Note : Ce texte a été écrit dans le cadre du défi « La pièce de Huit » sur le Forum de Tous les périls. Le principe était de rédiger en deux semaines un OS sur un thème commun à tous les participants, à savoir « Fantôme du passé » N'hésitez-pas à me contacter en MP pour plus de détails.

Le reflet du passé

_ Maintenant que nous avons trouvé tout ce dont nous avions besoin, je vais essayer de dénicher un mercier avant de repartir. J'aurais besoin de quelques tissus » déclara la jeune femme à voix basse.

_ Je dois aussi aller voir de mon côté. Il me faut encore des équipements particuliers pour requinquer le Wind Granma » l'informa en chuchotant Paco, le mécanicien en robe à volants jaunes.

_ Quant à moi, signala Eiimi sous son chapeau à plumes, je dois dégoter une officine pour trouver les ingrédients de mes onguents»

_ Sahel m'a chargé de trouver certains ouvrages. Et je dois aussi acheter des nouveaux plants pour le potager » glissa Gota tout bas, munis de bottes en caoutchouc à fleurs, en bon jardinier qu'il était.

_ Et bien séparons-nous un moment pour faire nos emplettes et retrouvons-nous dans deux heures ici même, murmura Junson. Ce restaurant a l'air très agréable ! Nous pourrions y manger un bout avant de reprendre la mer » proposa le cuisinier, l'eau à la bouche.

_ N'oublie pas que tu as promis de me coudre une ravissante jupe portefeuille avec du tissu rouge satiné ! » rappela Paco à son amie qui s'apprêtait à partir.

_ Ne t'inquiètes pas ! Si je trouve la bonne étoffe, tu l'auras demain soir »

_ C'EST L'OOOO… » commencèrent-ils à déclamer en chœur.

_ Chuuuuuuuut ! » intima-t-elle.

_ kamaaaa way… finirent-ils dans un souffle. Pardon ! Excuse-nous ! On s'est laissé emporter ! » chuchotèrent-ils à l'unisson dans la seconde qui suivait.

_ Nous nous appliquons pour réussir notre mission, mais ce n'est pas toujours évident » confirma Eiimi.

_ Mais, tu es vraiment une créatrice incroyable ! C'est dur de se contenir quand on parle de ton art !» se justifia Paco du bout des lèvres, contenant visiblement son envie de célébrer les aptitudes manuelles de sa camarade de manière bien plus démonstrative.

_ Merci pour ce compliment, acquiesça-t-elle. Cependant mes capacités ne méritent pas autant de distinctions »

_ Bien sûr que si ! Quand tu nous sublimes grâce à tes talents de couturière, on ne peut qu'avoir envie de scander ce refrain ! Tu es l'idole de la mode des Okamas ! Fashion Staaaa….! » commença à s'échauffer Junson.

_ Fash …! » reprit le mécanicien, galvanisé à son tour par le discours du cuisinier.

Mais ils déchantèrent tous deux immédiatement quand ils croisèrent le regard de la star en question. Gota, apeuré, préféra hocher vigoureusement la tête en signe d'approbation afin de marquer sa solidarité avec ses deux complices, tout en restant silencieux, évitant ainsi de contrarier celle qui les regardait sévèrement.

_ Mon nom est Inazuma, nom d'un dé à coudre ! »

_ On s'est encore emporté ! » lui répondirent les deux coupables en s'inclinant.

_ Ce n'est pas la peine d'en arriver là. Vous pouvez vous redresser »

_ N'en veut pas à ces pauvres âmes, elles sont en perdition quand notre Déesse n'est pas dans les parages pour les guider » se désola Eiimi.

_ Je suis incapable de leur en vouloir plus de trente secondes… Sur ce, à toute à l'heure. Et soyez discrets. Pour Kamabakka »

_ Nous serons infaillibles » promit l'infirmier.

_ Compte sur nous » attesta Junson.

_ La discrétion incarnée » renchérit Paco.

_ Hum ! » adhéra le jardinier.

