CHAPITRE 2

« Il respire encore, mais faiblement ! »

La voix de Rena rouge fit sursauter Ladybug qui s'était figée, la panique l'immobilisant complètement. La renarde s'était rapidement agenouillée à ses côtés et avait posé ses deux doigts sur le cou de Chat Noir.

« Il faut l'emmener à l'hôpital d'urgence! »

Marinette secoua sa tête, se forçant à se concentrer sur l'important. Elle se força à canaliser son coté « Ladybug » mais la vue de son compagnon inconscient dans ses bras rendait la tâche difficile.

Hôpital. Il faut aller à l'hôpital.

Elle senti soudain Chat lui échapper des doigts. Rena Rouge le tirait vers elle, passant le bras du jeune-homme inconscient au-dessus de son épaule. En un éclair, Ladybug sauta sur ses deux pieds et arracha presque son compagnon des bras de son amie masquée.

« J'y vais. »

Son ton de voix était sans équivoque. Elle ne laisserait pas son partenaire seul. Jamais.

« Mais... Et le Papillon? »

En cet instant, le sort de Papillon n'affectait plus Marinette. Pour ce qu'il en était, il pouvait bien se faire maltraiter par Nino et Chloé, elle n'en avait plus rien à faire. Son esprit était concentré sur Chat, qu'elle souleva grâce à sa force surhumaine.

« Livrez-le à la police. J-je reviendrai dès que possible. »

Elle essuya les larmes qui avaient coulées sur ses joues sans qu'elle ne s'en aperçoive et se mit à courir vers la sortie, Chat Noir sur son épaule.

Lorsqu'elle arriva enfin dans la rue, elle eut du mal à s'adapter à la lumière du soleil qui commençait à peine à se lever. Elle fut choquée par l'ampleur des dégâts qui s'étendaient devant elle. Ving-six akumas vaincus, mais avec leurs lots de pertes.

Elle réalisa soudain qu'elle n'avait pas utilisé son dernier Lucky Charm et qu'elle pouvait, en plus de tout réparer, sauver Chat Noir. Sans perdre une minute, elle agrippa son yo-yo d'une main tout en tenant toujours fermement son compagnon d'un bras et le lança dans les airs.

« Lucky Charm! »

Un objet en tissu lui tomba dans la main qu'elle relança immédiatement dans les airs, ne prenant pas la peine de le regarder.

« Miraculous Ladybug! »

Des milliers de coccinelle s'envolèrent et, la respiration saccadée, l'espoir lui serrant le cœur, elle tourna sa tête vers son compagnon. Elle fut saisie d'effroi lorsqu'elle réalisa que tout avait l'air comme avant, mais que les lèvres de Chat étaient plus bleues que jamais.

Elle échappa un sanglot.

Non, non, non...

Pourquoi, pourquoi sa magie ne le guérissait pas?

Sans perdre une seconde, elle lança son yo-yo dans les airs. Au même moment, ses boucles d'oreilles émirent un signal.

NON!

Épuisée par ses transformations à répétition durant leurs nombreuses heures de combat, Tikki n'était plus capable de lui laisser le temps dont elle avait besoin. Elle tira donc sur son yoyo et s'envola dans les airs, se détestant elle-même de ne pas avoir pensé à sa détransformation avant d'utiliser son Miraculous. Les choses risquaient maintenant de se gâter.

Heureusement pour les deux héros, et grâce à ce qui lui restait d'adrénaline, elle réussit à atteindre l'hôpital en un temps record. Ses boucles d'oreilles clignotèrent une dernière fois alors qu'elle déposait Chat sur l'un des seuls brancards libres devant la porte des urgences et cria à qui voulait bien l'entendre qu'elle avait besoin d'aide.

« Lady... »

Sa tête se tourna immédiatement vers celle de Chat Noir. Les yeux à moitié ouverts, il la regardait faiblement. Habituellement si verts et plein de vie, ils avaient perdu leur teinte. Il leva un bras vers elle et ouvrit sa main. Le Miraculous du Papillon s'y trouvait encore et la jeune-fille le lui prit doucement.

Sans bouger, il la suivit du regard, son expression indéchiffrable.

Marinette senti une vague d'affection l'atteindre et se baissa rapidement vers lui, prenant son visage entre ses mains et posant son front contre le sien.

« Chaton, ça... »

Elle avait du mal à respirer.

« Ça va aller, ok? »

Le croyait-elle vraiment? Et la croirait-il alors que son visage était baigné de larmes, que ses yeux trahissaient sa peur, que tout son corps tremblait sous l'émotion et l'effort qu'elle avait dû fournir?

