Soif Insatiable de Vice - Partie Cinq


Et voilà la dernière partie de SIV, en espérant qu'elle vous plaira ! Merci d'avoir suivi jusqu'ici ! Et laissez une review, même petite, s'il vous plaît, ça m'encourage et ça me guide pour mes prochains écrits.


Quand je repense à mon initiation, je me dis qu'on a tout de même fait beaucoup de progrès depuis. Tsunade a vite trouvé cette méthode barbare et exagérée, et a donc décidé de la remplacer par une mission d'essai. Mais je ne regrette pas ce par quoi je suis passé. Bien sûr, ce n'était pas un moment agréable à passer, mais ça m'a appris à ne pas avoir pitié. Nous vivons dans un monde de brutes, et il faut savoir s'adapter ; l'expérience m'a montré que même une personne que l'on connaît depuis des années peut un jour retourner sa veste sans raison, et qu'à ce moment-là on n'a pas le droit de reculer. La vie est ainsi faite : elle est injuste. Sasuke en sait quelque chose…

Il y a deux jours, il a reçu un message de son frère le prévenant que les Uchiwa planifiaient l'attaque de l'une de nos caches d'armes dissimulée dans une vieille maison. Bien évidemment, Orochimaru a immédiatement organisé une embuscade, et comme une opération de cette envergure nécessite énormément de personnes, Sasuke n'a pas eu d'autre choix que d'accepter d'en faire partie. On ne peut pas dire que cette décision ait été facile à prendre ; Sasuke voulait prouver qu'il était fidèle aux Senju, Orochimaru voulait le plus de bras possibles, Jiraya pensait au moral de sa nouvelle recrue, et Tsunade s'inquiétait du contrat que Fugaku avait mis sur sa tête. Sauf que Sasuke est tout sauf raisonnable, et que s'il décide de quelque chose, il ne revient jamais en arrière. Il est têtu comme c'est difficilement possible, et il a la tête aussi dure que la pierre. C'est donc résigné que j'ai accepté de couvrir ses arrières – puisque je peux enfin utiliser mes deux mains, je n'ai plus la moindre excuse pour échapper aux ordres.

Le cœur battant, nous attendons, cachés, que quelque chose bouge pour lancer l'assaut. J'ai toujours adoré ces moments de calme, juste avant une attaque. Le temps s'immobilise, les sabliers s'enrayent et les horloges se taisent. La seule chose que je ressens, c'est l'exaltation de l'instant, ce mélange d'angoisse et d'excitation qui s'emparent doucement de moi, et j'adore ça. Et quand un bruit de pas discret se fait entendre de l'autre côté de la porte, mon cœur se met à battre encore plus fort. Je jette une œillade à Sakura, qui nous donne le signal quelques secondes plus tard.

Puis tout se déroule très rapidement. Sasuke ouvre d'un coup de pied la porte de l'ancienne arrière-cuisine et fait irruption dans la pièce principale, en même temps que d'autres passent par les fenêtres ou sautent de l'escalier. Dans la débandade, les balles fusent et les détonations résonnent immédiatement, sans même tenter de débuter le moindre dialogue. Même si les Uchiwa ne s'attendaient pas à nous trouver là, ils se défendent bien les bougres ! En quelques secondes, la pièce est devenu un champ de bataille où les douilles gisent au milieu des gouttes de sang et des morceaux d'ouate qui ont volé du canapé. Plusieurs corps se sont recroquevillés contre le parquet, mais il m'est impossible de savoir s'ils sont morts ou simplement blessés. Les fauteuils, les meubles et la porte d'entrée servent de boucliers, et les rideaux volent au vent dans un mouvement gracieux, en complète opposition avec l'horreur de la scène.

Tout à coup, dans un élan de folie – ou de courage stupide ? – un homme sort de derrière la grande horloge pour se précipiter vers Shikamaru. Il ne le tient pas encore en joue, j'ai donc le temps de le viser ; de derrière la table tombée à terre, je redresse la tête pour ajuster mon tir et appuie sur la gâchette. Ma cible s'effondre et un cri d'hystérie retentit de l'autre côté de la pièce. Sans que je n'ai le temps de réaliser ce qu'il se passe, une femme à l'air enragé surgit de derrière un fauteuil, me vise et tire. Une douleur sourde me déchire l'épaule gauche si vivement que j'en ai le souffle coupé, et je me sens tomber sur le parquet. J'entends vaguement quelqu'un m'appeler et me demander quelque chose, mais tous les bruits alentours semblent me parvenir au travers d'un filtre. Je ne fais même plus attention à quoi que ce soit, je ne sens que mon sang s'écouler à flot d'une plaie qui me ferait hurler si seulement je savais encore comment user de mes cordes vocales. J'ai mal, bon sang ce que j'ai mal ! Les sons s'éloignent peu à peu, tandis que la douleur se fait de plus en plus pernicieuse ; j'ai l'impression que mon épaule est en feu. S'il y a un dieu là-haut, faites que cela cesse, je vous en prie !

Je voudrais me rouler par terre, plonger dans de l'eau glacée, mordre dans la première chose qui me tomberait sous la dent, pourvu que cette horrible sensation s'efface ne serait-ce qu'un peu. Il me semble que quelqu'un tente de me calmer, et les bruits des balles se sont affaiblis, mais je ne suis plus sûr de rien. L'inconscience me tend ses bras si confortables, et je ne résiste pas.


Ma tête est vide, et mon corps si léger… C'est la première chose qui me vienne à l'esprit alors que je reprends peu à peu connaissance. Je cligne des yeux pour essayer de savoir où je suis, mais je ne vois qu'un plafond blanc. Soudain, tous mes souvenirs se déversent sur moi comme une douche froide. La cache, les Uchiwa, l'embuscade, la femme enragée, la balle. La douleur s'éveille dans mon épaule, me faisant grimacer, mais elle est tout de même plus supportable que… que quand, d'ailleurs ? Je fronce les sourcils en m'apercevant que mon cerveau grouille de questions.

