Bonjour à tous !

Ca fait un bail que je n'ai plus écrit de fanfictions, mais Haikyuu fut un immense coup de coeur pour moi (probablement mon plus gros depuis Yuuri on ice!), et après avoir baigné dans les fanfictions mettant en scène le KageHina, je n'ai pas pu m'empêcher d'écrire à mon tour sur ces deux (adorables) idiots. C'est probablement la première fois que j'écris quelque chose d'aussi léger niveau scénario, mais ça a été étonnamment rafraîchissant !

Le brouillon de cette histoire est déjà entièrement écrit, et à vue de nez, je pense qu'elle comptera 4-5 chapitres. J'espère qu'elle vous plaira, j'ai pris beaucoup de plaisir à l'imaginer !

PS : cette fanfiction a été écrite avant que l'arc des nationales soit fini dans le manga. Les résultats des nationales qui sont décrits dans ce chapitre sont le fruit de mon imagination de l'époque.


La première fois que le genou d'Hinata toucha celui de Kageyama, le passeur retira instinctivement sa jambe. Pareil lorsque leurs épaules s'effleurèrent dans la salle du club.

Leur premier véritable contact physique fut un high-five qu'Hinata dut littéralement arracher à Kageyama suite à une énième excellente passe. Puis, au fil des mois, leurs corps commencèrent à se tenir de plus en plus proches l'un de l'autre.

Ils n'avaient pas besoin que leurs genoux se touchent lorsqu'ils étaient assis côte à côte. Kageyama n'avait pas besoin de laisser sa main s'attarder légèrement sur l'omoplate du rouquin après lui avoir donné une tape amicale. Hinata n'avait pas besoin de poser sa poitrine contre son dos ou son menton près de sa clavicule pour lire un article d'un magazine de volley par-dessus son épaule. Et pourtant, ces innocents contacts étaient devenus leur routine.

Les deux adolescents ne savaient pas quand ils avaient commencé à se rapprocher de la sorte, ni qui avait initié le premier contact corporel hors high-five, mais aucun ne disait mot ou ne se retirait lorsqu'une quelconque partie de leur corps rentrait en contact avec l'autre. Au contraire, ils se retrouvaient plutôt à rechercher le contact, aussi éphémère celui-ci soit-il.

Toutes leurs interactions physiques restaient anodines et à la limite de l'amitié. Aucun membre de l'équipe ne leur avait fait de remarque. Leur rapprochement avait été tellement progressif que personne ne l'avait même réellement perçu. Par ailleurs, les deux volleyeurs ne passaient pas de temps ensemble en dehors des activités de club, des sessions d'étude avec Yachi à l'approche d'un test, ou d'un pain de viande acheté avec l'équipe au magasin d'Ukai.

Puis, en novembre, eut lieu un match d'entraînement auquel Sawamura ne put participer, étant cloué au lit par une légère fièvre. Son absence avait laissé un douloureux trou dans la défense de l'équipe de Karasuno, ce qui n'avait pas manqué d'échapper aux adversaires – adversaires qui, malheureusement, comprenaient un nombre bien trop élevé de joueurs maîtrisant un puissant service. Hinata fut rapidement pris pour cible et rata beaucoup de réceptions, ce qui lui valut des remontrances incendiaires de Kageyama.

Le match terminé, les deux adolescents furent chargés de nettoyer le gymnase et de le fermer.

Ils nettoyaient silencieusement le sol, ruminant l'écart bien trop grand entre leurs points et ceux de l'équipe adversaire.

Lorsqu'Hinata poussa un long soupir, Kageyama lui jeta un regard noir et cracha :

« Si tes réceptions n'étaient pas aussi merdiques, on n'en serait pas arrivé là. »

Le roux baissa les yeux. Il s'était toujours inconsciemment reposé sur Sawamura et Nishinoya pour assurer la défense et pallier son manque de maîtrise des réceptions. Et Ukai avait toujours arrangé les rotations lors des matchs pour que le capitaine soit à l'arrière lors des puissants services. Hinata s'en rendait à présent amèrement compte.

Plus aucun son n'émanait du gymnase. Les deux adolescents avaient cessé de nettoyer le sol avec leurs balais.

