Bonne année à tous! Petit cadeau en ce premier janvier ;)

LeleCo, tu m'as vraiment fait rire avec tous tes commentaires. Je sais que je devrais ressentir de la peine que tu aies fait une nuit blanche mais... savoir que c'est MON histoire qui t'a tenue réveillée toute la nuit c'est... comment dire? Le rêve de tout écrivain! Haha! Merci beaucoup!

Pour écrire une histoire dramatique, je pense qu'il faut nous même en avoir vécu une. Les plus profonds sentiments que j'ai fait ressentir à nos deux héros venaient des sentiments que j'ai ressentis il y a quelques années maintenant. La fameuse crise d'angoisse que Marinette a vécue après la visite de Plagg ressemble à celles que peuvent vivre beaucoup de gens autours de nous. La dépression et l'anxiété sont un fléau de plus en plus connu.

En ce début d'année, je me suis dit que je voulais vous apporter de l'espoir. Vous dire que même lorsque le tableau de notre vie n'a plus aucune couleur, qu'il reste de la lumière quelque part. Cherchez de l'aide professionnelle. Parlez à votre famille, vos amis. Ils ne vous croiront peut-être pas tous, mais l'un d'entre eux pourra devenir votre phare. Priez! Vous n'êtes pas seuls. Cette dépression majeure que j'ai vécue, je m'en suis débarrassée dans un combat qui a duré plus de trois ans. Mais j'ai réussi et vous le pouvez aussi!

Ce chapitre représentera alors l'espoir. J'espère que vous l'aimerez! J'y ai mis tout mon cœur.


CHAPITRE 16

Il était là, à sa droite.

Et il s'approchait d'elle.

Mécaniquement, Marinette pivota afin de lui faire face, son cœur acceptant difficilement ce que ses yeux voyaient.

Qu'il était là. Qu'il s'approchait d'elle.

Les mains dans les poches, la tête baissée et le visage caché par la capuche de son chandail, Chat Noir avançait, contournant les personnes qui, immobiles, le regardaient avec stupéfaction et émerveillement.

Elle vit une larme glisser sur la mâchoire de son compagnon et le cœur de la jeune-femme sembla vouloir sauter de sa poitrine, se décrocher ou même exploser.

Il venait vers elle, et elle était figée, incapable de croire qu'elle avait réussi à le convaincre de lui laisser une dernière chance.

Incapable de croire que cela arrivait vraiment.

C'était lui, elle en était sûre. À travers chacun de ses pas, elle pouvait reconnaître les mouvements familiers du corps de celui avec qui elle avait combattu tant d'années, de celui qu'elle connaissait plus que par cœur.

Dans l'affaissement de ses épaules, dans le tremblement de sa mâchoire, elle pouvait ressentir avec exactitude les sentiments du jeune-homme. Sa honte, sa culpabilité. Se regrets.

Et sa certitude.

Une certitude si forte, si résolue que Marinette fut persuadée qu'il n'hésitait plus, qu'il savait où il allait et ce qu'il avait à faire.

Et il revenait à elle. Il revenait réellement à elle.

Et soudain, alors que le temps semblait s'être arrêté, il fut devant elle, sur le comptoir. Tout près d'elle. Sans lui laisser le temps de reprendre son souffle, il referma ses bras autour de ses épaules et l'attira contre lui.

Complètement contre lui.

Sa force, l'odeur si familière de ses vêtements et les battements rapides de son cœur, tout cela enveloppa Marinette avec une telle intensité qu'elle dut canaliser chacune de ses forces afin de ne pas perdre pied.

Tremblante de tout son corps, elle leva les bras lentement et les passa autour de lui, comme à tâtons, comme s'il ne pouvait pas être réellement là.

Mais il était bel et bien là. Ses doigts frôlaient vraiment les vêtements de son compagnon et lorsqu'elle le réalisa enfin, elle raffermit sa prise de toutes les forces qui lui restaient et enfouit un peu plus son visage dans son torse.

Chat Noir n'attendit pas une seconde. Il lui rendit le geste si complètement que le souffle de la jeune-femme se coupa.

