Résumé : En l'an 2798 du Troisième Âge, le Rohan n'a pas connu de guerre contre les Dunlendings depuis trente ans. À la naissance d'Éothain, son père le Roi Fréalaf et sa mère sont assassinés. Élevé sans connaître ses origines, il devra fuir pour sauver sa vie et retrouver, un jour, le trône qui est le sien.


Prologue

La tempête se déchaînait sur les plaines du Rohan. Le tonnerre grondait et de violentes bourrasques venaient s'engouffrer à travers les immenses affleurements rocheux qui s'étendaient à perte de vue. En cette sombre nuit d'Avril, la nature affirmait ses droits, et nul n'était à l'abri de son courroux.

Dans la glorieuse cité d'Edoras d'habitude si pleine de vie, personne n'osait sortir défier la tempête. Les volets et les portes étaient soigneusement verrouillés, le bétail enfermé. Les lampes suspendues devant les maisons oscillaient au gré du vent dans un grincement affreux couvert par l'orage qui s'abattait sur les maisons fièrement dressées. Le sol, d'habitude sec et poussiéreux, était devenu un immense bourbier.

Edoras semblait morte.

Soudain, un cri déchira la nuit. Malgré la tempête, le Château d'Or était en ébullition. Une servante traversa le Hall à toute vitesse, portant des linges propres et une jarre d'eau fraîche qu'elle tentait de ne pas renverser. Elle courut à travers les couloirs de Méduseld, sursautant à chaque fois qu'un nouveau cri parvenait à ses oreilles.

Au milieu de cette ambiance apocalyptique, sa maîtresse, la Reine Dírhael, donnait naissance à son deuxième enfant. Le peuple entier du Rohan attendait depuis des mois cet événement, espérant qu'un petit prince viendrait rejoindre sa sœur. Des guirlandes et des tapisseries avaient été suspendues partout dans le Château d'Or, et un immense banquet était préparé depuis des jours par le Roi Fréalaf pour la venue de son deuxième enfant. La Marche n'attendait plus qu'une seule chose pour commencer les festivités.

Un nouveau cri ramena la servante à l'ordre, qui accéléra le pas alors qu'elle approchait de la chambre de la Reine et que les bruits s'intensifiaient. Lorsqu'elle ouvrit la porte et pénétra dans la pièce, elle fut assaillie par la chaleur et le bruit. La Reine était étendue sur le large lit à baldaquins recouvert de tentures, et une foule de femmes s'affairaient autour d'elle, qui lui épongeant le front, qui rajustant les draps, qui l'encourageant de vive voix.

« Continuez ma Reine, vous y êtes presque ! »

La servante s'approcha de Freya, la sage-femme en charge des opérations.

« Ah, te voilà ! Dépose les linges sur la malle et amène la bassine près de la Reine. Elle a besoin d'être rafraîchie ! Vite ! » dit celle-ci d'une voix autoritaire.

Un autre cri s'échappa de la gorge de Dírhael, dont le front ruisselait de sueur. Agrippant de toutes ses forces les draps autour d'elle, la Reine était cambrée et serrait les dents sous la douleur.

« Je vois la tête Votre Majesté, une dernière fois, poussez ! » s'écria la sage-femme, qui demanda un linge propre pour accueillir le nouveau-né.

La Reine fournit alors un dernier effort, récompensé par un cri strident qui déchira le silence qui s'était fait dans la pièce, mais un cri plus aigu que les précédents : goûtant pour la première fois à l'air dans ses poumons, le nouveau-né hurlait, marquant ses premiers instants dans ce monde.

D'une main experte la sage-femme coupa le cordon et enveloppa l'enfant dans le linge propre, avant de le tendre à sa mère qui, épuisée, reposait en arrière et fermait les yeux.

« C'est un beau petit prince, Votre Majesté. » dit-elle en le déposant dans ses bras. « La Reine a besoin de calme. Que tout le monde sorte de cette pièce ! Allez-donc clamer la naissance de votre nouveau seigneur ! » ordonna-t-elle en se tournant vers toutes les personnes présentes dans la chambre.

Elle fut obéie sans discussion, et il ne resta bientôt plus que la Reine et la sage-femme dans la pièce. La lumière dégagée par le feu crépitant dans l'âtre se répandait sur le nouveau-né et sa mère qui le serrait précieusement dans ses bras, une lueur dans les yeux dont seule une mère pouvait en saisir la puissance.