Puis, Kageyama poursuivit, fusillant toujours le roux du regard :

« Ce genre d'erreurs ne peut pas arriver aux nationales. Plus on avancera, plus on affrontera des adversaires puissants, avec probablement de plus en plus de joueurs ayant un killer serve. »

Hinata savait que son partenaire avait raison, aussi, était-il incapable de rétorquer. Son sermon était différent des habituels « Hinata, abruti ! » ou « Hinata, tu joues comme un manche ! » qu'il lui servait à chacune de ses habituelles erreurs techniques. Ici, le problème n'était pas une erreur due au stress ou à un manque de concentration, mais bien qu'il n'ait jamais pris ses entraînements aux réceptions avec le même sérieux que ceux aux attaques.

« Même si Daichi-san revient pour les prochains matchs, il ne sera pas là éternellement pour couvrir les arrières. » continua amèrement Kageyama. « L'année prochaine, on devra déjà se débrouiller sans lui. Et peut-être même avec des premières qui auront des réceptions aussi merdiques que les tiennes. »

Voir Hinata garder les yeux baissés face à ses remontrances attisa la colère de Kageyama. Il n'aimait pas voir son partenaire accepter sans broncher ses reproches. Il voulait qu'il garde son esprit combatif, qu'il lui rétorque qu'il maîtriserait parfaitement les réceptions d'ici les nationales – même si tous deux savaient que c'était techniquement impossible.

Kageyama s'approcha du rouquin et empoigna le dessus de sa tête pour la relever et le forcer à le regarder dans les yeux. Lorsqu'Hinata vit les sourcils froncés du passeur, il déglutit. Puis, lorsqu'un sourire qui ressemblait plus à un rictus qu'autre chose étira ses lèvres, il souhaita de tout son cœur disparaître dans le parquet.

Hinata avait déjà vu son partenaire faire cette tête – notamment après le fameux service qu'il lui avait envoyé dans la tête – et cela n'annonçait jamais rien de bon.

Kageyama inspira longuement, puis ordonna froidement :

« Demain, tu viendras t'entraîner aux réceptions avec moi sur le temps de midi. Et les jours suivants aussi.

Jusqu'à ce que tu sois foutu de rattraper un ballon sans l'envoyer n'importe où, tu me feras cent réceptions à chaque temps de midi. Et si tu n'as pas la moyenne, ce sera cent réceptions en plus. »

Le visage d'Hinata se décomposa à cette déclaration.

'Pourquoi j'ai l'impression qu'il me jure qu'il va me défoncer les bras alors qu'il me parle d'un entraînement ?' Songea-t-il en pâlissant.

Il reprit cependant vite son sang-froid face au défi que lui proposait son partenaire et affirma :

« Je ne perdrai pas ! »

Kageyama, satisfait de voir Hinata enfin retrouver ses couleurs, assena avec un regard moqueur :

« Sache que la moyenne ne sera pas à 40 réceptions réussies sur 100 comme pour les tests. Enfin, si tu arrives à faire mieux que ton dernier vingt en maths de la semaine dernière, ça sera déjà pas mal, j'imagine. »

Aussitôt, Hinata s'élança sur Kageyama en assenant :

« Tu peux te la ramener, alors que t'as encore eu moins que moi à ce fichu test ! »

Et la paire commença à s'empoigner comme elle en avait l'habitude avant de remarquer l'heure tardive et de se hâter de ranger.

oOo oOo oOo

Les deux adolescents commencèrent ainsi à passer leurs temps de midi ensemble. Ils commençaient par manger leurs bentos côte à côte, leurs genoux se touchant plus souvent que non, puis pratiquaient les réceptions. Ils avaient choisi un coin reclus de l'arrière-cour, près d'un porche surplombant une sortie de secours. Peu d'élèves choisissaient cet endroit pour passer leur temps de midi. Mais bientôt, même ce peu d'élèves commença à éviter ce coin précis de l'arrière-cour, craignant de se prendre un ballon dans la tête ou lassé de sursauter à chaque braillement de Kageyama lorsqu'Hinata ratait une réception. Et rapidement, la bruyante paire se retrouva à manger seule dans l'arrière-cour.

