Chapitre 20

_ Putain, j'espère que cette fois ce sera la bonne! râla Masao, nouant ses cheveux qu'il avait laissé pousser en un élégant catogan. Ras le bol de ce foutu pays!

_ Je ne vois pas de quoi tu te plains, répliqua calmement Genzo, finissant de se raser soigneusement autour du bouc qu'il portait depuis quelques mois. On est pas mal, ici. Mieux qu'au Honduras, en tout cas.

_ Eh bien, moi, je ne supporte plus le Salvador! J'en ai ma claque de courir après ce lâche d'Iwagaki! Il nous a trimballés du Honduras au Nicaragua, puis après ça a été le Panama, le Guatemala et maintenant le Salvador! Ça fait bientôt trois ans qu'on est partis, putain! Je veux rentrer au pays!

_ Et c'est ce qu'on va faire, l'apaisa Genzo. Moi aussi je veux rentrer. Mais on doit d'abord en finir. Tu sais qu'il est acculé. On a démantelé tout son réseau, détruit toutes les bases du tigre d'argent. Il ne reste plus que lui et une poignée d'irréductibles. Alors ce soir, on fonce à sa résidence, on tire dans le tas, on fait tout péter et on saute dans le premier avion pour Tokyo.

_ Ce ne sera pas si simple, dit Hideyuki en intervenant pour la première fois dans la conversation qu'il suivait attentivement, levant les yeux de la carte postale qu'il s'apprêtait à glisser dans une enveloppe. On risque gros, ce soir. Comme tu l'as dit, Gen, ils sont acculés, sans possibilité de repli. En plus la police salvadorienne est à leurs trousses. Ils vont montrer les dents. Ce sera leur baroud d'honneur.

_ Ce gars n'a aucun honneur, le contra Genzo en posant son rasoir et en s'essuyant les joues. C'est une notion étrangère à Iwagaki. S'il la connaissait, il serait mort avec ses hommes au Panama plutôt que de faire exploser le bâtiment en les tuant tous, dans le vain espoir de nous piéger avec eux. C'est un salopard.

_ Bien d'accord avec toi, renchérit Masao, réajustant son holster sous sa veste de treillis noire et venant s'asseoir à côté de Hideyuki. Encore une carte?

_ Oui, fit simplement celui-ci en cachetant l'enveloppe. Tu devrais écrire plus souvent au lieu de t'étonner. Au moins pour tes parents et ta petite sœur.

_ Tu envoies la carte au Cat's! Pourquoi me fatiguer?

_ Tu es incorrigible.

_ Rumiko a dû t'oublier depuis le temps..., le taquina-t-il.

_ Rappelle-moi qui se pâme d'amour pour ma sœur et gémit son nom depuis trois ans? lui rétorqua le fils de Kaori, indifférent.

_ … et sinon, elle prendra peur en te voyant, compléta le blond avec un grand sourire. Tu t'es regardé dans une glace, récemment?

_ C'est quoi le problème? demanda-t-il calmement, ne mordant pas à l'hameçon.

_ Toi! C'est toi le problème, Hide! Non, mais regarde-toi, enfin! Tu as les cheveux en bataille qui te tombent sur les yeux, une barbe épaisse qui te vieillit de vingt ans, et les fringues les plus pourries que tu aies pu trouver au Guatemala! Et je ne te parle pas du choc qu'elle va avoir en voyant ta balafre!

_ Pour le reste, d'accord, dit Hideyuki qui commençait à s'énerver. J'admets que je pourrais faire un effort sur mon apparence, mais je ne veux pas aller me faire couper les cheveux ni tailler la barbe dans ce bled. Et hors de question que Gen s'en occupe, il coupe trop court. Regarde-le, il est quasiment aussi chauve que son père! Mais pour ma cicatrice, ce n'est quand même pas ma faute! Dois-je te rappeler que c'est pour te sauver les miches que je me suis pris la mâchette de ce gars en pleine tronche?

_ Non, dit Masao en redevenant sérieux. Et je t'en serai éternellement reconnaissant, vieux frère. C'est comme si tu portais ma dette envers toi étalée sur ton visage. Je ne risque pas de l'oublier. Et je regrette profondément.

_ Ne te torture plus avec ça, lui dit Hideyuki en se radoucissant, rivant son regard à celui de son cousin malheureux. Ça fait un an, il est temps que tu passes au-dessus. Moi, je ne m'en formalise pas.