« Mon petit Brytta, » murmura Dírhael. Elle berçait doucement le bébé qui avait cessé de crier et tétait goulûment son premier lait. (1)

Un violent spasme agita soudain la Reine, qui se crispa de douleur. Freya récupéra rapidement l'enfant pour le placer dans son berceau avant de retourner auprès de sa maîtresse qui se remettait à gémir et haleter. La conclusion ne fut pas longue à venir.

« Ma Reine, un deuxième bébé arrive ! Le ciel vous a béni d'un autre enfant ! »

« Je ne sais si j'y arriverai, » souffla Dírhael entre ses dents, ressentant à nouveau les contractions et l'arrivée de son enfant.

« Vous le pouvez ma Dame, vous en avez la force ! » l'encouragea la sage-femme. « Pensez au visage du Roi lorsque vous lui annoncerez la naissance de pas un, mais deux fils ! »

Cette pensée sembla redonner des forces à Dírhael, qui agrippa à nouveau les draps de son lit, se préparant à revivre les douleurs de l'accouchement.


Un peu plus tôt, à l'autre bout du Château d'Or, le Roi Fréalaf faisait des aller-retours dans la chambre royale, se crispant à chaque fois qu'un hurlement de sa femme retentissait. Il avait beau avoir déjà connu cela une première fois, il ne s'y habituerait jamais. Se rasseyant finalement sur un fauteuil richement décoré aux armoiries du Rohan, le Roi porta à ses lèvres une coupe de vin, essayant de se détendre. Après tout, ce n'était pas lui qui mettait au monde leur enfant.

Cette pensée en tête, Fréalaf se tourna vers sa fille, la Princesse Hild, qui atteindrait bientôt ses dix-huit mois. La fillette, habillée dans une robe vert émeraude, jouait avec ses petits chevaux de bois aux pieds de son père, gazouillant gaiement. Un tendre sourire étira les lèvres du Roi. Sa fille était son rayon de soleil. Elle ressemblait tant à sa mère. Le même nez retroussé, des traits fins, et de petites boucles blondes aux reflets roux qui commençaient déjà à recouvrir sa tête. Tout comme sa mère avec lui, la petite capturerai un jour le cœur d'un Rohir qui en tomberai désespérément amoureux.

Hild leva vers son père ses yeux d'un vert qui rappelait tant les plaines du Rohan au printemps, et tendit ses petits bras pour qu'il l'attrape. Le Roi accéda avec joie à sa requête en posant l'enfant sur ses genoux, qui se mit alors à piailler de contentement.

« Ce soir ma chérie tu auras un petit frère ou une petite sœur. » murmura-t-il en déposant un baiser sur ses boucles blondes.

La petite princesse regarda Fréalaf comme si elle l'avait compris, puis retourna à ses pépiements, s'agitant sur les genoux de son père. Ce dernier sourit, puis remarqua soudainement que les cris de sa femme s'étaient tus depuis quelques minutes. Au moment même, on frappa vivement à sa porte, qui s'ouvrit sur une servante. Elle s'inclina avec précipitation avant de parler.

« Mon Roi, votre fils est né ! » dit-elle à toute vitesse. « La Reine se repose dans sa chambre. »

Déposant sa fille au sol, Fréalaf se leva précipitamment.

« Un fils ! Ma Reine vient de donner un héritier au Rohan ! » s'exclama-t-il.

Le Roi était tellement heureux qu'il avait l'impression que son cœur allait exploser. Se tournant à nouveau vers Hild, il la prit dans ses bras et la fit tournoyer dans les airs, faisant rire la petite.

« Tu as un frère ma chérie, un frère ! »

Comprenant qu'elle pouvait partir, la servante se retira pour laisser le Roi savourer la nouvelle auprès de sa fille. Des cris de joie retentirent bientôt dans tout Méduseld, chacun célébrant la naissance de leur petit prince.

Malheureusement leur joie allait être de courte durée.