Puis, vint le premier jour où une pluie torrentielle s'abattit en plein temps de midi. Par réflexe, Hinata et Kageyama se retrouvèrent au porche habituel, mais finirent par se résoudre – à contrecœur – à être incapables de s'entraîner correctement sous le déluge. Ils mangèrent donc côte à côte, en silence, abrités sous le porche. Puis, Kageyama sortit le magazine de volley auquel il était abonné.

« Je peux lire avec toi ? » demanda Hinata.

Le passeur hocha simplement la tête et ouvrit le magazine. Hinata se rapprocha, plaça ses mains sur l'épaule de Kageyama et y déposa son menton. Son flanc touchait le dos du passeur et ses cheveux lui chatouillaient le cou. Kageyama resta cependant impassible et ils lurent silencieusement le magazine, commentant telle ou telle ligne, ou fronçant simultanément les sourcils lorsqu'une énième photo d'Oïkawa apparaissait au détour d'un article.

Parfois, ils se demandaient si leur comportement n'était pas bizarre. Si deux hommes étaient réellement censés se conduire de la sorte. Mais personne ne leur faisait de remarque, personne ne semblait même leur prêter attention, et surtout, cela n'affectait pas leur manière de jouer. Ils étaient toujours la même « paire d'allumés » - comme aimait les appeler Ukai - dotée d'une courte effroyablement rapide, s'insultaient pour un oui ou pour un non et se défiaient pour tout et n'importe quoi. Aussi, ne se posaient-ils cette question que brièvement.

Les deux adolescents continuèrent à passer les quelques temps de midi pluvieux sous le même porche. Parfois silencieux, parfois se défiant à des jeux plus stupides les uns que les autres, parfois regardant simplement la pluie qui tombait devant eux tel un rideau.

Lors d'un jour ensoleillé cependant, Hinata arriva dans l'arrière-cour, les paupières lourdes et un bruyant bâillement ne demandant qu'à s'échapper de sa gorge. La veille, il avait insisté auprès de Sawamura pour pouvoir s'entraîner encore un peu avec Kageyama après la fin des activités du club. Le capitaine avait fini par céder, veillant tout de même à lui donner de multiples avertissements quant à l'heure à laquelle il devait rentrer. Mais comme à l'accoutumée, les deux idiots n'avaient pas regardé l'horloge et étaient rentrés chez eux bien trop tard. Cela n'avait pas empêché Hinata de prendre un copieux souper, qui, malheureusement, lui était lourdement tombé sur l'estomac au moment où il s'était couché.

Hinata avait donc passé une nuit exécrable et s'était largement laissé dépasser par Kageyama lors de leur course matinale vers le gymnase.

Après avoir fini de manger, il expliqua rapidement la situation au passeur – qui sembla légèrement mécontent à son entente – et lui demanda de lui prêter ses genoux pour sommeiller. Malgré l'absence de pluie qui leur aurait permis de s'entraîner, Kageyama accepta, conscient qu'épuiser inutilement Hinata avant l'entraînement du club après les cours ne pouvait être bénéfique. Il veilla cependant à ponctuer sa réponse des insultes et réprimandes habituelles.

'Manger au point de ne pas savoir en dormir...' Soupira intérieurement Kageyama. 'Pourquoi ça ne m'étonne pas ?'

Après plusieurs minutes seulement, Hinata s'endormit et son partenaire passa une main distraite dans ses cheveux roux.

Kageyama se surprenait de plus en plus souvent à souhaiter passer du temps avec Hinata. Et le dimanche lui semblait durer une éternité avant qu'enfin, le lundi ne lui permette de se rendre à l'école.

Seul le volley lui permettait d'oublier son coéquipier le dimanche. Dès qu'il avait un ballon dans les mains ou regardait un match, son attention se focalisait sur le contrôle de la balle ou sur les stratégies des équipes s'animant sur l'écran.

'Ce n'est probablement pas normal.' Songea-t-il en continuant à caresser les cheveux d'Hinata. 'Pas normal du tout.'