_ Tu as failli perdre ton œil! protesta le sino-américain en s'agitant sur son siège. Excuse-moi, mais une cicatrice de dix centimètres du sommet du crâne au bas de la joue, j'ai du mal à faire abstraction, surtout que c'est à moi que tu la dois!

_ Je n'y accorde plus aucune importance, lui assura sincèrement son cousin. Au début, oui, évidemment. Mais je m'y suis fait. Et puis une cicatrice, ce n'est pas cher payé en échange de ta vie.

_ Crétin, dit Masao en lui donnant l'accolade. Et je suis sûr que Rumi n'en fera pas cas non plus.

_ Peut-être au début, dit Genzo, prenant place sur le canapé avachi près d'eux. Mais elle s'y fera, comme nous tous.

_ Tu le lui as dit? demanda Masao à Hideyuki.

Le fils de Ryo secoua la tête.

_ Je n'écris rien d'autre que "Tout va bien, je vous aime" sur mes cartes, tu le sais. Au cas où elles soient interceptées.

_ Par qui? Le tigre d'argent est moribond. Ils ne peuvent plus faire ce genre de choses.

_ Par Interpol, tête de piaf! répondit gravement Genzo. N'oublie pas qu'on est recherchés, nous aussi, maintenant.

_ Tu parles! Ils recherchent les trois tigres, ils ne connaissent pas notre identité.

_ Et encore heureux! Sinon, pour rentrer au Japon, ce serait plus que compliqué.

_ Mais on ne va prendre aucun risque, dit Hideyuki, le cœur lourd. On va se séparer et voyager dans trois avions différents, au cas où.

_ Le coup de l'équipe d'air soft ne fonctionnera pas cette fois, tu crois? s'enquit Masao, sourcils froncés.

_ Non, on fait trop vieux, à présent. Surtout Gen et moi.

_ Si tu rasais ta barbe... marmonna le fils de Mick.

_ Je la garde, et tu sais pourquoi! lui asséna Hideyuki d'un ton sans réplique. J'ai juré de la porter en mémoire de Rick, tu te rappelles? Celui qui a trahi le tigre d'argent pour nous aider au Nicaragua, et qui s'est fait démembrer vivant pour ça! Alors ne me bassine plus, Masa!

_ Pardon, Hide, dit Masao, déconfit.

_ Bref, je ne pense pas qu'Interpol puisse faire le lien direct entre nous et les trois tigres, mais dans le doute on va y aller prudemment. Ils s'attendent à une équipe, donc on se sépare. On peut tous voyager demain, il ya trois avions, mais ça implique de tuer les membres restants du tigre d'argent ce soir.

_ On passera toute la nuit à écumer San Salvador s'il le faut, s'engagea Genzo. On rentre demain. Tu sais quel jour on sera avec les deux jours de voyage et de décalage horaire.

_ Oui, confirma Hideyuki, l'espoir et la tristesse se disputant dans son cœur. C'est l'anniversaire de ma mère. Et j'aimerais bien pouvoir le lui souhaiter en direct, pour changer.

_ Tu l'as appelé ces deux dernières années et elle en était très heureuse, se remémora Masao, posant sa main sur l'épaule de son cousin. Au moins elle s'en rappellera, pas comme ta tante Sayuri.

_ La maladie a cessé sa progression avec le traitement expérimental que suit ma tante, et c'est tant mieux. Mais je suis très heureux que ma mère ne soit pas atteinte par cette saleté d'Alzheimer. C'aurait été très dur pour moi de la voir oublier tout et tout le monde autour d'elle.

Un petit silence s'installa, mais Hideyuki y était habitué. Quand Masao se taisait, ce qui était somme toute assez rare, et Genzo ne parlant pratiquement jamais, il appréciait ces moments de paix où il pouvait se parler à lui-même, ou à Rumiko dans ses rêves. Il avait tellement hâte de la revoir.

Mais il n'était pas aussi serein qu'il voulait le laisser paraître. Lui ne faisait que penser à elle, elle occupait toutes ses pensées, mais il se demandait si elle l'attendait toujours, même s'il avait peu de doutes à ce sujet. Cependant, ce qui l'inquiétait le plus serait sa réaction à son apparence. Masao avait mis le doigt là où ça faisait mal. Le trouverait-elle toujours à son goût avec une vilaine cicatrice lui marquant le visage?