Les sanglots de Marinette reprirent alors en force lorsqu'elle accepta enfin l'entière réalité. Il était revenu à elle. Il avait décidé de la croire, de croire qu'elle l'aimait vraiment.

Il lui avait redonné sa chance et il avait abandonné l'idée de fuir loin d'elle.

Alors elle ne put plus rien contrôler et tout explosa en elle. Tout explosa en même temps. Ses émotions ainsi que celles des gens qui les entouraient.

Tous se mirent à applaudir et à crier si fort que les deux jeunes-gens sursautèrent. Et les larmes de Marinette redoublèrent quand la joie contagieuse des gens de l'aéroport la frappa de plein fouet.

« Je vous transporte ailleurs, cria soudain la voix de Kakji proche de son oreille. Je reviendrai vous chercher quand on aura nettoyé tout ce désordre! Accrochez-vous! »

Marinette eut à peine le temps de se préparer et de comprendre, que soudain, ce fut le silence total.

Toujours dans les bras de son compagnon, elle ressentit avec force le changement de température. L'air frais s'engouffra dans ses cheveux, dans son cou puis passa sur ses jambes, soulevant légèrement les pans de sa robe.

Autour d'eux, seul le bruissement du vent sur les feuilles d'un arbre troublait le calme des environs.

Incapable de se concentrer sur autre chose que sur celui qui la tenait contre lui, elle resserra son étreinte, refusant de laisser aller la chaleur qu'elle et Chat Noir partageaient. C'est alors qu'elle se rendit compte que les larmes ne cessaient de couler de ses joues, que son corps était encore pris de spasmes et que seuls ses pleurs troublaient la tranquillité des lieux.

Mais rien ne pouvait plus l'arrêter, et elle se laissa aller, réalisant à peine combien son compagnon tremblait lui aussi tout contre elle.

Tout cela était trop pour Marinette. Beaucoup trop.

Et elle avait du mal à réaliser l'ampleur de ce qui venait de se produire. En quelques heures à peine, son cœur était passé par tant d'émotions que son esprit semblait vouloir s'évader de son corps. Corps qui ne pouvait plus non plus la soutenir plus longtemps.

Ses jambes se dérobèrent sous elle et, ayant épuisé jusqu'à ses dernières forces, Chat Noir s'affaissa avec elle.

Assis sur le sol, les jambes entrecroisées et toujours l'un contre l'autre, Chat Noir se mit soudain en mouvement, affolant un peu plus le cœur de la jeune-femme.

Elle sentit les mains chaudes de son partenaire remonter vers sa nuque et glisser ses doigts dans ses cheveux. Doucement, il y enfouit son visage et elle réalisa à ce moment-là qu'il tremblait tout autant qu'elle.

Un million de papillon s'envolèrent dans son ventre, alors que son cœur semblait vouloir s'arracher de sa poitrine.

Elle réalisa alors, à travers le brouillard qu'elle tentait de dissiper dans son esprit, qu'ils étaient seuls, au milieu de nulle part, et qu'ils avaient le temps. Le temps de se découvrir, de se parler, de vraiment se faire face. Pour la première fois. Pour la première fois depuis tant d'années.

Elle détacha alors ses bras tremblants de la taille de son compagnon et les remonta jusqu'à sa capuche, qu'elle retira doucement.

Sous ses doigts, elle sentit le jeune-homme se raidir légèrement. Elle sentit sa peur, son hésitation.

Elle décida donc de prendre son temps, de respecter le rythme du garçon qu'elle aimait. Elle ne voulait plus le faire fuir, plus jamais.

Elle se demanda un instant s'il avait été déçu de découvrir son identité, mais la force avec laquelle il retenait son corps contre le sien démontrait le contraire. Chat Noir n'avait jamais osé la toucher ni envahir son intimité. Pourtant, à cet instant-là, ses gestes, sa douceur, sa force étaient si intimes, si personnels qu'il ne pouvait pas être déçu par elle. Au contraire.

Alors elle fit un pas de plus et doucement, elle glissa elle aussi ses doigts dans les cheveux de celui qu'elle aimait et pivota son visage de manière à ce que leurs joues se touchent. La chaleur de Chat, le tremblement de ses mains et son odeur de livres neufs et de menthe fraiche provoquèrent un sentiment de bien-être total dans le cœur de Marinette.