En tournant la tête, je vois que mes lunettes m'attendent sagement sur une table de nuit. Je tends le bras comme je peux, encore quelque peu engourdi par l'anesthésie, puis les enfile sur mon nez. Maintenant que je vois clairement, je constate que je ce que j'avais pris pour la lumière du jour n'est que la lueur aveuglante d'un néon désagréable. La grande fenêtre ne laisse passer que les derniers rayons de soleil avant la nuit, et… Sasuke dort, affalé sur un fauteuil. Mon cœur sursaute en le voyant là, tout près de moi. J'ai soudain une irrésistible envie de caresser sa joue du dos de ma main, mais je me sens incapable de me lever avec le peu de forces que j'ai. Depuis quand attend-il là, à mon chevet ? Avec un sourire, je chuchote pour éviter de le réveiller.

— Tss… Qu'est-ce que tu fous là ?

Mais Sasuke se met à marmonner, sourcils froncés, en entrouvrant les yeux. Merde, on dirait que je n'ai pas été assez discret ! Il me fixe une demie seconde d'un air perdu, puis bondit du siège en se précipitant vers moi.

— Naruto, ça va ? Comment tu te sens ?

Passé un instant de surprise, j'esquisse un sourire carnassier.

— Tu étais si inquiet que ça, alors ? lui demandé-je en sachant pertinemment ce que cela va provoquer.

Ses joues rosissent un court instant, puis il détourne le regard en haussant les épaules, cherchant un argument valable.

— Normal, t'as perdu beaucoup de sang, tout le monde était inquiet !

Je ricane intérieurement, fier de constater que je lui fais cet effet-là, puis tente de le rassurer en prétendant que je ne sens quasiment plus rien. Son regard se repose sur moi, mais il est bien plus grave.

— Arrête, je sais que tu mens. Tu transpires et tu grinces des dents sans même t'en rendre compte.

Mince alors, je ne pensais pas qu'il me connaissait si bien… ! J'essaie de faire un sourire convaincant, et lui rappelle que ce n'est pas la première fois que je finis à l'hôpital. Mais au lieu de le faire lâcher prise, ma remarque ne fait que le renfrogner davantage.

— Elle a visé le cœur Naruto, t'aurais pu y passer !

— Oui, et alors ? Ça fait partie des risques que j'ai accepté depuis longtemps. réponds-je en évitant son regard.

— Mais c'est pas une raison pour t'exposer comme tu l'as fait !

Je n'aime pas du tout la tournure que prend cette discussion. Tout cela part peut-être d'une bonne intention, mais je ne supporte pas qu'on me dicte ma conduite. D'ailleurs, à ce que je sache, il n'est sûrement pas le mieux placé pour donner des leçons à ce sujet !

— Hey, qui c'est qui a insisté pour participer alors qu'il est menacé de mort ? Pas moi !

— Ça n'a rien à voir, il faut que je m'assure une place avec les Senju, sinon je suis fini. Et j'ai une vraie raison pour chercher à me venger de mon père.

Je fronce les sourcils et secoue vivement la tête. Ça ne change rien, le problème est le même : on court tous les deux les mêmes risques, et on les accepte tous les deux, c'est tout.

— Mais personne n'a encore rien tenté contre moi ! affirme Sasuke avec cet air désinvolte qui lui sied si bien. Si ça se trouve, c'était juste un coup de bluff de Kabuto pour me faire flipper !

— Sauf que j'ai peur pour toi, je m'inquiète à chaque fois que tu mets le nez dehors, j'ai des sueurs froides quand t'as une mission, tout ça parce que je t'aime et que…

Un ange passe. Sasuke me fixe avec un air surpris comme je ne lui en ai jamais vu. Les bras ballants, il s'est immobilisé comme un arrêt sur image, et ne dit plus rien. Quelques secondes – ou sont-ce des heures ? – s'écoulent, puis il se précipite hors de la chambre sans la moindre explication.

Bon sang, ce que je suis stupide.

Ce n'est pas nouveau, j'ai toujours été le roi de la maladresse au point qu'il m'arrive de me surnommer moi-même Gaston Lagaffe, mais là j'ai dépassé tous les records. J'aurais pu lui sortir le mensonge du siècle, l'insulter, bouder, me foutre de lui, mais non, il a fallu que j'avoue ça, ce que j'ai sur le cœur depuis trois semaines, ce qui me fait tergiverser à chaque fois que je me retrouve face à moi-même, ce qui me rend tellement dingue que je ne fais même plus attention à ce que je raconte. Je suis vraiment un cas désespéré… Je voudrais me mettre des claques tellement je m'énerve moi-même. Non mais franchement, qu'est-ce qu'il m'a pris de lâcher cela au beau milieu d'une prise de bec ? J'ai une case en moins, ou quoi ?

Dehors, une nuit d'un noir d'encre a fondu sur les toits de la ville. Je ferais mieux de dormir, peut-être que cela me permettrait d'oublier ma connerie monumentale, ne serait-ce que pour quelques heures… Pendant que je continue à me maudire, un infirmier vient vérifier mes constantes, installer une nouvelle poche d'antidouleur et changer mon bandage, déjà imbibé d'hémoglobine. Il m'explique que je suis là depuis la veille au soir, et que je pourrais sortir dans deux jours si tout va bien. Cela devrait me faire plaisir, mais je ne réponds même pas ; mon esprit est obnubilé par une seule question : qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire pour me sortir de ce bourbier ? Quand je me retrouve seul, je me mets à échafauder des plans fumeux pour prétendre que ma langue a fourché, mentir honteusement en affirmant que je n'ai rien dit de tel, ou encore jouer la carte de l'anesthésie qui fait déblatérer des bêtises.