« Je reviens le plus vite possible, je te le promets. »

Elle posa ses lèvres sur son front et, le cœur lourd, se força à détourner son regard du sien, à s'écarter, à se retourner et à courir le plus loin possible de l'hôpital.

Elle se prépara à lancer son yoyo mais se détransforma aussitôt, sur le trottoir, en plein milieu de la rue. Elle attrapa Tikki, leva les bras sur son visage, et malgré la brûlure violente dans ses poumons, se força à ignorer les regards étonnés et à courir sans s'arrêter.

Après quelques minutes d'une course folle et effrénée, elle trouva refuge dans une ruelle adjacente et s'agenouilla derrière une grosse poubelle.

« Marinette... »

« Tiens Tikki, mange vite, il faut y retourner. »

Après le cinquième Akuma en l'espace de deux heures, Marinette n'avait eu d'autres choix que de rentrer chez elle et, se préparant au pire, avait rempli non seulement son sac de macaron, mais aussi ses poches. Il ne lui restait que quelques-unes de ces friandises mais aucune n'avaient survécues aux nombreux coups qu'elle avait reçus.

Elle tendit donc une moitié de macaron et un paquet de miettes à Tikki.

Lorsque son Kwami commença à manger, non sans regarder sa porteuse avec inquiétude, Marinette appuya sa tête contre le mur contre lequel elle s'était adossée.

Respire Marinette, respire.

Mais plus elle pensait à se contrôler, plus son corps semblait vouloir faire le contraire. Et lorsqu'une larme coula sur sa joue, elle grogna et l'essuya brusquement.

La jeune-femme était exténuée, voir même éreintée. Les attaques avaient duré trois jours durant, pendant lesquels elle n'avait pu se reposer plus de 2h à la fois. Ses transformations incessantes, ainsi que ses nombreuses fusions avec les autres Kwamis avaient drainé l'énergie de Tikki et plus les Akumas apparaissaient, moins il était facile de les vaincre.

Même son Lucky Charm s'était avéré inutile à plusieurs reprises tant son cerveau avait été incapable de résoudre les puzzles que son pouvoir lui offrait.

Chat Noir, de son côté, n'avait jamais perdu ni courage, ni détermination. Plus d'une fois, il l'avait saisi par les épaules et lui avait rappelé qu'ensemble, ils pouvaient vaincre le monde, qu'ensemble, ils trouveraient toujours les solutions à leurs problèmes.

Et il avait eu raison, comme à chaque fois, pensa-t-elle, essuyant une autre l'arme.

En cinq ans de partenariat, son compagnon s'était avéré être une constante rassurante dans sa vie. Passé l'âge de 15 ans, le héros avait non seulement grandit en apparence, mais aussi en maturité. Bien que ses sentiments n'aient jamais changé envers elle −et il aimait le lui rappeler de temps en temps−, il était passé du garçon puéril, insouciant et charmeur excessif à un jeune-homme réfléchi, à un partenaire solide et honnête, fort autant sur le plan émotionnel que physique, et surtout redoutable pour les ennemis qui croisaient leur chemin.

Bien sûr, il continuait de l'exaspérer avec ses jeux de mots ridicules et jamais elle n'avait ne serait-ce qu'accepté le fait qu'elle aimait peut-être ses blagues souvent douteuses. Petit à petit, avec les années, ses tentatives de séduction avaient commencé à être plus subtiles, moins calculées. Parfois, quand il oubliait le masque qu'il portait, la sincérité de ses sentiments était exposée et c'était dans ces rares moments qu'il réussissait à provoquer une réaction en elle, réaction qu'elle rejetait aussitôt.

Sans s'en apercevoir, elle avait commencé à ressentir de la jalousie lorsqu'il lui avait parlé d'une fille qu'il avait fréquentée dans l'espoir de l'oublier et de passer à autre chose. Sans s'en apercevoir, elle avait aussi commencé à aimer ses regards et ses sourires plein de charme, ses mots et caresses réconfortantes pendant les rares moments de vulnérabilité qu'elle pouvait vivre. La chaleur et l'odeur de son compagnon avait commencé à lui procurer un sentiment de bien-être intérieur, mais quand elle finissait par réaliser qu'elle se rapprochait dangereusement de lui, elle faisait à chaque fois un pas en arrière, respirait et forçait son mur protecteur à se reconstruire.

Parce que plus jeune, elle avait appris qu'une histoire d'amour entre eux pouvait détruire le monde.