Portant toujours sa fille dans ses bras, le Roi Fréalaf se dirigea vers le Hall, répondant avec joie à toutes les félicitations qui lui étaient adressées. Pénétrant enfin dans le cœur du château, il n'eut pas le temps d'échanger de paroles avec ses conseillers s'étant réunis là, que les portes du Château d'Or s'ouvraient à la volée, laissant apparaître lances et épées, portées par des Hommes à l'apparence sauvage. Profitant du chaos et du bruit causés par la tempête ainsi que la naissance du Prince, les Dunlendings s'étaient introduits dans Edoras et n'avaient rencontré aucune résistance pour marcher jusqu'à Méduseld.

Le Roi n'eut pas le temps de déposer sa fille et de saisir son épée, déjà l'ennemi l'encerclait et le forçait à plier genoux contre le sol, imité par ses conseillers et tous ceux se trouvant dans la pièce. Fréalaf vit les pieds des sentinelles sans vie dépasser de derrière les battants. Son attention se tourna soudainement vers le groupe d'Hommes qui franchissait les portes du château, qui furent ensuite refermées derrière eux. La surprise agrandit ses yeux.

« Fréawine, qu'est-ce donc que tout ceci ?! » tonna le Roi qui se débattait pour essayer de se débarrasser des deux Dunlendings le maintenant au sol.

« Bonsoir très cher frère, » répondit d'une voix mielleuse le nouvel arrivant, suivi du reste du groupe. « Toutes mes félicitations pour la naissance de ton fils, tu me vois ravi de l'arrivée d'un héritier au trône du Rohan. »

« Relâche-moi maintenant et j'oublierai cet affront, mon frère. Je ne l'offrirai pas une deuxième fois, » menaça le Roi.

« Regarde-toi Fréalaf, à proférer des menaces vides alors que tu n'as plus aucuns pouvoirs. Tu auras beau appeler tes soldats à l'aide, aucun ne répondra. Mes hommes ont remédié à ce problème. » se moqua Fréawine d'un rire sarcastique.

« Tes hommes ? »

« Ne te fais pas plus bête que tu ne l'es déjà. Tu as parfaitement saisi mes propos. Les Dunlendings répondent à mes ordres, et me sont venus en aide pour reprendre ce qui m'appartient de droit ! » clama le traître en désignant d'un ample mouvement la pièce autour de lui. « Le Rohan est à moi Fréalaf, il l'a toujours été jusqu'à ce que Père décide de faire de toi l'héritier ! »

« Il avait vu en toi un mal qui aurait condamné le peuple du Rohan ! » répliqua Fréalaf.

« Je suis seul juge de ce qui est bon pour mon peuple ! » cracha son frère. « Je suis venu reprendre mon trône, Fréalaf, et personne ne m'en empêchera ! »

« Moi vivant, cela n'arrivera jamais ! » cria le Roi dans un sursaut de bravoure, réalisant amèrement que ses paroles n'étaient rien d'autre que du vent.

« Je savais bien que tu dirais cela. » Fréawine s'interrompit brièvement pour mieux marquer l'instant. « C'est pourquoi tu ne seras plus là pour assister à mon règne. »

Le sang du Roi se glaça dans ses veines. Ainsi son heure était venue. Jamais il n'aurait imaginé mourir d'une telle façon : il avait espéré vivre suffisamment longtemps pour entendre Meduseld résonner des cris de ses petits-enfants. Hélas le sort en avait décidé autrement. Fréalaf ferma les yeux quelques instants et poussa un soupir résigné.

« Soit. Fais ce que tu as à faire. Mais je t'en supplie épargne la vie de mes enfants et de ma Reine, ils n'ont rien à voir dans tout ceci. C'est entre toi et moi. » implora-t-il.

« Toujours le plus brave, toujours héroïque, même dans ta mort, » cracha Fréawine. « Ta fille et ta femme ne risquent rien, elles me seront utiles dans mon règne à venir et seront la preuve vivante de ta déchéance. Mais ton fils ne vivra pas un autre jour. Si cela avait été une fille je l'aurais également épargnée, mais tu comprends bien que c'est impossible. Je ne puis laisser en vie un héritier qui pourrait un jour venir clamer sa prétendue légitimité au trône. »

Fréawine fit soudain un geste à l'un des guerriers se tenant à ses côtés de s'avancer, l'épée au clair.

« Par respect pour toi et l'enfance que nous avons partagée, je ne m'éterniserai pas en vaines paroles. »

Alors que le Dunlending s'approchait sombrement de lui, le Roi se tourna vers sa fille qui était retenue sans douceur à quelques mètres à peine de lui et qui le fixait avec des yeux ronds, ne comprenant évidemment pas ce qu'il se passait.