Depuis que le quartier général de l'Armée Révolutionnaire à Baltigo avait été détruit, une importante partie du contingent de rebelles avait élu domicile sur leur île paradisiaque. Les traditionnels ravitaillements à Nakajima ne suffisaient plus à alimenter l'ensemble des résidents. Cependant, il ne fallait pas qu'une augmentation significative de leurs achats attire l'attention de qui que ce soit sur la soudaine surpopulation de Kamabakka. C'est ainsi qu'il fut décider que des petits groupes de volontaires chercheraient de nouveaux fournisseurs pour les besoins des soldats de Dragon. Ils évolueraient en dehors de leur zone habituelle, tout en dissimulant leur identité, au cas où leurs requêtes mettraient la puce à l'oreille de certains marchands en manque de reconnaissance gouvernementale. Si chacun des éclaireurs du jour avaient insisté pour garder un élément de style - un Okama reste un Okama - ils avaient tous joué le jeu de la dissimulation, elle y compris. Ils étaient, en effet, bien trop conscients des enjeux mis en balance : s'ils étaient repérés, c'est leur Eden qui était menacé. Et ça, il en était hors de question.

Elle avait donc choisi d'adopter son apparence féminine pour ces missions de repérage. En effet, lors de la majorité des combats qu'elle avait menés pour les rebelles, elle exposait son corps d'homme. Inazuma était donc moins reconnaissable avec ses attributs féminins. Afin de rendre plus complexe son identification, elle avait relevé ses cheveux bicolores en chignon et les avait camouflés sous un chapeau en osier aux bords larges. Elle portait une robe bleu marine, longue mais légère, à bretelles fines et au décolleté raisonnable, ornée d'une cocarde jaune relevant la finesse de sa taille. Une étole orangée venait compléter sa tenue simple, qui se fondait parfaitement dans le décor de cette modeste île.

Si adapter sa garde-robe avait été, finalement, assez facile, parler moins fort s'avérait, de toute évidence pour ses compagnons, bien plus compliqué. Tout comme arrêter d'utiliser des surnoms ridicules. C'était une vraie manie de leur chef qui déteignait souvent sur ses acolytes, au grand dam de la jeune femme.

C'était pourtant simple. Elle s'appelait Inazuma. Elle n'aimait pas qu'on la nomme autrement, car depuis qu'elle s'appelait ainsi, elle savait qui elle était : homme et femme à la fois. Et révolutionnaire dans tous les cas.

Le marché de la petite capitale était un des plus agréables qu'elle avait pu arpenter. Les fromagers, les vendeurs de primeurs, les bouchers ou poissonniers, les boulangers proposaient des produits de qualité à des prix très corrects. Ses artisans étaient apparemment très réputés. Les souffleurs de verre et les savonniers semblaient particulièrement prisés. Ces spécificités donnaient au lieu une atmosphère humble et sereine qu'Inazuma appréciait à sa juste valeur. Mais, depuis qu'elle avait commencé à explorer l'endroit seule, la jeune femme avait également remarqué que les merciers étaient des artistes hautement qualifiés. Leurs dentelles étaient particulièrement remarquables. Les motifs étaient somptueux, méticuleusement entrelacés avec finesse et goût. Cette foire exhalait sa passion secrète pour ce tissu et ce fait eut raison de son habituelle retenue. Elle voulait rapporter chez elle des montagnes d'échantillons de ces merveilles afin de sublimer ses créations.

En flânant à la recherche d'étoffes épatantes, elle s'arrêta près d'un stand où une vieille dame, tellement petite qu'on l'apercevait à peine derrière son étalage, proposait de magnifiques nœuds papillons rehaussés d'une véritable splendeur dentelée. Si elle avait pris l'habitude de confectionner ses propres vêtements et une partie de ceux de ses Okamas, elle savait reconnaître le travail de qualité. Et ici, il était clairement au rendez-vous. Alors qu'elle essayait un modèle au motif symétrique et élégant, elle demanda à la commerçante :

_ Excusez-moi, madame, auriez-vous un miroir pour que je vérifie si ce nœud me va bien ? »

_ Il est pour vous ? Je pensais que vous vouliez faire un cadeau à l'élu de votre cœur ! Tenez, voici ! Celui-ci est très original, c'est un motif rare que je ne produis pas souvent »

_ J'aime beaucoup sa sobriété, en effet. Mais je pense que je vais en essayer plusieurs avant de me décider, si cela ne vous gêne pas »

_ Pas du tout ! N'hésitez pas ! Je vous laisse réfléchir tranquillement. Je vais voir ce monsieur qui semble avoir besoin de mes conseils. Faites-moi signe en cas de besoin » indiqua la petite mamie dans un sourire.