Quelque part, je me fais pitié. À quel point suis-je tombé bas pour refuser d'assumer mes sentiments ? C'est un descendant des Uchiwa, oui, et puis ? Cela ne l'empêche pas d'être attentionné, adorable et – il faut bien l'avouer – terriblement sexy. Et s'il me rejette ? Je suis sûr qu'il est assez intelligent pour garder ça pour lui et ne plus évoquer le sujet. J'aurais tout de même pu amener la question autrement, mais de toutes manières j'ai toujours été impulsif.

Je m'interromps soudain au milieu de mes réflexions, car la porte s'entrouvre doucement. Je ferme les yeux immédiatement, n'ayant aucune envie de voir qui que ce soit pour le moment. Si je fais semblant de dormir, il ou elle finira bien par partir, non ? La clef tourne dans la serrure ; mais pourquoi ? Le cœur battant, je me concentre sur les bruits légers de pas qui se rapprochent de mon lit, le contournent et viennent jusqu'à moi. Un soupir se fait entendre, que je reconnaîtrais entre mille. C'est Sasuke. Cette fois, je ne peux retenir mon cœur de s'affoler dans ma poitrine. Pourquoi est-il revenu ? Est-ce qu'il me déteste ? Est-ce qu'il va me gifler ou m'insulter de tous les noms ? J'entends un frottement de tissus, comme s'il retirait ses chaussures, puis je sens le matelas plier sous son poids alors qu'il s'allonge à côté de moi. Je me retiens de ne pas sourire niaisement, et le laisse se lover dans les draps en se serrant tout contre moi. Sa main vient frôler la mienne, et je ne peux m'empêcher de la saisir tendrement, entremêlant nos doigts. Je le sens tout à coup se raidir, mais il ne bouge pas.

— Fais semblant de dormir, s'il-te-plaît… susurre-t-il d'une voix mal assurée.

Cette fois, je ne retiens plus mon sourire et, sans mot dire, sans même ouvrir les yeux, je dépose un baiser sur son front et me serre contre lui autant que le permet mon épaule douloureuse. Étrangement apaisé, je me laisse aller dans les bras de Morphée, en oubliant même mes lunettes sur le bout de mon nez.

Le lendemain, quand j'émerge d'un doux sommeil, elles sont un peu de travers, mais elles ne sont même pas tordues ! Je les remets en place, et, en tournant la tête, tombe nez à nez avec le visage encore empreint de sommeil de Sasuke. Bon sang ce qu'il est beau… ! J'esquisse un sourire sûrement stupide, mais tant pis. Je ne m'étais pas senti aussi bien depuis très longtemps, et me prends à espérer que le temps s'immobilise un peu.

— Bien dormi, monsieur Timide ? ne puis-je m'empêcher de lui demander avec une pointe de sarcasme.

Il ne relève même pas, se contente de s'extirper du lit avec un sourire enjôleur pour aller rouvrir la porte de la chambre et de se retourner avec un air aguicheur en répondant :

— Tu as ronflé.

Je mets un certain temps avant de réaliser ce qu'il vient de dire. Je m'attendais à tout sauf à cela ! Il vient vraiment de se foutre de moi et de me draguer à la fois ? Je laisse échapper un ricanement moqueur en répliquant qu'il a pris toute la place mais il ne fait qu'en rire doucement. Décidément, Sasuke peut parfois faire preuve d'un contrôle de lui-même très frustrant. Je détourne le regard pour ne pas croiser ses yeux d'ensorceleur, et tente comme je peux de me servir un verre d'eau d'une carafe pleine à ras-bord.

— Naruto, il vaudrait peut-être mieux que… que notre histoire reste entre nous au début… Pas que je veuille le cacher, tu sais ; c'est juste que… disons que si mon père n'a eu aucune pitié envers moi, il n'en aura sûrement pas pour toi non plus.

Je sens mon cœur s'étreindre dans ma poitrine alors que je réalise qu'il a entièrement raison. Quand je me retourne de nouveau vers lui, il a perdu son sourire en coin pour un air contrit et désolé. À dire vrai, je ne sais trop comment réagir face à l'élan d'affection que je sens monter en moi. J'ai soudain envie de le prendre dans mes bras pour le rassurer, et à la fois je me sens mal à l'aise face à ce sentiment fort et étrange que je ne connais pas du tout. Alors, un peu hésitant, j'essaie d'arborer une expression rassurante et lui dis que je comprends et que je suis prêt à attendre le temps qu'il faudra. Ce n'est pas tout à fait faux ; je préfère encore attendre pour pouvoir profiter pleinement plus tard plutôt que de risquer de tout perdre en un instant à cause d'un caprice stupide. Je sais que c'est ce qu'il y a de mieux pour nous deux, alors pourquoi ai-je autant de mal à l'accepter ? Il y a des moments où je me déteste…

Pour chasser mes pensées négatives, j'inspire profondément en cherchant un nouveau sujet de conversation.

— Au fait, tu n'étais pas censé détester les hôpitaux ? demandé-je sans trop savoir si je suis vraiment curieux ou si c'est juste pour embêter Sasuke que je lui pose la question.

Il me fixe un instant sans répondre, surpris, avant de me demander comment je peux savoir cela. En plein dans le mille ! Je n'en savais rien, je l'ai juste déduit. Ce n'était vraiment pas difficile de le deviner quand je l'ai vu s'affoler lorsque Sakura lui a proposé de l'y envoyer pour se faire soigner après notre première mission ensemble. Il hausse les épaules, il n'a pas l'air tellement contrarié à l'idée que je connaisse l'un de ses points faibles.