Il se secoua mentalement. Il ne fallait pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Avant de penser à la réaction de Rumiko, et de sa sœur et ses parents par la même occasion, il leur fallait d'abord nettoyer la ville des derniers parasites du tigre d'argent.

_ On récapitule le plan? proposa-t-il.

_ On t'écoute, dit Masao.


Le soir venu, ils rassemblèrent leurs maigres affaires et les dissimulèrent dans la cage d'escalier de leur immeuble, où ils avaient loué pour un mois un studio meublé décrépit. Ils montèrent ensuite dans la vieille Ford qu'ils avaient achetée à leur ancien propriétaire à l'est de San Salvador, et Genzo les conduisit en dehors de la ville. Personne ne parlait. Tous étaient conscients de l'enjeu, tous voulaient rentrer au Japon. La cavale devait se terminer.

Arrivés à cinq cent mètres de la résidence sécurisée d'Iwagaki, perdue en pleine campagne, Genzo s'arrêta dans un chemin creux, et ils descendirent. Ils firent le reste à pied, aux aguets, mais arrivèrent sans encombre au mur d'enceinte. Là, Masao mit en marche son appareil détecteur d'alarmes et pièges, et il dit en l'examinant:

_ Rien sur le mur. Par contre, il y a des mines et des rayons laser un peu partout dans le jardin.

_ On s'en doutait, dit Genzo. À moi de jouer.

Il escalada le mur avec l'aide de Hideyuki qui lui fit la courte échelle, et se posta à califourchon sur les pierres. Là, il sortit l'appareil IEM (Impulsion Électro-Magnétique) qu'ils avaient acquis à prix d'or au Nicaragua, et le déclencha. Tous les pièges se désactivèrent dans un grand bruit, et Masao sourit.

_ Heureusement que ma petite merveille n'est pas affectée par ton joujou. Il ne reste rien.

_ Il y a des gardes et des chiens, dit Hideyuki qui avait écouté avec attention. C'est mon tour.

Il tendit la main à Genzo et s'appuya sur le mur alors que son cousin le hissait, et en moins d'une seconde il se retrouva assis à ses côtés. Le géant tint la mallette qu'il avait extirpée de son sac, et Hideyuki assembla rapidement son fusil sniper. Il le chargea avec des fléchettes tranquillisantes, et observa le jardin à travers la lunette de visée. La lune éclairait faiblement les parterres et les allées, mais il disposait de la vision nocturne, ce qui lui permit de repérer ses cibles.

_ Deux chiens et leurs maîtres, murmura-t-il, à cent mètres.

_ Du gâteau pour toi, dit Masao, faisant le guet aux pieds du mur, revolver au poing.

_ Quatre tirs en moins de deux secondes, c'est chaud, quand même, râla-t-il pour la forme en se concentrant.

_ Fais ton modeste, c'est ça, dit Masao avec ironie. Tu peux le faire les yeux fermés, Hide. Ne te fais pas prier. Tu es bien meilleur que Gen et moi.

_ Si tu le dis.

_ On le dit, dit calmement Genzo. Allez, vas-y. Il est déjà vingt-trois heures.

Hideyuki visa soigneusement, répéta le mouvement pour passer d'une cible à l'autre, bloqua sa respiration et tira. Son tir dura moins de deux secondes, en effet, et ses quatre cibles, touchées au cou, s'effondrèrent. Il attendit, guettant le moindre signe d'une autre présence dans le jardin ou du déclenchement d'une alarme, mais rien.

Au bout de trois minutes il dit en démontant son fusil:

_ On peut y aller.

_ C'est parti, dit Masao en se faisant hisser par Genzo sur le mur à son tour. Comment faisaient nos paternels sans tous ces gadgets qui nous aident bien?

_ Furtivité et discrétion, ou alors ils fonçaient dans le tas à coups de bazooka, lui répondit Genzo avec un grand sourire.

_ Nous aussi on peut faire ça, sourit Masao. Mais on gagne du temps avec tout ces jouets.

_ Clairement, confirma Hideyuki en remettant la mallette de son fusil dans son sac. Allez, go. Masa?

_ Grenades incapacitantes prêtes. Et moi aussi.

_ Gen?

_ Je suis prêt.

_ Alors on y va. On ne tue personne si c'est possible, sauf Iwagaki. Lui, il meurt.

_ OK.