Mais Kageyama n'avait jamais été un garçon pouvant être classé dans la catégorie « normal », aussi ne se préoccupa-t-il pas de ces pensées plus que de raison. Il avait le volley et Hinata. Et c'était tout ce qu'il souhaitait.

oOo oOo oOo

Petit à petit, les réceptions d'Hinata s'amélioraient. Elles ne permettaient encore que rarement de renvoyer parfaitement la balle vers le passeur, mais avaient parfois permis de sauver quelques points lors des matchs d'entraînement. Effectuer cent réceptions sur les temps de midi était rude, mais cela portait ses fruits, et Hinata avait appris à apprécier les moments où le ballon qu'il avait réussi à renvoyer de justesse se transformait en une attaque gagnante. Malgré tout, Kageyama ne manquait pas de faire savoir à son partenaire combien il lui restait encore à améliorer.

Avec l'approche des nationales, Hinata et Kageyama passaient de moins en moins de moments intimes ensemble et de plus en plus de temps à s'entraîner. Et heureusement pour eux, les temps de midi étaient plus souvent dégagés que pluvieux ou même neigeux.

Cependant, plus le jour fatidique du tournoi de printemps approchait, plus le passeur sentait la tension le gagner. Avec les années, il avait appris à gérer son stress et celui-ci n'affectait donc plus son jeu – ou presque.

Jusqu'à un match d'entraînement contre Dateko.

Le premier set avait été difficile, et le deuxième ne s'annonçait pas beaucoup mieux. Les passes de Kageyama étaient pourtant exceptionnelles, comme à l'accoutumée. Mais les attaquants ne parvenaient pas à marquer face à l'imposant et oppressant bloc de l'adversaire. La pression engendrée commençait à peser sur les épaules du passeur. Le tout, exacerbé par le fait qu'il savait pertinemment qu'il ne faisait pas d'erreurs. C'étaient ses coéquipiers qui analysaient mal la situation, qui se laissaient dominer par le bloc, qui se…

Soudain, après un énième blocage, Kageyama cria contre la personne sur laquelle il aurait probablement le moins dû crier : Azumane.

Il y eut une seconde de silence. Puis Kageyama se figea dans une expression d'horreur indescriptible. Les paroles acerbes et cinglantes de Tsukishima sur le retour du roi égocentrique ne firent que le paralyser davantage, et alors qu'il s'apprêtait à baisser la tête et à s'excuser, il entendit :

« Tu sais, ça fait un moment que j'y pense, mais qu'est-ce qu'il y a de si mal que ça à être un roi ? »

Les yeux agrandis, Kageyama se tourna vers Hinata. Ce dernier assena alors à l'équipe :

« Si je ne suis pas d'accord avec ce que Kageyama dit, je ne vais pas l'écouter et c'est tout ! »

Le passeur, qui un instant plus tôt, s'était senti plus léger, ne savait à présent plus où se situer entre la stupéfaction et l'envie furieuse de donner un coup sur le crâne d'Hinata.

Il fut cependant pris de court par ses autres coéquipiers qui appuyèrent ou approuvèrent ce que le roux venait de clamer. Et alors qu'il s'apprêtait à répliquer, Hinata se tourna à nouveau vers lui en affirmant :

« Qu'est-ce qu'on s'en fout que tu sois le roi ? Et puis merde, je trouve ça beaucoup trop cool, moi, d'être un « roi » ! »

Le visage un peu frustré et la pseudo couronne qu'Hinata avait imitée avec sa serviette achevèrent de déterminer où se situait Kageyama au niveau de son ressenti. Définitivement, il souhaitait donner un bon coup sur la serviette-couronne et le crâne de son partenaire.

Lorsque le troisième set commença, Kageyama parvint enfin à être plus naturel sur le terrain. Il n'était cependant pas encore totalement remis du choc causé par les réminiscences de son horrible dernier match à Kitagawa Daichi.

Ce furent finalement les cris d'Hinata qui le réveillèrent totalement :

« Tu n'attaques presque pas par le milieu aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ? Pauvre petit Kageyama-kun est effrayé par le grand mur ? »

Le passeur fronça brutalement les sourcils alors qu'Hinata ajoutait :

« Utilise tes attaquants centraux à la fin ! »

Ce à quoi Kageyama répondit en braillant une quelconque onomatopée.