« Ma chérie, je veux que tu sois forte. » dit Fréalaf en fixant le visage de la fillette. Il s'en imprégna un dernière fois, le gravant à jamais dans sa mémoire. « Ton père va partir et ne jamais revenir. Tu devras être courageuse et aider ta mère. Je serai toujours fier de toi, peu importe où je suis, ne l'oublie jamais. » murmura-t-il en espérant que l'enfant comprenne ce qu'il lui disait.

Une larme roula le long de la joue du Roi. Il se détourna à regret de Hild pour affronter une dernière fois son frère.

« Le Rohan n'oubliera jamais cette nuit, Fréawine. Ton règne sera basé sur le sang et la peur, et non le respect et l'amour. » dit-il toujours agenouillé, redevenant Roi l'espace de quelques instants, oubliant que sa vie était sur le point de s'achever. Tous autour de lui fixèrent une dernière fois leur souverain.

« Je suis le Rohan, » cracha son frère. Il s'approcha brusquement de lui, exécré par l'image que renvoyait le Roi alors même qu'il s'apprêtait à mourir, et passa devant le guerrier à qui il avait donné l'ordre de s'avancer. « Et son peuple sera assez sage pour m'obéir. »

Fréalaf hoqueta de douleur et de surprise, sentant la courte lame pénétrer dans ses chairs à plusieurs reprises. Son poumon droit se remplit de sang et le Roi se mit à produire un son rauque, cherchant désespérément l'air. Des bulles pourpres se formèrent au coin de ses lèvres. Il mourut quelques secondes plus tard quand l'ultime coup administré par son frère toucha le cœur, s'affalant à même le sol, tandis que le sang formait une large flaque pourpre autour de lui, tâchant le Hall de Meduseld pour l'éternité.


« Je vous en prie ma Reine, n'abandonnez pas ! » cria Freya en s'agitant auprès de sa maîtresse. « Je le vois, il arrive ! »

A bout de forces, Dírhael produisit un dernier effort, et de nouveaux cris suraigus retentirent peu après. La sage-femme coupa le cordon et amena rapidement son nouveau fils auprès de la Reine, qui n'avait même plus la force d'ouvrir les yeux et qui peinait à respirer.

« Un autre fils Votre Majesté, aussi beau et vigoureux que son frère ! »

Elle fut interrompue par les portes de la chambre qui s'ouvrirent en grand, laissant apparaître une servante paniquée.

« Le Roi est mort, le Roi est mort ! Les Dunlendings ont pris Méduseld ! » réussit-elle à dire entre deux respirations avant de repartir en courant d'où elle était venue.

Freya se tourna vers la Reine, qui dans un sursaut de vie réussit à ouvrir les yeux.

« Prenez mon fils, prenez Brytta et menez-le en lieu sûr. Personne ne saura jamais qu'il s'agissait de jumeaux, c'est son seul salut. Sauvez mon fils, je vous en supplie. » implora-t-elle avec les dernières forces qui lui restaient.

Trop choquée pour répliquer, Freya se saisit du premier né que lui désignait la Reine, le prenant délicatement dans ses bras. Peinant à porter ses mains jusqu'à son cou, Dírhael décrocha le petit médaillon forgé en forme de cheval et le tendit d'une main tremblante vers la sage-femme.

« Faites en sorte que ceci lui revienne. »

Freya resta interdite quelques instants, peinant à réaliser ce qu'il se passait et ce qu'on lui demandait. Puis elle eut comme un sursaut et se saisit du bijou, le fourrant dans une de ses poches. Elle acquiesça gravement face à la requête de sa souveraine et s'apprêtait à lui répondre lorsqu'elle vit le bras de la Reine retomber le long du lit, vide de toute énergie. Les yeux de Dírhael s'étaient fermés sous l'épuisement, et Freya sentit qu'ils ne s'ouvriraient plus jamais. Une larme roula le long de sa joue.

Elle fut rappelée à l'ordre par un pleur du bébé qu'elle tenait dans ses bras, et elle se précipita vers la porte cachée au fond de la chambre de la Reine, qui permettait de rejoindre des couloirs dont seuls les serviteurs connaissaient l'existence. En courant à travers le sombre dédale, l'enfant fermement enveloppé dans ses bras, Freya luta pour ne pas prêter attention aux cris qui retentissaient à travers les murs, n'ayant qu'en tête d'accomplir la dernière volonté de sa maîtresse.