_ OK, Hide.

Les trois cousins se laissèrent glisser le long du mur et avancèrent précautionneusement dans le jardin, aux aguets, restant le plus possible dans l'ombre des haies et des arbres, et atteignirent l'imposante bâtisse, dernier vestige de la grandeur passée du tigre d'argent. Ils firent le tour de la maison, et Hideyuki écouta attentivement. Il entendait des hommes se disputer violemment en espagnol au rez-de-chaussée, et eut un sourire carnassier.

_ Il y a sept hommes en bas, chuchota-t-il. Cinq veulent partir avant de se faire tuer. Iwagaki et son bras droit, Sagawa, les menacent. On va attendre quelques minutes.

Ils se postèrent près de la porte d'entrée, non protégée selon Masao, et attendirent. Et une minute n'était pas passée que deux coups de feu résonnèrent à l'intérieur. Hideyuki frémit intérieurement. Il ne s'habituait pas à la mort d'autres hommes, malgré son apparente impassibilité. Il savait qu'il ne tuerait jamais par plaisir ni par facilité, mais uniquement s'il n'avait aucune autre solution. Et cette certitude l'ancrait à l'humanité, il en avait l'intime conviction. Tout comme ses cousins, il évitait la violence autant que possible, mais savait se montrer impitoyable lorsqu'il le fallait.

_ Deux hommes viennent de se faire abattre, dit-il sombrement. Iwagaki les oblige à rester et se battre jusqu'au bout.

_ J'espère que ce fils de pute finira en enfer, commenta Masao. Mais en attendant...

_ On va l'y expédier, compléta Hideyuki. Ils sont dans le salon. Masa?

_ Je prends les devants.

Le jeune homme blond ouvrit silencieusement la porte et se faufila dans le hall, revolver dans une main et grenade dans l'autre. Hideyuki le suivit et Genzo ferma la marche. Tous trois avançaient comme des ombres, et cela plus leur férocité envers leurs ennemis leur avaient valu le titre de "trois tigres", ce dont ils n'étaient pas peu fiers.

À trois mètres de l'arche menant au salon, ils écoutèrent Iwagaki vociférer:

_ ...ne vont pas tarder à débarquer! Je les veux morts, vous entendez?! Ils ont tout détruit! Le tigre d'argent a disparu! Je veux leur tête au bout d'une pique! Ces trois tigres de mes deux, je veux en faire des descentes de lit! Tenez-vous prêts, ils...

Hideyuki donna le signal de l'assaut d'un hochement de tête, et Masao lança sa grenade. Dans le salon, les hommes n'eurent pas le temps de réagir. Lorsque la grenade explosa, les sonnant, les trois cousins se précipitèrent. Ils assommèrent prestement les trois hommes de main, de pauvres bougres entraînés de force par coercition dans le trafic de drogue, et s'emparèrent d'Iwagaki et de Sagawa. Ce dernier eut le mauvais réflexe de dégainer son arme, Masao le tua avant qu'il ne tire sur Genzo.

Restait le patron du jadis tout-puissant tigre d'argent. Quand Iwagaki reprit ses esprits, il vit qu'il était étroitement ligoté sur une chaise dans la cuisine de sa maison, et que ses trois ennemis mortels lui faisaient face, visages de marbre. Il trembla de tous ses membres et sa vessie lâcha. Il savait qu'il n'avait aucune pitié à attendre d'eux. Mais un semblant de dignité couvait toujours, alors il dit avec un peu d'arrogance mais la voix tremblotante:

_ Je suppose que c'est la fin. Je ne regrette rien. J'ai voulu vous tuer, mais vous avez été les plus forts pour la survie. On se reverra en enfer.

_ Dans un sacré bout de temps, dit Masao gravement. Mais là, c'est ton tour, enfoiré.

Ils s'étaient déjà mis d'accord sur le sort d'Iwagaki. Ce salaud méritait une mort lente et douloureuse. Et Hideyuki voulait porter le fardeau de sa mort, pour tous les crimes atroces que lui et son cartel avaient commis. Alors il s'approcha et annonça à leur ennemi vaincu et tremblant:

_ Tetsuo Iwagaki, pour tous les crimes que tu as commis, les trois tigres te condamnent à la peine de mort. Que tes victimes reposent en paix et soient vengées.