Elle se sentit revivre.

Une envie forte lui monta alors dans le ventre. L'envie de le voir, de le regarder, de plonger ses yeux dans les siens. L'envie de poser ses lèvres contre les siennes.

Soudain, elle eut envie de savoir. De tout savoir.

Son corps se déplaça par lui-même et elle recula légèrement.

« Attends… », murmura-t-il contre son oreille.

Marinette se figea et quelque chose dans son ventre se retourna.

Changeait-il d'idée? S'était-elle trompée?

Soudain, une peur accablante l'envahit, alors qu'elle réalisait qu'elle n'avait peut-être pas interprété les choses correctement.

« J'ai… »

Il se racla la gorge.

« J'ai quelque chose à te dire… Avant… Avant que tu ne me vois… »

Une seconde fois depuis qu'il l'avait prise dans ses bras, elle sentit ses forces l'abandonner. Le soulagement la percuta si fort qu'elle hoqueta.

Elle avait vraiment eu raison. Il ne comptait plus partir loin d'elle.

« Je…, commença le jeune-homme, je m'en veux… tellement… de… de ne pas avoir vu, de ne pas avoir su ce par quoi tu passais. »

Sa voix tremblait et Marinette pouvait ressentir tout le poids du fardeau qu'il portait à présent qu'elle lui avait dévoilé la totalité de ses sentiments.

« Chaton… »

« Je m'en veux… de ne pas t'avoir cru. Tu… Je… Surtout toi, ma Lady,j'aurais dû te croire. Te faire confiance… jusqu'à la fin… Comme je l'ai toujours fait. J'aurais dû…»

Marinette avança ses mains et les pressa contre les joues de son partenaire. Puis elle ferma les yeux, et doucement, elle se déplaça et posa son front contre le sien.

« Tu n'as rien à te reprocher Chaton, lui souffla-t-elle. Rien. »

Elle secoua légèrement la tête puis lâcha un soupir triste, plein de regret.

« J'ai été tellement idiote… J'ai été tellement… »

« Marinette. »

Le cœur de la jeune-femme s'emballa férocement dans sa cage thoracique.

Marinette.

Marinette.

L'entendre prononcer son prénom incendia son corps au complet et une nouvelle émotion monta en elle.

Il la connaissait. Ou la reconnaissait. Il savait qui elle était, et son prénom sonnait si bien dans sa bouche.

« Ne sois pas cruelle envers toi-même », lui murmura-t-il, son souffle chaud caressant doucement ses lèvres.

Il descendit alors ses bras et les passa autour de sa taille, la ramenant un peu plus près de lui. Garder les yeux fermés devint une torture presque insoutenable pour Marinette alors que son cœur battait à la folie.

« Mais… pour ma part, continua le jeune-homme, la voix tremblante d'émotion, je te demande pardon…. Je te demande… mille fois pardon. Je… Je te demande dix mille fois pardon, cent-mmmh…»

Marinette ne lui laissa pas le temps de continuer. Elle n'eut qu'à s'avancer doucement et capturer les lèvres du garçon qui désespérait de recevoir son pardon.

Le visage entre ses mains, elle pressa pleinement ses lèvres contre les siennes. Longtemps. Dans un baiser d'une douceur et d'une langueur indescriptibles.

La chaleur du visage de son être aimé contre le sien, la sensation de sa peau et de ses cils effleurant les siens. Le goût de ses lèvres, l'odeur de sa peau. Tout. Tout s'imprégna en elle comme une chaleur douce qui se répand jusqu'au fin fond de l'âme.

Oh, combien la chaleur de Chat Noir lui apportait réconfort, amour et félicité!

Ne ressentait-il pas lui aussi combien elle l'aimait? Ne savait-il pas qu'elle lui avait pardonné à l'instant-même où il avait sauté sur le comptoir des hôtesses de l'air pour la prendre dans ses bras et ne plus la lâcher?

Ne savait-il pas qu'elle avait abattu, broyé et même anéanti le mur qu'elle avait construit entre eux? Qu'elle était prête à se donner à lui complètement?