Inazuma lui en adressa un également. Puis, elle examina le nœud-papillon dans la glace que lui avait prêté la vendeuse. En allongeant le bras, afin vérifier tous les points de vue, elle discerna, à un stand, dans son dos, le profil d'une jeune femme qui la pétrifia. Ses traits se figèrent. Son corps entier s'immobilisa si nettement qu'elle pensa que son cœur s'était arrêté également. Elle crut flancher, mais sa main gauche, qui avait l'habitude de ne jamais lâcher ce qu'elle tenait - que ce soit un verre de vin ou un miroir - s'agrippa au manche de celui-ci avec une telle intensité que la douleur qu'elle finit par ressentir aux doigts la sortit de sa stupéfaction. Ses jointures avaient blanchi. Elle-même était livide.

Ce miroir reflétait un spectre de son enfance.

Son passé…

Sa chimère.

Une ombre enchainée et silencieuse.

Un cauchemar oppressant et impitoyable.

Un fantôme froid et distant.

Mais, près d'elle dans ces ténèbres, il y avait toujours eu une lueur.

Une lueur d'espoir.

Apaisante.

Douce et chaleureuse.

Tout comme l'image qu'elle contemplait à cet instant.

Cette lueur, baignée par les rayons du soleil et la grâce des années, était devenue éclatante.

Cependant, ce visage la déroutait tout autant qu'elle la rassurait : il était familier et inconnu à la fois.

Le port de tête était toujours aussi noble qu'autrefois, mais le visage légèrement rond dont elle se souvenait s'était affiné. Les cheveux châtains avaient indubitablement poussé et formaient une cascade soyeuse retenue par un simple ruban blanc. Ils venaient parfois gêner la jeune femme en s'invitant devant ses grands yeux marron clair magnifiés par un discret maquillage. Les lèvres, bien plus vives qu'auparavant, s'étiraient alors dans un sourire gracieux et ses doigts fins venaient remettre les rebelles en place.

La révolutionnaire déposa un billet sur l'étal de la grand-mère. Elle se retourna et traversa l'allée qui la séparait de cette apparition de plus en plus tangible. Elle se plaça près de sa cible et commença à s'intéresser aux divers plats proposées par deux hommes assez jeunes mais visiblement très doués :

_ Maman, je peux goûter une de leur crevette à l'ail, s'il te plait ? L'odeur est trop appétissante ! »

_ C'est bien vrai ! Je commence à avoir faim, moi aussi. Tu veux bien nous en prendre trois, mon grand ? On pourra aller s'installer sur les tables là-bas, pour grignoter. Qu'en penses-tu ? »

_ Je suis partant ! » répondit l'enfant, plus que ravi.

_ Parfait ! Oh ! Et prends-nous une boisson aussi. Tiens, voilà l'argent. Recompte bien la monnaie. Et soit poli ! »

_ Oui Maman ! »

Le gamin passa la commande sous l'œil attentif de sa mère. Il respecta les recommandations maternelles à la perfection et fut chaudement félicité. Visiblement impatient, il enfourna d'emblée une bouchée de nourriture encore fumante :

_ Hajime ! Glouton ! Fais attention à toi, tu vas te brûler ! »

_ Pardon maman, mais cha à l'air trop bon ! Che peux pas attendre ! » répondit le gamin, la bouche pleine. Il mastiqua puis avala le morceau avant de conclure, réjouit :

_ Hmmmmm, elles sont presque aussi bonnes que celles de Mamie ! »

_ Gourmand va ! Aller, viens, on va s'asseoir là-bas » proposa sa mère en désignant du menton l'aire de pique-nique environnante.

En un éclair, l'agent infiltrée sut qu'elle devait saisir l'insaisissable.

Là, tout de suite.