— Ma mère… s'est battu pendant plusieurs années contre une leucémie qui a fini par avoir raison d'elle. J'avais quatorze ans. Alors pour moi, ici c'est un peu un concentré de mauvais souvenirs…

Je baisse la tête, désolé d'avoir réveillé en lui des mémoires si désagréables alors que je ne voulais que détendre un peu l'atmosphère. On peut dire que mon génie a frappé, vraiment… ! Je me tortille maladroitement, mal à l'aise autant psychologiquement que physiquement.

— T'en fais pas, ça fait longtemps et aujourd'hui, ça va, tu sais. Mais, tu veux que je redresse tes coussins ?

Touché par sa sollicitude, j'accepte, sautant sur l'occasion pour oublier cette conversation gênante. Je le laisse remettre en place les oreillers et m'aider à me redresser, en constatant amèrement qu'on oublie bien trop facilement à quel point un bras peut être utile.

— T'as fait ton tatouage sur l'épaule ?

Je me retourne vers Sasuke, l'air perdu, avant de réaliser de quoi il parle. L'emblème des Senju que chaque membre du gang se fait tatouer à son passage à l'âge adulte, j'ai choisi de l'arborer sur mon épaule. Je suis tellement habitué à le voir là que je ne le remarque quasiment plus… D'ailleurs, cela me fait penser à quelque chose : Sasuke en a-t-il un lui aussi ? Mais de qui, alors ?

— J'étais déjà passé de l'autre côté quand j'ai eu dix-huit ans, alors je m'en suis fait faire un du clan Senju.

— Mais il est où alors pour que personne ne l'ait remarqué ?

— La fesse droite.

— Hein ?! m'exclamé-je, abasourdi et effrayé par cette idée.

— Mais non, je déconne… Je suis pas fou à ce point-là ! répond-il d'un air blasé en soulevant son tee-shirt, laissant apparaître ses côtes.

L'emblème des Senju y est encrée, passant de son dos à son torse. Absorbé par la contemplation, je ne peux m'empêcher de laisser dériver mon regard jusqu'à ses abdominaux si bien tracés. Jusqu'à ce qu'une sonnerie de téléphone, courte mais bien réelle, ne me tire de mes rêveries. Sasuke me dévore de son regard débordant de sous-entendus en remettant correctement son tee-shirt. J'en oublierai presque mon portable si je ne l'avais pas entendu une seconde fois. Passablement irrité, je m'en empare pour savoir qui me dérange. Sai me demande s'il peut passer me voir cet après-midi et Hinata s'inquiète de ne me trouver ni à l'université ni chez moi. Je réponds rapidement, puis me reconcentre sur Sasuke qui ne m'a pas lâché du regard depuis un long moment. Alors que je m'apprête à lui demander si son cerveau l'a lâché ou si je suis juste magnifique, il me coupe en plein élan en m'interrogeant sur mon film préféré.

Un peu surpris au premier abord, je finis par lui répondre, puis nous enchaînons la conversation sur pleins d'autres sujets. Au fil des questions, nous nous découvrons doucement l'un l'autre. Je ne sais pas combien de temps nous restons ainsi à bavarder de tout et de rien, mais le Soleil est déjà bien haut dans le ciel quand Hinata déboule dans la chambre en faisant sursauter Sasuke, haletante et rouge d'avoir couru trop longtemps.

— Naruto, ça va ?! s'écrie-t-elle, avant de remarquer que je ne suis pas seul. Oh, pardon…

— Euh, Hinata, voici Sasuke. Sasuke, je te présente Hinata, ma meilleure amie.

Ils se sourient poliment avec de maladroits « Salut », puis Sasuke décide de descendre un moment à la cafétéria pour trouver son repas de midi. Hinata le suit des yeux jusqu'à ce qu'il soit sorti de la chambre, puis elle se rapproche du lit en me demandant :

— Alors, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Tu m'as fait peur quand tu m'as répondu que tu étais à l'hôpital.

Je la rassure en prétendant que ce n'est pas grand-chose, qu'une voiture m'a renversé mais qu'elle ne roulait pas vite et que je n'ai que l'épaule démise, et que tout s'arrangera très vite. Je déteste lui mentir ainsi, et je déteste encore plus constater que je le fais avec autant de facilité. Cependant, je préfère encore préserver son innocence, même si pour cela je dois la manipuler odieusement. Je suis habitué à être du mauvais côté de la barrière, pas elle. Et la mettre en danger est bien la dernière chose que je souhaite.

Quelque peu rassurée, elle s'assoit sur le bord du lit avant de se retourner vers moi avec un air curieux.

— C'était qui ce gars qui était là tout à l'heure ? J'ai pas l'impression de le connaître…

Je fais « non » de la tête, ajoutant qu'en effet, elle ne le connaît pas. Je cherche un instant mes mots pour lui expliquer la situation, mais très vite, je réalise qu'avec Hinata je n'ai pas besoin d'exposer les choses avec des discours grandiloquents.

— Tu te souviens quand je te disais que j'avais défendu quelqu'un sans le vouloir ? Eh ben c'est lui. Et depuis hier, c'est aussi… mon copain.

Elle ouvre de grands yeux surpris, puis esquisse un large sourire en me félicitant chaleureusement. Je suis heureux de constater qu'elle est contente pour moi et qu'elle ne me juge pas sur mes précédentes aventures quelque peu houleuses. Nous continuons de discuter pendant un petit moment, avant qu'une aide-soignante ne nous interrompe en apportant le déjeuner. Hinata me donne rendez-vous dans quelques jours pour lui présenter mon « chéri » en bonne et due forme, puis s'éclipse pour aller en cours.