Elle se recula légèrement, se séparant à peine de ses lèvres.

« Je t'aime, murmura-t-elle. Je t'aime tellement… Il n'y a rien à pardonner. »

Un long silence se posa entre eux alors que Chat Noir restait immobile, tremblant sous ses doigts.

Marinette recula un peu plus son visage, les yeux toujours fermés, consciente que son compagnon n'avait pas répondu à son baiser. Il l'avait accepté, mais n'y avait pas répondu et Marinette sentit que ses hésitations, ses doutes ne s'étaient pas évaporés.

Chat Noir hésitait encore.

Quelque chose l'arrêtait, quelque chose le paralysait.

Soudain, Marinette sentit une larme passer de la joue de son compagnon sur ses doigts et une tristesse infinie envahit son cœur.

Pourquoi hésitait-il autant? Qu'est-ce qui pouvait tant le blesser qu'il ne pouvait accepter son amour, alors qu'il l'avait tant recherché, alors qu'elle était enfin là, auprès de lui?

Alors Chat Noir secoua imperceptiblement la tête.

« On se connait », murmura-t-il.

Ses mots résonnèrent dans l'esprit de la jeune-femme.

On se connait.

« On se connait, continua le jeune-homme. Depuis longtemps. Dans nos vies quotidiennes. »

Marinette eut soudain de la difficulté à respirer.

« Et…, commença-t-elle, incapable d'y réfléchir clairement. C'est… C'est un problème pour toi? »

Elle le sentit à nouveau secouer la tête et il approcha à nouveau son visage du sien, resserrant son emprise autour d'elle.

« Oh Marinette… Un problème pour moi? »

À travers le ton de sa voix, elle ressentit qu'il souriait légèrement, bien que tristement.

« Tu es… Tu es si belle, si incroyable et merveilleuse, avec et sans ton masque. Mais… »

Mais…

Marinette fronça les sourcils, l'angoisse d'entendre la suite lui enserrant les entrailles.

« Mais savoir qui je suis… pour toi… ce… ce sera… »

La voix du jeune-homme s'étrangla, alors que les émotions refusaient de le laisser continuer.

Ce fut au tour de Marinette de secouer la tête alors que l'envie d'éclater de rire monta soudainement en elle.

Elle se retint, comprenant que les émotions que ressentait l'homme qu'elle aimait étaient réelles. Qu'il souffrait vraiment.

Il pensait réellement qu'elle ne pourrait l'accepter tel qu'il était?

Elle pressa à nouveau ses mains contre son visage, le forçant à relever légèrement la tête afin de lui faire face plus complètement. Si elle avait pu le regarder, elle aurait plongé son regard dans le sien avec une telle intensité qu'elle aurait réduit au silence chacun de ses doutes, chacune de ses incertitudes.

« Oh Chaton… Qui que tu sois… Qui que tu sois, je t'aime. Tu m'entends? Je t'aime, je t'aime… Je t'aime, je… »

Les bras de Chat Noir quittèrent sa taille pour remonter vers son visage et leurs lèvres se rencontrèrent à nouveau.

Plus intensément cette fois, plus ardemment.

Si ardemment que le cœur de Marinette s'emballa furieusement dans sa cage thoracique. Mais déjà Chat Noir reculait, brisant le contact, laissant la jeune-femme pantoise.

Sous ses doigts, Marinette sentit la bataille intérieure que son compagnon livrait. Elle sentit son désir de l'aimer complètement, sans mur ni barrière, mais aussi son angoisse de s'approcher trop d'elle, de se dévoiler à elle.

Elle entreprit alors de glisser les bras autour de son cou, de le réconforter, de le serrer avec force contre elle, mais il baissa la tête en plein milieu de son geste.

Il prit une profonde respiration.

« J'ai peur… »

Marinette ouvrit la bouche. Elle devait le rassurer, le convaincre…

Mais il fut plus rapide.

« J'ai peur… de te blesser encore plus. J'ai peur de … ta réaction. »

La jeune-femme resta immobile quelques instants.