Définitivement, le passeur rêvait d'administrer à son partenaire un énorme coup sur la tête ! Mais premièrement, il allait secouer Tsukishima. Kageyama avait jusqu'à présent fait de son mieux pour lui donner les passes qu'il souhaitait - et il comptait bien continuer à le faire - mais cette perche n'allait pas lui faire croire qu'avec d'aussi longues jambes, il n'était pas fichu de sauter plus haut !

Et effectivement, la passe plus haute que Kageyama lui fit lui donna raison. Tsukishima était capable de sauter. Malheureusement, il n'y était pas encore habitué et avait donné le point aux adversaires en envoyant le ballon au-delà des limites du terrain, mettant malheureusement du même coup fin au set.

Malgré cette faute, Kageyama sentit la satisfaction poindre pour la première fois depuis le début du match.

Avant le set suivant, Hinata lui lança :

« Peu importe à quel point tu essaies d'être un type gentil et calme, tu resteras toujours un roi, alors accepte-le ! »

Et aussitôt, les sourcils du passeur se froncèrent. Hinata n'y prêta cependant pas attention et se mit à nouveau à enrouler sa serviette afin d'en faire une couronne. Il sauta ensuite sur son partenaire afin de la poser sur ses cheveux et cria :

« Je couronne ici le nouveau « roi du terrain » ! »

Kageyama attendit une seconde, une longue seconde, avant de prendre la serviette et de la lancer sur la tête d'Hinata. Et alors que ce dernier étouffait un cri de surprise, il sourit.

Finalement, Karasuno gagna quatre sets sur huit et les équipes se quittèrent sur une égalité.

Après s'être changé dans la salle du club, Kageyama et Hinata se dirigèrent vers les hangars à vélo de l'école. Alors que l'attaquant enfourchait le sien, Kageyama lui prit la manche, le forçant à le regarder et murmura :

« Merci. »

Sitôt après avoir parlé, il se retourna et partit sans un mot. Pour la première fois de sa vie, il avait été accepté tel qu'il était. Et cela le rendait incroyablement heureux.

Hinata, quant à lui, était toujours à moitié enfourché sur son vélo et regardait la silhouette de son partenaire s'éloigner. Puis, sa tête tomba légèrement sur le côté, un air d'incompréhension sur le visage.

« Merci de ? » se demanda-t-il, un gros point d'interrogation au-dessus du crâne.

oOo oOo oOo

Le premier jour fatidique du tournoi de printemps arriva et l'équipe de Karasuno se retrouva confinée dans un bus vers Tokyo. Kageyama et Hinata étaient assis l'un à côté de l'autre, mais pour une fois, ni leurs genoux, leurs épaules, ou une quelconque autre partie de leurs corps ne se touchaient. Leur regard, fixé sur les sièges leur faisant face, était tourné vers les matchs à venir. Ils allaient rencontrer de puissants adversaires, les vaincre, et atteindre le sommet.

Karasuno gagna son premier match, puis le second, et le troisième. Ils battirent même Nekoma, leurs rivaux de toujours. L'euphorie de la victoire était à son comble. Ils franchissaient les étapes une par une, se rapprochaient de la finale tant convoitée.

Puis, en demi-finale, ils perdirent.

Ils n'avaient pourtant pas fait d'erreurs particulières. Peut-être auraient-ils pu un peu plus briller à certains moments. Peut-être auraient-ils pu faire de meilleurs choix tactiques aux instants critiques. Oui, sûrement.

Mais les résultats étaient là. Lourds et irrévocables. Ils avaient perdu, un set à trois.

A la fin de la demi-finale, l'équipe se leva mécaniquement pour saluer les tribunes, puis quitta le terrain.

Sur le trajet du retour, personne ne parla. Le fait qu'ils soient allés aussi loin aux nationales n'amortissait pas le moins du monde leur échec. La frustration ressentie était même encore plus grande qu'après la défaite face à Aobo Josai. Car justement, ils étaient allés aussi loin. Et malgré cela, ils avaient laissé filer cette chance entre leurs doigts. Malgré cela, ils avaient une fois de plus été chassés du terrain.

Probablement auraient-ils pu gagner le match. Cela ne s'était pas joué à grand-chose, vraiment. A quoi exactement, par contre ? Ils ne savaient pas, ou n'en avaient qu'une vague idée. Lorsque l'on atteignait un tel niveau et qu'il n'y avait pas d'erreurs évidentes, il était toujours difficile de définir exactement pourquoi l'on avait perdu, ce qui ne rendait la défaite que d'autant plus frustrante. Car un autre jour, dans d'autres circonstances, peut-être auraient-ils gagné.