Sasuke ne tarde pas à revenir, avec un sandwich et une pomme, qu'il déguste pendant que je me force à manger ne serait-ce que la moitié des haricots verts insipides qui traînent dans mon assiette. Puis Sai vient prendre de mes nouvelles entre deux heures d'Histoire de l'art ; Kakashi passe en coup de vent pour, selon ses propres mots, constater les dégâts ; et la journée s'achève sans que je ne l'aie vue passer. Le lendemain, après avoir signé quelques papiers, je peux enfin quitter cet environnement aseptisé pour rentrer chez moi. Il était temps, je commençais à étouffer au milieu des draps blancs, des murs blancs, des rideaux blancs, des meubles blancs et du plafond blanc ! Et pour ajouter à ma bonne humeur, mamie Tsunade m'a promis de me laisser tranquille pendant quelques jours, le temps de récupérer un peu.

Je ne sais pas si c'est une bonne idée, car j'avoue que je m'habitue très vite à la tranquillité…


Avec entrain, je pousse la porte du bar où Hinata nous a donné rendez-vous, en faisant sonner une clochette. Une odeur de tabac froid et de bière bon marché m'assaille les narines aussitôt. Si je ne la connaissais pas, je me serais demandé pourquoi ma meilleure amie nous avait conviés dans un pareil endroit, mais je sais que Neji a bossé ici pendant quelques mois, et qu'elle aime s'y poser de longues heures durant en fixant le vide et en réfléchissant à tout et à rien, assise devant ses dessins inachevés. Elle a parfois un côté artiste dépressive qui n'est pas sans charme…

D'ailleurs, encore aujourd'hui, elle est assise à la même banquette que d'habitude, le regard perdu par la baie vitrée à côté d'elle, un criterium immobile entre ses doigts délicats. Je me retourne vers Sasuke avec un demi-sourire entendu, puis me dirige vers Hinata sans m'annoncer, discrètement.

— Bouh !

La pauvre sursaute en renversant le verre de jus de fruits qu'elle tenait dans la main gauche, inondant par la même occasion les quelques feuilles éparpillées sur la table. Oups… J'aurais peut-être dû y penser avant ! Je l'aide à éponger mes catastrophes avec des serviettes en papier, pendant qu'elle me répète que ce n'est pas grave. Elle ment, je sais qu'elle tient à ses esquisses, même si peu d'entre elles finissent autre part qu'à la poubelle. Je me dis parfois qu'il faudrait trouver le moyen de lui donner confiance en elle, parce qu'elle a un talent indéniable.

— Bon, Naruto, lâche ces bouts de papiers, laisse tomber. De toutes façons ils étaient nuls, alors… élude-t-elle avec un doux sourire. Je préfère qu'on bouge ailleurs. On va au bowling ? J'ai envie, ça fait longtemps ! T'es droitier, t'as aucune excuse.

Je réfléchis deux secondes à comment je vais bien pouvoir viser correctement avec un bras en écharpe, puis abandonne mes pensées stériles. Inutile de viser juste, le but est de s'amuser, et que mon petit-ami et ma meilleure amie fassent connaissance. Sasuke paraît conquis par l'idée, et c'est donc d'un pas léger que nous quittons le bar pour nous diriger vers la station de métro la plus proche. Nous nous engouffrons dans l'ascenseur en laissant les portes se refermer devant un couple qui aurait bien voulu monter avec nous… Tant pis !

Le ronronnement de l'appareil me détend, et je me laisse aller à poser ma tête sur l'épaule de Sasuke en fermant les yeux, profitant d'être seuls avant de rejoindre la foule empressée du métro. Mais l'instant dure trop peu de temps à mon goût ; déjà nous nous arrêtons et les portes s'ouvrent, m'obligeant à me redresser avec une grimace de mauvaise volonté.

Sauf que ce n'est pas la bouche de métro qui se révèle devant nous, mais un parking souterrain plongé dans le noir le plus profond. Un rapide coup d'œil au cadran d'affichage m'apprend que nous sommes descendus au niveau inférieur numéro trois, et non pas au numéro deux.

— Ben alors Hinata, tu perds la tête ? souris-je en pointant du doigt les boutons. Je crois que tu t'es trompé d'étage !

Elle se retourne vers moi avec un regard glacial, radicalement différent de celui qu'elle a l'habitude de me servir, puis un sourire sarcastique se fend sur son visage quand elle répond le plus calmement du monde :

— Pas du tout, c'est le bon étage.

Aussitôt, Sasuke se glisse devant moi en même temps que trois inconnus surgissent de nulle part, pointant le canon de leurs armes sur nous. Ce n'est même pas la peine de se demander de qui il s'agit ; l'un deux exhibe fièrement le petit éventail rouge et blanc des Uchiwa, tatoué sur son cou. Mon cœur bat la chamade dans ma poitrine – est-ce de colère ou d'inquiétude, je ne saurais le dire. Hinata, la fille la plus innocente qui soit, celle à qui j'aurais confié ma vie et tous mes secrets sans hésiter un seul instant, l'une des seules personnes en qui j'avais entièrement confiance, vient de me trahir sans le moindre remord ? Si nous n'étions pas dans une situation aussi délicate, je crois que j'en serai tombé par terre. Néanmoins, sur le moment, j'ai d'autres soucis, bien plus emmerdants. Depuis la pénombre qui menace de nous engloutir, une voix que je connais bien se fait entendre.

— Alors comme ça c'est toi qui a perverti mon fils ?