Il le savait, et elle savait qu'il savait, mais il acceptait. Le jeune-homme qu'il était devenu ne réagissait plus comme celui qu'elle avait rencontré. Il acceptait sans plainte ni renfrognement. Parfois, pendant à peine une seconde, elle pouvait voir dans son regard les blessures qu'elle lui infligeait, mais très vite, elles laissaient place à la résignation. Il affichait alors un sourire, un peu faux, et le gardait en place jusqu'à ce qu'il devienne réel. Il l'aimait, il l'aimait vraiment mais Marinette refusait d'y penser. Elle refusait de se laisser atteindre par lui, pas tant que le Papillon ne serait pas vaincu, pas tant que son cœur ne serait pas totalement libéré d'Adrien.

Adrien…

Une autre larme se fraya un chemin sur sa joue, qu'elle chassa rageusement. Non, ce n'était pas le temps de penser à Adrien.

À l'instant, c'était Chat, son Chat, son meilleur ami et allié, qui était en détresse, couché sur un brancard d'hôpital pour la première fois depuis qu'ils avaient reçu leurs pouvoirs et elle se sentait impuissante, si impuissante.

Pour la première fois, son mur s'était brisé en mille morceaux et pour la première fois, elle semblait incapable de le reconstruire. Et les résultats avaient été terribles. Au lieu de réagir rapidement et efficacement pour l'aider, elle avait paniquée. Elle s'était figée. Elle avait perdu sa raison et son sang-froid. Et maintenant, elle était terrorisée.

Là, assise dans cette ruelle délabrée, Marinette était terrorisée.

Les questions l'envahirent. Chat allait bien et soudain, au moment où il avait touché le Miraculous du Papillon, il s'était effondré. Pourquoi? Elle écarta ses doigts et regarda le Miraculous qu'elle tenait. Elle aurait dû être affectée elle aussi, non?

Ou alors c'était le Papillon qui avait attaqué Chat? Empoisonné? Mais, si ça avait été le cas, alors son pouvoir aurait dû le guérir instantanément, non?

Souffrait-il d'une maladie dont il ne lui avait jamais parlé? Marinette secoua la tête. Non, la coïncidence était presque impossible. À moins que ce ne soit le visage de Gabriel Agreste. Tous avait réagi, tous, même lui. De sa part à elle, à Chloé, Nino et Alya, c'était normal, mais lui, il n'était pas ami avec Adrien. Ou l'était-il? Si oui, pourqu…

« Marinette… »

La jeune-femme se tourna vers Tikki, réalisant qu'elle avait posé ses questions à haute voix.

« Je suis prête, allons-y. Tu comprendras quand tu sauras. Il est peut-être temps pour vous.»

Marinette fronça les sourcils.

« De quoi… »

« Allons-y Marinette », supplia la Kwami.

Tikki avait l'air épuisée, mal en point mais aussi extrêmement… triste?

« Il est dangereux de laisser Chat Noir seul quand il ne peut pas se défendre ou empêcher quelqu'un de prendre son Miraculous. »

La jeune-fille hocha brièvement la tête. Même si elle ne s'était absentée que quelques minutes, elle sentait qu'elle avait été séparée de son compagnon beaucoup trop longtemps.

« Transformation ! », lança-t-elle d'une voix résolue.

Quand Ladybug arriva à l'hôpital, elle constata qu'il y avait beaucoup moins de monde que quelques minutes auparavant. Elle décida cependant de se faufiler dans le bâtiment le plus discrètement possible. Si la nouvelle de l'arrestation de Papillon n'était pas encore parvenue aux oreilles de la population, cela ne saurait tarder et elle n'avait aucune envie de répondre aux questions.

Elle repéra tout de suite le comptoir d'information. Il était situé sous un escalier montant qui permettait d'accéder au 2e étage. Après avoir repéré une poutre en hauteur, elle brandi son yoyo et s'élança. Les deux secrétaires présentes sursautèrent lorsqu'elle atterri au milieu d'elles.

Marinette entendit plusieurs exclamations dans la salle d'attente mais ne perdit pas de temps.

« S'il vous plaît, pourriez-vous m'indiquer où se trouve Chat Noir? »

La première femme, plus âgée et certainement celle avec le plus d'expérience, hocha la tête, lui souriant gentiment. Elle décrocha son téléphone et tapa sur plusieurs touches.

« Oui, dit-elle, ici la réception. Ladybug est là. Oui. Oui. C'est bon. On vous attend. »

La secrétaire raccrocha et se tourna vers Marinette. L'héroïne trépignait, le ventre serré. Elle regardait avec nervosité autours d'elle alors que les gens prenaient des photos et s'approchaient pour lui parler. En temps normal, elle n'était pas dérangée par la popularité de son alter-ego, mais aujourd'hui était différent.

Une main douce se posa sur son bras.

« Ce ne sera pas long. »

Le sourire de la vieille secrétaire l'apaisa légèrement mais la nervosité s'accentua lorsqu'un jeune médecin arriva vers elle d'un pas pressé.