Il sortit alors le câble d'acier qu'il gardait dans sa poche et l'enroula autour du cou d'Iwagaki qui gémit de terreur. Puis, rassemblant ses forces et faisant taire son anxiété, il serra le câble qui coupa la gorge et étouffa l'ex-patron du tigre d'argent. Celui-ci, tressautant et asphyxié, mit plusieurs très longues minutes à mourir, sous le regard dur de ses bourreaux.

Enfin il retomba inerte sur le côté de la chaise, et Hideyuki lâcha le câble. Il retira les gants dont il s'était muni et dit:

_ On peut rentrer, maintenant.

Le trajet de retour à leur studio passa en un éclair. Hideyuki avait du mal à reprendre pied après la mort de leur ennemi, et Genzo finit par le gifler pour le ramener à la réalité.

_ Hide! entendit-il soudain dans ses oreilles, une douleur cuisante sur la joue. C'est terminé. On est arrivés. Ça va?

Le fils de Ryo ne répondit rien. Il se précipita à l'étage et fila aux toilettes. Il vomit son dégoût, sa culpabilité et son remords en même temps que son maigre dîner, et resta prostré aux pieds de la cuvette pendant de longues minutes, son estomac toujours secoué de spasmes. Il n'aurait jamais la force d'être un tueur professionnel, se dit-il, et c'était tant mieux. Il était un nettoyeur, et un homme, avec ses doutes et ses faiblesses. Et il espérait que la mort d'Iwagaki serait la dernière qu'il aurait sur la conscience.

_ Hide? dit Masao en entrant dans la salle de bains. Ça va?

Sans répondre, Hideyuki se releva, se rendit devant le lavabo et se débarbouilla rapidement. Il se rinça longuement la bouche et se lava soigneusement les mains. Il lui faudrait jeter les gants, et tout leur matériel, dans la mer. Ils ne pouvaient rien emmener avec eux, sauf leurs revolvers qu'ils avaient enduit d'une substance spéciale les dissimulant aux machines à rayons X et aux détecteurs de métaux.

_ Oui, dit-il finalement, se tournant vers son cousin inquiet. Ça va aller.

_ Prends le temps, dit Genzo depuis l'encadrement de la porte. Les trois tigres vont prendre un peu de vacances. Et de toute façon, une fois au Japon je vais faire mon trou de mon côté. J'en peux plus de vous supporter, les jumeaux terribles. Je serai mieux seul.

_ Mais on ne veut pas de toi avec nous, Hercule! fit Masao en taquinant son cousin. City Hunter c'est un duo. D'abord ce sera Hide et son père, et puis quand oncle Ryo prendra sa retraite, je le remplacerai.

_ Tu ne pourras jamais remplacer Papa, dit fièrement Hideyuki, se sentant un peu mieux. Tu prendras la place qu'il va laisser, c'est tout.

_ C'est vrai, admit Masao de bonne grâce. Mais à l'occasion, Gen...

_ Oui, à l'occasion on reformera les trois tigres, acquiesça Genzo. On est une bonne équipe, après tout.

_ Merci, les gars, dit Hideyuki, reconnaissant envers ses cousins pour leur conversation plus légère qui apaisait ses tourments. Merci pour tout.

_ À la vie à la mort, vieux frère! claironna Masao, les yeux graves mais le sourire aux lèvres. On va enfin se tirer de ce cloaque!

_ Quand est-ce qu'on part? s'enquit Genzo après avoir donné une petite tape sur l'épaule du fils Saeba.

Hideyuki reprit l'indicateur des vols et annonça:

_ Le premier avion décolle à huit heures quarante-trois et atterrit à neuf heures quinze à Narita, avec une escale à Houston. Le deuxième décolle à onze heures trente et atterrit à Haneda à midi quatre, avec escale à Atlanta. Et le troisième, que je vais prendre, décolle à quinze heures vingt-sept et atterrit à dix-huit heures dix à Narita, avec deux escales à Mexico et Los Angeles.

_ Prends le premier, Hide, protesta Masao, mais ce dernier secoua la tête.

_ Non, vous rentrez d'abord. J'arriverai à temps pour l'anniversaire de ma mère. Et puis comme ça, vous pourrez raconter nos trois dernières années à tout le monde, et les préparer à mon apparence.

_ Compte sur nous, acquiesça Genzo au bout de quelques secondes.

_ Allez, les trois tigres, sourit enfin Hideyuki, on rentre à la maison.