Le ton est glacial, strict et sans appel. Je pourrais lui servir sur un plateau d'argent une multitude de contre-arguments tous plus inventifs les uns que les autres, Fugaku Uchiwa n'en aurait rien à cirer. Il a déjà décidé depuis longtemps que j'étais coupable. Je sers mon poing valide dans le vide en grinçant des dents ; je n'ai pas pensé une seconde à prendre mon arme avec moi avant de partir. Pourquoi l'aurais-je fait, après tout ?! Qui aurait pu penser que cette si mignonne Hinata ourdissait un tel complot ? Et la voilà qui se glisse hors de l'ascenseur dans le plus grand des calmes, s'en allant d'une démarche féline en recevant les sincères félicitations d'un type que je voudrais bien écraser contre un mur avant de lui arracher les entrailles. En quoi est-ce que ça le regarde que je sorte avec son fils ? De toute façon, même s'il réussissait à nous séparer, cela ne ferait qu'éloigner Sasuke de lui encore davantage.

— Sortez donc de là, que je vous voie mieux – les mains en l'air bien sûr. siffle Fugaku. Et jetez vos armes si vous avez eu la présence d'esprit d'en prendre.

Ses hommes de main nous font signe d'avancer, sans un mot. Derrière nous, la porte de l'ascenseur se referme comme si de rien n'était, nous plongeant dans une obscurité morbide et oppressante pendant quelques instants, avant qu'un vieux néon ne se décide à diffuser une lumière jaune et clignotante au-dessus de nos têtes. Tout cela n'est franchement pas pratique pour se rendre compte du pétrin dans lequel nous sommes tombés… Autour de nous, je ne vois guère que les trois chiens de Fugaku qui nous visent depuis maintenant un long moment. Une petite voix stupide me fait penser qu'ils doivent commencer à avoir mal aux bras, les pauvres… !

En plissant les yeux au travers de mes lunettes, je vois se détacher une silhouette à quelques pas de moi. C'est drôle, le chef des Uchiwa a perdu de sa prestance maintenant que je suis debout en face de lui, et non plus affalé sur une chaise. Il me paraît soudain bien plus normal. En revanche, sa voix, elle, me fait toujours froid dans le dos.

— Comme prévu Hinata, tu recevras la récompense pour les deux contrats. Merci, tu peux y aller.

Sans dire un mot, je l'entends s'éloigner en faisant claquer ses talons sur le béton. À côté de moi, Sasuke s'agite, visiblement agacé.

— Deux contrats ? Je peux savoir de quoi tu parles ? demande-t-il entre ses dents, ses poings en l'air.

Fugaku laisse échapper un petit ricanement, avant d'expliquer comme si c'était tout naturel qu'il a mis un contrat sur ma tête, puisque je ne suis qu'un traître qui a fait dévier son fils du droit chemin. Je savais déjà que ce type avait encore moins de pitié qu'une tronçonneuse, mais là, il bat des records. À moins qu'il soit juste stupide ? Peut-être bien après tout.

Je fronce les sourcils, me maudissant moi-même de m'emporter dans des réflexions aussi idiotes. Actuellement, j'ai d'autres chats à fouetter. Comme par exemple, comment allons-nous sortir de cette mauvaise passe ? Je ne connais pas ce parking, je ne sais pas où est la sortie, Sasuke non plus je suppose, nous n'avons rien pour nous défendre à part nos poings, personne ne sait où nous sommes, ni avec qui, et je ne parle même pas de ma capacité à me battre avec mon épaule gauche en vrac ! J'ai toujours eu beaucoup de chance…

— Tu le sais, Sasuke, n'est-ce pas ? Je n'ai jamais aimé la violence inutile… commence Fugaku d'une voix doucereuse, bien trop pour être sincère. Par contre, ce n'est pas le cas de tout le monde. Mes pauvres favoris ne se sont pas défoulés depuis longtemps, je leur dois bien une petite récompense pour tout le travail qu'ils font pour moi !

Je pourrais presque entendre son sourire sadique. Quel grand malade… Dans ma tête, mon cerveau commence à s'agiter. Je me demande vraiment si on a la moindre chance de nous en sortir. Autour de nous, avec une satisfaction morbide, les trois brutes rangent leurs armes. L'un d'eux pousse même la comédie jusqu'à faire craquer ses doigts. M'est avis qu'il aurait fait un bien piètre acteur…

— Adieu, fils. lance alors Fugaku en faisant volte-face, nous saluant au passage d'un geste ironique de la main.

Ok, là, ça pue la merde. Je ravale ma salive et remonte mes lunettes sur mon nez, prêt à en découdre au premier mouvement de nos adversaires. Leurs mauvais sourires quand ils s'approchent de nous ne me disent rien qui vaille. Mais alors que celui qui me fait face avec un rictus vipérin allait sauter sur moi, un coup de feu venu de nulle part résonne dans le parking souterrain, et il s'effondre avec une expression d'incompréhension devant mes yeux ébahis. Qui donc a bien pu lui tirer dessus ? Ce n'est pas Sasuke, il n'a pas son arme avec lui et a l'air aussi surpris que moi ; ce n'est pas non plus Fugaku ; ni les deux sombres idiots restants, puisqu'ils s'agitent dans tous les sens en tenant en joue le vide pour savoir qui a bien pu en finir avec leur acolyte. Je n'entends aucun bruit de pas, rien de plus que la rumeur lointaine du métro et de ses nombreux passagers au-dessus de nos têtes.

Soudain, alors qu'un silence pesant nous avait engourdis, un deuxième coup de feu retentit, abattant un autre de nos adversaires. Alors que je commence à me demander si nous avons affaire à un sniper ou à un ange gardien, le survivant, jusque-là inquiet et perdu, se jette sur Sasuke avec un regard désespéré en pointant son arme sur la tempe de mon petit ami.

— Qui que tu sois, montre-toi ! hurle-t-il d'une voix chevrotante. Si tu tentes le moindre truc, je le tue !