Étaient-ils des ennemis dans leurs vies quotidiennes? Ne s'entendaient-ils pas? Pourquoi avoir si peur de la blesser?

Comment était-ce même possible que cela arrive?

Alors elle entreprit de continuer ce qu'elle avait commencé. Elle glissa ses bras autour du cou du jeune-homme, puis, accompagnée du désir de le rassurer, de le combler d'amour, déposa un baiser sur sa joue, puis un autre, un peu plus bas, sur sa mâchoire.

Elle sentit le corps de son compagnon se figer légèrement alors qu'un goût salé s'installait sur ses lèvres. Elle réalisa qu'il avait dû pleurer autant qu'elle.

« Toi et moi, contre le monde entier, lui murmura-t-elle. Tu te souviens? »

Elle déposa un autre baiser sur sa joue. Tout contre elle, elle sentit le corps de son compagnon se remettre en mouvement.

Elle sentit ses épaules se relâcher légèrement, sa respiration ralentir, mais elle savait, elle sentait qu'il hésitait encore, que tout en lui était figé par la peur.

« Plus jamais tout seul, continua-t-elle en déposant un autre baiser sur sa joue. Plus jamais dans la souffrance tout seul, mais ensemble, n'est-ce pas Chaton? »

Puis elle attendit, quelques secondes. Peut-être même quelques minutes, mais elle attendit longtemps alors que dans ses bras, Chat restait immobile.

Puis, lentement, il leva les mains et les posa sur sa nuque, entremêlant ses doigts dans ses cheveux. Posant à nouveau son front contre le sien, il murmura.

« Toujours ensemble alors »

Un sentiment de bonheur infini s'immisça dans tout l'être de Marinette.

Alors elle se recula et ouvrit les yeux, doucement, et le bleu du ciel rencontra le vert émeraude.

Le regard plongé dans les yeux de son compagnon, la puissante magie protectrice qui entourait la jeune-femme s'évapora enfin devant son acceptation de lui dévoiler son identité, et il sembla soudain à Marinette qu'un millier d'écailles tombaient une par une de ses yeux, formant une image nette de celui qui se tenait devant elle.

Et le regard du garçon devant elle était si plein d'émotions qu'elle referma ses yeux un instant. Il y avait tant de peur, tant de peine et de culpabilité dans le regard de son Chat. Tant de souffrance.

Et tant de tendresse, de douceur mêlée d'appréhension.

Et tellement, tellement d'amour.

Elle rouvrit les yeux et cette fois-ci, la magie protectrice laissa place à la réalité, dévoilant ce qu'aucun n'aurait pu voir autrement.

Et cette fois-ci, Marinette ne put se retenir de chanceler, puis de reculer, plaquant sa main contre sa bouche.

Elle trébucha et quelque part dans son esprit, elle enregistra qu'elle se trouvait dans un champ. Qu'autour d'elle, de longs épis de maïs les entouraient et qu'en dessous d'elle, les racines rêches d'un arbre lui égratignaient les mains et les jambes alors qu'elle reculait encore, s'éloignant le plus possible du jeune-homme qui se tenait devant elle.

Son dos percuta violemment l'arbre derrière elle et lorsque le jeune-homme se redressa, paniqué par sa réaction, elle secoua violement la tête, le forçant d'un simple regard à s'arrêter.

« Non… »

Marinette secoua à nouveau la tête, s'obligeant à effacer, à rectifier la vision du garçon qui se tenait devant elle.

Mais rien ne se produisit et il était toujours là, et il la regardait avec appréhension, son bras tenant son autre bras, la crainte installée sur son visage, la honte assombrissant son regard.

Adrien se tenait devant elle.

Son Adrien.

Une vague fulgurante d'émotion monta en elle et elle hoqueta douloureusement, secouant la tête sans arrêter.

« Non… Pas toi… »

Et si Adrien avait passé en revue chaque instant de sa vie passé avec Marinette lorsqu'il avait découvert son identité, la jeune-femme, au contraire, ne voyait qu'une seule et même chose.

Que son Chat Noir était Adrien Agreste.

Le garçon dont elle avait détruit la vie.

Et elle eut soudain l'impression d'étouffer.