Elle se planta face au gamin et s'agenouilla à sa hauteur :

_ Ces crevettes à l'ail sont si bonnes que ça, mon bonhomme ? C'est aussi mon plat préféré, alors tu me donnes très envie d'essayer celles-ci ! »

_ Oh oui Madame ! Maman dit toujours que si ça sent bon, c'est un bon indice ! Et on s'est pas trompé ! »

_ Je n'en doute pas ! »

Inazuma releva la tête en direction de la mère du jeune garçon et cette dernière sut qui était devant elle.

_ Hajime… » murmura cette dernière en faisant tomber le sac qu'elle tenait à la main sous l'effet de la surprise.

_ Oui maman ? Qu'est ce qu'il y a ? » demanda son fils en se tournant vers elle, persuadé qu'elle s'adressait à lui.

_ Tenez, vous avez perdu votre paquet » réagit l'espionne tout en lui tendant ses affaires.

_ Oh ! Euh… M... Merci »

Elle ne quitta pas Inazuma des yeux pendant que cette dernière se relevait. Lorsqu'elles furent enfin face à face, elles passèrent de longues secondes à s'examiner en silence. Le même visage en forme de cœur aux contours doux, le même menton légèrement pointu. Les mêmes yeux en amande, verts chez l'une, marron chez l'autre. Le même nez long et fin et les mêmes pommettes discrètes. La même bouche fine, de deux nuances différentes, rosé ou grenat.

Les deux sœurs se retrouvaient enfin, mais elles ne pouvaient s'étreindre comme le ferait les membres d'une famille depuis trop longtemps séparés. Elles ne pouvaient pas agir comme elles l'auraient souhaité. Sa sœur était toujours coincée dans la prison qu'elle avait fuit et elle-même devait garder sa vie secrète. Sans avoir besoin d'échanger un mot, elles se comprirent.

Mais toutes deux refusaient de manquer cette occasion sans pareil d'échanger quelques précieux mots.

_ Tu voulais me dire quoi, maman ? »

_ Euh… Et si on prenait aussi des beignets, pour le dessert ? »

_ Je crois bien que j'en ai vu aux fraises… On peut en prendre pour Ichigo et Miharu, s'il te plait ? »

_ C'est très gentil de penser à tes cousins. N'oublions pas ton oncle et ta tante. Et puis Papi et Mamie. Et ton père. Aller, j'en prends un pour tout le monde ! »

_ Oh ouais ! »

Sa sœur reprit place derrière elle, dans la file d'attente pour commander.

_ Une brochette de crevette s'il vous plait, demanda Inazuma. Votre fils m'a donné très envie d'y goûter. Il est vraiment adorable »

_ Merci beaucoup. Vous avez des enfants vous-mêmes ? »

_ Oh ! Non, mon métier me prend trop de temps pour l'instant. C'est très intense mais tellement enrichissant ! »

_ L'important c'est de faire ce qui nous tient à cœur. Il n'y a que ça qui peut nous rendre pleinement heureux. Moi, par exemple, quand j'ai un peu de temps libre, je peins des estampes. Je ne suis pas très douée, mais cela me détend. Mon mari les aime bien et il les expose dans la salle d'attente de son cabinet médical » glissa subtilement la jeune épouse.

_ C'est rassurant d'être soutenue par ceux qu'on aime. Et qu'aimez-vous peindre le plus ? »

_ Des paysages essentiellement. Je voudrais neuf beignets aux fraises s'il vous plait. Et vous, comment aimez-vous occuper votre temps libre ? »

_ En ce moment, j'ai un gros projet professionnel, qui ne me laisse malheureusement que peu de temps pour mes loisirs. Quand j'ai un peu de répit, j'adore me détendre en faisant de la couture pour mes amis et moi-même. Et j'aime beaucoup l'œnologie. »

_ J'avoue ne pas trop m'y connaître en vin. Mais, j'aime coudre également. Vous réalisez vos propres vêtements, n'est ce pas ? Permettez-moi de vous complimenter, cette robe est magnifique ! Vos camarades doivent être ravis de bénéficier de vos talents ! »

_ Merci, votre compliment me va droit au cœur. Mes compagnons adorent, en effet, me faire des requêtes vestimentaires. Elles sont parfois un peu saugrenues, voire franchement décalées, mais je pense qu'il est important de pouvoir s'habiller en accord avec ce que l'on est »

Un des cuisiniers tendit à Inazuma sa brochette en lui réclamant la somme prévue :