Sans rien pour me défendre, je reste coi, impuissant devant ce qui est en train de se passer. Un courant d'air glissant dans mon cou mouillé de sueur me fait frissonner. Je me déteste de ne pas pouvoir agir. En face de moi, Sasuke me fixe dans les yeux en me susurrant de ne pas tenter le diable pour le moment. Je peux voir sur son visage déformé par la colère qu'il réfléchit déjà à la manière dont il va se débarrasser de ce gêneur. Mais je me sens si stupide, debout, sans pouvoir faire quoi que ce soit !

— Sors de ta cachette, putain ! reprend l'autre cinglé en postillonnant. Porte tes couilles un peu et montre-toi !

En guise de réponse, nous entendons des pas se rapprocher de nous. Avec une démarche calme, un homme d'une trentaine d'années, aux cheveux et aux yeux aussi noirs que ceux de Sasuke, sort de l'ombre en pointant son arme sur l'espèce de fou qui tient toujours mon petit ami en respect. Et moi, toujours aussi inutile, je regarde sans oser ciller cet inconnu avancer, en espérant qu'il ne se passe rien de regrettable dans les minutes à venir.

— Monsieur Uchiwa ? s'exclame soudain le garde de Fugaku.

Un rictus étire les lèvres du nouveau-venu, pendant que mon cerveau se met lentement en marche. Je me souviens parfaitement du coup de téléphone que j'avais surpris entre Sasuke et son frère, ma méprise et tout le bazar que cela avait provoqué. Cet homme qui vient de nous sauver in extremis d'une mort certaine, c'est donc le grand frère de Sasuke ? À bien le regarder, il y a en effet un air de ressemblance. Ils ont tous les deux le même sourire arrogant, et cette suffisance aussi insupportable qu'attirante dans le regard.

— T'aurais pas dû faire ça, Ita. marmotte Sasuke d'une voix étouffée.

— Bien sûr que si, tu me connais, je tiens pas en place !

Sa voix claire mais légèrement rocailleuse, son ton assuré même dans une situation pareille, sa manière de répliquer en cachant ses véritables motivations sous des taquineries faussement condescendantes ; pas de doute, ils sont bien frères. Sans crier gare, le plus âgé fait un léger clin d'œil à son cadet, qui en profite pour s'emparer dans un mouvement souple de l'arme de son adversaire, et de balancer ce dernier par-dessus son épaule pour l'immobiliser, allongé – ou plutôt écrasé – par terre. Pétrifié par la tournure qu'ont pris les événements, le pauvre n'a même pas le temps de crier grâce que l'aîné, sans le moindre froncement de sourcil, appuie sur la gâchette et loge une balle dans le crâne de cet imbécile. Je n'en attendais pas davantage, et je me jette sans même y réfléchir dans les bras de Sasuke pour le serrer très fort. Je déteste m'avouer mes faiblesses, mais j'ai eu très peur pour lui

— Naruto, tu m'étouffes, là…

À contre cœur, je m'écarte de lui, puis me tourne vers mon héros du jour. Il a troqué son regard sérieux contre un sourire franc, et il paraît soudain beaucoup plus humain. Maintenant que je peux le détailler, je ne peux que constater l'air flagrant de ressemblance entre lui et son petit frère. Ce ne sont pas tant des points communs physiques, mais plutôt une expression, un tic charmant dans leur sourire.

— Tu vois, même en t'étant barré t'as encore besoin de moi. Je t'avais dit que j'étais indispensable ! lance-t-il avec un air de défi dans les yeux. Bon, tu me présentes ?

Sasuke ne relève pas la remarque, se contentant de faire les présentations officielles entre moi et Itachi – puisque c'est ainsi qu'il s'appelle, puis remercie tout de même son frère de nous avoir sauvé la mise. Apparemment, c'est Fugaku lui-même qui lui avait demandé de venir assister à un « spectacle intéressant », et c'est ainsi qu'il a eu vent de ce qu'il allait se passer. Pour une fois, j'apprécie le côté emphatique de ce fou, qui nous a permis sans le savoir de nous en tirer.

Pourtant, alors que tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, de nouveau, une balle anonyme est tirée depuis un recoin sombre, touchant Itachi à la jambe. Par réflexe, nous nous laissons tomber à terre. Merde alors, on n'en sortira donc jamais ? C'est trop demandé de ne pas se faire tirer dessus toutes les cinq minutes ? Bon, c'est sûr que sortir avec le fils d'un parrain du crime qui vient juste de faire défection, il y avait peut-être mieux comme idée. C'est un peu comme si je m'étais mis à me balader dans le territoire des Uchiwa avec une cible dans le dos et une pancarte « Visez-moi, cordialement. ». J'ai toujours vécu dangereusement et ça ne me gênait aucunement jusque-là ; bien au contraire j'appréciais les poussées d'adrénaline que me procurait mon existence instable. Sauf qu'aujourd'hui, mes conneries ont une incidence sur quelqu'un d'autre que moi, à qui je tiens énormément. Ça change toute la donne.

— Espèce de traître ! hurle une voix que je reconnaîtrais entre mille, celle d'Hinata. De quel droit oses-tu défier ton père, toi aussi ?

Ses pas se rapprochent de nous. Avec une grimace douloureuse, Itachi se retourne vers nous en sifflant entre ses dents qu'il faut qu'on parte. Sasuke refuse, bien décidé à se débarrasser de cette garce qui nous a trahis, mais son frère lui met son revolver entre les mains avant d'en récupérer un autre dans son dos, et réplique :

— C'est un ordre. Cassez-vous, maintenant. Et ne vous retournez pas !