« Ce n'est… Ce n'est pas possible…, pleura-t-elle avec force. Pas toi… Pas… Toi… »

À travers ses larmes, elle vit le jeune-homme s'avancer légèrement.

« Tu as dû…, hoqueta-t-elle. Tu as dû… »

Tu as dû te battre contre ton père…

La détresse frappa Adrien de plein fouet, alors que devant lui, la femme qu'il aimait venait de réaliser combien il avait dû souffrir. Et soudain, sa peur laissa place au plus grand des chagrins.

Il s'était douté qu'elle souffrirait de cette découverte, et il avait eu raison.

Alors il s'avança vers elle, le désir presque ravageur de la prendre dans ses bras et de lui dire qu'à partir de maintenant, tout irait mieux.

Mais elle poussa son corps un peu plus contre l'arbre, comme un animal apeuré.

Elle ne se sentait plus digne de lui, et une culpabilité écrasante l'étouffait.

« Et j'ai… »

J'ai mis ton père en prison…

Marinette eut soudain l'impression de manquer de souffle. C'était un cauchemar, un véritable cauchemar.

« Et je n'ai pas… J'aurais dû… »

J'aurais dû sauver ta mère...

Les remords l'étouffèrent.

Elle avait accepté le fait qu'Adrien ne saurait jamais son secret, qu'elle ne le lui dévoilerait jamais. Elle avait accepté que pour la même raison, ils ne pourraient jamais être ensemble.

Mais tout était différent maintenant.

Comment, comment serait-elle jamais capable de vivre en sachant que son compagnon d'arme, son meilleur ami, son Chat était le fils du vilain qu'ils avaient affronté durant tant d'années, qu'ils avaient, ensemble, arrêté. Qu'elle avait elle-même mis en prison!

Comment serait-elle jamais capable de vivre en sachant combien il avait dû souffrir, alors qu'il venait de découvrir le corps de sa mère…

C'était Chat Noir qui s'était effondré dans les rues de Paris et qui avait été ramené à l'hôpital, appelant sa mère avec agonie.

C'était Chat Noir qui avait souffert plus intensément qu'elle n'avait pu se l'imaginer, enfermé dans une solitude qu'elle-même n'avait pu briser.

C'était lui qui, ayant peur de la blesser, avait coupé tout contact avec elle. C'était lui qui, tous les soirs, pleurait dans le silence de sa chambre.

Et soudain, elle eut peur. Peur parce que son esprit sembla tout à coup vouloir s'évader de son corps, qu'elle se sentit soudain comme le jour où, dans sa chambre, elle avait réalisé qu'elle avait perdu son compagnon, qu'elle était responsable de son malheur.

Et elle l'était. Elle l'avait réellement fait souffrir. Et il avait dû vivre la pire des épreuves, car il était aussi celui qui avait mis son père en prison, car il était aussi celui qui l'avait empêché de sauver sa propre mère.

Une douleur acérée frappa son cœur, puis son ventre, puis se propagea vers ses bras et ses jambes, alors qu'il lui était maintenant presque impossible de respirer.

Elle se sentit partir, comme cela lui était arrivé plusieurs fois les jours et les semaines auparavant.

Mais cette fois-ci, elle n'était pas seule. Devant elle se tenait celui qui l'avait toujours protégé, au risque de sa propre vie, et bien qu'il ne soit pas transformé à ce moment-là, la Marinette qui se trouvait devant lui était aussi sa Lady.

Et les deux femmes formaient maintenant une seule et même image dans son esprit.

Il avait toujours eu cette communion spéciale avec Ladybug, mais maintenant qu'elle était une personne entière devant lui, maintenant qu'il réalisait qu'elle était sa Marinette, il y avait soudain plus qu'une communion.

Il y avait une véritable connexion entre leurs deux âmes.

Et Adrien sentit tout de suite l'énergie vacillante de sa compagne. Il devina chacune de ses réflexions, chacune de ses pensées et, sans hésiter, brisa le mur protecteur que Marinette venait à nouveau de créer entre eux, se frayant un chemin dans la noirceur qui attaquait l'âme de celle qu'il aimait.