_ Je suis désolée, Monsieur, je n'ai pas de monnaie »

Pendant qu'il se dirigeait vers la caisse pour en récupérer, sa sœur reprit en la regardant droit dans les yeux :

_ C'est important de vivre en accord avec soi-même »

_ Je le pense aussi, même s'il faut parfois faire des sacrifices innommables pour cela »

_ L'important c'est d'être heureux. Haj… »

Alors que le vendeur était revenu et tendait sa monnaie à Inazuma par-dessus le bras de son collègue qui servait les beignets de sa sœur, la jeune révolutionnaire en profita pour heurter légèrement le sac de sucreries, qui chuta ainsi qu'une partie des pièces rendues. Comme elles s'accroupissaient toutes deux pour ramasser leurs effets sous les excuses des deux commerçants, les bords du chapeau en osier les dissimulèrent quelques instants.

Inazuma se pencha vers l'oreille de sa sœur :

_ Merci de l'avoir appeler Hajime. C'est un honneur… Il est radieux. Tout comme sa mère. Tu as toujours été mon rayon de soleil, Hana »

_ Haj… »

Avant même qu'elle ne finisse de prononcer ce nom, sa sœur s'était évaporée.

Si Inazuma n'avait en rien provoqué cette apparition, elle voulait contrôler la dissipation du phénomène et y mettre fin d'elle-même, avant de perdre toute maîtrise. Rien ne serait pire pour elle que de se laisser guider par ses sentiments et de tout raconter à sa sœur. Leur rencontre fortuite lui avait déjà tant donné ! Quelques minutes inespérée en sa compagnie et la voilà tatie. Trois fois ! Haruto devait donc bien se porter également. Sa sœur et son frère semblaient tous deux avoir épousé de bonnes personnes. Elle réalisa qu'elle n'avait pas vraiment eu de renseignements sur leurs parents. Elle aurait bien voulu connaître la réaction de leur père quand Hana a annoncé le prénom qu'elle donnait à son fils. Il a dut se sentir foudroyé.

Chacun son tour.

L'espionne ralentit la cadence. Depuis qu'elle avait quitté sa sœur, elle marchait vite, afin de mettre le plus de distance derrière elle et de ne pas être tentée de retourner sur ces pas. Elle devait s'occuper l'esprit pour ne pas faire d'impairs. Elle se recentra sur les tissus dont elle avait besoin et réalisa qu'elle avait toujours à la main le nœud papillon et le miroir de la mamie. La glace n'était sans doute pas à vendre. Elle espéra avoir mis assez d'argent sur le comptoir.

La couturière trouva des commerçants qui purent lui fournir de splendides tissus dont un satin carmin qui ravirait sans doute Paco. Elle acheta également un grand nombre de rubans de dentelle, de tous styles et de toutes tailles, afin d'embellir ses tenues une fois rentrée. Une fois ses achats terminés, elle se dirigea vers le point de rendez-vous convenu avec ses camarades.

En arrivant au restaurant, elle les repéra assez vite :

_ Agiter comme ça les bras, ce n'est pas vraiment la définition de la discrétion » releva la révolutionnaire.

_ Pardonne-nous Ina chan, mais on a été super discrets tout le temps ! Tu peux nous croire ! » témoigna Paco.

_ Je l'atteste, nous n'avons provoqué aucun raffut ! » garantit Eiimi, solennel.

_ Nous avons fait très attention ! » s'émut Junson, la larme à l'œil, devant tant d'efforts conjoints.

_ Tu as pu trouvé de quoi confectionner ma jupe ? » demanda le mécanicien, fébrile.

_ Que penses-tu de ce tissu ? »

_ Il est resplendissant, chatoyant, irisant ! Il est magnifique ! IL EST …

_ Chuuuuuuuut » lui rappelèrent-ils tous.

_ Il est parfait ! » conclut finalement son ami, enchanté.

_ Je vois que tu as fait d'autres trouvailles, Ina chan. Quel magnifique nœud papillon ! » complimenta Eiimi.

_ Merci, j'aime beaucoup sa dentelle »

_ Et quel magnifique miroir ! » renchérit Junson.

_ Oui, je trouve aussi. Le soleil s'y reflète à merveille… »