La gorge serrée, j'acquiesce avec un regard reconnaissant, et tire autant que je le peux sur la manche de Sasuke pour le décider à sortir d'ici. Mon sang pulse à mes oreilles en résonnant désagréablement dans ma tête, mais j'entends tout de même Itachi alpaguer Hinata pour nous laisser le temps de nous enfuir. Mes yeux se sont habitués à l'obscurité, et je distingue à peu près ce qu'il y a autour de moi. Je ne mets pas longtemps à trouver un escalier de béton, qui nous amènera, je l'espère, à la bouche de métro. Perdus dans la foule anonyme, je me sentirai déjà plus tranquille. Nous nous approchons de la sortie car la rumeur ronronnante de la ville se fait entendre de plus en plus distinctement ; pas assez fort cependant pour cacher deux bruits de détonation et un cri de douleur intense qui me glace le sang et fait tressaillir Sasuke.


Je plonge mes mains dans l'eau glacée, m'en asperge le visage deux ou trois fois, puis m'empare d'une serviette pour m'essuyer avant de mettre mes lunettes abandonnées sur le bord du lavabo et de me regarder dans le miroir. J'ai un peu moins de cernes qu'hier, mais ce n'est toujours pas ça… Avec un léger soupir, je me retourne pour récupérer ma chemise posée sur la machine à laver et l'enfile prestement. Puis je sors de la salle de bains et me dirige vers la cuisine pour préparer le petit-déjeuner. Il reste du pain et il y a quelques œufs dans le réfrigérateur, ce sera parfait. Un peu d'eau à bouillir pour le thé, et je mets la poêle sur la gazinière avec un filet d'huile d'olive. J'allais casser les œufs quand ses mains se posent sur ma taille tendrement, se faufilent un chemin jusque sous ma chemise et se rejoignent pour me serrer dans ses bras.

— Bonjour mon amour, qu'est-ce que tu fais de bon ce matin ? demande-t-il d'une voix encore somnolente.

— Toasts et œufs sur le plat, ça te dit ?

Sasuke pose sa tête sur mon épaule en acquiesçant, dépose un baiser léger dans mon cou qui me fait frissonner, puis se détache de mon dos en y laissant un courant d'air frais, pour aller mettre la table. Nous avons tout notre temps aujourd'hui, je ne commence qu'à neuf heures, et Sasuke à dix. Quand nous avons quitté Konoha pour échapper aux chasseurs de têtes, je pensais que jamais je ne pourrais m'habituer à une vie normale, surtout après avoir quitté à regret – presque – toutes les personnes que je connaissais et qui comptaient pour moi. Après avoir abandonné tout aussi difficilement la possibilité de succéder à Tsunade. Mais au final, j'ai rapidement trouvé un petit boulot dans une librairie de bandes-dessinées, et Sasuke a repris ses études dans une nouvelle université.

— Je passerai chez Natura après les cours pour acheter de l'encens pour Itachi*.

— Ça fait déjà deux ans ?

— Hm.

Nous ne roulons pas sur l'or, et il nous arrive souvent de devoir déménager pour échapper à un fou armé d'un flingue ou à une cinglée qui essaie de nous faire la peau au détour d'une ruelle. Apparemment, Fugaku s'entête toujours… Au moins, loin de Konoha, nous ne risquons plus notre peau à chaque instant. Et même si une part de moi restera à jamais mélancolique de ces quelques années folles mais bizarrement agréables, j'arrive à apprécier cet ersatz de tranquillité que nous parvenons à nous octroyer au jour le jour.

— Tiens au fait, j'ai eu un cours d'annulé demain, je finis à dix-sept heures trente. Je passerai à la librairie.

— Oh oui, comme ça je te montrerai le nouveau tome de Till the End, il est génial !

Sasuke bosse d'arrache-pied pour devenir professeur d'Histoire. La concurrence est rude et beaucoup de candidats tentent leur chance au concours de fin d'année pour peu de reçus, mais il a mon entière confiance. Je sais qu'il va réussir.

— Dis, Sasu ?

— Hm ?

— Je t'aime. lui dis-je en l'enlaçant un court instant.

Sasuke a toujours un peu de mal à mettre des mots sur ses sentiments, mais le sourire qu'il me tend est à s'en damner. Il n'a même pas besoin de me répondre, je sais qu'il ressent la même chose, je peux le lire dans ce regard qu'il n'adresse qu'à moi, dans ces petites attentions et ces détails dont j'ai l'exclusivité. Il se rapproche de moi, un peu gauche et me murmure à l'oreille d'une voix mal assurée :

— Moi aussi, je t'aime.

Et mon cœur bat un peu plus fort…


* En Asie, les gens font brûler de l'encens à la mémoire des personnes décédées. Ça ne place pas forcément cette histoire en Asie, c'est plutôt un clin d'œil.


Fin ! Rôh que c'est guimauve cette dernière partie ! Mais vu toutes les horreurs que j'ai écrites depuis le début, notre cher couple avait bien le droit à un peu de douceur, non ? J'estime que si ! Sinon, voici mes petits commentaires.

Oui, Hinata est une mégère… S'il y a parmi vous des indignés, sachez que, pour le coup, je ne suis pas désolée du tout ! Je voulais lui faire endosser le mauvais rôle depuis le début, parce qu'elle m'insupporte. Peut-être parce que sa timidité maladive est exagérée, peut-être parce que son image fragile me donne de l'urticaire, peut-être simplement parce que sa tête ne me revient pas. Ce n'est pas parce qu'elle finit avec Naruto, même si je trouve ça trop facile et trop classique, mais toujours est-il que j'ai beaucoup de mal avec le personnage de Hinata dans le manga…

Enfin, je suppose que des erreurs de réalisme ont pu se glisser dans mon texte. J'ai fait quelques recherches mais rien n'est parfait ! N'hésitez pas à me dire si vous trouvez une coquille !

Et quel est donc votre avis sur ce one-shot qui a fini en mini-fiction, chers lecteurs ? J'espère qu'il vous aura plu !

Bye~