle fera peut-être pas attention à nous… »

Personne n'avait envie de vérifier l'hypothèse de Coca, et les talons restaient plantés dans la moquette.

Finalement, les sanglots se calmèrent, de la même façon qu'un orage s'éloigne.

« Vous croyez qu'elle s'est endormie ? »

Un bruit sourd contredit Warren.

Matt se mit à trembler sous le coup d'une impression affreuse. Elle se rua hors du salon, portée par des jambes pourtant fébriles, surprenant ses camarades.

Les lieux semblaient sûrs puisque l'épouse du politicien ne poussa aucun cri, alors les autres chats se faufilèrent aussi dans le couloir, avant d'entendre leur amie crier :

« À l'aide ! Venez m'aider ! »

Le Chat Noir aux cheveux blancs était dans la chambre et, dans ses bras, elle serrait les jambes de Debra Spencer, la soulevant le plus haut possible.

La femme avait une ceinture de peignoir autour du cou, une jolie attache en éponge qui la pendait à un plafonnier qui grinçait. À moins que ce ne soit les cervicales qui commençaient à lâcher ?

Coca eut le réflexe d'approcher un tabouret et de tenter de dénouer le nœud. Ses doigts tremblaient tellement qu'il dut s'y reprendre à plusieurs fois, mais en-dessous, Matt tenait toujours le corps, aidée par Warren qui était devenu livide.

Monica était effrayée, l'estomac perclus de crampes et la gorge serrée, incapable de détacher ses yeux de cette bande rose qui s'enfonçait sous la mâchoire de la femme.

Elle suffoquait tant qu'elle crut que c'était elle qui était en train de se suicider.

« Bordel, Coca, dépêche-toi ! »

Le cri hystérique de Hilde fit sursauter Monica, la détachant du corps à moitié mort.

Sur la coiffeuse, elle aperçut une petite feuille de papier gondolée par des larmes. Le message était bref, mais les lettres tremblaient encore d'émoi :

« Je ne supporte plus ça chez moi. C'est trop difficile. »

Depuis que Mark Spencer avait radicalement changé d'opinion sur les androïdes, son parti avait été fragilisé par des départs, les tolérants avaient été remplacés par des nouveaux esprits qui n'éprouvaient pas la moindre sympathie pour les machines et le politicien était vu comme le pire des enfoirés. Debra Spencer gardait ses distances avec le monde politique, mais peut-être que les nouveaux discours de son mari la faisaient souffrir ?

Que s'était-il passé ?

Qu'est-ce qui pousse une femme aussi riche à se pendre dans sa chambre pour mettre fin à ses jours ?

Une fois que Coca réussit à défaire le nœud, Warren et Matt déposèrent la femme sur le lit. Debra Spencer poussait des râles inhumains, les yeux gonflés de larmes : la mort avait essayé de la saisir, plongeant ses doigts à travers ses côtes, prêt à compléter l'étreinte…

Mais Hilde était en train d'appeler une ambulance, réunissant toutes les chances de survie.

Derrière, en retrait, Monica se mordilla la lèvre. Leurs petites sorties ne se passaient jamais comme ça, jamais. Ses parents ignoraient ce qu'elle faisait certains week-ends, mais il y avait bien un proche qui connaissait son secret, et elle sortit son portable pour lui envoyer un message :

« Chris, je suis désolée. Je sais que j'ai merdé, mais je t'en prie, il y a plus grave : la femme de Mark Spencer a essayé de se suicider à l'instant. Elle a laissé un drôle de message. Si tu travailles ce soir, rapplique vite au 2261, Franklin Street. Je suis désolée. »

Anxieuse, elle frottait son pouce contre sa phalange où deux pattes de chat étaient tatouées.

L'officier Miller aurait encore du boulot, mais il ne pourrait peut-être pas protéger sa petite sœur encore longtemps…