« Madame Ladybug, veuillez me suivre s'il vous plaît. »

Elle ne se fit pas attendre et marcha d'un pas rapide après le médecin. Il était grand et Marinette, même dans son costume, restait très petite et devait faire deux fois plus d'efforts pour le suivre.

« Comment va-t-il? »

Le médecin tourna à droite, la guidant maintenant devant une rangée de lits occupés. Une nouvelle fois, elle ignora les regards et remarques autours d'elle.

« Disons que c'est… compliqué", répondit le médecin.

Le sang de Marinette se glaça.

« Comment ça compliqué?"

« Vous allez comprendre. Vous arrivez au bon moment. »

Il la guida vers un autre couloir aux portes fermées cette fois. Il lui ouvrit la première porte.

« C'est arrivé i peine deux minutes. »

Ne sachant pas à quoi s'attendre, Ladybug entra dans la pièce et n'y trouva… rien. Il y avait bien un lit, du matériel d'hôpital, quelques infirmières mais aucune trace de Chat Noir.

« Où est Chat? »

Son corps ne savait pas comment réagir. Devait-elle paniquer? Que se passait-il?

Un courant d'air entra dans la pièce, secouant ses cheveux.

« Il… il est parti. Par la fenêtre. »

« Quoi? »

« Nous l'avons oxygéné puis avons essayé d'effectuer les examens principaux mais il s'est mis à se débattre. Il n'a blessé personne mais avec sa force, il était impossible pour nous de le garder immobile."

Marinette gardait le regard fixé sur la fenêtre sans vitre.

Il a cataclysmé la fenêtre.

« Pour… pourquoi aurait-il fait ça? »

Elle se retourna brusquement vers le médecin. S'il avait utilisé ses pouvoirs, alors il ne lui restait plus de temps. Il fallait faire vite.

« Avez-vous essayé de lui enlever sa bague? »

Le docteur se figea.

« Non, non, on a vraiment… »

« Savez-vous ce qu'il a? Est-il en danger? »

« C'est impossible de savoir sans examens. À première vue, non, mais… »

Marinette n'écouta pas la suite. Elle se précipita à la fenêtre et sauta. Elle atterri dans l'herbe.

« CHAT! CHAT! »

Elle regarda frénétiquement autour d'elle. Il y avait une rue à sa gauche et un stationnement devant elle qui s'étendait jusque loin sur sa droite.

Elle senti de nouveau la panique monter.

Non! Ressaisis-toi Marinette!

Par où irait-il? Pourquoi serait-il sorti? Il s'était peut-être senti menacé, il avait sûrement cru que les médecins allaient découvrir son identité. Elle n'avait peut-être pas été assez rapide à arriver et il avait décidé de prendre les choses en main?

Stupide, stupide Chat!

Elle prit une profonde inspiration. Si c'était le cas, il avait dû se détransformer et retourner dans l'hôpital non? Si oui, alors il était en sécurité. Mais si au contraire, il avait décidé de rentrer chez lui, ou n'était pas assez conscient pour comprendre la situation. Et si… Et s'il s'était évanoui quelque part dans la ville?

Alors elle se mit à courir. D'abord autours de l'hôpital, puis dans chaque ruelle, recoin, et détours autours du bâtiment. Elle questionna chaque piéton qu'elle croisa, mais que pouvait-elle demander? Elle savait qu'il était détransformé mais ne savait pas à quoi il ressemblait, ni qui chercher.

Désespérée, elle retourna à l'hôpital, décidée à fouiller chacune des chambres s'il le fallait.

Elle entra par la porte des urgences et fut bousculée par une équipe médicale. C'est alors qu'elle le vit, allongé dans un brancard, le visage baigné de larmes sous un masque d'oxygène, les bras et jambes attachées alors qu'il tentait de se débattre.

Elle l'entendit distinctement, malgré tous les bruits, malgré son masque.

« Maman... »

Il appelait sa mère.

Adrien appelait sa mère.

Alors Ladybug se retourna et pour la troisième fois en une journée, passa de nouveau les portes de l'hôpital. Elle tira son yoyo et se projeta sur le toit de l'immeuble.

Et là, enfin seule, elle craqua.


Je dois vous avouer que je suis une fan finie du couple LadyNoir et qu'il a souvent été très frustrant pour moi de voir combien Ladybug était agressive envers Chat Noir durant la saison 3. Heureusement, les choses semblent s'arranger entre eux vers la fin.

Et vous, quel est votre couple préféré? Comment avez-vous trouvé ce chapitre? Il n'est pas mon préféré mais il y a des chapitres comme ça, qu'on n'a pas le choix d'écrire, pour que l'histoire avance et fasse du sens :)

À bientôt!