Redoublant de précautions, la Rohir finit par sortir du Château d'Or, et se précipita sous la pluie battante. Courant à travers les rues boueuses d'Edoras, esquivant les flaques, Freya se dirigea instinctivement vers l'endroit où résidaient les seules personnes à qui elle portait une entière confiance.

Jetant régulièrement un regard par-dessus son épaule pour vérifier qu'elle n'était pas suivie, la sage-femme poussa un soupir de soulagement lorsqu'elle vit enfin l'enseigne du forgeron se balancer au gré du vent. Se précipitant vers la porte, elle tambourina pour couvrir le bruit de la tempête. Le battant s'ouvrit finalement pour laisser apparaître un Rohir aux longs cheveux roux.

« Freya, que fais-tu ici par ce temps ? Ne devrais-tu pas être au Palais ? » demanda-t-il. Il dévisagea rapidement sa belle-sœur qui se tenait sur le pas de sa porte, dégoulinante et tenant un étrange paquet dans ses bras.

« Je n'ai pas le temps de t'expliquer Baldor, » dit-elle en se précipitant à l'intérieur, manquant de bousculer l'homme qui s'écarta par réflexe.

À l'intérieur, un feu flambait dans l'âtre et réchauffait la petite maison qui jouxtait la forge d'Edoras. Pénétrant à toute allure dans la pièce, Freya fit sursauter la femme qui était assise dos à elle dans un fauteuil. Elle essaya de se retourner pour apercevoir son visiteur, mais un cri resta bloqué dans sa gorge.

« Freya, est-ce toi ? » demanda Elfhild en se repositionnant dans son fauteuil tandis que la sage-femme se précipitait à ses côtés. « Je pensais bien avoir reconnu ta voix. Pourquoi es-tu ici ? » demanda-t-elle faiblement.

Lorsque Freya fit face à sa sœur, la fatigue et le chagrin de cette dernière lui sautèrent aux yeux. Un voile de tristesse les recouvrit.

« Je suis désolée, Elfhild, je ne savais pas vers qui d'autre me tourner. »

« Vas-tu donc nous dire pourquoi tu débarques au milieu de la tempête avec un tel air de panique sur le visage ? » demanda Baldor qui pénétrait à son tour dans la pièce.

Freya remarqua cette fois-ci les traits tirés et la lassitude de son beau-frère. Elle s'en voulut d'ajouter de la peine à leur chagrin.

« Le Roi et la Reine sont morts. »

La sentence s'abattit lourdement sur la pièce, installant un silence de plomb.

« C-Comment ? » interrogea Elfhild en portant une main à sa bouche, les yeux écarquillés de stupeur.

« Les Dunlendings ont profité de la tempête pour attaquer Edoras. Meduseld est sous leur contrôle. Je ne sais qu'elle est la situation là-bas, j'ai fui dès que j'ai appris la nouvelle. » répondit sombrement Freya.

Soudain un cri la rappela à l'ordre, faisant sursauter Baldor et Elfhild.

« Freya, est-ce que c'est un … » demanda Baldor, ahuri.

« Un bébé. Oui. »

« Mais que fais-tu avec un bébé au milieu de la nuit ? Et à qui... ? » Il s'interrompit soudainement, semblant enfin saisir ce qu'il se passait.

Surprise par l'arrêt de son mari, Elfhild se tourna vers celui-ci puis vers Freya, ne parvenant pas à comprendre. Soudain ses yeux s'agrandirent.

« S'agit-il … »

« Du Prince. De notre futur souverain. » acquiesça doucement Freya.

« Pourquoi l'as-tu amené ici ? » s'inquiéta Baldor. « On doit probablement déjà être à sa recherche à l'heure qu'il est, tout le monde savait que la Reine devait enfanter ce soir. »

« Personne ne connaît l'existence de cet enfant. » le rassura la sage-femme. « Je m'en suis assurée. »

« Comment ? »

« La Reine a accouché de jumeaux. Personne d'autre ne le sait à part moi, j'ai été la seule à assister à la naissance du deuxième enfant. Dans un dernier souffle la Reine m'a supplié de mettre son fils en sécurité. » dit-elle tristement, semblant enfin réaliser pleinement ce qu'il s'était passé, maintenant que le choc se dissipait.