Il s'approcha d'elle et l'attrapa à nouveau par la taille, l'emprisonnant dans ses bras.

« Marinette! Regarde-moi. »

Il tira doucement sur son menton. Le regard de la jeune-femme était embué, presque éteint.

« Marinette! »

Elle leva difficilement les yeux vers lui.

« Tu dois tellement… », pleura-t-elle avec agonie.

M'en vouloir…

Adrien secoua vigoureusement la tête.

Il ne la laisserait pas se noyer. Il ne la laisserait pas être emportée par les sentiments dévastateurs qui l'encerclaient.

Avec une tendresse infinie, il lui répondit.

« T'aimer Marinette. Le bon mot est t'aimer. »

La jeune-femme hoqueta. Il plaça alors sa main libre contre son visage, caressant sa joue doucement, chassant ses larmes.

« Nous n'aurions jamais pu prévoir que cela arriverait, lui dit-il d'une voix douce. Nous n'aurions jamais pu… prévoir que le vilain serait le père du héros. »

Il passa ensuite doucement ses doigts sur ses taches de rousseur, caressant de son regard chaque détail du visage de Marinette.

Elle était si belle, et si généreuse.

Comment était-elle capable de se laisser souffrir pour lui? Ne savait-elle pas que sa douleur devenait obligatoirement la sienne? Que leur lien était si profond, si intime que chacune de ses émotions reflétaient les siennes?

Il fixa alors avec intensité son regard dans le sien.

Il se devait de la ramener.

« Et dans… dans ma malchance, il y a eu toi Marinette. »

Il l'aimait à tel point qu'il ne pourrait plus vivre sans elle.

« Il y a eu toi… depuis le début. Et il y a eu toi, lorsque j'en avais le plus besoin. Ça a toujours été toi… »

Le regard d'Adrien était si fort, si empreint de tendresse que la jeune-femme se sentit reprendre conscience, un pas à la fois.

Réalisant qu'elle était à bout de force, Adrien passa un bras autours de ses épaules, raffermissant sa prise autour d'elle. Plus jamais il ne la lâcherait.

« Tu m'as sauvé la vie… »

Si proche de lui, tout contre lui, le corps de Marinette tremblait. Alors il ne put s'empêcher de l'approcher encore un peu plus de lui, de la réchauffer. De lui montrer qu'il était là pour elle, vraiment là.

Ses lèvres effleurèrent la tempe de la jeune-femme, et il y a déposa un baiser. Puis un autre, contrôlant à peine le désir de la couvrir d'amour.

« N'as-tu pas entendu mon message Mari? N'as-tu pas compris à quel point je t'aime? À quel point je vous aime toutes les deux. Toi et… et toi. Toi entièrement. »

Il descendit ses lèvres sur les pommettes de la jeune-femme et entreprit d'embrasser chacune des taches de rousseur qui décoraient merveilleusement son visage.

La tendresse des baisers d'Adrien, sa sérénité et la force de ses bras autour d'elle firent l'effet d'un baume sur l'âme de Marinette.

Mais il restait une chose à régler afin de la calmer complètement, et Adrien attendit, sans jamais cesser de couvrir son visage de baisers et de caresses, qu'elle-même soit prête à s'exprimer.

« Pourras-tu… un jour…, commença-t-elle le cœur douloureux, me pardonner? »

Adrien écarta doucement de son visage les mèches rebelles que le vent avait poussées.

« Il n'y a rien à pardonner. »

C'était aussi simple que cela. Il n'y avait rien, absolument rien à pardonner. Et il ne lui en avait même jamais voulu, même lorsque sa Lady n'était pas encore Marinette.

Et cela, Marinette le ressentit à l'instant-même où Adrien prononça ces paroles.

« Et pour… le reste? », murmura-t-elle, une larme s'échappant sur sa joue.

Et pour tous ces moments où je ne t'ai pas vu, alors que tu étais devant moi?

Comme si c'était encore possible, il l'attira un peu plus vers elle, son regard si tendre, ses baisers si doux et ses mains si chaudes.