Ukai décida de laisser le débriefing au lendemain et laissa tout le monde partir après un copieux repas.

Hinata se retrouva cependant devant le gymnase, sans réellement s'en rendre compte, et commença à s'entraîner mécaniquement contre un mur. Il fut bientôt rejoint par Kageyama. Ils remarquèrent tous deux s'être conduits de manière plus ou moins similaire après la défaite contre Aoba Josai, mais aucun ne le souligna.

Après une heure passée à faire de simples passes, Kageyama assena avec un regard féroce :

« L'année prochaine… On gagnera. »

Hinata arrêta alors le ballon et retint ses larmes du mieux qu'il put.

« Je voulais gagner cette année. » murmura-t-il.

Alors que Kageyama s'apprêtait à rétorquer, il lâcha d'une voix étranglée :

« Je voulais gagner avec cette équipe. Avec Daichi-san, Sugawara-san et Asahi-san. »

Kageyama serra les poings et laissa échapper un bruit indescriptible.

Hinata lui renvoya alors le ballon et ils n'échangèrent plus aucune parole.

Après le tournoi de printemps, les activités de club prirent fin pour les terminales et l'équipe célébra leur départ dans le gymnase une après-midi après les cours.

Les terminales y firent leurs adieux et remercièrent leurs coéquipiers pour avoir formé une équipe capable de se qualifier aux nationales. Hinata et Kageyama en eurent les larmes aux yeux et quittèrent abruptement le gymnase, marmonnant une phrase incompréhensible contenant le mot « toilettes ». Les autres joueurs – trop occupé à retenir un Nishinoya au visage inondé de pleurs ne demandant qu'à sauter sur les troisièmes pour les enlacer – ne s'en rendirent même pas compte.

Une fois quelque peu éloigné du gymnase, Hinata serra convulsivement les poings. Pendant toute la durée de la fête, les terminales avaient souri et Sawamura avait dignement passé le flambeau du capitaine à Ennoshita, lui confiant leur « équipe explosive ».

Alors qu'ils devaient crever d'envie d'hurler ne pas vouloir quitter le club.

Après quelques reniflements, Hinata planta un regard flamboyant dans celui de Kageyama et annonça :

« L'année prochaine, on ira aux nationales. Et on gagnera ! »

Le passeur essuya alors vivement le coin de ses yeux et assena :

« Evidemment, abruti ! Qu'est-ce que voudrais-tu qu'on fasse d'autre ? »

Hinata sourit. Probablement un des plus beaux sourires que Kageyama ait jamais vu sur son visage. Et lorsqu'il lança :

« Le dernier au gymnase a perdu. »

Puis courut à toute vitesse, Kageyama démarra avec une seconde de retard.

Lorsque les deux adolescents revinrent au gymnase, essoufflés, toute l'équipe était encore présente et Nishinoya versait toujours d'abondantes larmes.

Hinata lança alors, un grand sourire aux lèvres :

« On fait un match à six contre six ? »

Les joueurs, d'abord surpris, répondirent finalement avec un puissant : « Ouai ! ».

Ils enchaînèrent sets sur sets. Peu importait que plus ils épuisaient leurs corps, plus leur jeu faisait pâle figure à côté de celui qu'ils avaient montré aux nationales. Ils voulaient encore jouer. Ils voulaient rester sur le terrain.

Mais alors que l'heure se faisait tardive, leurs estomacs crièrent famine et l'équipe entière se résolut à nettoyer le gymnase. Puis, lorsque les terminales partirent de leur côté et furent suffisamment loin pour ne pas être vus, ils laissèrent les larmes rouler sur leurs joues.


J'ai longuement hésité à inclure la scène du match d'entraînement contre Dateko dans cette histoire. D'habitude, je n'aime pas trop réécrire une scène d'un manga/livre telle quelle (et j'espère d'ailleurs ne pas l'avoir souillée -_-') mais elle était tellement belle, tellement significative pour Kageyama que je n'ai pas pu me résoudre à seulement la mentionner.