L'enfant se mit soudain à pleurer, et Elfhild sursauta avant de tendre impérieusement les bras vers sa sœur pour accueillir le bébé. Ce dernier se tut immédiatement lorsque la femme lui donna le sein, et Freya vit que le visage de sa sœur s'était immédiatement apaisé, l'instinct maternel prenant le pas sur tout le reste, éclipsant en quelques secondes le chagrin qui enserrait son cœur. La sage-femme fut rassurée en voyant le regard que portait Elfhild sur l'enfant. Elle savait qu'il serait en sécurité ici.

« C'était ton plan depuis le début, n'est-ce pas ? »

Se tournant vers Baldor, Freya acquiesça doucement. Dévisageant sa femme, le Rohir ne put retenir un soupir.

« Tu nous mets tous en danger, Freya, » parvint-il à murmurer alors qu'il voyait le sourire revenir sur le visage de Elfhild.

« Je suis profondément désolée, Baldor. Mais je pense qu'au fond de toi tu sais que j'ai fait le bon choix. »

Il acquiesça faiblement. « Quelles étaient les chances ? » demanda-t-il dans un murmure. « Que deux tragédies surgissent la même nuit ? Que la Reine donnât naissance le même soir que ma femme ? » ajouta-t-il, la tristesse incrustée dans ses yeux.

Freya porta une main à l'épaule de son beau-frère pour le réconforter. « Infimes. Je sais ce que je vous demande Baldor, et vous êtes en droit de refuser. Mais je n'avais personne d'autre vers qui me tourner. »

Le Rohir hocha la tête de gauche à droite. « Regarde-là. La question se pose-t-elle ne serait-ce qu'un instant ? » Ils contemplèrent tous les deux Elfhild qui était à présent en train de bercer l'enfant, caressant son visage de sa main libre, une lueur indescriptible dans les yeux. « Non. Nous allons nous occuper de lui. Tu as fait le bon choix, Freya. À cause de la tempête, personne ne sait encore que nous avons perdu notre enfant, la supercherie ne sera pas démasquée. Du moins, pas toute de suite. Espérons que dans le futur il aura quelque ressemblance avec nous. » soupira-t-il en prenant la pleine mesure de ce qui les attendaient.

« A-t-il un nom ? » demanda doucement Elfhild, sans détacher ses yeux du nourrisson.

« Brytta. » répondit Freya. Elle resta silencieuse quelques instants, avant de sortir un médaillon de sa poche.

« La Reine voulait qu'il ait ceci. » dit-elle en lui tendant le bijou, qui refléta la lumière des flammes. « Qu'il le conserve précieusement mais ne le montre jamais. Certains pourraient se souvenir que la Reine le portait. »

Baldor saisit l'objet et le serra dans le creux de sa main, par ce geste acceptant définitivement l'enfant à qui il était lié. Cela allait marquer le restant de ses jours.


(1) je vous l'accorde ça fait très carafe d'eau, mais il s'agit du vrai nom du fils du Roi Fréalaf :P


Bonjour à tous et bienvenue sur cette nouvelle fanfiction !

C'est avec beaucoup de fierté et d'opiniâtreté que je me remets à l'écriture après plus de 3 ans d'absence !

Comme vous avez pu le voir cette nouvelle fiction traitera cette-fois ci du Rohan, Royaume très cher à mon cœur (je vous rassure tout de suite, j'y irai mollo sur les chevaux haha). Cela fait trois ans que cette idée me trotte en tête (ouh le mauvais jeu de mots) sans que je n'arrive à me motiver pour mettre ça par écrit : c'est maintenant chose faite !

Je n'ai pas encore la moindre idée du nombre de chapitres que fera cette fiction, j'ai plutôt bien avancé dans la définition des grandes lignes de mon histoire, et j'ai déjà écrit quelques chapitres d'avance. Je publierai normalement une fois par mois, c'est un rythme que je pense réussir à tenir !

N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce premier chapitre, cela me fera extrêmement plaisir ! J'espère retrouver certains anciens lecteurs, si je ne vous ai pas perdus en cours de route 😉

A bientôt je l'espère

Mimi 😊