« N'as-tu rien entendu ma Lady ?, lui souffla-t-il. N'as-tu toujours pas réalisé que mon cœur est à toi et l'a toujours été ? J'ai beau vouloir fuir, sans toi, il m'est impossible de vivre… »

Une autre larme coula de la joue de Marinette, mais cette fois, elle n'était pas reliée à ses sentiments de détresse ou de chagrin.

Cette larme représentait l'espoir.

« Ne fuis plus… Je t'en supplie. Ne fuis plus. »

Adrien secoua la tête et dû retenir son corps de trembler sous l'impact des paroles de l'amour de sa vie.

« Plus jamais Mari. Plus jamais.»

Ils se regardèrent longuement, et pour la première fois depuis tant d'années, ils se virent réellement.

Là, dans les bras l'un de l'autre, au milieu d'un champ de blé dans une terre inconnue, ils purent enfin se voir et entrevoir un futur sur lequel le soleil pourrait à nouveau se lever.

Marinette se demanda alors si le cœur de celui qu'elle aimait battait aussi fort que le sien, si son corps était sur le point de prendre feu, comme le sien, et si Adrien se noyait dans ses yeux autant qu'elle se noyait dans les siens.

Alors elle se redressa, approcha son visage du sien et entreprit de continuer ce qu'Adrien avait commencé.

Et tout sembla si nouveau pour elle alors que Chat Noir était devenu Adrien.

Les mains tremblantes sous l'effet de l'émotion, elle attrapa son visage et déposa un baiser sur sa joue, puis un autre, un peu plus bas, s'approcha un peu plus de ses lèvres, caressant chaque centimètre de sa peau de doux baisers.

Arrivée au coin de sa bouche, elle se recula légèrement et plongea son regard dans celui du garçon de ses rêves, anxieuse de savoir si elle pouvait continuer, s'il ressentait vraiment les sentiments qu'il venait de lui exprimer.

Ce qu'elle y vit l'acheva complètement.

Il y avait une telle dévotion, une telle idolâtrie dans le regard d'Adrien qu'elle crut en perdre la raison.

Alors il continua pour elle, l'attirant complètement contre lui, refermant la distance qui restait entre eux et pressa ses lèvres brûlantes contre les siennes. Fermant les yeux, elle répondit avec fougue à son baiser et resserra son étreinte.

Elle senti alors les mains d'Adrien glisser derrière sa nuque puis dans ses cheveux, pressant un peu plus son visage contre le sien.

La chaleur de sa bouche contre la sienne provoqua une série de sensations fortes dans le ventre de la jeune-femme et elle sentit monter en elle la frustration de ne pas avoir assez de force pour affirmer plus complètement ce qu'elle voulait exprimer à Adrien.

Mais comme ils en avaient tant eu l'habitude dans leurs combats quotidiens, Adrien sentit tout de suite le changement chez Marinette et réagit instantanément.

Il détacha l'une de ses mains de ses cheveux et la glissa autours de sa taille, la retenant fermement, se penchant plus vers elle, l'embrassant un peu plus passionnément et un peu plus langoureusement. L'embrassant avec la force d'un homme qui aime vraiment.

Il ne la lâcherait plus. Plus jamais.

Enivrée par leur baiser, Marinette oublia tout ce qui l'entourait. Elle oublia que des dizaines de personnes connaissaient maintenant son identité. Elle oublia que ses Kwamis étaient quelque part à Paris. Elle oublia même qu'elle était dans un endroit inconnu.

Elle oublia le monde entier et, dans les bras de son partenaire, de son premier amour, de son deuxième amour et de son dernier amour, elle se sentit enfin complète.

Et elle sut alors avec certitude qu'elle avait enfin trouvé sa place dans ce monde, et, sentant l'énergie ardente qui émanait de son compagnon, elle sut qu'il avait lui aussi trouvé la sienne.

Ils étaient enfin là où ils devaient être : ensemble.


Si vous avez été avec moi depuis le début de cette aventure, laissez-moi un petit commentaire! Si vous lisez cette histoire des années après sa publication, laissez-moi quand même un commentaire! Ils me donnent toujours de l'énergie!

(Les deux derniers chapitres seront longs à arriver, je m'en excuse d'avance)